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Full text of "Reminiscences of Leonard Scheele : oral history, 1967"

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lEttSlLlE   RODY 

MEMOIRES 

m  ALIENEE 

^12  NORMANT  DES  VARANNES 


M 


1^ ^^^^^^^H 

M""  HERSILIE  ttbuY  1 

memoires     ^ 
D'UNE  ALIENEE 

PUIlLlfifi 

Par  E.  LE  NORMANT  DES  VARANNES 


PARIS 
PAUL    OLLENDORFF,     EDITEUR 

^86ia,   nvK  umilCHKLIKU,   'JHus 

1883 


y^/^jO^U'ii 


"k 


II  tn'en  souvient  encore  comme  si  c'^tail  hier. 
Dans  une  chambre  modeste  de  la  rue  des  Charre- 
liers,  une  vieille  dame  me  re^ut.  h  ne  sais  quo! 
d'inquiet  et  d'inquietanl  brJllait  dans  son  ceil  tenace 
et  ferme.  EUe  dtail  maigre  et  nerveuse,  presque 
laide  et  tres-suggestive.  On  eftl  dit  un  raystere  qui 
marchait,  s'asseyait,  regardait  et  causalt,  oauaait 
sorlout,  pour  ne  rien  dire  de  posilif.  Une  maladie 
febrile  agitait  ce  corps.  Une  volonti  indomplable 
remuait  eette  Ame. 

Je  me  trouvais  en  presence  d'une  ^nigme.  La 
perEonne  que  je  visilais,  et  que  je  n'ai  vue  qu'uAe 
s6Ule  fois,  car  rien  ne  me  preasa  de  revenir,  me 
psrU  de  I'Antechrist  et  de  la  loi  sur  les  ali^nis, 
dt  H  longue  detention  diQi  las  m\M  at  da  li  ni< 


II  PREFACE. 


cessite  qu'elle  sentait  de  remplir  sa  mission  avant 
de  mourir.  Et  de  fait,  quelques  mois  apr^s  elle 
6tait  morte. 

L'aimable  et  ven6r6  ami  qui  m'y  avail  conduit 
m'avait  dit  la  v^ritd :  cette  dame  est  un  probleme^ 
mais  son  malheur  n'en  est  pas  un.  II  sera  du 
moins  utile  k  d'autres,  et  son  cas  extraordinaire 
sera  un  preservatif.  II  sortira  de  cetle  vie  tour- 
ment6e,  inforlun^e,  et  cependant  peu  sympathique, 
une  d^livraace  pour  des  condamn^s  k  Tenfer  de  la 
vie. 

En  un  mot,  cette  femme  etait  W^  Hersilie 
Rouy. 

J'ai  vu  son  portrait,  fait  par  Gompte  Calix.  Une 
merveille  d' esprit,  de  rfiverie  et  d'art.  Je  ne  voyats 
plus  qu'une  mine.  Mais  quelle  rui|ie  !   La  ruine 
bizarre  et  fantastique  d'un  palais  hantS  jadis  par,^ 
le  g6nie  du  mystere.  '* 

Je  ne  m'^tais  pas  tromp^.  L'histoire  de  cette 
personne  est  un  drame  mouvement^,  plus  terrible 
que  ne  Taurait  rev6  Alexandre  Dumas.  Le  mys- 
tere ou  rintrigue,  peut-elre  les  deux,  domineraient 


dans  ce  drarae  reel  el  poignant  qui  commence, 
dit-on,  anx  Tuileries,  pour  continuer  dans  le  inonde 
des  arts,  dans  les  asiles  de  fous,  et  s'achever  dans 
une  obscure  retraite,  Je  n'y  mis  aucune  elude, 
J'oubliai.  Le  cauchemar  m'avait  effleure  de  son 
aile  capricieuse  et  lourde.  Quand  je  fus  reveille 
par  I'attrait  philosophique  du  sujet  el  mon  desir 
^  de  seconder  les  intentions  philantliropiques  et  bien- 
faisantes  de  mon  condocteur,  M"=  Hersilie  etait 
merle.  Une  pierre  muette  couvre  son  cadavredans 
le  cimetiere'  de  la  porte  Saint-Jean,  fi  Orleans. 
Muette  dans  la  vie,  muette  dans  la  morl !  Fallait-il 
abandonner  ainsi  I'eoigmede  sadeslinee?  11  parait 
que  DOD. 

Les  Memoires  d'une  fcuiUe  de  papier  soulevenl 
le  voile.  Et  voici  que  les  Memoires  vrah  d'Hersilie 
apportent  et  donnent  au  public  tout  ce  qu'il  a  el6 
permis  de  deviner. 

Que  m'importait,  du  reste,  la  femme?  Qu'elle 
fut  princesse  ou  instrument,  elle  avail  il&  raalheu- 
reuse  ;  11  etait  juste  et  bon  que  son  inforlune  en 
pr^servdt  d'aulres.  M.  le  Normant  des  Varannes  et 


IV  PHEFACB. 


>  t^*^ 


sa  bonne  -et  exquise  compagnd  avaienli  avec  un 
d^voClment^  une  abnegation  qui  nd  8'4Ulient  jamais 
d^menlis,  sauv^,  arrach^  la  pauvre  femtne  A  6on 
enfer,  la  pauvre  s^qnestrSe  h  sa  geole.  Et  mitinte- 
nant  ils  voulaient  d^montrer  par  son  histoire  la 
cruaut6  d'uqe  legislation  sans  entrailles.  lis  vou^ 
laient  apporter  le  remade  k  des  oalamitds  sans 
nom,  et  je  me  promis  de  les  aider  par  ma  plume 
et  par  mon  nom.  Et  c'est  ce  que  je  fais  en  ^cri- 
vant  cette  preface. 

Je  n'entre  pas  dans  le  vif  du  sujet.  Notrd  siicle 
n'a  plus  besoin  des  rois*  La  d^mocratie  dst  une 
mar^e  haute  qui  couvre  tons  lei  feommeta  et  itend 
sur  tous  les  terrains  sociaux  I'^galite  mouvante  de 
son  niveau. 

Que  celle^ci  ait  &i&  ced  ou  oeU,  Hertilie  Rouy 
ou  fille  de  duchesBd,  substitute  ott  noil,  double  ou 
simple,  il  m'importe  pen.  Je  vois  une  miserable 
qu'un  caprice  oU  qu'un  arrSt  inQ6xibla>  que  la  rai- 
son  d'Etat  ou  la  raison  de  famille  arrache  k  h  vie» 
au  bonheur^  k  la  lumiere,  pour  la  pr^oipiter  dans 

flR  goulTre,  ^t  je  (J^?ir«  Jeter  u^e  pierre  ifm  CP 


goufTre,  pour  qu'elle  contribua  &  le  combler  ;  bien 
d'aulres  pierres  y  lombefont.  Laloi  sur  les  ali^n^s 
sera  modifiee.  L'humanit6  aura  son  tour.  La  Repu- 
blique  sera  plus  cl^mente  que  les  monarchies. 
La  justice  regaera  enfiQ  sur  celte  lerre  desolee,  et 
I'histoire  de  celte  victirae  sera  un  avertissemenl, 
une  lepon  pour  I'aveoir. 

J'^rivais,  il  y  a  quelque  temps^  I'article  suivant 
dans  I'Avenir  dti  Loiret,  etj'yrendais  comple  des 
Mimoires  d'une  leuille  de  papier. 

Jereproduiscet  article,  car  il  renferme  I'annonce 
des  vrais  Memoirea  qui  paraissent  aujourd'hui. 

J'aarai  k  y  ajouter  peu  de  chose  : 

Le  myBtSre  a  toiijours  frapp6  les  esprits.  Auss!  un  livrc 
qui,  sons  une  forme  IdgenJah'e,  apporte  une  i-^v^lation  Rur 
I'un  des  ivinemenU  leR  plUR  mysWrieuK  An  siMe  sera-t-il 
FPfu  da  public  avec  inWrflt,  d'autant  mieux  ^ue  ce  livre, 
&;rit  avec  goflt  et  ilfi^'ance,  joint  les  iiuaiilda  de  forme  les 
plua  recommandablea  S  la  profonde  et  toouvonte  ^nigme 
qui  en  taii  lefond  ;  raais,  pour  quelques  leuteurs,  pour  ctux 
qui  vont  jusqu'au  boul  des  penste,  pour  ceux  qui  cher- 
dieat  la  philo^iophie  socialc  sous  les  manifesta lions  de  la  vie 
r^uU^re  ou  extraordinaire,  ce  livre  sera  une  rivSlation.  Je 
pOBB  la  question  simplement,  avec  la  conviction  d'une  eone- 
cience  ^clairfe  par  la  n^nenion  et  par  les  f^its  :  (e  livre  est 
uiir*qul«thiire. 


J 


VI  PREFACE. 


Gette  fois  un  courageux  et  d6vou^  accusateur  se  16ve  au 
nora  de  la  justice  et  — •  chose  strange  —  se  16ve,  non  pas  au 
nom  de  la  soci^te,  mais  centre  la  soci6t6 ;  j'entends  la  so- 
ciety telle  que  Tont  faite  les  despotismes  ant^rieurs. 

Voici  le  cas :        • 

L'ancien  regime  avait  ses  lettres  de  cachet.  La  loi  Oiodeme 
sur  les  ali^n^s  est  elle-m^me  une  sinistre  et  perp^tuelle 
lettre  de  cachet. 

Sous  l'ancien  regime,  la  femme,  qui  tr^s-probablement 
est  la  marquise  de  Douhaut,  se  voit  enlev^e,  conduite  A  la 
SalpStiiere,  spoliee  et  condamn^e  k  trainer  une  longue  exis- 
tence sans  etat-civil,  de  sorte  qu'on  pent  la  sumommer  « la 
ferarae  sans  nom.  »         ^ 

De  nos  temps,  une  legislation  barbare  livre  k  Pappr^cia- 
tion  d'un  medecin,  k  la  haine  probable  d*une  famille,  k 
quelque  sombre  et  criminelle  intrigue,  une  femme,  une 
artiste  dans  tout  F^clat  de  son  talent,  la  fait  passer  pour 
folle  de  par  la  loi  et  rinterne  dans  ces  g^hennes  contem- 
poraines  oii  le  Dante  aurait  trouv^  un  dernier  cercle  de  son 
« Inferno,  i 

Eh  bieh  !  en  attendant  que  Thistoire  impartiale  donne  un 
vengeur  a  M™e  de  Douhaut,  voil^que  M.  E.  Burton  parait  et 
venge  M^^^  Hersilie  Rouy,''car  sous  le  pseudonyme  Idgen- 
daire  il  s'agit  d'elle,  d'elle  que  nous  avons  vue  et  connue, 
d'elle  qui  a  s^journ^  dans  cette  ville  et  qui  y  a  traine  ses 
derniers  jours,  adoucis  du  moins  par  le  gouvernement  r&- 
parateur  de  la  R^publique  frangaise. 

M.  Burton  ne  livre  pas  son  nom  veritable  k  la  publicity  ; 
mais  sa  g^n^reuse  intervention  n'est  un  myst6re  pour  per- 
sonne. 
Respectons  son  secret.  Parlous  du  livre. 
J'ai  nomm6  M^e  de    Douhaut.    La   victime  elle-mSme, 


W' Rouy,  dano  un  article  ^crit  il  ja  quelques  anii^e^  i^I 
parn  dans  use  feuille  locale,  comparait  son  sort  i  celui  dc 
rinfortun^e  marqaise. 

Poor  moi,  je  le  trouve  plus  dur. 

Lb  morte  pr^lenduo  de  Janvier  1788  avait  autour  d'cllp 
in  cort^  admirable  de  devoHments  et  de  sympathiiis. 
Sf*  Reuf  a  iti  seule  longtemps,  seule  d'une  sotitmle  abso- 
lve, livnie  i  loQS  les  abandons  ;  et,  certea,  si  le  machiavii- 
le  qui  renfermait  avait  eu  pour  but  de  la  I'endre  vrai- 
niEnil  folle,  il  avail  choisi  Ice  luoyens  lea  plus  propres  a 
r^liser  ce  but.  Son  ferme  esprit  rfisista.  Sa  volonWpreE<(ue 
snrhumaine  la  sauva.^Ses  mSmoireii  sont,  a  I'heure  <{u'il  est. 
9  presae.  La  l^gende  que  nous  pr^sentons  au  public  en 
est  cotnme  la  preparation.  EUe  d^veluppe  loute  rintrigUE: 
dont  leB  mdmoires  nc  font  connaltre  qu'une  partie  ;  elle 
jette  linjour  inallendu  sur  I'evawon  de  Louis  XVII,  sur 
lea  agissements  du  pouvoir  occulta  qui  inquiSta  la  Restaura- 
tioQ  et  sor  un  auti-e  point  plus  d^licat  encore,  la  uaiasance 
if  an  prince  conleraporain. 

Je  dois  ajouter  que  M.  Burton  a  eu  ea  ses  inains  les  preu- 
»es  de  ce  qu'il  avance  sous  une  forme  romantique  et  qije, 
'  panr  qui  pourrait  connaltre  lesnomsreela  cles  personnages, 
la  Ugende  deviendrait  Vhistoire. 

On  sem  ^lonne  des  qualites  draioatiques  que  d^veloppe 
ce  livre  ;  de  la  vie  des  personnages,  de  la  multiplicity  des 
intrigues  et  de  la  savante  combinaison  des  (rames,  et  Ton 
croira  avoir  affaire  k  I'leuvre  d'un  roma  ncier  accoutume 
nix  ficelles  da  metier.  Eh  bieu  I  cetle  fois,  la  reality  a  ^ti: 
plus  dramatique  que  la  fiction.  Et  si  la  mise  en  ceuvre  fait 
honneur  &.  E.  Burton  ;  ai  le  style,  avec  aes  nuances  et  ses 
I  grices  lui  appartient,  ce  n'est  pas  a  lui,  c'est  i.  la  rialiii 
Iqn'il fiiut  reporter  I'honneor  de  I'iavention  dramatiqae. 


VllI  '  PHSFAGE. 


La  Vie  modorne  a  ouyert  siis  profondeurt,  conune  FOc^an 
sous  une  rafale,  et  oe  livre  Hv^lateur  en  t9i  sorti*.. 

La  sequestration  et  ses  suites  monstr^euies  1 

La  r^forme  de  ces  badtilles  *  oontemporaines  c[u*on 
notnme  mUbb  d'alihh^  ! 

La  modification  indUpiHscLble  de  la  Ugitlation  sur  les 
ali^n^B. 

Trois  points  difliciles  que  ce  livre  ^filair^  et  qu'il  faut  r^* 
8oudre«  La  R^publique  le  fera ;  elle  n'aooeptera  pas  Th^ri- 
tage  monstrueux  du  passd. 

Puis  trois   probl^mes  historiques  ^dairois : 

Si  Louis  XVII  a  pu  6tre  sauv^  ? 

Si  Louie  XVII  a  ^t^  le  baron  de  Richemont? 

Si  le  manage  du  due  de  Berry  avec  Caroline  de  Naples  a 
a^valable? 

Ce  livre  les  ^claircit, 

Eucharis  Champigny^  Jeanne  Tavemier,  c*est  M^*^  Hersi- 
lie  Rouy,  connue,  dai\s  les  asiles  sous  le  nom  de  Chevalier, 

Voili  la  clef  qu'il  faut  avoir  pour  comprendre  la  legende ; 
M.  Burton  ne  m*en  voudra  pas  de  Tavoir  donn^e. 

Ami  lecteur,  lisez  ce  livre.  Quand  vous  Taurez  lu,  et 
quand  vous  y  aurez  joint  la  lecture  des  MSmoires  de 
MHe  Hersilie  Rouy,  qui  vont  par^dtre,  vous  connaitrez  Pen- 
vers  de  Phistoire  du  XIX«  si^cle. 

M.  Burton  semble  (qu'il  me  permette  un  peu  de  critique), 
semble  avoir  conserve  quel({Ue  reste  d*attrait  pour  les  cou- 
ronnes  papales  ou  autres  (lisez  son  post-scriptum) ;  mais 
c*est  un  esprit  sincere,  un  coeur  droit,  une  Ame  bien  trem- 
p6e  et  meditative  ;  qu'il  se  relise  lui-m^me,  et  qu'il  recon- 

n^isse  que  6on  livre  est  la  oondai^tmation  des  couronnes. 

.1  <     ,  I       •  ■ 

^hfT^  P*ELtO>', 


Cel  Milrnoirex  annonces  et  promis,  les  voici.  La 
vioiiine  parle  eUe-rngme.  EcoutoQs-la.  Tout  com- 
mentaire  les  afTaiblirait. 

Mais  je  demanderai  la  permission  de  rappeler 
catta  phraee  d'uae  lettre  de  W^  de  Groaelier, 
qa'on  lira  a  la  page  72 : 
«  Conament !  ea  pleia  XtX*  siecle,  dans  un  payS 
civllis^,  oil  il  y  a  une  police,  des  tribunaux,  une 
magistralure,  on  peul  accomplir  un  acte  aussi 
t  grar«  qu'une  sequestration,  sur  le  simple  aver- 
(  lissement  d'une  personne  inconnue'?  ». 

Qui,  hdlas !  on  le  peut,  ou  du  moias  on  I'a 
pa,  et  ce  Uvre  n'a  qu'un  but :  celui  de  faire  qu'on 
lie  le  puisse  plus  jamais. 

Que  ce  style  est  nerveux  dans  sa  simplicity ! 
lomme  tout  cela  est  palpitant,  v6cu  et  sioistre  ! 

Quelle  voix  que  cette  voix  posthume  qui  crie  k 
la  60ci6le  :  «  Quaod  leras-lu  justice?  ». 
Si,  du  moins,  elle  en  est  morte,  si  elle  ea  a 
mfferl,  que  d'autres  ne  soufFrenl  plus,  ne  meurent 
plus  pour  cela  et  que  la  pitie  humaine  connaisse 
Bufin  les  larmes,  pour  les  emp^cher  de  couler  I  Que 


PREFACE. 


la  loi,  jadis  si  terrible,  s'attendrisse  sur  tant  d'in- 
fortune.  Que  les  legislateurs  patriotes,  que  le  gou- 
vernement  national  reparent  cette  injustice^  et  que 
Toeuvre  de  touti3  la  viedes  6diteurssoit  cduroiin^e 
par  le  succes.  Leur  coeur  sensible  n'en  veut  pas 
d'autre.  II  appartient  k  la  dSmocratie,  si.  sou  vent 
viclime  des  tyrannies,  de  dire  avec  le  poete : 

Non  ignara  malis  miseris  succurrere^disco. 


Jules-Stanislas  DOINEL, 

Archiviste-pal^ograpbe . 


AVANT-PROPOS. 


Bension  de  la  loi  du  30  jniii  1S38  sar  les  alienes. 


I  EzTRATT   DU    RAPPORT   de  M.    le  Ministre  de  I'inlerieur 
i  M.  le  Preiident  de  la  Republique,  mors  1881  {i). 


pourrait  s'^ckirer,   soil    par   rauditioo 
s  inUress^s,  »oit  par  des  questionnaires,  soil  par  des  en- 
I  quotes  parti<!lle».  En  un  mot,  elle  appr^cierait  aassi  exacte- 
I  ment  que  possUile  I'^lat  de  choses  actuel. 

resttme  que  lea  attributions    de  la  uoinmitiBioD  dotvent 
f  £tre  &  la  fois  administratives,  m^dicales  et  Mgielatives. 

i'estiiDe   que  des  garantiea  plus   completes  deivent   dire 
L  exig^s  contre  les  admiiisions  uon  ju^liflees  et   contre  le 
manr  trop  prolongs  dans  les  asilcs. 

Cest  dans  les  ameliorations  de  detail  et  non  dans  les 
s^times  absolus  qu'il  faut  rechercher  le  progres. 

Le  Minintre  de  I'interieur  et  des  oilten, 
Sign^:  CoKSTANs. 


:i  je  n 


M  Mimoire^  son!  Merits  dans  ce  but,  e) 
bur  publication,  je  charge  M.  et'  M"*'  le  Normant  des  Varannes 
leTei^cuter  a  ma  place. 


■■'-J  f^ 


CHAPITRE  PREMIER.    —    ABRISGE  DE  MA   VIE. 


II  allait  se  coucher  k  liuit  heures ;  je  me  mettais  au 
piano  jusqu'^  minuit,  pour  recommencer  mon  rude 
travail  le  lendemain. 

Cette  vie  6tait  bien  triste  pour  ce  pauvre  vieillard, 
qui,  au  moment  oil  le  repos  et  la  vie  d'interieur  sont  le 
phis  n^cessaires,  6tait  abahdonn^  k  lui-m^me  tout  le 
jour  et  n'avait  plus,  au  coin  de  son  feu,  cette  douce  ^t 
charmante  compagne  qui  avait  part^6  sa  vie  et  ses 
travaux,  61ev6  ses  enfants,  et  faisait  tons  le^  soirs  avee 
Ivii  sa  chfere  partie  d'echecs.  Je  cherchais  tons  les 
moyens  de  lui  cr6er  une  occupation  qui  pAt  le  dis- 
traire;  maisrien  ne  pouvait  combler  ce  vide  cruel,  et  sa 
vie,  toujours  si  active  autrefois,  lui  paraissait  d'autant 
plus  monotone  qu'il  ne  savait  plus  a  quoi  I'employer.  11 
modela  le  Pantheon,  le  tombeau  d'H^loise  et  d'Abei- 
lard,  et  les  fit  couler  en  bronze,  ainsi  que  diff^rents 
autres  objets;  mais  cela  devenait  ruineux,  et  il  y 
renon^a. 

Le  dimanche,  je  lui  appartenais.  II  enjouissait; 
j'^tais  k  lui  seul  toute  la  journee.  II  me  menait  pro- 
mener  oii  me  conduisait  fiferement  dans  un  concert  ma- 
tinal  ou  je  faisais  ma  partie,  ouil  m'entendait  applaudir 
avec  bonheur,  et  m'embrassait,  sans  c6r6monie,  devant 
tout  le  monde,  quand  mon  succ^s  etait  complet.  Je 
travaillais  pour  lui  plaire,  et  j'aurais  pass6  ma  nuit  en- 
tifere  au  piano  si,  sortant  de  son  lit  k  minuit,  il 
n'6tait  venu  r^guli^rement  m'avertir  qu'il  6tait  temps 
de  laisser  dormir  les  voisins  et  de  dormir  moi-mtoe. 


MEMOIRES  d'UNE  A.L1ENEE. 


Ay  res.  On  a  dit  que  le  navire  s'6lait  perdu  corps  et 
,  biens. 

Moil  frere  Jean-Charles-T^l^maque,  n6  a  Milan  tn 
seplembre  1815,  61ev6  jusqu'i  Page  de  seize  ans  par 
une  soeur  de  ma  mere,  M"^  BoitjBux,  qui  habitait 
Genfeve,  6tait  place  a  Marseille  dans  une  raffinerie.  Qn 
m'a  6crit  que,  tombe  dans  une  cuve  de  sucre  en  ^bulli- 
tion,  il  6tait  mort  aprfes  trois  jours  d'horribles  souf- 
frances,  le  21  octobre  1833. 

Ma  soeur  Jeanne-Marie-Dorolh^e  est  n6e  a  Moscou,  le 
22  septembre  1818. 

Ma  soeur  Gonstanline,  n6e  et  morte  a  Varsovie  en 
1822,  6tait  filleule  du  grand-due  Constantin,vice-roi  de 
Pologne  et  frere  de  I'erapereur  de  Russie,  Alexandre  !«>*. 

Mon  pere  avait  en  outre,  de  son  premier  mariage,  un 
ills  nomme  Claude- Daniel. 

Mon  pfere  et  ma  mfere  tenaient  a  Milan  une  institu* 
tion  de  jeunes  gens.  Mon  pfere  y  donnait  lui-m^me  des 
lemons.  Afin  de  faciliter  les  etudes  de  ses  elfeves,  il 
inventa  un  m^canisme  uranographique  qui  attira,  des 
1812,  Tattention  du  prince  Eugene,  alors  vice-roi 
d'ltalie,  et  de  tous  les  savants  de  ce  pays;  ils  en  firent 
au  ministre  de  Finterieur  un  rapport  si  favorable 
qu'ordre  fut  donn6  de  placer  ce  mecanisme  dans  les 
institutions  publiques.  Le  grand  succes  qu'il  obtint 
d6cida  mon  pfere  a  retourner  en  France.  II  mit  ce  projet 
a  execution  apr^s  la  naissance  de  mon  frire  T6l6ma- 
quej  en  181&* 


CHAPITRE  PREMIER." —  ABRltofi  DE   MA  VIE. 


Nous  arrivdmes  ^  Paris  k  la  finde  celte  m^me  aiin6e, 
et  mon  p^ie  fut  pr6sent6  k  Louis  XVIII  le  17  Janvier 
1816.  II  donna  au  roi,  ainsi  qu'i  la  famille  royale,  un. 
cours  d'astronomie  dont  le  r^sultat  fut  aussi  satisfaisant 
que  celui  obtenu  k  Milan.  Louis  XVIII  ayant  beaucoup 
adinir6  le  m^canisme  uranographique,  mit  son  nom 
en  t^te  d'une  souscription  ouverle  pour  sa  propaga- 
tion. Le  ministre  de  Tint^rieur  en  ordonna  le  placement 
au  Conservatoire i  Les  institutions  publiques  et  particu- 
liferes  en  furent  pourvues. 

Aprfes  avoir  donn6  des  stances  dans  plusieurs 
soci6t6s  savantes  et  k  Tlnstitut,  mon  pfere  partit  pour  la 
Russie,  fit  le  tour  de  TEurope,  et  nous  revinmes  nous 
fixer  k  Paris  en  1823. 

Ma  mfere  n'ayant  plus  voulu  quitter  cette  ville,  o6 
elle  avait  ^t^  fort  bien  accueillie  par  la  famille  Rouy, 
mon  p6re  s'y  Mablit.  II  donna  des  lemons  et  des  cours 
d'astronomie.  Sa  position  scientifique  le  mettait  en  rap- 
port avec  les  savants,  les  litterateurs,  les  artistes,  qui 
se  donnaient  rendez-vous  chez  lui*  Ses  stances  6taient 
suivies  par  les  plus  hautes  sommit^s  sociales*  J'ai  eu 
I'honneur  de  voir  a  la  maison  M™**  la  duchesse  de  Berry, 
le  roi  Jerdme,  les  ambassadeurs  de  Portugal,  etc.  Je 
leur  sri  et6  pr6seni6e,  ainsi  qu'i  tous  ceux  qui  voulaient 
bien  s'occuper  d^ji  de  mon  petit  mdrite. 

Elev6e  par  mon  pfere  et  par  ma  mfere,  que  je  n'ai 
jamais  quitt6s,  j'ai  eu  le  bonheur  de  r6pondre  k  leurs 
bons  soins  par  des  progrfes  rapides.  J'ai  pu  ^tre  re^ue 


r 
I. 


N.      , 


MEMOIRES  d'UNE  ALl^NJ&E. 


el6ve  titulaire  au  Conservatoire  de  musique  le  jour 
m^me  de  ma  dixifeme  annee,  14  avril  1824;  donner  des 
lemons  k  mon  frere  Tel6maque.  et  k  ma  soeur  Doroth6e 
^  douze  ans ;  6tre  plac6e  comme  institutrice  k  seize  ans, 
apres  la  mort  de  .ma  bonne  m^re,  qui  a  succombe,  le 
6  octobre  1830,  k  une  longue  et  douloureuse  maladie. 

Apr^s  6tre  reside  trois  ans  a  Blois  chez  M"*'  de 
Galard  de  Zaleu,  deux  ans  k  Londres  chez  lady  Billon, 
mon  pfere,  qui  avail  repris  ses  voyages,  ayanl  voulu  se 
reposer,  je  suis  revenue  prfes  de  lui  en  1836,  et  gr^ce  a 
la  bienveillance  de  chacun,  je  me  suis  cr^^  une  situation 
fort  honorable,  comme  pianiste  et  comme  professeur. 

Je  menais  une  vie  trfes-active.et  trfes-fatigante,  ayant 
k  tenir  ma  maison  comme  j'avais  6t6  6lev6e  k  le  faire 
et  comme  cela  convenait  k  mon  p^re,  qui  aimait  la  vie 
large  et  ais6e.  L'appartement  dtait  en  mon  nom  et  a 
ma  charge.  Le  loyer  dtait  de  800  fr.,  prix  trfes-61ev6 
alors.  Mon  pfere  me  donnait  70  fr.  par  mois  pour  sa 
pension,  tout  compris. 

R^veillee  d6s  six  heures  du  matin,  j'allais  embrasser 
mon  pere  dans  son  lit,  et  je  partais,  par  tous  les  temps, 
pour  donner  des  legons  jusqu'a  I'heure  du  diner,  seul 
moment  ou  nous  nous  retrouvions,  seul  repas  que  nous 
faisions  ensemble  et  ou  nous  pouvions  un  peu  caiiser. 

II  ne  sortait  jamais  le  soir  que  quand  il  m'accom- 
pagnait  dans  le  monde ;  il  n'avait  done  pas  la  ressource 
du  caf6,  ni  m^me  ceile  des  journaux,  sa  vue  affaiblie 
nelui  permettant  pas  la  lecture. 


'., 


CHAPITRE  PREMIER.    —    ABRIDGE:  DE  MA  VIE. 


II  allait  se  coucher  k  liuit  heures ;  je  me  mettais  au 
piano  jusqu'a  minuit,  pour  recommencer  mon  rude 
travail  le  lendemain. 

Cette  vie  6tdit  bien  triste  pour  ce  pauvre  vieillard, 
qui,  au  moment  oil  le  repos  et  la  vie  d'interieur  sont  le 
plus  n^cessaires,  6tait  abandonn^  k  lui-m^me  tout  le 
jour  et  n'avait  plus,  au  coin  de  son  feu,  cette  douce  Qt 
charmante  compagne  qui  avait  part^6  sa  vie  et  ses 
travaux,  6iev6  ses  enfants,  et  faisait  tons  le^  soirs  avee 
lui  sa  chfere  partie  d' tehees.  Je  cherchais  tous  les 
moyens  de  lui  cr6er  une  occupation  qui  pAt  le  dis- 
traire;  maisrien  ne  pouvait  combler  ce  vide  cruel,  et  sa 
vie,  toujours  si  active  autrefois,  lui  paraissait  d'autant 
plus  monotone  qu'il  ne  savait  plus  a  quoi  I'employer.  11 
modela  le  Panth^oni  le  tombeau  d'H^loise  et  d'Abei- 
lard,  et  lies  fit  couler  en  bronze,  ainsi  que  diff^rents 
auires  objets;  mais  cela  devenait  ruineux,  et  il  y 
renon^a. 

Le  dimanche,  je  lui  appartenais.  II  enjouissait; 
j'etais  k  lui  seul  toute  la  journ^e.  II  me  menait  pro- 
mener  ou  me  conduisait  fiferement  dans  un  concert  ma- 
tinal  ou  je  faisais  ma  partie,  ou  il  m'entendait  applaudir 
avec  bonheur,  et  m'embrassait,  sans  c6r6monie,  devant 
tout  le  monde,  quand  mon  succ^s  6tait  complet.  Je 
travaillais  pour  lui  plaire,  et  j'aurais  pass6  ma  nuit  en- 
lifere  an  piano  si,  sortant  de  son  lit  k  minuit,  il 
n'^tait  venu  r^guli^rement  m'avertir  qu'il  6tait  temps 
de  laisser  dormir  les  voisins  et  de  dormir  moi-mtoe. 


6  MfiMOIRES  D'UNE  AUIBNISe. 


Bientot  le  pauvre  cher  p6re  ne  put  plus  m'accom- 
pagner  le  soir;  la  lumifere  faisait  enfler  ses  yeux.  Je 
voulus  renoncer  au  monde ;  il  n^  le  voulut  pas  et  antra 
k  Sainte-P6rine,  esp6rant  trouver,  dans  une  maisori 
consacree  k  la  vieillesse,  un  amateur  et  un  ^chiquier. 

Ne  pouvant  rester  seule  dans  cet  appartement  ou 
j'avais  eu  le  bonheur  de  vivre  prfes  de  lui,  et  qui  etait 
devenu  trop  grand  pour  moi,  j'y  donnai  une  soiree 
d'adieu  ou  je  r^unis  la  famille  et  le$  personnes  qui 
avaient  la  bonle  de  me  porter  inl6rM.  Celle  dont  la 
bienveillance  etait  la  plus  active  6tait  alors  M°»«  Domi- 
nique Andr^,  de  si  respect^e  m6moire.  Sitot  qu'elle  sut 
que  je  voulais  avoir  un  peu  de  musique  chez  moi,  elle 
m'envoya  des  lampes,  des  rafraichissements  et  son  bon 
vieux  domestique  BaptistCy  pour  veiller  au  service  et  k 
r^clairage.  Elle  m'amena  quatorze  personnes,  parmi 
lesquelles  se  trouvait  son  aimable  amie,  M"^®  la  baronne 
de  Neufflise,  et  m'en  aurait  amene  davantage  si  mes 
modestes  murs  ne  s'y  etaient  pas  opposes.  Elle  fut,  du 
reste,  enchantee  de  sa  soir6e,  ou  M.  et  M"e  Ponchard, 
MM.  Mallarl,  violoniste;  Prunnier,  liarpiste;  Wartel,  de 
rOpera;  Henri,  de  rOp6ra-Comique ;  MM.  Jacques  et 
Henri  Herz,'  rivalisfereht  d'entrain  et  de  talent,  ou  un 
public  d'^lite  ne  cessa  d'applaudir,  ou  les  rois  de,  la 
publicity  se  pressaient  et,  comme  disait  gaiment  Th6o- 
phile  Gauthier,  quis'y  etait  trouv6  6cras6  dans  un  coin, 
«  ou  ils  avaient  la  ressource  de  se  perchelr  sur  un  pied 
pour  reposer  Tautre,  » 


I 


CHAPITRE  TBEMIER.   —  ABR^g6  »E  MA  VIE.  /7 

nil    ■■■■■■<.     —  ■■■      m     1^    II..— 1^..    .^    .^       »■■■■■  ■^■■ii»»     M     ipM^i  M.^— ■■■■■■■  ■       I       ^  ■  1 ■    w  ■■  ■!!  ■"  III 

Quand  M™e  Dominique  Andre  apprit  que  je  souffrais 
de  la  poitri^e  et  voulais  changer  d'air,  elle  chercha  k 
m'emmeher  a  Tours,  ou  la  tr^s-charmante  M™«  Blanche 
Andr6,  femme  de  M.  Louis  Andr6,  le  propri^taire  de 
la  mianufacture  de  Foecy^  passait  T^t^  avec  ses  beau}^ 
enfants.  Elle  fut  trfes-f4ch6e  de  me  voir  me  decider 
pour  le  midi,  ou  j'allai  passer  six  mois  dans  la  famille 
Benoit  d'Azy.  Mais  M«»o  la  comtesse  Benoit  d'Azy,  qui 
m'enlevait  k  elle,  eul  la  gracieuset6  de  relarder  soij 
depart  de  quelques  jours,  pour  que  je  pusse  jouer  aii 
concert  de  M"«  A...,  jeune  artiste  que  M"«  Dominique 
Andr^  prot^geait  et  avait  amende  a  ma  soiree. 

Gette  dame,  dont  la  bienveillance  6tait  extreme, 
sachant  combien  j'aimais  ma  scBur  et  me  preoccupais 
de  son  avenir,  la  plaQa-comme  institutrice  chez  son 
neveu,  M.  Paul  Bontoux,  habitai^t  un  chateau  pr6s  de 
Paris.  Mais  ma  soeur  n'y  put  rester,  et  j'en  6prouvai 
tant  de  chagrin  que  je  n'osai  plus  retourner  chez 
M™o  Dominique. 

Je  rencontrai  un  jour  le  bon  vieux  Baptiste,  qui  me 
temoigna  sa  surprise  de  ne  plus  me  voir  chez  sa  mai*- 
tresse. 

<c  Madame  parle  souvent  de  vous,  me  dit-il ;  elle 
vous  portait  et  vous  porte  encore  tant  d'int^rM!  »  Je  fus 
sur  le  point  de  le  suivre,  tant  I'^lan  fut  vif.  Un  senti- 
ment de  d^licatesse  me  retint.  Pli^sieurs  ann^es  s'6taient 
ecoulees,  et  j'etais  alors  en  froid  avec  mon  fr6re,  a  qui 
j'avais  dii  la  connaissance  de  la  famille  Andr6.  II  elait 


-V 


8  MflMOIRES  d'uNE  ALIENEE.    ' 

en  relations  d'affaires  avec  M.  Louis ;  il  eut  fallu  parler 
de  nos  diff^rends,  et  c'etait  un  sujet  trop  p^nible.  Je  me 
privai  done  de  revoir  une  femme  qui  ^tait  la  bont6 
descendue  sur  la  terre. 

Puisque  ma  plume  a  parl6  comme  mon  coeur,  je 
laisse  ces  pages  telles  qu'elles  me  sont  6chapp6es,  afin 
que  ma  reconnaissance  pour  celle  dont  la  m6moire  est 
b6nie  par  tons  ceux  qui  ont  eu  le  bonheur  de  Tappro- 
dier  puisse  arriver  jusqu'i  ses  petits-enfants,  qui  ne 
savent  m^me  pas  mon  nom. 

Pendant  que  j'6tais  beureuse  dans  Faimable  famille 
Benoit  d'Azy,  ou  je  serais  bien  reside  des  ann^es  si  ma 
triste  destin^e  n'en  avait  pas  brdonn6  autrement,  je 
recevais  lettres  sur  lettres  de  ma  belle-soeur  D^siree, 
pressant  mon  retour  a  Paris  k  cause  de  ma  soeur 
Dachinka  (Dorothee). 

En  sortant  de  chez  M°»®  Paul  Bontoux,  elle  6tait  entr6e, 
comme  professeur  de  piano  a  demeure,  chez  M^^^  Du- 
may,  son  ancienne  maitresse  de  pension,  dont  la  belle 
institution  avait  6t6  transf^r^e  rue  de  Vaugirard.  Ma 
tante  fitienne,  veuve  du  frfere  de  mon  p^re,  et  mSre  de 
ma  belle-soeur  D6sir6e,  envoyait  sa  bonne  tons  les 
dimanches  chercher  Dachinka  pour  passer  la  joum^e 
en  famille.  Enfant  gatee  par  tous,  habitude  k  faire 
toutes  ses  volont^s,  nerveuse  et  irritable  a  Texc^s,  elle 
donnait  beaucoup  de  souci  a  ma  tante.  —  «  Toi  seule, 
m'6crivait  ma  belle-soeur,  peux  venir  a  bout  de  cette 
jeune  fille.  »  —  Je  revins  done  en  toute  h^te  k  Paris,  et 


/ 


CHAPITRE  PREMIER.    —   ^BI^^GE  DE  MA   VIE. 


bienf&t  raa  soeur,  ayant  perdu  sa  pension,  s'installa 
chez  moi.  Elle  y  fut  k  ma  charge  jusqji'au  moment  ou, 
ayant  suffisamment  d'^lfeves,  elle  put  me  donner  une 
petite  inderonite  de  50  fr.  par  mois.    \ 

J'airaais  beaucoup  ma  soeur,  k  qui  j'avais  donn6  s'es 
premieres  legons  et  dent  j'avais  perfeclionn^  le  talent 
surle  pianb;  cependant,  j'avoue  franchement  que  je 
fus  trfes-heureuse,plusieurs  manages  que  j'avais  esp^r^s 
pour  elle  ayant  manqud,  quand,  m'etant  trouv^e  malade 
de  fatigue  et  obligee  de  garder  la  chambre,  elle  me 
quitta  provisoirement  pour  prendre  un  petit  pied-a-terre 
a  la  campagne,  afin,  disait-elle,  —  «  de  respirer  un  air 
plus  pur. }» 

Je  profitai  de  cet  abandon  ^our  I'amener  k  trouver 
qu'elle  ferait  mieux  de  rester  tout  a  fait  chez  elle, 
parce  qu'elle  serait  libre  de  se  conduire  k  son  id^e^ 
et  j'obtins  de  mon  p^re,  avec  une  peine  iniinie,  de  lui 
meubler  une  chambffe'  k  coucher,  lui  faisant  compren- 
dre  que  cela  vaudrait  beaucoup  mieux  pour  tout  le 
monde. 

Ma  soeur  Dachinka  ^tait  une  tres-jolie  petite  brune, 
blanche  et  rose,  vive,  spirituelle,  instruite,  ^crivant  et 
jouant  fort  bien  du  piano;  elle  avait  remport6  tous  les 
premiers  prix  de  sa  pension.  D'une  nature  ardente, 
violent^,  faisant  de  grandes  scfenes  fr6quentes,  ayant 
besoin  de  mouvement,  aimant  a  se  mettre  en  Evidence, 
a  danser,  k  aller  k  cheval,  elle  ne  regardait  ni  ^.la  qua- 
lit6  du  partner  ni  k  celle  de  sa  monture :  le  premier 

4. 


I 


^       QiAPITRE  PI^MIER.    —   ABREGK  DK  MA    VIE.  Id 

■         ■  '  I  ■  I  '  ■ ■_ ■■      .   .^  *  >■  II ■     I       ■      ■     I       I     II        ■ 

'  '    '  .  '  I 

raison  s'etait'  m^rie,  et  j'^tais  vieille.  de  pens6e,  Je 
me  trouvais  heurcuse  de  ctette  affection  fraternelle  en 
laquelle  j'avais  une  grande  confiance,  estimant  et  res* 
pectant  beaucoup  mon  fr^re,  ainsi  que  ma  beJle-soeur, 
avec  laquelle  j'entretenais  une  correspondance  r^gu- 
]i6re  quand  nous  nous  trouvions  ^loign^es  I'tme  de 
I'autre.  Pendant  un  assez  long  sejour  qu'ils  ont  fait  a 
Limoges,  mon  fr^re  ^tant  venu  k  Paris^  a  logd  chez 
moi  avec  son  fils  Jean  qui,  d^s  lors^  trouvait  sa  petite 
tanfe  Dachinka  charmante.  Quand  il  fut  question  de 
•mariage,  tout  changea  autour  de  moi :  on  me  fit  mys- 
t6re  des  pr6paratifs ;  I'acte  civil  fut  accompli  le  15  no- 
vembre  1845,  presque  clandestinement,  et  je  ne  sus, 
moi-m^me,  cette  union  faite,  que  lorsque  je  fus  invitee 
a  la  calibration  du  mariage  k  P^glise,  effectu^  quelque 
temps  apr^s. 

A  cette  occasion,  j'entendi?  parler  vaguement  de 
bigami^,  de  faux,  de  formalit^s  a  ^viter^  Mais  quand  je 
voulais  en  savoir  plus  long,  on  me  r^pondait  que  leg 
choses  etaient  toutes  personnelles,  qu'on  avait  fait  pour 
ma  soeur  une  reconnaissance  d'enfant  naturel,  afin 
d'6yiter  des  dispenses,  et  qu'il  ne  fallait  rien  dire. 

Je  dois  avouer  ici  qu'61ev6e  loin  des  chicanes  judi- 
ciaires,  n'ayant  jamais  entendu  soulever  la  question  de 
notre  4tat  civil,  voyant  Tunion  parfaite  qui  regnait 
entre  la  premiere  famille  de  mon  pfere  et  notre  mfere, 
je  croyais  tout  r^gulier  autour  de  nous.  J'6tais  d'autant 
plus  ignoratite  de  toutes  choses  sur  ce  point,  que  j'avais 


»        * 


GHAPITRE  PREMIER.   —  ABRfifife  DE  MA  VIE. 


13 


meme  confiance,  m'ont  octroye,  sur  la  simple  parole 
d'un  homme,-qu'ils  ne  connaissaient  pas  plus  qu'ils  ne 
me  connaissaient,  le  nom  et  T^tat  ci\il  de  fantaisie 
qu'ils  ont  enregistr^s,  sans  aucune  pjfece  k  Tappui. 

Depuis  le  moment  de  ce  mariage,  mon  pfere  baissa 
rapidement^  ayant  eu  une  attaqne  de  paralysie.   Sa; 
fin  fut  acc^l^r^e  par  une  circonstance  que  Je  vais  rap- 
porter. 

II  avait,  3iy  rtie  de  Fontarabie,  a  Charonne,  pr^s  du 
Pfefe-Lachaise,  une  maison  assez  belle  dont  il  6tait  de- 
venu  proprielaire  malgr6  lui,  parce  qu'il  avait  dessus 
une  premiere  hypothfeque.  Cette  maison,  qui  entre  des 
mains  fermes  et  habiles  aurait  pu  rapporter  beaucoup, 
ne  faiaait  que  lui  engendrer  des  ennuis  et  des  tracas- 
series  qui  le  minaient.  On  I'avait  lou^  pendant  un  cer- 
tain  temps,  par  petits  logements,  k  des  ouvriers.  Elle 

• 

rapportait  ainsi  de  3,000  k  3,600  fr.  Mais  les  rentr^es 
se  faisaient  fort  mal,  mon  pfere  6tant  trop  dg6  pour  s'en 
occuper  activement.  II  prit  un  homme  d'affaires ;  cela 
coutait  cher  et  n'allait  pas  mieux.  II  voulut  m'en  char- 
ger :  outre  que  c'etait  pour  moi  un  surcroit  de  fatigue, 
je  ne  pus  arriver  a  rien  ;  ces  gens  pleuraient,  en  appe- 
laient  k  ma  compassion,  et  la  rigueur  me  devenait  im- 
possible. On  fit  maison  nette,  et  on  loua  k  deux  fabri- 
cants.  lie  plus  important  fit  faillite...  G'^tait  k  d^cou- 
rager  le  plus  intrepid  e. 

Mon  p6re  avait  soixante-dix-sept  ans.  II  s'6tait  plac6 
k  Sainte-P^rine  viag^rement,  en  donnant  une  somme 


^    , 


\ 


♦    ^ 


i4  MIilMOIRES   D'UNE  ALIENEE. 

II  II  I  IW     1^1  II  I  H">^B    I  II'  -  -  J     I      IIMI.<»,       j        ■        ■    W^— — ^    IMP— W^H   ■   ^i^^^W^^i^l^ 

de  12,000  ou  15,000  fr»  Mais  il  fallait,  en  outre,  caf6, 
service,  tabac,  ^clairage^  chauffage,  blanchissage,  e^^tre- 
lien,  menus  frais,  argent  de  poche,  ce  qui  faisait  mon- 
ter  la  pension  assez  haut;  et  n'ayant  presque  pas  d'ar- 
gent  devant  lui,  il  se  tourmentait  beaucoup.  Je  priai 
done  mon  fr^re  de  vouloir  bien  prendre  la  directipn  de 
la  maison,  de  m'6ter  cetle  besogne^  k  la  hauteur  de  la- 
quelle  je  ne  me  sentais  pas  du  lout,  et  d' assurer  a  mon 
pfere  un  revenu  fixe  qui  lui  rait  I'esprit  ett  repos*  II  y 
consentit,  et  mon  p6re  se  trouva  immddiatement  mieux, 
a  ma  grande  joie. 

En  Thonneur  de  cette  prise  d'autorite  de  mon  fr6re, 
il  fut  convenu  que  le  diner  de  famille,  qui  se  donnait 
ordinairement  chez  moi  le  jour  de  la  Saint-Charles,  — 
car  mon  pauvre  p^re  ne  se  regardait  chez  lui  que  quand 
il  etait  chez  moi ,  —  se  donnerait  chez  Claude-Daniel. 

Je  fus  exacte  au  rendez-vous  g6n6ral.  Mon  fjrbre  avait 
gard6  rhabitude  militaire  d'Mre  a  Theure ;  on  le  savait, 
et  on  s'arrangeait  de  mani^re  k  ne  pas  le  faireattendre. 
Une  heure  s'^tait  ^coulee ;  sept  heures  sonnaient,  et 
mon  pfere  n'6tait  pas  arriv6.  Je  commengais  k  ^Ire  in- 
quire. 

«  II  ne  viendra  peut-6tre  pas,  me  dit  Claude-Daniel . 
—  Comment  cela  ?  —  C'est  que  je  lui  ai  ^crit  de  ne 
plus  -compter  sur  moi  pour  ses  affaires.  —  Qu'est-ce 
que  cela  veut  dire?  dis-je  stup6faite.  —  Dachinka  m'a 
dit  que  tu  aurais  des  soup^ons  sur  ce  que  je  ferais,  et 
j'ai  pr^f^r^  couper  court  k  cela.  ]» 


CHAPITRE.  PREMIER.   —  ABRl^GK   DE   MA   VIE.  15 

Je  me  levai  d6sesp6r6e.  «  Vous  avez  tue  mon  pfere!  / 

m'^criai-je  en  cdurant  prendre  mon  chapeau.  Est-il  pos- 
sible qu'un  homme  de  coeur,  qu'un  homme  sens6  agisse 
ainsi?  Si  je  n'avais  pas  eu  toute  confiance  en  vous,  si  je 
n'avais  pas  voulu  tranquilliser  mon  bien-aim6  pfere, 
vous  aurais-je  pri6  de  vous  occuper  de  lui?  Ne  m^en 
serais-je  pas  occup^e  seule?  C'est  indigne!  —  Aussi 
je  m'en  suis  6tonn6.  —  Et  pourquoi  avez- vous  ecrit  a 
mon  p6re  sans  m'en  parler  d'abord  ?  —  Parce  que  j'ai  * 
agi  sous  la  premiere  impression ;  ce  n'-est  qu'apres  que 
j'ai  r6Q6chi.  Ou  vas-lu?  —  Je  vais  le  chercher,  lui  dire 
que  vo«8  avez  agi  stupidement,  que  vous  le  regrettez, 

que  vous  tenez  vos  engagements ou  rester  avec  lui, 

car  il  ne  pent  pas  passer  sa  f^te  seul  au  monde !  » 

Je  pris  une  voiture ;  je  promis  bon  pourboire  si  on 
allait  vite.  J'arrivai  aSainteTP^rine...  Personne  I  Je  re- 

vin«  chez  mon  fr^re...  Personne! Oh!  mon  pfere  ! 

Je  redescendis ;  je  retournai  a  Sain te- Purine...  Per- 
sonne !! Que  faire?  que  devenir?...  Je  ne  suis  pas 

devenue  folle !  Non  !  je  suis  restee  li,  attendant,  esp6- 
rant...  Puis  j'ai  couru  chez  moi,  ayant  Tidee  que  le 
pauvre  afflig6  devait  avoir  recouru  a  moi;  a  moi,  sa 
fille;  k  moi,  gu'il  savait  Taimer!...  Personne  n'etait 
venu !  Je  suis  revenue  a  Sainte-P6rine,  ou  les  concierges 
me  permirent  d'attendre  chez  eux. 

A  dix  heures  et  demie,  il  est  rentre,  bris6,  extenu6  ; 
il  avait  faim!...  II  avait  recu  un  coup;  sa  lete  avait 
loum6.  II  avait  pourtant  voulu  nous  voir  ;  il  s'^tait  perdu, 


16  HEMOIRES  D'UNE  ALIENKK. 

• 

et  on  avait  ete  oblige  de  le  remettre  sur  Je  chemin  de 
Sainte-P6rine.  J'ai  soup6  avec  lui ;  je  lui  ai  remis  de 
Tespoir  au  cceur  ;  je  Tai  bien  embrass6,  caresse,  cou- 
cbe;  puis,  a  minuit,  j'ai  remerci6  les  braves  gens  qui 
avaient  bien  voulu  me  permettre  d'attendre  dans  leur 
loge,  et  ne  s'etaient  pas  couches  avant  que  j'eusse  calm6 
leur  pensionnaire.  J'ai  quitte  seule  ce  quartier  isole 
et  dangereux ;  je.me  suis  dirigee  chez  moi,  pr5s  la  bar- 
riere  des  Martyrs. 

Le  coup  6tait  port6.  Rien  ne  Fa  pu  sauver*  II  est 
tomb^en  enfance;  ilcroyaitqu'on  voalait  le  voler^l'em- 
poisonner.  II  se  perdait  sans  cesse  quand  il  sortait,  et 
me  disait  que  les  souvenirs  de  son  jeune  Hge  Tobs^- 
daient.  Bient6t  il  garda  le  lit,  refusa  de  recevoir  aucune 
nourriture  que  de  ma  main;  puis  me  dit  qu'on  Irom- 
pait  ma  surveillance,  qu'on  empoisonnait  k  mon  insu 
ce  que  je  lui  ofFrais,  etfinit  par  tout  jeter  par  la  tenetre 
et  par  s'enfermer. 

Le  jour  de  Tan  1848,  jour  de  sa  naissance,  il  avait 
s6ixante-dix-huit  ans.  Je  vins  le  voir  un  peu  tard, 
comptant  rester  jusqu'au  soir. 

II  avait  sur  son  lit  des  oranges.  «  Tiens,  me  dit-il, 
prends-les,  ma  fiUe ;  je  n'ai  pas  autre  chose  k  te  donner, 
main  tenant  qu'ils  m'ont  tout  pris.  y>  J'eusbeau  refuser, 
lui  donner  celles  que  je  lui  apportais  moi-mdme;  il 
me  for^a  h  les  emporter  et  ne  voulut  gouter  qu'aux 
miennes. 

Ce  fut  presque  son  dernier  jour  de  lucidit6. 


\ 


CHAPlTREl  PREMI6R.  —  A6RKGE  DE  MA  VIE.  17 

/ 


Mon  frfere  ayant  6t6  averti  par  le  directeur  de  Sainte- 
Perine  qu'on  ne  pouvait  pas  le  garder,  voulut  bien  se 
charger  de  Irouver  une  maison  de  sant6  et  s'occuper 
des  demarches  k  faire  pour  le  placer,  ainsi  que  pour 
obtenir  de  i'assistance  publique  de  la  Seine  le  revenu 
de  [a  somrae  assur^e  viagferement  a  Sainte-Perine.  II 
vint  me  chercher  de  bon  matin  avec  ma  belle-soeur, 
car  mon  pere  ne  voulait  voir  personne,  et  ils  n'osaient 
forcer  sa  porte  sans  que  je  fusse  1^.  En  effet,  il  sauta 
i  has  de  son  lit  et  demanda  pourquoi  on  entrait  chez 
lui.  D6s  qu'on  lui  eut  dit  que  c'6tait  parce  que  sa  fille 
voulait  le  voir  :  <  Laquelle  ?  —  Hersilie.  —  Ou  est-elle? 
OU  est-elle  ?  » 

II  se  plaignit  k  moi  de  cette  violence.  Malgr^  tous 
mes  efforts,  je  ne  pus  lui  persuader  qu'il  fallait  quitter 
sa  chambre  pour  m'accompagner  ailleurs. 

Je  fas  obligee  de  me  retirer  dans  une  autre  piece 
avec  mon  frfere  et  mSi  belle  soeur,  tandis  qu'on  Ventrai- 
nait  de  force* 

Nous  suivimes,  dans  une  seconde  voiture,  celle  qui 
I'emportait  entre  quatre  gardiens,  et  nous  arrivdmes 
avec  lui  k  la^  maison  de  sant6  de  M""**  Reboul-Riche- 
braque,  rue  Picpus. 

II  y  fut  install^  dans  une  bellp  chambre,  claire,  gaie 
et  tranquille. 

Nous  allames,  ma  belle -soeur  et  moi,  le  voir  le  sur- 
lendemain.  II  nous  regarda  en  silence,  semblant  ne  pas 
nous  reconnaitre.  II  nous  en  voulait  sans  doute. 


'  1 


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1 


18  MEMOIRES  B'UNE  ALIENEE. 

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La  visite  suivante  fut  pareille.  D6sir6e  alors  d6clara 
que,  puisqu'il  ne  reconnaissait  plus  personne  et  qu'il 
6tait  bien,  il  6tait  inutile  de  venir  plus  de  deux  fois  par 
mois,  et  m'engagea  a  la  prendre  lous  les  quinze  jours, 
afin  de  lui  faire  visite  ensemble.  M.  ie  docteur  Rotta, 
m^decin  de  T^tablissement  et  associ6  de  M^®  Reboul- 
Richebraque',  nous  avait  afecompagn^es.  II  nous  dit  qu'il 
y  avait  de  Targent  et  des  papiers  dans  le  coffre-pupitre, 
et  qu'il  ne  fallait  pas  laisser  de  tentatipn  au  service. 
Ma  belle-soeur.  visita  ce  pupitre,  y  trouva  un  livret  de 
la  caisse  d'6pargnf ,  difF6renls  papiers  et  le  testament 
de  mon  p^re.  Elle  emporta  le  tout  chez  elle ;  on  donna 
un  tour  de  cl6  au  pupitre  qu'on  laissa  li,  apr^s  s'dtre 
assure  qu'il  ne  contenait  plus  rien  de  precieux. 

Je  ne  pus  rester  quinze  jours  sans  revoir  men  pfere. 
J'y  arrivai  done  peu  aprfes ;  on  me  dit  k  la  porte  qu'il 
n'y  avait  personne  dans  la  maison  portant  le  nom  de 
Rouy.  Jedemandai  k  parleraM'^^ileboul-Richebraque, 
qui  parut  fort  embarrass^e  par  ma  presence.  Elle  m'ex- 
pliqua  que  mon  frere,  ne  desirant  pas,  a  cause  de  sa 
position,  qu'on  sut  son  p^re  dans  une  maison  de  sant6, 
tout  en  I'ayant  fait  regulierement  enregistre^f  sous  le 
nom  de  Rouy,  avait  dit  de  ne  lui  donner.  que  celui  de 
Daniel  dans  le  service  et  a  la  poste,  et  avait  d6fendu  de 
le  laisser  voir  a  qui  que  ce  fut,  sinon  accompagn^  de 
lui.ou  de  Tun  des  siens;  qu'elle  ne  voulait  pas  prendre 
sur  elle  d'enfreindre  ces  ordres,  parce  que  mon  p^re 
pourrait  me  faire  du  mal...  Je  la  rassurai  sur  ce  point. 


s 

/ 


CHAPITRE  PREMIER.  —  ABBEGE  DE  MA  VfE.      19 

■  ■!  I        ^t  ■        ■■  ■        I     ■  I   I     i  ■  I        ■  ■  ■  n  ■■  ■  ■  ■     ■    ■       _ 

Je  n'avais  pas  peur  de  mon  pfere^  et  je  d6clarai  que 
je  wulais  le  voir  deux  ou  trois  fois  par  semaine.  Elle 
comprit  qu'il  6tait  inutile  de  register  et  me  conduisit 
pies  de  lui.  11  6tait  tristement  assis  devant  le  feu,  qui 
etait  garanti  par  un  grillage  ferme  a  cie.  D^s  qu'il  me 
vit'seule,  il  fit  un  mouvement,  regarda  autour  de  lui, 
puis  me  deraanda  comment  j'avais  fait  pour  m'6chap- 
per  et  venir  le  voir  sans  6lre  surveill^e.  Ceci  m'etonna. 
II  me  paria  longtemps  et  avec  toute  sa  raison,  me  dit 
qu'il  etait  parmi  des  fous  qui  ne  disaient  rien  de  juste, 
s'informa  de  ma  sante,  de  mes  affaires,  de  tout  le 
monde,  et  me  d6clara  qu'il  ne  me  parlerait  jamais 
quand  je  ne  serais  pas  seule.  L'effet  de  me  voir  1^, 
t^te-a-tete,  avait  eu  ce  resultat,  qui,  malheureusement, 
^  ne  se  soutint  pas.  Chaque  fois  que  je  vins  seule,  il  fut 
content,  et  il  continua  de  me  parler  plus  ou  moins  rai- 
sonnablement. 

Peu  de  jours  aprfes,  je  revins  avec  ma  belle-soeur. 
Le  docteur,  averti,  vint  nous  trouver,  et  nous  faisant 
passer  par  le  jardin  du  quartier,  dit,  en  montrant  un 
jeune  homme  qui  s'y  promenait,  quHl  etait  dangereux 
pour  moi  de  vehir  voir  mon  pere^  parce  qu'en  traver- 
sant  le  jardin  je  risquais  d'Mre  embrass6e  par  cet  hyst6- 
rique,  qui  pourrait  se  jeter  sur  moi.  «  Eh  bien  I  j'aime 
encore  mieux  etre  embrassee  par  un  fou  que  de  ne  pas 
voir  mon  pfere,  »  dis-je  resolument.  Mais  il  devint 
gdteiuc^  et  on  dut  le  placer  ailleurs.  M""^  Reboul-Riche- 
braque  me  conduisit  elle-mdme  dans  sa  cellule  et  lui 


1 , 


20  MEMOIRES  D'UNE  ALIENEE. 

ainnonga  sa  fille.  «  Laquelle  ?  —  Hersilie.  —  Ah  !  ma 
chere  enfant,  sauve-moi!  Regarde,  j'ai  mon  bonnet  sur 
les  yeux,  et  je  ne  puis  le  lever ;  la  fen^tre  'en  tabatifere 
qui  est  au-dessus  de  mon  lit  m'aveugle,  m'envoie  du 
vent.  On  me  fait  descendre  les  pieds  nus  sur  la  pierre, 
sans  tapis,  et  on  me  pousse  si  j'hesite...  »  M"*^  Reboul- 
Richebraque  6tait  confondue ;  elle  le  croyait  idiot.  Per- 
sonne  ne  voulait  me  croire  quand  je  disais  ^Viiparlalt 
raisonnablement !  Puis  elle  ajouta  qu'il  6tait  mechant^ 
qu'il  ne  se  plaignait  que  parce  qu'il  savait  me  faire  de 
la  peine  et  qu'il  m'entendait  pleurer,  car  le  pauvre 
cher  homme  ne  pouvait  m^  voir,  ayant  son  bonnet  ra- 
battu  sur  ses  yeux,  comme  un  condamne  a  la  pendai- 
son.  «  M6chant !  »  Mais  tout  ce  qu'il  disait  6tait  vrai ! 
Je  le  voyais  bien,  et  j'en  6tais  au  d6sespoir.  J'allai  di- 
rectement  chez  mon  frfere  lui  conter  cette  douleup.  Au 
lieu  d'y  compatir,  mon  frfere  fut  formalist  et  me  signifia 
que,  si  je  n'^tais  pas  contente,  «  il  placerait  son  pfere 
k  Bic^tre,  ceux  qui  6taient  enfermes  dans  les  maisons 
de  rfitat  n'en  sorlant  plus,  ne  pouvant  pas  ^tre  vus,  et 
^tant  punis  lorsqu'ils  se  plaignaient ;  que,  d'autre  part, 
c'6tait  bien  moins  cher.  » 

Jamais  je  n'avais  eu  la  moindre  discussion  avec  mon 
fr^re.  Cependant,  k  ce  discours,  je  ne  pus  m'emp^cher 
de  bondir.  cc  Mon  p^re  a  BicMre !  k  Bic^tre !  Avez- 
vous  bien  os^  dire  cela,  alors  qu'il  a  de  quoi  payer  sa 
pension  avec  son  propre  argent,  sans  rien  demander  a 
personne  ?  Qui  a  done  ici  le  droit  d'6conomiser  son 


N.> 


CUAPITRE   PREMIER.   —   ABUEGE   DE   MA   VIE.  21 


avoir?  II  doit,  avant  tout,  servir  k  son  bien-^tre.  Mon 
pauvre  pere !  vous  n'avez  que  moi  pour  vous  aimer ; 
mais  tant  que  je  vivrai  je  saurai  vous*  aimer  et  vous 
defendre  I  »'  Puis  je  fondis  en  larmes. 

Cette  altercation  augmenta  le  froid  qui  existait  entre 
nous  depuis  le  mariage  de  ma  soeur. 

Mon  p^re  mourut  le  20  octobre  suivant.  Je  I'avais  vu 
bien  faible  le  16.  Le  19,  mon  fr^re  me  fit  dire  de  venir 
le  prendre  avec  une  voiture  k  son  bureau,  ou  il  m'at- 
tendait  avec  son  ills  Jean,  et  nous  alldmes  ensemble  k 
la  maison  de  sante.  Mon  pauvre  p^re  6tait  couche  et  au 
plus  mal. 

D  ne  pouvait  plus  parler ;  sa  t^te  dtait  enfl^e ;  les 
mouches  le  d6voraient.  D6s  qu'il  entendit  ma  voiit, 
ses  yeux,  qui  seuls  avaient  encore  lent*  mouvement, 
me  chercbferent  jusqu'^  ce  que,  m'etant  plac6e  en  face 
de  lui,  il  les  fixa  sur  moi  et  commen^a  une  de  ces 
conversations  muettes  qui  laissent.  un  souvenir  inefFa- 
yable.  Je  lui  parlais  ;  il  me  r^pondait  en  ouvrant  et  fer- 
mant  les  yeux.  Je  vpulus  chasser  les  mouches ;  il  prit 
mes  mains  dans  les  siennes,.les  serra,  me  regardant  le 
plusqu'il  pouvait...  Mon  frfere  et  son  fils  voulureni 
aussi  lui  prendre  la  main ;  il  Ucba  les  miennes  et  se 
mit  k  frapper  les  autres  mains  qui  s'avangaient.  Le 
raedecin  intervint  et  nous  fit  tons  sortir,  en  disant  qu'ijl 
etait  surexcit^  et  qu'il  fallait  le  laisser  mourir  en  paix. 
Jetombai  k  genoux...  On  m'entraina;  je  n'avais  plus 
lie  pens6e.  Mais,  au  moment  de  partir,  je  me  souvins  de 


22 


MEMOIRE§  D  UNE  ALIENEE. 


cette  main  qui  avail  press6  la  mienne,  et  je  demandai 
a  mon  frere  de  me  donner  Vanneau  (Tor  que  mon 
p9*e  avait  a  son  doigt,  comme  souvenir  de  son  dernier 
moment.  II  me  le  promit  devant  le  medecin. 

Ma  soeur  et  ma  belle-steur  n'avaient  pas  pu  venir 
lui  dire  adieu ;  elles  etaient  «  trop  sensibles  »  pour 
cela. 

Le  lendemain  matin,  je  vins  avec  ma  femme  de  ma- 
nage revoir  une  dernifere  fois  celui  que  je  ne  devai&  plus 
retro|iver  que  dans  mon  coeur.  II  ^tait  mort !...  Mort 
seul,  sans  enfant  prfes  de  lui,  entre  les  mains  d'un  ser- 
vice stranger,  et  on  m'avait  refus6  le  bonheur  de  re3ter 
dans  un  coin  jusqu'a  son  dernier  souffle  !  Ma  mfere  avait 
6te  soignee  par  moi-m^me ;  je  Tavais  vue  k  I'heure  su- 
preme, embrassee  chaude  encore...  II  6tait  la,  froid, 
insensible,  lui  dont  le  regard  avait  su  trouver  un  signe 
pour  me  parler,  quoique  perdu  d' esprit  I 

Quel  d^sespoir,  quel  remords  pour  ma  vie  enftifere  ce_ 
serait,  si  j'avais  pu  le  garder  chez  moi  et  que  j'aie  k  me 
reprocher  de  I'avoir  livre  vblontairement  k  cet  abandon ! 
Je  Tembrassai  doucement;  j 'avals  peur  de  le  troubler. 

M.  le  docleur  Rotta  m'ofl'rit  de  me  donner  Fanneaii 
qu'il  avait  encore  au  doigt ;  mais  j'aurais  regards  comme 
une  profanation  de  le  deranger  pour  moi  dans  son  repos. 
Je  priai  done  le  docteur  d'etre  assez  bon  pour  le  prendre 
quand  on  I'ensevelirait  et  le  donner  a  mon  fr^re,  qui 
le  remettrait  entre  mes  mains  a  notre  premiere  entrevue. 
M.  le  docteur  Rotta  me  dit  que  ma  soeur  6tait  venue 


'  1  . 


/ 


CHAPITRE 'premier.   —  ABRIEGE  DE   MA  .VIE.  23 


avant  moi  et  avail  fait  une  sc6ne  de  d6ses^oir  ter- 
rible. 

Les  grandes  douleurs  ne  font  pas  de  bruit  et  aiment 
I'isolement.  Je  I'entrai  chez  moi.  A»u  bout  de  huit  jours, 
men  fr^re  m'invita  a  dineic-  Je  me  rendis  a  cette  invita- 
tion le  desespoir  dans  i'ame.  Je  fondis  en  larmes  en 
les  voyant,  puis  je  tendis  la  main  vers  mon  frfere. 
«  L'anneau,  lui  dis-je.  —  L'anneau?  Je  I'ai  fait  couper, 
parce  qu'il  6tait  trop  grand,  et  je  I'ai  donne  a  ta  soeur. 
—  A  ma  soeur !  »  rep6tai-je  avec  stupidite,  ^ 

Ge  coup  m'avait  hebetee.  Je  ne  comprenais  pas. 

Cet  anneau  d'or,  simple,  sans  aucune  valeur,  ne 
ponvait  Mre  qu'un  souvenir;  s'il  n'avait  pas  frapp6  mes 
yeux,  on  Taurait  enterr6  avec  mon  pfere.  Mon  frfere  me 
ravait  promisA  son  lit  de  morf,  et  monfrfere  le  donnait 
a  sa  bru,  qui  n'avait  pas  m6me  6te  voir  son  p6re  I 

Je  ne  comprenais  pas !  nbn !  Mais  mes  yeu3c  s'6taient 
s§ch68  ;  quelque  chose  s'^tait  bris6  en  moi.  Je  n'avais 
plus  rien  a  dire,  rien  k  faire  la.  Je  n'ai  m^me  pas  pro- 
tests. Avais-je  besoin  Unn  anneau  d'ovy  pour  penser  a 
celui  qui  m'avait  61ev6e,  aim6e,  prot6g6e?.J'avais  son 
amour ;   I'autre  pouvait  avoir  son  anneau ! 

A.  la  fin  du  diner^  ou  je  ne  pus  manger,  on  le  com- 
prendra,  mon  frfere  alia  chercher  le  testament  de  mon 
pere  qu'il  avail  chez  lui  depuis  le  mois  de  fevrier.  II 
rouvrit,  nous  le  lut  lui-meme.  Voici  ce  que  j'en  ai 
retenu  :  «  Aprfes  s'6tre  mis  en  presence  de  Dieu  et 
avoir  d6clar6  qu'il  etait  dans  toute  la  possession  de  ses 


.1  ''  ~ 


24  MEMOIRES  D'UNE  ALIEiNEE. 

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facult^s  intelleduelles,  il  partageait  ce  qu'il  possedait 
en  trois  parts  egales  entre  ses  trois  enfantsl  II  leguait 
son  mecanisme  uranographique  a  son  fils  ain^,  Claude- 
Daniel,  d  la  condition  expresse  quHl  nous  servirait 

,  de  pere,  k  ma  scBur  et  k  moi...  » 

II  parait  que  ce  testament  a*-  et6  fait  avant  le  ma- 
nage de  ma  sceur,  car  il  n'y  est  pas  question  de  son 
mari. 

Apres  I'avoir  lu,  mon  frfere  a  demand^  a  son  fils 
Jean,  qui  comme  mari  de  ma  soeur  la  repr^sentait,  et 
k  moi,  si  nous  voulions  nous  occuper  de  la  liquidation, 
avoir  chacun  notre  notaire  ou  lui  laisser  tout  pouvoir 
d'arranger  les  choses  pour  le  mieux.  Nous  avons  tous 
deux  repondii  en  le  priant  de  s'en  charger,  et  en  le 
remerciant  de  youloir  bien  Mre  assez  bon  pour  nous 
eviter  ces  ennuis.  II  a  alors  repli6  le  testament.  Fa 

^  remis  dans  son  enveloppe,  s'est  lev6  pour  aller  Ten- 
fermer.  Je  Tai  pri^  de  me  le  laisser  voir.  II  m'a  re- 
fusee  net.  .  .      . 

Je  Tai  regard«§  en  silence,  profond^ment....  Puis  je 
me  suis  levee  tranquillement;  j'ai  pris  mon  chapeau, 
mon  chale;  je  leur  ai  dit  adieu.  Je  n'y  suis  plus 
retourn^e. 

Quand  toutes  les  affaires  furent  regimes,  mon  frere 
m'envoya,  par  un  tiers,  la  somme  de  1,500  et  quelques 

,  francs  pour  ma  part  de  succession,  avec  un  compte 
enorme  que  je  n'ai  m^me  pas  regard^.  J'ai  donn6  regu 
sans  faire- une  observation,  bien  que  je  fusse  un  peu 


GHAPlTRE  PREMIER.  —  ABRtot  DE  MA  VIE. 


25 


etonn^e  de  ce  qu'il  ne  me  Vevenait  que  cela,  la  maison 
de  la  rue  de  Fontarabie  ayant  et6  vendue,  et  aussi  de 
ce  que  mon  frfere  avait  gard6,  sur  ma  part,  400  fr. 
pour  couvrir  les  frais  du  mariage  de  son  fils  avec  ma 
soeur. 

Que  m'imporlait  un  peu  d' argent,  dans  F^fat  d'esprit 
ou  je  me  trouvais?  4'dtais  bien  pauvre;  mais  j'avais 
tant  de  ressources  en  moi-m^me,  il  m'6tait  si  facile  de 
me  placer,  je  m'etais  trouv^e  si  bien  partout  ou  j'avais 
et6,  que  plut6t  que  d'avoir  une  discussion  dMnt^r^ts,  plu- 
t6t  que  d'avoir  une  seconde  iourn^e  comme  celle  du 
testament,  j'aurais  mieux  aim6  perdre  tout  Tor  du 
monde.  Ceux  que  j'aimais  m'avaient  frapp6e  dans 
ma  foi  en  eux.  Tout  6tait  fini  entre  nous ! 

Depuis  ce  moment,  nous  n'avons  plus  eu  aucun  rap- 
port ensemble.  Gependant,  chaque  fois  que  je  donnais 
un  concert,  jeleur  envoyaisdes  billets  k  tous.  Ma  soeur 
et  son  niari  y  venaient  r6guli6rement.  lis  avaient  m^me 
d'assez  fr^quentes  nouvelles  de  ce  qui  se  passait  chez 
moi,  J'ai  su  plus  tard  qu'ils  trouvaient  moyen  d'avoir  de 
leurs  connaissances  parmi  mes  habitues  et  se  mon- 
traient  fort  curieux  de  ce  qui  me  concernait. 


••> 


\ 


/     * 


26 


•MEMOIRES  Y)'UNE  ALIENEE. 


CHAPITRE  II 


\ 


Go  qui  a  pr6c6d6  xnon  enl^vem^nt. 


II  m6  faut  a  present  remonter  un  peu  haut  dans 
mes  souvenirs,  pour  rendre  compte  de  faits  as^ez 
bizarres  dont  Timportance  ne  me  f ut  r6v616e  que  plus 
tard. 

A  mon  retour  des  forges  d*Alais,  oii  j*avais  pass6  six 
mois  dans  la  famille  de  M.  le  vicomte  Benoit  d*Azy, 
buvaht  du  lait  de  chfevre  et  me  reposantde  mes  fatigues, 
je  fus  regue  par  mes  connaissances,  par  les  profes- 
seurs  du  Conservatoire,  par  M"*^  Orfila,  par  M"®  la 
duchesse  Decglzes,  avefc  des  compliments  et  des  f61ici^ 
tations  sur  mes  succfes  dans  le  nord. 

Stupefaite,je  voulus  m'expliquer,  prouver  par  le  te- 
mojgnage  de  la  famille  Benoit  d'Azy  qu^  j'6tais  dans  le 
midi  et  que  ma  presence  dans  le  nord  6tait  mat6rielle- 
ment  impossible,  puisque  je  n'avais  pas  quitt6  les  deux 
jeunes  fiUes  auxquelles  je  donnais  des  lecons  de 
piano. 
•    On  me  signifia  que  M*^  Hersilie  Rouy  avait  eu  de 


CHAP.   II.   —   GE  QUI  A  PH^CEDE  yCTN  ENLEVEMENT.      27 

t        

grands  succ^s  dans.te  nord,  que  Ja  prefese  en  avait 
parle,  et  qu'on  ne  comprenait  pas  pourquoi  je  niais  des 
faits  aussi  honorables  que  flatteurs. 

Sans  m'expliquer  comment  tant  de  personnes,  ne  se 
connaissanl  pas  entre  elles,  pouvaient  s^^tre  entendues 
pour  me  dire  la  m^me  chose,  ni  dans  quel  but,  je  pris 
le  parti  de  me  taire  et  de  laisser  dire.  Des  faits  ana  • 
logues  se  reproduisirent  a  Paris  m^me;  je  roe  trouvai 
souvent  avoir  fait  de  la  musique  chez  des  personnes  que 
je  ne  connaissais  aucunement. 

J'en  conclus  qu'on  prenait  pour  moi  quelque  autre 
pianiste  blonde  aux  cheveux  boucl^s,  ou  qu'une  artiste 
prenait  mon  nom  pour  donner  des  concerts  et  aller  dans 
le  monde. 

Cela  dura  environ  dix-huit  mois....  puis  je  n'en  en- 
tendis  plus  parler. 

J'ai  entre  les  mains  le  programme  d'un  concert 
donn^  a  Caen  dans  ces  conditidns  inexplicables. 

Vers  la  fin  de  1840,  une  dame  de  la  plus  haute  dis- 
tinction, aux  famous  bienveillantes,  se  pr^senta  chez  moi 
un  dimanche  matin,  un  peu  avant  huit  heures,  et  d6- 
manda  k  me  parler  en  particulier.  Elle  n'avait  pas  dit 
son  nom  k  ma  domestique. 

Cette  dame  s'informa  du  prix  de  mes  lemons,  me  parla 
d'une  place  fort  lucrative  k  T^tranger,  insista  pour  me 
la  faire  accepter;  et  sur  mon  refus,  bas6  sur  I'^ge 
avancjB  de  mon  pere  que  je  ne  voulais  pas  abandonner, 
me  dit  de  r^fl^chir,  qu'elle  reviendrait;  qu'elle  m'enga^ 


28  m£»*oires  d'une  alienee. 


geait  k  me  placer  dans  une  famille,  une  jeune  personne 
seule  6tant  expos6e,  les  legons  fatigantes,  etc. 
^  Elle  revint  ainsi  trois  fois  a  peu  de  distance,  tou- 
joiirs  sans  se  nommer.  Ma  sceurDachinka,  alors  chez 
moi,  pourrait  au  besoin  en  rendre  t^moignage. 

Comme  eUe  6tait  invatiablepient  virtue  de  noir  et 
la  figure  cach6e  par  un  voile  6pais  qu'elle  ne  levait 
jamais,  je  I'avais  surnomm^e  la  dame  noire,  ne  sachant 
comment  la  designer  autrement. 

Lors  de  sa  derni^re  visite,  me  voyant  tou jours  d^- 
cid6e  k  rester  pres  de  mon  pfere,  elle  finit  par  me  dire 
queje  n'^tais  pas  en  siiret6  en  France,  qu'on  devait 
m^enlever, . . .  sans  me  donner  aucune  autre  explication  ^ 
ce  qui,  je  I'avoue,  me  causa  une  certaine  Amotion. 

Elle  me  quitfa  en  me  promettant  de  veiller  sur  moi 
autant  que  cela  serait  en  son  pouvoir. 

Quelques  joursaprfes  cette  dernifere  visite,  je  regus 
celle  d'une  femme,  accompagn^e  d'un  jeune  homme, 
venant  m'avertirde  la  part  de  la  dame  noire  qu'un 
credit  m'6tait  ouvert  dans  une  maison  de  banque,  k 
laquelle  on  avait  envoys  I'ordre  de  me  donner  tout  Tar- 
gent  dont  je  pourrais  avoir  besoin.  Je  refusai  ces 
offres,  et  vivement  impressionn^e  par  cette  petite  aven- 
ture,  je  ne  sortis  plus  qu'accompagn^e  par  ma  domes- 
tique.  N'entendant  plus  parler  de  rien,  je  finis  par  ou- 
blier  ma  frayeur. 

La  dame  noire  revint  en  1843,  1845  et  1848,  de  la 
m6me  fagon. 


CHAP.  II.  —  GE  OUI  A  PHECKDE  MON  ENLEVEMENT.   29 


En  1849,  cette  dame  (que  j'ai  su  plus  tard  6tre  la 
baronne  del  Lago)  leva  son  voile  et  me  donna  des  expli- 
cations qui  me  firent  tomprendre,  k  ma  grande  stupe- 
faction, que  le  projet  de  mon  enlevement,  qu'on  avait 
mis  sur  le  compte  d'un  prince  riche  et  amoureux  ou 
d'un  lord  quelconque,  elait  le  resultat  d'une  strange 
complication. 

Elle  me  dit  que  j'avaispour  parrain  un  Pierre,  ills  de 
Pierre,  qui,  tout  en  conservant  cette  denomination  cons- 
tante,  prenait  plusieurs  noms  difF6rents ; 

Que  le  nom  le  plus  gen6ralement  adopts  par  lui  etait 
celui  de  J oseph- Pierre  Petrucct,  ce  qui  ne  Vemp^chait 
pas,  comme  on  le  voit  dans  nos  actes,  d'en  prendre 
d'autres  (Petracchi,  Petroman,  Petro\vicht),mai8  tou- 
jours  en  conservant  Pierre  pour  en  former  un  nom  de 
famille,  ou  r^petant  deux  fois  le  nom  de  Pierre; 

Que,  comme  filleule  de  Pierre,  je  me  trouvais  mei^e  k 
une  affaire  de  succession  ^norme;  quepersonne  ne 
pouvait  heriter  sans  que  les  conditions  du  testament 
fussent  toutes  remplies,  ce  qui  6tait  trfes-malheureux 
pour  moi. 

Elle  me  confia  que  c'^lait  elle  qui,  sous  le  nom 
d'Hersilie  Rouy,  avait  donn6  des  concerts  et  fait  de  la 
musique  en  plusieurs  endroits,  afin  d'augmenter  ma 
reputation  et  de  me  tirer  de  Tobscurite,  qui  pouvait 
m'etre  fatale  en  me  laissant  oublier,  et  qui  permettrait 
de  me  faire  dispara^re  a  tout  jamais. 

Elie  me  mqntra  un  ecrit,  copie,  me  dit-elle,  sur  I'au* 

a. 


30  MKMOIRES  D'UNE  AUENKE/ 

-i — , '.^ 

tographe  de  rastronbme  Charles  Rouy,  declarant 
«  que  la  fille  61ev6e  par  Charles  Johnson,  esquire,  sous 
le  nom  de  Charlotte  Johnson,  6tait  la  fille  reconnue 
par  lui,  Charles  Rouy,  en  1814,  sur  les  registres  de 
Milan ;  que  pour  qu'elle  fut  riche,  heureuse  et  h^rit&t  de 
Charles  Johnson,  qui  n'avait  pas  d'enfant,  il  la  lui  avail 
ahandonn^e  en  toute  propri6t6;  mais  que  si  Pierre,  fils 
de  Pierre,  son  parrain,  la  r^clamait,  elle  6tait  avant 
tout  sienne,  devait  reprendre  les  noms  des  actes  mi<- 
lanais  et  en  subir  les  consequences,  "h 

II  se  trouvait  done,  d'aprfes  cela,  que  c'^tait  le  por- 
teur  de  cat  6crit  qui  ^tait  Hersilie,  et  non  pas  moi, 
bien  que  j'eusse  la  possession  d'etat;  qu'un  change- 
ment  d'enfant  avait  6t§  effectu6  afin  d'assurer  k  la  fille 
de  Tastronome  une  existence  heureuse  et  tranquille,  et 
la  soustraire  a  Pierre. 

Je  restai  confondue  I  Ceci  m*arrivait  au  moment  oti 
M.  Claude-Daniel  m'^crivait  de  me  declarer  enfant 
aduUMn,..,  od  D6sir6e,  sa  femme,  me  disaitque  je 
n'avais  pas  droit  au  nom  de  Rouy....  Et  voici  que  je 
n'^tais  m^me  plus  du  tout  la  fille  de  I'astronome,  mais 
une  inconnue  k  tons  et  a  moi-m^me,  substitute  pour 
derober  la  trace  d'une  autre  et  tromper....  qui? 

La  baronne  del  Lago  me  tendit  la  main.et  me  de- 
manda  si  le  courage  me  manquait  devant  une  adversity 
si  cruelle.  Elle  me  dit  que,  bien  que  la  declaration  de 
Tastronome,  ainsi  que  des  Merits  de  Charles  Johnson, 
attestassent  ce  fait,  il  fallait  encore  d'autres  preuves 


^ 


CHAP.    II.   —  CE   Ot'l  A   PIlliCI^DK   MON   ENLKVEMENT.      31 


pour  m'6ter  ma  personnalit^ ;  que  la  justice  seule  — 
ou  le  crime  —  pouvait  intervenir  dans  celte  question ; 
que  m6me  cet  6crit,  ^lablissant  les  droits  d'Hersilie 
a  h^riter  de  Charles  Johnson,  pouvait  m'^tre  favorable, 
puisque  j'avais  les  litres  me  coiiferant  ce  nom  el  tine 
lon^e  possession  d'etat. 

EHe  ajouta  qu'en  admettant  que  ce  Mt  elle  qui  filt 
Hersilie,  jen'en  avais  rien  a  craindre;  qu'au  contraire 
elle  venait  m'avertir,  afin  que  le  coup,  qui  pouvait 
m'etre  porle  par  d'autres,  fut^  moins  rude  et  qiie  les 
mdyens  de  le  parer  me  fussent  fournis;  qu'il  valait 
mieux  savoir  que  d'ig'norer;  que  si  je  ne  me  sentais  pas 
le  courage  de  lutter  sous  le  nom  acquis  par  la  posses- 
sion d'6tat,  je  pouvais  partir ;  qu'elle  se  chargeait  de 
tout,  Elle  me  pr^vlnt  que,  gr4ce  k  ce  double  person- 
nage,  grace  a  des  choses  que  je  saurds  plus  tar<l,  oa 
repandrait  sur  mon  compte  une  masse  de  bruits  contra- 
dictoires.  Elle  m'engageait  a  bien  reflechir,  a  mesurer 
mes  forces,  afin'de  savoir  si  j'acceptais  I'^trange  des- 
tin6e  qtii  m'^tait  faite.  Elle  ne  pouvait  rien  me, dire 
au  sujet  de  Pierre,  fils  de  Pierre,  auquel  nous  nous 
troaviotts  ainsi  appartenir  toutes  deux,  si  ce  n'est  que 
sa  puissance  occulte  etait  grande ;  qu*il  avait  besoin 
d'une  Hersilie,  et  que  si  Tune  manquait,  I'autre  devrait 
la  remplacer. 

Elle  insista  pour  que  je  reflecbisse  avant  de  prendre 
un  parti  d^cisif.  II  fut  alor?-  convcna  que  j'irais  passer 
trois  mois  dans  une  famiUe  hatbitant  la  campagne  pres 


/ 


V 

32  MEMmRES  D'UNE  i.LIENEE. 


,d,e  Paris,  ou  je  m'etais  engag^e  k  entrer  pour  donner 
des  legons  de  piano  et  de  langue  aux  jeunes  filles. 

,Rendez-vous  fut  done  pris  k  trois  mois.  Je  devais,  si 
je  revenais,  ne  plus  me  tenir  recluse  comme  je  le  fai- 
sais,  me  mettre  en  ^idence,  me  lancer  dans  le  monde, 
donner  des  concerts,  publier  un  album  avec  mon  por- 
trait, .  ayant  pour  titre :  Utltoile  d/Or,  surnom  qu'on 
m'avait  donn6  6tant  enfant,  k  cause  de  mes  cheveux 
blonds  et  boucl^s  qui  faisaient  comme  une  aureole  au- 
tour  de  ma  t^te;  enfin  il  me  feudrait  ajouler  un  tr6ma  sur 
Vy  de  Rouy,  afin  d'en  faire  un  nom  different  et  de  pou- 
voir,  sLcelui  sous  lequel  j'^tais  connue  m'^tait  contests 
ou  enlev6,  conserver  celui  d'Hersilie  Rouy  comme  un 
pseudonyme  artistique  auquel  on  ne  pourrait  plus  tou-, 
cher.  Le  secret  le  plus  absolu  md  fut  recommand^, 
quoi  qu'il  arrivat  ou  qu'on  put  me  dire. 

Elle  m'obligea  a  accepter  une  somme  assez  impor- 
tante  comme  prix  de  mon  mobilier,  afin,  me  dit-elle 
gracieusement,  d'avoir  pour  elle-m^me,  si  je  venais  k 
partir,  un  pied-^-terreouelleviendrait,  en  notre  nom, 
s'occuper  de  nos  affaires. 

Comme  je  viens  de  le  dire,  nous  primes  rendez-vous 
a  trois  mois.  La  premiere  arrivee  devait  attendre 
I'autre.  Ghacune  de  nous  prit  une  cle....  Seule  je  suis 
venue  au  rendez-vous. 

Le  choix  etait  fait.  Ma  destin^e  devait  s'accom- 
plir. 

II  y  a  des  personnes  qui  me  blament  de  n'jivoir  pas 


I 


CHAP.   II.  —  CE  QUI  P»  PREC^Dfi  MON  ENLfiVEMENT.      33 

'  ■  ■■     I     ■  ^  111        I  Ml       ■!    I  I    I  .  '  III* 

parle  des  offres  et  des  revelations  qui  m'ont  6t6  faites 
par  la  dame  noire. 

On  oublie  toujours  de  se  mettre  ^ma  place.  Ces  reve- 
lations semblaient  compromeltantes  pour  mafamille; 
etait-.il  admissible  que  j'allasse  publier  le  scandale? 
Lorsque  M.  Claude-Daniel  Rouy  m'avait  ecrit  la  lettre 
dont  j'ai  parle  plus  haut,  je  lui  ai  repondu  «  qu'il  ne 
devait  pas  compter  sur  moi  pour  souiller  les  cbeveux 
blancs  de  mon  pfere  et  semer  le  deshonneur  sur  le  sou- 
venir de'ma  mere.  » 

Quand  j'ai  parie  de  ces  choses,  je  ne  Tai  fait  que 
pour  repousser  les  accusations  dont  j'etais  accabiee,  et 
quand  les  evenements  m'en  avaient  prouve  la  realite.' 
Je  ne  suis  pas  d'un  caractere  assez  etourdi,  d'une  cre- 
dulite  assez  absolue  pour  m'etre  entierement  rapportee 
a  ce  qui  m*a  ete  dit  en  cette  circonstance.  Le  premier 
moment  a  6te  saisissant,  d'autant  plus  saisissant  que  ce 
qui  se  passait  dans  la  famille  Rouy  m'etait  penible  et 
venait  donner  un  certain  poids  k  ce  qui  m'etait  dit.... 
Cependant,  en  trois  mois,  on  a  le  temps  de  seremettre, 
et  c'est  ce  que  j'ai  fait.  Sans  mettre  tout  a  fait  en  doute 
ce  que  cette  protectrice  mysterieuse  m'avait  annonce,  j'ai 
cru  prudent  d'attendre,  sans  en  parler  a  personne,  unc 
derniere  entrevue  dont  le  resultat  devait  etre  concluant. 
Cette  entrevue  n'a  pas  eu  lieu.   Je  suis  done  resteo 
avec  une  version  pouvant  faire  de  moi  une  Charlotte 
Johnson,  une  heritiere,  mais  provisoirement  ne  deran- 
geant  en  rien  mon  existence. 


\ 


,34  M^MOIRES   D'UNE  XUEStE. 

\ 

Je  me  syis  trouv6e,  gr^ce  k  la  g6nerosit6  de  cette 
6trang6re,  en  mesure  de  n'Mre  pas  tourmentee  au  sujet 
des  premiers  besoins  de  la  vie,  a  m^me  de  pouvoir 
suivre  ses  conseils,  bons  k  suivre  dans  tous  les  cas. 
EUe  m'avait  donn6  le  moyen  de  continuer  a  porter  mon 
nom  quand  m^me,  en  y  ajoutant  le  tr^ma,  derester  moi 
sans  scandale  si  un  jugement  me  Tdtait,  car,  apr^s 
tout,  on  n'affiche  pas  lin  jugement  dans  tous  les  cains 
de  la  France. 

Je  me  suis  done  fait  un  devoir  de  suivre  en4out  point 
ce  qui  m'avait  6t6  recommande:  j'ai  gard6  le  silence 
prescrit;  je  n'ai  relev6  aueun  des  bruits  qui  ont  couru ; 
j'ai  sign6  avec  le  tr^ma .  Mon  portrait,  par  Gompte  Calix, 
a  paru  avec  Talbum,  le  titre  de  L'^toile  d'Or  et  le 
trema.  Mes  concerts  ont  6fe  affich^s  avec  le  tr6ma,  et, 
pour  ^tre  sure  que  personne  n'en  ignorerait  et  ne  pour- 
rait  me  faire  k  ce  sujet  le  moindre  reproche,  j'ai  en- 
voy6  a  Dachinka  mon  portrait  tout  encadre  et  signi 
avec  le  tr6ma. 

De  1849  a  1854,  il  ne  se  passa  rien  d' extraordinaire. 
J'allais  beaucoup  dans  le  monde;  ma  position  artis- 
tique  s'affirmait  de  plus  en  plus;  je  donnais  tous  les 
quinze  jours  des  matinees  litt6raires  et  musicales  tr^s- 
suivies,  et  des  concerts  annuels  tr^s-productifs. 

Mon  appartement  de  la  rue  de  Laval,  23,  que  j'occu- 
pais  depuis  1848,  etant  devenu  beaucoup  trop  petjt 
pour  contenirla  foule  d'6lite  qui  se  pressait  k  mes  reu- 
nions, j*en  donnai  conge  en  d^cembre  ';1853,  pour  le 


•  V 

I 


N 


CHAP.  II.  —  CE  QUI  A  PRECEDE'  MON  ENLEVEMENT.   35. 

■ -r— <  .1.1. 

terme  cT^vril,  esperant  avoir  le  temps  d'en  trouver  un 
autre  d'ici  la,  ou  au  pis  aller  de.  garder  le  mien.  Mais 
I'hiver  de  1853  k  1854  ayant  6t6  trfes-brillant,  trfes- 
rempU,  je  ne  pus  donner  mon  concert  annuel  que  le 
12  avril,  et  des  le  lendemain  je  dus me  mettre  en  route, 
sans  prendre  un  instant  de  repos,  pour  trouver  un  gite, 
lemien  6tant  lou^. 

Ce  que  je  vis  d'appartenients  en  quarante-huit 
heures  est  incalculable  I 

Tons  6taient  hors  de  prix,  et  je  fas  tres-heureuse  de 
trouver,  le  14,  a  cinq  heures  du  soir,  rue  de  Penthifevre, 
19,  un  local  de  800  fr.  encore  occupe  par  M.  le 
comte  de  Cambis,  qui  avait  un  bail  ne  finissant  que  le 
15octobre. 

II  voulut  bien  n^anmoins  dem^nager  dfes  le  lende- 
main matin,  pour  me  permettre  d'y  entrer,  k  midi,  le 
15  avril. 

C'est  ainsi  qu'^  la  hate,  sans  presque  I'examiner,  je 
me  suis  installee  dans  cet  appartement  que  je  devais, 
quatre  mois  plus  tard,  quitter  d'une  maniere  encore 
plus  subite. 

G'6tait  aurez-de-chauss6e.  Trois fenetres  surla  rue, 
tout  autant  sur  la  cour.  Pas  de  grilles  aux  fenetres,  ce 
qui  forgait  a  fermer  les  persiennes  ou  les  fenetres  quand 
on  passait  d'un  autre  c6t6  de  la  maison.  Ce  logement 
^tait  humide,  quoiqu*exhauss6  de  six  ou  huit  marches; 
de  plus  dans  une  rue  excessiveraent  bruyante,  ou  de 
grosses  voitures  passaient  dfes  trois  heures  du  matin. 


36  '  MEMOIRES  -d'uNE  ALIENEE. 

\ 

■  I 

■  ■       ■  *    *  ■■■■■■■■  .^  ■■■■■—-■■  ■■!    ■■         .  ■  ^—        ■-  ■  ■  .^1     ■       ^  ■■         »  — ,1       ■ 

A  part  ces  inconvenients,  Tappartemenl  etait  assez 
bieh  :  salon,  chambre  k  coucher  sur  le  devant;  seconde 
piece  attenante  dont  j'avais  fait  un  Elegant  cabinet  de 
toilette;  salle  a  manger,  cabinet  de  travail,  cuisine, 
office  sur  la  cour.  Le  tout  fort  propre,  dans  une  maison 
tres- presentable  (voir  le  plan).  < 

M.  Grenard,  le  propri^taire,  6tant  venu  me  voir,  il 
fut  convenu  entre  nous,  tant  verbalement  que  par  6crit, 
qu'au  mois  d*octobre  le  loyer  serait  augmenle  de  50" fr., 
moyennant  quoi  il  s'engageait  a  me  faire  iram6diate- 
ment  quelques  reparations  et  a  faire  poser,  dans  la 
petite  cour  int^rieure  dependant  de  Tappartement, 
une  marquise  vitr6e  au-des§us  de  la  porte;  ce  qui 
fut  ordonn6  et  execute  aussit6t. 

Par  le  fait  de^  ces  conditions  et  de  leur  execution,  je 
me  trouvais  ^tre  devenuei  directement  locataire  du 
propri6taire,  etnon  plus  la  remplacante  momentaR^edu 
comte  de  Cambis.  Nous  nous  trouvions  libres  aussi, 
cbacun  de  son  c6t6,  de  donner  cpng6  en  temps  voulu  et 
de  nous  quitter  a  notre  convenance. 

Cela  pos^,  il  me  faut  faire  faire  connaissance  avec 
mes  concierges. 
G'6tait  la  famille  Nicolle,  se  composant  : 
Du  mari,  qui  n*y  6tait  presque  jamais; 
De  la  femme,  qui  tenait  la  maison  cahin-caha ; 
De  deux  enfants,  fille  et  gargon  de  douze  et  treize 
ans; 

D'une  vieille  cousine  a  moiti^  sourde,  qui  rempla^ait 


CHAr.   II.   —  €E  QUI   A   rilKCKpfi   MON'  ENLEVEMENT.       37       ^ 

' — ■     ■  -  — -  ■     —  -  -■  —     -  — ,       ,  _       ^ I       ,    ,  ,  - 

les  concierges,  quand  Hs  ^taient  absents  et  que  les  eh- 
fants  n'y  etaient  pas. 

Si  bien  qu^on  ne  pouvait  savoir  que  Ir^s-difQcilement 
si  les  locataires  etaient  chez  .^eux  ou  sortis,  s'U  ^tait 
venu  quelqu'un  poiir  eux,  bu  m^me  s*il  y  avail  des 
lettres. 

Pourtant,  dans  cette  loge,  tenue  tour  k  tour  par 
les  uns  et  par  les  autres,  on  n'en  bavardait  pas  moins« 

G'est  ainsi  que  je  sus  par  ma  domestique,  a  la  fin 
dejtiin :  1^  que  I'appartement  au  sujet  duquel  je  venais 
de  m'entendra  avec  le  propri^taire  ^aitlou^  en  secret, 
pour  le  terme  d'octobre,  a  un  de  ses  amis,  M.  Taingry, 
Tarchitecte  qui  avait  fait  poser  la  marquise;  2®  que  des 
personnes  inconnues  donnaient  de  I'argent  k  ma  con^ 
cierge  pour  savoir  ce  que  je  faisais,  comment  je  vivais, 
qui  je  recevais. 

Je  fis  venir  cette  femme.  Elle  m'assura  que  I'apparte- 
ment n'^tait  pas  lou6;  mais  elle  avoua  avoir  re^u 
de  I'argent  de  quelques  personnes  qui  6taient  efiec- 
tivemeut  venues  prendre  des  renseignements  sur 
moi. 

Depuis  la  mort  de  mon  p^re,  c'est-a-dire  depuis 
1848,  j'^tais  soumise  k  une  strange  investigation. 

Lorque  j'6tais  rue  Laval,  on  venait  aussi  s'informer 
de  moi,  et  on  inscrivait  les  r6ponses  sur  un  registre. 
Les  concierges  m'en  avaient  parl6  et  s'en  6tonnaient. 

Vivant  de  la  mani^re  la  plus  honorable,  n'ayant  rien 
k  cacher,  personne  ne  pouvant  se  plaindre  de  moi,  il 

3 


*  '  \  ,  -  r 


38  MfiMOIRES  D'UNE  ALIENEE. 


n?i'*lait  indilKrent  d^^tre  surveill6e.  J'attribuais  ce  fait 
k  la  curiosity  qui  s'attache  aux  artistes  un  peu  connus, 
ou  4  quelques  parents  d^sireux  de  savoir  k  quoi  s'en 
tenii^  sur  le  compte  du  professeur  qu'ils  voulaient  don- 
neb  k  leurs  enfants. 

Je  me  pr6occupai  done  peu  de  cet  incident,  et  je 
I'avais  d6j3i  oubli^  lorsque,  vers  le  milieu  du  mois 
d*aoAt,  un  stranger  se  pr^senta  chez  moi.  H  refusa  de 
se  nommer,  voulant  me  rendre  service^  sans  pour  cela 
6tre  compromis. 

II  m'avertit  qu'on  mendiait  pour  nlbi;  que  j'6tais 
espionnde;  que  mes  concierges  ^taient  soudoy^  pour 
me  perdre.  II  me  dit  qu'on  allait  m'enfermer  comma 
fotteyXtie  changer  de  nomy  me  dire  moWe^  et  que  je  dis- 
paraltrais  &  jamais  dans  une  maison  d'ali^nds,  si  je  no 
prenais  pas  imm^diatement  la  precaution  de  me  munir 
d^  tous  les  actes  et  papiers  ^tablissant  mon  nom  civil, 
ma  possessiotk  d'etat,  ma  position  sociale,  artistique, 
p^cuniaire ;  qu'on  faisait  courir  le  bruit  que  je  n'etais 
pas  M^^  Rouy,  et  qu'on  me  croyait  en  possession  de 
papiers  et  de  secrets  concernant  une  importante  suc- 
cession provenant  de  mon  parrain,  sur  lequel  11  me 
donna  quelques  details.  ' 

II  mit  sous  mes  yeux  une  s^rie  de  declarations,  de 
versions,  d'histoires  de  substitutions,  tendant  k  em-* 
brouiller  ma  firiation  et  mon  identity,  et  il  ajouta  que 
mes  fr^res,  Louis-Ulysse  et  Tei^maque,  qu'on  avait  dits 
morts,  etaient,  Tun  k  Buenos-Ayres  sous  le  nom  de 


\ 


> 


Si 


CHAP.   II.    —   CE   QUI  \  PREUEDIS   MON   ENLEVEMENT.   '  39 

Mitre,  Tautre  ^Valparaiso  sous  celui  de  French;  que 
T6l6maq[ue  passait  lA  pour  le  file  de  Georges  French, 
interprete  Iraducteur  jur^,  qui  avail  traduit,  sign6  et 
paraph6  nos  aC^es  milanais  (ne  varietur)  en  1833,  et 
d'une  Marie  Chevalier,  qui  joue  un  r61e  occulte  dans 
cette  afiUre. 

II  m'engagea,  pour  r^gulariser  ma  position,  kr  de- 
mander  a  mon  frfere  les  papiers  de  mes  p^re  et  mfere  et 
les  miens,  en  lui  annongant  que  je  voUlais  me  marier, 
mais  de  ne  faire  cette  d-marche  qu'aprfes  avoir  r^uni 
et  mis  en  stirete  toutes  lefe  pieces  6tablissant  mon  indi- 
vidualit6. 

n  me  remit  cinq  actes  sous  seing  privd,  dont  les  uns 
me  concern^ient  et  d'autres  m'6taieht  strangers ;  il  y 
joignit  les  papiers  pouvant  faire  de  moi  Charlotte  John- 
son et  une  somme  de,20„000fr,  destin6e  k  me  per-  , 
mettre  de  vivre  et  de  poursuivre  mon  affaire,  si  j'6tais 
remise  en  liberty  alors  qu'on  m'aurait  depouill6e  de 
tout  ce  que  jepossSdais,  et  si  la  justice  consentait  k  s^oc- 
cuper  de  ma  sequestration. 

Je  ne  suis  pas  facile  a  effrayer ;  je  ne  me  frappe  paj3 
rima^ination.  Gependanl  ce  singulier  avertissement 
ccfincidait  avec  eeux  de  la  baronne  del  Lago,  avec  Tar- 
gent  donn6  k  mes  concierges,  avec  plusieurs  reraarques 
que  j'avais  faites  moi-m6me.  Je  dus  convenir  qu'il  pou- 
vait  y  avoir  quelque  chose  de  vrai  dans  ie  danger,  peut- 
Mre  eiag6re,  mais  prochain,  dont  on  me  parlait,  et  je 
crus  devoir  suivre,  sans  perdre  de  temps,  le  conseil 


> 


40 


MEMOIRES   D  UNE  ALIENEE. 


qu'on  m'avait  donae  de  mettre  ordre  k  mes  affaires, 
de  r^unir  mes  papiers,  de  les  avoir  pr^ts  a  emporter  ou 
a  produire  en  cas  ds  malheur. 

Je  me  hatais,  car  les  choses  se  eompliquaient. 

Je  recevais  presque  journellement  des  lettres  qui 
m'etaient  adress6es  amsi :  a:  A  Madame  fa  comtesse  de 
Moulalme-Petrucci,  artiste  Hersilie  Rouy.  —  A  Madame 
la  comtesse  Hersilie  Rouy,  de  Moulalme-Petrucci,  — 
Madame  veuve  baronne  del  Lago,  dite  Hersilie  Rouy. 
—  Madame  Joseph,  chez  Madame  Rouy,  etc.  » 

Des  marchandises  non  payees  m'etaient  aussi  adres- 
sees  de  m^me. 

II  etait  Evident  qu'on  voulait  rendre  ma  position  equi- 
voque et  douteuse  dans  cette  maison  ou  j'6tais  nouvel- 
lement  entree,  ou  on  ^tait  venu  s'informer  de  moi  d6s 
mon  arriv^e,  peut-^tre  aGn  de  savoir  si  j'^tais  en- 
tour6e  de  fa^on  a  ^tre  s6rieusement  prot6g6e  et  se- 
courue. 

J'avais  ouvert  les  lettres,  qui  6taient  insignifiantes, 
non  signees,  parlaient  de  places  plus  ou  moins  accep- 
tables. 

J'avais  refus6  de  recevoir  les  marchandises. 

C'etait  d'autant  plus  inqui^tant  pour  moi  que  j'ap- 
pris  que  les  fils  de  mon  frfere  (dont  Tun  6tait  mon  beau- 
frere)  venaient  clandestinement  chez  mes  concierges^ 
y  disaient  que  je  ne  leur  elais  pas  parente  et  ne  me  nom- 
mais  pas  Rouy ;  que  les  noms  de  Moulalme-Petrucci 
se  rapportaient  aux  renseignements  qu'on  venait  de  me 


\    " 


V 


CHAP.  11.  — '  CE  QUI  A  PRECEDE  MON  ENLEVEMENT.   41 

. , ^ I , ->^_ 

donner  sur  mbn  parrain,  qu6  je  ne  connaissais  pas  du 
tout,  ayant  quitt6  I'ltalie  pour  n'y  plus  retoumer  dh» 
1815 ;  enfln  que  M°»*  del  Lago  ^tait  la  persohne  qui 
avait  fait  de  la  musique  sous  mon  uom  et  m'avait  donn^ 
les  premiers  avertissemeuts. 

J'avais  toujours  men6  une  vie  trfes-Iaborieuse  et  tres- 
o^cupee  ;  mete  affections  s'etaient  concentr6es  sur  ma 
famille  que  je  ne  voyais  plus.  La  seule  amie  k  laquelle 
j'aurais  pu  me  confier  avait  quitt^  l$i  France  ;  laflamille 
Benoit  d'Azy,  en  qui  j'avais  toute  confiance,  ^tait  k  la 
campagne ;  je  n'avais  autour  de  moi  que  des  eonnais- 
sances  du  monde,  que  je  ne  voyais  presque  que  I'hiver, 
et  au3cquelles  de  telles  revelations  auraient  pu  paraitre  au 
moins  d^raisounables  ou  exag^r^es.  La  prudence,  dans 
une  telle  situation,  me  reconunandait  d'autant  plus  le 
silence,  que  je  n'avais,  s6rieusement,  aucune  plainte  k 
formuler.       . 

Une  quinzaine  de  jours  auparavant,  j'avais  eu  un 
autre  sujet  de  preoccupation. 

*  Ma  jeune  bonne  travaillait  dans  la  salle  k  manger, 
donnant  sur  la  cour,  et  c'etaient  des  conversations  a 
n'en  plus  linir.  Un  soir,  Tayant  sonn^e  k  plusieurs  re- 
prises sans  qu'elle  partit,  j'allai  dans  la  salle  k  manger 
et  n'y  trouvai  personne.  Je  fermai  la  fen^tre  et  revins 
a  mon  piano,  attendant  le  retour  de  la  jeune  vagabonde, 
qui  entrait  ordinairement  chez  moi  k  dix  heures  pour 
faire  ma  couverture. 

Trouvant  la  fen^tre  close,  force  lui  fut  de  sonner. 


42  MEliOIBF>  d'v^E  AUtstE. 

EHe  voahii  entrar  dans  des  esxplicaitioiis  qoe  je  remis 
tranqirinement  an  lendemain.  Aprte  son  manage  €ut, 
je  lui  doimai  son  eompte,  en  faii  payant  ses  hait  jours, 
afin  qa'eiie  partlt  i  I'lnstant,  n'ayant  pas  la  moindre 
envie  d'etre  exposSe  a  receroir,  la  nuit,  des  holes  in- 
comma,  par  le  ehemin  qne  prenait  cette  petite  imprn- 
dente. 

Les  GOttciergas^tant  dans  lamaison  depnisloogfemps, 
entottn§s  de  lout  une  Ikmiile  qui,  quoique  peu  atten* 
tionnte,  paiaissait  respectable,  j^ens  I'idte  d'engager 
provisoirement  la  femme  Nieolle  a  mon  service. 

A(ll>out  de  peu  de  temps,  cette  femme  fut  prise  de 
frayeurs  ^tranges ;  elle  savait  que,  comme  tout  le  mondie 
alors,  je  m'occupais  de  spiritisme.  Si  une  porte  ou  une 
iien^tre  mal  fermte  s'ouTrait  par  le  vent,  elle  s'^riait 
que  le  diable  6tait  chez  moi.  Ma  cuisine  ne  me  servait 
plus,  puisque  cette  femme  pr^parait  mes  repas  chez 
elle ;  j'en  avais  fait  une  salle  de  bain.  Lorsqu'elle  y 
entra  et  vit  la  baignoire,  une  table  et  une  banquette 
recouvertes  de  housses  blanche?,  elle  prit  c^  meubles 
pour  des  cercueits ;  je  lui  fis  voir  ce  que  c'^tait,  et  elle 
se  calma.  Mais  ^tant  entr^  ensuit^  dans  un  petit  cabi- 
net noir  ou  ^taieot  deux  boites  k  violon,  elle  se  sauva 
en  criant  :  c  Des  cercueils  partout !  » 

Ces  frayeurs,  r6elles  ou  supposes,  me  mirent  en 
defiance.  J'en  eus  bientdt  d'autres  sujets. 

Mme  Melanie  Valdor,  chez  laquelle  j'allais  en  soiree, 
me  pria  une  fois  de  reconduire  dans  ma  voiture  deux 


A 


CHAP.   II.  —  CE  QUI  A  PRiCE0lS  MON  ENLEVEMENT.      43 

dames  de  ses  amies  qui  habitaient  la  m^me  rue  que 
moi. 

Ges  dames  ^iaient  M°^^  Lef^bure  et  sa  fiUe,  artiste 
peintre^  pour  laquelle  M°^^  M^lauie  Valdor,  qui  itait 
tr^s-bi^  au  Btiinist^re  de  rinUrieur,  avail  obtenu  des 
secours  et  des  commandes.  EUes  habitaieiit  effective- 
ment  17  ou  19,  rue  Laval,  et  moi  23. 

M™«  Lef(§bare  vint  me  remercier,  puis  revint  de  loin 
en  loin  et  me  pria  de  lui  eonfier  des  billets  de  concert, 
des  albums,  de  la  musique,  des  portraits,  me  deman* 
dant  une  remise ;  elle  se  mit,  en  retour,  i  mon  ser- 
vice pour  faire  quelques  commissions  et  m^s  recouvre- 
ments,  accapara  ce  qui  lui  fut  remis  et  ne  revint  plus. 

e'^tait,  comme  je  I'appris^plus  tard,  une  personne 
tr^intelligente  et  tr^s-adroite,  qui  faisaitfi^cbedetout 
bois,  se  faufilaitpartput  sous  pr^textede  bonnes  oeuvres, 
avait  les  poches  pleineg  de  billets  de  loteries  (qui  ne  se 
tiraient  jamais),  vendait  du  vin,  qu^tait  pour  lespauvres 
honteux,  se  chargeait  de  mariages,  se  m^lait  d'affaires 
de  famille,  ne  reculant  devant  rien,^tant  toujours  pr^te 
a  donner  un  conseil  ou  un  coup  de  main,  etc. 

N'ayant  plus  de  ses  nouvelles  depuis  mon  ddmina* 
gement,  j'allai  chez  elle  la  prier  de  r^Ier  notre  compte, 
en  ne  me  donnant.  que  de  petites  sommes  k  la  fois,  si 
cela  la  gdnait  de  faire  autrement. 

£ile  me  dit  alors,  avec  un  certain  embarras,  qu'elle 
^tait  pass6e  chez  moi  et  que,  ne  me  trouvant  pas,  elle 
avait  remis  de  Targent  pour  moi  a  mes  concierges. 


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■  1 


^4  WKMOIRES  D*UNE  ALIENEE. 

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I    . ,        ■       . .'      ....  .;',,...,,. 

Ces  gens  souturent  que  c'^tait  pour  eux  personnel- 
lament.  H  s'ensuivit,  entre  eux  et  M™®  Lefebure,  une 
correspondance  que  les  portiers  me  laissferent,  en  refu- 
saiit  de  rendre  I'argent. 

EUe  leur  avait  donn6  30  fr.  en  trois  fois. 

J'appris  ainsi,  a  ma  grande  surprise,  qu'elle  6tait  §n 
relations  avec  la  loge,  y  venait  en  mon  absence,  a  men 
insu,  puisque,  sur  trois  fois  qu^elle  avait  donn6  de  Tar- 
gent,  les  concierges  ne  m'avaient  pas  dit  une  seule  fois 
I'avoir  vue. 

Je  mis  les  lettres  de  M°»«  Lef^bure  avec  mes  pa-: 
piers. 

Pourquoi  se  cachait-elle  de  moi?  Poiirquoi  mes  ne- 
v^eux  venaient-ils  me.  renier  chez  mes  concierges  ?  S'ils 
avaient  quelque  chose  a  me  dire,  pourquoi  n'entraient- 
ils  pas  chez  moi? 

J'allai  done  directement  chez  ma  sceur,  M™e  Jean 
Rouy,  dont  le  man  ^tait  directeur  de  I'usine  de  schiste 
d'Aulun,  alors  tr5s-florissante. 

Ma  soeur  n'y  6tait  pas. 

D'autre  part,  on  ne  m'avait  pas  remis  ma  quittance 
du  15  juillet.  Je  Tavais  r^clamee  deux  fois,  et  mi  con- 
cierge m'avait  r^pondu  «  que  le  propri^taire  6tant 
absent  et  n'ayant  pas  ]aiss6  les  quittances  avant  son  de- 
part, il  fallait  attendre  son  retour.  » 

En  sorte  que  je  ne  savais  m^me  pas,  quoiqu'ayant 
pris  des  arrangements  avec  M.  Grenard,  sous  quel  nom 
6tait  rest^e  ma  location,  reprise  par  moi  au  comte.de 


.  1 


CHAP,   II.  —  CE  OUI  A  PRfiCfiDE  itON  ENLJIVEMENT.      45 

I-  -- -r    — •-  -  ^-^-^-^— ^^— ^— ^^— ^^^^^^^-  --■  .,  ■i---_iB  .  .a    " 

I 

Cambis  pour  la  iin  de  son  baU ;  ce  qui,  avec  1e  bruit  qui 
courait  que  mon  logement  Mait  loue  k  un  autre  pour, 
]e  terme  d'octobre,  ne  laissait  pas  que  de  me  pr^oc- 
cuper. 

Cependant,  je  ne  pouvais  rester  ainsi. 

J'^crivis  done  k  un  bomme  d'afTaires,  M.  Malcot,  que 
j*avais  vu  chez  M,  le  docteur  Lombard,  qui  eut  la  bonte 
de  lui  faire  parvenir  ma  lettre.  Je  lui  parlai  sp^ciale- 
ment  de  M^^e  Lef6bure.        <  . 

li  vint  aussitdt.  J'^tais  absente.  II  m'^crivit  et  me 
conseilla  de  ne  parler  qu'avec  une  grande  prudence, 
d'abord  parce  que  tout  cela  ^lait  strange,  ensuite 
parce  que,  pour  porter  des  plain tes  aussi  graves  contre 
quelqu'un,  il  fallait  des  preuves  ^criles  ou  un  coriimen- 
cement  d'ex^cution. 

Je  lui  repondis  que  jie  mettais  toutes  les  lettres  de 
cette  personne,  ^insi  que  les  autres  papiers,  k  sa  dis- 
position, et  que  je  Tattendrais  le  samedi  9  septembre, 
toutes  pieces  en  main.  Je  joignis  sa  lettre  k  mes  autres 
papiers  concernant  cette  affaire. 

Lasse  des  comMies  jou6es  par  M™^  Nicplle  qui,  outre 
les  20  fr.  que  je  lui  donnais  par  mois  pour  mon 
service,  I'anse  du  panier  qui  sautait  enormement,  mon 
cbarbon  qui  servait  a  sa  cuisine  sous  pr^texte  de  la 
mienne,  mon  pain  de  la  veille  qu'elle  prenait,  disant 
qu'il  6tait  trop  dur  pour  moi,  profitait  encore  de  ma 
cle  pour  fouiller  dans  mes  tiroirs  et  me  voler,  je 
jugeai  k  propos  de  la  remercier*  Cette  mesure  ne  fit  le 

3. 


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4« 


MEMO!RE»  D'UNE  ALIENKE. 


/ 


compte  de  personDte,  et  on  ne  devait  pas  tarder  ^'se 
vengier. 

Un  matin,  pendant  que  j*6tais  au  fond  de  Tapparte- 
ment,  occup^e  ai  ma  toilette,  je  fus  attir6e  dans  Tanti- 
chambre  par  les  aboiements  fr^n^tiques  de  »«  petite 
chienne  Coquette,  que  je  ne  pouvais  feire  taire,  quoi- 
qu'on  n'eAt  pas  sonn^. 

On  crochetait  ma  porte  ! 

J'ouvris  en  h&te  et  me  trouvai  en  face  du  commissaire 
'de  police,  du  concierge  «t  d*un  s^rrurier. 
'  On  venait  dresser  prochs-verhal  de  ma  mart  et  de 
celle  de  ma  petite  chicnne. 

Nous  restimes  tons  stupdfaits. 

Le  semirier  s'en  alia  en  riant,  et  M.  le  commissaire 
me  dit  que  le  concierge  6tait  venu  le  pr^venir  qtie  je 
n'avais  pas  paru  depuis  deux  ou  trois  jours;  que  tout 
etait  ferm6  chez  moi  et  que  je  devais  n^'^tre  suicid^e 
aprfes  avoir  tu6  ma  petite  ehienne,  pui8(][u'on  n'enten- 
dait  aucun  bruit.  11  me  croyait  si  bien  morte  qu'il 
n'avait  mtoe  pas  eu  Vid6e  de  sonner. 

J'expliquai, /&  mon  tour,  k  M.  le' commissaire  que, 
n'ayant  plus  besoin  des  services  de  la  concierge,  j'em- 
portais  ma  c16  en  sortant ;  que  j'emmenais  toujours 
ma  petite  ehienne  avec  moi,  et  qu'haUitant  au  rez-de- 
chauss^,  je  fermais  mes  persiennes  et  m^me  mes  fe« 
nitres  avant  de  pariir ;  qu'ayant  beaucoup  a  faire,  je 
sortais  depuis  trois  jours  d^  le  matin,  dinais  en  ville 
et  pp  f enterals  le  soir  qu'uii  pen  tard ;  que  ponrtanl, 


CHAP.  I!.  —  CE  QUI  A  PRKGKDE  MON  ENLKVEMENT.   47 


chaque  fois,  je  demaodais  s'U  y  avait  ({uelque  chose  pour 
moi  et  que,  notamment  la  veille,  je  m'^tais  adress^  aux 
enfantiB,  qui  tenaient  la  loge  ce  soir-la. 

11  m'exprima  tr^s-poliment  ses  regrets  de  m'avoir 
d^rang^e  d'ime  manifere  aussi  d^sagr^able^  gronda  le 
coacierge  de  ne  pas  mieux  savoir  ce  qui  se  passait  et 
s'en  alia. 

Les  NicoUe  me  fir'eBt  leurs  excuses,  tout  en  prditant 
de  cet  6clat  pour  me  perdre. 

lis  s'adresd^rent  pour  cela  a  M^^  de  Grozelier,  dame 
de  charity  de  Saint- Augustin,  nbtre  paroisse,  qui  vint 
justenient  ce  jour-la,  au  siyet  d'une  place  d'institutrice 
qu'elle  m'avait  propos^e  quelques  jouzis  avant.  lis  lui 
dirent  qu'on  ne  pouvait  me  voir ;  que  j'tois  devenue 
foUe  furieuse,  I'^pouvant^rent  et  finirent  par  la  prier 
d'^crire  i  mon  fr^re»  dont  Us  lui  donn^rent  l^dresse, 
bien  que  je  M  leur  eusse  pas  pari^  de  ma  fiBunlUe  que 
je  ne  voyais  plus  depuis  six  ans.  Us  ^taient  done  ren- 
s^ign^s  pard'aUtres* 

Sans  ii^fii^chir  que  c'^tait  au  commisssure  de  police, 
qsA  sdrtait  de  ch)s&  moi ;  au  propri^teire,  qui  ^tait  aussi 
responsable  de  la  sScurit^  de  sa  maison,  on  aux  per- 
sonnes  qui  me  voyaient  joumeUement,  k  prendre  cette 
initiative,  cette  dame,  qui  m'^tait  tout  k  £aut  ^trang^re, 
dcrivit  a  mem  frfere,  le  30  aoM  4^4,  pour  lui  dire  que 
ma  situation  6tait  fort  dangereuse  el  le  prier  de  s'en 
occuper.  C'esi  ceto  dateie  elle^m'toe  ^^h  ^  1*73,  ^ 
40lin^  0^  rensd^nemeptSt 


/ 


,    I 


48 


MEMOIRES   D'UNE  ALIENEE. 


■■^  .^  l^w  ■■ 


Comrae  on  le  pense  bien,  j'avais  6t6  atssez  impres- 
sionn^e  par  Faventure  du  commissaire,  bien  que  j'igno- 
rasse  le  parti  que  mes  concierges  en  avaient  tirS.  Je 
commengai  k  croire  s^rieusement  aux  dangers  qui 
m'avaient  6ti§  annonc^s,  et  je  pris  aussU6t  les  precau- 
tions indiqu6es. 

Je  fis  trois  paquets  de  mes  papiers.^ 

Je  mis  les  actescivils,  lettres  et  documents  de  famiUe, 
articles  de  joumaux  6tablissant  mon  nom,  ma  filiation, 
ma  possession  d'etat,  la  position  de  mon  p^re  et  la 
mienne,  dans  une  paire  de  pocbes  ne  me  quittant  pas 
le  jour,  et  que  je  ihettais  la  nuit  sous  mon  oreiller.  U 
s'y  trouvait,  en  outre,  deux  reconnaissances  du  Mont- 
de-Pi6t6  qui  m'avaieht  6t6  donn^es  en  nantissement 
par  M"*®  Lef6bure  et  une  somme  de  1,100  fr.,  dont 
600  fr.  en  deux  billets  a  ordre,  et  un  billet  de  500  fr. 
cache  dans  la  doublure  d'un  petit  portefeuille  alg^rien 
qui  me  servait  de  porte-monnaie  et  contenait  ostensi- 
blement  2  fr.  50 ;  plus  Tinventaire  de  mon  mobilier 
et.  de  mes  effets. 

Tons  mes  papiers  d'affaires,  factures  acquittees, 
lettres,  comptes  de  lemons,  de  musique,  d'albums,  de 
billets  de  concert  formaient  le  second  paquet,  place  au 
fond  d'un  petit  panier  a  ouvrage  qui  se  trouvait  tou« 
jourg  pose  &  ma  portee  en  cas  d'alerte  et  qui  contenai 
aussi  quelques  billets  de  banque. 

Je  fis  un  troisieme  paquet  du  reste  des  20,000  fr. 
remis  par  ri^cqnnu,  des  papiers  Johnson  et  des  actes 


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CBAP.   n.  —  CE  QUI  A  PR£CEDK  MON  BNJL.fiVEMENT.       49 

*        ''  '  ■        I  )■    ^     ■  I  »       ■■!         ii»mi>      IP         I        I       ,^m      Y  .r  I  I  I  »■      I 

SOUS  seing  priv6,  que  je  mis  dans  le  m^me  paoi^r; 
par  dessus  ces  papiers  ^talent  un  sac  de  sucre  cass^  et 
des  objets  de  toilette  routes  dans  uae  serviette,  comme 
pour  aller  aubain.. 

J'^tais  done  pr6te  k  tout  ev6nement,  et  il  n'6tait  que 
temps,  comme  on  va  le  voir. 

J*6crivis  alors  k  mon  fr^re  qu*etant  dans  Tintention 
de  me  marier,  je  le  priais  de  me  faire  tenir  les  papiers 
de  mes  p6re  et  mfere,  qui  6taient  rest^s  chez  lui  avec  le 
testament  et  tons  les  papiers  qu'il  avait  emport^s  de 
Picpus. 

La  rdponse  ne  se  fit  pas  attendre. 


'    f 


f      y 


to  MlGMOlhES   D'uNE  ALIENEE. 


GHAPITRE  HI 


Hon  enlevement  et  moh  entr6e  &  Gharenton. 


Le  8  septembre  i854)  un  homme  dtooir^)  accom-. 
pagn^e  d'un  poriefaix  qui  resta  dans  Fantichambre,  se 
pr^senta  chez  moi  vers  midi.  * 

II  entra  aa  salon,  mais  ne  youlut  pas  s'asseoir  et  me 
dit  qu'il  venait  de  la  part  de  M.  Qaude-Daniel  Rouy, 
mon  fr^re  et  son  ami,  qui  d^sirait  une  conciliation  et 
qui,  ayant  entendu  dire  que  j'Mais  souffrante,  I'en- 
•voyait  me  proposer  d'aller  passer  quelques  jours  dans^ 
sa  maison  de  campagne,  en  le  chargeant  de  m'y  ame- 
ner.  II  ajouta  que  sa  voiture  ^tait  k  la  porte. 

Je  remerciai  cet  inconnu  qui,  sans  se  nommer,  sans 
avoir  la  moindre  lettre  d'introduction,  croyait  que 
j'allais  accepter  cette  proposition,  passablement  extraor- 
dinaire, et  je  refusai  en  lui  disant  que  non  seulem^nt 
je  n'avais  pas  pour  habitude  de  sortir  avec  des  stran- 
gers, mais  encore  que  j'Stais  beaucoup  trop  occupSe 
pour  me  di^ranger  h,  propos  d'^ne  offre  aussi  inat-' 


X     .  \ 


I 

I 


I 

fHiAP.   in.    —    MON    ENTREE  A   (  UARENTON.  51 


■■  .  -  .1.. 


tendud;'que  mon-  fr^re  pouvait  m'^crireou  m'envoyer 
un  de  ses  fits. 

II  rougit  de  colore,  me  dit  qu'il  6iait  le  baron  de 
Kinkelin,  et  que  si  je  ne  voulais  pas  le  suivre  de  bon 
gr^,  je  le  suivrais  de  force.... 

£tant  avertie  du  malheur  qui  devait  m'arrivei:, 
sachant  qu^  toute  proteetatioa  serait  inutile  et  m^me 
fdcheuse,  ne^  voulant  faire  ni  bruit,  ni  esclandre,  de 
peur  de  donner  priee  a  une  accusation  de  folie,  j'en  pris 
imm^diatement  men  parti. 

Je  me  h^tai  done  de  farmer  mes  fenMres.*..  Le 
portefaix  voulut  m'aider  ;  il  aocrocha  un  des  stores  de 
mousseline  avec  Tespagnolette  et  le  d^hira* 

M.  de  Kinkelin  pi^tinait  derri^e  nous,  II  parais^it 
press^  et  voulait  m'emmener  tMe  nue  et  comme  j'^tais. 

Je  n'eus  que  juste  le  temps  de  mettre  un  vieux  cba- 
peau  qui  me  tombasous  la  main,  de  m'envelopper  dans 
un  ch^le,  de  placer  ma  ch6re  petite  chienne  sous  mon 
})ras  et  d'emporter  le  petit  panier  qui  contenait  mes 
papiers. 

Je  voulusaller,  au  fond  de  Tappartement,  fermermon 
bureau,  ou  se  trouvaient  500  fr.  en  or,  et  prendre  la  cl^ 
d'une  grande  caisse  ou  ^taient  ma  correspondance, 
mon  argentine,  des  effets  de  prix ;  mais  M.  le  baron 
s'y  opposa.  Je  fus  oblige  d'y  renoncer  pour  I'-empdcher 
de  porter  la  main  surmoi. 

Lorsque  nous  Mmes  sortis,  je  fermai  ma  porte,  et  je 
mis  mi^  di  dans  ma  pochet 


52 


MlgM0IRE9  D*UNE  AU^££. 


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Cxmvuti 


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II  n'y  avail  personiie  dans  la  I6ge  des  concie 
porte  de  la  rue  etait  ouverte.  Le  coup6  attendait 
montSmes  aussi  tranjquillement  que  pour  faire  u 
nienade  d'agrement.    Le  portefaix  y  monta  av 
et  s'assit  sur  le  strapontin. 
.   C'est  ainsi  que  j'ai,  pour  toujours,  quitt§  men 
eile,  laissant  derri^re  moi  tout  ce  qui  pouvait  m 
peler  mes  affections,  les  souvenilrs  pr6cieux  de 
qui  m'avaient  ^levee,  ces  mille  riens  qui  tienn 
coeur,   qui  peuplent  ]a  solitude,  vous  rappelle 
absents  ou  les  morts....  sont  ^our  vous  une  pa 
vous-m6me,  par  I'habitude  de  les  voir,  et  vous  rend 
foyer  domestique  si  cher. 

Pendant  quelques  instants  le  silence  fut  gar 
part  et  d'autre;  puis  M.  le  baron  de  Kinkelin  m< 
manda  tout  a  coup  :  \ 

—  Vous  6tes  mademoiselle  Rouy?  * 
11  ^tait  bien  temps !... 

—  Vous  ledites. 

—  Mais  on  dit  autre  chose :  ^tes-vous  fille  du  m 
pfere  que  M.  Rouy? 

Je  le  regardal  fixement  sans  r^pondre.  Get  horn 
selon  moi,  d^passait  tout  ce  qu'il  ^tait  possible  a 
indignation  d'exprimer,  et  je  ne  trouvais  pas  def  pard 
pour  formuler  ce  que  je  pensais. 

Ainsi  done,  il  ne  savait  ni  mon  nom,iii  ma  liliati 
ni  mes  relations  de  famille,  et,  sans  s'assurer  de  m 
identity,  U  commen^ait  par  m'enlever, .  sans  me  ri 


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CHAP/*  ni.  —  MON  ENTREE  A  CHARENTON. 


53 


demander,  quitte  &  se  r^seigner  p^r  raoi-m^me,  en 
route ! 

Voyant  que  je  me  taisals,  it  reprit : 

—  Vous  croyez  aux  lables  tournantes? 

—  Certainement. 

—  Je  n*y  crois  pas;  c'est  une  ftouerie, 

—  Une  flouerie?....  Est-ce  done  pour  me  conduire 
chez  le  juge  d*instruction  que  vous  m'enlevez  de  vive 
force,  monsieur? 

—  Chez  lejuge  d'instruclion? 

—  Sans  doute ;  une  flouerie  est  une  escroquerie, 
une  tromperie,  et  tout  d^lit  ressort  du  juge  d'instruc- 

tion Comment  done,  si  les  tables  ne  tournentpas, 

y  a-t-il  dcs  personnes  que  ce  ph6nomfene  rend  folles  ? 

I]  me  regarda  avec  une  certaine  hesitation,  puis  me 
dit : 

—  JVeuillez  remettre  votre.cl6  ^  M.  le  commissaire 
de  police. 

—  Ou  est-il  ? 

II  m'indiqiia  son  portefaix. 

—  Monsieur  n'est  pas  le  commissaire  de  police. 

—  C'estson  adjoint. 

—  Non  pas;  je  le  connais. 

—  Son  porte-note. 

.  —  Dites  done  votre  commissionnaire^  monsieur,  et 
n'en  parlons  plus. 

—  On  a  besoin  de  votre  cl6  pour  vous  d^m^nager ; 
veuillez  me  la  remettre,  car  votre  appartement  est  lou6 


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V 


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54  ,  M^MOIRES  D'UNB  AUfiNlfiE.  , 

\ 

I 

pour  ociobre,  et  les  conciergfes  vont  enlei/er  voa  meu^ 
bles  imm6diatemenl. 

—  On  n'enlfevera  rien  du  tout,  monsieur,  car  Tap- 
partement-est  k  moi  jusqu'en  Janvier;  je  n'ai  ni  donn^ 
ni  refu  conge,  et  nul  n'a  le  droit  d'entrer  chez  moi  ni 
de  toucher  k  ce  qui  m'appartient  sans  ipa  permission. 
Get  appartement  ne  pent  done  avoir  6t6  lou^  k  mon 
in$u. 

Tout  a  coup,  la  Voiture  s'arr^ta..*.  Nous  etions  k 
Conflans. 

Grand  fut  mon  Stonnement,  je  Tavoue.  On  joa'avait 
bien  avertie  que  j*irais  k  Gharenton,  mais  on  ne  m'avait 
par  parl^  de  Gonflans. 

Or,  il  y  avait  alors  au  convent  de  Gonflans  une 
petite  fille  de  six  ans  quiy  avait  ^t6  plac^e  par  Mf  L^on 
Sibour,  6v6que  de  Tripoli,  que  M"*®  Barat,  supSrieure 
gen^rale  et  fondatrice  de  I'ordre  du  Sacr6-Coeur,  aVait 
adoptee,  dont  M"«  de  Joubert,  cousine  de  la  famille 
Benoit  d'Azy,  el  moi,  6tioTis  charg6es.  Je  devais  m6me 
etre  la  marraine  de  cet  enfant ;  mais  des  circonstances 
impr^vues  Tavaient  fait  baptiser  a  mon  insu. 

Dfes  que  je  vis  ou  nous  6tions,  je  fis  un  mouvement 
pour  me  lever,  en  remerciant  M.  le  baron  de  m'avoir 
prepare  une  semblable  surprise,  car  j'allais  triJs-rare- 
ment  k  Gonflans. 

II  sauta  vivement  de  la  voiture  et  alia  parler  au  cocher 
qui,  ne  comprenant  pas  bien,  fit  le  tour  du  convent  et 
s'arrSta  k  la  porte  de  la  cour. 


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.  CHAP.  HI.  —  MON  ENTREE  K   CHARENTON.      55 

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—  Vous  avez  bien  raison,  monsieur,  lui  dU-je;  cette 
entree  est  preferable,  et  si  vous  le  permettez,  je  tous 
prftsenterai  k  ces  dames, 

II  devint  pourpre  de  colore,  i^auta  d'un  trait  jusqu'au 
cochep,  auqael  ilparla  ayec  une  violence  extr^e,  et  qui 
comprit^nfin  ou  il  fallait  aUer. 

—  AUons,  dis-je  iM.de  Kinkelin  quand  il  fut 
remonte,  le  pauvre  homme  a  eu  deJa  peine  k  compren- 
dre  qu'il  fallait  passer  la  barri^re  de  Gharenton. 

Apr^s  un  moment  de  silenpe,  il  me  dit : 

—  Votre  proph^tie  est  fausse,  car  nous  venons  de 
passer  la  barri^re  de  Bercy. 

—  Oui,  mais  pour  fermer  sur  moi  la  porte  de  Gha- 
renton. 

—  Ah!  voiis  savez  que  vous  allez  k  Gharenton?  He 
bien!  vous  verrez  qu'on  saura  bien  vous  y  garder! 

—  Je  n'ai  rien  k  craindre,  monsieur,  car  je  n'ai  rien 
fait  de  mal,  et  si,  sachant  ce  qui  allait  m'arriver,  je 
sujs  rentr^e  au  lieu  de  fuir,  c'est  que  j'ai  foi  en  Thon- 
neur  et  en  la  justice  des  hommes  auxquels  je  vais  avoir 
affaire. 

-r-  Vous  sortiez  done  9  me  dit*il   avec  stupefaction. 

—  Gomment  1  dis-je  k  mon  tour,  fort  surprise ;  com- 
ment, si  je  sortais?  Mais  journellement,  et  c'est  un 
hasard  que  vous  m'ayez  trouv^e.  Qui  ferait  mes  affaires, 
si  je  restais  chez  moi  lea  bras  crois^s? 

Notre  etonnement  r6ciproque  est  facile  a  expli- 
quer.  . 


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56 

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MEMOIRES  0'UNE  ALI^NlilE. 

.                          / 

M.  de  Kinkelin  ne  savait  de  moi  que  ce  qu'on  lui 
avail  racont6  de  ma  pr6tendue  sequestration;  et  moi, 
malgre  la  visite  inattendue  du  commissaire  de  police, 
venant  peu  de  jours  auparavant  constater  mon  d^c^s 
irifiaginaire,  je  n*avais  pas  suppose  un  instant  que, 
sortant  toute  la  journee,  on  put  me  dire  enferm6e  et 
m'enlever  sous  ce  pr^texte. 

D'ailleurs,  M.  le  baron  ne  m'interrogeait  nipar  bien- 
veillance,  ni  dans  le  but  d'etre  juste.  Sa  parole  6tait 
bi'usque,  dure;  il  semblait  fortennuy6  et  fort  en  colere 
de  perdre  son  temps  k  remplir  une  besogne  p^reille ;  SI 
ne  jne  questionnait  que  pour  faire  quelque  chose  en 
route. 

Le  peu  de  mots  que  j'ai  rapporiji^s  plus  haut  monlre 
que  c'etait  un  parti  pris,  puisqu'il  m'a  signifi6  qu'cw^ 
me  garderait.,,  et  qu'il  m'a  enjoint  de  «  donner  ma 
cl6  »  au  simulacre  de  commissaire  de  police  qui  Tac- 
compagnait,  et  qui  semblait  aussi  afflige  que  confus  du 
role  qu'on  lui  faisait  jouer. 

La  voiture  s'arr^ta  devant  un  6tablissement  au  haut 
duquel  un  grand  drapeau  flottait  au  vent. 

Nous  6tions  arrives. 

Je  fus  conduite  dans  Tinterieur,  je  ne  sais  ni  par  qui, 
ni  comment,  a  travers  des  chemins  dont  je  n'ai  garde 
aucun  souvenir,  tant  T^motion  m'a  envahie  quand  j'ai 
entendu  la  porte  de  la  rue  se  fermer  sur  moi,  et  que  je 
n'ai  plus  eu  besoin  de  toute  mon  Anergic  pour  paraitre 
calme  et  pour  r6pqndre  k  propos  k  cet  inconnu,  qui, 


CHAP.   Ill,    —   MON   ENTREE  A  CilARENtON.  57 


sans  m'avoir  jamais  ni  vue  ni  interrog^e,  disposait  de 
raon  sort  k  son  gr6. 

Get  6tat,  du  reste,  n'a  dure  que  le  temps  du  trajet. 

B^S  que  je  me  suis  arrMee  et  trouvee  dans  un  quar- 
tier  clos  de  toutes  parts,  le  sentiment  de  ma  position 
m'est  revenu;  j'ai  pu  regarder.  autour  de  moi  et  me 
rendre  compte  de  I'endroit  ou  on  m'avait  men6e. 

On  aVait  pris  la  precaution  d'aller  faire  une  visite  a 
M°*«  la  sup^rieure  pour  la  pr^venir  de  mon  arrivee,  la 
mettre  au  courant  de  ce  qu'il  ^tait  indispensable  de 
faire  savoir  a  MM.  les  docteurs  et  administrateurs. 

Introduite,  dks  mon  arriv6e,  dans  une  division  propre 
et  tranquille,  dite  de  convalescence,  je  fus  interrogee  le 
lendemain  matin  par  M.  le  docteur  Calmeil,  entour^  de 
toute  son  imposante  suite  d'internes  et  de  religieuses. 

J'appris  alors'  que  M.  le  baron  de  Kinkelin  6(ait  le 
docteur  Pelletan,  que  je  savais  6tre  le  m6decin  et 
Tami  de  mon  frere  etde  sa  famille. 

J'^tai^  accus6e  de  spiritisme  et  de  monomanie  reli- 
gieuse,  avec  hallucination,  etc.,  etc.,  dont  M.  le  docteur 
trouva  si  peu  de  traces  qu'il  s'6cria  «  qu'il  etait  im-» 
possible  qu*on  m'eiLt  amenee  pour  cela,  y>  Mais  quand 
je  lui  eus  dit  qu'on  devait  s'introduire  chez  moi,  y 
fouiller,  prendre  ma  correspondance,  et  que  je  Tens 
rais  au  courant  des  avertissements  qu'on  m'avait 
donnas,  dont  une  partie  6tait  d^ja  accomplie,  puisque 
j'etais  ehferm^e;  quand  je  I'eus  pri6  de  vouloir  bien 
faire  conetater  mon  identite,  mon  7ioyn^  ei  examiner 


"V. 


54 


/ 


MEMOIRES  B'UNE  ALI^NlgE. 


pour  octobre,  et  les  conciergfes  vont  enlever  voa  meu* 
bles  imm^diatement. 

—  On  n'enlfevera  rien  du  tout,  monsieur,  car  Tap- 
partement «st  &  moi  jusqu'en Janvier;  je  n'ai  ni  donn^ 
ni  re^u  conge,  et  nul  n^a  le  droit  d'entrer  chez  moi  ni 
de  toucher  k  ce  qui  m'appartient  sans  ma  permission'. 
Get  appartement  ne  pent  done  avoir  6t6  lou6  k  mon 
in$u. 

Tout  a  coup,  la  Voiture  s'arr^ta..*.  Nous  etions  k 
Conflans. 

Grand  fut  mon  Stonnement,  je  I'avoue.  On  jai'avait 
bien  avertie  que  j'irais  k  Gharenton,  mais  on  ne  m*avait 
par  parl^  de  Gonflans. 

Or,  il  y  avait  alors  au  convent  de  Gonflans  una 
petite  fille  de  six  ans  quiy  avait  ^t6  plac^e  par  Mv  L^on 
Sibour,  6v6que  de  Tripoli,  que  M"*^  Barat,  supSrieure 
g^n^rale  et  fondatrice  de  I'ordre  du  Sacr^Coeur,  aVait 
adoptee,  dont  M"«  de  Joubert,  cousine  de  la  famille 
Benoit  d'Azy,  el  moi,  etions  charg^es.  Je  devais  mAme 
Stre  la  marraine  de  cet  enfant ;  mais  des  circonstances 
imprSvues  Tavaient  fait  baptiser  &  mon  insu. 

Dfes  que  je  vis  ou  nous  6tions,  je  fis  un  mouv^ment 
pour  me  lever,  en  remerciant  M.  le  baron  de  m'avoir 
pr6par6  une  semblable  surprise,  car  j'allais  trte-rare- 
ment  k  Gonflans. 

II  sauta  vivement  de  la  voiture  et  alia  parler  au  cocher 
qui,  ne  comprenant  pas  bien,  fit  le  tour  du  convent  et 
s'arr^ta  k  la  porte  de  la  cour. 


.  CHAP.  III.  —  MON  ENTREE  K   CHARENTON.      55 

/ 

-—  Vous  avez  bien  raison>  monsieur,  lui  dU-je;  cette 
entree  est  preferable,  et  si  yous  le  permettez,  je  tous 
pr^senterai  h  ces  dames, 

II  devint  pourpre  de  colore,  $auta  d'un  trait  jusqu'au 
cochep^  auqael  ilparla  ayec  une  violence  extr^e,  et  qui 
compritenfin  oil  il  fallait  aUer. 

—  AUons;  dis-je  k  M.  de  Kinkelin  quand  il  fut 
remonte,  le  pauvre  homme  a  eu  deja  peine  k  compren- 
dre  qu'il  fallait  passer  la  barri^re  de  Charenton. 

Apr^s  un  moment  de  silenpe,  il  me  dit : 

—  Votre  proph^tie  est  fausse,  car  nous  venons  de 
passer  la  barri&re  de  Bercy. 

—  Oui,  mais  pour  fermer  sur  moi  la  porte  de  Cha- 
renton. 

—  Ah  I  voiis  savez  que  vous  allez  k  Charenton?  H6 
bien !  vous  verrez  qu'on  saura  bien  vous  y  garder ! 

—  Je  n'ai  rien  k  craindre,  monsieur,  car  je  n'ai  rien 
fait  de  mal,  et  si,  sachant  ce  qui  allait  m'arriver,  je 
suis  rentr^e  au  lieu  de  fuir,  c'est  que  j'ai  foi  en  Thon- 
neur  et  en  la  justice  des  hommes  auxquels  je  vais  avoir 
affaire. 

-r-  Vous  sortiez  done?  me  dit*il   avec  stupefaction. 

—  Comment  I  dis«je  k  mon  tour,  fort  surprise ;  com- 
ment, si  je  sortais?  Mais  journellement,  et  c'est  un 
hasard  que  vous  m'ayez  trouv^e.  Qui  ferait  mes  affaires, 
si  je  restais  chez  moi  lea  bras  crois^s? 

Notre  etonnement  r^ciproque  est  facile  a  expli- 
quer. .  . 


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60  MEMOIRES  d'UNE  AULNEE.      , 

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/e  compris  eafin,  d'aprfes  ce$  soins  energiques,  que 
je  devais  passer  pour  iAalade,  et  je  le  devenais  en  effet 
de  corps  et  d'esprit,  car,  n'^tant  pas  de  nature  k  me 
laisser  malmener,  je  commenQais  k  me  r^volter  et  a  me 
plaindre  hautement,  quand  cet  ^tat  de  choses,  qui  avait 
dur^  quinze  jours,  changea  pour^faire  place  aux  ^gards 
et  aux  attentions.  On  me  prescrivit  un  regime  alimen- 
taire  exceptionnel ;  on  me  donna  une  chambre  parti- 
culifere;  je  pus  all^r  d'une  divisfon  dans  Tautreet  rester 
urie  heure  on  deux  par  jour  ati  piano,  dans' un  cabinet 
s6par6. 

J'6tais  devenue  n^cessaire  .  a  I'administrHtion*: 
W^^  Langlois,  la  musicienne,  ^tait  tomb^e  sUbitement 
malade,  etje  I'avais  remplac^e  avec'une  graude  com- 
plaisance, pour  ne  pas  priver  les  pauvres  pensionnaires 
de  leurs  reunions  musicales  du  dimanche  et  des  repe- 
titions qui  avaient  lieu  en  semaine. 

fitait-celi  Puhique  raisondece  changement? 

Je  ne  le  crois  pas.  Les  documents  produits  par  Ten- 
qu^te  constatent  que  Tadministration  Mait  k  ce  moment 
fort  embarrass^e  de  la  fagon  irregulifere  dont  j'avais  ete 
plac6e  et  que  j'ignorais  encore;  on  voulait  6viler  que 
j'eusse  d'autres  motifs  de  me  plaindre. 

Des  pensionnaires  me  r6p6tferent  avoir  entendu  dire 
(L  qu'on  avait  apport^  quelques  effets  pour  moi  k 
M™«  la  sup^rieure,  k  laquelle  on  avait  dit  en  mftme 
temps  que  tout  ^tait  saisi  chez  moi ;  qu'on  allait  faire 
vendre  et  probablement  me  passer  a  la  Salp^lri6re,  si 


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CHAP.  111. 


MON  ENTREE  A  CHARENTpN. 


64 


on  ne  pouvait  continuer  4  payer  ma  peusion;  qu'enfin 
ces  Messieurs  ^talent  tourment^s  au  sujet  de  mes 
papiers.  » 

Je  ne  compris  rien  k  ce  qu'elles  me  disaient.  Puis- 
qu'on  avail  entre  les  mains  tous  les  papiers  que  j'avais 
si  soigneusemeni  reunis,  de  Targent,  etc. ,  que  fallait-il 
deplus? 

D'un  autre  cote,  qui  pouvait  feiire  vendre  chez  moi  ? 

Pourquoi?  Je  ne  devais  rien  a  personne.  Ce  qu'on 
nie  disaitla  etait  faux,  impossible. 

Ne  pouvant  queslionner  M"^  la  sup^rieure  sans  com- 
promeltre  celles  quim'avaient  fait  ces  communications, 
et  pehsant  qu'on  m'en  parlerait  si  c'^tait  vrai,  je 
r^solus  d'attendre  les  6v6nements  sans  rien  dire. 

Les  papiers,  divis^s  en  deux  paquets  et  caches  dans 
mon  petit  panier,  ne  m'avaient  pas  6t6  enlev6s,  et  voici 
comment. 

II  est  d'usage  de  fouiller  les  malades  a  leur  entrte; 
afin  de  prendre  note  de  ce  qu'elles  poss^dent,  Les  pa- 
piers, valeurs,  argent,  bijoux,  sont  port6s  au  bureau 
ou  rendus  a  la  famille. 

Pour  6viter  toute  scfene  de  violence,  on  visite  les 
vetements  apr^s  le  coucher  ou  a  Theure  du  bain. 
J*ignorais  celte  circonstance  et  ne  compris  pas  pour- 
quoi, lorsque  je  me  rendis  au  bain,  mes  compagnes  rae 
conseill^rent  de  cacher  mon  petit  panier.  Poiirlant  je  le 
plagai  derrifere  la  baignoire  avec  mes  poches  dessus,  et 
mis  tous  mes  vetements  sur  une  chaise.  A  peine  fus-je 

4 


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62 


MfiMGIRES  l>'tJN£  ALIENEE. 


dtktis  Yean,  ^ti'ori  empottai  cette  chaise  pOUf  foiiill6i'  et 
itiventorief  imes  6fFet§,  et  j^m'applaudis  d^avoir  pris  ks 
precautions  qui  m'avaient  6t6  conseill^es.  Quand  je  reti- 
tfai  dans  la  division,  on  dfut  fnes  pbche^  et  raon  pailier 
visit^s,  et  on  ne  s*erf  occupa  plus. 

j*ai  dit  en  quelles  circonstances  la  scetii'  Saint-Sau- 
veur  s'empara  des  papiers  contenus  dans  meiS  pddheS; 

Le  22  septetntre,  je  fe^iis  la  visite  de  rfnconriu  qui 
s*6tait  presents  chez  itioi  peu  av^iit  mon  enlcJve- 
ment.  II  me  dit  avoir  pris  le  tlti'e  de  docteui*  et  le 
horn  de  Chevalier  pour  parvenir  jusqii^a  inoi,  parce 
qu'oii  ne  pouvait  refuser  a  un  mMecift  de  voir'une 
inalade. 

II  m'engagea  k  lui  r^ndre  les  papiers,  qui  pouvaient 
m'Mre  pris  ou  ne  seMraient  qu'a  cofnpliqiier  Taifeire, 
et  Targent,  qu'on  emploierait  k  payer  jua  captivit6  pen- 
dant vingt  ans  et  k  me  d6pouiller  de  ma  possession  d'etat 
et  de  mon  horn  connii,  au  lieu  de  me  servir  k  obtenir 
justice.  11  valait  mieux  aller  k  la  Sa1p6trifere,  ot  un 
employ^  etait  qharg6  sp^cialement  de  s*occuper  des 
alTaires  des  malades,  et  la,  si  j'elais  interrog^e,  dirfe  ce 
qui  m'avait  et6.dit,  eri  priant  ceux  qui  voudraient  bien 
me  prendre  sous  leur  protection  de  faire  examiner  mes 
papiers,  et  de  voir  si  la  confusion  qu'ori  s'effor^ait  d'eta- 
blir  sur  mon  6tat  civil  ne  datait  pas  de  mesUres  prises 
en  1814.   • 

li  me  dit  que  si  j'avais  besoin  des  papiers  et  de  l*ar* 
j^ent  que  j6  lui  restituaiS)  je  n'aurais  qu'i  m'adresser 


»ff    f 


CHAP.   m.    -—   »iON   ENTREE  k  CHARENTON.  ,63 

'       '  '"  «  »        '  i  I  ■  ■  i|  I      (  r  py    ■     .     I  ..11    ■■  i|  )         I       .  ^ 

4  M.  Athanase  Goquerel,  pasteur  protestant,  i&  Paris, 
ami  de  M.  et  W^^  Johnsofi,  mais  de,  ne  le  faire  que 
quand  j'^urais  trouv6  des  protecteurs  et  recouvr6  mes 
papiers  Rouy,  parce  que  Timportant  6tait  de  savoir 
pour(^tioi  ce  nom  6tait  mis  en  doute,  et  pourquoi  il  y 
avait  eu  une  sub«titution  et  une  s^uestration. 

L'existeiuse  de  ce  docteur  Chevalier  eat,  prouv^e  par 
una  lettre  de  lui,  du  7  novembre  1854,  priant  le  direc- 
teur  de  Charenton  de  suspendre  mon  transfert  k  la 
Salp6trifere,  et  par  une  lettre  de  M"»«  Isabelle  Chaplin, 
qui  se  dit  belle-mfere  de  ce  docteur  et  declare  le  lende- 
main  avoir  6t^  abus6e  par  des  promesses  erron^es^  les 
personnes  dispos^es  k  payer  ma  pension  ayant  renonc6 
k\e  faire. 

Je.  connaissais  les  dames  Chaplin  depuis  1838,  et  j'af* 
firme  que  le  8  septembre,  jour  de  moil  enlevement, 
M""  Chaplin  n'6tait  pas  marine,  qu'il  n'en  etait  m^me 
pas  question.  II  m'est  done  difficile  d'admettre  qu'un 
mois  aprfes  M«n«  Chaplin  eut  pour  gendre  *un  docteur 
Chevalier,  qui  donne  son  adresse  7,  rue  Marboeuf, 
alors  que  Talraanach  Firmin-Didot  de  1854  ne  contient 
le  nom  d'aucun  Chevalier  dans  la  liste  des  medecins  et 
officiers  de  sant6. 

J'ai  rendu  k  ce  myst^rieux  docteur  les  papiers  John- 
son, les  actes  sous  seing  priv6  et  17,500  fr.  sur  I'ar- 
gent  que  j'en  avais  regu. 

« 

Une  lettre  de  mon  neveu  Henri  a  son  pere,  coramu- 
niqu^e  par  ce  dernier,  prouve  rjue  les  incojfihus  qui 


V 


/ 


64  m^moires'D'une  alienee.  ' 

I 

s'occupaient  de  moi  n'existaient  pas  ^eiilement  dans 
mon  imagination. 

t 

Paris,  9  novembre  1854. 

....  II  est  venu  samedi  6  noveijfibre,  le  soir,  me  voir  a  la 
Presse  un  monsieur  dont  je  n'ai  pu  saisir  le  nom.  Dans  la  con- 
versation qu'il  a  eue  avec  moi,  sa  voix  ^tait  tr^s-basse  et  tr^s- 
difficile  a  entendre.  Ce  monsieur,  dans  tous  les  cas,  m'a  demand^ 
si  j'^tais  le  frere  de  M"«  HerSiHe  Bouy» 

Le  docteur  Chevalier  avait  6crit  le  7  pour  suspendre 
mon  transfert. 

Sa  belle-m^re,  M™«  Chaplin,  6crit  le  8  pour  le 
presser. 

Un  visiteur  inconnu  va  le  9  4  la  Presse  r6v61er  k 
la  famille  Rouy  qu'il  connait  mon  pom  veritable  et 
ma  parents,  alors  que  j'ai  6t6  enferm6e  sous  le  non)  de 
Chevalier,  de  parents  inconnus 

II  y  avait  hMe  de  me  faire  quitter  Charenton. 


CHAP.    IV.    —   QUI  A  FAIT  AGIR  LE  DOCTEUR  PELLETAN.      65 


CHAPITRE  IV 


Qui  a  fait  agir  le  docteur  PeUetan. 


On  remarquera  sans  doute  que  ce  qui  s'est  pass^ 
jusqu'ici  met  en  jeu  tout  une  s6rie.d'inconnus,  m'aver- 
tissanty  me  feisant  des  ofFres  diverses,  pour  aboutir 
enfin  4  Fenl^vement  et  a  la  sequestration  annonc^s. 

•La  facon  dont  j'ai  agi  prouve  bien  que  j 'avals  regu  une 
r6gle  de  conduite,  sans  quoi  je  fusse  rest^e  obscure, 
ignor6e,  apr^s  la  mort  de  mon  p^re  comme  aupai'avant. 
Au  lieu  d'une  artiste  dont  on  parlait,  je  n'aurais  6t6 
qu'une  pauvre  petite  maitresse  de  piano,  dont  personne 
ne  se  serait  souvcnu  apres  quatorze  ann^es  de  dispa^ 
rition. 

Grdce  k  la  notoriety  que  j'avais  acquise,  j'ai  pu  invo- 
quer  de  nombreux  et  honorables  temoignages;  j'ai  pu 
eclairer  I'enqu^te,  k  laquelle  je  dois  de  pouvoir  recons- 
tituer  a  peu  prfes  le  pass6. 

II  y  a  des  personnes  qui  soutiennent  que  les  visites 
de  la   dame  noire^  4e  ^'inconnu  qui  i^i'a  remis  de^ 


s/' 


66  MfcfMOmrs  i>'jL:Kj:  Aat^^4^. 

\ 

\  V  '  .  ' 

papiers  et  de  Targent,  sont  un  r^ve  de  mon  imagina- 
tion^  .  ' 

Je  demande  \  toute  personne  raisonnable  si  un  r^ve, 
une  foli4  raisonnante,  commedisentMM.  les  ali6nistes, 
peut  fairjB  deviner  ce  qui  se  passe,  ce  qui  s'est  pass6, 
faire  prendre  les  precautions  que  j'ai  prises  et  que  les 
evenements  ont  si  W^n  jii9tifi6^9. 

Quand  le  pseudo-docteur  Chevalier  est  venu-m'aver- 
lir  de  J'immioeace  4e  la  ^^siraphe  ^  ^loi  annoncee 
depuis  1840,  il  me  dit :  «  Que  vous  le  veuilliez  ou  non, 
les  choses  serpnt ;  et  si  vous  ne  faites  pas  tout  ce  que 
je  v<ms  dis,  voias  Mes  perdue.  M^ttez  Aam^  la  i^aisoa  et 
le  droit  de  vofre  c6te.  Fo^ie  ou  noa  folie,  vous  allez 
passer  paur  I'^tre.  One  fois  s^questri^e,  tout  ^st  coalre 
vous,  a  moins  de  reneonfrer  des  gens  int^res  «ur  voir^e 
route.  Of ,  «achez*le  bien,  V6>u6  edes  perdue  i^galeodeiit 
si  vous  redevenez  libre  sa^is  avoir  proave  quie  \mi& 
n'avez  jamais  6t6  folle  et  que  vous  i^«s  la  Retime  d'uo 
crime.  j> 

'  Cest  cette  con^ction  qui  m'a  fait  refuser  k  dixerses 
reprises  un  eertificat  de  guirison  me  livrant,  sass  defense 
et  sans  ressource,  k  desfennemis  caches  dontjWais 
^prouv^  la  puissance. 

Le  baron  de  Kinkelin  avait  pris  ie  nom  de  moia  fr^e 
comme  pr^texte  pour  m'enlever  de  diez  mol ;  mais 
j'ignorais  absolument  alors  que  M.  Claude-Daniel  Rauy 
eikt  tremp^  en  queique  chose  dans  cette  infamie.  Nous 
ne  TJ0i*3  Yoyiops  plus ;  i^  ^flfeir^  de  h  si|e(3<»si(»  d« 


t 


4 


> 


i:UAP.    IV,   -*-   our   i    FAIT   AGIR   LE  DOinXUlt   PEI.LETAN.  '  07 

• »  ^ V_ 

*^^^^  ^*  ■  I  ^   ■  ■     111*."    — ■       ■         i-     -  III  I -111      I    -^        m  I    m r    t     f  •*        '     i     '         ■---    —    —   -        -- 

man  p&re  '6t^iit  r^l^  depuis  longtemps ;  nous 
n!aKionf(  auoun  'vit^^  commiin>  ran  .qui  pdt  {aire  de 
moi  un  sujet  de  h&ine  on  d'eoifearras. 

G'est  lui-m^me  qui  afjfirmesa  participation  ^  ce  crime 
dans  un  m^mpire,  dif&maJUMjpepour  moi  6t  qui  est  loin 
4'Mne  ju^rtificatif  pour  lui|  qii'ii  a  adr<es«§  4  M«  Tailfaand , 
q»W  f^porteur  ^  la  Gbambre  dm  d§puti9. 

La  minutieuse  enqu^te  &ila  BMcceaaivejoient  par  les 
deux  rapporteurs  de  ma  pi§titioQ,  MM.  Tailbaod  et 
d'Aboville,  a  fait  connaitre  les  agissements  6trange$ 
auxquels  j'ai  dH  ma  sequestration. 

Veici  d'abord  un  passage  du  m^moira  de  M.  Bouy  : 

Ville-d'Avray,  le  3  octobre  1872. 

Tootes  rMttton^  6Uwai  entre  nous  irr^v^cablBment  rompues, 
et  na  m'^i  Accupant  plus,  je  la  perdifi  de  vur.  Je  fus  dnwi  fort 
surpris  eo  recevant  a  la  Presse,  dont  j'^tais  radministrateur^ 
la  vmte  d'luae  dame,  la  comtesse  de  H...,  Tenant  Ucher  de 
reaeuer  ees  reiatioas.  £Ue  envofa  quelque  temps  apr^s  une 
autre  dame  a  M.  £mile  de  Oirardin,  pour  solbctter  son  influence 
sur  moi»  Je  Tenais  drsnbir  une  douloureuse  operation,  et  j'etais 
par  suite,  alit6  dans  ce  moment  mdme  &  Ville-d'Avray.  Ge  fut 
done  a  mon  fils,  gerant  de  la  Presse^  que  M.  de  Girardin  adressa 
J  a  note  qui  suif  : 

«  M°>«  Lef^bure,  dont  je  vous  envoie  le  billet,  est  venue  roe 
«  (aire  p^  de  la  situation  extreme  dans  laquelle  est  tombed 
a  voire  tante;  M^**  Jlersilie  Rouy,  il  parait  qu'elle  est  folle  ;  elle 
K  n^est  plus  nourrie  que  par  son  concierge,  sans  lequel  elle 
II  moi^rrait  de  faim. 

«  M"^«  Lefebure  ma  dit  avoir  fait  une  d-marche  pr^s  de  votre 
4c  p^re.  Je  lui  ai  repoudu  que  je  ne  pouyais  intervenir  dans  une 
%  ^ire  de  %mijle,  que  je  fer^i?  part  seulem^nt  de  ]a.  4^maTCbe 


/ 


f 


68  MEMOIRES  D*UNE  ALIENEE. 


a  qu'elle  avait  faite  pres  de  moi.  £n  tout  cas,  il  me  semble  que 
«  M.  Pelletan  etant  m^decin  de  la  Salp^trie^'e,  il  y  aurait  lieu  de 
«  voir  avec  lui  ce  qu'il  y  aurait  de  mieux  k  faire  pour  voire  mal- 
((  heureuse  tante,  si  on  la  transporte  a  la  Salp6tri^re.  » 


'^oWkle  premier  ^l  attache, 

Le  docteur  PeUetan  r6(Jigeait  les  articles  de  mMecine 
dans  le  journal  la  Pres8e;\\  6tait  rami  et  le  m^decin 
de  mon  fr^re  et  de  ses  enfants. 

Void  le  billet  de  M™®  LeKbure  a  M.  de  Girardin  : 

m 

<  Monsieur, 

«  En  sortant  hier  de  la  bienveillante  audience  que  vous  avez 
((  bien  voulu  me  donner,  je  me  suis  apergue  que  j'avais  oubli^  de 
«  vous  donner  Tadresse  de  M"*  Rouy,  que  son  frere  ne  doit  pas 
((  connaitre,  puisqu'elle  a  change  de  quartier  depuis  quelques 
f(  mois ;  je  vous  I'envoie  au  bas  de  son  portrait,  et  je  vous  prie, 
((  Monsieur,  si  quelques  r^sultats  arrivaient  pour  elle  par  votre 
((.  puissante  intervention,  de  vouloir  bien  les  faire  connaiitre  a 
((  M™8  la  comtesse  de  R...,  qui  s'interesse  beaucoup  a  M"®  Rouy,- 
c(  et  a  fait  aupres  de  son  fr^re  la.  d-marche  remplie  de  bont^ 
«  et  de  bienveillance  dont  je  vous  ai  parle. 

((  J.  Lef^bure.  » 

Je  ferai  remarquer  que,  dans  cette  lettre,  M™«  Lefe- 
bure  ne  parle  nullement  de  folie  ni  de  me  faire 
enfermer,  mais  de  me  venir  en  aide  d'une  fa^on  quel- 
conque. 

On  m'avait  bien  avertie  qu'on  mendiait  en  mon 
nom, 

Le  passage  suivant  d'une  lettre  d^  M^*  de  R...  k, 


N 


CHAP.   IV.   — i   QUI  A   FAIT  AGIR  LB  DOCTEUR  PELLETAN.      69 


''  r  ' 


M.  d*Aboville  prouve  combien  cette  daifne  6tait  loin  de 
sedouter  de  la  trame  6.  laquelle  on  cherchait  a  m^ler 
soa  nom  : 

25  d^cembre  1875. 

....  Uue  dame,  M"*  Lef6hfUre,  que  j'avais  rencontr^e  chez 
JPJ«  Rouy,  6tant  venue  me  parler  de  I'etat  de  gSne  et  de  souf- 
france  ou  se  trouvait  cette  derniere,  nous  eftmes  I'id^e  de  faire 
une  souscription  pour  elle  parmi  ses  nombreux  amis,  et  d'en 
parler  tout  d'abord  k  son  frere ;  nous  alUmes  done  k  la  Presse, 
Des  les  premiers  mots,  M.  Rouy,  assez  disgracieux,  eut  Fair  de 
ne  point  connaitre  sa  soeur,  et  nous  partimes  irrltees  de  ses 
mauvais  sentiments,  etc. 

Gt«»«  de  R... 


•  M.  de  R...  fils  avail  ^crit  ^  M.  Le  Normant  des  Va- 
rannes,  le  5  Janvier  1869  : 

Completement  ^trang^re  aux  circonstances  qui  ont  precede  et 
accompkgne  la  reclusion  de  M^^*  Rouy  a.  Charenton,  ma  m^re 
ignorait  meme  qu'ellc  y  eut  ^t^  plac^e  sous  un  autre  nom. 


Je  reprends  la  suite  du  m^moire  de  mon  frfere  : 

M°>«  Henri  Hayet,  ancienne  connaissance  d'Hersilie,  qui  ne 
I'avait  pas  vue  depuis  trois  ou  quatre  ans,  a  re9u  lundi  (28  aout) 
un  rouleau  de  trois  romances  d'Hersilie,  avec  son  portrait,  quel- 
qaes  vers  au  bas,  et  dans  une  enveloppe  un  de  d'or,  ancien 
cadeau  qu'elle  lui  reQvoyait. 

Surprise  de  cet  envoi,  ayant  une  sorte  de  pressentiment,  cette 
dame  est  ali^e  le  soir  m^me  rue  Laval,  puis  rue  de  Penthi^vre, 
19,  oii  demeure  actuellement  Hersiiie.  Elle  a  sonn^,  elle  a 
frapp^,  et  n'a  obtenu  aucune  r^ponse.  Hersiiie,  a  ce  que  lui  a 


70     / 


'r- 


>li:MO)Lit£g   U  C<*4^  AU^NKE. 


dit  le  con^ier^e^e^t  aniermee  chez  «U^»  calf^utr^,  tputesi^prte^ 
et  fenkres  fer^^es  depuis  dimasche,  c*est-a-dire  qi;i'au  moment 
de  la  visite  de  M™*  Hayet,  i!  y  avait  d6ja  vingt-quatre  heures. 
Cette  dame,  tres-inquiete,  est  ali^e  a  la  Presse,  puis  est  venufi 
ici  le  mdme  soir,  a  di;c  heufes,  pour  me  prevenir.  Le  concierge 
de  la  rue  de  Penthi^vre  l^i  a  dit  qu'il  craignait  qu'Hersilie.ne 
fuUille. 


Le  fait  de  la  r^stUutioa  est  exact.  Cost  moi-m^me  qui 
ai  depose  c^s  objets  chez  son  concierge,  et  J'avais  pour 
agir  ainsi  de^  raisonS  que  M™®  Hayet  connaissait  bien, 
J'^tais  tout  bonnement  allee  diaer  en  ville  pendant 
qu'elle  carillonnait  chez  moi. 


Puis  iZ  m'^mt  encore  qoe  M-  Audiat^  le  m^ecin  d'HerisiUe, 
est  venu  liU-m6me  le  pr6venir  qjgi'eUjs  6tait  daiigereusement 
foUe,  et  qu'il  fallait  y  prendre  garde. 

-Enfin,  sous  Tent^te  :  «  Diocese  de  Paris,  paroisse  de  Saint> 
Augustin,  B  je  re^oi8  la  lettre  dont,  ae|te  fois,  eopie  entiere, 
dat^e  4u  30  aotU  1854;   ^ 

((  Monsieur, 

(c  £tant  a  la  recherche  d*une  institutrice  pour  une  famille  tres- 
«  recommandable,  M.  le  cur^  de  Saint-Aagustin,  a  qui  j'^vais 
a  demand^  conseil,  me  donna  Fadresse  de  W^*  Rouy,  19,  rue  de 
c(  PenthieTre.  J'af  ^&  douloiureusement  affeet^e  de  trouver  cette 
«  demoiselle  dans  un  etatd'ali^nation  compiei.  Le  matin  m^me, 
((  la  police  avait  dii  ouvrir  la  porte  de  force,  parce  qu^elle  n*avait 
<(  pas  paru  depuis  plusieurs  jours,  et  que  Ton  craignait  quelqae 
('  malheur.  J'ai  cru,  Monsieur,  que  je  devals  vous  inMmire  de  ee 
«  fait,  pour  que  vous  puissiez  prendre  dee  mesures  pour  M ademoi- 
«  seHe  votre  soeur,  d(mt  la  position  est  on  ne  peut  pto  alarma^nte ', 
<<  le  propri^taire  craint  queique  accident,  et  les  concierges  m'ont 
a  pri^e  en  gr&ce  de  vous  exposer  lenr  difiieile  position  vis»9'Vis 


■     ■     ■     •  ,     .\ 


I'.nkv.  IV.  —  uui  a  FAtx  asiu'le  iioctkuk  pelletan.    71 


(t  de  M>^*  Mdtiy,  potif  la^^uelie  ils  out  beaucoup  d'^gards  et  de 
a  liofldtd^ration,  m&is  av€d  lact^elle  ils  ne  sont  pas  en  si)iret^ 
«  d&Ds  l&s  conditions  d(5tttelles. 
«  Hdcet ez,  ^c. 

Sign^ :  c  G«  d6  6rOZBli£r<  » 


Cdinment  ceite  dame,  qui  etait  venue  m'offrir  une 
place  d'institutricei  qui  semblait  extr^mement  conve- 
Bfible  it  bienveillante,  avftit-elle  pn^  en  sortant  de  chez 
moi,  m'ayant  vue  elle-m^me,  appeler  mon  frere  k 
prendre  des  mesures^  sur  la  pri^re  instante  de  mes  con- 
eierffes?  C'^tait  inconcevable.  —  J'ignorais  qu'elle  fftt 
venue  Utie  Seconde  fois  potir  me  voir. 

J'en  re^us  l*explication  suivante  de  M^^^  de  Grozelier 
elle^m^me^  h  laquelle  M.  Le  dormant  des  Varannes, 
Charge  par  Fadmihitstration  des  Hospices  d'Orleatis  de 
feire  une  eiiquSte  sur  ma  situation,  ^crivit  pour  lui  de- 
mander  quel  avait  ^te  au  juste  eofi  r6le  dans  cette  affaire, 
et  lui  jgippretidre  les  desststreuses  consequences  de  son 
ifltervetition  ; 

taris,  11  fevrier  1873. 

Monsieur  le  Receveur, 

Effectivement,  dans  le  coutaint  d'aottt  1854,  j*ai  616  pri^e  par 
ane  fiiiiiille  atnie  de  pYocurei'  uil^  institatrice  pour  une  jeune 
fille.  Je  m'adfessflii  pour  cela  a  un  v^n6rable  ecci6siaslique, 
tflor9>car4,de  la  paroisse  de  Saint- Angustin,  que  j'habitais,  et 
qui  avait  toute  Ma  confiJince.  II  voulut  bien  m'indiquer  M"«  Rouy, 
qtt'it  tie  connaissait  pas  persoilnellement,  raais  qui  lui  slvait  M 
reconimand^e. 

Je  me  pr^senlai  chpz  cette  demoiselle,  que  me  re^ut  fort  bien 


\ 


<.  ♦ 


72  -  MEMOIR|:S  D'UIj^E   ALIENEE. 


et  rien  dans  cette  visite  n'a  pu  me  donner  la  pens^e  que  son 
esprit  ne  fut  pas  parfaitement  sain.  Je  ne  puis  dire  le  temps  qu*a 
dure  notre  entretien,  probablement  celui  de  lui  adresser  quel- 
ques  questions  qui  intercssaient  la  famille  pour  laquelle  je 
traitais,  de  lui  expliquer  les  conditions.  Un  point  seulement 
n'avait  pas  6ie  suffisamment  6clairci;  je  lui  promis  d'ecrire  et  de 
lui  rapporter  la  reponse. 

Elle  etait  seule  chez  elle,  et  je  ne  vis  personne  autre  dans 
la  maison.  Mais  apr6s  environ  une  semaine,  quand  je  revins,  je 
trouvai  qu'elle  venait  d'etre  s6questr6e  chez  elle;  on  me  dit  que 
la  police  ^tait  venue  le  matin  mdme  et  que  personne  ne  pouvait 
la  voir. 

Le  concierge  et  sa  femme  me  firent  part  de  ce  malheur  avec 
une  grande  Amotion.  Je  les  voyais  pour  la  premiere  et  la  der- 
ni^re  fois ;  je  ne  leur  ai  parl^  que  dans  cette  circonstance.  Us 
me  parurent  porter  un  grand  inter^t  a  cette  demoiselle,  et  lini- 
rent  par  me  prier  avec  instance  d'avertir  le  frere  de  M^'«  Rouy, 
dont  ils  nae  donnerent  I'adresse. 

J'y  consentis,  dans  la  seule  pens6e  d'attirer  la  sollicitude  d'un 
fr^re  pour  sa  soeur  dans  une  circonstance  aussi  penible ;  tnon  but 
a  et^,  en  cela,  de  faire  acte  de  charity  chr^tienne,  moi  qui  etais 
compl6tement  etrangere  a  cela,  cdmme  vous  le  ditesTort  bien. 

Jamais  il  ne  m'a  et^  accuse  reception  de  cette  lettre,  et  j*en 
entends  parler  pour  la  premiere  fois  hier,  10  f^vrier  1873 ;  et  a 
ce  sujet,  permettez-moi  de  vous  exprimer  plus  que  mon  eton- 
nement,  ma  stupefaction. 

Comment  1  en  pleinXIX'  siecle,  dans  un  pays  civilis^,  oiiil  y 
a  une  police,  des  tribunaux,  une  magistrature,  on  peut  accom- 
plir  un  acte  aussi  grave  qu'une  sequestration  sur  le  simple  aver- 
tissement  d'une  personne  inconnue  I 

Mais  cela,  personne  ne  voudra  jamais  le  croire  !  Quoi  I  la  police 
saisie  de  cette  lettre,  de  mon  nom,  de  mon  adresse,  n'est  pas 
venue  a  moi  pour  plus  ample  inform^  ?  a  moi,  qui  n*ai  jamais 
quitt6  le  quartier  de  la  Pepiniere,  et  que  Ton  eut  trouv^e  mille 
fois  disposee  a  dire  tout  ce  qui  pouvait  dtre  utile  a  cette  demoi- 
selle, dont  le  malheur  m'avait  vivement  ^mue! 


I  *  • 


CUAP.   IV.    —   QUI.  A  FAIT   AGIU   LK  DOGTEUR  PELLETAfii.      73 


II  y  a  certainement  14-dessous  une  OBuvre  d*iniquite  que  voua 
decouvrirez,  je  Tespere ;  quant  a  moi,  j'ai  dit  sur  cette  affaire 
tout  ce  qu'U  m'est  possible  de  dire. 

Veuillez  agr^er,  Monsieur,  etc. 

i^igne :  C.  de  Grozelibr. 


Malgr^  la  stupefaction  de  M^^^  de  Grozelier,  c'est 
pourtant  bien  ainsi  que  les  choses  se  sont  pass^es. 
Ma  femille,  qui  a  regu  sa  lettre,  n'est  pas  venue  me  voir, 
et  mon  enlevement  s'est  effectue  sans  que  cette  pr^ten- 
due  folie  ait  ete  constat^e  par  personne. 

M.  Rouy,  pour  justiQer  son  intervention  dans  ma 
sequestration,  invoque  les  declarations  : 

1^  Du  commissaire  de  police  ; 

2<>  Du  proprietaire,  M.  Grenard  ; 

3®  Des  locataires; 

ip  De  M"«  de  Grozelier ; 

5»  De  M«o  la  comtesse  de  R*** ; 

6o  De  M.  le  docteur  Audiat,  mon  m^decin ; 

7o  De  W^^  Lefebure ; 

8«  De  M«»o  Hayet ; 

9»  Des  conciei^es.^ 

1^  Le  commissaire  de  police  a  fait  chez  moi  la 
demarche  que  j'ai  racontee  chap,  ii,  et  ni  lui,  ni  au- 
cune  autorite  quelconque,  n'est  intervenu  'pour  me  se- 
questrer,  ainsi  que  le  constate  une  lettre  du  Ministre 
de  rinterieur  au  directeur  de  Charenton,  en  date  du 
25  fevrier  1869,  qu'on  trouvera  chap.  xiv. 


5 


'       i 


74  ,      MfiATOIH^S  d'-UNE   ALIKNKE. 


2o  Lepropri^taire  est  mo^t;  M.  Rouy  declare  hruUe 
par  megarde  la  lettre  qu'il  pretend  ait  en  avoir  regue. 
La  famille  de  M.  Grenard  n'a  jamais  entendu  dire  qa'il 
y  eut  une  foUe,  dangereuse  ou  non,  rue  de  Penthi^vre. 

30  Les  locataires,  dont  quatre  ont  et^  retrouves  et, 
interroges,  n'ontrien  vu^  rien  entendu,  ne  se  sont  jamais 
plaints.  L*une  d'elles,  la  gouvemante  de  M.  Grenard, 
demeumt  au-dess-us  de  moi,  a  rentre&ol. 

40  ^He  de  Grozelier,  dont  on  a  vu  les  tettres,  ^^crit 
sur  le  rapport  des  concierges. 

50  ^me  la  comtesse  de  R...,  a  qui  Ton  a  dit  que 
j'^tais  dans  la  g^ne,  ne  ^'occupe  que  de  me  r^^conci- 
lier  avec  mon  frfere  et  de  me  venir  en  aide  p^cuniai- 
remeht. 

60  M.  Le  docteur  Audiat,  interroge€n1873parM.-Le 
Normant  des  Varannes,  lui  a  dit  ri'avoir  ^14  pour  rien 
dans  ma  sequestration  et  n'en  avoir  eu  connaissance 
que  longtemps  apres  qu'elle  6tait  accomplie. 

M,  Rouy  dt^clare  ^galement  brtil^e  ou  perdue  la 
lettre  de  son  fils  lui  faisant  part  de  la  visite  tlu  docteur 
Audiat, 

70  M™e  Lef6bure,  d'accord  avec  mes  concierges,  court 
ehez  tout  le  monde ;  mais  la  lettre  qu'on  cite  d'«lle  ne 
parie  pas  de  folie. 

go  y[me  Hayet,  pour  ne  pas  m'avoir  trouv6e  cbez  moi 
le  soir,  quand  elle  sait  que  je  suis  alMe  chez  elle  dans  la 
journee,  en  conclut,  sur  la  foi  de  mes  concierges,  que 
je  suis  folle  et  fait  la  d-marche  que  Y-on  sait. 


■f 


CHAP.   IV.    —  QUI  A  FAIT  AGIR  LE  DOCTEUR  PELLETAN.     75 

'     ■  ■         ■  "  ■   ■  I     ii      »■■■      III  I  I  I'll  I      ■ 

T 

90  Les  concierges  renseignent  lout  le  monde,  mettent 
chacun  en  avanl,  etM.de  Girardin  seul  prend  sur  lui 
de  conseiller  de  m'envoyer  a  la  Salp^trifere,  en  indiquant 
la  m^decin  qui  pourrait  s'en  charger. 

Tout  s'est  donp  passe  entre  la  loge  de^  concierges 
de  la  maison  que  j'habitais  et  les  bureaux  de  la 
Presse, 

n  ne  faut  que  quatre  jours  d'activit6  pour  mener 
tout  k  point.  Du  26  au  30  aout,  tout  est  tdcUy  la  fa- 
mille  appel^e,  grace  k  des  portiers  bien  styles...  et  de 
ce  inoment  je.puis  aUer,  vBnir,  renter,  sfxciir^  rentrer, 
jeuner  ou  manger ;  nul  ne  s'en  occufiie,  luaMm^oiu*  me 
dire  s^questree  chez  xnoi. 


M^HOIREy    D'UNt:    ALlF,h£[£. 


dutranton ;  plBoement,  BnregiBtTeiDent,  translBrt. 

M.  le  docteor  Pelletan  fcrit  Jl  M.  C.-D.  Rouy  la 
lettre  suivante,  sans  date,  raais  contepant  un  certiQcat 
dat^  du  6  septembre  1854 : 

Mon  cher  Uonsieur, 

Oblige  de  partir  a  I'instant  pour  alter  voir  une  malade  lain  de 
Paris,  je  vous  envois  le  cerlificat  que  j'ai  fait  pour  faire  entrer 
Mademoiselle  votre  s<bot  dans  iine  maison  de  saxkl&. 

J'ai  ^\6  voir,  apres  ma  visile  chez  elle,  le  commissaire  de 
police,  qui  aurait  bien  consenti  a  I'envoyer  a  la  Salpfitrifere,  mais- 
les  Torniatit^s  en  sont  tellement  r^pugnantes,  que  j'ai  hiaiH  i 
prendre  surmoi  celle  resolution. 

Ainsi  elle  devrait  Stre,  si  on  suit  ce  mode,  mise  en  voiture 
cellolaire  et  envoy^e  &  la  Prfitecture  de  police.  Elle  y  passerait 
plusieurs  heures  et  mirae  la  nuit  en  cellule,  et  serait  de  la 
transports  de  la  m^rae  inani^re,  apris  avoir  paas^  une  visite 
publique  a  la  SalpStriere. 

Je  crois  que,  poor  voire  nom  si  connu  et  pour  votre  hmille, 
aussi  h'mn  rgiie  p^r  hiim,iiille,il  vaudrait  raieui  la  faire  transpor- 
ter a  Cliarenlon  avei;  le  cprtificat  ci-joint. 

La,  pin  paierait  50  fr,  pourle  premier  mois,  ce  quidonneraitle 
lemps  de  soliiciter  une  demi-bour«e. 


<:HAP.    V.    —   CHARENTON.  *        77 


Je  TOQS  engage  4  ne  pas  tarder  de  prendre  cette  determination, 
car  il  7  a  urgence  sous  tous  les  rapports. 

Pelletan  de  Kinkelin. 

Je  mets  en  regard  de  cette  lettre  le  passage  de  la 
d^positioii  faite  par  !e  docteur  Pelletan  au  comrrrissaire 
de  police  charge  de  I'enquSle  minist^rielle  de  1869 : 

Autrefois,  par  mes  relations  avec  le  journal  la  Presses  je  con- 
naissais  M.  Rouy,  qui.  en  ^tait  le  g^rant,  et  c'est  ainsi  qu'un  jour 
de  Tann^e  1854,  il  me  fit  part  du  triste  etat  ou  se  trouvait  la 
demoiselle  Hersilie,  alors  domiciliee  rue  de  Penthiivre,  dont 
les  allures  etranges  avaient,  parait-il,  inspire  des  inquietudes 
pour  leur  s^curite  a  tous  les  locataires  de'la  maison,  a  tel  point 
que  le  proprietaire  etait  venu  le  prier  de  prendre  a  Tegard  de 
cette  demoiselle  une  mesure  de  precaution  pour  elle  et  pour 
les  autres. 

J*allai  done  pour  la  Toir;  mais  n'ayant  pu  obtenir  aucnnere- 
•ponsey  j*allai  trouver  le  commissaire  de  police  dont  le  bureau 
^tftit  dans  le  voisinage ;  la  demoiselle  Rouy  n'avait  pas  paru  depuis 
deux  jours. 

Nous  fumes  obliges  de  faire  ouvrir  la  porte,  et  nous  trouvdmes 
la  demoiselle  Hersilie  en  etat  d'extase  dans  une  chambre  tendue 
de  noir,  ayant  au  fond  une  sorte  d'autel  et  des  flambeaux  dans 
lesquels  brulaient  des  bougies  qui  edairaient  de  petites  boites 
ayant  Tapparence  de  cercueils. 

Nou^  vimes  bientot,  a  Tincoherence  de  ses  discours,  qu'elle 
ne  jouissait  pas  de  sa  raison,  et  a  la  demande  meroe  du  com- 
missaire de  police,  qui  me  fit  assister  d'un  de  ses  employes,  je 
la  conduisis  a  la  maison  de  Charenton,  dans  ma  propre  voiture, 
en  lui  disant  que  je  la  menais  aupres  d'une  de  ses  amies,  reli- 
gieuse  a  Confians,  qu'eile  manifestait  le  desir  d'aller  voir. 

Le  commissaire  de  police^  M.  Strop6,  etait  mort  lors 


78  MfiMOIRES  D*UNE  ALlfiN]&E. 


de  TenquSte  ;  mais  ses  registres  ne  portent  aucune 
trace  de  cette  fantasnaagorie,  dont  il  et!lt  dCl  dresser  pro- 
cfes-verbal.  • 

Le  lecteur  est  assez  ^clair^  par  ce  qui  pr^c^de  peur 
faire  lui-m^me  justice  de  cette  accumulation  de  men- 
songes  et  n'en  retenir  qu'une  chose :  c'est  que,  de  son 
aveu  m^me,  le  docteur  Pelletan  ne  ni'a  vue  que  le  jour 
oil  il  m'a  eniet^e. 

Jamais,  avant  188&,  i!  n'avait  ^  question  de  c^r- 
cueils,  sinon  dans  les  frayeurs  de  la  femme  Nicolle. 

Gependant  M.  Pelletan  ayant^r^du  compteinKm 
frfere  de  la  fa?on  dont  it  avait  accompli  sa  mission,  9 
devait  Atre  ais^  de  voir  si  les  deux  declarations  concor- 
daient. 

n  ^rit,  le  9  septofthire  1854,  k  M.  Henri  Reuy : 

Mon  Cher  Monsieur, 

J*6cris  4  votre  p^re  pour'lui  dire  que  tout  est  terming:  j'ai 
accompli  hier  la  mission  dontil  m*avait  charge.  Pour  les  details, 
vous  pouvez  briser  le  cachet. 

Si  vous  le  voyez  demain,  veuillez  lui  remettre  tout  ce  que  je 
vous  envoie  pour  lui.  Je  viendrai  lundi  chez  vous  savoir  le  r^- 
sultat  de  ce  qu*il  aura  ddcid^. 

Tout  k  vous. 

Pelletan  de  K... 

Je  voudrais  bien  savoir  ce  que  M.  Pelletan  a  fait 
remettre  ^  M.  Rouy.  Est-ce  ma  correspohdance,  ma 
•montre,  mes  bijoux,  mon  argenterie?  II  m'avait  de- 
mands ma  cl6 ;  Je  la  lui  avais  retusSe  ti^i,  Mais  on  s'en 


CHAP.  V,  — ICHARENTON. 


71* 


/ 


esl  passd.  0ne^  mire  immedi(Uementchezmoi,ei  on 
m'a  d6valis^e.  Qui?  Peut-^tre  un  pftu  tout  te  monde; 
comme  on  le  verra  jjlus  loin. 

Je  ferai  remarquei?  que  toutes  les  letlres  6chaog^es  k 
moa  s»ij€t  seat  sans  date  avant  men  enli^vement,  et 
r^guliferement  dat6es  apr^s. 

Pemprunte  k  uue  lettre  de  M.  le  vicomte  d'AboviUe 
les  renseignements  sur  la  leUre  de  details  d^  docteuor 
Pelletan : 

La  lettre  de  details  adress^e  a  M.  Rouy  manq[ue  au  dossier. 
J'en  demande  copie  a  M.  Rouy  le  28  decembre  1875. 

M.  C.-D.  Rouy  me  r^pond  le  30  qu'il  a  de  nouveau  compulse 

toiifi  ses  paj^iecs^  sans  y  trouver  cede  lettre ;  <|uUl  Vl  sans  doute 

brCdee  par  inadvertance,  il  y  a  environ  trois  rdois,  avec  deux 

an  trois  cents  autres. 

V««  1^'Abovii.le. 


Singul&eve  inadveptan^!/  Le  23  dScemkre  1868 
M.  Ro«ty  ^rivait  ^  M.  le  receveur  des  hospices  d'Or* 
l^ans  qu'il  gardait  soignecksement  tout  ce  qui  concer- 
nsu4  M^  Chevalier,  et  qu'ii  avail  inscrit  sur  oe  dossier, 
CQmeae  recommandatioti  a  ses  h^pitiers :  c  Aucune 
pieee  de  oe  fatra^  ne  doii  etre  aneantiej  "&  et  il  ea 
bnkle  lui-mdoie  une  telle  quantity,  qu'elle  le  laisse  saos 
aucune  preuve  de  ma  folie  qu'un  certificat  dont  il  ne 
veut  pas  se  servir ! 

S'il  avait  effectue  lui-m^me  le  placem^it,  il  aurait  diH 
se  nommer.  Cost  pour  ^viter  cela  que  le  docteur 
Pelletan  a  pris  sur  lui  de  me  conduire  en  personne. 


80 


M^MomEs  d'une  alienee. 


A  notre  amv6e  a  Charenton,  il  est  entr6  au  bureau 
et  a  remis  le  certificat  suivant : 

Je,  soussign4,  m^deein  de  Lariboisi^re,  chevalier  de  la  Legion* 
d'Honneur,  certifie  que  M"»  Hersilie  Rouy,  dcmeurant  rue  de 
Penthi^vre,  19,  est  atteinte  d*une  monomanie  aigue  avec  hallu- 
cinations. '       '      ' 

,  Cette  affection  la  rendant  dangereuse  pour  elle-m^me  et  pour 
les  personnes  qui  Tentourent,  exige  son  admission  imm^ate 
dsms  un  etablissement  special. 
En  foi  de  quoi  j*ai  sign^  la  pr^ente  attestation. 

Signe :  B»»  Pelletan  de  Kimkelin 
Paris,  8  septembre  1854. 


Je  fus  inscrite  au  registre  matricule,  sans  autre  pi^ce 
h  Tappui  que  ce  certiflcat :  «  Chevalier,,.,  Hersilie,  i9^ 
rue  de  PerUHievre^  »  rien  de  plus. 

Comme  il  n'arrivait  aucun  renseignement  du  dehors, 
M.  Verjean,  Tun  des  internes,  est  venu  me  demander 
monnom,  mon  ^ge  et  ma  profession,  que  je  lui  dis.Vers 
la  fin  de  septembre;  un  autre  interne,  M.  Laisseraye, 
me  demanda  mon  lieu  de  naissance  et  mes  pr6noms. 

Comme  il  se  trouvait  un  bianc  entre  Chevalier  et 
Hersiliey  on  y  intercala  Rouy;  mes  deux  pr6noms 
complj§mentaires,  Camille^ Josephine ^  suivirent  celui 
d'Hersilie,  au  lieu  de  le  prec6der,  et  on  remplit  les  indi- 
cations, rest6es  en  blanc  dans  le  bulletin  iinprim^,  sui- 
vant  ce  quej'avaisdict6  aux  internes.  Pourquoi  n'y  a-t-on 
pas  inscrit  egalement  les  noms  de  mon  p^re  et  de  ma 
mfere  que  j'avais  donnas  comme  le  reste? 


1 


/ 

CHAP.    V.   —  CHARENTON.  8i 


Void  (done  la  teneur  exaiite  de  mon  enregistrement  h 
Chai^enlon  : 

Mu«  Chevalier-Rotiy,  Hersilie-Camille-Josephine,  n^e  i  Milan 

(Italie),  dg^e  de  qaarante  ans,  c^ibataire,  filie  de et 

de.  .  .  ... 

Profession :  maitresse  de  piano. 

Domicili^e  a  Paris,  rue  de  Penthidvre,  19. 

Trois  semaines  apr^  mon  entree,  le  docteur  Pelle- 
tan  ^crit  au  directeur  de  Charenton : 

J*ai  foit  placer  le  10  de  ce  mois,  dans  la  maison  imp^riale  de 
Charenton,  M"«  Hersilie  Roay,  pour  laquelie  je  demande  une 
bourse  gratuite.  Comme  le  mois  va  finir  et  qu'on  pourrait  T^va- 
cuer  sur  la  SalpStridre  faute  de  paiement  du  mois  prochain,  j'ai 
rhonneur  de  vous  pr^venir  que  je  suis  charge  par  les  personnes; 
qui  s^int^ressent  k  cette  malade  de  vous  payer  le  mois  pro* 
chain. 


Cette  lettre  n'avait  pour  but  que  d'^tablir  officielle- 
ment  ma  quality  d'indigente  sans  famille. 

On  m'avait  envoy6  de  chez  moi,  du  25  au  28  sep- 
tembre,  un  peu  de  linge  et  quelques  efFets  de  rebut 
jupes  sans  corsage,  caracos  du  matin  en  ^toffes  d'et^ 
avec  lesquels  il  m'^tait  impossible  de  me  pr^sente 
nuUe  part  au  mois  de  novembre,  si  Ton  m'eut  remi? 
en  liberty,  et  m'obligeant  k  demeurer  toute  la  journ^ 
dans  une  tenue  n6glig6e  qui  m'attira  un  bl&me  c 
docteur. 

On  avait  joint  k  cet  envoi  une  pi^ce  de  jaconas  av 

5. 


—  A     .  , 


/       r 


\ 


82 


M^MOIRES  D*UNE  ALIENEE. 


laquelle  on  me  fit  faire  une  robe  de  chambre,  malgr6 
nies  protestations.  J'ai  cependant  profits  de  cette  mal- 
heuretise  robe  pour  la  mettre  sous  mes  jupes  et  me 
couvrir  un  peti  liiieut,  car  je  sotlffr&is  bfedncoiip  du  froid 
et  m'en  plaignis  au  docteur  Calmeil,  qui  fit  6crfre  le 
24  octobre  au  docteur  Peiletan : 

Permettez-mpi,  Monsieur,  de  la  maniere  la  plus  pressante,  de 
voiis  prier  de  faire  doiinalire  S  qui  de  (frdit  qtle  la  privation  de 
vStements  chauds  est  on  ne  t^edt  pliis  fliiii^ible  si  la  satit^  de  la 
malade,  et  qu*il  y  a  urgence  a  en  effectuer  renvoi.  M"^  Hersilie 
pi'^tend  avoir  chez  elle  des  vStements  et  dtt  llnge  plus  qu'il  i^e 
ltd  en  faut,  etc. 

Le  Directeur  de  Charentony 
Sign4 :  BouA. 


Le  docteur  Peiletan  repondait  le  27 : 

J'ai  fail  part  a  qui  de  droit  (?)  de  la  reclamation  que  vous 
m'avez  faite  pour  les  v^tetoents  cPhlver  dfe  M**«  Jiersilie  ;  je  xi'ai 
pas  encore  re^u  letii^  r^ponl^e....  Je  crois  que  l^urs  moyens  ne 
lenr  permettrotft;  pas  de  payer  sa  pension....  et  qu'il  n'y  aura 
pas  lieu  pour  Tadministration  de  donner  suite  k  cette  demande. 
ie  viens  vousjprier,  daris  ce  cas,  de  la  diriger  sur  la  Salp^tri^re, 
dans  le  service  de  moii  arai  Fdlret. 


II  priait  toutefois  le  directetit'  d'atteildte  uiie  nou- 
velle  lettre  de  lui. 

Le  30  octobre,  le  docteur  Pelletaii  ecrivait  au  dirfec- 
teur  de  Charenton  pour  confirmer  le  refus  de  paiement 
et  moh  tfansfert  a  la  SalpMrifere,  k  dah^  tk  servibe  de 


1 

/ 


z' 


t 


CIUP.    Y.    —  CUARENTON.  '     '  8ft 

: , — . , . 

mon  amiy  le  docteur  Falret,  auquel  firai  la  recom- 
vyinder,  » 

Ma  pension  6tait  pay^e  jusqu'au  1«»"  novembre ;  j'au- 
rais  done  dt  ^tre  envoy^e  k  la  Salp6trifere  k  cette  6poque. 
Mais  M"c  Lafilte,  passant  par  Paris  a  son  retour 
d'Angleterre,  et  ayant  su  que  j'etais  a  Gharenton,  s'y 
presenta  pour  me  voir.  On  lui  refusa  ma  vue;  mais  on 
lui  dit  sans  doute  dans  quel  deniiment  je  m'y  trouvais, 
car  elle  paya  un  mois  de  pension  et  m'envoya  une  robe 
de  chambre  en  drap  anglais  doubl^e  de  finette. 

M®®  Lafitte  6tant  repartie  pour  Londres,  etpersonne 
ne  payant  plus,  M.  le  directeur  de  Charenton  adressa 
au  pr^fetde  police  une  demande  de  transfert  k  la  Sal- 
p^trifere,  suivant  que  le  docteur  Pelletan  Ten  avait 
pri6,  « pour  la  demoiselle  Chevalier-Rouy  (Hersilie- 
Camille- Josephine),  admise  a  Charenton  a  litre  de 
placement  volontaire,  n'ayant^  ct  ce  quHl  pdrait^  ni 
famille,  ni  parents,  et  completement  denuee  de 
resaources,  t> 

-  L'ordre  de  translation,  sollicit6le  11,  arriva  le  30  no- 
vembre de  la  prefecture  de  police.  , 

Sauf  le  retard  du  a  la  gen^reuse  intervention  de 

M°*«  Lafitte,  les  choses  s'^taient  bien  passees  ainsi  qu'il 

en  avait  6t6  convenu  entre  M.  Pelletan  et  ses  manda- 

taires. 

M.  Pelletan  ecrivait  a  M.  Rouy,  dans  une  lettre  sans 

« 

date,  eommuniqu^  par  ce  dernier  k  mon  rapporteur,  ef. 
qni  me  parajt  avoir  6t6  6crlte  en  octobre  : 


r 


84  «  MEMOIRES  D*UNE   AUENKE. 


L*administration  d\e  la  SalpStri^re  fiecherche  la  ikmille  legale 
de's  malades  qa'elle  revolt,  et  lorsqu*elle  les  trouve  en  position 
de  payer  les  journees,  elle  Texige ;  raaisdans  ce  cas,  vous  n'avez 
pas  paru  :  moi  seal  ai  et^  mis  en  avant. 

J'ai  pay^  jusqu'ici  a  Charenton;  je  ne  le  veux  plus.  Voici  ce 
que  je  r^pondrai  a  radministration,  si  elle  veut  me  relancer,  et 
tout  sera  dit, 


La  famille  legale,  ce  sont  les  ascendants  ou  descen- 
dants du  malade;  les  collat6raux  ne  doivent  rien,^t  le 
docteur  Pelletan  devgiit  le  savoir  mieux  que  personne. 
Mais  en  recherchant  ma  famille  legale,  on  aurait  trouv6 
ma  famille  r^elle,  et  c'est  ce  qu'il  ne  fallait  pas,  pour 
pouvoir  me  dire  Chevalier,  de  parents  inconnus,  et  me 
faire  passer  sous  ce  nom  aux  indigentes. 

Sous  ce  rapport,  Charenton  6tait  pr6cieux,  car, 
ainsi  que  le  dit  encore  le  m^me  docteur  Pelletan,  dans 
une  note  adress^e  k  Ville-d'Avray,  et  dat6e  du  !•'  aoui 
1854,  surcharge  de  septembre  : 

Un  certificat  d'un  m^decin  connu,  constatant  T^tat  mental  de 
la  malade,  suflfit  pour  faire  mener  a  Charenton  la  personne  qu'il 
faut  soigner. 

1"  aout  (septembre)  1854. 

Et  mon  neveu  Henri  6crivait  k  son  p6re,  toujours 
sans  date,  mais  la  veille  ou  Tavant-veille  de  mon  enle- 
vement : 

Le  mieux,  a  son  id^e  (il  s'agit  du  docteur  Pelletan)'  et  quoi 
qu'on  en  decide,  s^erait  d'envoyer  Hersilie  a  Charenton,  de  payer 


l«-r 


CHAP.    Y. 


CHARENTON. 


85 


le  premier  in($is,  soit  90  fr.  S'il  ne  te  convient  pas  de  continuer 
le  paiement,  elle  serait  transport^e  d'office  k  la  Salpdtri^re)  sans 
aucune  formality  ddgradante. 

Ge  serait  done,  au  bedoin,  un  moyen  de  la  faire  entrer  a  la 
Salp^tri^re  sans  ces  formalit^s  premieres. 


Les  formalit^s  d^gradantes  sont  celles  pr^cis^ment 
qui  out  lieu  dans  le  transfer!  d'^tablissement  k  ^tablis- 
sement,  transport  en  voiture  cellulaire,  etc.,  tandis  que 
de  Chez  moi  on  m'eilit  conduite  en  fiacre  k  la  Salp^- 
tri^ve ;  mais  on  voit  assez,  par  les  lettres  que  je  viens  de 
citer,  quelles  sont  celles  de  ces  formalit^s  qu'il  impor- 
tait  k  la  famille  Rouy  d'^viter. 

A  cette  dpoque  pr^cis^ment,  radministration  de 
Charenton  se  trouvait  dans  I'embarras  k  mon  si:get, 
m'ayant  accept^e  d'une  fagon  irr^guli^re,  sans  autre 
pi§ce  que  le  certificat  du  m^decin  effectuant  le  place- 
ment, et  on  ^tait  aussi  d^sireux  de  me  dire  guerie  pour 
me  renvoyer,  qu'on  avait  6t6  press^  de  me  dire  folle 
pour  me  recevoir. 

On  me  fit  proposer  la  place  demusicienne,  si  je  vou- 
lais  accepter  un  certificat  de  gu^rison  mettant  chacun  k 
convert. 

On  disait  que  tout  avait  6t6  saisi,  vendu  chez  moi,  et 
qiie  je  n'avaisplus  rien  au  monde;  cette  d^tresse  devait 
me  rendre  de  facile  composition. 

Ne  pouvant  accepter  d'avoir  6t6  folle,  de  me  recon- 
naitre  guerie,  et  par  consequent  d'abandonner  toute 
poursuite;  croyant  mon  argent  et  mes  papiers  au  bu- 


.     '        ^  *  -  /  ■ 


86  MEMOIRES   D'UNE  ALIENEE.. 

reau;  sachant  que  je  trouverais  a  la  Salp^trifere  ua 
agent  sp6cialeinent  charge  des  affaires  desinalades;  ayant 

» 

pris  d'autre  part  )a  pr^cautron  d^  cacher  une  somme 
de  900  fr.  en  billets  de  banque  dans  une  petite  bottine 
d'^toffe  claire  qui  ne  me  quittait  pas  et  dont  j'avais  fait 
nil  sac  ^  ouvrage,  je  fas  presque  contente  de  me  voir 
transferee  dariscette  maison. 


,f 


CHAP.   VI.    —   DE   CHARENTON   A   LA  SALPfiTRIERE.        87' 


CHAPITRE  VI 

De  Charenton  k  la  Salpdtri^re.  —  La  Prefecture  de  police. 

Aiissil6t  Tordrede  mon  transfert  arriv6  a  Charenton, 
le  30  novembre,  aprfes  le  dejeiiner,  on  me  fit  descendre' 
dans  la  cour,.ou  se  trouvait  une  voiture  cellulaire  dans 
laquelle  on  me  fit  monter. 

Une  religieuse,  que  je  n'avais  vue  (Ju'une  seule  fois, 
m'a  accompagn6e  jusque-l^  et  m'a  souhait4  bon  voyage 
et  bon  courage. 

J'aurais  6te  excessivement  saisie,  si  mes  pauvres  com- 
pagnes  ne  m'avaient  pas  fait  connattre  le  vehicule  qui 
devait  me  conduire  k  la  Salp^triere. 

Depiiis  quelques  jours,  je  ne  faisais  plus  un  pas  s?ins 
avoir  mon  double  chdle  sur  mes  ^paules  et  mon  petit 
panidlr  k  mon  bras,  en  prevision  de  mon  depart. 

On  sait  que  ce  petit  panier  ne  renfermait  plus  que 
mes  papiers  d'affaires  et  les  notes  de  ce  qui  m'^tait  dfi 
poitr  lemons,  musique,  etc.  J'avais  aussi  une  petite  cor- 
beille  chinoise  dans  ce  panier.  Gette  corbeille  conte- 


88  MEMOIRES  d'UNE  ALIENEE. 

nait  quelques  bijoux  en  or  massif  et  m'avail  616  remise 
avec  le  ling^e  qu'on  m'avait  envoys  it  la  fin  de  sep- 
tembre. 

J'6tais  inqui^te  de  tout  cela,  parce  qu'on  m'avait  dit 
qu'on  prenait  absolument  tout  ce  que  les  malades 
avaient,  et  que  le  d^sorSre  6tait  extreme  dans  cette 
maison  de  sant6  du  pauvre  et  de  I'abaridonn^. 
,  En  arrivant  k  la  prefecture  de  policoj  on  m'a  intro- 
duite  dans  un  horrible  cabanon  dont  les  murs  6taient 
outrageusement  converts  d'ordures. 

A  une  certaine  hauteur  se  trouvait  une  lucarne  bar- 
dee  de  fer,  au-dessous  de  laquelle  se  dressait  un 
-enorme  tuyau  sans  couvercle,  destine  aux  usages  par- 
ticuliers. 

C'etait  naus6abond.  Le  mobilier  se  composait  de  detix 
paillasses  aussi  d^goiitantes  que  les  murs,  et  sur  ces 
paillasses  6taient  tamponn^es  deux  couvertures  de  laine 
grise. 

La  porte  de  ce  logis  n'avait  pas  de  serrure;  eUe 
se  fermait  au  moyen  de  deux  gros  verrous  places 
dehors. 

En  entrant  dans  ce  repaire,  j'y  trouvai,  k  ma  grande 
surprise,  M">«  R...,  une  gentille  petite  femme  qui 
avail  6t6  ma  compagne  k  Gharenton  pendaiit  un  mois, 
et  qui  s'y  6tait  prise  d'une  sorte  d'adoration  pour 
moi. 

Aussitdt  qu'elle  me  vit,  elle  s'exclama,  s'indigna, 
comprenant  fort  bien,  a  son  avis,  qu'on  piit  la  conduire 


CHAP.   VI.   —  DE   CHAR^NTON   A   LA  SALPfiTRIERE.        89 

a  la  Salp^tri^re,  mais  moil  ii\oi  I!  Et  a  ceite  id^e,  la 
pauvre  petite  fpndit  en  larmes,  tant  la  chose  lui  parut 
abominable^  inouie,  etc.,  etc.... 

Je  ne  savais  plus  que  faire  pour  la  consoler...  de 
mes  malheurs,  et  je  pris,  pour  atteindre  ce^  but,  un 
petit  air  indifF«§rent  sur  mon  sort,  qui,  je  I'assure, 
n'^tait  pas  vrai  du  tout,  car  j'avoue  que  le  cabanon 
me  faisait  voir  les '  choses  en  laid,  et  m^me  en  tr^s- 
laid. 

Cette  jeime  femme,  apres  avoir  dit  tout  ce  que  Tindi- 
gnation  pouvait  lui  sugg^rer,  finit  par  se  calmer  un  peu 
en  ne  me  voyant  pas  trop  chagrine,  et  elle  me  raconta 
que  c'6tait  la  seconde  fois  qu'elle  passait  par  la  prefec- 
ture de  police,  parce  qu'elle  6tait  pauvre,  avait  de  fre- 
quentes  rechutes;  que  sa  maladie  durait  assez  longtemps, 
et  que  son  mari  aurait  ^t^  oblige  de  payer  ou  de  faire 
des  d-marches  extr^mement  p^nibles  s*il  ne  I'avait 
plac^  pour  un  mois  k  Gharenton,  qui,  n'^tant  plus 
pay^,  la  transfi^rait  comme  indigente  k  la  SalpMri^re, 
ne  gardant  les  gens  que  tant  qu'il  y  avait  de  I'argent 
pour  eux. 

Je  ne  savais  pas  encore  comment  on  s'^tait  arrange  a 
mon  sujet ;  mais  j'avais  vu  plusieurs  personnes  k  Gha- 
renton a  qui  semblable  chose  6tait  arriv6e,  'et  qui  me 
Tavaient  racont^e,  comme  etant  un  moyen  trfes-com- 
mode  de^  se  faire  soigner  pour  rien. 

On  m'avait  bien  dit  qu^on  6tait  moins  bien  a  la 
Salp^tridre    qu'a  Gharenton  ;    que    Targenterie  6tait 


90  M^MOIRE*  D*UNE  ALIlgNfiE. 

remplac^e  par  F^taift,  mais'  aufim...  of^  ni&  payait 
ptzs ! 

II  y  avait  environ  unebeuve  que  nous^ioii^I&toutefi 
<teux,  quand' on-  nows  ame»a  uaj^  ^ilieptiqiie  fbit  m6- 
chante,  ^ce  qu'if  pwatt,  car  te  malheupelifee (Hait  souil- 

l^e  de  have,  dte  boue,  et  camisol^§e  au  cadenets Sit6t 

arriv6e,  elle  firt  prise  d^uiit  aec§s,  temfea-,  et  je  n'eus 
q«6  le  temps  de  metli»e  une  des  couvertnres  sotrs  sa 
t^te  pour  Temp^cher  de  se  la  casser  contre  le  bois  du 
lit  et  la  pierre 

A  cette  dpilepfiqiie  suocjSd^pettt  deux  idiotes  a   ne 

pas  prendre  avec  des  pincettes Le   gardfen    les 

annon^a  par  leur  nom,  tout  haut. 

Une  fois  tout  ce  persottnel  instalM,  oil  nous  apporta 
k  chacune  unejattette  iomHon...  (gras  k  en  aBumer 
un  lampion),  un  gros  niorceau  dfe  boeuf  et  un  plu^  gros 
morceau  de  pain ;  enfin,  de  quoi  ne  pas  nous  laisser 
mourir  de  faim,  j'eii  r^ponds,  le  tout  dans  des  6cuelles 
de  bois,  avec  des  cnilTeres  pareill'es. 

Je  fis  mon  repas,  et  ma  pauvre  compagne,  sur  ma 
prifere,  suivit  mon  exemple...  Puis,  voyant  que  les 
itliotes  ne  refgardaient  que  dans  le  vague,  je  m«  mis  en 
dtevoir  de  les  faire  manger,  ce  qu'elles  firent  aussi  ma- 
chinalement  qu'elles  regardaient. 

Comme  j'^tais  occup6e  k  cette  besogne,  on  tira 
brusquement  les  verrous,  et  la  porte  s'ouvrit  toute 
grande . 

Deux  hommes  s'arr^t^rent  sur  le  seuil. 


\ 


CHAP.    VI.   —  DE  CHARENTON   A  LA   SALPfiTRlfeRE.        01 


Vxaxj  qui  seitiblail  le  chef,  paraiss»it  avoir  uAe  qua* 
rantadne  d'ann^es.  It  avail  im  exterieur  distingue,  un 
air  iateltigenty  eatendu,  UenraHant  et  s^ere  k  k  fois; 
Tautr^  ^tait  xxrt  magaifique  jeune  homme  aux  che- 
veux  cMtains,  qui  regardaitpar  dessus  T^paule  descm- 
ebef. 

—  Que  fattes-Yous  done?  me  <Kt-il,  ass^  sturpris 
de  me  voir  avec  la  cuUI^re  de  bois  k  la  main. 

-^  Vou9  le  voyez,  je  ftfe  manger  Fune,  et  je  t^he  de 
consoler  Tautre.  A  quoi  bon  se  desoler  qtiand  on  Be 
pent  changer  son  sort? 

—  II  paratt  que  vous  6tes  philosophe.  Quel  est  votre 
nom? 

—  Hersilie  Rouy. 

D  regarda  une  liasse  de  papiers  qu'il  tenait  k  la 
main,  fit :  c.  Oh !  oh  I  >  et  referma  brusquement  ces 
papiers. 

Puis,  s'adressant  k  ma  compagne,  il  lui  demanda  son 
nom,  et  quand  il  le  sut,  il  compulsa  de  nouveau  son 
petit  dossier  et  dit  a  son  suivant : 

c  II  n'y  a  qu'^  mettre  le  pied  sm*  la  p6dale  pour 
celle-ci ;  quant  a  Tautre  !...  »  II  fit  un  geste  qui  disait  : 
<  Ce  n'est  pas  facile.  » 

B  jeta  un  regard  autour  de  lui,  sortit,  et  k  porte  se 
referma  sur  nous. 

Quel  ^tait  le  beau  jeune  homme  qui  accompagnait 
M.  le  docteur  ?  £tait-ce  un  6teve  de  ce  grand  maitre  de 
la  science,  ou  par  hasard  le  commissaire  de  police 


/ 


< 


92  M^MOIRES  D'UNE  ALIENEE. 

I  ^        -  I  II,  J    ■■  ■  ■  ■  '  _  -        ^ ■ ■ T^ 

«  I 

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dont  le  proces-^erhal  est  merdionne  dans  Varritey 
mais  dont  il  n'existe  pas  trace  ?  —  Je  le  demande  au 
lecleur,  qui  en  salt  la-dessus  tout  autant  que  moi.  — 
Toujours  est-il  que  la  visite  etait  faite,  notre  sort  d6- 
•cid6.....' 

Voici  ies  pieces  moyennant  lesquelies  je  suis  devenue 
pensionnaire  du  d^partement  de  la  Seine,  sous  la  res- 
ponsabilit^  de  son  pr^fet : 

Gertificat  du  docteur  Calmeil  appuyant  la  demdnde 
de  transfert : 

Nous,  soussign^,  etc.,  certiiions  que  W^^  Chevalier-Rouy  est 
atteinte  de  d^Iire  partiel;  qu*eUe  peut  encore  soutenir,  dans 
certains  moments,  une  conversation  a  moitie  suivie,  mais  qu'elle 
est  le  reste  du  temps  en  proie  aux  id^es  Ies  plus  fausses,  aux 
conceptions  Ies  plus  d^raisonnables ;  qu^elle  s*abandonne  aux 
actions  Ies  plus  extravagantes ;  qu*il  y  aurait  du  danger  ^I'aban- 
donner  a  Tentrainement  de  sa  folie  ;  qu'il  est  k  desirer  qu'elle 
soit  maintenue  i^^questr^e. 

11  novembre  1854. 

Signe :  Calbieil. 

Note  du  m^decin  pr^pos^  k  la  visite  des  ali^n^s. 

Paris,  30  novembre  1854. 

Je,  soussign^,  etc.,  declare  que  la  nommee  Rouy-Chevalier, 
sortant  de  Charenton,  ou  elle  est  en  traitement  depuis  septem- 
bre  1854,  est  atteinte  de  d^Ure  partiel,  actes  incoh^rents',  manque 
de  direction  dans  sa  conduite,  forme  chronique  constatee  par 
le  docteur  Calmeil,  et  reclamant  plus  long  examen. 

Signe :  Lasi&GUE. 


T?-^  ■ 


CHAP.    VI.   —  DE   CUARENTON   A   LA   SALPfiTRIERK.        93 


N'est-il  pas  effrayant  de  voir  comment  se  font  les 
certificats  qui  (incident,  cependant,  du  sort  et  de  la 
liberty  des  gens  contre  lesquels  ils  sont  dresses? 

Ainsi  done,  voil^  le  docteur  Las^gue,  qui  a  pourtant 
un  air  de  superiority,  d'inconteslable  intelligence,  de 
franchise  et  de  bienveillance  presque  joviale...  11  me 
trouve  secourant,  consolant,  nourrissant  mes  com- 
pagnes...  et  il  m'accuse  d'actes  incohirents  ! 

II  ne  m'a  vue  qu'une  minute  ou  deux,  ne  m'a  dit  que 
ce  que  j'ai  rapporl6  plus  haut,  et  ilme  condamne  sur 
la  foi  du  docteur  Calmeil,  qui  m'a  condamn^e  sur  la  foi 
d'un  m^decin  ne  m'ayant  jamais  vue,  lequel  m'a  enle- 
vee,  par  complaisance,  sur  la  foi  d'autrui ! 

II  est  vrai  que  M.  le  docteur  Lasagne  ajoute  que  mon 

etat  reclame  un  plus  long  examen Qu'on   lui 

donne  alors  k  lui-m6me  les  moyens  et  le  temps  de 
s'assurer  personnellement  de  cet  6tat,  avant  de  prendre 
sur  lui  la  responsabilit^  d'une  sequestration  aussi 
terrible,  qui  d^truit  tout  une  existence  humaine ! 

Que  signifie  son  certificat,  aprfes  tout  ?  T6moigne-t-il 
de  ce  qu'il  a  vu  lui-m^me  ? 

Non,  certesl Et  c'est  pourtant  sur  sa  signature 

que  Tarr^te  suivant  a  ^t^  pris  : 


I   94 


MEMOIRES  D  UNE  ALIENEE. 


1"    DIVISION 


PREFECTURE  DE  POLICE. 


5e  BUREAU. 


!'«  Section. 


isr«    36,0.18. 


Paris,  le  30  novetnbre  i854. 


Placement  d'oflQce. 


ALlfeNfiS. 


AMPLIATION. 


CHEVALIER- ROUY. 


Nous,  pr^fet  de  police, 

Vu  rarticle  18  de  la  loi  du  30  juin  i«38 ;  ' 
Consid^rant  que  fa  N^«  Hersvlie^Cwndlle^ 
Josephine  Chevalier-Rouy,  maiiresse  de 
pianOy  dgee  de  40  ans,  nee  a  Milan^  derrieu" 
rant  rue  de  Penthievre,  n°  i9,  sortant  de 
la  maison  de  CharerUon,  oil  elle  ne  pou- 
vait  plus  payer  la  pensiouy  est  dans  un  etat 
d^alienation  mentale  qui  compromet  Tordre 
public  ou  la  si!iret^  des  personnes,  ainsi  qu*il 
est  constat^  p^r  uu  proces-vepbal  du  com- 
missaire  de  police  de  la  section  du  Palais" 
de- Justice  y 

£t  certifi^  par  MM.  les  docteurs  Calmeil 
eiJMsegue, 
Avons  arrSt^  et  arrdtons  ce  qui  suit : 
M.  le  directeur  de  Vhospice  de  la  vieiU 
lesse  (femmee)  recevra  du  porteur  da  pre* 
sent  et  placera  dans  ledit  ^tablissement : 

Ladite  Chevalier-Rouy, 
pour  y  Stre  trait^e  de  la  xnaladie  dont  elle 
est  atteinte,  laquelle  s^est  manifestee  par 
des  actes  extrafagants. 

Le  Prefet  de  police, 
Signe :  Pietri. 

Pour  ampliation,  . 
Le  Secretaire  general, 
Signe:  (illisible). 


^ 


1 


/ 


CHAP.    VI.    —   1>EJGHARENT0N   A   LA  SM^PfiXRI^RE.        95 

Tout  ce  qui  n'est  pas  en  italiques  est  imprirn^  sur  le 
cerdficat.  L'appr^ciation  mddicale  est  tionc  ia  m^me 
pour  ious. 

Nous  restdmes  enferm^es  dans  le  cabanon  jusqu'a 
quatre  hetires.  Alors  on  nous  fit  monter  de  nouveau 
dans  la  voiture  cellulaire,  et  nous  arrivdmes,  toutes  a 
reculons,  a  la  SalpStri^re. 

J'^iais  a  bout  de  forces,  ayant  6t6  obligee  de  me  tenir 
accroupie,  les  coudes  sw  la  banquette,  parce  qu'il  m'est 
impossible  d'aller  k  reculons,  et  je  me  demande  encore 
pourquoi  on  fait  subir  cette  douleur  inutile  a  de  pauvres 
gens  qui  ne  peuvent  rien  voir,  puisqu'on  y  est  absolu- 
ment  dans  une  boite  ? . . . . 

On  nous  fit  entrer  dans  une  pi^ce  ou  etaient  deux 
individus  assis  chacun  devant  un  bureau,  et  trois  ou 
quatre  gardiennes  qui  riaient  avec  eux. 

Mffl»  R...  fut  a  peine  entr6e  qu'elle  disparut,  celui 
qui  nous  conduisait  ayant  remis  ses  papiers  en  arri- 
vant,  et  une  des  gardiennes  Tayant  reconnue. 

Ce  mot  dezifkaaide  une  explication ;  la  voici : 

H  y  a  plusieurs  seetions  et  plusieurs  m^decins  a  k 
Salp^tri^e. 

Chaque  section  est  un  asile  complet,  tout  k  fait  etran- 
ger  a  la  section  voisine. 

Chaque  m^decin  a  son  service  particulier. 

Quand  une  malade  a  ^t4  dans  un  service,  elle  rentre 
dans  ce  m^me  service,  de  droit. 

On  ne  pent  la  changer  de  section  que  sur  la  de- 


f 

\ 


96  MEMomEs  d'une  alienee. 

-    —     —  -  -  ■-■-■■-■-  ^        -  ,  I  -—     I  ..I.  ■      ■         ■ 

mande,  soil  de  la  malade,  soil  du  m^decin,  et  avec 
rautorisation  du  directeur,  sur  un  ordre  du  bureau, 
absolument  comme  si  on  la  changeait  de  d^partement 
6u  d'asile. 

L'epileptiq[ue  fut  envoy^e  je  ne  sais  ou. 

Restaient  les  deux  idiotes,  aussi  sales,  aussi  abruties 
Turie  que  Tautre. 

Grand  e.tait  I'embarras  des  employes  cbarg^  de  leur 
assigner  un  gite,  car  ilfallait  au  moins  savoir  leur  nom 
pour  les  inscrire.  Aucune  des  deux  ne  repondait  ^ 
Tappel. 

Alors  on  leur  appliqua  les  noms  au  hasard,  et  justed 
ment  on  se  trompa.  On  voulut  envoyer  Tune^  sous  le 
nom  de  I'autre. 

Le  surveillant  de  la  prefecture  de  police,  en  les  fai- 
sant  entrer  dans  le  cabanon,  les  ayant  annonc^s  a 
haute  voix,  j'avais  retenu  les  noms  et  les  figures  aux- 
quelles  ils  s'adaptaient. 

Je  m?empressai  done  de  rectifier  I'erreur  commise, 
erreur  qui,  sans  doute,  n*aurait  6te  d'aucune  impor- 
tance pour  ces  pauvres  femmes,  mais  qui  pourtant  n'en 
aurait  pas  moins  61^  une  substitution  de  personnes 
faite  officiellement,  et  aurait  pu  avoir  des  cons^uences 
graves  pour  les  families. 

II  ne  restait  plus  que  moi. 

On  prit  mes  papiers,  et  omn'inscrivit ;  puis,  en  don- 
nant  ma  carte  k  la  gardienne,  on  iui  dit  • 

-^  M"c  Chevalier,  section  Trelat. 


I  ^^  •  J 


CHAP.   VI.   —  DE   GHARENTON   A  LA   SALPfiTRlERE.        97 

Je  regardai'autour  de  moi,  sansbouger  de machaise, 
ne  me  doutant  pas  que  c'^tait  moi  qui  ^tais  M^i«  Che- 
valier. 

€Yenez-vous,  mademoiselle  Chevalier?  me  r^ 
p^ta  la  domestique. 

—  Qui  done  ?  Ce  n'est  pas  moi,  sans  doute ;  je  suis 
MW«  RouY,  et  non  Chevalier. 

—  Aliens,  bon  I  fit  le  chef  de  bureau. 

—  Venez  tout  de  mdme,  me  dit  la  fille. 

—  Allez ,  mademoiselle  Chevalier-Rguy,  me  dit 
notre  condueteur. 

—  Mais  je  ne  suis  pas  M^«  Chevalier  ;  il  y  a  erreur. 

—  Vous  expliquerez  cela  ^  M.  le  docteur  et  k  I'em- 
ploy6  qui  ira  vous  interroger ;  nous  ne  pouvons  vous 
donner  que  le  nom  sous  lequel  on  vous  am^ne,  i>  con- 
clut  le  chef  de  bureaa. 

lis  se  regard^rent  les  uns  les  autres ;  mais  M.  Cons- 
tant (le  condueteur)  leur  fit  un  signe  qui  voulait  dire  : 
a  II  y  a  quelque  chose.  :f) 

J'avais  protests,  et  comme  je  ne  pouvais  faire  plus, 
je  suivis  la  gardienne,  qui  n'eut,  bien  entendu,  rien  de 
plus  press^  que  de  raconter  les  choses. 

Comme,  au  r6sum6,  j'avais  deux  noms,  les  unes 
m'appei^rent  Chevalier,  les  autres*  Rouy,  et  depuis  ce 
moment  ces  deux  malheureux  noms,  qui  n'^taient  pas 
plus  justifies  I'un  que  Tautre  pour  Tadministration, 
furent  un  sujet  de  reclamations,  de  discussions,  de 
doute  qui  embrouilla  si  bim  tout  le  monde^  qu'on  finit 


-/' 


5S  ^  ilfiMOIRES  p'UNE  iUUIEKEE. 

,'--'■■■'■  '         "    '  ■ 

par  ne  plus  savoir  du  tout  qui  je  pouvais'  ^tre,  ni  quel 
4Uit  mon  vrai  nom. 

Ge  que  je  dis  1^  doit  certainement  paraitre  tout  a  fiait 
invraisemblable  £t  imaginaire,  car  eato  nous  dtions 
it  Paris ;  je  ne  tombais  pas  des  nues.  La  seule  chose  a 
4^e^taitde  m'iitterroger^d'aUerou  j'indiquais  prendre 
des  renseignements,  des  pireuves  et  des  t^moins..... 
Malheureusement,  U  comme  a  Charenton,  xm  ne  t4ent 
aucun  compte  de  ce  que  disent  les  recluses. 

Quinze  jours  ou  irois  semaines  apr^s  mon  arriv^,  11 
vint  bien  un  jeune  homme  medemander  c  qui  j'^t^.oi 
Je  lui  dis  que  radministrafion  avait  mes  papiers.  Je 
croyais  quails  m'avaient  suivie,  et  c'est  par  eet  employ^ 
que  j'appris  qu'ils  ^talent. restes  a  Gbarenton. 

Je  le  |H*iai  done  de  les  yaller  r6clamer. 

Le  fit'il?  Je  n'en  sais  rien.  car  je  n'entendis  plus 
parler  de  lui  du  tout,  tant  que  je  restai  dans  le  service 
du  docieur  Tr^lat. 

La  loi  (avec  laquelle  il  y  a  des  accommodemenis), 
exige  que  le  m^decin  qui  re^oit  les  malades  4  Paris, 
dans  an  ^tablissement  public  ou  priv^,  envoie  au  prefet 
de  police  son  certiOcat  immMiat  dans  les  vingt-quatre 
heures,  et  un  autre  quinze  jours  plus  lard. 

Les  ?oici  tons  les  deux  : 

CERTIFICi^T   IMM&DIAT. 

ler  decembt-e  1854. 
Je,  soussigne,  xn^ecin,  chaf  de  service  a  Tasile  de  la  Salpe-> 


^'. 


\      I 


) 


CHAP.    VI. .  —   DE   CHARENTON  A  LA  SALPfiTRlfiRE.        99 


trifere,  certifle  que  la  nommee  Chevauer-Rouy,  4g4e  de  qua- 
rante  ans,   profession  de  maitresse  de  piano,  n^e  k  Milan, 
d^partement  de  (Italia),  entree  le  30  novembre  1854,  au  traite* 
ment  des  ali^n^es, 
Est  affectee.  de  d^lire  partiel . 

Signe :  Tk^lht. 

Comme  on  le  voit,  M.  Trelat  n'a  fait  que  prendre  un 
mot,  ddlire  partiel,  sur  le  certificat  du  docteur  Cal- 
meil  pour  constater  mon  entree. 

Son  certificat  de  quinzaine  ajoute : 

Est  afifeet^e  de  d^lire  multiforme  en  voie  de  d^mence ;  en  oet 
6tat,  est  dangereuse  pour  elle-mSme  et  pour  les  autres. 

ISigne :  Tr^lat. 

Le  6  d^cembre,  M.  le  directeur  de  Charenton  avisait 
M.  le  docteur  Pelletan  de  mon  transfert  a  la  Salpe- 
trifeve,  faute  de  garantie  de  paiement. 

Enfin,  on  y  6tait  parvenu ;  c'6tait  entendu,  fini :  j'6tais 
installeei  pour  le  reste  de  ma  vie,  comme  pension- 
naire  indigente  du  departement  de  la  Seine,  dans  les 
maisons  de  Vtltat,  «  d'ou  on  ne  sortait  jamais, 
(d'aprfes  ce  que  mon  fr^re  m'avait  dit  en  4848),  ou  on 
ne  manquait  de  rien,  Tadministration  fournissant  le 
n6cessaire;  ou  nul  n'allait  vous  voir,  defense  6tant 
faite  de  p6n6trer  dans  Fint^rieur  et  de  deranger  les  ma- 
lades  quand  on  n'etait  pas  de  la  famille.  :» 


100 


M^MOIRES  D'UNE  AXIEN16E. 


CHAPITRE  VII 


Lb.  Salpdtii6re.  -^  Premiere  mise  en  Ubertd.  —  Mon  arrestation. 


Malheureuseraent,  ce  n'^tait  pas,  comme  on  I'avait 
cru,  dans  la  section  de  M.  le  docteur  Falret,  6u  je  de- 
vais  etre  si  hien  recommand^ey  que  j'avais  6t6  placee, 
M.  le  directeur  de  Charenton  ayant  omis  de  le  de- 
mander. 

M,  le  docteur^Tr^lat  n'ayant  aucun  renseignement 
sur  moi,  aucun  papier  me  concernant,  personne  ne 
venant  me  voir,  trouva  au  bout  de  trois  mois  que  je 
n'6tai8  pas  k  ma  place  chez  lui,  et  ne  pouvant  me  ren- 
voyer,  faute  de  savoir  a  qui  s'adresser,  se  d^cida  k  me 
passer  k  la  deuxi^me  section,  dite  des  Grandes  Loges, 
au  service  de  son  collogue,  M.  Metivi6,  ou  j'entrai  le 
4  mars  1855. 

D6s  le  premier  jour,  M.  le  docteur  M6tivi6,  avec 
lequel  j'eus  immMiatement  une  explication,  me  declara 
qu'on  ne  gardait  pas  aux  aU6n6s  une  personne  dans 
mon  ^tat,  et  me  dit  qu'il  allait  signer  ma  sortie. 

Je  le  priai  de  n'en  rien  faire  avant  de  m'avoir  fait 


I 


CHAP.   VII.    —   LA.  SALPeXRIERE.  401 

"■  I.  ■■■     ■■        '/'    ■■ii*ii'  ..■■^.      ■ 

rendre  les  papiers  el  Targent  que  j*avais  k  Charenton, 
et  mes  papiers  d'affaires  qu'on  m'avait  pris  et  gard6s  au 
bureau  k  mon  arriv^e  k  la  Salp^tri^re. 

M.  le  docteur  M6livi6  fut  fort  6tonn6  lorsque  je  lui 
dis  qu'il  n*y  avail  sur  mon  compte  aucun  papier  admi- 
nistralif,  aucun  r^pondanl,  ni  renseignement  officiel ;  il 
voulut  avoir  le»  coeur  net  de  celte  affaire  et  savoir  le 
nom  reel  eiVindividualite  d'une  malade  bien  ^lev^e, 
quoique  n'ayanl  ni  tenants  ni  aboutissanls. 

11  alia  done  en  parler  s6rieusement  au  bureau.  On 
lui  remit  mes  papiers  d'affaires,  que  le  bon  docteur 
m'apporta  lui-m^me  le  lendemain.  Mais  dans  quel 
6tat !  On  les  avail  fouill^s,  chiffonnes,  mis  en  d^sordre, 
au  point  de  n'y  rien  reconnaitre. 

II  me  fallut  deux  jours  pour  d6brouiller  ce  paquet  et 
montrer  a.u  docteur  6bahi  vingt-cinq  lettres  convenables 
et  intactes.  Je  les  gardai,  en  attendant  le  r^sultat  des 
d-marches  de  I'employ^  de  radminislration. 

Elles  furent  loin  d'etre  satisfaisantes. 

On  lui  r^pondit  a  Gharenton  que  je  n'avais  de  Var- 
gentj  des  papiers  civils  et  de  famille  que  dans  mon 
imagination  malade;  que  je  ne  pouvais  savoir  qui 
j'^tais^  puisque  nul  ne  le  savait,  radminislration  elle- 
mSme  n'ayant  aucune  pi^ce,  el  le  docteur  Pelletan, 
baron  de  Kinkelin,  ne  m'ayant  plac6e  a  ses  frais  que 
parce  que  je  n'avais  ni  parents ^  ni  famille,  ni  repon- 
danty  et  que  ma  triste  postilion  lui  avail  fait  pilie,  ainsi 
qu  a  plusieurs  personnes  charitables. 

6.   . 


102  MEMOIRES  D*UNE  khit^tE. 


Rien  n'et^iit  plus  d^courageant  qu'une  r^ponse  sem- 
blable. 

On  comprit  cependant  qu*&  quarante  ans,  fl  6taJt 
impossible  de  ne  pas  avoir  une  individuality  qael- 
conque  et  des  meubles,  au  moins  pour  coucher  chez 
sol. 

L'employ6  avail  pris  la  chose  k  coeur.  II  alia;  chez 
M.  Rouy,  qui  I'envoya  promener  en  lui  disant  «  qu'il 
ne  savait  ce  qu'on  lui  demandait,  ni  de  quels  papiers 
on  voulait  parler.  »  II  alia  chez  des  musiciens  qui,  fort 
6tonn^s  d'Mre  questionnes  sur  ma  filiation  et  me^ 
affaires,  s'amusferent  a  le  faire  courir  de  Fun  chez 
I'autre;  enfin  chez  le  docteurPelletan,auquel  il  dit  (pxe 
j'allais  porter  plainte  et  r^clamer  ma  sortie  que  le  doc- 
teur  M6livi6  d6sirait  signer,  le  d^faut  de  domicile 
seul  s'opposant  k  ma  mise  en  liberty. 

M.  le  docteur  Pelletan  accourut  a  la  SalpStri^re 
apr^s  Theure  de  la  visite,  s'adressa  a  M^^*  Beloeuf,  la 
surveillante  en  chef,  qui  me  Tamena  k  Tinfirmerie,  ou 
j'ilais  depuis  mon  arriv^e. 

M^®  Beloeuf,  femme  aussi  sup6rieure  que  bienfai- 
sante,  m'avait  regue  avec  la  plus  gralide  sympathie;  me 
trouvant  faible  et  6puis6e,  elle  avait  pour  moi  d'affec- 
tueuses  attentions. 

M.  le  baron  qui,  en  m'enlevant  sans  me  connaitre, 
ne  m'avait  m^me  pas  regard^e,  a  ce  qu'il  parait,  fut 
trfes-6tonn6  en  trouvant  en  moi  une  femme  du  monde 
Je  recevant  avec  dignity  et  sachant  s'exprimer  de  fagon 


CllAV.    YII.    -—   LA  *SALPfiTUlb:RE. 


103 


a  ne  lui  laisser  aucun  doute  siir  ses  intentioni^  hi  i§ur 
son  etat  mental. 

II  se  confondit  alors  en  excuses,  avoua  son  impru- 
dence  et  d^clara  a  M"®  Beloeuf  qu'il  n'^tait  jias  venu 
constater  mon  ^tat  pair  .lui-m^me.  II  s'^tait  contents 
d*6couter  les  tappoHs  de  ceux  qiii  n'6taient  renseign^s 
que  par  les  del^gu^s  des  concierges,  et,  sans  fentrer 
chez  moi,  s*6tait  6galemen{  adress6  k  ceux-ci,  afln  d'ob- 
tenir  deplus  amples  explications. 

II  deplora  ce  qu'il  appela  son  itourderiey  promit  de 
tout  r^parer,  mit  sa  bourse  k  ma  disposition,  me  pria 
de  ne  pas  porter  plainte,  d'attendre  son  retoiir,  me 
demanda  pardon,  etc. 

Je  promis  d'attendre  quelques  jours;  je  refusal  avec 
hauteur  Foffre  de  sa  bourse,  en  lui  faisant  savoir  toutes 
les  bontes  de  M"«  Beloeuf  pour  moi  et  en  lui  ddlclarant 
simplement  «  qu*en  fait  de  reparation,  je  ne  r^clamais 
rien,  que  mon  domicile  et  son  contenu.  j> 

Mon  domicile  et  son  contenu !!!... 

C'est  seulement  alors  qu'il  coniprit,  je  crois,  la 
portee  de  son  etourderiej  car  il  resta  un  moment 
silencieux  et  interdit;  puis  il  partit  en  me  tendant  la' 
main  et  en  me  promettant  de  se  hater  de  tout  arranger 
pour  le  mieux. 

Je  ne  lui  donnai  pas  la  main ;  mais  je  Tassurai  que 
j'etais  prdte  k  concilier  si  chacun  y  mettait  du  sien,  de 
fagoii  k  ce  que  je  puisse  reprendre  ma  vie  artistique, 
laborieuse  et   mondaine,   sans  faire  aucuh  scandale 


.104  MEMOIRES  D*UNE  ALIENEE. 


d'une  absence  dequelques  mois,  facilement  explicable 
'  du  moment  oii  je  rentrais  chez  moi  comme  si  je  reve- 
nais  d'un  simple  voyage. 
J'ignorais  alors  absolument    comment  les    choses 

« 

s'^taient  pass^es.  Je  ne  pouvais  croire,  malgr^  ce  qu'on 
m'avait  dit,  qu'on  avait  pu  v^dre  ce  que  je  possedais, 
sans  que  j'eusse  6t6  ni  inform^e  de  ce  fait,  ni  mSme 
interrog6e  par  personne ;  et  comme  M.  Pelletan  6vita 
de  citer  un  autre  nom  que  celui  des  concierges,  j*6tais 
persuade  qu'il  n'existait  r^ellement  qu'un  malentendu 
f^cheux,  mais  reparable. 

M.  le  baron  de  Kinkelin,  tout  au  contraire,  sachant 
que  j'^tais  complMement  d^pouill^e,  comprenait  toute 
la  gravity  de  la  situation  et  dc  la  responsabiliti  qui 
pesait  sur  lui,  car  rien  de  tout  cela  ne  serait  arrive  sans 
sa  complaisance,  sans  son  certificate  ses  conseils,  ses 
d-marches  personnelles. 

C'est  done  sur  lui,  sur  lui  seul,  que  toutle  poids  de 
cette  triste  affaire  devait  retomber. 

Ce  n'^tait  plus  pour  ^tre  agr^able  aux  autresqu'il  me 
devenait  adverse;  son  propre  int^r^t  lui  ordonnaif  de 
se  sauvegarder  avant  tout. 

II  courut  raconter  le  cas  k  M.  le  directeur  de  I'assis- 
tance  publique,  lui  faire  comprendre  TafTreux  scandale 
qui  r^sulterait  d'une  reclamation  de  ce  genre,  faite 
centre  Tadministration,  centre  des  personnages  aussi 
'connus  que  les  m^decins  qui  m'avaient  gard^e,  que 
M.  Rouy,  qui  Tavait  charge  de  me  placer  k  Gbarenton. 


I-' 


CHAP.   VII.    —   LA   SALP£tRl£RE.  105 

"  I  ■     <  ■!  ■  .  Il.l  II.,  I  ».. I  I      I  I  ■■  I. 

^ 

M.Je  directeur,  6pouvant6,  d6fendit  a  son  commis  de 
s'occuper  de  moi,  en  parla  k  M.  Basse,  alors  directeur 
a  la  Salpetri^re.  II  fut  entendu  que,  si  je  sortais  de  U, 
j'en  sortirais  avec  un  certificat  de  guerisouj  sous  la 
seule  responsahilite  du  mSdecin,  sans  que  radnainis- 
tration  me  vint  en  aide  sous  aucun  pr^texte,  car  cela 
aurait  eu  Fair  de  convenir  d'un  tort. 

Le  pauvre  jeune  commis,  qui  y  avait  mis  lout  son 
zMe,  vint  me  dire  cela  lui-m^me,  n'y  comprenant  rien, 
parce  qu'il  avait  6t6  charg6  d'autres  affaires  k  peu  prfes 
pareilles  qui  s'^taient  arrang6es  du  consentement  de 
chaque  partie. 

Quelques  jours  apr^s,  on  me  fit  savoir  du  bureau  que 
la  somme  de  15  fr.  y  avait'  ete  d6pos6e  de  la  part  de 
Af«*   la  baronne  de  Kinkelin. 

m 

On  n'entendit  plus  parler  du  docteur  Pelletan,  et 
Vadministration  resta  dans  une  ignorance  d'autant  plus 
profonde  de  mon  nom  et  de  mon  identity,  qu'il  avait 
r6p6t6  ce  qu'il  avait  dit  k  Charenton,  affirm^  qu'il 
ti'avait  agi  qu'i  la  demande  de  personnes  tres-haut 
placees,  qui  me  portaient  un  vif  int6rM  et  qui  ne  vou- 
laient  pas  6tre  nomm^es;  que  je  n'avais  absolument 
aucune  ressource ;  que  ma  folie  6tait  des  plus  caract6- 
ris^es,  etc, 

Ceci  s'accordant  avec  le  desir  de  Tadminislration 
d'^touffer  cette  affaire,  on  donna  raison  au  docteur 
Pelletan,  ^t  les  bureaux  ne  s'occupferent  plus  de 
moii 


/ 


/ 


106  MEMOIRES  D'UNE  AJLI^N^E. 


Cepen(fe^fkt,  ce  qui  venait  de  se  passer  aftira  I'atten- 
tion  sur  moi. 

Le  besoin  qu'on  setnblait  avoir  de  me  faire  ispa- 
raitre,  tout  en  disant  me  porter  int6r6t ;  le  soin  qtf  oh 
meltait  k  taife  mon  identity,  h  ne  procurer,  aucun  pa- 
pier, aucun  renseignement ;  le  silence  de  radministra- 
tion  charg^e  de  ma  (utelle  ;  la  manffere  dont  j'avais  ,it6 
6lev6e;  uno  certaine  ressemblance  qu'on  me  trouvait 
avec  M>ae  la  ducbesse  de  Berry ;  le  nom  de  Chevalier, 
se  rapportant  k  celui  d'une  femme  qui,  m'avait-on 
dii,^tait  accouch6e  aux  Tuileriesle  29  septembre  1820, 
rappelferent  les  bruits  r^pandus  depuis  cette  6poque 
sur  la  naissance  du  due  de  Bordeaux  j  et  firent  dire 
queje  pourrais  Men  6tre  la  fille  dela  princesse. 

Chacun  fit  son  commentaire. 

Cela  devinf  d'autant  plus  s^rieux  <^'on  6tait  en 
pleines  n^gociations  pour  amener  li.  fusion  des  deux 
branches  des  Bourbons,  et  qu'on  savait  que  la  Salp6lri6re 
servait  souvent  d'oubliette  pour  engloatii*  des  victimes, 
sous  pr6texte  d'ali6nation  mentale. 

Je  r^clamais  mon  nom,  reparation,  justice. 

M.  le  docteur,  constern^,  me  fit  comprendre  qu'il  ne 
pouvait  me  rendre  libre  que  par  un  certificat  de  gue- 
risohy  et,  en  I'absence  de  tout  moyen  d'existence,puiS" 
que  je  n'avais  plus  rien,  m'offrit  de  rester  dans  sa  sec- 
tion, ou  on  t^cherait  de  rendre  mon  sort  le  plus^  doux 
qu'on  pourrait. 

fitait-ce  possible?  £tre  d6pouill6e  de  tout  ce  que 


r 

CHAP.    til.   —   LA.  SALP£;TRlE;itE.  107 

/ 

■  ■■■—-■.  ^  m ■— ^  ■  ■       ■■»■■■■-■.  -■■—■  ■  ■   ■  ■■^  ■    ■■    ■  <■  -         —  pi^^— ^^^^i—i^^^^— wi—i^p^ 

t  ' 

j'avais  et  accepter  ia  sequestration,  la  degradation 
mteUfictuelle,  ia  perte  de  tous  mes  droits  civils?... 
Vivre  au  milieu  de  pauvres  insens^es,  dans  le  centre  le 
plus  miserable,  leplus  ^nervant,  le  plus  effroyable.... 
alors  que^  dans  toute  la  force  de  T^e,  du  talent,  de 
rintelligence,  je  pouvais  reprendre  laa  place  avec  d'au- 
tant  plus  de  succ^s,  qu'un  scandale  pareil  devait  6inou- 
voir  la  foule,  faire  courir  it  mes  concerts,  mcttre  toute 
la  presse  en  ^moi,  me  procurer  des  dommages^int^ets 
conaid^fales? 

Non,  certes!...  Mais  que  faire? 

Le  pauvre  docteur  ne  pouvait  que  ce  qu'il  ofDrait. 
Mes  lettres  ne  partaient  pas,  et  le  chef  de  bureau 
m'avait  assure  que  la  justice,  si  elle  intervenait,  se  bor- 
nerait  k  me  Isiire  mettre  a  la  porte,  sans  s'occuper 
autrement  de  mes  affaires,  des  ennemis  qui  pour- 
raient  me  faire  enfermer  de  nouveau,  ni  de  savoir  o^ 
i'irais,  sans  papiers,  sans  ai^ent,  sans  domicile  et  sans 
protection. 

Les  mois  s'ecoulaient,  et  je  commensals  k  d^sesp^rer, 
tout  en  sentant  crottre  mon  indignation  et  ma  resolu- 
tion d'en  finir  par  un  coup  d'§clat. 

Sur  ces  entreMtes,  des  ouvriers  .vinrent  travailler 
dans  la  section. 

J'eus  I'id^e  de  frapper  leur  imagination  en  me  ser- 
vant du  myst^re  qui  m'entourait  et  de  la  ressemblance 
qu*on  me  >trouvait  avec  la  duchesse  de  Berry, 

J'avais  vu  tant  de  proems  de  vrais  ou  faux  Louis  XVH 


V 

I 


108  MEMOIRES   D'UNE  ALIENEE. 


impressionner  la  foule,  que  j'eus  fci  en  moi-m^me 
pour  la  remuer  a  mon  tour  et  pour  arriver,  au  moins, 
k  faire  un  peu  de  bruit. 

J'dcrivis  done  k  ces  ouvriers  en  les  priant  de  se 
charger  de  lettres  pour  la  justice,  la  prefecture  de 
police  et  quelques  joumalistes. 

Ces  lettres  disaient : 

c  Qu'une  inconnue  ^tait  arbitrairement  s^questr^e  k 
la  Salp^triere ;  qu'il  ^tait  impossible  de  se  procurer 
aucuns  papiers  la  concernant ;  que  c'etait  la  fiUe  de  la 
duchesse  de  Berry,  k  laquelle  on  avait  substitu^  un 
gargon^  etc.  » 

Les  ouvriers  connaissaient  cette  histoire.  lis  prirent 
feu.  Je  leur  remis  un  mot  pou^r  aller  chercher  quelques 
portraits  de  moi  et  des  romances  chez  un  marchand  de 
musique.  Cela  leur  donna  coniiance ;  ils  firent  ma  com- 
mission, m'^crivirent,  en  parlfereht,  vinrent  me  saluer 
k  Finfirraerie  pendant  une  courte  absence  de  Tinfir- 
mi^re. 

L'effet  ne  se  fit  pas  attendre;  mais  il  fut  autre  que 
celui  que  j'en  esperais  avant  ces  demonstrations  inat- 
tendues. 

Les  visites  farent  interdites ;  on  me  d6clara  archi- 
folle;  et,  au  lieu  de  me  rendre  les  papiers,  les  effets, 
Fargent  que  j'avais  a  Charenton...  comme  tout  cela 
avait  cause  un  assez  grand  mouvement,  on  me  mit  en 
cellule,  ainsi  que  les  malades  qui  me  servaientj  afin 
de  couper  court  k  tout  rapport  ext^rieur. 


I 

I 


GIIAP.    VII.   —   LA   SALP^TRIKRK.  109 

■       11  ■   .        ■  ■        I  I  I  ^^mmm^mmmmmm  in  ■■  i    I 

/ 

L'ouvrag;e  des  ouvriers  fut  interrompu.  Aucune  sorte 
de  papier  ne  put  plus  p^n^trer  dans  la  section.  On 
fouillait  les  malades,  le  service,  Jusqu'aux  parents  des 
malades.  On  enlevait  le  papier  qui  recouvrait  le  cho- 
colat....,  etc. 

G'^tait  un  veritable  6tat  de  si^e. 

Mais  ces  mesures  rigoureuses  ne  firent  qu'aggraver 
les  choses^     \ 

La  section  fut  de  plus  en  plus  agit^e.  Le  quartier 
des  fr^n^tiques,  ou  on  m'avait  plac^e,  n'^tait  s6par^  du 
quartier  g6n^ral  qu^  par  une  grille  donnant  sur  une 
grande  allee  ou  on  ne  se  promenait  jamais,  les  folles 
furieuses  faisant  peuretpiti6.  Mais  d^sque  jefus  U,  les 
malades  s*y  pr6cipitferent,  surtout  aux  heures  de  r^cr^a- 
tion ;  toute  la  largeur  de  la  grille  fut  obstru^e  par  des 
femmes  m'appelant,  voulant  au  moins  m'apercevoir  a 
travers  les  barreaux  de  ma  cellule.  On  employait  les 
imib^iles,  qui  trouvaient  assez  d'esprit  pour  faire  la 
commission,  k  me  porter  des  fruits,  des  douceurs,  et 
mdme  du  papier  et  des  billets  ecrits  au  crayon,  pen- 
dant que  les  gardiennes  mangeaient  ou  avaient  le  dos 
tourn^.    Ces  malheureuses    femmes  6taient  sur    les 
dents.    Jamais    encore  chose  pareille  ne   leur  ^tait 
arriv6e,  et,  ne  sachant  plus  que  faire  pour  Eloigner  la 
foule  encombrant  la  grille,  elles  montaient  la  garde 
avec  leur  balai  de  bouleau  sur  T^paule,  de  fa^on  k  en 
presenter  la  verge  k  la  figure  de  celle  qui  avangait  la 
t^te.  Cela  aurait  fait  rire,  si  cette  sequestration  n'avait 

7 


110  MEMO^RES  D'UNE  ALIEN^IE. 

I 
■  ■■  ■  4  ■     ■     .1  ■■  ■  ■■  ■  ■  ■    ■  ^ 

^t^  atroce  et  I'lndignation  trop  grande.  C'eat  ainai  que 
j'appris  que  le  dehors  se  remuait  et  qu'on  voulait  m'en- 
lever  la  nuit  par  la  buanderie.  J'6tais  d^ol^.  Ge  n'^tait 
pas  eo  cachette  et  par  force  qua  la  liberty  pouvait 
m'Mre  rendue. 

M.  le  docteur  M^tivi6  etait  parti  en  vacaneea  afni^s 
avoir  donn^  ses  ordres.  Voila  cemment  il  troava  les 
t^tes  mont^es  k  son  retour.  H  comprit  qu'il  ne  pottvait 
plus  me  garder  et  me  signifia  que  ma  pbee  dtsdt  a 
Cayenne^  mais  non  dans  un  a&ile  d'ali6nas«  Puisque 
j'avais  des  gens  prenant  fajt  et  cause  pour  joaoi  k  Paris, 
je  n'avais  qu'i  alle^  les  trouv^.  Sur  c^  il  signa  naa 
sortie  dans  les  termes  suivants : 

11  octobre  1855. 

Je,  soussigne,  chef  de  service  de  service  de  Tasile  de  la  Salpd- 
tri6re,  certifle  que  la  nommSe  Ghevali6r'Rouy,  &g^e  de quarante 
anfl,  profefistoft  de  maitresse  de  piano,  n^  a  Miian  (Italie),  en- 
tree le  30  novembre  1854  au  traitemexit  des  alien^s,  est  caime, 
r^guli^re,  peut  travailler,  et  que,  quoiqu'elle  conserve  encore 
quelques  sdieirations,  j'esUme  qu'eUe  pent  sortir  de  Tasile  pour 
essai. 

Signe:  MiTivit. 

L'arr^t6  du  pr^fet  de  police,  pris  en  vertu  de  cet 
strange  certificat,  disait : 

M.  le  directeur  de  Fhospice  de  la  Vieillesse  (femmes)  laissera 
immediatenaent  sortir  ladite  Ghevalier-Rouy,  et  nous  informera 
dujour  ou  eette  sortie  aura  lieu. 

Le  Pr^fet  de  police  :  Sig^ie :  Piiim. 


CHAP.    VU.    '—   LA  SAtFi^MtlRE.  ,  ill 

-   -  -  ^  ■     ■         ^      I  — 

Cest  le  19  octebre  que  Tarr^U  du  pr^Iet  de  poHee 
fat  es?oy^,  bien  que  datd  du  11. 

D^  que  eette  pitee  indi^kensable  fut  arriv^e,  on 
ferma  les  portes  pour  emp^cher  les  malades  de  m'en* 
tourer,  et  je  sortis  de  ma  cellule  aUx  a^t^es,  eseort^ 
de  deux  suFveUlantee  qui  me  eonduisirentau  bureau,  ou 
on  devait  me  rendre  mee  bijoux  et  meg  pawners  d'af- 
faires. NL^is  il  s'y  ^leva  une  discussion.  D'abord,  il 
manquait  aux  bijeux  une  petite  eliaiae  de  Veniae  munie 
d'uii  f^rmoir  ^aill6,  et  deux  boutone  d'oMiUes  pareita 
au  fermoir ;  de  plus,  il  fallait  signer  8ur  le  regiatra  la 
r6eeption  dea  bijoux. 

—  ^g&er? 

—  Oui.     . 

-<^  Ei  quel  nom  ? 

—  Parbleu  I  le  ^tre  :  Chevalier. 

«<^  Je  ae  auis  pas  Cfaevalier  et  ne  aigpiiesai  pac  un 
£eiux. , 
-^  Vous  n*aurez  rien  eans  signer.  Voyens,  fioiasona. 


# 


Je  pris  la  plume  et  fis  ^jr^  *  Mais  ma  main  fut 

aniline  par  le  bpreaucraie,  qui  s'^ftofia  :  <  Yous  abi- 
naez  men  regiatm  S  »  me  le  ferma  au  nez  et  remit  ie 
pattier  aux  bijoux  dant  le  tiroir» 

Restaimit  mea  papieM,  eemme  je  i'ai  dit.  M.  le  doc-* 
teur  M^tivi^  me  les  avait  fait  rendre.  Depuis  I'affaire 
dea  ou^riers,  on  me  les  avait  raprta,  croyant  y  troa^r 
qaelqpe  elieae  retaitif  k  men  nom^  k  nea  idank^,  etc. 


'  / 


il2  MEMOIRES  D'UNE  ALIISN^E. 

Mais,  comme'on  le  sail,  mes  papiers  de  famille  6taient 
rest^s  k  Gharenlon.  Ceux  que  M.  le  docteur  M6tivi6 
m'avait  fait  rendre  ne  contenaient  que  des  avis  de  re- 
ception d'albums,  de  billets  de  concerts,  la  note  des 
sommes  me  restant  dues  sur  leur  placement,  etc. 

Ges  lettres-]^  ^taient  done  fort  importantes  pour  moi, 
car  elles  mettaient  de  Targent  comptant  k  ma  dispo- 
sition, donnaient  le  nom  et  I'adresse  des  personnes 
qui  s'int^ressaient  k  moi,  pouvaient  renseigner  sur  mon 
compte  et  peut-^tre  me  venir  en  aide  dans  ma  d^tresse* 

Messieurs  du  bureau  me  dirent  ne  pas  les  avoir  vues 
depuis  qu'ils  me  les  avaient  renvoy^es.  Le  docteur  M6- 
tivie,  qui  n'habitait  pas  la  Salp^tri^re,  ne  devait  venir 
que  le  lendemain  matin,  si  bien  qu'on  me  fit  monter 
dans  un  fiacre  qu'on  accompagna  jusqu'^  €  la  porte  des 
Champs,  »  et  on  la  referma  derri^re  moi... 

Voilk  exactement  comment  les  choses  se  sont  pas- 
sees  et  comment  cette  version  :  €  fille  de  la  duchesse 
de  Berry^  y>  se  trouve  d'un  bout  k  I'autre  dans  les 
rapports  et  certificats  de  MM.  les  docteurs,  inspecteurs 
g^neraux,  hauts  fonctionnaires  minist^riels,  qui,  sans 
savoir  a  quel  propos  est  venue  cette  filiation  retenr 
tissantey  en  ont  fait  leur  grand  cheval  de  bataille, 
parce  qu'e^Ze  fait  effet;  comme  moi,  de  mon  c6te, 
je  me  suis  servie  de  cette  l^gende  invraisemblable  dans 
le  m^me  but. 

J'^tais  dans  la  position  la  plus  difficile,  Je  n'avais 
plus  rien  au  monde,  pas  d'amis  :  les  pauvres  et  les 


' '    . 


'V/ 


/ 


CHAP.   VII.   —  LA  SALPfiTRlfeBE.  143 

■  ■II  ■    . .  ■      ■  .       ■  .' 

I 

fous  font  peur.  D'ailleurs,  k  cette  ^poque,  toutes  mes 
connaissances  ^talent  k  la  campagne.  Je  ne  savaia  done 
ou  aller. 

On  etait  bien  venii  k  I'appel  que  j'avais  fait  par  les 
ouvriers ;  mais  la  porte  avait  6t§  ferm6e  k  tons,  et  je  ne 
savais  qui  avait  cherch6  k  me  voir.  Je  ne  pouvais  mSme 
pas  aller  m'en  informer  a  ceux  qui  m'avaient  'servie, 
la  moindre  imprudence  pouvant  leur  faire  perdre  leur 
ouvrage,  les  cbmpromeltre  gravement,  et  moi  ne  vou- 
lant  pas,  bien  entendu,  donner  suite  k  cette  aven- 
ture. 

On  m'avait  mise  k  la  porte  dans  Taccoutrement  que 
j'avais  le  matin  du  30  novembre  1854,  lorsqu'on 
m'avait  emmen^e  de  Gharenton,  c'est-^-^ire  en  robe 
de  chambre  k  manches  ouvertes,  gamies  de  dentelles 
et  de  rubans  cerise,  t^te  nue,  en  pantouftes.  Je  n'avais 

ni  argent,  ni  domicile,  nipapiers H  Mait  six  heures 

du  soir. 

Je  me  fis  conduire  directement  k  la  prefecture  de 
police. 

J'allai,  en  arrivant,  droit  au  bureau  du  pr6fet.  II  n'y 
dtait  plus. 

Son  secretaire  m'adressa  au  chef  du  bureau  des 
ali^n^s.  C'6tait  alors  M.  Leroy. ' 

II  m'envoya  au  commissaire  de  police  du  Palais-de- 
Justice. 

Je  dSclarai  k  ce  maglstrat  que  je  sortais  de  la  Salp6- 
tri^re ;  que  je  n'avais  ni  papiers,  ni  argent,  ni  domi-  ^ 


I 


«4 


!tffiMOm«l  D*trNE  ALTJ^NftE. 


<^}e.  Je  le  pri^<  ft  t^moifi  de  ia  tetttie  dans  laquelle  cm 
m'avait  renvoy§6  eft  qui  fte  in^  petiSiettait  m^me  pas  de 
me  presenter  nuUe  part.  Je  lui  dis  que  je  me  nommg^s 
Hehsilic  tlOtJT.  Je  )Qi  dotinai  tous  les  renseYgnements 
desirables  pour  qu'il  p^t  s'mfortner  des  faits,  s'assurer 
de  mes  felations,  de  moti  nom^  de  mafamille,  et  le 
priai  de  m'accottler  TiiospitaHtS  jusqu'A  ce  qu'on  m'eUt, 
all  moins,  r^tidu  les  papi«fs^  l^s  effets  et  I'argeut  que 
j'avais  k  Charentoti  et  i  la  galp^tfi^c. 

C'cst  escoil6e  par  tr*ds  serg«^  dei  viHe,  qui  m'ont 
fait  traverser  toute  la  prefecture  de  police  sou$  leur 
garde  et  qui  oftt  6t6  fort  bietweillants  pour  moi,  que  je 
suis  arriv^e  tsans  eacombre  JUsqti'au  bureau  de  M.  le 
commissaiie,  au  PalaisMle-JttstJce. 

Quaiid  il  fut  gut  le  point  d^  iiftdiger  sou  pfocfes*' 
veAal,  le  brigadier  lui  dit  (de  lui-tn^m^  ou  par  ordre 
de  M.  Leroy  ?...): 

—  On  ne  peut  pourtant  pas  mettre  madame  ayec 
les  autres. 

Les  autreSf  c'est-4-clire  au  dep6t  de  la  prefec- 
ture de  police  ;  on  salt... .  ou  on  devine  hn.  quelle  com- 
pagnle. 

Sur  cette  observation,  M.  le  comraissaire  fedigea  la 
note  suivante  ^ 


Le  19  octobre  1855,  une  femme  disant  se  nommer  HersiUe 
Rouy,  ne  paraissant  pas  jouir  .de  ses  facult^s  mentales,  s'est 
presentee  a  mon  bureau,  en  se  disant  «  sans  asile,  sans  res- 
sources,  sans  nom.  » 


-  / 


CHAP.  VIT.    —   LA.  SALPfiTRlftRE.  115 

Apr^  hyoit  port6  le  mot  que  M.  ie  commissaire  de 
]^ice  remit  aiix  agents  qui  m'accompagnaient  dans 
deux  ou  trois  autres bureaux,  j'obtins  enfin,  gr&ce  ^la 
mention :  <  ne  paraft  pas  jouir  de  ses  facultSs^  »  la 
laveur  d*ttn  cabanon,  oii  je  pus  ^tre  seul6. 

Lelendemain,  20  octobre,  M.  Ie  docteui*  Lasfegue 
Tint  m*y  voir,  et  je  lui  dis  ma  position  avec  la  m^me 
ft^nchise  qu'au  commissaire  de  police.  H  en  parut 
toQcM  et  me  sembia  Ir^s-d^sireux  de  m*aider. ;  cepen- 
dant  les  moyens  de  le  faire  lui  manquaient. 

n  ti'y  avait  pas  d'argent  pour  me  mettre  k  la  malson 
Dubois.  Souffrante  comme  je  T^tais,  ayant  des  transpi- 
rations  qui  exigeaient  un  changement  frequent  de 
linge,  il  m'^tait  impossible  de  coucher  pendant  plu- 
sieurs  nuits,  sans  draps,  sur  une  paillasse  malpropre. 

II  monta  done  voir  au  bureau  ce  qui  pourrait  6tre 
fait  pour  me  procurer  un  gite  provisoire,  sinon  d^fi- 
nitif. 

Les  r6sultats  n^galifs  de  sa  d-marche  furent  cons- 
tats par  la  note  ci-apr&s  : 

La  nominee  HouY,  quarante-un  ans,  sartant  de  la  Salpdtriire. 
AiT^t6e  en  6tat  de  vagabondage.  —  Lettres  d61ii*anteg.  Impos- 
sibility de  trouver  un  domicile  (sortie  le  19  octobre). 

Signe:  Las^Gue. 

d  Arretee !  dit  le  docteur,  arretee  en  Hat  de  vaga^ 
bondage!  » 
JEffectivement,  si  une  femme,  dans  mon  accoutre- 


/ 


') 


116  m6moires  d'dne  auieni6e. 

-     -  -----  —  -  ^  -  -  .,■■■, 

menty  d  piad,  sans  papiers,  sans  argent,  sans  domi- 
cile/ avait  ^te  trouvee  dans  la  rue,  ne  sachant  que 
deyenir,  il  est  certain  qu'on  Taurait  arr^tee. 

Mais  loin  de  la.  J'^tais  arriv^e  en  voUure  bien 
fermee,  que  j'avais  pay6e  moi-m^me  de  mon  dernier 
argent.  J'avais  fait  personnellement  toutes  les  d-- 
marches necessaires  pour  prendre  la  prefecture  de 
police  a  temoin  de  la  malveillance  dont  I'administration 
avait  fait  preuve  envers  moi  en  me  renvoyant  dans  le 
plus  complet  d^niiment,  dans  une  tenue  impossible, 
aprfes  avoir  refus6  de  me  faire  rendre  ce  que  j'avais 
apport(§  en  entrant..,  J'avais  d6clar6  ces  faits  au  doc- 
teur,  comptant   sur   sa   bienveillance,  plagant  moi- 

m^me  mon  sort  entre  ses  mains Et  voil^  la  note 

qu'il  donnait !  • 

Ce  n'est  pas  tout ;  il  avait  ajout6  :  «  Lettres  deli- 
rantes!  » 

Assur6ment,  je  n' avals  pas  6crit  dans  le  fiacre ;  si  je 
Tavais  fait,  j'aurais  jet6  mes  lettres  a  la  poste,  et  je  ne 
les  aurais  pasport6es  k  la  prefecture.  G'est  done  d'apr^s 
celles  qu'il  a  trouv6es  au  bureau  (lettres  dont  les  ou- 
vriers  etaient  charges  au  mois  de  juiliet,.  c'est-^-dire 
troU  mois  avant  ma  sortie)  que  le  docteur  Las^gue 
certifiait  au  mois  d'octobre,  de  fagon  a  me  faire 
s^questrer  de  nouveau,  n'ayant  aucun  fait  recent  h 
citer. 

Lettres  delirantes ! Et  pourquoi  d^lirantes? 

Est-ce  que  c'est  parce  qu'elles  rappelaient  une  substi- 


V 


(JHAP.   VII.  —  LA  SALPfiTRlfiRE.  117 


tution  dont  tout  le  laonde  parlait  depuis  trente-cinq 
ans? 

Du  moment  ou  un  people  intelligent  se  fait  I'^cho 
d'nne  semblable  l^ende,  on  doit  s^attendre  k  voir, 
t6t  ou  tard,  surgir  la  femme  16gendaire,  que  cette 
femme  soi^  r^ellement  la  victime  immol^e  au  repos  de 
TEtat,  ou  une  aventuri^re  voulant  exploiter  la  cr^dulit^ 
publique.  '  ' 

Que  sont,  apr^s  tout,  ces  lettres  dont  on  se  fait  une 
arme  centre  moi?  Un  appel  h  Tautorit^  responsable, 
une  mani^re  de  lui  faire  comprendre  le  danger  (Tune 
negligence  administrative  livrant  les  ^tablissements 
publics  k  des  commentaires  compromettants  en  rece- 
lant  une  ^trangere  inconnvSj  n'ayant  pour  tout  Hat 
civil  qu'un  enregistrement  officiel  fantaisistey  sous 
deux  noms,  dont  pas  une  pi^ce  ne  constate  la  r^u- 
larit^.  , 

Qu'avais-je  done  fait  pour    ^tre  enferm6e  comme 
alienee  ? 

J'avais  eu  foi  en  Thonneur  des  fonctionnaires  char- 
g6s  de  maintenir  Tordce  et  la  paix.  Je  m'6tais  adress6e, 
dans  une  position  aussi  difficile  pour  une  femme  accou-- 
tumee  aux  convenances  et  au  respect  de  soi-m^me,  au 
commissaire  de  police,  au  m^decin,  au  lieu  d'en  appe- 

ler  aux  partis  qui  m'auraient  tendu  les  bras et  on 

m'enfermait  comme  foUe ! 

En  aurait-on  fait  plus,  si  au  lieu  d'agir  avec  tant  de 
prudence  et  de  moderation,  j'avais  6t6  courir  de  cdt6  et 

7. 


■  -  V"  I — — ■  ■  I     ■ —  -      -       .       -'■       I  -    I    -     -    --  ■     -     --■  ■■  ■■—.■■    ■- 

4'autre^  trouver  Jes  ottv*rier»9  r^lamer  desmillumB  et 
ma  royale  filiation  9 

II  est  efifrftyftnt  da  petiser^  que  la  libei^td  individuelle 
est  livree  k  la  tnerci  de  semblables  ce^tificats  en  plein 
Paris^  en  plein  XIX*  BiMe  ! 

L'arr^i6  du  pr6fet  dd  police  me  reiivoyant  k  la 
Salp^ri^re  (^iait  con^U  dans  lea  mtoee  termes  que  le 
premier  : 

'  La  demoiselle  HersiHe'Camille-Jofiephme  Chevalier-Rouyf 
^tant  dans  un  ^tat  d'ali^nation  m^ntale  qtti  compromet  Tordre 
public  oa  k  s^et^  des  personties,  aitisi  ^'il  est  C6tistat^  par  an 
prdc^verbftl  du  cofnmisjaire  ds  pQlioe  de  la^oation  du  Palais-^ 
de-^ustioet 
■  Et  certifie  par  M.  le  docteur  Lasegue^ 

Rentrerait  dans  ledit  etahlissement  pour  y  ^tre  tralt^6  dft  la 
malddid  drnit  elle  dst  atte^Ate,  kfUdll^  ft'dSt  manifest^  par  den 
aetes  extravagants. 


-«-E- 


/ 


CHAP.    VIII.   —  MA   RENTRl^E.   —  ASILE  DE   FAINS.      110 


CHAPITRE  VIII 


Mm  t^ntrH  &  ia  S«lpMriM«*  —  Pr«itti«r  traaafert  on  proYlsot. 

—  L'asile  de  Fains. 


Lorsqu'nne  folle  rentre  dans  un  asile,  Tusage  ou  les 
r^lements  veulent  qu'on  la  r^int^gre  di^ns  lo  service 
dtt  m§decia  qui  a  sign6  sa  sortie.  Gependant,  k  mon 
arriv6e,  le  bureau  m'envoya  k  RamhuteauJiaBis  on 
refusa  de  m'y  recevoir.  II  en  fut  de  rndme  aux  Incu^ 
raMes.  On  ne  voulait  de  anpi  nuUe  part.  Force  fui 
done  de  me  renvoyer  ou  j'avais  droit  d'entrer,  c'est^-fti^ 
ditne  aux  Chrtndes  Loges, 

Gela  ne  fit  pas  da  tout  Taffaire  du  docteur  M^vi^. 

C'^tait  un  bon,  faonndte  et  eKceUent  hommey  juste 
et  d^ireux  de  rendre  service,  mais  extr^mement  vif, 
petulant  et  occupy,  U  ae  m'avait  jamais  trouv^  aucun 
d^Hre ;  avant  moH  renvoi,  nous  avions  souvent  caus6 
de  spiritisitte^  de  magnetkme,  dont  lui<-mi^me  s!occu« 
pait  au  point  de  vue  scientiCque.  II  me  soutenail,  avec 
toute  la  vivacity  de  sa  bonne  nature,  quHl  ^toU  impos- 
$&ile  qu^on  m'eut  dite  folle  k  propos  de  spiritisnae, 


\ 


120  MEMOIRES  D'UNE  AUENEE. 

\  # 

—  Alors,  pourquoi? 

—  Mais  vous  n'Mes  pas  foUel  Ge  sont  des  affaires  ; 
d'ailleurs  il  n'est  pas  admissible  qu'une  famille  pos^e 
comiue  la  famille  Rouy  ait  agi  ainsi....  II  faut  une 
raison.... 

« 

Je  croyais  alors,  comme  lui,  ma  famille  abus^e  sur 
mon  compte  et  n'ayant  pris  qu'une  part  trfes-indirecte  k 
ce  qui  s'^tait  pass6.  Je  racontai  au  bon  docteur  tout  ce 
que  j  e  savais,  les  avertissements  re^us^  les  precautions 
prises,  ce  que  contenaient  mes  troispaquets  depapiers; 
enfin  je  lui  parlai  des  actes  sous  seing  priv^. 

II  comprit  1^  une  seule  chose  :  c'est  que  les  bruits 
qui  avaient  couru  sur  la  substitution  d'Henri  V  pou- 
vaient  ^tre  fond^s....  et  me  voici  devenue  fiUe  legitime 
des  rois  de  France ! 

Ce  que  c'est  que  d'etre  Chevalier,  de  parents  in- 
connus,  d'avoir  ^t^  ^levee  par  la  famille  Rouy  qui  vous 
6te  son  nom,  et  d'etre  enferm^e  dans  tin  asile  sans 
6tre  folle!  On  sait  le  parti  que  j'avais  tir^  de  cette 
iUustre  parents.  Quand  le  docteur  M^tivi^  m'avait  jet^ 
dans  la  rue,  je  lui  avals  prMit  que  je  rentrerais  k 
I'asile,  a  moins  que  je  ne  rencontrasse  des  protecteurs 
inesp^r^s  chez  les  agents  de  I'autorit^  auxquels  j'allais 
m'adresser,  et  je  lui  tenais  parole.  Partiele  vendredi, 
je  rentrais  auxgrandes  logos  le  samedi,  k  quatre  heures 
apr&s  midi. 

D^s  qu'on  me  sut  de  rietour,  les  malades  voulurent 
me  voir ;  Tagitation  fut.  e^^trfime,  On  ferma  et  on  gard^ 


»•-    ■         I 


\  • 


CHkV,    VIII.   —  MA.  RBNtREE.    —   ASII.E  DE  FAINS.      121 

/ 

■  nm  i^i— wi «ll»      >!■      11 ,  m         I       ii»    iim^-i-^m^m—^-mm^^^i^mmm^-mm^mmm-mi  i  ^•m^mmtm 

les  portes;  on  mit  en  cellule  lesplus  turbulentes;  mais 
onueput  omp^cher  le  dimanche  ce  qu'on  avait  em- 
pdch^  la  veille.  Les  malades  appel^s  au  parloir  pas- 
saient  devant  la  reception  (on  appelle  ainsi  Tendroit 
ou  couchent  les  arrivantes  et  o^  j'^tais  provisoirement) ; 
elles  entraient  •  bon  gr^,  mal  gr^,  m'apportant  des 
friandises  et  du  papier  pour  6crire. 

Ceci  n'^tait  pas  fait  pour  ^tre  agr^alile  au  docteur ; 
aussi  lorsqu'ii  arriva,  le  lundi  matin,  fut-il  furieux. 

U  ne  voulait  pas  meparler  ;  mais  comme  je  le  saluai 
amicalement,  il  ne  put  se  contenir  et  me  reprocha 
vivemient  ma  conduite,  en  me  disant  ^  qu'il  n'avait  pas 
a  s'occuper  de  savoir  si  j'^tais  Chevalier  ou  Bourbon, 
Rouy  ou  Capet ;  que  ce  n'^tait  pas  du  tout  du  ressort 
medical;  qu'il  y  avait  des  tribunaux  pour  les  questions 
civiles,  et  que  je  pouvais  bien  Mre  le  diable  en  personne, 
sans  qu'il  ait  k  s'en  occuper;  que  je  n'^tais  qu'une 
ent^^e,  voulant  tout  bouleverser;  qu'il  ne  pouvait  pluft 
contenir  sa  section  depuis  que  j'y  ^tais;  qu'il  ne  pouvait" 
pas  non  plus  me  garder  en  cellule  et  qu'il  allait  me 
mettre  de  nouveau  k  la  porte.  ]» 

—  Envoyez-moi  k  Bambuteau. 

-^  Je  ne  fais  pas  de  semblables  cadeaux  k  mes  con- 
freres. 

—  Que  voulez-vous  done  que  je  devienne?  OA  vou- 
lez-vous  que  j'aille?  Je  ne  puis  pas  rester  sur  une 
borne ! 

Allf5?;  cbw  vps  ouvriers. 


»  ^  ( 


/ 


i22  miSmoires  d'une  alienee. 

■  ■■    ■        ■  ■  ■■  ■■        I     ^  ■      I  11  I  ^   ■■1.^  ^'m-  I  m>  .     m         •     ■  — »—      n ■■i...  fc  ■■■■■.■  ■■        ■■■■*>       ■  ■■  ■  —  —  ...      ■^  ^^»      ■■■■ 

--*  Noii,  mottsieu!*  le  doctear,  non !  C'est  chet  voue 
que  j'irai. 

—  Chez  moi? 

^  Oui,  tnonsieur,  il  me  ^ut  un  r^pondafit;  66dettt, 
un  homftie  pouvant  att^ter  que  j«  KUis  UAe  vieiime  6t 
non  une  ftveuturi^re^  et  depute  huit  moi6  qu6  je  suis 
entre  vos  mains  (je  n*AVttid  6t(d  libre  qu^  Ting1>quatre 
heures),  vous  savez  k  qu6i  vous  eu  teuir,  AUfisi  bien  sur 
ma  faison  que  sui*  m^s  jh§okLknatio&iS,  que  Bur  le  mau^- 
vais  vouloir  de  radmiuistl'ation  ei  da  la  JUBtioe,  qui  ne 
s'occupe  pas  des  ali^tt^s. 

Ge  que  je  di$ais  1^  i&tait  la  ^4fit4&.  Je  sei'ai^  all^ 
d'autant  plus  Chez  le  doct^ur  M^ivi4  qu'il  4tait  k  la 
tke  d'utife  grande  taais^n  d'all^u6«  A  Ivry ;  que  c'^tait 
uti  honn^te  homme  et  qu'il  aurait  eu  pitid  de  moi,  une 
fois  que  j'aurais  ^\^  plac^e  t$oua  «a  atule  protectioii  et 
responsabilltt^. 

II  me  savait  femmeli  ^ite  ce  que  je  disaiB. 

Je  ue  pouvais  rester  au&  Grafides  Legee,  c'Mait 
certain. 

11  me  passa  d'autorit^  k  Rambuteau,  et  jtisfjifia  men 
maintien  ^  I'asile  par  la  nele  mMicale  euivante  s 

ft 

Monomanie  ambitieuse ;  se  dit  Capet,  n4e  de  la  duchesse  de 
Berry,  au  lieu  et  place  du  due  de  Bordeaux,  qui  lui  a  ^t^  subs- 
titu6  au  moment  de  sa  naissance.  —  EUe  reclame  le  h'dne  de 
FVance. 

Je  fus  re^ue  h  Ilambuteau  pat  M.  le  4oetett^  Tr61at, 


<     A     • 


\  _     ;      ■     . 

chap:   VIII.   —  MA  REN'TH^^E.    —  ASILE  DE   FAlNS.      1^ 


— r 


faisant  rint^rim  de  M.  le  docteur  Falret,  chef  d6  ce 
service,  Tami  auquel  le  docteur  Pelletatt  m'avait 
r^ommand^e. 

M.  le  docteur  Tr^lat  «ie  nfeprocha  iifia  rentr^e,  sem- 
blant  fort  6tonn6  que  j'^Uftiie  6t6  tne  plaijidre  iSi  la  pi^- 
fecture  de  police. 

Je  nepus  nd'empdchef  de  lut  f^pottdre  avec  Uue 
certaine  vivacity,  car,eti  vferU6,je  nepuis  ettcord  m'fex- 
pHquer  comment  des  hommes  s^HeiTx  pdttvateht 
trailer  une  position  comme  celle  oA  je  me  troutrais 
avec  une  semblable  l^gferet^. 

Dig  que  M.  le  docteur  Falret  fut  de  retour,  il  me 
d^clara  qu'il  ne  s'occuperait  en  aucune  fagon  de  mfes 
afFaires,  qui  tie  le  regardaient  pas ;  que  je  pouvais  en 
charger  mes  amis  et  connaissaiiceS,  et  qu'il  me  garde- 
rait  tant  que  je  ne  serais  pas  r^tJlam^d,  la  le^on  que  je 
venais  de  dourer  i  son  confrere  iui  faisant  savoir  k 
quoi  on  s*exposait  en  me  i*emettant  ett  liberty, 

J*6tais  done  posilivement  prisonnifere. 

J'6crivis  i  la  justice;  -*-  k  Charentott,  pour  avoir  mes 
papiers  et  mes  effets.  —  Personne  ne  r^pondit.  L'ad- 
minisitration  me  r6sta  ioujours  adverse,  et  les  mois 
s'6coul^rent  sane  aihener  aucun  changement. 

Je  finis  par  m'irriter  d'autant  plus  que  le  docteur 
Falret  6tait  parfaitemeht  bon  pour  moi,  me  traitalt  en 
enfant  g^t^  auquel  tout  est  permls,  et  qu'U  m*6tait 
impossible  de  Tester  fdch^e  contre  Iui,  car  ii  6tait  bien- 
faisant  et  g6n6reux  pour  tons  et  pour  toutes. 


•  r 


124  ,MEMOI|lES  D'UNE  AUJEN^E. 

»  ■ 

Je  mis  done  des  ouvriers  de  nouveau  en  mouvement. 

L'administration  donna  jdrdre  de  me  mettre  aux 
Chalets, 

C'est  le  quartier  des  a^^t^es.  —  11  est  s^par^  des 
autres  par  un  grand  mur>  douze  petits  chalets  y  tien- 
nei^t  lieu  de  cellules,  car  on  ne  garde  la  que  les 
furieuses  qu'on  est  oblige  d^isoler. 

La  section  «nti^re  fut  agitte,  et  cette  agitation  amena 
des  consequences  auxquelles  on  n'avait  pas  songe. 

Les  malades  m'aimaieilt.  G'^tait  leur  bonheur  de  me 

■ 

voir,  et  on  ^tait  oblige  de  garder  la  portje  de  la  reception 
ou  j*6tais  rest^e  depuis  ma  rentr6e,  c'est-i-dire  depuis 
dix  mois.  Quand  elles  me  surent  aux  Chalets,  «lles  se 
firent  punir  pour  y  Mre  envoy^es ;  de  cette  fagon,  la 
punition  devenait  une  recompense,  et  on  ne  pouvait  plus 
venir  k  bout  de  personne. 

II  fallut  prendre  un  parti.  Je  m'entendis  avec 
M.  Blondel,  Tinteme;  il  fit  comprendre  que  c'etait 
d'abord  un  veritable  crime  de  me  tenir  dans  un  endroit 
semblable;  ensuite  qu'on  s'y  prenait  fort  mal  en 
privant  les  malades  de  me  voir.  Le  meilleur  moyen 
de  les  calmer  etait  de  promettre  k  celles  qui  seraient 
bien  sages  de  les  laisser  venir  m'apporter  quelque 
chose  et  causer  avec  moi. 

On  essaya,  et  on  s^en  trouva  bien  imm^diatement. 

De  son  cdte,  M.  le  docteur  Falret,  que  je  ne  voulais 
plus  voir,  demanda  mon  passage  dans  une  autre  mai-^ 
son. 


CHAP.  Vin.  —  MA  RENTREE.  —  A8ILK  DE  FAINS.      1% 

■   I       ■         I  ■<      .  ■  .    II    .   » 

Tout  est  relaiif  dans  le  monde,  et  la  femme  la  plus 
ordinaire  dans  un  certain  cercle  de  soci^t^  passera 
pour  remarquable  dans  un  cercle  infi§rieur. 

Combien  plus  vif  est  ce  contraste  quand  une  femme 
bien  dev^,  accoutum^e  au  meilleur  monde,  ayant  de 
I'instruction,  un  talent  d'artiste,  tombe  par  mi  de  pau- 
vres  ins^ns^es  indigentes ! 

EUe  est  d'abord  leur  point  de  mire,  Tobjet  de  leur 
haine,  est  traits  d'aristocrate ;  puis,  si  elle  se  montre 
bienveillante,  si  une  superiority  r^elle  la  place  au- 
dessus  de  Tenvie,  elle  devient  pour  ces  esprits  faibles 
et  malades  un  dtre  sup^rieur,  ayant  pris  les  haillons, 
de  la  mis^re  pour  porter  secours  et  consolation 
aux  afflig^,  une  sorte  de  fetiche  qu*on  adorerait 
volontiers. 

Ce  r61e  m'a  6t4  d^volu  partout,  et  je  Tai  accepts.  Je 
pouvais  le  rempKr  en  arr^tant  par  ma  seule  presence 
les  actes  de  violence  auxquels  se  livrait  le  service,  trop 
souvent  grossier  et  brutal,  car  on  savait  que  je  les 
ferais  connaitre  aux  chefs.  Ceux-ci  ^taient  attires  k  moi 
par  la  superiority  ^vidente  que  j'avais  sur  mon  entou- 
rage, tenaient  compte  de  ce  que  je  leur  disais  et  me 
traitaient  avec  6gard. 

Mon  transfert  k  Fains  donna  un  exemple  de  la 
singuli^re  fascination  que  j'exer^ais  sur  les  gens  de 
condition  inf(§rieure. 

Conduite  k  la  gare  avec  plui|ieurs  autres  malades 
que  leur  depart  mettait  au   d^sespoir,  et  qu'on  avait 


126  MfiMOlRES  D'UNE  ALI^NftE. 

I  \ 

V  ' 

*™i»^»  -       I     ■        T    I II  »  11  ■■        »^^     ■»    ^»     ■■■■■■»■■  II     I       — .  ■—■  ■--^^— Pi»^^   I  1  I     ^^•^-mm^ 

camisol6aSj  ffia  presence  produisit  une  hnmense  sen* 
sation^  aussi  Men  sui*  les  sefgents  de  vitte,  qui  inaiiite* 
naient  la  fould  curieuse  se  preds^i^t  atitouf  de  nous, 
que  sur  cette  foule  elle-miSme,  qui  m'aceueillit  par  un 
murmurede  compassion. 

J'avais  la  fenue  avec  iaqueUe  j'avais  fait  man  expWi- 
tion  a  la  prefecture  de  police;  M"*«  Latour,  notre 
^imable  surveilianle,  m'avait  seulement  pr6t6  une 
fanchon  de  mousselinej  gr&ce  k  iaquelle  je  n*etais  plus 
me  nue. 

Chacun  voulait  s'approcher  de  moi,  me  parler,  tant 
la  piti6  6tait  grande. 

Malgr6  la  resolution  de  ma  nature  assex  ^ergiqiie, 
j'^tais  ^mue,  eft  ma  p^leur  naturelle  en  4tail  augments. 
Je  me  soutenais  a  peine;  il  fallut  placer  prfes  de  ttioi 
une  gardienne  qui  me  donna  le  bras. 

Les  hommes  d'^uipe  du  chen^in  de  fer  6protivferent 
la  m^me  impression,  et  tandis  que  notre  condncteur, 
M.  Pecheux,  faisait  entrer  les  malades  agit^es  dans  les 
wagons  qui  leur  avaient  ^6  reserves,  un  surveillant  en 
chef  du  chemin  de  fer  s'elan^a  si  ma  rencontre  et  me 
dit : 

—  Vous  ne  pouvez  pas  entrer  1ft,  madame ;  c'est 
trop  affreux  I  Venez ! 

II  me  conduisit  vivement  dans  un  wagon  occup6  par 
des  voyageurs;  ils  firent  un  accueil  des  plus  sympa- 
thique  k  la  pauvre  foUe  qui  attirait  en  ce  moment  tons 
les  regards. 


CHAP.   VIII-   —  MA  RENTRfiE.   —  ASI|.E  DE  FAINS.      127  < 

., . : . 1 

L^onii,  mn  gsrdieniie,  n'eutque  le  temps  de.se  pt^- 

cipiter  dans  ce  wagon  qui  allait  se  fermer Sans  sa 

promptitude,  je  croid  qii'on  m'aurftit  d^gais^  et  cach6e 
parmi  led  voyageases. 

Au  motnefnt  aix  le  convoi  allait  partir,  !es  hommes 
d'^quipd,  teiif  chef  eft  t^te,  vinrent  arec  Amotion  me 
dire  adieu,  au  revoir,  me  souhaitef  un  ban  voyage,  un 
heufeux  reftcmr;  toutee  les  mains  se  tendirent  vers 
moi. 

Je  pas^  par  la  portiere  les  deux  miennes  k  ces 
braves  gens,  qui  me  les  serrferent  tour  a  tour,  k  la 
grande  stupefaction  de  M.  P^heux  et  de  M.  Basse, 
directeur  de  la  Salp^triftre,  qui  m*avaient  perdue  de 
vue  dans  kyut*  le  mouvement  que  leur  avaient  donn6  les 
agitees. 

Je  restai^  pench^  k  la  fen6tre  taut  que  je  pus  voir 
mes  ncruveaux  amis,  auxquels  je  fis  signe  de  la  main 
pour  la  demi^re  fbis,  avant  de  regarder  L^onie,  qui  me 
dit  en  riant : 

—  II  n'y  a  pas  k  dire,  ils  y  passeront  tous,  jusqu'aux 
gendarmes! 

J'arrivai  k  Fains  toalade,  brisi^e,  et  fus  immediate- 

« 

ment  conduite  k  rinfirmerie,  ou  une  jeune  soeur  me  fit 
fftte,  oharm^e  de  liV)Uver  au  milieu  de  ce  convoi  de 
fr^tiltiques  iiiie  petite  Parisienne  lui*  r^jouissant  la 
vue. 

J'avais  quarante-deux  ans,  tous  Icts  iticonv^nients  de 
r%e  critique  aggravfe  ^£ir  les  emotions  incessantes 


128  MEMOIRES  d'UNE  ALI£n£b. 

.  '■■;...  I       >  I  I  I  I  .  ,  .1  ■  ■         I        ■  I  ■     ■■  II 

d'une  maison  de  folles;  des  sueurs  nocturnes  m'^pui- 
saient. 

J'Stais  au  lit  le  lendemain  matin,  lors  de  la  visite  de 
M.  le  docteur  Auzouy,  auquel  je  dis  mon  6tat,  le 
priant  de  me  prescrire  un  r^ime  alimentaire  fortifiant 
et  de  me  faire  donner  du  linge  pour  me  changer. 

Surpris  de  rarriv^e  comme  ali^n^e  indigente  d'une 
personne  paraissant  avoir  re^u  une  Education  dis- 
tingu^e,  il  interrogea  la  gardienne  qui  m'avait  amende. 

Cetie  fille  lui  dit  c  que  j'^tais  la  seduction  incarn^e; 
que  je  ]eur  avais  donn^  plus  de  peine  Ji  moi  seule  que 
toute  la  section ;  raconta  mes  exploits  de  la  Salp^tri^re, 
ce  qui  s'^tait  pass6  au  chemin  de  fer,  et  pr6dit  k  Fains 
tous  les  tracas  dont  Paris  avait  enfin  le  bonheur  d'etre 
d61ivr6.  » 

Le  docteur,  epouvant^,  d^clara  que  je  ne  s^duirais 
personne  k  Fains,  me  fit  enlever  tous  mes  ckarmes 
(c'^st  ainsi  qu'il  appoint  mes  efifets).  La  sup^rieure 
d^fendit  aux  jeunes  soeurs  de  m'approcher,  et  le  doc- 
teur me  dit  en  pleine  salle  : 

—  Vous  allez  ^tre  s^par^e  de  fagon  a  ne  voir  que 
M°»c  lasup^rieure  et  moi;  et  ce  n'est  pas  moi  que  vous 
s^duirez  1 

J'ai  done  6t6  mise  au  secret  le  filus  absolu  dans  une 
petite  chambre  de  pensionnaire  et  ma  fen^tre  cade- 
nass6e,  d6s  les  premiers  jours  de  mon  entree  a  Fains, 
presque  sans  interruption  jusqu'4  celui  de  ma  sortie 
de  I'asile,  c'est-^-dire  pendant  quatorze  mois. 


CHAP.   VJII.    —MA  HENTRlgE.   —  ASILE  DE  FAINS.      129 

•  ■■III       I       «     ■        1 1  1 1  ^1  [    .  I 

Huit  jours  apr^s,  cependant,  le  docteur  avail  permis 
d'ouvrir  ma  fen^tre,  m'avait  rendu  mes  effets,  cher- 
chait  k  m'^tre  agreable,  tout  en  me  tenant  strictement 
enferm^.  Mais  il  s'occupait  beaucoup  de  moi,  de  mes 
affaires....  J'^tais  sa  captive;  il  ^tait  meridional ;  j'eus 
peur....  Je  saisis  Toccasion  de  cette  p^riode  de  bieh- 
veillance  pour  lui  6crire  et  lui  demander,  dans  I'int^* 
ret  de  la  tranquillity  g^n^rale,  de  signer  ma  sortie, 
sans  chercbev  k  d^brouiller  ce  chaos.  Gette  lettre  le 
mit  hors  de  lui;  il  me  fit  aussitdt  enlever  encre  et  pa- 
pier; sa  fureur,  son  agitation  ^taient  inconcevables. 

J'eus  la  nuit  suivanteune  transpiration  si  abondante 
que  je  dus  quitter  men  linge  mouill^.  N*en  ayant  pas 
d'autre  k  ma  disposition,  je  me  couvris  de  deux  jupons, 
d'une  ^charpe  de  laine  et  d'un  chale  qu'on  m'avait 
laiss^s.  Quand  Tinfirmi^re  m'apporta  mon  d^jeiiner,  je 
lui  remis  mon  linge  hors  de  service,  qu'elle  porta  k  la 
soeur  d'ofQce  p6ur  en  avoir  de  recbange. 

Malheureusement,  la  sup6rieure,  M"»«  G...,  qui  dfes 
mon  arriv6e  m'avait  6t6  hostile  et  avait  mont^  le  doc- 
teur contre  moi,  6tait  aussi  viv6,  aussi  emport^e  que 
lui.  Yoyant  eette  fille  ma  chemise  k  la  main,  elle  cou- 
rut  dire  k  M;  Auzouy  que  j'eiais  sans  chiemise  dans 
ma  chambre,  ce  qui  lui  fit  penser  que  j^^tais  nue  et  me 
conduisais  sans  doute  scandaleusement. 

J'^tais  bien,  par  le  fiait,  sans  chemise,  tout  en 
^tant  fort  d^oemment  couverte,  et  d^jeunais  tranquiUe- 
ment,  quand  la  porte  s'ouvrit  avec  violence.  M.  le  doc- 


\ 


^ 


130    ,  M^llOIRES  B'UNE  AUtHtE. 


teur  entra  eomme  une  bombe  avec  la  {sup^rieure^  et, 
sans  rien  examiner,  la  soeur  d'office  et  deux  infirnii^res 
saut^rent  8ur  moi,  m'arrach^rent  mon  ch^le  et  mon 
trkot^  me  mirent  nue  jusqti'a  la  ceinture  devant  le 
docte.ur  et  me  garoU^entdans  la  camisole  de  force,  an 
moi»s  de  t^mps  que  je  n'en  mets  k  d^crire  cette  sctoe, 
q«ii  pouvait  me  rendre  folle  de  saisissement. 

On  s'empara  de  mes  elfets,  dee  petites  l^ottines 
d'6toffe  qu'on  m'avait  d^jk  prises  une  fois,  et  que  la 
domestique  m'avait  rendues  en  secret.  On  mit  tout  en 
pi.^ces;  on  coupa  ma  pauvre  robe  de  cbaiaibre ;  on  en 
arracba  les  garnitures  et  les  dentelles,  pouir  mel  punir, 
disaitp^Q,  de  mon  orgueil  et  de  ma.  coqueU^rie.  On  jeta 
au  feu  ce  qui  semblait  trop  beau  pour  une  indigente, 
m^me  une  petite  tabati^re  d'^caille  contenant  de  la 
poudre  de  quinquina.  Mes  bottines  eurent  le  ^m^me 
sort,  q«oique  j'eusse  imm^diatement  d^ckr^  lea  900  fr. 
qu'elles  contenaient....  Mes  900  ir.  furent  Hamb^s ! 

Le  lendemain,  a  la  visite,  je  demanddi  froidement 
du  papier  pour  ^erire  auxmdnistres.  Le  docteur,  eifray^ 
des  cons<§quences  que  pouvait  avoir  la  scene  du  13  oe- 
tobre,  courut  dire  au  directeur  que  je  voulais  le  pour- 
sufvre  en  ^  attentat  k  )a  pud^r.  >  M.  Barroux  viat  me 
voir  auflsit6t;  ii  me  parta  avec  douctur  et  b^veiilance^ 
et  me  fit  donner  ce  que  je  demandais. 

Gomme  ce  n'^tait  pas  le  docteur  Au;g(Miy  qui  avait 
port^  k  main  sur  'moi,  mais  une  retigieui^  et  deux 
servanteS)  sous  les  yeux  de  M^^  k  suj^rieure  eft  ies 


>7: 


•  _ 


CHAP.   \nu   —  SfA.  lUSNTaJSE*   r^  AMUR  DE  FAINS.      131 

-^ i 


siens ;  qa'on  VaTsiit  poiuis^  k  eette  violefice  par  de  fbux 
rapports,  je  me  bomai  k  raooater  la  sc^ne,  sans  en 
Jeter  sur  lui  toute  la  gravity. 

C^pendant,  ausftU6t  mes  lettres  parvenues  k  la  pre- 
fecture, M.  Chadenay,  pr^fet  d6  la  Meuse,  fit  aecompa^ 
gaeac  et  surveiller  lavisite  par  un  de  ses  employes.  Cela 
n'a  duri  que  irois  jours,  et  naturellemeiit,  pendant  ees 
trois  jours,  M.  le  docteur  Auzouy  a  ^6  fort  conve- 
nable. 

Qudques  jours  plus  tard,  M.  le  prefet  est  venu  lui- 
m^me  me  iToir,  et  je  kui  ai  raootite  la  se^ne  du  13  octo- 
b^,  eu  lui  montraut  que  je  n'avais  |^U9  rien  qu'ua 
jupon  et  line  petite  ^cbarpe  en  tricot  de  hiine,  ce  qui 
6tait  isisuffisduiit,  aussi  bi^i  pour  me  leter  que  pour  la 
saison  qui  s'avan^t* 

M.  le  prefel  fit  dea  obciervations,  et  le  eb41e  qui  m'ayait 
ete  arrack|§  de  dessus  les  ^paules  me  ^  rendu.  Le 
reste  fut  jug6  inutile,  puisque  je  ne  bougeais  pas  de 
ma  efaamltfe  et  pouvais,  k  la  rigueur,  rester  au  lit. 

Ge  a'est  qu'aprfes  la  visile  du  procureur  imperial' 
qu'en  me  rendit  ma  m^eureme  robe,  toute  d^ousue 
et  d<^ir^. 

Pourt^fit,  trois  jeure  avant  isa  venue,  ne  voulant  sans 
doute  pas  me  laisser  parsdtre  devant  lui  en  chemise 
dafts  moB  lit,  on  m'e&voya  un  petit  caraco.  Depuis  le 
depart  de  mes  ^ttres,  on  m^entourait  de  soins.  J'en  fus 
touchi^e;  je  cms  au  repentir,  et  lorsque  M.  le  procureur 
Impidrial  vint  pour    recevorr  ma   plainte,  je  I'aban- 


1 
/ 


/ 
132  MJ^MOIRES  D'UNE  AUENEE. 


donnai,  me  bornant  ^  lui  exposer  les  fails,  k  demander 
mon  passage  da^s.une  autre  maison  et  k  reclamer  mes 
papiers  de  Charenton. 

M.  Leroy,  le  substitute  les  fit  demander  par  lejuge 
de  paix  de  Saint-Maurice. 

On  r^pondit  k  la  justice  ce  qu'on  avait  r^pondu  a 
radministration  de  la  Seine :  qu'il  n'y  avait  rien  k  moi 
dans  cette  maison. 

Je  m'adressai  alors  k  M.  I'abb^  Rauix,  aum6nier  de 
Fains,  en  le  priant  d'^crire  lui-m^me  et  directement  a 

4 

M»ne  la  sup6rieure.  11  le  fitavec  une  grandeobligeance, 
apr^s  s'en  6lre  entendu  avec  le  directeur.  M™«  la  supe- 
rieure  lui  r^pondit,  courrier  par  courrier,  qu'elle  avait 
retrouve  les  papiers  au  secretariat^  (ou  il  est  prouv6 
qu'on  ne  les  avait  jamais  eus),  et  qu'elle  mettait  ce  fa^ 
tras,  ainsi  que  mes  effets,  k  sa  disposition,  s'il  voulait 
bien  les  envoyer  chercher  en  remboursant  7  ou  8  fr« 
qui  restaient  dus. 

Cette  l6ttre  fit  sensation.  Mais  on  ne  donna  aucune 
suite  k  cette  affaire,  parce  que  le  docteur  Auzouy,  ^tant 
all^  a  Paris,  y  regut  tout  k  point  des  offres  d'ai^ent 
faites  en  ma  faveur  par  un  pere  anonyme^  voulant 
me  procurer  un  peu  de  bien-^tre,  un  piano,  de  la  mu- 
sique,  etc. 

Exasp^r^e  par  ces  faux  renseignements  venant  du 
dehors  compliqiier  encore  le  myst^re  qui  m'entourait, 
je  refusal  ces  offres  et  r^clamai  mon  acte  de  naissance, 
en  d^laranl  ^nergiquement  que  M.  Tastronome  Charles- 


,^JJ. 


F 


CHAP.   VIII.  —  MA   RENTR6e.  —  ASILB  DE  FAINS.      133 

■   '  ■  -  I.I      .  .  ,1  ,    I    ,—    .,'■.,...     , 

Rouy,  mon  p^re,  ^^tait  mort  k  Paris  en  1848,  c'est-i- 
dire  depius  neuf  ans,  ce  que  M.  Auzouy  prit  pour  folie 
et  consigna  dans  son  rappprt  en  ces  termes  : 

«  Elle  se  prend  enfm  pour  la  pile  de  je  ne  sais  quel 
M.  Rouy !  » 

Chaque  fois  que  je  voulais  insister  sur  ce  point  et 
reclamer  ihes  papiers  civils  et  de  famille,  il  me  disait 
c:  que  je  racontais  toigours  la  m^me  chose  et  qu4l 
fallait  varier.  :» 

Je  le  fis  de  grand  coeur,  et  de  faigon  k  ce  qu'on  ne  put 
m'abcuser  d'avoir  une  id6e  fixe. 

Fottrquoi  n'aurais-je  pas  racont^  les  versions  les 
plus  contradictoires,  alors  qu'on  me  disait  folle  de  me 
croire  la  fille  de  M.  Rquy,  et  qu'on  m'imposait  un  p6re 
inconnu?  Je  fis  §clat  de  tout  ce  qui  avait  6t6  d^bit^ 
sur  mon  compte,  de  ce  qui  m'avait  ^t^  dit,  montr^, 
t^\^\6y  des  divers  noms  qui  m'avaient  ^t6  attribu^s, 
sans  oublier  celui  de  fille  de  la  duchesse  de  Berry y 
qui  depuis  raffaire  des  ouvriers  revenait  comme  un 
glas.  G'^tait  un  d^lire  complet,  d'autant  plus  dange- 
reux  et  incurable. que  je  parlais  comme  une  personne 
ayant  toute  sa  raison ,  et  parfois  m'accusais  moi- 
m^me. 

Pourquoi  ne  me  serais-je  pas  dite  criminelle,  en 
effet,  puisqu'on  me  pers6cutait  innocente,  et  qu'on 
refusait  de  s'assurer  de  mon  honorabilit^  et  de  mes 
antecedents  ?  Les  criminels  ne  sont-ils  pas  plus  pro- 
t4g6s  que  les  fous^  puisqu'on  leur  permet  de  produire 

i 


^  -1 


'    /     ■ 


134  MilMOlRES   D'UNE   ALI^^E. 


leurs  preuves,  leurs  t^moiBS  k  d^charg^e^  de  se  d6-» 
fendre,  de  se  justifierj  qu'on  leur  donae  \m  avoca*? 

Et  comment  me  traitait-ou?  Je  passai  to«t  Tblv^ 
9ans  feu  et  sems  lumiere^  n'ayant  pour  me  preserver 
du  froid  que  ma  robe  en  lambeaux  et  le  petk  caraco 
dpnt  j'ai  parl4!  Au  printemps,  on  me  mit  dans  une 
obambre  plus  grande,  situi^e  juste  au^iesfltts  du  calo- 
Fifere  de  la  cuisine,  qui  6tait  allum^  de  six  heures  du 
matin  a  six  heures  du  soir.  Gelte  chambre  dtait  de  plus 
en  plein  midi,  et  je  n'en  soriais  jams^is....  Je  ne  sais 
comment  je  n'y  suis  pas  morte. 

Tout  k  coup,  ma  porte  fiit  ouvertc,  ma  fi^^tre. 
d^chain^e,  et  jepus  me  promener  dans  le  comd<)r,  qui 
^it  ferm^  k  d^  aux  deux  extrtoiit^s. 

■  J'appris  bient6t  que  je  devais  le  bonheur  de  pouvoir 
prendre  un  peu  d'exercice  solitaire  k  Tapproche  de 
M.  I'inspecteur  g6n6ral,  le  doeteur  Ferrus,  qu'on 
redOutait  excessiveraent. 

Aussi  tout  fut-il  mis  en  ordre,  la  maison  nettoy6e 
sane  perdre  de  temps,  car  il  arrivait  souvent  inopin^- 
ment  et  dans  le  momei^  ou  on  te  croyait  dirig^  sur  un 
antre  d^partement. 

Je  me  tins  done  pour  avertie,  et  je  me  preparai  k  lui 
soumettre  ma  position. 

Mais  M.  le  doeteur  Ferrus,  qui  songeait  k  prendre  sa 
retraite,  Atait  accempagn^  de  M.  le  doeteur  Gonstans, 
nouvelkment  nomm^  inspeeteur  gdn^ral,  qui  faisait  sa 
premise  toum^  sous  f  ^gide  de  ee  grand  maftne. 


^  .  } 


nHAP.    VIII.   — .  UK  nSNTR^E.   -^   A9ILE  DE  FAINS.      135 


Bhs  qu'on  apprit  ceUe  circonstance  k  I'asile^  on 
s'arrangea  de  fagon  k  Eloigner  1e  docteur  Ferrus  du 
quirtiBr  oil  je  me  trouTais. 

M^  le  ditecteur  le  mena  voir  les  eonstructions  nau- 
Telies^  la  buanderi^y  le  jardin,  etc.,  tandis  que  M.  le 
doeteuf  Anzotiy,  s'emparant  du  docteur  Constans,  le 
pr^enaH  conto^e  moi,  toot  en  lui  parlant  de  la  inani^re 
6fXoeptiolin«He  dont  j'^tais  plae^  dans  une  chamhre  de 
pensionnairey  et  me  Tamenait,  en  riant^  dans  cette 
chainbre  dont  la  parte  ^U  grande  ouverte. 

Mes  plaintes  sur  la  rignetir  de  ma  g^uestration  pro- 
daiairent  leplus  f^cheux  eiTet,  puisqtie  ma  porte  n'^tait 
pas  ferta^e^  et  je  fus  regard^  comme  une  ingrate  et 
une  iblle  bien  orgueilleuse,  car,  au  lieu  d'etre  recon- 
naissante  envers  un  pere  qui,  tout  en  gardant  Vano^ 
nyme,  vdulait  adoucir  mon  sfort,  je  repoussais  ses 
offres  en  me  disant  <i  fille  if  on  ne  savait  quel 
M.  Rouy^  mofi  en  1848 !  » 

M.  le  docteur  Constans  fit  part  de  tout  ceci  a  M.  le 
docteur  Ferrus. 

Depuis  ce  mdment,  qui  a  d^idd  de  ses  impres- 
sions, M.  le  docteur  Constans  est  rest^  le  meilieur 
ami  de  M.  le  docteur  AU2ouy  et  m'a  toujours  ^t6 
dontraire,  ne  pouvant  se  donner  tort  en  reconnaissant 
que  son  premier  rapport  avait  6t6  fait  trop  16g^re- 
ment. 

II  va  sans  dire  que  ma  porte  fut  refermee  dfes  le  soir 
m^me. 


I 


'  136  MEMOIRES  O'UNE  ALI^N^E. 

■    « ■  ■ - .  ■  ■  ■  I.    .  I ,  ■  I.  ■    ■      ■       I  ■  ■ ' , 

M.  Chadenay  ayant  eu  son  changement,  le  baron 
Rogniat  lui  succ^da. 

M.°^^  la  baronne  Rogniat,  qui  6tait  non  seulement 
une  femme  tr^s*sup^rieure,  mais  encore  tr&s-bien£ai- 
sante,  voulut  visiter  Tasile  des  ali^n^s  et  y  arriva  un 
dimanche,  en  Tabsence  du^m^decin  et  du  directeur. 

G'est  M™«  Barroux,  la  femme  de  ce  dernier,  qui  lui 
lit  les  honneurs  de  la  maison,  lui  ouvrant  toutes  les 
portes,  meme  la  mienne. 

Mme  la  pr^fette  fut  bien  6tonn^  en  trouvant  une 
malade  enferm^e  dela.sorte  eten  me  reconnaissant 
pour  m'avoir  rencontr^e  k  Paris  chez  plusieurs  de  ses 
amies,  entre  autres  cbez  M»»e  la  comtesse  de  Rotalier  et 
chez  M™^  la  comtesse  de  Valory,  princesse  Rusti- 
celli. 

.  Elle  prit  ma  cause  k  coeur ;  quand  elle  sut  tout  ce 
que  j'avais  souffert,  tout  ce  que  j'^tais  expos^e  k  souf- 
frir,  elle  me  donna  sa  parole  de  me  sauver  en  faisant 
changer  le  m^decin.  Mais  un  m^decin  ali^niste  est 
tout-puissant  et  ne  se  change  pas  comme  cela. 

Celui-ci  s'empressa  de  la  consigner^  sous  pr^texte 
que  la  presence  de  qui  que  ce  soit  m'agitait.  Et  ma 
captivity  redevint  plus  ^troite  que  jamais. 

Le  directeur  lui-mSme  osait  k  peine  venir  me  parler. 

Excepts  lui,  la  sup6rieure  et  une  vieille  domestique, 

personne  ne  pouvait  p6n6trer  aupr^l;  de  moi  que  le 

m^decin. 

M.  Barroux,  indigne,  m'apporta  un  jour  de  Tencre 


CHAP.   VIII.    T-   MA  RENTRI^E,   —   AfilLE'DE   FAINS.      137 

^     ■""■—"■'■  I       ■■'     I  ■  ■■  .1111  »  III  ■III.  .         ■  I  ..  ,  ».        .!_  , 

/ 

et  du  papier,  me  priant  de  faire  porter  ma  plainte  plur 
tdt  sur  la  sup^rieure  que  sur  le  m^decia,  parce  que, 
faile  en  ce  sens,  elle  n'irait  qu'^  la  prefecture,  tandis 
qu'une  plainte  contre  le  docteur  allait  au  ministfere  et 
pourrait  le  mettre,  comme  directeur,  dans  une  filQheuse 
position. 

Je  n'avais  pas  k  h^^iter,  pas  a  choisir.  II  me  fallait, 
avant  tout,  conserver  un  protecteur  et  me  mettre  a 
Tabri  de  violences  qui  toutes,  je  dois  le  reconnaitre, 
provenaient  de  la  sup6rieure,  et  j'6crivis  dans  le  sens 
qu'il  m'indiquait. 

M.   le    directeur    porta  ma   lettre   au  prdfet.   On- 
demanda  le  changement  de  la  sup^rieure, 

L'ordre  de  Saint- Vincent-de-Paul  refusa  et  mena?a 
de  reprendre  ses  quatorze  soeurs,  si  on  insistait. 

Le  pr6fet  tint  bon,  et  des  soeurs  de  Saint-Charles  vin- 
rent  remplacer  celles  de  Saint-Vincent-de-Paul. 

Mais  le  docteur  Auzouy  resta  toujours  le  m^me,  se 
livrant  a  des  emportements  un  jour,  m'en  demandant 
pardon  le  lendemain.  Port^  par  son  coeur  et  ses  bons 
sentiments  k  m'^tre  bienveillant  et  secourable,  et  par 
la  terreur  que  lui  inspirait  ma  plume  a  me  tenir  cach^e 
a  tous  les  yeux,  il  m'envoyait  sa  femme  et  sa  lille,  et 
d^fendait  k  toute  creature  humaine  de  me  voir.  Desi- 
reux  de  faire  le  bien  et  faisant  le  mal,  ses  plus  cruelles 
extravagances  me  faisaient  piti^  et  me  trouvaient  pr^te 
a  lui  pardonner,  pourvu  que  je  fusse  loin  de  lui. 
Ne  pouvant  comprendre  par  quel  moyen  j'avais  6crit 

8, 


I 


138  M^MOIRES*D'rNE  AIJ^NEE. 

au  baron  Regniat,  on'poussait  les  fouilles  jt^gqu'^  em- 
porter  mes  jupons,  k  peigner  mes  cheveux  boud^s,  k 
^carter  les  bouffettes  de  mes  pantoufles,  afln  de  s'assu- 
rer  qu'un  bee  de  plume  ou  un  bout  de  crayon  n'y 
^tait  pas  cach6. 
.  Les  malades,  qui  me  voyaient  de  leur  petite  cour, 
m'avaient  prise  en  amiti^  et  avaient  eu  piti6  de  moi. 
Elles  me  donnaient  des  chiffons  de  papier,  en  les  alia- 
chant  k  un  ill  que  je  faisais\descendre  par  ma  fen6tre; 
d'autres  m'en  glissaient  sous  la  porte  en  passant  dans 
le  corridor.  Je  cpUais  ces  morceaux  ensemble ;  k  d^faut 
d'encre,  j'aVais  mon  sang,  Une  malade  nommee 
Renard,  quisortait  quelquefois,  mettait  mes  lettres  k  la 
posie.  Elle  fat  surprise,  etle  docteur  lui  fit  donner  la 
douche.  J*6tais  d^ol^  et  le  Ini  dis. 

—  Ne  vous  tourmentez  pas,  me  dit-elle;  c'^itpour 
vous :  je  ne  Tai  pas  sentie.  Avez-vous d'autres  lettres? 
Je  suis  pr^te. 

On  mit  fin  k  ce  beau  d^votiment  en  murant  ma 
fen^tre,  c'est-i-dire  qu'on  y  fit  placer  une  hoHe  en 
iois,  ne  permettant  k  la  lumifere  de  p^n^trer  que  par  le 
haut,  ne  me  laissant  apercevoir  qu'un  coin  dn  del  et 
rendant  ma  prison  imp^etrable  k  tons  )es  regards. 

Get  exc^s  de  fpr6caution  m*a  priikits^ment  amen^  des 
sauveurs. 

Des  ouvriers  qui  travaillaient  non  loin  de  ISi,  curiesox 
de  saToir  ce  qui  ^tait  si  bien  cachd  et  is^oestr^,  mon- 
t^reftt  k  r^cljell^  k  quatre  hcurcsjdii  nialm^  et^  dans 


CHAP.    VIII.  , MA  HBNTR^.   —  ASILE  DE  FAINS.      139 

^^ ■ -       ■ -  -^ ■-_  j_  ■■^-■■■n.-.  — ^i^ 

/ 

]'horreur  que  leur  causa  oette  monstrneuse  dMention, 
me  pass^rent  de  quoi    ^crire   et  firent   partir  mes 

En mAme temps  M.  Barroux,  r^vdte  daces  rigueurg, 
mais  impuissant  devant  ]'autorit6  du  docteur,  avait  ea 
la  bent*  d'en  *  pr^venit  M**  Rogtiiat  et  de  me 
ramener,  pottt  la  rendre  t^moin  de  ce  crime  strange. 
EI]e  en  fut  indign^,  en  parla  ii  son  man  et  intervint 
personnellement  pour  me  foire  obtenir  mon  change*- 
ment  de  maison  par  ordreminist^riel. 

M"'  Rouy  -^  dcrivait-ll.  1«  baron  Rogniat  au  Ministre  de 
l*ixit^rieur  -*  se  plaint  de  subir  une  double  sequestration  depuis 
que  le  m^decin  a  fait  placer  une  hotte  en  bois  qui  lui  masque 
compl^tement  la  vud;  c'est  pour  dlle  une  v^ritabl^  cause  d'eias- 
p Oration  qui,  ajout^e  aux  souvenirs  irritants  de  la  sctoe  du 
19  oGtobre  (celle  oii  ma  rob«  de  cbambre  avait  ^t^  d^chir^e),  lui 
occasionne  des  crises  nerveuses  auxquelles  elle  finira  par  sue- 
comber. 

Et  plus  tard  M.  Tailhand  appr^ciait  ainsi  le  r6Ie  du 
docteur  Atizouy  : 

Nous  avon*  trouv^  dasft  les  pieoes  du  dossier  da  miliiM^re 
le  compte-rendu  de  cette  sc&ne  ou  cat  homm«  de  Tart  a  jou^  on 
role  regrettable,  et  qui  a  laisse  dans  notre  esprit  cette  impres- 
sion que  le  m^decin  s^etait  montre  beaucoup  moins  raisonnable 
que  sa  cliente. 

Ma  hotte  fut  enlev6e.  M^^e  Rogniat  vint  me  voir  k 
dherses  reprises,  m'amena  sa  fllle  et  uiiede  ses  amies. 


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/ 


140  MEMOIKES  d'UNE  ALIENEE. 

—    '         l|  I        ■  » II  ■  ■■!  ■  ■  »  I  I     »  »■ 

/ 

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Enfin  elle  vint  elle-mSipe  m'annoncer  que  ma  demande 
m'etait  accord^e ;  que  le  noih  de  Tasile  6tait  restS  en 
blanc ;  que  le  jour  de  mon  depart  6tait  k  ma  disposi* 
tioh;  mai?  elle  m'engagea,  avec  toute  son  aimablebien- 
veillance,  k  attendre  k  Fains,  sous  sa  protection,  lechan- 
gement  du  docteur  Auzouy,  qui  avait  6t6  demand^. 

Comme  on  ne  change  pas  un  m^decin  aussi  facile*- 
ment  qu'une  malade,  je  pouvais  attendi^e  ce  ionheiir 
trop  longtemps.  Je  priai  done  M™e  la  pr6fette  de  m'en- 
voyer  au  plus  vite  a  Mar^ville,  ou  Fasile  6tait  ^galement 
tenu  par  des  soeurs  de  Saint- Charles  auxquelles  je 
serais  recommandte.  Malgr^  toute  la  reconnaissance 
qu'elle  m'inspirait,  elle  6tait  impuissante  k  me  pro- 
t6ger  centre  une  omnipotence  qui  ne  souflrait  aucun 
contrdle. 

Loipsque  le  docteur  connut  cette  decision,  il  fut 
att^r6. 

II  demanda  trois  jours  pour  me  rendre  libre,  pro- 
mettant  de  lout  arranger  de  fagon  k  me  faire  rentrer 
dans  mes  droits;  mais  I'ordre  de  mon  depart  etant 
arriv6  d^s  le  lendemain  matin,  M.  Barroux,  directeur  de 
Tasile,  remit  la  lettre  par  laquelle  M"''^  la  sup6rieure  de 
Gharenton  mettait  mes  papiers  k  la  disposition  de 
M.  Taumdnier  entre  les  mains  de  soeur  Arsine,  sup6- 
rieure  de  I'asile  de  Fains,  et  me  confla  k  elle. 

J'avais  sur  moi  quelques  lettres  que  je  voulais  mettre 
moi-mSme  k  la  poste. 

La  bonne  soeur  ne  s'en  dputait  pas ;  aussi  ^tait-elle 


CHAP.   VIII.    —  M.\  RENTRfiE.   —  A.SILE  DE  FAINS,      141 


sans  defiance  et  m'accompagna-t-elle  bien  tranquille- 
ment.  Sur  notre  chemin  se  trouvait  justement  la  bo!te 
aux  lettres.  Je  fis  semblant  d'avoir  quelque  chose  k 
arranger  k  ma  chaussure;  puis,  me  relevant  subtle- 
menty  je  jetai  mes  lettres  dans  la  boite  avant  que  la 
pauvre  soeur,  toute  surprise,  ait  eu  le  temps  de  m'ar- 
reter.  Kile  s'^cria : 

—  Que  faites-vous,  mademoiselle? 

—  N'ayez  pas  peur,  ma  ch^re  soeur ;  je  ne  fais  rien 
de  ma]. 

Nous  arrivdmes  le  soir  m6me  a  Nancy. 


MfaioiREs  d'une  alienk. 


CHAPITRE  IX 

DaazUme  traiwUrt  en  pravlnos.  —  AtOm  da  ■BrCriU*. 

M.  le  baroD  Rogniat  avait  soUicit^  de  M.  le  Mioistre 
de  I'int^rieur  moo  tntosfert,  en  le  motivant  ainsi  : 

La  demoiaelle  Herbiue  ^tant  tres-eicilie  contre  le  m^decin 
de  Vasile  de  Fains,  il  7  a  lieu  pour  la  calmer  de  la  dinger  sor 
I'aaile  de  Mar^rille. 

Le  pr^fet  de  la  Seine  terivit,  )e  28  octobre  1857,  au 
directeur  de  TAssistance  publique  : 

Par  d^Sche  du  7  courant,  M.  le  Pr^fet  de  la  Meuse  eiprime 
le  d^sir  que  fali^ofe  Chetmjer-Rodt,  ptac£e  a  I'asile  de  Fains, 
au  uoiiifAe  de  uiuri  d^partement,  soil  dirte^e  sur  celui  de 
Marevilte.  Cell?  inesure  etant  dict^  dans  I'inUr^t  de  la  ma- 
lade,]';  dotiae  mon  consentonent. 

Le  Prifet  de  la  Seine, 
Hausshahk. 

Ce9  pieces  oSicieUes  ne  m'ont  iti  communiques  que 
par  mes  rapporteurs  et  apris  ma  mise  en  libert*.  Je 


^ 


•  •• 


CBAP.    IX.   —  A61I.E   Dt   MAREVILLE.      '  143 

les  place  k  le«r  ordre  ehronologique  pour  la  dart^  de 
mon  r6cit. 

Je  ferai  Yen^rqaer  1^  que  M.  le  pr^fet  de  la  Meuse, 
n'osant  me  donner  le  neai  sous  leqtiiel  j'avais  tovjears- 
^t^  connue  k  Paris  et  ne  voulant  pas  m'en  attiibuer  ur 
autre,  me  nomme  la  demoiselle  Hee3S[<ie';  qme  le 
baroa  Haussmann  m'appelle,  selon  mon  enregistre- 
meol,  I'alito^e  Ch^voUier'-Rmcyi  et  q«ra  les  bureaux  ap- 
piiqaent  sans  k^siter  ces  d^signattons  si  direrses  k  la 
m^nie  persoiHM,  #t  sane  qu'aaeun  de  ces  fenctionoaires 
^rottve  )e  besoiii  de  saveir  au  juste  comment  je  me 
nomme  etquij^suis. 

Le  docte«r  AusBony  ne  viTaii  pas  sans  ma  pens6e.  II 
avait  trop  de  lorts  ^iverf  fiaei  pour  ne  pas  me  eraindre. 
Le  d^ir  de  me  reveir,  finqui^tade  de  me  savou*  enU^e 
1m  maifie  4i'hommes  qui,  pi!^ut*^tre,  auraient  fei  en 
mes  pareies,  troubtaieBt  sa  Tie. 

Qviasse  jottrs  aprte  mon  trassfeat  k  filar 6ville,  il  7  ttt- 
riva  porteur  #tt«^  lettre  qui  avaft  ^  adress4e  k  Tad-* 
ministration  de  Fains.  EUe  ^tait  ^videmmcsit  ^rile  par 
un  maltre  d'^riture  ou  un  4<»ivain  public  ayant  une 
tr^s-belle  main,  et  sign^  I. -P.  Francis,  rue  Laffltte. 

Le  docteur  Auzouy  accompagna  la  visite,  et  par 
consequent  tout  le  personnel  mMical  de  la  maison : 
les  docteurs  M6rier,  m^ecin  en  chef ;  L6en  Reber, 
adjoint ;  Khun,  Mine! ,  Bailie,  internes ;  les  sceurs 
Emilienne  et  Marie,  se  sent  trouv^a  t^moine  de  notre 
eitrevue. 


I 


j' 


\ 


144  .    MEMOIRES  d'UNE  ALIENEE. 

—  Gonnaissez-vous  ce  nom  et  cette  Venture  ?  me 
demanda-t-on'en  me  remettant  la  lettre. 

—  Non,  et  vous  pouvez  tous  voir,  messieurs,  que  ce 

n'est  pas  une  Venture  courante,  mais  un  modele 

Encore  un  anonyme  I 

r—  Lisez  tout  haut. 

—  Volontiers. 

M.  J. -P.  Francois,  s'adressant  a  radministration  en 
termes  fort  convenables,  lui  disait  qu'il  m'etait  comple- 
tement  stranger  et  inconnu ;  qu'il  m'avait  rencontr^e 
dans  le  monde,  y  avait  appris  k  m'estimer ;  qu'il  avait 
suivi  tous  mes  concerts  et  6tait  Tun  de  mes  plus  grands 
admirateurs ;  qu'ayant  appris  le  malheur  qui  m'avait 
frapp6e  il  d^sirait  venir  k  mon  secours,  afin  que  I'ar- 
tiste  ayant  tenu  un  rang  aussi  honorable  dans  le 
monde  ne  s'aper^ut  pas  c^e  sa  chute ;  qu'il  mettait  a  la 
disposition  de  I'administration  tout  I'argent  n^cessaire 
pour  que  j'aie  un  piano,  de  la  musique,  une  chambre, 
du  feu,  etc.,  et.sur^owtde  I'argent  de  poche  pour  satis- 
faire  toutes  mes  fantaisies. 

' —  Vous  devez   connaitre  cette  personne  ?  me  dit 
M.  Auzouy  en  reprenant  la  lettre. 

—  Non. 

—  Vous  avez  jet6  des  lettres  k  la  poste  durant  votre 
voyage ;  c'est  peut-^tre  une  r6ponse  ? 

—  Je  ne  le  crois  pas. 

—  Qui  est-ce  done  ? 

—  Je  I'ignore ;  je  suis  entouree  de  raysteres.. 


CHAP.  IX.  —  ASILE  DE  MARJSVILLE.  145 

—  Voulez- vous  accepter  les  ofifres  qu'on  vous  fait  ? 

—  Y  pensez-vous,  monsieur?  Pourquoi  tous  ces  ano- 
nymes  ?  Pourquoi  s'adresser  k  des  administrations  pu- 
bliques  sous  igi  p3eudonyme  ?  Quel  myst^re  est  cela, 
et  quel  r6ie  jouez-vous  dans  le  drame  de  ma  miserable 
vie? 

—  Vous  ref usez  alors  ? 

—  Certes  I 

Queiques  jours  apr^s,  le  bon  et  gentil  docteur  L6on 
Reber  me  fit  observer  que  j'avais  tort  de  refuser  de  si 
bonnes  choses ;  que  ce  M.  J.-P.  Francois  6tait  fort  con- 
venable ;  qu'il  .ne  demandait  rien ;  que  c'^tait  m^me 
d^Iicat  k  lui  de  taire  son  nom,  pour  ne  pas  m'imposer 
une  reconnaissance  p^nible  dans  ma  position,  et  m'en- 
gagea  k  lui  r^pondre. 

La  lettre  ne  m'^tait  pas  adress^e,  et  je  n'y  devais 
aucune  r^ponse.  Pourtant  j'6crivis  : 

€  Qu'^tant  entour^e  de  soins  et  d'^gards  par  M.  le 
directeur  et  par  MM.  les  docteurs,  je  le  remerciais 
des  offices  qu'il  avait  bien  voulu  faire  k  mon  sujet,  et 
que  je  r^servais  sa  bonne  volont^  et  sa  bienveillante 
proposition  pour  le  jour  ou  peut-6tre,  centre  mon 
esp^rance,  j'aurais  besoin  d'y  recourir.  » 

On  pr^tendit  que  ce  M.  Francois  devait  6tre  mon 
p&re,  et,  malgr^  mes  protestations,  je  fus  done... 
M'le  Francois  I 

Geci  s'6tant  pass6,  comme  tout  le  reste,  publique- 
mentydans  des  ^tablissements  publics...  s'etonnera-t-on 

9 


14B  MlfeMOIRES   D*UNE,  ALIENEE. ' 

encore  que,  dans  mon  indigtiation,  j'aie  fiignd,  pour  pro- 
tester contre  de  st^mbiables  faiU,  les  noms  de  fantaisie 
les  plus  excentriques,  dans  Fespoir  d'attirer  enfin  I'at^ 
tention  de  la  justice?  %^ 

Tbutes  les  discussions  qui  survenaient  entre  les 
administrations  et  moi  roulaient  sur  mon  nom,  sur  mon 
identity,  sur  ma  filiation  ;  et,  comme  on  le  voit,  je  ne 

manquais  pas  plus  de  p^resque  de  m^res Je  n'avais 

pas  m^me  Tembarras  du  choix,  chacun  m'en  fournis* 
sant  k  sa  guise. 

D^s  mon  arriv^e  a  Mar^ville,  mes  r^lamations  com- 
menc^rent.  Aucune  r^ponse  n*y  ^ant  faite  et  np  you*- 
lant  pas  accepter  le  p^re  Francois,  j'^crivis  k  M.  le  doc* 
teur  Emiie  Renaudin,  directeur  d^  cette  maison,  une 
lettre  sign6e  :  L'ANXfi-GHRiST. 

Aussit6t  M.  le  docteur,  accompagn^  de  M.  Tapin, 
r^conome,  arriva  prfes  de  moi. 

Tous  deux'^taient  grands,  gros,  forts. 

J'^tais  blonde,  p4le,  fr^le,  delicate,  toute  boudie..... 

—  Nous  venons  vous  prier  de  ne  pas  sign^  vos 
lettres  d'un  nom  si  effroyable. 

—  Je  ne  demande  pas  mieux  que  de  vous  dtre 
agr^able,  messieurs,  et  je  signerai  mon  nom  aussitAt 
que  j'aurai  les  papiers  m'octroyant  Ugalement  un  nom 
a  moi;  veuillez  6tre  assez  bons  pour  me  les  procurer, 
et  je  cesserai)  du  jour  ou  je  les  aurai,  de  signer  ce  joiom 
qui  vous  ^pouvante. 

—  Mais  en  attendant? 


'\  ^  .        '  ■  '  -         ^  I 


CHAP.  IX.   ^  AHILE  DE  MAftftVlLLE.  ii7 


Ea  attendant,  msBSteura,  j'aurai  la  doulenr  de 
vpus  d^phira,  et  je  aignerai !  rABU">Ghriat. 

-^Ohl  BOByiiaiia  voua  en  prions!  Voua  na  aavez 
pas  oombien  eeU  effiraie ! 

—  Dites  k  ceux  qui  ont  peur  de  veniv  me  voir,  at  on 
sera  fassuvd. 

>trr  Qui  I  maia  eaux  qui  no  voua  varront  paa  at  qui 
voFront  voire  ^If  n^iiuve  iont  eapablos  d'en  devenir  ibus 
de  teri>our. 

—  Alora,  vite,  donneinmoi  mea  papiora,  et  je  aignerai 
sacNii  nom. 

—  Je  vous  en  pria ! 

.^>-0  VoyoQa  done,  meaaieura,  c'eat  pour  rire  que  doux 
honriBiQs  oomme  voua  viennant  prist  une^  pauvre 
petite  feipmo  comn^e  moi,  qui  auia  au.  lit,  aans 
force.. » 

9-R  Pour  rire?  Noua  ^omnoa  dea  hommea  airioux, 
raapoBsablda  do  la  tranquillity  de  la  maisgn,  at  c'eat 
au  nom  de  eotte  raaponaabilitd  quo  noua  voua  lo  deinan- 
dons. 

rvp-  Maia  I  jo  aagn^  rAnt^Chriat  eommo  je  aifpcioritis 
PoLiQHimLL^ !  pour  prQteator  oontre  un  dteordro  qui 
brise  men  existence. 

-rrr  Sigaos  PotiehiAollo. 

T^  C'e^t  VQUM,  monaiaur  lo  diraoteur,  qui  mo  deman- 
dez  4f  aignar...  Poughinellb  ?  H6  bien,  aoit  I  jo  ai* 
gnerai  FoliohineUo. 

Mil,  Henaudin  et  Tapm  a^on  ailte«it  fiirt  oontenta 


i 

••I 


148  miImoibes  .  d'une  alii^nee. 

t 

x*  '      '  '  ■       I  ■■  I  '       ■  !■  ■  ^ 

d'avoir  obtenu  une  si  grande  victoire,  sans  coiyipreadre 
combien  ce  mot  de  Polichinelle,  sign6  sur  leur  demaiide, 
les  condatnnait,  alors  que  les  r^glemeats  et  la  loi 
exigent  que  Tidentit^  et  le  nom  des  personnes  enfer- 
m^es  soient  ^tablis. 

Je  fus  done  pendant  cinq  ans  M«o  Polighinelle. 
Personne  ne  me  connaissait  sous  un  autre  nom.  Les  ma- 
lades  aimaient  leur  dame  Polichinelle,  appelaient  Poli- 
chinelle  a  leur  secours,  lorsqu'elles  ^taient  menacees 
ou  qu'elles  voyaient  faire  une  mauvaise  action. 

On  sautait  par  dessus  les  palissades  pour  voir  Poli- 
chinelle.  On  criait :  «  Vive  Polichinelle  !  » 

Eh  bien !  ce  nom  de  Polichinelle,  sous  lequel  j'ai  ^te 
I'idole  de  mes  pauvres  compagnes,  je  me  suis  prise  k 
I'aimer,  et  je  me  plais  a  I'ecrire ;  car,  bien  que  je  sois 

accus^e  de  folic  vaniteusey  dHdees  de  grandeur 

ce  nom  de  marionnette,  le  plus  petit  de  tous  ceux  qui'on 
m'a  donnas,  m'a  appris  que  j'etais  aim^e  des  pauvres, 
des  afflig^es,  des  abandonn^es,  non  pas  pour  mon  nom, 
mais  pour  moi-m^me. 

Quelques  mois  apr^s  mon  arriv^e,  les  docteurs  Mi- 
rier et  L6on  Reber  furent  changes  et  remplac6s  par  les 
docteurs  Teilleux  et...  Auzouy  I 

J'6crivis  au  minis tfere  pour  demander  qu'on  m'en- 
voy^t  dans  une  autre  maison.  En  attendant,  et  pour  me 
soustraire  aux  persecutions  du  docteur  Auzouy,  le 
directeur  oblint  du  pr6fet  Tautorisation  de  modifier  Tor- 
ganisation  du  service  medical.  Au  lieu  de  laisser  les 


. » 


CHAP,   IX.  —  ASILE  DE  MAWEVILLE.  '        149 


>     I. 


deux  docteurs  s'occuper  concurremment  des  malades 
des  deux  sexes,  on  s^para  le  service,  et  le  docteur 
Auzouy  fut  charge  de  celui  des  hommes,  avec  d6fenSe 
expresse  de  pen6trer  dans  le  quartier  des  femmes. 

J'6tais  done  pr^servee  de  ce  c6t6 ;  mais  le  nom  ^e 
Poliehinelle  devait  m'6tre  fatal,  et  I'ignorance  ot  Ton 
6tait  sur  mon  6tat  civil  m'attirer  d*autres  m^prises 
cruelles,  mon  transfert  m'ayant  6l6  refus6. 

J'avais  ^t^,  d^s  mon  arriv^e,  plac^e  au  pensionnat,  et, 
quoique  indigente  ,  on  m'en  donnait  le  regime.  J'occu- 
pais  un  lit  h  rinfirmerie,  et  j'y  6tais  entour6e  de  soins 
et  de  gracieuset^s.  Mais  on  ne  me  donnait  pas  mes 
papiers. 

Au  mois  de  novembre  186Q,  en  Tabsence  du  m^decin 
des  femmes,  en  cong^,  M.  le  docteur  Renaud  du  Motey, 
m^decin  des  hommes,  faisait  Tinterim.  II  dit  aux  in- 
ternes :  «  Faites  parlir  toutes  les  lettres,  excepts  celles 
ou  on  se  plaindra  de  la  maison.  » 

line  malade  de  premi&re  classe  ayant  §t^  battue  par 
sa  bonne,  I'^crivit  k  son  mari.  ^M.  les  internes  d6chi- 
rferent  sept  fois  ses  lettres.  Elle  me  le  fit  savoir  k 
rinfirmerie  des  indigentes,  en  m'appelant  k  son  se- 
cours. 

J'^crivis  k  son  mari  et  au  procureur  imperial. 

M.  le  procureur  imperial,  selon  I'aimable  coutume 
de  ces  magistrats,  envoya  ma  lettre  k  I'administra- 
tion,  qui  la  remit  au  docteur  X...  i  son  retour.  Ce- 
lui-ci  ne  trouva  rien  de  mieux  que  de  me  declarer 


V 


150      '  MGfiMOIRBS  I>*IINE  AUfe^fijE. 

qne  y^tais  (l  fori  dax^ereuse  i  et  de  me  faire  passer 
aux  gdteusai^. 

Nous  itions  en  plebxe  discussion  sur  mes  uoms  et 
surnoms.  CSette  discussion  avail  commence  anssitdt  ma 
sequestration.  Ayant  ^t^  enferm^e  sous  pr6texte  reli- 
gieux  et  spirite,  j'avais  refos^  un  certiAcat  de  gu^rison 
que  k  sup^rieure  de  Gharenton  me  suppUait  d'aceep- 
ter.  Garrison  de  quoi  ?...  Dela  voix  de  DieUy  parlant 
k  ma  conscience  comme  a  celle  de  tons  les  hommes* 

Cast  alors  que  j'avais  d^clarS  que  je  signerais  TAnte- 
Christy  c'est-^-dire  celle  qui  crqit  en  un  ordre  de  choses 
existant  avant  le  Christ,  et  par  cons^uent  en  la  voix 
de  Dieu,  principe  fondamental  de  toutes  les  reli- 
gions; et  je  mettais  ce  nom  en  avant  quand  j'etais 
pouss^e  k  bout, 

Cette  explication  n'avait  pas  plus  ^ti  admise  k  Mar^- 
ville  q\j!k  Gharenton.  MM.  les  docteurs,  sana  a'informer 
des  raisons  qui  avaient  amen6  ce  mot^  m'ont  accusSe 
d-orgueil,  d'ambition;  on  m^a  cite  des  proph^ties, 
TApocalypsei  etc.  J'ai  fini  par  m'impatienler ;  j'ai 
tout  accepts,  et  j'ai  fait  de  cela  un  petit  volume  de 
choix  dont  on  voulut  tirer  parti  en  1868  pour  m'ac- 
cabler, 

Ges  feuilles  etaient  plac6es  dans  une  enveloppe  ca- 
chet^e  que  j'avais  mise,  avec  d'autres  petits  papiers 
moins  int^ressantSy  dans  une  malle  fermSe  k  cie  qu'on 
m'avait  donn^e  a  I'asile. 

Aprfes  m'avoir  pass^e  aux  gftteuses,  le  docteur  X... 


CHAP.   iX.  ^—   A8ILE  DS  MAKKVILLE.  151 


prit  ma  cl^,  oumt  ma  malle,  s'empara  de  mes  papiers 
et  refusa  de  me  les  rendre.  Gependant  il  ne  s'impres- 
sioanait  pas  de  mes  grands  mots;  11  riait  avec  moi 
«  des  betises  ]»  qui  faisaient  m  belle  pear  auz  auires,  et 
pfoor  lesquelles  il  trouvait  cependaut  urgent  de  me  s^^-' 
questrer. 

On  verra  dans  le  chapitre  xxi  comment  fut  res- 
pect^e  par  leis .  docteurs  eette  *  enveloppe  scellde  sur 
laquelle  j'avais  ^r it :  Secret  de  ma  confession,  lequel 
ne  relevait  pas,  il  me  semble,  de  la  m^ecine  ali^* 
niste,  , 

Je  trouve  cependaut,  dans  Touvrage  public  sur  les 
ali^n^s  par  le  docteur  Achille  Foville,  la  phrase  sui- 
vante  : 

On  a  pf^tendu  qu'ane  fois  sSquestr^s,  a  tort  ou  k  raison,  les 
aii^n^s  sont  tictimeB  de  Tarbitraire  du  m&dedn ;  que  rindiscr^- 
tioa  de  celai-ci  va  jusqu'ii  lire.leurs  lettres. 

Ges  accusations  sont,  h^las !  trop  justili^es  par  ces 
deux  faits. 

Ne  pouvant  conserver  ie  traitement  de  pensipn- 
naire,  alors  que  j'^tais  indigente,  et  faire  la  guerre  a 
oeux  dont  je  recevaLs  les  bienfaits,  je  d^clarai  ne  plus 
Youloir  rien  accepter,  et  en  sortant  des  giteuses  je 
r^clamai  imp6rieusement  mon  droit  de  rentrer  aux 
indigentes.  J'y  fus  plac^  dans  une  cfaambre  attenante 
k  I'infirmerie,  de  sorte  qu'ayant  le  regime  alimeataire 
desrm^lades,  je  ne  m'y  irouvais  pas  trop  mal,  si  tant 


/ 

/ 


I 


152  M^MOIRES  D'UNE  Ail^N^E. 

I'  ■  • I.I  ... 

est  qu'on  puisse  ne  pas  6tre  affreusement  mal  auls: 
folles. 

La  maison  fut,  un  beau  jour  de  cette  ann^e  1860, 
dans  un  tohu-bohu  g^n^ral :  on  allait,  on  venait,  on 
^tait  sens  dessus  dessous on  levait  les  bras,  on  chu- 

chotait. 

M.  le  docteur  Gerard  de  Cayeux,  inspecteur  g^n^ral 
desali6n6s  de  la  Seine,  venait  d'arr^ver  comme  une 
bombe,  sans  en  pr^venir,  et  la  maison  n'^tait  pas  en 
tenue  1  Elle  n'6tait  ni  nettoy^e  k  fond,  ni  pavoisee  I 
Eile  I  si  mont^e  sur  le  respect  dH  aux  puissances,  si 
pourvue  de  tout  ce  qu'il  fallait  pour  recevoir  avec 
pompe  les  autorit^s  la  visitant ! 

Et  encore  notez  bien  que  M.  I'inspecteur  g^n^ral 
6tait  rami  intime,  le  bras  droit,  I'oracle  de  M.  le  ba- 
ron Haussmann ;  qu'il  ^tait  le  fondateur  de  Tasile 
d'Auxerre,  cit6  comme  un  modMe ;  que  M.  le  baron 
Haussmann,  devenu  pr^fet  de  la  Seine,  avait  emmeli^ 
son  inseparable  k  Paris,  oii  il  lui  avait  confi^  la 
charge  de  Tasile  de  Sainte-Anne,  tandis  qu'il  trans- 
formait,  de  son  c6t§,  ce  vieux  Paris,  que  nul  ne  pent 
plus  reconnaltre. 

Et  on  sait  que  S.  M.  I'empereur  Napoleon  III  ne 
pouvait  vivre  sans  son  baron,  toujours  flanqu^  de  sou 
docteur. 

Et  voila  Mar6ville  pris  au  d6pourvu  ! 

Quelle  affaire  1  presque  quelle  honte ! 

Mar^ville  est  k  une  assez  grande  distance  de  Nancy, 


fit  quand  on  y  Tient,  surtout  pour  une  inspection,  on 
est  obligS  d'y  coucher.  — Oblig^!...  c'est-S-dire  qu'on 
I  i«  plaisir  d'y  couulier,  car  touty  est  organist  defa?on 
^  recevoir  princiSrement  les  yisiteurs. 

M.  le  docteur  Gerard  de  Cayeux,  connaissant  la  mai- 
SOD,  faisait-il  dedain  de  toutce  qui  n'^tait  pas  alignS, 
?^r»alier,  ou  etait-il  presse '!  Toujours  est-il  qu'on  ne  le 
,^nt  ni  dans  les  vieux  quarliers,  ni  ft  I'infirniene,  qui 
.pwirtant  valait  la  peine  d'Stre  vue.  II  fit  peut-6tre  lion- 
oeur-  de  sa  presence  aux  pensionnaires  :  je  n'en  eais 
nen.  Je  constate  simplemenl  qn'il  resta  enl'errn4  pen- 
■'«nt  trois  jours  cons&utifs  dana  la  saile  du  conseil 
if'a<iltninistration,  assis  devant  une  immense  table 
Te&oyverte  d'un  lapis  vert,  eritour6  de  MM.  les  doo- 
'leursj  des  qualre  internes,  des  surveilbnU  et  de  la 
lup^rieure. 

Cliaque  ali^n^  passait  k  son  tour ;  U  en  examinait  le 
dossier,  I'interrogeait.  II  tenait  anrtout  4  navoir  si  on 
tiAit  content  de  la  maison,  du  regime,  etc.... 

Certes,  il  y  mellait  le  temps,  car  i  la  fin  du  troi- 
^tae  jour  je  n'avais  pas  encore  6I£  appel^;  et  pour- 
WQtj'appartenaisau  d^partement  de  la  Sdoe. 

Enfin,  mon  (our  arriva.  On  m'avait  garden  pour  la 
i/ttaire.  11  ^tait  deji  tard;  M.  rioepecteur  avail 
7«W0PB  bioucoup  a  faire  et  de\*ail  partir  le  «oir 
ntae. 

~  If.  le  docteur  Kenaud  du  Motey,  m^decin  des  tiom- 
mes,  qui  n'aTait  rien  a  voir  dans  le  sernee  des  temines, 
9. 


154  MEKOUt^  D'UNfi  AiJilNISE. 

i  I    " I  -   ..  ■      .  ■    .1.        .       ■ . ■        .,  ,  .  .1  ■         ». ■    .1  ■  ■ 

n'en  vmi  pad  moins  assists  k  toutes  les  stances. 
Fatigue,  H  s'en  allait  et  ^ait  d^ja  au  bas  du  perron 
quandy  m'apercevani,  il  remonta  en  fa^te,  rentra 
dans  la  salle  pour  m'annoQcer  et  alia  reprendre  sa 
place. 

n  £tait  au  baut  de  la  table,  dont  M.  Gerard  de 
Gayeux  oceupait  le  centre,  ayant  en  face  de  lui  le  doc- 
feur  Achille  Foville,  m^decin  du  service  des  femmes, 
dont  on  compulsait  les  dossiers. 

A  mon  entree,  M.  Tinspecteur  g^n^ral  ne  parut  pas 
m'apercevoir ;  il  continna  la  lecture  qui  I'absorbait,  et 
je  restai  bien  cinq  ou  six  minutes  k  attendre  avant 
qu'il  ne  me  vit.  II  me  regarda  alors  avec  surprise, 
et  dit  en  baissant  de  nouveau  la  tdte  sur  son  manus- 
crit  : 

—  Continuez 

Gontinuer  quo!?...  Nous  attendimes  encore.  Enfin, 
n'entendant  rieni  il  leva  la  t^te  et  regarda  en  face  de 
lui. 

La  place  itait  vide.  M.  le  docteur  en  chef  du  service 
des  femmes  avait  disparu» 

—  £h  bien  I  dit  M.  I'inspecteur,  ou  est  done  le  doc« 
teur  Foville? 

Ghacun  se  regarda.  M.  rinspecteur  touma  la  t^te  et 
entrevit  son  jeune  Hive  englouti  derri^re  les  rideaux 
de  damas  vert  d'une  des  fen^tres. 

«—  Que  &ites-vous  done  Ui?  Ayez  Tobligeance  d'in* 
terroger  madame. 


I 


CHAP.   IK,    —  AyaE  liK  MAftKVILLE.  155 

■■■■■■  .1       ■!■  ^  .1  I  ■  ■.      ■  ■-*■■■  ■■■■-■■-,-■  #  ■  '^ 

Je  dois  dire,  pourtacompr^heaalonde  catte  petite  sc^ne, 

que  M.  k  docteur  Achille  Foville,  depuis  rescarmouche 
que  j'ai  racoat^  at  qu'il  avait  eue  avec  moi  dhs  ics 
premiers  jours  de  son  arrival  me  radoutait  passable- 
meat,  et  M»  le  docteur  Aiuouy  lui  en  avait  tant  dit  sur 
mon  compta  qu'il  avait  trouv6  prudent,  dapuis  ca  mo- 
meoty  da  na  plus  me  voir  at  da  fuir  k  mon  approche. 
li  esp^rait  done  ma  laisser  aux  prises  avec  M.  la  doc- 
teur Gerard  de  Cayeux,  et  rester,  derrifere  le  ridaau, 
spectateur  invisible  da  ca  qui  allait  se  passer. 

A  un  ordre  aussi  precis,  il  fallait  ob^ir.  Reprenanl 
place,  il  ouvrit  mon  dossier ;  puis,  trouvant  la  iettre 
de  la  sup^riaura  de  Charenton,  que  je  rMamais  vaine- 
ment  depuis  longtempsi  la  lut,  s'^tonna,  allait  peut-^tre 
en  r^f<§rer  k  I'arbitra  de  la  dastin^a  das  Parisiennes 
(comma  on  nous  appalait),  quand  M.  I'lnspecteur, 
ayant  lu  ce  qu'il  tenait,  me  dit : 

-**  Qui  est  voire  pir^  ?  Qui  vous  a  61av^  ? 

--*  Je  suis  filla  de  rasfronpme  Cbaries  Rouy,  at  je 
ne  Tai  jamais  quitt^. 

—  Pourquoi  vous  a*t-on  enferm^  ? 

—  Je  n'en  sais  rien ;  on  a  dit  qua  c'atait  pour  s'em- 
parer  da  papiers  concarnaat  mon  parrain. 

—  Qui  est-il  done  ? 

—  Le  comte  Petrucci. 

M.  rinspecteur  g^n^ral  se  retourna  gravement  du 
c6t6  de  M.  I'interne  Pellevoisin,  qui  lui  servait  de  secrt- 
taire,  et  lui  dit  ; 


\ 


/ 

\ 


156  M^liOIRES  D'UNE  ALliN^E. 

■ —  -   -        —  - — — 

—  Insert vez  que  madame  refuse  de  repondre. 

—  Comment!  je  refuse  de  repondre?  dis-je  avec 
stupefaction ;  je  viens  de  vous  dire,  monsieur,  que  le 
comte  Petrucci  6tait  mon  parrain. 

—  Inscrivez  qu'elle  est  pXe  du  comte  Petrucci.  > 
Oncommen^it  k  rire;  mais  je  ne  riaispas,  et  je 

regardaLs  tout  le  monde  en  ouvrant  de  grands  yeux, 
me  demandant  si  je  devenais  folle,  si  j'entendais  de 
travers. 

M.  I'inspecteur,  irrit6  de  ce  silence  et  de  la  gsdt6 
dont  il  s'apercevait,  r6p6ta : 

—  Inscrivez  done  qu'elle  refuse  de  r6pondre. 
L'interne  Pellevoisin  me  dit  alors,  de  sa  voix  ordi- 
naire, d'un  bout  de  la  table  k  Tautre : 

—  Parlez  plus  haut,  car  il  a  Toreille  un  peu  dure. 

—  Un  peu !  Vous  auriez  bien  dA  m'en  avertir  plus 
t6t! 

Puis,  rapprochant  mon  fauteuil  de  celui  de  M.  Tins- 
pecteur  et  me  penchant  vers  lui,  je  lui  dis  presque  4 
Toreille  et  un  peu  haut: 

—  Pardon,  monsieur ;  le  comte  Petrucci  n'est  pas 
mon  pfere  :  c'est  mon  parrain. 

II  se  recula  vivement  d'un  air  effar^,  en  regardant 
tout  le  monde,  pour  savoir  si  j'6lais  dangereus^  sans 
doute,  et  me  dit : 

—  Pourquoi  done  me  parlez-vous  si  haut  €t  si 
pr^s? 

—  Parce  que  vous  Mes  sourd,  monsieur. 


CHAP.  IX.   — '  ASILE  DE  MARfiVILLE. 


457 


—  Mais  non,  mais  non,  dit-il  i'lih  air  ahuri  et  en 
regardant  de  nouveau  toute  la  labile,  qui  ^tait  partie 
d'un  grand  ^clat  de  rire  et  que  la  contenance  de 
M.  I'inspecteur  amifsait  beaucoup. 

—  Mais  si,  monsieur ;  void  une  demi-heure  que  je 
r^ponds,  tant  k  vous  qu!k  M.  le  docteur  Foville,  et  vous 
faites  inscrire  que  je  refuse  de  r^pondre.  Voici  des 
annees  que  je  me  d6bats  contre  un  tas  de  p^res  qu'on 
me  trouve  de  tons  c6t6s,  et  vous  en  faites  adjoindre  un 
nouveau ;  puis  c'est  sur  mon  compte  qu'on  met  tout  ce 
qu*on  ne  comprend  ou  n'entend  .pas ;  aussi  je  ne  vous 
parlerai  plus  que  dans  Toreille. 

—  Voyons  I  voyons  !  j'avoue  que  j'^tais  distrait.  Je 
suis  un  peu  fatigu6 ;  6crivez-moi,  et  ne  nous  fdchons 
pas.  Je  sais  que  vous  avez  des  plaintes  a  faire.  On 
m'enverra  directement  ce  que  vous  m'adresserez* 

Sur  ce,  nous  nous  sommes  s^pares  dans  les  meilieurs 
termes.  li  est  parti  deux  heures  plus  tard,  et  je  lui  ai 
ecrit,  comme  je  m'y  6tais  eng^ee.    . 

Je  n'ai  jamais  eu  de  r^ponse. 

J'allais  de  temps  en  temps  faire  de  petites  visites 
aux  dames  pensionnaires,  et  alors  je  me  mettais  au 
piano.  J'y  allai  un  dimanche  k  deux  heures.  Ges  dames 
refusferent  d'aller  k  v^pres,  pr6f6rant  rester  avec  moi. 
Voyant  que  cela  contrariait  soeur  fimilienne,  surveil- 
lante  en  chef  du  pensionnat,.  je  mis  mon  chapeau  de 
jardin  en  disant  que  j'irais  aussi  k  v6pres,  Toutes 
me  suivireht. 


/ 

158  MGMOIRSS   D*UNE  Ahlt^EE, 

\ 

■        ■    ■  -  I  I  ■        M  .1  ■■  I  k  ,     I    ,  ■  ■.-  ■  ■     , 

J'arrivai  le  dimantche  sulvant  ^q  peu  plus  tard, 
peasant  lea  trouver  toutes  parties.  EUes  ne  T^taient  pas 
encore,  maia  ^taient  prates.  D^  que  je  parus,  oa  ne 
voulut  plus  l)ouger,  et  la  soaur,  furieusei  s'elan^,  ferma 
le  piano  k  cUf  en  me  disant  qu'cn^n^en  jouait  pas  pen- 
dant les  offices* 

Je  fus  bleas^  de  son  proped^  et  ne  voulus  plus 
retourner  au  pensionnat,  qui  fut  dans  la  desolation. 

Sur  ces  entre£aites,  un  nouveau  changement  amena 
k  I'asile  le  docteur  Verron. 

£n  general  les  pauvres  malades  aiment,  craignent  ou 
d^sirent  un  changement  quelconque;  car,  ainsi  que 
j'en  ai  fait  la  triste  experience,  MM.  les  docteurs  sont 
peu  de  la  m^me  opinion,  et  souvent  Tun  trouve  fort 
sense  ce  que  son  confrere  trouvait  fort  insense. 

Cependant,  chose  inouie,  les  ooalades  du  pension-* 
nat,  au  lieu  dQ  songer  k  elles,  n'eurent  qu'une  penste : 
M"»*  Polichinelle. 

Elles  comploterent  done  une  demande  collective 
pour  obtenir  du  nouveau  medecin  que,  pour  sa  bien- 
venue,  il  d^cid^t  M"^®  Polichinelle  a  venir  les  voir. 

—  Madame  Polichinelle  ? 

—  Oui,  monsieur,  Mn»«  Polichinelle,  qui  ne  veut  plus 
venir,  alors  que  nous  I'aimons  tanti 

II  s'en  fut  et  demanda  au  directeur,  au  docteur  et 
aux  internes  ce  qu'etait  cette  dame....  Polichinelle? 

—  On  ne  sait  pas  au  jusle;  les  uns  disent  une  chose, 
les  autres  une  autre :  des  p^res  inconnus,  des  parents- 


/ 
CHAP.   IX.   -^  A$UiE  D£  MABl^VILLE.  158 


non  avou^s;  somme  tpute,  une  femme  charmaate  qui 
fait  toiurner  la  t^te  k  tout  le  moude  et  met  lout  k  Ten- 
vers,  comme  yous  voyez, 

—  OCi  est-elle? 

—  Aux  indigentes. 

—  Ah! 

ratals  aux  indigentes,  ea  efifet,  dans  une  petite  cham- 
bre;  on  m'y  avait  rendu  le  peu  de  v^tements  que  j'avais, 
et  en  outre' donn^  des  effets  de  succession,  les  r^Ie- 
ments  de  Mar^ville  tlU^hant  d'adouclr  le  sort  des  ma- 
lades,  de  les  encourager  et  de  relever  la  maison  par 
une  tenue  soignee.  J'^tais  done  convenablement  v6tue 
et  biea  coiff^e,  avec  mes  cheveux  boucl^s  tout  autour 
de  ma  tMe.  M.  le  docteur  Verron  en  fut  frapp6. 

—  C'est  vous  qui  ^tes  madame  Polichinelle? 

—  Qui,  monsieur. 

—  On  vous  desire  au  pensionnat 

—  Ges  dames  sent  bien  aimobles. 

—  Yous  allez  y  aller. 

—  C'est  un  ordre? 

—  Oui. 

—  Alorsi  monsieur  le  docteur,  vous  me  permettrez 
de  refuser, 

—  En  quelle  quality  madame  est-elle  ici? 

—  Indigente  de  la  Seine. 

—  Et  c'est  une  indigente  qui  refuse  les  dames  pen- 
sionnaires?  Madame  ira  leur  faire  de  la  musique  imme- 
diatement. 


t 


\ 


160 


MiMOIHES  D'UNE  ALI^EE. 


4 

—  Non,  monsieur. 

—  Non?  Alors,  on  va  i*etirer  a  madame  ses  v6te- 
me?[its,  sa  chambre,  son  regime  et  la  passer  dans  un 
ouvroir. 

—  Je  suis  malade,  monsieur ;  comme  telle  j'ai  droit 
k  rinfirmerie. 

—  Je  suis  16  m6decin,  et  je  ne  vous  trouve  pas  ma- 
lade; ou  vous  irez  au.pensionnat,  ou  on  vous  mettra  k 
Touvroir. 

—  Alors  j'irai  a  I'ouvroir,  monsieur. 
7-  Orgueilleuse ! 

—  L'orgueil  est  la  fortune  du  pauvre,  monsieur  le 
docteur,  et  le  pauvre  a  le  droit  de  fte  pas  servir  de 
jouet  au  riche. 

—  Et  si  on  vous  en  prie? 

—  Alors,  monsieur,  ce  sera  different.  Le  pauvre, 
alors  qu'ii  est  riche  de  sa  superiority,  pent  en  faire 
raum6ne  aux  riches  qui  I'implorent. 

Le  docteur  Verron  se  retourna,  stup6fait,  vers  la 
sup6rieure  et  lui  dit : 

—  Que  les  portes  soient  ouvertes  k  madame. 

—  Vous  faites  bien,  monsieur,  car  je  suis  une  ter- 
rible ennemie  pour  ceux  qui  me  pers6cutent  et  qui 
croient  me  dominer. 

—  Je  ne  vous  crains  pas. 

—  Voua  6tes  le  maitre,  c'est  vrai ;  mais  vous  ignorez 
peut-^tre  la  force  du  petit  et  du  faible. 

—  Oh  I...  je  viendrai  bien  k  bout  de  vous. 


CHAP.  rc.  —  ASILE  DE  MAR^ILLE,  4fM 

—  Je  Be  crois  pas,  et  je  pense  que  la  paix  doit  rtgner 
mtre  notie. 

Ceci  I'avait  6mu.  II  faut  dire  que  M,  le  docteur  ¥er- 
^^  IB,  4g6  de  quarante-cinq  ans,  6lait  estrfimement  ma- 
fde.  II  aoulTrait  elTroy  able  men  t,  el  son  teint  livide,  ses 
tilCTaut  dess^ch^s,  son  ceil  hagard,  prouvaient  com- 

m  le  mal  physique,  que  sou  courage  et  la  n^cessite 

igarder  sa  position  lui  faisaient  vaincre,  altaquait  son 
Mneau  et  lui  donnait  des  hallucinations. 

Eo  sortant  de  ma  chambre,  il  d^clara  qu'il  me  re- 

otLaissail ;  que  j'^tais  une  femme  marine  a  un  sieur 
thevalier.  bonne   musicienne,  ayant  rouU  sur  Tor, 

loe  i  mes  charmes  ;  ayant  6t^,  douze  ans  aupara- 
Mil,  la  maitresse  de  son  ami,  le  docteur  Reboul- 

tdiebraque  de  Caballeros ;  menant  un  trSs-grand 
ayant  maison  a  la  ville,  maison  &  la  campagne, 
;  lui  ayant  donnS  h  Auteuil  rhospita]it6,  une 
aitqull  J  6tait  arrive  avec  son  ami,  etc. 

On  doit  comprendre  I'indignalion  6prouv6e  par  moi 
Be  rfcit.  Je  protestai.  II  soutint  que  c'Stail  vrai.  Je  r6- 
Unai  mes  papiers,  Le  directeur  s'en  mSla,  et  tout  alia 
lutant  plus  de  mal  en  pis  que  M.  le  docleur  Verron, 
rdant  un  ^acieus  souvenir  de  cette  dame  Chevalier 
laquelle  il  me  prenait,  et  espferant  toujours  re- 
ymer  en  moi  une  femme  facile,  tr&s-flattge  de  ses 
entions  et  de  ses  prevenances,  se  d^pSchait  de  (aire 
tisile  pour  venir  s'installer  chez  moi.  Cela  ne  pouvait 
e  fort  mal  finir.  J'dtai^  indign^e  d'etre  une  Chevalier,  i 


460 


m£moires  d'une  au£n£e. 


—  Non,  monsieur. 

—  Non?  Alors,  on  va  retirer  a  madame  ses  v6te- 
me^ts,  sa  chambre,  son  regime  et  la  passer  dans  un 
ouvroir. 

—  Je  suis  malade,  monsieur ;  comme  telle  j'ai  droit 
k  rinfirjnerie. 

—  Je  suis  lei  m6decin,  et  je  ne  vous  trouve  pas  ma- 
iade;  ou  vous  irez  au.pensionnat,  ou  on  vous  mettra  k 
Touvroir. 

—  Alors  j'irai  k  I'ouvroir,  monsieur. 
-r-  Orgueilleuse! 

—  L'orgueil  est  la  fortune  du  pauvre,  monsieur  le 
docteur,  et  le  pauvre  a  le  droit  de  He  pas  servir  de 
jouet  au  riche. 

—  Et  si  on  vdus  en  prie? 

—  Alors,  monsieur,  ce  sera  different.  Le  pauvre, 
alors  qu'ii  est  riche  de  sa  superiority,  peut  en  faire 
raum6ne  aux  riches  qui  I'implorent. 

Le  docteur  Verron  se  retouma,  stup6fait,  vers  la 
sup^rieure  etlui  dit : 

—  Que  les  portes  soient  ouvertes  k  madame. 

—  Vous  faites  bien,  monsieur,  car  je  suis  une  ter- 
rible ennemie  pour  ceux  qui  me  pers6cutent  et  qui 
croient  me  dominer. 

—  Je  ne  vous  crains  pas. 

—  Voua  6tes  le  maitre,  c'est  vrai ;  mais  vous  ignorez 
peut-^tre  la  force  du  petit  et  du  faible. 

—  Oh  I...  je  viendrai  bien  k  bout  de  vous. 


\ 


CHAP/  nU  —  ASILK  DE  MARlgVILLfi,  461 

—  Je  ne  crois  pas,  et  je  pense  que  la  paix  doit  r6gner 
entrenous. 

Ceci  Tavait  6mu.  II  faut  dire  que  M.  le  docteur  Ver- 
roD,  ^g&  de  quarante-cinq  ans,  6tait  extr^mement  ma- 
lade.  U  soufifrait  effroyablement,  et  son  teint  livide,  ses 
cheveux  dess^ch^s,  son  oeil  hagard,  prouvaient  com- 
bien  le  mal  physique,  que  son  courage  et  la  n^cessit^ 
degarder  sa  position  lui  faisaient  vaincre,  attaquait  son 
cerveau  et  lui  donnait  des  hallucinations. 

En  sortant  de  ma  chamhre,  il  d^clara  qu'il  me  re- 
connaissait ;  que  j'^tais  une  femme  marine  k  un  sieur 
Chevalier,  bonne  musicienne,  ayant  roul6  sur  Tor, 
grdce  k  mes  charmes ;  ayant  ^t6,  douze  ans  aupara- 
vant,  la  maitresse  de  son  ami,  le  docteur  Reboul- 
Richebraque  de  Caballeros;  menant  un  trfes-grand 
train;  ayant  maison  a  la  ville,  maison  k  la  campagne, 
voiture ;  lui  ayant  donn^  k  Auteuil  I'hospitalit^,  une 
nuit  qu'il  y  6tait  arrive  avec  son  ami,  etc. 

On  doit  comprendre  Tindignation  6prouv6e  par  moi 
a  ce  r^cit.  Je  protestai.  II  soutint  que  c'^tait  vrai.  Je  r^- 
clamai  nies  papiers.  Le  directeur  s'en  mdla,  et  tout  alia 
d'autant  plus  de  mal  en  pis  que  M.  le  docteur  Verron, 
gardant  un  gracieux  souvenir  de  cette  dame  Chevalier 
pour  laquelle  il  me  prenait,  et  esp^rknt  toujours  re- 
trouver  en  moi  une  femme  facile,  trfes-flattee  de  ses 
attentions  et  de  ses  provenances,  se  dOpSchait  de  faire 
sa  visite  pour  venir  s'installer  chez  moi.  Cela  ne  pouvait 
que  fort  mal  finir.  J'Otais  indignOe  d'etre  une  Chevalier. 


■i 


1 


164  MiJ^MOIRES  d'UNE  ALI^N^E. 

fois-ci,  les  lettres  inoadferent!  Jen'avais  pas  d'encre, 
n^ais  j'avais  du  sang ! 

^  Sur  ces  entrefaites,  on  annonga  la  visite  de  M.  le  doc- 
teur  Parchappe,  inspecteur  g^n^ral  des  ali^n^s. 

Toute  la  maison,  nettoy6e  du  haut  en  has,  est  en 
liesse;  les  malades  ont  leurs  habits  de  f^te;  des  fiieurs 
sont  plac6es  dans  Touvroir,  et  un  orchestre,  accompagne 
de  choeurs,  doit  c616brer  la  bienvenue  de  M.  Tinspec- 
teur,  protecteur  et  ancien  professeur  du  docteur  Verron, 
qui  lui  fait  les  honneurs  de  Mareville. 

Apr^s  avoir  6t6  conduit  dans  tout  ce  bel  6tablisse- 
ment,  M.  Parchappe  arriva  dans  le  superbe  b^timent 
des  giteuses,  au-dessus  duquel  j'6tais  enferm^e.  Tout 
en  faisant  ffete  k  son  ancien  maitre,  le  docteur  Verron 
se  gardait  bien  de  lui  parler  de  sa  recluse. 

Mais  M.  Lherbon  de  Lussats,  le*directeur,  n'avait 
pas  les  m^mes  motifs  de  se  taire,  et  M.  I'inspecteur 
d6sira  me  voir. 

Oh  vint  me  chercher.  J'avais  une  grosse  fifevre,  une 
de  ces  fifevres  nerveuses  aiixquelles  j'6tais  si  sujette, 
et  qui  se  terminaient  toujours  par  une  sueur  exces- 
sive. 

Impossible  de  me  sortir  du  lit  en  cet  ^tat. 

En  sa  quality  d'inspecteur  g6n6ral,  M.  le  docteur 
Parchappe  aurait  du  monter  voir  lui-m6me  le  donjon 
ou  on  me  faisait  jouer  le  rdle  d'une  de  ces  heroines 
l^gendaires  des  contes  de  f§es  et  des  romans  de  cheva- 
lerie,  et  I'^tat  dans  lequel  ^tait  ma  sant^. 


'  / 


,      CHAP.   IX.  —  ASILE  DE  MAR^VILLE.  165 

'    ■  \ 

11  n*en  fit  rien  et  me  donna*  rendez-vous,  pour  le 
lendemain,  dans  le  parloir  des  soeurs. 

Je  ih'y  rendis  accompagn^e  de  la  soeur  d'ofEce,  qui 
seule  avait  la  cl^  de  la  chanqJ)re  ou  j'6tais  renferm^e 
jour  et  nuit. 

M.  I'inspecteur  ne  se  trouva  pas  au  rendez-vous. 

La  soeur  vint  me  reprendre ;  mais  comme  I'^tablis- 
sement  est  immense,  que  les  quartiers^sont  s6par6s 
par  des  jardins,  et  que  par  consequent  on  a  un  petit 
voyage  k  fairepour  aller  de  Tun  kl'autre,  elle  passapar 
la  communaute  et  me  laissa  deux  ou  trois  minutes  au 
parloir,  ou  il  n'y  avait  qu'une  personne  attendant  sa 
sceur,  et  la  portifere. 

—  Est-ce  bien  vous?  me  dit  celle-ci...  Oh!  que 
pourrions-nous  fiaire  pour  vous  servir? 

—  Me  parlez-vous  debon  coeur? 

—  Groyez-le  bien. 

—  Je  voudrais  faire  parvenir  &  M,  I'inspecteur  quel- 
ques  lettres  que  je  comptais  lui  remettre  si  je  I'avais 
vu. 

— » Donnez-les-moi.  En  ma  quality  de  portifere,  c'est 
moi  qui  faisles  commissions  ^  Tadministration ;  je  puis 
done  les  mettre  imm^diatement  dans  sa  chambre 
m^me. 

Je  ne  connaissais  nuUement  cette  fille;  mais  toutes 
me  connaissaient,  et  plusieurs  des  infirmi^res  avaient 
^t^  r^voit^es  en  apprenant  les  agissements  de  M.  le 
docteur  Verron  envers  moi. 


f  ^ 


d60  m£moibes  d'une  au£nee. 

*  I  I  III  ui  II  II  I  I      I  II 

—  Non,  monsieur. 

—  Non?  Alors,  on  va  retirer  k  madame  ses  v6te- 
me^ts,  sa  chambre,  son  regime  et  la  passer  dans  un 
ouvroir. 

—  Je  sids  malade,  monsieur ;  comme  telle  j'ai  droit 
k  rinfirjnerie. 

—  Je  suis  lei  m^decin,  et  je  ne  vous  trouve  pas  ma- 
lade; ou  vous  irez  au.pensionnat,  ou  on  vous  mettra  k 
Touvroir. 

—  Alors  j'irai  k  Touvroir,  monsieur. 
7-  Orgueilleuse ! 

—  L'orgueil  est  la  fortune  du  pauvre,  monsieur  le 
docteur,  et  le  pauvre  a  le  droit  de  He  pas  servir  de 
jouet  au  riche. 

—  Et  si  on  vOus  en  prie? 

—  Alors,  monsieur,  ce  sera  different.  Le  pauvre, 
alors  qu'ii  est  riche  de  sa  superiority,  pent  en  faire 
raum6ne  aux  riches  qui  I'implorent. 

Le  docteur  Verron  se  retouma,  stup6fait,  vers  la 
sup^rieure  et  lui  dit : 

—  Que  les  portes  soient  ouvertes  k  madame. 

—  Vous  faites  bien,  monsieur,  car  je  suis  une  ter- 
rible ennemie  pour  ceux  qui  me  pers6cutent  et  qui 
croient  me  dominer. 

—  Je  ne  vous  crains  pas. 

—  Vous  6tes  le  maitre,  c'est  vrai ;  mais  vous  ignorez 
peut-4tre  la  force  du  petit  et  du  faible. 

—  Oh !...  je  viendrai  bien  k  bout  de  vous. 


'  / 


I 


I 


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CHAP.  IX.  —  ASILK  DE  MARfiVILLE.  '     461 

—  Je  ne  crois  pas,  et  je  pensfe  que  la  paix  doit  r6gner 
entrenous. 

Ceci  Tavait  6mu,  II  faut  dire  que  M.  le  docteur  Ver- 
ron,  ^g6  de  quarante-cinq  ans,  6tait  extr^mement  ma- 
]ade.  U  souffrait  effroyablement,  et  son  teint  livide,  ses 
cheveux  dess6ch6s,  son  ceil  hagard,  prouvaient  com- 
bien  le  mal  physique,  que  son  courage  et  la  n6cessit6 
de  garder  sa  position  lui  faisaient  vaincre,  attaquait  son 
cerveau  et  lui  donnait  des  hallucinations. 

En  sortant  de  ma  chambre,  il  d^clara  qu'il  me  re- 
connaissait;  que  j'^tais  une  femme  marine  ^  un  sieur 
Chevalier,  bonne  musicienne,  ayant  roul6  sur  Tor, 
gralce  k  mes  charmes ;  ayant  6t6,  douze  ans  aupara- 
vant,  la  maitresse  de  son  ami,  le  docteur  Reboul- 
Richebraque  de  Gaballeros;  menant  un  trfes-grand 
train;  ayant  maison  a  la  ville,  maison  k  la  campagne, 
voiture;  lui  ayant  donn6  k  Auteuil  I'hospitalit^,  une 
nuit  qu'il  y  6tait  arriv6  avec  son  ami,  etc. 

On  doit  comprendre  Tindignation  6prouv6e  par  moi 
ace  r6cit.  Je  protestai. II  soutint  que  c'6tait  vrai.  Je  r6- 
clamai  nies  papiers.  Le  directeur  s'en  mdla,  et  tout  alia 
d'autant  plus  de  mal  en  pis  que  M.  le  docteur  Verron, 
gardant  un  gracieux  souvenir  de  cette  dame  Chevalier 
pour  laquelle  il  me  prenait,  et  esp6rknt  toujours  re- 
trouver  en  moi  une  femme  facile,  trfes-flatt6e  de  ses 
attentions  et  de  ses  provenances,  se  dOpSchait  de  faire 
sa  visite  pour  venir  s'installer  cbez  moi.  Cela  ne  pouvait 
que  fort  mal  finir.  J'Otais  indign6e  d'etre  une  Chevalier. 


N. 


I 


168  M^MOIRES  D'UNE  AUEN^. 


A  Sa  Majeste  VImperatrice  EugSnie. 

Asile  de  Mardville,  pr&s  Nancy  (Meurthe),  27  mai  1862. 
De  mon  donjon. 

Madame, 

Avant  d'en  appeler  k  la  noblesse  frangaise,  avant  que  d'ins- 
truire  une  famille  infortun^e  du  sort  del'une  de  ses  enfantsplus 
malheureuse  encore  que  sa  malheureuse  famille,  c'est  a  vous,  a 
TEmpereur,  votre  auguste  epoux,  que  je  m'adresse,  Madame,  et 
j^ose  esperer,  pour  moi  copame  pour  tous,  que  ce  ne  sera  pas  en 
vain. 

Apres  Tassassinat  du  due  de  Berry,  la  duchesse,  sa  femme,  mit 
au  monde  un  fils  et  une  fille. 

II  n'est  pas  n^cessaire,  Madame,  de  vous  ra^peler  la  position 
de  la  famille  royale  en  ce  moment,  pour  que  vous  compreniez 
la  n^cessit^  absolue  de  sacrifier  la  pauvre  fiUe  au  repos  de  la 
France. 

^le  fut  doh6  enlev^e  du  palais  des  rois  et  soustraite  a  la  yue 
de  la  nation. 

Cependant  on  avait  vu  emporter  un  enfant,  et  ie  secret  n'en 
put  Stre  si  bien  gard^  que  le  bruit  d'une  substitution  ne  prit  la 
place  de  la  triste  v^rit^. 

Cette  enfant  fut  embarqu4e  au  H^vre,  pour  la  Russie,  fut  re- 
mise entre  les  mains  du  grand-maitre  de  la  police  a  Saint-P^- 
tersbourg,  et  apres  avoir  pass^  quelques  ann^es  enfouie  dans 
une  campagne  aux  environs  de  Moscou,  elle  fut  renvoy^  en 
France  avec  une  famille  richemeut  r^mun^r^e. 

Elle  passait  alors  pour  un  membre  de  cette  famille  faisant 
partie  de  la  bourgeoisie,  et  par  consequent  ne  pouvait  atlirer 
sur  elle  Tattention  gen^rale. 

Malheureusement,  par  une  complication  de  circonstances, 

Faisance  procur^e  a  cette  famille  lit  bientot  place  a  la  gSne,   et 

comme  elle  ne  connaissait  pas  les  parents  de  Fenfant....  la  pau- 

.  vre  petite  subit  toutes  les  cruelles  vicissitudes  de  ses  parents 

improvises,  a  I'insu  de  sa  royale  famille. 


r.'r     ^' 


.  \ 


CIIAP.    I\'.    —   \FJIX   OE'  MMJlTvn.LK.  403 


Car  I 'cbt  en  Pji^^ia  qn'on  a  re.vii.s  i'en.an!  aa  ^i-ur  Ciiail.s 
noay,  qi  i  .-'cjI  mgi^e  a  \\  I'mc.  f>i>ser  p:ur  hi  i'l.U'.  » '  ou  Tran- 
t^Hi-i,  til  .it'ce^.taut,  ain-i  q.ie  si  (i'ii:iiu',  co  dt'ijot  avigilc,  uiut 
ohliger  uiie  j^t.uiJo  "Ja-Me  ^•u^^e  ou  polugii-e. 

TiitMitot  ineme,  J 1  t-.ruyaul  poir  loiijoura  abauionneo,  cA  ::ans 
auties  pail  tils  et  a'»iis  quM  ceux  que  sa  Uej»liiiee  lui  avdit  d jiines, 
il  la  JC^arJi  corniiie  sitMiue. 

Gependant  Tenfant  grandissait.  Mu'jjino;  ?x  irssemui.uire 
frHj)pi?itc  Hvec  1 »  d.jiie->e(lo  tioiiy  ohmiKii!  to  t  le  u  oinle.  et 
rap^i.  la»t  m 'Igre  bui  le  5,«tii\eiiir  dt&biu;ta  la  iieux  quiavnciit 
Ci  cu'e  liUo  de  ba  i».»i^.!»ani.!t'. 

SaMo'  ia  p<Jiiii..ji  hon  jjaMc  tJc  I  •  fiTiillc  Ixouy,  sat\'>  'ifcux  !  >criS 
ef  una  :iat'J>'  du  luC»J)e  jOm',  ^.im>  l'e<(>hj<tr:hic;li  Sil'"inol  d*.-  Ysfi- 
tiUiKHMo  ail  luo  liCii!.  uii  Cf'a  c  V  .MieuitMJt?  s  OUior  I  acco.nidiS,  on 
a.ir.tit  eii  dt'b  d^id^-.:*  ... 

ijieiitot  on  lit  dinpafaltrfj  lun  ap!'cs  laid  re,  les  dciix  fert35 
dv,*  la  j'uMt*  iJilL*;  0.1  ijiari.1  s>  i  ^wah  avec  uiie  ri<..v)Mi'aiss£tr.ce 
<l'Lii^.tat  iiat.ii'ol,  p.)ur  lie  ^*i\^  pn^  luiro  I'acLo  \\c  iiai-ii.-.nce. 

, Et  loiaquo  I'd.'.troiio.ne,  soul  piotectcuido  Id  j'Huio  abui- 

doiiiiee,  lat  in  jit,  n'osml  paS  pro^o^oi*  a  oelle  qui  etail'  irivvlo.!- 
taireuieut  entree  dans'  s.i  r.i.iiille  Jc  q  idler  It  <jo  n  qu  die  Hv.iil 
reyu  ile  ceUd  qn»  i"a>ai'  t  levce  ave  •  ttiidrssr?, oti  i'ru!t%'a  ;  on  la 
fit  dispaiaitie  ddrI^  one  d  ces  ba>ti}lea  q  li  ont  si.i  vvvnai  I'Lyinie 
doclia;  on  reiifei  in.i  tldu^  ur.a-ile  d'alieAtlion  inen'ale,  en  jf^Aiil 
a  ceux  qui  en  .soul  i;liar.;iiit  le  nom  de  lJie>afWi\  dj  pa-*i->fy 
inconuus. 

In.^truilrt  dtj  son  sort  et  de  sa  uai.-»-Ance  par  cob.ii  q'ii   !'ava»t 

CVli-iit'iiO"  h  M  n  Jr.  I*!'t>KO  t.i  q-it  •v.'jit  Muvj  >;*  -It'S  iii/'f.  \'].i\\}V- 
t.iiiOe  [»i  i  J  l»ij  111.! .  i>'i' tl-  r<a  iC  ii-j  di'.  I'll  \r)in  .  11  »:.|i  ,  d*'.  \0'i"r.i.' 
I'l'-ii  t'.\ii'i)5w;r  Ct.'  •(  i:  It  C'jn  :••.  ii.i.i .  ilt^  l.i  prtiiM-^  mui-  i  \tr 
jjjoliidiou  tl  d«:  lu!  iJ>.'iii  ti  uii  iii>m  ia  (i.cliaiu  a  l.'.i;:i  do  ir.jt 
d.tn^t  r. 

(;jt  irui';!  iscs:  i  e.t'an>d' m;^  tU'  rt'iT.  d  !'r^i,ir-i:  '^0  /.o  u'  ■•/>'.'-/- 
heufii;  on  la  jct  ;  Ln  o*  din^  les  !ie<4\  Ifs  :  iwi>  inif  tls  x- >.  jdus 
buiyanlr,  Ivt  p!»i.s  h-jri'-bles ;  or;  m  p.i  a.  .ie  no  iiTirni''^  ce  vete- 
"ueuU  ;  on  la  tr<vlua  dans  dts  fcougci  i*i..'is  d.»s  cin.hots,  d.'iis  dr.£ 


i7Q  M^MOiRE^  d'une  ali:6ni6e. 


<ioDJons  ;  .oil  Fappela  indigente  avec  m^pris ;  on  lui  fit  ^puiser 
totttes  les  privations,  toates  les  doulears,  la  privant  m&me  de 
Kn^  pour  ,se  changer  dans  des  sueurs  gtaciales  et  nerveuses, 
d'auUnt  plus  douloureuses  que  le  fi'oid  est  plus  vif  et  qu*elle 
passe  dans  ce  donjon  son  hiver  sans  fen  et  sans  iumiSre. 
,  Ne  pouvant  r^sister,  dans  I'^tat  ofi  elle  est,  a  tant  de  cmaut^s, 
elle  vous  supplie,  Madame,  de  lui  venir  en  aide,  en  adouciss^nt 
son  sort  et  en  priant'S.  M.  I'Empereur  de  donner  des  drdres  a 
sen  sttjet. 

EUe  n*a  pas  demand^  k  naitre  I  Le  malheur  de  sa  naissance  ae 
pent  lui  Stre  reproch^  comme  un  crime,  et  elle  esp^re,  Madame, 
que  votre  bont^  lid  ^pargnera  la  douleur  d*en  appeler  k  ceux 
qui  Font  reniie. . .  pent-dtre  mdme  en  la  croyant  mort&'ne  . . . 

Ineonnue  elle  a  v^cu,  inconnue  elte  voudrait  finir,  si  votre  im- 
pdriale  bienveillance  voulait  la  sauver  d'en  appelor  h  la  'pi:^Ii- 
citi. 

Daignez,  Madame,  agrSer  mes  profondjs  respects. 

SoBur  du  roi  Hen^  V. 

Le  dedeur  IMm  Rehw  m'ayant  apppis,  en  1857, 
(ju*on  me  tenait  enferm^e  jtarce  que  j^4tais  sosur  du 
roi  Sanvi  V^  j'aws  jur6  de  m'en  venger,  et  je  lui 
tenais  parole  en  me  servant  de  cette  nouvelle  T^aioft^ 
comme  |e  m*^tais  servie  Sl  k  Salp^tri^re.  desr  supposi- 
tions du.  docteur  M^tivI6y  ba^^ea  sur  la  ressemblance 
(|u'il  ]»e  tFQ«ivait  avec  la  duchesse  de  Berry  et  tea 
bruits  de  substitution  qui  avaient  eouru.  Mes  lettres 
•  aux  ouvriers  m' avaient  valu  ma  mise  en  liberty  comme 
gu&riQy  bien  que  diclar^s  delirantes ;  il  ne  m'avait 
manqu^  que  les  raoyens  df en  profiter.  Je  n'airaie  plus 
qu\ine  chance  de  sortir  de  cet  asile  ou  on  m'enseve- 


If-'  .i    > 


CHAP«   IX.  -^  ASILE  DE  MAAtVILLE.  i71 

'  '    ■'  I  ■  y        1,11         .1      I  I  I  II.  ,     .1       I  ■      ■         I 

]ie$ait  dans  le  silence  le  plus  pro£oad  :  c'6tait  de  £aire 
parier  da  moi  au  dehors,  fut-ce  par  des  exceniricitia. 
Qui  sail  si  ma  lettre,  qui  certaiuement  eat  parvenue  k 
son  adresse,  ne  serait  pas  remise  k  Ba  Majesty  4  cause 
mSme  de  la  bizarrerie  de  son  contenu?  On  la  disait 
Idgitimisle ;  cette  fa(on  de  rexnettre  en  causa  I'accoU' 
chemenC  si  discut6  de  la  duchesse  de  Berry  devait  pi'- 
quer  sa  curiosity.  Elle  voudrait  peut<-dtre  savoir  qui 
6iait  cette  pauvre  folle  implorant  son  secours**...  et 
la  moiadre  enquSte  m'eAt  sauvee.  Mais  il  n'en  devait 
pas  Stre  ainsi,  et  j'^tais  encore  loin  du  port* 

M.  le  directeur  6tait  fort  embarrass^  de  son  r61e  et 
de  sa  responsabilit6*  Son  intervention  en  ma  favour 
.pr6s  de  M.  I'inspecteur  g^n^ral  ayant  eu  un  si  triste 
d^noiUmenty  il  m'amena  M>  le  premier  president  de  la 
cour  imp^riala  de  Nancy t  qui  n'eut  pa9  peur  de  monter 
si  haut,  et  qui  lui  recommanda  de  parier  de  tout  celt  au 
pr^fet,  alors  M.  de  Saint-Paul. 

Mais  il  n'aurait  probablement  pas  pris  cette  initia- 
tive,  si  je  ne  lui  avais  fait  parvenir  une  lettre  pour  ce 
magis^trat,  qui,  d^squ'il  sut  cequi  m'^tait  arrive,  donna 
I'ordre  imm^diat  de  m'ouvrir  la  porte  et  de  me  faire 
3ortir  de  ce  quartier,  qui  n'^tait  pas  le  mien, 

II  fit,  en  outre,  donner  du  papier  a  tous  le$  ma* 
lades ^  avec  ordre  de  lui  faire  parvenir  touU%  les  recla- 
mations. 

Je  fus  done  ramen^e  dans  ma  petite  chambre,  auprfes 
de  I'infirmerie,  et  il  n'^tait  que  temps,  car,  depuis  onze 


\ 


t 


irl 


MKMOinr.S    r)\:>T,   Al.IlvNEE. 


nvriLl  cte  pnveo  d.;  fi.u,  <ie  Ae^M-jicnt^  penil.Jht  up  hivir 
\«i  '^l:i.cial  que  ma  foMo'iv*  nt.-iit  resle-:?  i^'^tJi,  sans  poiivoir 
6lre  oiiverlt^,  pr^rvlani.  (Uvix  rIloi^•  cnri^'-.ntir.s. 

CV.»5t.  v-^is  i'«-j  tt^tnps  que  M  li.^  J'^cleur  Pavrfnppe 
re>inl  faii-o  imo  vsitf:  (1ar»;<  cot.  6lal>Hjs  ^mimmsI  '.u  il  :iVait 
oJ«  ri  Lieu  rrf;u. 

M.  le  (1ir.^cte\ir  .-'nnprrs^o  »!«-',  n-e  Tjiro  savoir  que  la 
toiirn(!'e  src  lorail  a  l*inljrrncrie  le  Jendcmoin,  afin  que 
je  pub?'v^  (lonuf.T  (iire(  temtnt  a  M.  rfr^p.^cfcur  ce  que 
j'l^vait?  '^  in]  iv.rTjellrc. 

h\  m'^  lin.s  proto,  oJ  lorsfpju  |,)  v\-\\'j  ,M?^a  dcvanl  ma 
dif^inlii'e  jo  Touvii*,  sal  lai  M  Pa}v!i)(>pG  tti  lui  romis 
uno  sir>q'](*  i«.Ilre. 

Al.  le  diiecUiur  s'empressa  '!•?  lui  ra]>pel"i'la  pro- 
me>se  pi'il  a-ait  h»il«»  r.iru.LV  (i'.Av;i r;t  (i.-  .s'occiipor  do 
rnui,  t'L  M    I'^iiNpiiLtcur  lui  «iil  : 

.—  C\.^l  (loiic  madune  i\n'\  a  rrfust'  de  mo  voir?^ 

—  Au  contraire,  uunis'cur  ]<.•  »jni;t»':»r,  je  lii  «l»">irais 
rivoTiu?nl;  mai^  la  pr(}n.<jjt'  (oi-  j'tMais  ttM•l•.•l.v^L'o  par  la 
fit'vr(^,  ft  M?  lciJ<Kiif>airi  \on:<  jri'ivi  z  ()ui.lie(.\  (pjoique 
nrayaut.  tloiino  I'enliz-voMs;  do  plu<,  j«}  m'oia..s  f»it 
r[i'.)nne:jr  d  •  vo-is  «}.:nro,  el  jo  a\ii  ivi^u  ro^onse  ^  au- 
cjne  de  mos  lei  Ires. 

—  C'tVail.  doQi'.  \0'i>? 

—  0».i.  ilit  !e  dirccU'ur. 
Ce  f.'A  touL 

A'l.   Tifispecieur  ijon^ral  einpo;(a    ma  Icllre  Jonl  je 


CHAP.  IX.   —  ASILE  DE  MAREVILLE.  173 

. , L-^ -_ 

n'eus  aucune  nouvelle,  en  sorte  que  je  ne  sais  pas  s'il 
I'a  lue  ou  s'il  1^  de  nouveau  remise  a  son  cher  ^16 ve. 

Le  lendemain  matin,^  la  visite,  M.  le  docteur  Verron 
me  dit  d'un  air  trfes-satisfait  que  <£  rim{^ression  pro- 
duite  m'avait  6t6  tr^s-favorab]e.  > 

C'est  tout  ce  que  j'ai  retire  de  cetfe  tentative,  qui  me 
fut  aussi  infructueuse  que  toutes  les  autres. 

Je  me  demande  k  quoi  servent  les  inspections. 

Celle  que  j'ai  fiaite  pendant  ma  longue  captivity,  en 
^rivant  avec  mon  sang  quand  Tencre  m'6tait  enlev6e, 
a  ^tS  faite  k  mes  d^pens.  Je  n'en  ai  retire  que  douleur 
et  animosity.  Mais  je  puis  affirmer  que  j'ai  entendu 
plus,  de  plaintes  que  MM.  les  hauts  dignitaires  qui  sont 
charges  de  les  recueillir,  et  que  j'ai  porte  au  coeur  de 
mes  pauvres  compagnes  plus  d'espoir,  de  consolation^ 
que  tons  les  m6decins  sp^ciaUstes  ensemble. 

J'en  ai  gu6ri....  Et  je  dois  dire  que  j'ai  trouv6  k 
Mar^ville  une  sainte  fille  qui  en  a  gu^ri  de  son  c6t^,  et 
solidairement  avec  moi,  par  ses  bonnes  paroles  et  ses 
soins,  plus  que  ne  Font  fait  ces  grands  maitres  avec 
leurs  douches  et4eurs  camisoles,  qui  sont  pourtant  in- 
dispensables  dans  certains  cas,  non  comme  moyen  de 
gu6rir  ceux  k  qui  on  les  applique,  mais  pour  preserver 
les  autFes  de  leurs  violenees. 

J'^fais  tomb^e  malade  de  la  poitrine  par  suite  du 
froid  dont  j'avais  souffert  dans  mon  donjon. 

Le  ^octeur  Verron  6tant  devenu  trop  malade  pour 
continuer  son  service,  fut  mis  k  la  retraite,  et  le  doc- 

iO. 


*    «  « 

174  MEmWrE^'  D'ONfi*  ilLlftNTfiK. 

■I  I     I     I  ■  ,  ■  ,  g  I     I       I    ^    M     M  I.        ■        ■ 

teurRenaudrfu'  Mot6yfif  encore*  tm'e  foisPJfttfifi A  drf 
service  d&  femmes. 

ii  se  trouvatit  ators  k  JKarMlle  trhe  soe\!iT  *rtm»6e 
Lidflvihe,  (fui,  rf^srgir^^'  a^ed'  (jTielqti'es  atitr^s  pottr  te 
asile  d'ali6n6s  h  Rom6,  venatt  if  faSi^e  ^ofi  fff^e,-  i^*^ 
I'lisage  de  To^dre  de  Saint- Cftarl^*,  oMik^b^^ri^  s^tet 
pas  charg6eS  sans  preparation  de  tes  tt/tidSdn^  dffi^ 
cates. 

G^^tait  une  femme  inf elRgfefife  ei  bon*te,  et  611^  fit  ce 
que  je  f^clamais  intitilein'e'trt  deptrfy  fcttit  d'^nd&i  d^ 
Tries  docteur^  6t  de  f  adrrifni^f f'tftii/h .  Elte  cliafgerf 
une  steur  de  Sori  ordr^,  fe'fi  c^  itfotaietti  Jt  Pfi^ris^,- 
d'aller  l*6clameV  raes  jyapief^  a  Id  supSrietirS  d6  Ohsli 
rentbh. 

Cofnrhe  la  r^poiise'  tardslit  heiiitmp,  j'^drii^  *  M 
famille  Bendlt  d'Azy,  si  {ilsittatferti^Kt  bbnne'  pent  rii(fl 
et  qui  me  croyait  m6He  d^piilir  iongteirfj[]fd;  cdr,*  dihsi 
qii'oh  le  v^rra  pliis  tstrd,  mi  ihdH  aTctit  6t6  kMimi^i 
peu  de  temps  apt^s  moh  enl6vettient^  S  totil^  m€l6  Mttiift 
ct  connaissances.' 

M.  Benoll  d*Azy  eut  la  hohii  de  tti^  V^potidi^^  : 

M.  Cochin  (1)  s'est  occap^  de  tmifHtsr  Tbil  pslt)iets  j  Hit  irotti 
sehont  rendtts  par  ane  scear  que  la  du(i6riear6  Ue  iGhareatim  a 
charg^e  de  vous  les  remettre,  etc. 

Comptez  toujours  sur  noire  affectueiix  souvenir  ^ 

(1)  Qendro  de  M.  feribit  d'Aiy, 


it 


CHAP.-  t^^  *^   A4ll%e  Dlft  ttXR^?ILLE. 


fft 


— -" — "— '-^"nri." 


^l«^  M^  j^aff' li^  siGfeiir  lidhsvifltf  et  k  decteor  R0^^ 
Motey,  et  Fott  reeaMsntvleBdlD  quey^lak  tten  tt^i^  Hear^ 
^^  ftaniyy  fttte  te  PaslfMMixitf  ChaDriwHottj^  ahtti  que 

M^  il  iittttdcpitit  besteovip  de  dtoMi  k  cet  envoi, 
et  j'^«^fi«^  iptiWc  hm  rMam&r  k  lli  mpMeure  ds  Qia- 
f^0filci6^  Void}  la  Hsie  de  6«  qu'on  mfa  f eiidu  el  de  ee 
^4tt  II  g«rdd  : 


^titue  en  0(6$. 

Uon  acte  de  naissance. 
Celni  de  mon  frdre  T^l^ma- 

Traduction  l^galis^e  de  ces 
actes. 

ittiAmiot  aiit6gni|)h«  de 
M.  Charles  Rovy^ 

iettres  de  famille. 

Papiers  concemant  Une  pen- 
sidluiaire  da  S^dr^-Gogur. 

P^sepun  d6  ll«  Rouy. 

Liste  de  souscription  a  Milan 
poor  son  m^canism^  astrono- 
mique. 

IflirlsAtiik*^  de  c^e  qu'Avait  em^ 
porl4  M.  Rouy  &  Sainte-P4rine» 

Articles  de  journaux  concfer- 
naht  in^  m&tih^es  musicales 


Iffon  resittuS. 

Invenfaif e  des  meubles,  bi- 
jottn,  lingcf^6ffet9;Tal#atfs,ete., 
qui  te  troutraient  dtns  tton  tp- 
partement,  19,  rue  de  Penthi^- 
vre. 

I>eill  teedantAHant^n  du 
MonMe-PiM,  ramisM  par  on 
tiers. 

iluit  lettres  fertn^es  et  scel- 
Ubs  de  oinq  cachets. 

Factures  toquitt^M. 

Nombreuses  lettres  de  fa- 
mine et  d'affaires,  notamment 
celles  d'une  damd  L6f^bur6. 

D^ut  billets  k  ordre,  d*en- 
•emble  600  fr.)  payables  k  Pa- 
ris, le  19  roars  1855. 

tin  porte-feuille  algdrien  dn 
Velburs  i^ouge  brodd  de  pftiU 
lettes  d'or,  eonti^nant  uh  billet 
de  500  fr.  dans  la  doublure  in- 
t^rieure  et  '2  fr.  4^  dans  la 
pOChe. 


.<   / 


—  176  MfiMOIRES  IX'UNE  ALIIENEE. 


Je  n'ai  jamais  re^u  de  r6ponse  de  M"*®  la  sup^rieure; 
I'argent  et  tous*les  papiers  indiqu^s  comme  manquant 
ont  ^t^  bien  d^finitivement  perdus  pour  moi. 

Le  docteur  Renaud  du  Motey  et  la  soeur  Lidutine 
examin^rent  avec  moi'les  pieces,  plus  que  suffisantes 
pour  prouver  qui  j'^tais  et  qnelles  ^taient  mes  relations 
de  famille  et  de  soci^t^.  Mais  nulle  suite  n'y  futdonnte, 
soit  parce  que  le  docteur  jugea  i^uperflu  de  s'engager 
/lans  une  affaire  fort  ^pineuse  concernant  une  ali^n^ 
^trang^re  au  departement,  soit  parce  que  je  lui  signalai 
les  diverses  irr^gularit^s  de  ces  actes^  en  sollicitant 
I'examen  des  magistrats. 

Et  je  restai  Chevalier -Rouy,  de  parents  inconnus 
comme  devant,  malgr6  les  nombreuses  lettres  de  mon 
p^re,  de  mon  fr^re  et  de  mes  soeurs,  et  les  articles  de 
joumaux  constatant  ma  notori^te  artistique. 

A  cette  6poque  expirait  le  traits  pass6  entre  la  ville 
de  Paris  et  Tasile  de  Mar^ville  pour  le  placement  des 
ali^n^s  indigents.  Ce  traits  n'ayant  pas  6t^  renouvel6, 
on  dut  verser  dans  d'autres  asiles  d^partementaux  les 
malades  de  la  Seine. 

—  Oh  I  Polichinelle,  Polichinelle!  qu*allons-nous 
devenir  lorsque  vous  ne  serez  plus  li  pour  nous  pro- 
teger  et  plaider  notre  cause?.  —  disaient  les  pauvres 
malades,  le  jour  ou  elles  ont  appris  que  j'allais  ^tre 
transf^r^e  ailleurs. 

Je  n'^tais  pas  non  plus  sans  inquietude  sur  ce  qu'il 
m'adviendrait   de  ce  changement,  et  surtout  sur  ce 


mn     \ 


CTTAP.    IX.    —  AS:i-f.    liR    .MATlLvnLC.  177 


—  I  .-...». 


fpro))  noiiiTolt  (Mire  fK'«?  rn]jier«?  r(nM)Livrt.v^  avec'  tant  de 
perne.  Je  fis  sortir  de  rasile  et  mettrcen  depot  chez  liu 
divine  cur^  du  voisinage  touf  ce  qui  ni'avait  ^te  roirY(^y<» 
de  CharcUon,  .et  je  remis  a  un  interna  qui  s  olait 
monfre  coiisinimneii^.  l)ieuv».illaiit  \o\\v  nioi.  M.  Octave 
L'niiilier,  !l's  Icthrs  de  !a  .suiiui'.'ijM?  do  Ch.nt>nl«»n,  d.^ 
M.  Iiern.it  d*Azy.  do  iM'"*-'  do  S.i-nt.-Maui*,  (U\,  qid 
pi^'oavjiierd.  !•-•  tenvoi  de  ces  pi^.ioJN  s'u-  ma  jv(  laina  urn 
M.  Id  d'>c(our  IJiuiiiior,  auqu'^i  j^i  ^uis  houivu-'O  de 
lonit)i^ner  jiHljliquoiriOiil.  nia  Tv<,o!tnrji>.-nnc.',  <  t  (U'.i  (?"'. 
aw-out'd  hui  elMl)li  ft   Piiris,  ^5,  ioulov.wd  du  T*-iiqi)e, 

M.  ?o  do.-l:' u  •  Ronr'jii  diJ  vh  l.cy  (it  (  Jioix  pour  nioi 
d'Auxcrre,  onnn.:e  elatit  i^iii  do^  plus  jolis  :ihl!<'j<  de 
Franco,  el  M.  !«;  d  r.:clour'  do  Mrireviilo.  M.  Lht'rl)op.  «1e 
L»ii<<a's,  m'y  co.'id  r.sil  lui-rn  hti  j  aw^c  [dii-iouro  aidr.i' 
iiMiij^ente.-. 

11  ji>i^n"l  au\  Ijonf;  oflico?  qiTil  niViva^l  d''j»  r- n  lii<; 
c<*hii  c|r»  raconl'T  Inut  co  qin  ntr  coriivnirdt  .mi  dirci-,- 
Iv-^nr  d'Aiixme,  de  r.«(j:'.»n  a  iui  biou  ptM'.sM.idvT  quo  ^M 
av.dl^  en  niaius  «iae  Ijinno  foil  uiyd.'Tieij.-^'j,  ftjri  daii- 
^•eVeu.se  peul-efii?  a  uii  cerLaiii  point  de  yue,  du  moins 
n'6tait-ce  pas  une  foUe. 


I  I 


m 


M^M^IRES  D'VNE  ALI^^E. 


\ 


CHAPITRE  X 


A&il«  d'Kuxan: 


/■ 


J'arrivai  ^  Auxerre  le  3  d6cembre  1862.  » 
CeC  asile  est  en  elfet  un  des  mieux  organises  de 
France.  Tout  y  brille,  tout  y  est  coquet,  bien  a6r6;  par- 
^out  des  galeries  k  colonnes  :  on  reconnatt  que  le  baron 
Haussmaifti  a  pass^  par  la.  Les  jardins  n'ont  pas  de 
murs,  mais  un  saut  de  loup  cach^  par  des  buissons  de 
roses,  |)ermetlant  k  la  vue  de  s'etendre  jusqu*4  un 
lointain  horizon,  amelioration  due  au  docteurPoret, 
sous  la  direction  duquel  j'allais  me  trouver. 

J'arrivais  avec  un  certificat  du  docteur  Renaud  du 
Motey,  ainsi  con^u : 


W^^  ChevaUier-Rouy,  CamiUe-Jos^phine-HersiUe,  6St  atteinte 
de  manie  chroniqae.  Id^es  de  grandeurs.  Se  dit  fille  de  la  du- 
chesse  de  Berry;  renie  ssi  famiUe. 


Et  laquelle,  puisqu'on  disait  que  Je  n'en  avals  point? 
On  voudra  bien  remarquer  que  le  doctenr  Renaud  de 


CHAP.   X.   —^  ASILK  d'AUXKRRE.  179 

Ikiotey  Mail  i^  ie  e^ux  que  j'avais  le  plus  touripentes 
au  svijel  de  moit  nom ;  qa'i)  itait  present  lorsque  soeur 
Udmiie  ra'a^t  remUi  mes  papiers;  qu'i)  ks  avail 
eontfiiitedtf  avae  ^le  et  moi;  qu'il  s'Mah  adsur^  que 
j'avais  bien  droit  au  nom  de  Rouy,  le  seul  que  j'eusae 
jsmaia  f^dam^.  Miiis  o'eat  ainai  qu'on  certifiait  a  tort 
et  k  tmtevs,  pour  motiiier  le  maintien  de  ma  seques- 
tration. 

On  m*«nai  plae^  dans  une  petite  cbambre  k  trois 
Ms  eu  couehail  une  gajrdienne;  j'avais  du  pain  blanc, 
igm.  v^gime  aweculenit  et  abondant.  La  snrveillante  de 

\sl  aeelioOy  M<»®  P^ns^,  ^^^  ^^  <^6  quarante-einq  4 
^quainte  aiifi,  eomme  son  amie,  M^^  Br^elet,  la  sur- 
veillante  g^n^rale,  qui  ^enait  la  toir  toura  lea  soira  et 
dofit  la  eoin«f satkm  m*6tait  fort  agreable. 

S  n'y  avail  pas  huit  }ours  que  j'^ais  insiaUee,  quand 
M.  le  doctear  Pctf^t  me  fit  yenir  dans  son  cabinet  et  me 
propeaa^  de  la  paart  de  I'administraiion^  d'entrer  au 
pesaiannat,  d'y  avoir  une  chambre^  le  droit  au  piano,  a 
la  bibtiolMNfAe,  unmeilteur  r^ime  et  les  plus  grands 
seiae,  ma  sami^  n^eeasitant  un  repos  complete 

B  afe«rtait  qu'aa  bout  de  trois  ou  quatre  mois,  c'est-* 
a*^dire  dans  les  beaux  jours,  je  sortirais  gmrie,  et  serais 
bien  recamixnattd^e  et  prot^g^e,  mais  que  c'^tait  d  la 
mnditien  du  silsnee  le  plus  ahsolu  aui%  tout  ce  que  je 
vermis  el  aur  le  aeruiee, 

Men  qai  B!e  fi^t  k  veir  et  k  dire  ne  s'^ait  pass^  de- 
pusa  cnen  arrive.  Je  r^pondis  au  doeteur  que  je  me 


/ 


I 


ISO  MEMGIRFS  D'TNL   ALIiJr.EB. 


[»'OLJ\yis  for';  bi^fi  comn^c  j'eiais ;  '•jijejc  ne  pouvais  pas 
I  r-nclre  ie  rooiu.ire  en^n^x^'fJi^**^-  ^^u  sujcl  dt*  :noA  ^e- 
ltUi.ct:^  mais  quf^  je.  pouv.us  aliirm»M'  que  je  n'avais  et 
ii'aurai'5  rirn  a  cciin*,  si  los  choses  elaieiit  ioujours  de 
nieme. 

Quant  ^  la  question  d^  sortir  guerie  au  bout  de 
trois  mois,  c'est  douc  que  pendant  trois  mois  il  me  cer- 
tifierait  nliene*? 

—  Sans  aucun  <inute  ,y^  ne  ptiis  vous  ;;nrJer  qu'a  re 
prix.  t'l  vou^  n'clos  pas  en  elal  ile  couf  ir  les  nie^  «1e 
Paris  K'U  h'wcv.  lyail lours,  folio  ou  noii  foilo,  v(ms  pa>- 
sez  pour-  Te're  t.'^hl  que  vou.-^  e*e?  ici.et,  aM'cIa  graii(ie 
([iiaulilu  «le  cefti!K:il^  fails  sur  \otre  compte,  un  tie 
plus  ouUe  nioiu.s  x\c  fera  pus  ^rarufi  ho?e. 

CVtyit  jusU,  el  j'lHais  liop  souffrante  pour  dipcultr. 

A  Auxene  le  service  est  puronu»nL  lai^ue,  tie-s- 
compli  U  chacjU'i  section  a  une  survcilluuleoo  c:hef,  une 
sui'vL'iiiaulc  on  sou--orc«re  ot  (]<?i»x  ga  'iliriiutc.  Touc  oe 
])Or.-ounel  os\  ^mi  ;.iti'a»iii  fori  j. une:  )»•  •'octeur  a  pour 
piiu'jpe  (i[\i'i  la  jeunesse  apporte  plus  de  douceur  •  t  'le 
gaiie  dans  ses  rapports  avec  les  malades,  dont  on  clier- 
che  a  rendre  le  sort  aussi  supportable  que  possible ; 
v.iu>\  i»'s  lu  ■!.:»  n'.'s.  'oii!  iMj  !  t.'/i>uil.  Hf  I:i  maJM'a  it) 
\''s!  a  le  loiiijil'l,  si  c; 'i  •'•u!'  (.>!.  iuios>a!io,  out.  \l' 
(.iiC'i  -lij  _:'  r  1  .'!  I',  -i  •  j} '.-f  r  1  -ur-;  oi'i".*'.-.  <y»  st  uu  p'J'iiL 
.' {I'll  iiiL' .  j  .ii  \'i  ''o  icis  ilij  «j-j).)ir.~,  sIl*  .-i  ^laiitlo.-  ii')u- 
I»*ui.^,  (ie  SI  tje^^:?;'jeiay.tf.<  viokiiot.s  5  cause  ilos  vete-       * 


CHAP.  X.    —  A61LB  D  A.OXERRE.  181 

surtout  pour  les  personnes  qui,  ayant  tenuun  certain 
rang  dans  le  mOnde,  se  trouvent  d'autant  plus  malheu- 
reuses  d'etre  contraintes  h  revfitir  le  costume  des  indi- 
gentes. 

Quoiqu'oQ  ait  soin,  \k  comme  k  Mar^ville,  de  placer 
les  personnes  convenables  dans un  quartier^  part,  elltjs 
se  trouvent  encore  parfois  fort  mal  eutourtes. 

On  sort  tousjes  dimanches  et  mdme  dans  la  semaine 
avec  une  permission;  le  r^me  alimentaire  est  boa. 
On  cherche  &  distraire  et  k  occuper  les  malades  ;  le  tra- 
vail n'est  pas  impost;  chacune  s'oecupe  &  pea  prts 
comme  elle  pent  ou  comme  elle  veut.  11  y  a  meme  une 
salle  de  musique,  conslruite  comme  une  aalle  de  con- 
cert, avec  estrade,  gradins,  etc 

Mais  comme  il  n'y  a  pas  de  mMaille  sans  revers, 
void  le  revers. 

Une  petite  servante  de  dix-neuf  ans,  nommee  Louise, 
-  jolie  comme  un  bijou  et  plus  ambitieuse  em^ore  que 
jolie,  ^tait  gardienne  du  quartier  od  j'^tais;  cllu  n'eut 
pas  de  pail  ni  de  tr&ve  qu'elle  n'eflt  oblenu  k  placi;  de 
M""  Paris,  la  surveillante,  que  ie  docteur  Poret  pkfa 
dans  un  autre  service. 

Quand  cette  enfant,  qu'on  mettait  k  latSte  dun  quar- 
tier de  quarante-cinq  4  cinquante  femmes,  a  hujuelte 
ondonnait  en  sous-ordre  deux  autres  jolieM  lilies  de 
seize  k  dii-huit  ans,  vit  qu'elle  n'avait  qu'un  mot  k 
dire  an  docteur  pour  tout  rfigler  k  sa  fantai'-ie,  pnur 
isdre  mettre  au  bain  de  punition  de  pauvres  meres  de 
11 


182  MEMOIRES  DhJNE  ALIl^Nl^. 

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t 

£amiUe,  Tayant  ennuy^e  ou  reveillee  aecideatellexaenl, 
eUe  ne  garda  plus  aucfuie  niesure^  et  ea  moiius  de  six 
s^emaines  tout  fut  sens  dessus  dessous. 

Les  malades  ont  la  permission  de  garder  leurs  effeis; 
Que  planche  est  disposee  k  la  tSte  de  chaque  lit  pour 
c^la..  Lpwse  $'empara  de  tout  ce  qui  lui  plaJ^aU»^  et, 
avec  le  consentement  qu'aucune  de  ces  pauvres 
femipes  n'aurait  ose  lui  refuser,  de  peur  de  s'^  faire 
une  emieruie  terrible,  elle  porta  tow  a  touff  les  ffobes, 
les  A^^tements,  les  cMles  des  malai<jles,  ae  fit  kiKxier  et 
coufectionuer  par  elles  une  foule  de  choses,  etc. 

Ce  n'^tait  qu'un  long  eclat  de  rire  entre  ces  trois 
jeunes  fill.es  et  une  deml-douzaine  de  jeunes  peusioo- 
naires;  chacune  a  son  tour  faisait  le  guet  pour  pr^r 
venir,  par  un  signal  convenu,  de  Tarrivte  d'un  chef, 
car  M.  le  docteur  ne  plaisantait  pas,  et  si  ojqi  le  voyai^ 
paraitre,  vite  chacune  etait  a  sou  poste,  ua  ouvrs^e 
a  la  main  et  une  ^pingle  en  guise  d'aiguil^le,,  si  Vdin 
guille  manquait,  C9j;  on,  ^avait  qu'il  n'y  viendrait  pas 
voir. 

II  passait,  enchants  de  son  service...  et  apeipeljat 
porte  etait-elle  ferm6e  que  les  jeux  et  les  riyes,  les 
coquetteries  avec  les  internes,  les  gardiens,  reparenaient 
de  plus  belle. 

Jamais  encore,  nuUe  part,  je  n'avais  vu  ckose  p^** 
reille  I 

Des  enfants  I  des  iilles  sans  ^ucation,  sans  expe- 
rience, a  peine  sorties  d'apprentissage,  4ireplac6es  i  la 


*                                  • 

1                                           * 

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CHAP.  X.   —  ASIL!!  l^*AtntBAIlE. 

' 

iSSI 

tMe  d'un  service  impprtant  de  femmes  malades  et  mal-, 
heureuses,  sans  aucun  contr61e  sMeux!.,. 

Quand  Louise  prenait  quelqu'un  en  antipathic,  elle 
la  tuait,  Utt^ralemeiU.  Elle  Vaiiachait  A  un  banc,  la 
frappait  k  coupa^  de  quenouille,  la  fouettait  en  plein 
dortoir  J  puis  le  lendemain,  k  la  visite,  la  disait  «  agi- 
te^y  »  et  le  m^decin  en  che£  achevait  par  la  doudbe, 
le»  bains,  le  e&nfessionnal  (4),  ce  qu'elle  avail  eom- 
mence^j  de  $a  propre  autorit^,  et  bien  entendu  sans  le 
dire. 

J'ai  vu  ^  la  d^sesptoince  dans  toute  soa  horrible 
intensity;  nul  recours  n'^tait  possible  cofitre  le'  service, 
un  seul  homme,  a  la  fois  inMecin  en  chef  et  directeur, 
^tan^t  maitre  absolu  de  oe  m^me  service  et  des  malades 
qui,  naturellemeht,  sont  sacrifi^s,  la  difficult^  de 
recruter  le  personnel  faisant  compter  avec  lui. 

J'en  pjst]|^lai  k  W^^  Br^veiet,  qui  me  r^pondit : 

—  Qtt*y  feire?  NVt-il  pa»  change  M»«  Paris  pour 
elle?  , 

Je  r^clamai  sicnplemenpt  mon  chans^ement  de  mai- 
son. 

M.  Hussoti  refusa  par  la  lettre  suivante  : 


N 


(1)  Un  vrai  confessionnal  quant  a  la  forme,  un  peu  plus  dtroit 
afin  de  forcer  a  rester  debout.  Les  pieds  posent  sur  un  plancher 
a  jour,  et  du  haut  de  ce  confessionnal  tombe  de  feau  en  averse, 
deluge  0u  torrent,  cpfbn  fait  durer  a  volont^.  —  II  parait  que 
c'estplUs-terrftle  que  les  douches,  car  fai  vu  des  malades  re- 
commencer  apn&s  la  douch^^,  jamais  apr^s  la  confession. 


^ 


184 


MjgMOIRES  fi'UNE  ALI13N1SE. 


Paris,  le  10  avril  1863. 
Monsieur  le  directeur, 

Le  14  mars  dernier,  vous  m*avez  entretenu  des  r^damations 
que  ne  cesse  de  vous  adresser  la  nommee  GhevaUer-Rouy,  pen- 
'sionnaire  de  mon  d^partement  dans  votre  asile,  a  Teffet  d'dtre 
tranf6r^e  dans  un  etablissement  desservi  par  des  soeurs  on  r^in-' 
t^gr^e  a  la  SalpStri^re.  Pendant  son  s^jour  k  la  Salpdtri^re,  cette 
alidn^e  a  ^t^  pour  les  m^decins,  les  surveillantes  et  les  fiUes  de 
service  une  cause  incessante  de  difficultes,  a  tel  point  que,  sur 
les  instances  dii  m^decin  auquel  elle  avait  ^t^  confine  en  dernier 
lieuy  je  la  fis  diriger  sur  Tasile  de  Fains.  Dans  ce  nouveau 
placement,  la  malade  ne  tarda  pas  a  Clever  contre  tout  ce  qui 
Tentourait  les  mdmes  plaintes  qu'i  la  SalpStri^re ;  elle  soUicita 
bientot  son  envoi  ii  Mar^ville,  ^crivit  a  ce  sujet  k  M.  le  Ministre 
de  rint^rieur,  et  obtint  ainsi  sa  translation  dans  cet  etablisse- 
ment. La,  seS' conceptions  d^lirantes  reprirent  le  mdme  cours: 
le  regime  alimentaire  y  ^tait  detestable,  Tair  fktal  et  sa  vie  en 
danger,  si  Ton  ne  Tenvoyait  proraptement  dans  Tasile  de  Saint- 
Yon,  a  Rouen,  ou  elle  trouverait,  disait-elle,  des  soins  intelligents 
et  des  amis  devours  qui  ne  la  laisseraient  manquer  de  rien. 

En  presence  de  ces  plaintes  et  de  ces  fantaisies,  je  crus  devoir 
laisser  Talien^e  Chevalier-Rouy  a  Mar^vilie,  d*ou  elle  est  sortie 
pour  les  causes  que  vous  connaissez,  pour  Stre  transferee  dans 
votre  etablissement. 

Par  ces  details  vous  reconnaitrez  vous-meme,  sans  aucun 
doute,  qu'un  nouveau  deplacement  serait  ineflicace  a  procurer  a 
cette  infortunee  les  adoucissements  qu^elle  en  espere. 

5'ajouterai  que  cette  malheureuse  femme  est  dans  une  pro- 
fonde  erreur  en  s'imaginant  qu'elle  a  conserve  4  Paris  certains 
parents  ou  amis  qui  seraient  disposes  a  lui  donner  une  assistance 
qiielconque. 

Agreez,  Monsieur  le  directeur,  etc. 

Pour  le  Senateur,  prefet  de  la  Seine,  et  par  delegation, 
Le  Directeur  de  V Assistance  pubUque^ 
Signe:  HusaoN. 


CHAP.  X.  -*  ASILE  D'AUXERRG.  185 

i J ^ 

Cette  lettre  constatie  non  seulement  qu'on  me  repro- 
che  uniquement  des  plaintes  contre  mon  entourage, 
ma  position  et  le  service,  mai^  encore  elle  affirme  de 
nouveau  que  je  n'ai  'parents  et  amis  que  dans  mon 
imagination  malady. 

Qu'il  nOQS  soit  permis  de  fidre  observer,  dcrit  a  ce  sujet 
«  M.  Tailhand,  que  ce  n*6tait  pas  W^  Bouy  qui  ^tait  sur  ce  point 
dans  une  erreur  prdfonde ;  des  lettres  de  M.  le  comte  Benoit 
d*Azy,  de  M"^*  de  Saint-Maur,  d^autres  encore  existant  au  dos- 
sier, notamment  un  billet  de  M.  Laurency  Rouy,  chef  de  division 
auz  Haras,  son  cousin,  d^montrent  que  Terreur  dtait  absolument 
du  c3t^  de  TAssistance  publique. 

1 

Je .  fus  done  obligee  de  me  r^signer  &  rester  dans  ce 
milieu  peu  ^difiant. 

*  Ce  fiit  bien  pis  quand  il  arriva  des  ouvriers  pour 
nettoyer  la  maison  du  haut  en  bas»  ce  qui  avait  lieu 
tous  les  dix  ans,  Le  scandale  devient  tel  que  les  n^a- 
lades  se  r^voltent;  elles  en  appellent  k  moi,  en  me 
disant  que  je  dois  en  informer  le  docteur.  ^ 

—  Ayez;  patience,  leur  dis-je ;  ce  n'est  que  Talfaire  de 
quelques  jours;  je  ne  puis  rien.  J'en  ai  parl^  a 
Mile  Br6velet,  qui  n'ose  rien  dire.  Le  docteur  Poret  est 
directeur  et  m^ecin  en  chef;  11  pent  faire  maison 
nette  en  favour  de  cette  enfant  qui  le  trompe,  et  mettre 
sous  la  douche  qui  bon  lui  semble. 

—  £h  bien  I  si  vous  ne  parlez  pas,  nous  parlerons 
nous-m^mes.  Nous  sommes  d'honn^tes  femmes,  on 
doit  nous  respecter;  des  malades,  on  doit  nous  soigner. 


1S6  niHOmES  D'QNE  ALflfiN^ 

% 

I  ^ 

et  non  nous  b»Ur6  et  ikms  fouetM;  des  iBdiB<6iiteSy  on 
doit  nms  vdtir^  et  noapennettre  k  tto^  domestiques  de 
s'emparer  de  iios  «ffels.w<».  NoQfi  n'osons  plus  tourner 
1ft  i4te;  o'test  une  faonte ! 

—  J'ai  fait  une  partie  de  ces  obs^vatioixB  &  Mi  le  di*^ 
recteur,  lui  repr6$entant  que  des  soeurs  emp^cheraient 
ces  d^sordres ;  il  m*a  moatrS  I'arr^ti  du  Ministre  de- 
fendant dans.cet  asUe  les  orclreis  r^lifieuxt  Patience^ 
croyee-moi* 

Elles  he  voulurent  pas  fti*^6al;er,  et  Tune  d^elles  pril 
la  parole  le  lendemain  pour  laire  «avoir  4  M.  Poret  oe 
qui  se  passait. 

La  pauvre  f^mmel  On  la  mmeiiii  du  bain  pre^ue 
sans  connaissance,  tant  la  douche  ou  la  ^ttfession  avfidt 
et$  tude,  et  cette  petite  effront(§e  de  Louise  passait  et 
repassait  devant  elle  en  riant,  frappattt  du  talon^  ehan-' 
tant,  la  regardant  sous  le  net,  en  Tengageant  k  user 
de  son  influence  poQr  sauver  T^tablisisemeht  I 

Cette  fois,  je  pris  lA  plum^i 

Je  suia  raide  quand  j'eoris  sous  Timpulision  d^  Tindi- 
gnation. 

Je  commengais  par  remefcier  M.  Poret  des  feoltts 
qu'il  me  donnait;  je  lui  dis  qu'il  Atait  indigneraent 
tromp6,  et  que  tout  ce  que  la  pauvre  ftemmis  qu'il  venail 
de  martyriser  lui  avait  dit  ^tait  m^me  au^^dessoud  de  la 
v6rit6;  que  si  de  tels  faits  6taient  connus  au  dehors,  on 
ferait  de  eet  inconB^uent  enfantilla^e  lin  v6ritabld 
soandale  d^partemental ;  que  si  je  n'avais  ridn  dit  jus*- 


■/  :         ^ 


/ 


[chap.   X.  --  ASILE  D'AUXfeRRE.  187 

*---■'  ^  -  \ 

s 

qu'aldrs,  c'eBt  que  je  pensais  que  leg  t'ravaux  terminus 
dans  notre  quartier,  cela  t^e  se  renouvelleralt  pas,  et 
que  je-tne  serais  eiicot*d  absienue  sans  son  imprudente 
vivacity  k  se  portier  garant  d'une  fille  qu'il  ne  cdnnais- 
sait  pas,  et  k  s6vir  sans  enqufite  pr^alable. 

L'eifet  de  cette  lettre  dur  M.  Poret  fut  tefrible. 

II  en  oublia  son  ait  compass^  et  arriva  pr^  de  mon 
lit,  non  pour  me  remercier  de  le  renseigner,  mais  pour 
me  declarer  qu'ilallait  me  renvoyer;  qu'il  neme  gardaii 
que  par  compassion,  par  pitie,  puisGfu'il  etait  impossible 
de  me  prendre  pour  folle,  et  que  je  n'avais  pas  droit  de 
renter  dans  un  asile;  que  j'avais  as6ur^ment  quelque 
ch&se  d  cadher  pour  refuser  la  libertifi  avec  une  tell^ 
perseverance ;  un  but  k  poursuivre,  pour  m'acharner 
contre  le  service, 

—  Comment  I'entendez-vous,  monsieur? 

—  Comme  je  vous  le  dis. 

*  —  Moi,  quelque  chose  k  cacher?  Veuillez  me  faire 
donner  de  quoi  6crire,  et  M.  le  procureur  imperial 
saUra  avant  une  heure  pourquol  et  comment  je  suis 
forc6e  de  rester  ici  ou  la. 

J'iScriTis  k  M.  le  procureur  imp6rialj  et  ma  lettre  lui 
fut  remise  aussitdt. 

Je  lui  d^non^ais  ma  position. 

J'etais  sous  un  pxux  nom.  On  avail;  change  ma  filia- 
tion pour  faire  de  moi  une  femme  sans  tenahts  ni 
aboutissants,  n^e  a  Milan,  de  parents  inconnus.  On 
m'avait  depouiliee,  ruin6e,  et  les  papiers  que  j*avais 


i 


'     t 


188  MfiMOiREs'  d'une  ali6n]6e. 

'- . / >      ■    ■■     ■ 

I 

port6s  k  Gharenton  m'y  avaient  6t6  pris.  Ma  mort  avait 
et6  annonc6e,  et  je  n*6tais  plus  enire  les  mains  de 
VStat  qu'une  aventuri^re  dont  I'fitat  6tait  naturelle- 
ment  responsable,  n'ayant  aucun  papier  ni  renseigne- 
naent  me  coiicernant.  '      ,  . 

Je  signal :  ladite  Chevalier^Rouy, 

M.  le  procureur  imperial  fut  irfes-surpris. 

.  Depuis  quatre  mois  que  j'6tais  k  Auxerre,  personne 
ne  lui  avait  parl6  de  ma  situation  extraordinaire,  et 
jamais  affaire  semblable  ne  s'^tait  prSsentde  depuis 
qu'il  ^tait  magistrat. 

Peu  de  jours  apr^s,  je  pe^us  la  r^ponse  du  procureur 
qui,  s'en  6tant  ent6ndu  avec.  le  pr6fet,  avait  d6cid6  que 
mes  discussions  avec  la  Seine  ne  regardaient  pas 
TYonne. 

Le  pr6fet  signifiait  en  m^me  temps  au  directeur  que 
c'^tait  une  horrible  affaire,  et  qu'ft  moins  que  je  ^e 
fusse  folic  a  lier^  il  ne  voulait  me  garder  sous  aucun 
pr^texte. 

M.  le  directeur  vint  me  dire  ce  r6sultat,  en  me  de- 
clarant que  je  m'en  irais,  bon  gr6,  mal  gr6;  que  tout 
cela  commenQait  a  faire  du  bruit  et  qu'il  fallait  en  ' 
finir;  que  si  je  refusals,  on  allait  mie  montrer  de  cer- 
taines  cellules  o£i  je  ne  serais  pas  trou^de  et  ne  trou- 
blerais  pas. 

—  Alors  c'est  un'  crime  pr^m^dit^  que  vous  allez 
commettre  ?  ' 

—  AUez-vous-en. 


./ 


CHAP.  X.  —  ASIUS  Dy'AXJXERRK. 


189 


—  Je  n'ai  plus  rien  au  monde. 

—  Vous  avez  cent  francs.  On  vous  conduira  k  Tad- 
ministration  de  la  Seine,  et,  du  reste,  si  vous  avez  quel- 
ques  reclamations  k  faire,  I'avoud  de  I'administration 
est  k  votre  service. 

Je  le  vis;  mais  M.  Favour  ne  s'occupait  que  de  titres, 
de  propri^t^s,  et  non  de  reclamations  reposant  sur  des 
on  dit  et  dont  il  fau(^rait  aller  chercher  les  documents 
jusqu'i  Paris,  ou  il  valait  mieux,  de  toutes  &9ons, 
aller  moi-mSme. 

On  me  fit  voir  les  cellules  dont  on  m'avait  menac^e... 
Elles  sont  effiroyables. 

n  y  en  a  cinq  ou  six.  Elles  sont  carries,  un  peu  plus 
longues  que  le  lit  en  bois  (lit  de  g^teuse)  qu'elles  con- 
tiennent.  Un  fauteuil  perce  est  place  k  cdte.  G'est  tout 
le  mobilier.  Lit  et  fauteuil  sont  scelies  au  mur.  Une 
cour,  de  la  meme  largeur  que  la  cellule  et  deux  fois 
plus  longue,  en  depend.  Elle  est  entouree  de  hauts 
murs,  en  sorte.que  la  recluse  ne  pent  absolument  rien 
voir,  ni  etre  vue  par  personne.  Elle  ne  peut  qu'en- 
tendre  les  cris  de  frenetique  souffrance,  de  fureur  in- 
dicible  de  ses  malheureuses  voisines.  Rien  n'est  plus 
affreux. 

Deux  de  ces  cellules  sont  disposees  de  fa^on  k  atta- 
cher  la  femme  sur^le  lit  et  sur  le  fauteuil,  et  &  y  faire  a 
volonte  Tobscurite  la  plus  complete....  II  y  a  de  quoi 
rendre  furieuse  la  personne  la  plus  douce  et  la  plus 
calme....  de  quoi  pousser  au  suicide. 

14. 


ido 


MfiMOIRfiS  l)*U»rfi  ALIETNEE. 


Je  n'ai  pas  ici  k  examiiiei'  I'effet  qui  pettt  Mre  produit 
sur  les  nidlades  par  ces  diff^rents  systfemes  de  r^prps- 
siou;  jefais  senlemeiit  rfemarquer  que  M.  le  docteur 
Poret,  qui  6tait  cerldinement  un  brave  homrae,  m'a 
menac^e  de  m'y  faire  enfermer,  et  je  dois  ajpUter.  qiie 
c'est  g^n^ralement  centre  les  personn^s  qui  out  leur 
raison  et  savent  se  d6feudi*€J  on  se  plaindre  qu'on  em-^ 
plofie  ces  terrlHes  Uioyens  pour  les  dompter. 

Ce  n^est  pas  \&  seu)  c6te  itisie  et  cach6  de  cettd  mai* 
son,  eu  apparence  si  bien  tenue. 

Je  sois  all^e  un  jour  visiter  le  pensionnat,  que  j'^ais 
curieuse  de  connaitre,  apr^s  Tavoir  l*eftis4.  On  m'y  a 
fait  mouter  voir  uue  mdlade  g^teuseet  agitde.;.  La  pau- 
vre  feratne! 

Pans  les  autres  dtablissements  que  j'ai  vus,  l^s  g^-^ 
tenses  ont  au  moins  une  paillasse.  On  change  de  paille 
ou  de  paillot,  quand  la  paille  est  mouill^ ;  on  est  chau^ 
dement  couverte,  et  en  g^n^ral  la  paille  n'est  que  sous 
le  si^ge;  la  t#te,  le  dos,  les  reins,  les  piedsi  Sont  surun 
matelas  coup6. 

A  Auxerre,  au  pensionnat*...  hen !  rienl  hen  I 

On  est  couch^  sur  un  lit  en  fer.  Une  sangle^  un  bas- 
sin  dessous,  une  couverture  qui,  n'6tantpas  bord^e^ 
puisqu'il  n'y  a  qu'une  sangle^  va,  vient,  selon  le  mouve- 
ment  de  la  malheureuse  creature,  qtd  grelotte  jour  et 
nuit  sur  eette  sortede  hamftc^ 

Je  n'ai  Vu  cela  qu'&  Aulerfie.  G'est  horrible. 

Si  on  Economise  ainsl  paille,  draps  et  peine  pour  les 


\ 


\ 


CHAlP.  X.   —  ASILE  p'AUXERRE. 


im 


pensipnnsiir^B,  on  doit  faire  moins  encore  (si  c'est  pos- 
sible) pour  les  indigenteB» 

Mais  revenons  k  ce  qui  me  coneerne.  Le  docteur 
Poret,-au  lieu  de  me  faire  fouillerj  de  se  livrer  centre 
moi  k  d'horribles  violences,  comme  ses  pr6d6cesseurs, 
se  oontenta  de  me  menacer.  I'^tais  pourtant  a  sa  dis- 
cretion iabsolue.  Le  pouvoir  du  medeoin  devient  terrible 
)orsqu*6tant  en  m^me  temps  directeur,  il  Texerce  sans 
contrdle,  se  laisse  tromper  ou  ferme  le^yeux.  Dans  les 
maisons  plus  importantes,  ouce  pouvoir  estdivise,  le 
ni6decin  a  la  direction  des  malades,  le  directeur  celui 
du  service,  mais  avec  un  certain  droit  de  contr61e  r^ci^ 
proque.  S4l  y  a  parfois  conflit,  ce  ne  pent  Mre  qu'au 
profit  des  malades.  Ces  deux  pouvoirs  sont  indispen- 
sables :  indispensahles.  Que  serais-je  devenue  k  Fains, 
a  Mar^ville,  sans  Tintervention  du  directeur  qui  avait 
pr6venu  le  pr6fet?  J'y  serais  morte  sans  doute,  cachee 
a  tous  les  yeux ;  -^  ce  qui  ei]lt  ^pargn^  bien  des  ennuis 
&  l*admihistration. 

Sur  ces  entrefaites,  M.  Piroux,  m6decin  adjoint  de 
I'asile,  ayant  6t6  a  Nancy,  en  rapporta  100  fr.  que 
M.  le  comte  de  Lambel  avait  d6pos6s  chez  M.  Vagnet, 
dditeur,  pour  mettre  k  ma  disposition  personnelle. 

Sit6t  que  M.  le  directeur  eut  cet  argent,  il  me  dit  que 
j'avais  dttffisamment  pour  aller  a  Paris  ;  que  je  n'avais 
pas  besoiti  «  d'Un  carrosse  a  deicx  chevaux  »  pour 
sortir  d'un  asile^ 

11  me  fallut  done  en  prendre  "mon  parti  et  compren- 


/.  ' 


\ 


\ 


192  MEMOIRES  D*UNE  AXI)&n6e. 

dre  que  je  n'obtiendrais  rien  k  Auxerre.  On  m'accorda 
pourtant  quelques  jours  de  r6pit  pour  me  soi^er.       ,  i 
Le  15  juin  1863,  M.  le  directeur  Poret  annongait  eu 
ces  termes  mon  renvoi  &  M.  Husson : 

Quelque  mal  fondles  que  soient  les  plaintes  de  cette  ali^n^e, 
elles  finiraient  n^anmoius  par  faire  un  tort  considerable  dans 
Topinion  publique  au  pensionnat,  qui  est  une  des  principales 
ressources  de  Tasile. 

Le  26  juin,  il  &isait  signer  ma  sortie  au  pr^fet  de 
TYonne,  en  lui  envoyant  un  certificat  de  guerison. 

Je  crois  devoir  citer,4  propos  de  cette  sortie,  le  pas- 
sage ,  d'une  lettre  de  M.  le  direcleur  de  Charenton  k 
M.  le  directeur  de  Tadministration  d^partementale  et 
communale  au  minist^re  de  rint6rieur,  passage  relev6 
par  M.  le  president  Tailhand  dans  son  enqu^te,  en 
1872: 

. . . .  Ce  que  vous  ignorez  peut-Stre,  c/est  qu^elle  est  sortie 
d'AuxeiTe  en  vertu  d*un  certificat  de  guerison  du  docteur  Poret. 
Pourquoi  M.  Poret  Fa-t-il  declar^e  guerie?  G'est  parce  qu*il 
n'y  pouvait  plus  tenir  et  voulait  a  tout  prix  se  d^barrasser  d'elle. 

La  voila  libre  enfin.  Elle  retoume  k  Paris  et  va  chez  M.  Has- 
son.  M.  Husson  lui  donne  200  fr.  (1).  Elle  va  dans  un  hdtel 
garni. 

Quelque  temps  apr^s,  on  la  retrouve  a  Orleans,  dans  le  ser- 
vice du  docteur  Payen. 

Comment  se  fait-il  qu'elle  soit  la  ?  Elle  a  di^  faire  ane  dtape 
avant  d'y  arriver ;  selon  toute  vraisemblance,  elle  a  pass6  par 

<1)  Trente  francsy  et  non  deux  cents,  dontdix  pour  m'envoyer 
a  rouvroir  de  Vaagirard. 


CHAP.  X.  —  ASILE  D'AUXERRE.  193 

t 

la  Prefecture  de  police,  n  sendt  int^ressant  de  savoir  dans 
qaelles  circonstances  et  k  la  demande  de  qui,  apr^s  avoir  ^t^ 
si  bidn  gu^rie  par  le  docteur  Poref,  elle  a  4t4  de  nouveau  s^- 
qaestr^e  dans  nne  maison  d'ali^n^s .... 

Ce  qu'il  y  a  de  curieux,  c'est  que  M.  le  directeur  de 
Charenton^qui  icrit  des  lettres  si  famili^res  k  M.  le 
directeur  g^n^ral,  v!est  atUre  gue  M.  BarrouXy  ex- 
directeur  de  Fains,  qui  s'^tait  constitu6  mon  z61e  pro- 
tecteur  centre  les  agissements  du  docteur  Auzouy, 
avait  amen6y  comme  on  salt,  M^^  la  pr^fette  chez  moi, 
en  secret  J  et  avait  torit  en  1857  au  minist^re,  au  sujet 
de  ma  fenStre,  bouch^e  avec  une  hotte  en  bois  par 
I'ordre  du  m^decin. 

Toujours  est-il  que  mon  depart  fut  d^cid6,  comme  11 
le  dity  parce  qu'on  voulait  se  d^barrasser  de  moi  ^  tout 
priXy  et  que  si  j'6iais  rest^e  pacifiquement  sans  rien 
dire,  sans  faire  savoir  aux  chefs  imm^diats  et  respon- 
bles  ce  qu'ils  devaient  savoir ^  on  m'aurait  tr^s-pr6- 
deusement  gard^e. 

Done  on  me  renvoyait  guMe,  parce  que  ma  folie  6tait 
de  plus  en  plus  insupportable,  et  qu'il  devenait  urgent 
de  mettre  fin  k  mes  plsdntes  et  k  mes  rapports. 

J'ajoute  que  je  suis  heureuse  de  pouvoir  produire  ces 
pieces,  car  on  ne  me  croirait  pas  si  je  le  disais.moi- 
m^me.  ^ 

Enfin,  tout  est  bien  r6gW,  convenu,  arrange,  et  je 
suis  pr^te  k  partir  d^s  le  lendemain  matin,  quand.sur- 
vient  une  difficult^  inattendue. 


(    / 


194  iK£tfOm)SS  B'tlNE"  ALliK^B.       - 

II  y  avait  %  la  cais»e  cetit  <dt  qu^lqUea  f^ants  m'apparte*- 
nant.  On  me  lesapporte.  Jeles  prends;  je  les  empoche, 
etje  remercie. 

Mdis  ce  n'est  pas  tout.  H  faut  signer  la  reception. 

— '  Signer  ? 

—  Sans  doute. 

^^  Mais  quel  n()m  5rouleil«-voud  qu«  j6  eigne,  puibque 
je  n'ai  pas  de  personnalit^  authentiqunf 

—  Signet  Chetalie^■Rduyi 

—  Ge  n'est  pas  moh  Hdm» 

'^  Qu'e8t>*ce  que  eela  ftiit,  puiiiqUe  o'est  lui  sous 
lequel  vous  6tes  enregtstr^e  ? 

—  Ce  serait  faire  un  faux,  et  je  ne  I©  puis  pbs< 

—  G'est  pai*  m6chafitet^  que  vous  retlises. 
Je  prends  mon  parti,^  elje  dis : 

—  Donnei: ;  ce  n'est  vraiment  pas  la  peine  de  se  mal 
quitter,  quand  on  pent  tout  ooncilier  avec  deux  petits 
mots* 

Je  prends  la  plume,  et  je  signe  sur  le  registni : 

LiikdVttR  Ghevalier'-Rouy; 

G'^tait  fait.  II  n'y  avait  plus  ^  y  revenifi 

Je  ne  puis  dire  Teffidt  produit  parens  deux  tnotd,  ^i 
sauvaient  la  situation  et  constatatent  ma  protestaiibh. 

Le  lendemain  toatin^  W^  Br^velet,  la  suirveillante 
g6n6rale,  Itant  charg6e  de  m'accompagner  avec  une 
gardienne,  Tomnibus  du  ehemin  de  fer  venait  hous 
prendre  avant  le  lever  g^n^ral.  Oil  atait  eu  pour  moi 
mille  aimables  attentions ;  j'emportaii  det  protisions 


.  \ 


CHAP.   X.  -»-  ASlLfe  !>*lt)X«flRE.  495  . 

t 

pour  trois  jours  au  moins  et  deux  bouteilles  de  vin 
fin* 

Durant  tout  le  cours  de  mon  s^jour  dans  cet  ^tablis- 
sement,  les  choses  se  sont  pass^es  envers  moi  avec  ce 
m^me  calme,  cette  m^me  bienveillance  tranquille. 

Un  seul  incident  a  trouble^  pendant  deux  heures^ 
cette  quietude.  M"*  Louise  redoutait  mes  Merits.  Elle  a 
vu  que  j'avais  du papier;  la  peurl'a  prise;  elle  a  profits 
de  ce  que  j'6tais  en  bas  pour  grimper  dans  ma  cham- 
Iwre,  briser  le  cadenas  de  ma  malle,  y  fouiller,  et  n'y 
trouvant  rien,  de  peur  d'etre  prise  sur  le  fait,  s'est 
saiivde,  laissant  tout  seu^  dessus  dessou^  daos  tna~ 
chambre. 

Je  m'en  suis  plainte  at!  docteur.  On  a  tnis  la  chose 
sur  le  compted'une  malade;  le  docteur  m'a  fkit  rendre 
un  bon  cadenas,  et  Louise  en  a  6t6  pour  sa  peine.  Elle 
xi'avait  que  dix-neuf  ans^  la  pauvrette !  Sans  cela,  elle 
aurait  su  que  ce  n'est  pas  sous  cUy  dans  un  asile,  qu'on 
cac/ie  c^  qu'on  veut  soustraire  aux  perquisitions. 


t       1 


i9d  MiskoiRES  d'une  axu&m^. 


CHAPITRE  Jl 

L'hdtel  Salnt-KloheL  —  1a  Pr6feoture  de  polloe. 

'  Mes  deux  surveillantes  me  conduisirent ,  aussitot 
notre  arriv6e  k  Paris,  A  TAssistance  publique,  Elles 
devaient  me  remettre  entre  les  mains  de  M.  le  direc- 
teur  et  en  tirer  regu  de  ma  personne.  Mesure  assez 
bizarre,  soit  dit  en  passant,  et  plus  arbitraire  que  le- 
gale ;  mais  on  avait  peur  que  je  ne  restasse  a  Auxerre 
et  que  je  n'y  soulevasse  une  certaine  Amotion. 

Pendant  que  W^^  Br^velet  etait  descendue  pour  par- 
ler  k  M.  Husson,  j'6tais  rest^e  dans  le  cabinet  du  sous- 
chef  de  la  division  des  ali^n^s.  Je  renonce  k  dire  I'effet 
que  produisit  men  arriv^:  une  b^te  fi6roce,  la  foudre, 
le  diable  et  ses  comes  n'en  auraient  pas  produit  davan- 
tage;  tons  les  employes  y  entraient  tour  k  tour  pour 
voir  cette  malencontreuse  curiosity. 
'  M^c  Br^velet  remonta  avec  dix  francs  que  le  direc- 
teur  lui  avait  donnas  pour  me  conduire  k  I'ouvroir  de 
Vaugirard,  oil  ces  dixfirancs  me  donneraient  le  droit  de 


/ 


CHAP.  XI.   —  L'h6tEL  8AINT-MIGHEL.  197 

I 

■  ■  ■    I  I  I  ,  .1  ,    —^^—1     I II  1 1  ^  I  .1 

rester  vingt  jours,  moyeimant  que  je  paieraie  k  sur- 
plus de  ma  d^pense  par  mon  travail  k  Ysifwile,  On 
aurait  bien  voulu  me  claquemurer  avec  mon  consente- 
ment,  car  autrement  i)  fallait  un  pr6tette...  qu'on  ne 
fut  pas  longtemps  k  trouver. 

Je  reiusai  d'alier  k  Yaugirard ;  c'^tait  trop  loin  pour 
que  je  pusse  m'occuper  de  mes  affaires.  J'avais  re^u, 
comme  je  Tai  dit,  k  Mar^ville,  une  partie  des  papiers 
qu'on  m'avait  soustraits  k  Charenton;  je  priai  Fadmi- 
nistration  de  me  faire  rendre  le  reste. 

—  Allez  au  minist^re;  Charenton  en  depend. 

—  Puisque  c'est  vous  qui  vous  ^tes  m^Us  de  moi, 
qui  avez  renseign^,  couru  partout,  c'estji  vous  k  r^parer 
le  tort  que  vous  m'avez  fait  par  vos  &usses  d-marches. 

—  Non. 

Je  m'en  fus  m^contente,  avec  trente  francs  qu'on  me 
donna ;  W^^  Br^velet  et  la  gardienne  me  conduisirent  k 
I'hdtel  Saint-Michel,  quai  Saint-Michel,  n^  1,  et  ne 
me  quitt^rent  que  quand  tous  les  arrangements  furent 
pris  avec  mes  h6tesses,  MM^^^  MoufQette. 

J'y  suis  arriv^e  avec  ma  petite  malle,  sur  laquelle 
6tait  le  nom  de  Josephine  Chevalier ,  et  j'ai  6t^  inscrite 
a  rhdtel  sous  ce  nom,  avec  la  qualification  de  voyageuse. 
On  m'a  demands  mes  papiers ;  j'ai  dil  dire  que  je  n'en 
avais  pas,  et  on  a  bien  voulu  me  garder  sans  cela. 

Cette  position  Equivoque  ^tant  tr^s-dangereuse,  je 
cms  devoir  la  soumettre  k  I'administration  de  la  Seine 
et  la  prier  de  r6pondre  de  moi,  ce  qu'elle  refiisa. 


I     \ 


m 


$i|]gtt<^ll&S  titli^E  ALUgl^fE. 


JWhisa  Mi  lepiiSfet  da  l§i  BeiAe  pour  lui  detnander 
Uhe  audt^i^d.  Oft  116 1'^j^Atiit  fiais.  N 

J'allfti  aiji  parquet.  On  me  dii  d'^rim-. 

J«  fia  pluisieiir^  et)Ut%eis}  pour  r^trouv^  d'ltncientito 
connaissances.  Personne  n'^tdit  &  Paris  i  la  flfl  de  jtilii. 

J'i§oritls  me,  Idite  ihdi^^  ail  b&k^fi  d«  Klhkdliii 
(docteur  Pelletan)^  pont  lui  dire  la  isltuatitftt  dans  M^ 
quellie  j'^tais^  grftce  ^  luL 

J'allai  Chez  M.  le  comt^  3eiioU  d'Azy  i^t  ehee  son 
gendre,  M.  Augustin  Gotshin.  Ik  ^taieht  1^  la  campagA^. 
Je  leur  Mentis*  ' 

La  chambre  quts  j'hablteds  me  cOiltalt  3  fir.  par 
jour,  sans  la  nOUrriture)  Ma  bourse  i^e  vidait.  Sanis  pa- 
piers,'  sous  un  nom  qui  n'^tait  pas  Je  mien,  v^tue  de 
vieux  effets  de  succession  des  asiles,  je  ne  pouv^s  me 
presenter  nuUe  part  pour  ehercher  une  occupation 
queiconqUO)  avec  le  titre  de  foll4  gizitie. 

D'ailleurs,  je  n'f  pensais  gu^rei  Je  Voulais  d'abord 
qu'on  me  rendit  ce  qu'on  m'avait  pris^  ne  voulant  pas 
^tre  reconnue  ou  m6me  sdUpt^onni6e  k  Paris  avant  d'y 
Mre  remise  sur  Un  pied  convenable. 

YMue  aussl  simplement  que  je  Totals,  on  ne  se 
gSnait  pas  pour  parler  deVant  moi,  et  j'entendis  en 
quatre  ou  cinq  joUrs  un  tel  concert  de  plaintes  sur  le 
gouvernement^  ifur  les  impdts,  que  j'en  fUs  stup^faite. 
Ge  qui  m'^tonnait  surtout,  c'l^tait  le  peu  de  precau- 
tions qU'on  prenait  et  les  paroles  menagantes  qui 
6taient  daus  toUtes  les  bouches. 


I 


—  Ah !  si  noiis  «lVidfts  quelqu'Uft  k  hoUtt  tM^ !  di- 
sait-on. 

Une  Xo%  Vouhint  ftll^r  vt}ir  Notre4)am<d',  je  toUrnais  , 
le  coin  du  (}uai,  lOHQUe  jd  tid  tetitr  ddVa^  moi  Ukie 
pouvihe  (^mme  «ii  haiUons,  ^^^  meii^ii*,  l^e  soutenAnt 
a  p^inei  Att  moment  de  Kitidttre  li§  pi^d  ^r  le  trottdli:') 
elle  chancela  et  serait  tomb^e  si,  m'6lan{ant  vet*s 
elle,  je  n&  Pousse  ^uienue^  Passant  «t)n  bi'tts  b6us  le 
mien^  jd  mUhformdl  d«  e^  icju'^lte  ftv^it;  J'l^ppHs 
qu'ayant  qtdtt^  rH6leUDi6U  depuid  httit  jours^  d'ayant 
pas  de  qudi  ^  soigb^r  til  (»6  tiourrlr  ei  «e  fletitakit  mal, 
elle  allail  ^tl  Paifi>i«  prier  l6  mMdCin  de  Itt  teprelidird. 
T*  £h  bie& !  din^je^  je  Vld«  toui^  y  cottduir^i 
Et  en  Dti^e  tempd,  Je  tirai  2  fir,  de  »ia  jiddiei 
Je  fus  &  rinstant  accdst^e  pa)r  tin  homme  eh  blouse, 
car  eetle  petite  so^ne  arait  attin§  du  mottde.  tl  mit 
u&«  poign^  di$  00)18  dans  la  main  de  la  p^uvre^fiej  en 
regardant  autour  de  lai  d'un  air  farouche;  puis,  preg- 
nant le  bras  de  cette  f^mme  et  le  retirant  du  mieU)  il 
me  dit  d'une  t^AJL  cohit^nti'^e! 

--^  ^loignez^vous^  madame;  votrebonte  pour  eette 
psiuvre  femme  pourrait  lui  Itre  fatale,  et  eu  lieu  de  lA 
recevoir  au  Parvis  ou  St.  Thdpital,  on  vous  Tdterait  pour 
Isi  conduire  ^  la  Pr(lfecture5  de  \k  au  d6p6t.»..  ear  on 
arrdte  le  pauvre  ici ;  on  n'a  pas  ie  droit  de  le  ^ecourir. 
On  chasse  de-  Thdpital  ceuit  qui  en  ont  beSdtn;  m^d  on 
salt  bien  y  garder  ^tii  on  Det4....  ^ioignefl-voudj  ma** 
dame ;  on  ne  ferA  paid  attentit^n  k  noai» 


• 

CHAP-  XI.  —  Ij'tfA'rtfiL  UlLiNt-ttiCHEL.  i98  'l 


I 

1 


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V 


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^  NiSMomBs  p'UNE  ali£n£e. 

.     *  ■  '  W.I  ■  III  1 

/  • 

\  /  '  ,       . 

Et  il  ajoi^ta  en.s'approchant  de  moi : 

—  Si  nous  avions  quelqu'un  k  notre  t6ie  I 

Get  homme  me  connaissait-il?  £tait^ce  un  des 
ouvriers  qui  m'avaient  vue  k  la  Salp^tri^re? 

On  se  s^para,  et  chaoun  donna  q^elque  chose  &  la 
pauvre  femme,  que  cet  homme  conduisait  eurla  soute- 
nant. 

Cette  sc^ne  m'avait  saisie  ;  je  restai  1^  immobile, 
pensive.  En  si  peu  de  temps  avoir  entendu  tant  de 
choses,  alors  que  je  ne  disais  rieni  Qu'aurait-ce  done 
^t6)  si  j'avais  dit  que  depuis  neuf  ans  on  me  trsdnait 
d'asile  enasile,  de  d^partement  end^partement,  faisant 
des  h6pitaux  autant  de  Bastilles,  ou  le  ceiiificat  de 
complaisance 'sign6  par  un  medecin  6tait  une  lettre  de 
cachet  &  la  disposition  du  premier  venu? 

Cette  occasion  si  d^sir^e,  ce  chef,  ne  pouvait-ce  pas 
4tre  moi?  Qu'avait-il  fallu  k  Rdme?  Vne  Lucr&ce,  une 
Virginie. 

Je  rentrai  k  I'hdtel  s^s  dire  un  mot.  Je  voulais  rester 
inoffensive,  tenter  d'attirer  Tattention  de  Tautorit^  que 
je  croyais  abus^e,  et  que  j'avais  trouv6e  si  secourable  et 
si  bienveillante  en  1857,  k  ^  Fains,  en  la  personne  de 
M.  le  baron  et  de  M°^e  la  baronne  Ro^at. 

J'^crivis  done  k  M°^c  la  baronne  Haussmann,  pr6fette 
de  la  Seine,  pour  M.  le  pr^fet. 

Mais  ma  lettre,  au  lieu  d'etre  humble  et  de  r^clamer 
secburs  et  protection,  se  ressentit  du  m^contentement 
g6n6ral  dont  j'avais  ^t^  tdmoin  depuis  mon  arrive  k 


f  I 


CHAP.  XI.  —  L'HdXEL  SAINT-MICHEL.  201 

Paris,  et  de  mon  m^contentement  personnel  en  voyant 
toules  les  portes  se  fermer  devant  moi,  qui  avals  cepen- 
dant  des  droits  incontestables  k  faire  valoir.  / 

Get  ^rit  fut  done  un  emporte-pi6ce.  Le  voici  dans 

toute  son  audace : 

« 

A  Madame  la  Prefette  de  la  Seine, 

Palis,  3  juillet  1863. 
,    Madame  la  Prefette, 

La  police  ne  salt  rien  de  ce  qui  se  passe.  Elle  ignore,  ainsi  que 
les  administrations,  qui  elle  a  sous  la  main ;  elle  ne  s*occupe  de 
constater  ni  le  nom,  ni  Tidentit^  des  personnes  qu^on  transfdre 
de  d^partement  en  d^partement,  sur  un  arrSt4  de  M.  le  Prefet 
de  la  Seine  et  sous  sa  responsabilit^. 

VoUa  neuf  ans  qu'on  me  fait  forc^ment  jouer,  a  visage  d^cou- 
vert,  sous  la  garde  des  autorit^s  civiles  et  judiciaires^  le  rdle 
da  Masque  de  Fer  dans  les  maisons  de  r£tat. 

Entree  exi  France  sous  le  nom  de  Charlotte  Johnson,  j*ai  ^pous^ 
sous  ce  nom  le  baron  del  Lago,attach4&  Tambassade  d'Autriche. 
—  Je  me  suis  marine  sous  ce  nom.  au  comte  Pierre  Petrucci.  — 
J'ai  ^t4  artiste  sous  le  nom  d*Hersilie  Rouy.  —  On  me  promene 
ofBciellement  de  province  en  province  sous  celui  de  Josephine 
Chevalier  (1). 

Ce  que  fai  vu  de  d^sordre  est  horrible « 

La  souffrance  du  pauvre  —  que  j'ai  partag^e  —  est  affireuse. 
.  On  fait  de  vos  asiles  d'ali^n^s  des  cavern es  de  voleurs  oix  on 
devalise  les  gens. ...  do  vos  maisons  de  sant^,  des  abattoirs  et 
des  oubliettes  oil  les  malades  sont  livr^s  aux  insultes,  auxcoups, 
aux  violences  d'un  service  brutal  et  grossier;  oula  terreur  r^gne; 

(1)  Ces  personnalit^s  m'ont  ^t^  attributes  par  les  uns  et  par 
les  autres,  d'apr^s  les  ressemblances  qu'on  me  trouvait.  On 
m'eii.a  doxmd  plus  de  dix.  Je  n'en  cite  pas  la  moitid. 


^02  mimofKEs  d  r^sE  mjesek. 


Ml  <m  pent  eidermet  eeu  ^h  at  f^mgatBt  daas  #qlwjMes  eel- 
laJes,  daiks  des  don/Diis,  morer  fears  tenietres. ..  tortiirer  ei  taer 
{^ar  le  garrot  on  par  U  doociie,  en  disant : 

c  Je  r^prime,  el  je  soigne.  »    - 

Le  peuiiie  «st  meconteni ;  il  est  pnH  a  se  swlc^gr  des  qa*ii 
aofa  quelqu'on  a  sa  tete.  et  qiiand  fl  saara  qoelea  medecuis  font 
des  certificats  de  compiaisance  senant  de  lettres  de  cachet  pour 
engloirtir  eeax  qu'on  craint  ou  qm  genent  dans  tos  maisons 
secretes. 

II  f era  icmter  i-os  nouveUes  Bastilles. 

£t  je  sigDai,  comme  ma  leltre  a  rimpetatrice, 
Hkrwije,  9ceur  du  roi  Henri  V. 

Si  mes  lettres  raisonnables  et  poHes  restaient  sans 
reponse,  il  n'en  fut  pas  de  m^me  de  celle-ci. 

Je  Tavab  portee  moi-m^me  Ters  midi.  A  deux  ou 
troisheureSy  im  jeune  homme,  fort  convenable,  se  pr6* 
sentait  chez  moi  et  me  pria  de  le  suivre  a  la  Prefecture 
de  police^  ou  M«  le  pr^fet  desirait  me  parler. 

Je  compris  que  c'^tait  one  arrestation.  Je  fermai  mon 
bureau,  ma  porte^  dont  je  domiai  la  cI6  k  mon  hotesse, 
et  j'acceptai  le  bras  de  ce  jeune  bomme,  pour  ne  pas 
attlrer  I'attention. 

Nous  arriv&mes  k  laPr^fecture,  ou  unautre agent  me 
conduisit  dans  le  cabinet  du  docteur  Las^gue,  qpii  me 
demanda  ce  qui  m'amenait. 

—  Je  crois  que  c*est  une  lettre  que  j*ai  6crite  k 
M™«  la  pr^fette. 

II  se  redressa. 

—  GommAiitl  c'ast  vouft  qui  aivea  ton4  cetke  fetire 


,_-^« 


/ 


CHAP..  XI.  ^  l'h6tBL  aUDOUfCHEL.  903 


qw  ^  boulevefs^  MM.  lee  pr^fets?  On  vie&t  de  me 
TapporterJ  mais  je  n'ai  pas  encof  e  eu  le  temps  de  la  lire. 
Que  eoQlient-^lle  done? 

Je  le  lui  dis.  , 

---*  Oh!  oh!  soeuF  du  roi  Henri  V 1  Mais  c'eet  le  dra- 
peau  blanc  aux  quatre  coins  de  Paris  1  Et  voias  avez 
parl6  de  cela  k  Thbtel  et  en  ville?^ 

—  On  nfe  raconte  pas  de  telles  choses  dans  un  h6tel 
garni,  et  si  j'en  avals  parld  k  quelqu'un,  je  n'aurais  pas 
ecrit  ^Mn^°  la  pr6fetiepour  Tavertir  decequise  passait. 

^J'aurais,  au  contraire,  laiss6  parler  et  agir  les  autres, 
demand^  mes  comptes  de  tu telle  administrative,  r6- 
clam^  mes  papiers,  men  argent,  des  dommages-inle- 
rets....  En  Scrivant,  mon  intention ^tait  de  concilier. 
— ^.  Un  pe«  rudem|Bnt. 

—  J'6tais  en  colore. 

—  Aliens  1  C6  rCesk  qu^un  coup  de  tete;  on  ne  pent 
pas  vous  garder  enferm^e  pour  cela.  Donnez  vos  expli- 
cations; ^crivez  une  lettrepolie,  et  on  vous  rendra  voa 
papiers  et  votre  lib^te. 

—  Ma  liberty!  Je  suis done  prisonni^re? 

—  J'ai  des  ordres  precis^  k  votre  sujet. 
r*-  Ah!.... 

J'^crivis  stance  tenante  la  lettf e  d'excuses  qu'il  me 
demandait. 

Je  fus  conduite  dans  un  cabanon  par  un  agent  aocom- 
pagn^  d'une  femme  v<mant  voijr  si  j'avais  sur  moi  quel- 
que  instrument. dangereux  ou  des  valeurs. 


/ 


\ 


204  MISMOIREBt  D'UNE  ALI^N^E. 


Je  remis  a  Tagent  mabourBe,  qui  contenait  encore 
100  fr.  ' 

Une  demi-heure  apr^s,  j'arrivais  \  la  Salp^tri^re  en 
voituije  cellulaire.  v 

Void  la  note  m^dicale  ^  laquelle  j'ai  dti  cinq  ann^es 
de  sequestration  : 

La  nominee  CSievalier,  4g4e  de  cinqaante,ans,'traiUe  dans 
divers  asiles,  arrivee  a  Paris  depuis  quelques  jours. 
Lettre  delirante  avec  menaces  au  pr^fet  de  la  Seine. 
£tat  de  manie  raisonnante. 

Sign^ :  Las£:gue. 

Un  simple  arr^^  de  M.  le  pr^fet  de  police  accompa- 
gnait  cette  note,  faite  par  ordre. 

Je  suis  arriv6e  ^  la  Salp^tri^e  le  3  juillet  4863.  Le 
mot  reolMde  a  suffi  pour  m'y  faire  garder. 

J'^tais  parvenue  jusque*la  k  maintenir  le  nom  de 
Rouy  a  la  suite  de  celui  de  Chevalier^  Je  ne  suis  plus 
que  Chevalier  sur  la  note  du  docleur  Las^gue.  Mon 
veritable  nom  a  d^finitivement  disparu. 

Ce  syst^me  pour  se  d^barrasser  des  gens  n'est-il  pas 
admirablement  simple  et  primitif?  Messieurs  les  prefets 
ne  sent  pas  contents  de  la  donneuse  d'avis;  elle  a  une 
manie^  de  raisonner  et  de  renseigner  fort  dange- 
reuse!....  lis  la  suppriment  avec  quatre  lignes  d'un 
medecin  a  eux...  et....  tout  est  diti 

Lors  de  I'enqu^te  minisl^rielle  de  1869,  on  trouve 
dans  le  rapport  de  M.  Juliet,  commissaire  aux  d^l^a- 


CHAP.  XI.  —  L*H6tEL  SAINT-MICHEL.  205, 


tions  judiciaireS)  cette  singuli^re  Mention  au   sujet  de 
mon  renvoi  k  la  Salp^tri^ : 

Le  commissaire  de  police,  ^tablissant  T^tat  d'exaltation  de  la 
nomm^e  Hersilie  et  son  refus  de  rdpondre  a  aucune  de  ses  ques- 
tions... 

Hersilie  I  mais  c'est  Josiphine  Chevalier  qui  a  ^t^ 
arrStee  k  Thbtel  Saint-Michel  et  amende  k  la  Salpd- 
tri^re,  qui  de  \k  a  dtd  transferee  k  Orleans  et  en  est 
sortie  sous  ce  n.om. 

De  plus,  elle  ne  demandait  qu'&  s'expliquer. 

N'est-ce  pas  curieux?  Voil^  comme  rautoritd  est 
renseigndel 

Je  n'ai  vu  aucun  commissaire  de  police^  et  M.  Juliet 
n'a  pu  produire  de  procfes-verbal;  ce  mot  Herailie  le 
prouve. 

La  lettre  de  menaces  n'a  jamais  dtd  montrde,  sans 
doute  parce  qu'on  ne  la  trouvait  pas  assez  delirante 
pour  motiver  la  mesure  de  rigueur  prise  centre  moi,  ce 
qui  faisait  dire  a  M.  Tailhand : 

11  est  impossible  d'appr^ier  le  caract^re  des  injures  ou  des 
naenaces  auxquelles  M"*  Rouy  se  serait  laiss^e  entrainer;  ce  fait 
n'ayant  pas  ^t^  consign^  dans  un  procds-verbal  r^gulier. 

Comme  inconnue,  logde  dans  un  h6tel  garni  sous 
un  nom  qu'aucuns  papiers  ne  pouvaient  justifier, 
j^avais  droit  a  aller  ep  police  correctionnelle^et  c'dtaita 
quoi  je  voulais  arriver  pour  m'expliquer.  On  a  eu 
peur.  On  a  cache  ma  lettre,  et  on  m'a  dite  foUe» 

18 


\t  •  '        ,      '        .« 


/ 


20|g  iM^fi(<eifU^  i^'Vfi^  ALI£Nj^. 


a-    <* 


Yoki,  du  rested  sur  I'Ul^galit^  d«  ma  r^^t^gr^lioa  a 
la  SalpMri^re/  ropinion  de  m^w  ^(nofiA  v%f potter ^ 
dont  la  competence  en  mati^re  judiciaire  xie  pent  ^tye 
mise  en  doute  (1) : 

Dans  le  coiirs  de  sa  sequestration  d^ja  si  ifongue,  personne 
i^'avait  eu  la  pensee  de  requ4rir  rinterdiction  de  M°"  Rj»uy. 
Sortie  de  I'asile  d'Auxerre  en  vertu  d'une  autorisation  r^guHere, 
elle  Mait  rentr^e  da«s  toute  I'lnt^grit^  de  ses  droits  civils ;  elle' 
Hie  pauitrait  dpac  ^e  res|^ooaa^e  des  llaits  qui  iui  etaieot  iin- 
put^s  qvs  devant  les  tribunaux,  si  elle  avait  la  conscience  du 
delit  qu'elle  aurait  commis>  ou  devant  Vautorite  administrative, 
si  ces  mSmes  faits  ^ient  de  nature  k  eompromettre  Tordre  pu- 
blic <m  h  t6mmt&  4es  persosAeiR  (ait.  13  dfi  la  kii  da  30  juin-)« 

On  a  cm  pouvoir  d^cliner  la  premiere  juridlcliQ^,  et  M,  l^ 
prefel  de  police  a  pens^  qu'il  y  avait  lieu  d*agir  d'oflice. 
Assurdment  sa  competence  ^it  inddniaUe  k  ce  point  de  voe 
absoki;  msas  dansceitfte  hypotth^se  la&me,  11  y  anrait  ndcesfii^  de 
consid^rer  llnternement  auquel  on  soumettait  M"*  Rouy  comme 
etant  un  nouveau  placement,  etii  fallal t,  d6$  lors,  rempli^r  toutes 
les  formalit^s  exig^es  par  la  loi.  Une  sequestration  anterieure 
ne  pent  pa«,  «a  effet,  avoir  pour  cMisequenoe  d^assimiler  fan-  ; 
cien  Aliene  qui  a  x>btenu  sa  libi^Ation  ^difinitive  an  malade 
echappe  d'un  asile,  et  de  donn^r  a  un  foncUpnnaire  quelconque 
le  droit  de  Vavoir  perpetuellement  sous  la  main. 

G'est  c^eodant  ainsi  gu^  W^*  Houy  jsi  4t^  init&^  , 

L'expHcation  eo.  <est  bim  mm^ :  si  Voa  ft  saais  oeese 
use  d'arbitraire  avec  moi,  c'est  que,  pas  plus  lors  de 
mon  premier  internement  (ju'4  mes  deux  rentr^es,  Je 
n'6tais  assez  folle  pour  qu'on  pftt  m'enfermer  r6guli§- 
rement. 

(1)  M.  XuHaaAll  «tiiit  i>nM<tot  A?  iia  opwd'^io^i  <HNin«». 


-'. 


CHAP.   XI.   —  L'ffM%L  ftAl^W-ltfCHEL..  SOT 

Pendant  qu'on  expediait  si  lestement  mon  affaire  k 
\i  Prefecture' de  police,  voici  ce  que  le  docteur  Pelletan 
ecriyait^M.  C.-D.  Rouy  : 

2jaiUetl863. 

Yotre  soBor  Hersilie  Rouy  est  sortie  ou  s'est  6chapp4e  de  la 
maison  de  sante  ou  ella  6tait,  ei  est  a  ]^4sent  a  Paris,  sous  le 
nom  de  Josephine  Chevalier, 

£lle  demeure  quai  Saint-Michel. 

Depois  quatre  jours,  elle  m'inonde  de  lettres  plus  d^raison- 
nables  les  unes  que  les  stutres. 

Du  mSme,  a  M.  Henry  Rouy  : 

7  jniUet  iW&. 
CXker  Monsieur, 

VeiiiUez  faire  savoir  a  votre  pete,  aiiqoel  je  n'tois  pas,  ayant 
onbli^  son  adresse,  que  j'ai  'vu  le  directeur  de  TAssistance  pu- 
blique.  II  est  parfaitement  ^difi^  sur  la  folie  de.  M"*  Hersilie 
Rovf. 

II  n^est  done  pas  besoin  d^jlocumuler  des  preuTes  dansce 
seHs. 

Je  crois  qu'il  va  la  faire  reprendre  pour  la  r^int^grer  a  la  Sal- 
p^tri^re,  ct  donner  une  semonce  au  directeur  qui  Va  fait 
sortir, 

J*ai  regu  son  historique,  de  ladiie  demoiselle,  et  je  transmet- 
trai  cette  pi^ce  a  M.  Husson. 

Bien  at  yous. 

Sign^  2  fi«°  PltLETAN  DE  K..'*. 

Tout  cpmmentaire  est  inutile,  je  crois. 


'  r 


/ 


208  m£moires  b'une  alienee. 


CHAPITRE  XII 


Aalle  d'Orltans.  —  Premiere  partia. 


\ 


Leg  visites  m^dicales  de  la  Salp^tri6re  sont  toujours 
fort  suivies ;  ma  rentr^e  y  avait  &it  grand  bruit ;  on  se 
succ6dait  pour  me  voir;  aussi,  au  tout  de  cinq  se- 
maines,  ^tais-je  envoy^e  &  Orltons  avec  un  convoi  de 
malade^. 

J'etais  plac^e  d'office,  sur  un  simple  ordre  de  police 
non  motiv6,  sur  un  avis  medical  ambigu,  inscrite^  sous 
le  nom  de  Chevalier,  sans  aucuns  papiers  &  Tappui.  On 
ne  savait  done  ni  pourquoi  j'etais  enferm^e,  ni  quelle 
^tait  mon  individuality. 

Le  certificat  de  transfert  delivr6  par  le  docteur 
Falret  disait  bien  :  c  se  croit  pile  de  la  duchesse  de 
Berry.  »  Mais  comme  je  n'en  disais  rien,  qu'on  n  avait 
aucune  pi^ce  me  concernant,  cette  mention  ne  faisait 
qu'^tablir  I'ignorance  ou  Ton  etait  de  ma  filiation,  de 
mon  identity,  que  constater  la  negligence  de  Tadminis* 
tration  de  la  Seine,  qui  m'envoyait  en  province  sans 


CMAF.  Xlh  —  ASILE  D^0RL£ANS.  209 


-«-r" 


documents,  comme  elle  m'avait  re^ue  de  la  Prefecture   ' 
de  -police. 

M.  le  docteur  Payen,  m^decin  en  chef  du  quartier 
d'ali^n^s,  devait,  d'aprfes  la  loi,  consigner  au  registre 
matricule,  le  certificat  de  son  collogue  de  la  Salp^trifer^, 
et  naturellement  sa  premiere  note  m^dicale,  d'accord 
avec  ce  certificat,  ne  ppuvait  6tre  que  conditionnelle. 
II  mit  done : 

M^i*  Chevalier  serait  affect^e  d*^li^nation  mentale,  avec  id^es 
de  grandeurs,  de ,  hautes  positions.  —  Position  exceptionneUe, 

'    Ces  demiers  mots  montrent  d6ji  qu'il  6tait  sur  ses 
gardes. 

Apr^s  m'avoir  6tudi6e  pendant  quinze  jours,  avoir 

souvent  caus6,  discut6  m^me  avec  moi,  il  adressa  a 

« 

M.  le  prefet  du  Loiret  le  certificat  suivant : 

La  demoiselle  Chevalier  n'ayant  pr^sente  depuis  son  adtnis- 
sioBv  aacun  trouble  dans  ses  faciilt^s  intellectueiles,  aucune 
incoherence  dans  ses-  id^es  qui  ne  se  rattachent  qu'au  besoin 
pressant  de  recouvrer  sa  liberty,  nous  ne  saurions  radmettre 
comme  alienee  qu'autant  qu'une  s^rie  de  symptomes  ou  de  do- 
cuments precis  sur  ses  antecedents  viendraient  confirmer  une 
affection  mentale  pont  nous  ne  trouvons  aucun  signe  caracte^ 
visiique. 

Orleans,  12  septembre  1863. 

Sigue :  D'  PA.YEN. 

D'aprfes  la  loi,  je  devais  etre  mise  en  liberie  du  mo- 
ment ou  pendant  quinze  jours  d'examen  on  n'avait 

12. 


recoimtl  en  mpi  aucun  signe  d'alidnatioii  meniale.  Toub 
les  mMecins  ali^nistes  sont  d'accord  que  ce  temps  est 
sufOsant  poUr  itablir  leur  opinion  sur  un  malade  quUIs 
^tudient. 

On  n'avait  done  pas  le  droit  de  me  faire  attendre 
siquestree  Tarriv^e  de  renseignements  qui,  r6glemen- 
tairemeni^  devaient  ^tre  joints  k  la  pi^ee  d'entrde ; 
je  devais  sortir  immediatementy  et  non  rester  k  la 
mercideceque  pourraient  dire  des  gens  int^ress^s  ^ 
raa  perte. 

Le  docteur  Payen  m'avait  dit  avoir  adress^  a  Tadmi- 
nistration  de  la  Seine,  sous  pli  special,  un  double  de 
son  certificat. 

Sitdt  qu6  je  sus  que  la  Seine  devenait  Tarbitre  de 
mon  sort,  je  compris  qu*une  nouvelle  lutte  allait  com- 
mencer,  et  je  pris  Tavance  en  adressant  k  M.  le  pr^- 
fet  du  Loiret  une  lettra  ou  je  le  priais  de  signer  ma 
sortie. 

J'etais  dahs  mon  droit,  car,  aiDsi  que  I'^rivait  plus 
tard  mon  rapporteur,  M.  U  president  Tailhdnd  : 

Aux  termes  dd  la  loi  du  90  juin  1838,  M.  le  pr^fet  dd  Loiret 
aurait  dt  prescrire  la  mise  en  liberty  immediate  de  cette  pen- 
sioiuiaire. 

M.  le  pr^fet  ^crivit  k  Paris. 

Le  13  octobre  4863,  il  re^ut  une  longue  lettre  de 
H.  le  directeur  de  I'administration  de  la  Seine  ^num^- 
mnt  les  cfifficultte  qui  6taieat  survei^ues  partout  | 


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I 


CHAP.  JCil.  -—  ASILE  D'oftLlfiANS.  211 

V 

catis^  de  tn(A  et  de  mes  plainftes,  mais  ne  mention&ant 
auctm  acfe  qui  pAt  motiver  une  sequestration  (4). 

Cependant  M.  le  docteur  Payen,  au  lieu  de  me  ren- 
voyer  au  plti^  vite  aprfes  ce  document  qui  ne  sp^cifiait 
rien,  ttie  repfocha  de  porter  le  trouble  en  tons  Uetlx^ 
me  d^clara  net  qu'il  me  gard^rait  pour  rendre  service 
a  ses  cotittkr^,  et  qu'il  avait  charge  M.  le  pr^pos^  res- 
poDsable  de  me  donner  connaissance  de  ce  dont  j^Mais 
accuse,  en  me  pr6venatit  que  jene  houleverserais  rien 
a  Orleans ;  que  cet  asile  n'^tait  qu'une  succursale  de 
la  Salp^ri^re,  obdisflant  aui  m^raes  chefs,  et  qu'il  tie 
pouYait  plus  rien  podf  mdl. 

Comme  je  me  trouvais  fort  mal  k  Tasile  d* Orleans, 
infiniment  plus  mal  que  partout  ailleurs,  gr^ce  au  ser- 
vice int^rieut,  j'6tai«  r^solue  k  ne  rien  y  r^clatner  que 
ma  sortie,  afin  de  le  quifier  plus  t6t  et  k  tout  risque, 
et  j'avais  ^te  sur  le  point  de  Tobtenir. 

i>hs  que  je  mis  qu'on  6tait  r6solu  k  me  garder, 
j'6crivis  k  M.  le  procuteur  impeHal,  plagant  ma  liberty 
individuelle,  arbitrairement  atteinte,  sous  sa  protec- 
tion. Cette  fois  j'^tais  Men  la  vietime  des  agissemenfs 
du  Loiret ;  il  n'y  avait  plus  k  me  dire  dff  m'adresser  k 
la  Seine. 

On  va  voir  comment  lea  ohoses  se  sont  organises, 
compliquees  ;  comment  je  suis  f  est6e  dailfi  cette  tille, 

(1)  Cette  lettre  est  au  dossier  de  la  Prefecture  du  Loiret,  ainsi 
que  la  mienne,  et  Ton  trouvera  aux  archives  toutes  les  piece 
officieUes  en  ma  pdssedi^io^. 


\      •  ■  ^  I.  y 


.  /. 


214  lfEHOmE»  n.'tTNE  ALidNlEfi# 

■  i -, ' , , 

mhhre ;  a  ^e  liTi'ee  aics  ovttifages^  aiis  toxk^,  ams  ^o- 

lences  d'un  service  grossier par  des  mMeemsekar- 

g6s  de  rendre  au  monde  un  esprit  6gare,  par ,  des  I 
magistrats  charges  de  prot^er  la  liberty  individtielle,  -• 
d'adalir^r  Fexdcuiion  da  la  loi  I 


PREMI^BE  iHvisiON.  —  INDIGENTES  (1). 

A  mon  arrive,  favais  616  plae^e,  avee  d^ttfl  o«i  trois ' 
a6:tres,  aux  indigentes  de  la  premfete  division,  c'est^J- 

I 

(1)  Partout  ou  elle  a  pass^,  W^^  Rouy  a  beaucoup  ^crit;  elle 
tenait  note  chaque  jour,  autant  qu'e)ile  le  pouvait,  des  menus 
f^its  qui Se  passaientauttfur  d^eHe.  ^ 

¥.  5i  je  n'avais  pias  pu  Scrife,  dis^i^ell^,  ipancher  aiftsi  le 
(a  trop  plein  de  mon  coenr  e^  rindignation  dont  il  bouillonnait 
«  souvent,  je  serais  morte  ou  devenue  folle.  »       ^ 

Partout  aussi  on  cherchait  et  on  bHiklt  soignetisemerit  See 
Merits,  raremfent  a  la  louafige,  h&ltu  i  de  ceax  qui  la  gardaient. 
£il6  en  6tait  gen^ralement  d^pouill^e  chaque  fois  qu'elle  chan- 
geait  d^aslle  ou  de  quartier. 

Doe  partle  de  son  journal  de  Fasile  d*0rl^ans  st  pu  dtre  con- 
serv^e  par  elle ;  11  ^tait  ecrit  sur  une  masse  de  ptttits  fragments 
de  paplers  de  toat^  series  et  d^  toutes  couWurs,  parfois  avec 
de  Tencre,  avec  de  la  suie  d^lay^e,  avec  un  liquide  roussatre  qui 
n'^taii  autre  que  du  sang.  Nous  donnons  la  pbotographie  de  cdS 
tristes  t^moins  de  ses  doul^rs^  tels  qu'ils  se  scint  prdsenf^s  en 
d^nboant  le  Yieul  mouchoir  k  carreaux  dans  lequel  ils  4tai£n^ 
renferm^s  et  qui  les  a  prot^g^s  sans  doute,  car  on  les  aura  pris 
pour  un  paquet  de  chiffons. 

M^*«  Rouy  a  r^digd  ceite  partis  de  ses  ra^iiioires  sui*  ces  not«s 
prises  au  jonr  Id  jourj  c'est  oe  qui  donne,  plus  qu'k  toutle  res^^ 


i. 


7 


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\ 


(iire  tens  {e  quartier  ie  plus  epavenable,  xm  on  kumm 
ofrit,  aa  ^eoia  d'«ifi^  4les  tablas  du  ciiiiuffi)ir/4i«ii8  4ic  la 
vaftsselleicoalettriioiUause,  aoe  sorte  de'  aali»iga«di8 
pevrapp^tiaeaiit  et  na  Terre  d'^eaa  rougie  it  islve  ^neer 
les  dents. 

£piiis6e,  jesortis  de  finite  fi&Ue  ooiomaiMK,  et  ae  trou- 
vaat  partoiit  que  ^s  baocs  d«  bois  om  d£!6  iabcyurets^  je 
ma  mie  an  pjad  d'luii  trbre,  dms  la  eour,ietm'fiQddriiii« 
ansBitot. 

Gela  fut  Tobjet  d'un  rapftert  iaiixftinaQit  te  kudemakL 
matin,  et  pour  toute  bienvenue  M.  le  d^ieur  me 
soeoa^a  lie  la  douebe. 

Q^ie  menace  fiit  i\eleyii§(»  p^ir  ji^i  aywc  iBidigvialicKQu 
J'exptiquai  ma  ftdblaiHse,  n^  foUgue,  ««  position^  «t 
protestai  avec  ^nergie  contre  Tenvoi  dsiis  liud  n^aison 
au^si  fw  ho^pilati^ne. 

Ges  explications  me  ramen^rent  fe  docteur,  'fui 
s'^tonna  de  me  voir  en  pareillQ  tcofofiagwie  et  m^  i»*o- 
m^  d'l^is^ 

On  vient  de  voipr  ^py^  ^n  t^  le  nisultat. 

Ma  mani^re  i'^B  4U»i  trop  len  disi^0poi'#oi»  asec 
mon  a;itQHii9ge  pour  m  p^s  §6iii^  le  servioe.;  mai8 


4 

un  caract^re  saisissant,  poignant,  v^cu,  k  ce  r^cit  des  souffrances 
d'tine  femne  uoteUigente,  tuen  iAe^&,  distrngu^e,  rabaicsite  & 
un  tel  point,  plongde  dans  un  si  d^gradant,  si  repugnant  iniUidu« 
ou  elle  ^tait  maintenue  par  ordre  sapdrieur,  et  d'ou  elle  e^t  enfin 
sortie,  grace,  a  Tintervention  des  administrateurs  de  I'hospice. 

{Note  de  Vediteur,) 


\  - 


'     /   ■ 


/ 


5M6  '       MEMOIRES  D'UNE  ALIENJEE. 

'  ■  ■ 

comme  il  paraissait  impossible  qu'on  me  gard&t,  on 
patienta  jusqu'au  jour  ou,  k  la  stupefaction  g^n^rale, 
M.  le  docteuf  Payen  d^dara  que  Paris  reclamaU  ma 
sequestration y  et  qiledes  lettres  particulieres  I'avaient 
averti  que  je  houleversais  tous  les  etablissemenis. 

La  soeur,  ^pouvant^e,  eut  beau  le  prier  de  ne  pas 
prendre  cette  responsabilit^,  de  ne  pas  compromettre 
son  service  pour  cojpiplaire  k  des  strangers  ;  tout  fut 
inutile :  M.  le  docteur  r^pondit  qu'il  follait  bien  que 
quelqu'un  se  sacrifiM  pour  tous. 

Et  je  restai. 

n  ne  m'en  dit  rien ;  mais  du  jour  ou  il  re^ut  cet 
ordre,  au  lieu  de  passer  pr^  de  moi  et  de  me  dire  un 
petit  mot  tous  les  jours,  il  changea  d'itin^raire  et 
m'6vita  de  son  mieux. 

le  ne  me  tins  pas  pour  satisfaite  et  Tattendis  au 
passage : 

—  Vous  me  fuyez  done  ? 

II  fouilla  dans  le  portefeuille  qu'il  portait  toujours 
sous  son  bras  et  me  dit,  t^te  baiss^e : 

—  Signez-vous  toujours  Tfitoile-d'Or? 

—  Mais  certainement  I  et  encore  Polichinelle,  Co- 
quette, la  Sylphide,  TAnt^-Cbrist,  Sathan,  le  Dia- 
blo, etc.,  etc.  II  n'y  a  aucune  loi  qui  d^fende  les 
pseudonymes,  surtout  quand  on  est  officiellement  une 
anonyme. 

—  On  m'^crit  de  jolies  choses,  de  Paris,  sur  votre 
compte ! 


CHAP.  XII.  —  Aii'iLi:  d'orleans.  217. 

■      .        ■  .■■■,,> ; ■ ■  ■   ■  '  \ 

—  Oai.  Vous  bouleversez,  r^volutionnez,  semez  le 
trouble  et  la  djscorde  paptout, 

.  — Et  vous'ave*  ^nyie  d'en  tdter  ? 

—  Oh  !  vous  ne  bouleverserez  rien  ici ! 

—-  II  ne  faut  pas  dire  :  «  Fontaine,  je  ne  boirai  pas 
de  ton  eau.  ]i> 

—  Je  vous  en  r6ponds  bi«n,  et  je  me  dSvoue  au  salut 
de  mesTJonfrferes. 

—  C'est  beau  de  votre  part.  Est-ce  a  la  requite  du 
docteur  Tr^lat,  qui  vous  a  si  bien  renseign^,  que  vous 
vous  sacrifiez? 

—  C'est  mon  ami. 

—  Je  vous  en  fais  mon  compliment ;  mais  je  vous 
engage  k  juger  par  vous-m6me,  k  voir  par  vos  yeux  et 
a  ne  pas  faire  du  don  quicholtisime  sur  la  foi  (d'autrui ; 
vous  prendriez  ainsi  Ae^  ailes  demoulin  pour  des  grants, 
dt  vous  pourfendriez  des  ombres  pour  tomber  a  plat. 
Ai-je  done  Tair  d'une  r6volutionnaire  ? 

U  haussa  les  ^paules,  et  je  lui  tournai  le  dos. 

II  s'en  alia  en  boitant  de  ses  petits  pieds  fo}irr^s 
dans  des  souliers  fendus,  parce  que  ses  cors  lui  faisaient 
mal,  et  en  renfongant  sa  grosse  t^te  d^ns  sa  petite 
redingote  rap^e.  II  elait  en  tout  si  pareil  au  roi 
Louis  XI,  qtfon  aurait  dit  son  portrait  ambulant.  Rien 
n'y  manquait;  que  les  m^dailles  de  plomb  sur  le  bon- 
net crasseux.  Son  clignement  d'ceil  d^nolait  une  cer- 
taine  malice;  mais  sa  figure  au  reposaVait  un  cachet 


2i8  MEMOIRES  D'UNE   ALIENEE. 

^ . , ■ : 

d'imbecUlite.   Du  reste,  il   6tait    si  ^e...   le  pauvre 
homme(l)! 

C'est  alors  que  je  comprii^  la  teiribJe  puissance  du 
dossier  et  de  ces  renseignements  venus  de  Paris  sur 
mon  compte.  On  savait  qu'a  cause  de  moi  on  avail 
deplac§  des  mSdecins,  change  I'ordre  de  soeurs  desser- 
vant  I'asile  de  Fains.  J'inspirais  une  terreur  profoiade. 

Le  serwee  n'avaft  pas  plus  envie  de  Hie  garder  que  la 
sa3ur;  maison  ne  savsdt  comment  faire,car  je  nedisais 
rien  k  personne,  towt  en  faisant  mes  remarques.  Une 
c<Hispiration  s'organisa,  et  k  force  de  r^^ter  a  la  soe«r : 
«  Si  vous  n'6tiez  pas  si  bonne,  W^*  Chevalier  iirait  dSHs 
un  autre  quartier;  elle  aurait  k  faire  a  soeur  X...  ou 
Z...  »  on  linit  par  me  faire  prendre  en  grippe  par 
celle-ci,  qui  ehercha  a  se  garantir  co»tre  tes  m^liaa* 
cet^s  dont  on  me  croyaft  capable, 

Eile  -me  fit  venir  au  chauffoir,  me  fit  ^alever  pkaoe 
et  encre,  mes  6critures  la  tourmentant ;  trouva  bientdt 
que  ma, presence  exeitait  rin^bordination  4es  malades, 
et  un  jour,  ^tantde  mauvaise  humeor  contre  son  ordi- 
naire, querella  tout  le  monde. 


(1)  Le  docteur  Payen  avait  ete  un  homme  d'une  intelligence 
et  d'un  esprit  remarquables.  Sous  sa  direction  et  celle  de  la  soeur 
Clementine,  le  quartier  d'ali^n^s  de  Tasile  d'Orldaiis  avait  ete^ 
a  sa  creation,  un  quartier  modele...  Mais  il  y  raourut  gAteuX)  et 
aurait  du  dans  ses  dernieres  annees  y  etre  pensionnaire,  et  non 
m^decin  en  chef.  On  n'osa  pas  le  mettre  a  la  retraite.  Pour- 
quoi?  (Note  de  Veditetir.) 


(1 


CHAP.  XII.  —  AjBILE  O'ORliANS  Sf9 

' ■   .  ■     '■!-  ■  I  II  «.   I  I    I     I  I  I     I  .      I        J         I 

L'ancifiDne  isBaabmhte  d'uoe  inarcbaBde  k  la  haUe, 
qui  lupoMt  en  ee  momeat  Hfte  iaagiiii({ue  nappe 
d'autely  furieuse  d'etre  aussi  prise  &  partie,  k»i  rapporta 
son  ouvrage  en  declarant  ne  pas  vouloir  travailier 
pour  rien  et  dtre  grond^  par  dessus  le  marches 
La  s(Bur.m'ac£iiBa  ie  cette  tidveke  iiiittenduey  nous 
Bt  mettre  toutes  deux  au  bain  Ie  lendemain  matin,  et 
demasMla  m«ai  cbang^Bient  4e  qnu^er  sm  do<^ur^  ^ui 
Taecorda. 

II  faisait  si  froid  ce  jour-la  que  les  bams  ne  ebauf- 
faient  pas,  et  on  en  oosunanda  <leux  expr^  peur 
Botts.  I'avsas  k  grippe ;  je  pen^rais  en  mevrir.  J'en  fis 
Fobservation,  mais  la«eew  se  voulnt  fien  entendre. 

Les  mechantes  filles  4u  service  firent  le  bain  a  pdne 
tiMe,  de.  sorie  qu'U  ^taii  froid  <an  bout  d'«ne  heure, 
et  qiHind  ^on  ^vint  pour  bo«w  en  retirer,  bo«s  Mobs 
bieues  «t  4ie  ponvions  pkw  remuer  ies  membres.  Elles 
n'avaiaol  «ppori6  -qn'wi  4rap ;  ettes  soitarent  d'abord 
Charlotte  O.  de  I'eau,  f  essuyferenty  me  jet^rent  oe 
drap  tout  moiull^  et  se  mirent^  la  v^tir,  me  laissmt 
me  tmr  d'a^aire  eottme  je  poivrais.  i^e  ^elot- 
tali  'A  fort  que  ce  Cut  long,  et  je  me  d^p^hai  telle^ 
ment  que,  qnoique  sans  aide,  je  fus  pr6te  en  m^me 
temps  qu'ette,  et  d^jouai  leur  petit  complot,  qui  6tait 
de  mt  p0it9ser  dans  un  quMtier  nouveau  k  moHi^ 
nue. 

£n.  sortant  de  ce  bm,  en  effet,  j'entrai  A  la  troisieme 


220 


r                                ' 

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MEMOIBES^  D'UNE 

AJLI^N^.' 

•  • 


Le  docteur  me  gronda  d'etre  venue  au  bain ;  quand 
il  sut  que  c'^tait  yar  ordrey  il  s-en  alia  en  faisant  ses 
reflexions  et  des  grimaces.  < 


TROISIEHE  DIVISION.  —  AGIT^ES. 

Catherine  de  M^dicis  a  dit :  cc  Diviser  pour  r^gner.  id 

L'administration    des    hospices    d'Ori^ns   a    dit  : 
«  R^unir  pour  ob^ir:  »  . 

,  Dans  toils  les  asiies,  j'ai  vu  que  les  services  etaienl 
s^par^,  et  qu'il  6tait  express^me^t  d^fendu  aux  domes- 
tiquesde  se  visiter  m^me  dans  les  sections. 

A  Orleans,  c'est  tout  le  contraire. 

Tout  ce  qu'il  est  possible  d'imaginer  pour  detacher 
les  infirmi^res  de  leurs  malades,  pour  les  d^ommager 
de  Tennui  qu'elles  en  ont,  a  ^t^  mis  en  oeuvre.  Eiles 
sortent  ensemble  tous  les  dimanches,  accompagnees, 
comme  des  enfants,  par  les  sceurs,  tandis  que  les  ma- 
lades  restent  enferm^es ;  et  tous  les  soirs,  une  fuis 
I'ouvrage  plie  et  le  diner  fini,  on  fait  coucher  les  pri* 
so(mi6res  dans  un  dortoir  bien  fermd  et  on  les  y  laisse 
faire  toutes  leurs  volont^s,  tandis  que  le  service  de  toud 
les  quartiers  se  reunit  enVeill^e  sous  la  garde  d'une 
soeur.  II  en  r^sulteque  causant  entre  elle&  de  oe  qui 
«e  passe  dans  toutes  les  divisions,  elles  se  tiennent 
toutes;  chacune  Spouse  les  querelles  de  ses  compagnes, 
et  si  une  malade  est  prise  en  grippe  dans  un  quartier, 


^                                ■  ■ 

i 

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-;    '■         ■     '        .    •    ' 

CHAP.  XII.   ^  ASItE  D'ORL^AXS. 

\  •> 


221 


elle  ne  gagne  rien  k  en  changer.  La  rancune  de  la 
gardienne  qui  lui  eu  veut  la  suit  pariout,  ainsi 
que  la  reputation,  bojine  ou  mauyaise,  qu'elle  s!esf 
£aite. 

II  n*y  a  pas  d'intei'nes.  Le  mMecin  en  chef  fait  tous. 
les  matins  sa  visite,  -seul.  C'est  lui  qui  fail  le  cahier, 
.compulse  la  correspondance,  ^oute  les  malades,  qui, 
du  reste,  ne  lui  disent  pas  grand'chose  :  le  service  y 
met  bon  ordre.  Le  m^decin  adjoint,  le  docteur  Lepage^ 
bon  vieiUard  de  quatfe-vingts  ans,  ne  venait  que  le 
soir,  visiter  les  infirmeries.  Et  tant  hommes  que 
femmes,  Tasile  contenait  pr^s  de  six  cents  malades. 

Quant  aux  soeurs,  comme  il  faut  qu'uiie  bonne  soeur 
sache  tout  faire,  on  les  passe  alternativement  de  la  cui- 
sine k  la  buanderie,  k  la  pharmacie,  k  la  lingerie,  k 
I'injSrmerie  et  aux  ali^n^s ;  elles  y  arrivent  avec"  un 
apprentissage  k  bare,  Ce  sont  les  domestiques  qui 
se  chargent  de  les  mettre  au  courant,  et  s'y  prennent 
assez  adroitement  pour  ne  les  laisser  voir  que  par  leurs 
yeux. 

M™«  la  superieure  avait  voulu  essayer  de  faire  cir- 
culer  le  service,  de  m^me  que  les  soeurs.  Mais  les  an^ 
cienne^s  d^clarferent  qu'elles  s'en  iraient  plutdt ;  qu'il 
fallait  connaitre  le  caract^re,  les  habitudes,  la  maladie 
des  foUes  qu'on  gardait,  si  on  ne  voulait  pas  ^tre  expo- 
«6eli.des  dangers  reels  ens'y  prenant  mal.  Devstntcette 
menace  de  gr^ve,  on  baissa  pavilion. 

Je  devais  donner  cette  explication  pour  qu'on  ptit  se 


( 


^2  .   V        Bf^CXTRES  P'ti^f^  iktlt^M, 


It  ,  ^ii  I 


X-- 


tenAre  €ompte  d€  la  In^te  (pjte  f^i  ene  h  soilieikir.eottire 
one  ligne  g^n^rale  dont  le  bul,  avaue  toat  haut,  ^ait 
^  de  me  r^doire  et  de  me  dompt<^  k  tout  |Mrhi< 

Aprfes  le  dejeuner,  je  m'assis  au  chaufFoir^  Julie,  la 
domestiqQe,  me  dit  bi*QtalenieBft  i 

*^  La  ChevalibRt  all«i-tou»*«n  i'lei ;  6n  li'y  garde 
pa^  une  d9p^ce  de  ve^re  mri^^  ^  toli^e  l^ee  6^  titx 
rebtiti 

^  On  pense  bien  que  je  Bi'avai^  pt^  k  r^ptfiidre.  Je  m^en 
^llai  au  rebut,  trouYBsit  ^  rebut  pareil  en  t((tttei^  Cboses 
k  la  soeiMS  de  ehoix^ 

J'attendkt  1&  ce  qui  devak  arrWer,  el  je  Ki'atteitdis'  pas 
longtemps. 

Men  indiffi^enGe  et  men  silenee  furent  prie  petir  de 
la  crainte.  Je  fus  poussto^  in^ultddy  malmefn^e,  $dtis 
que  je  puisse  encore  ^ujourd'hui  me  rendfe  eempte 
des  pr^textes  motivant  une  sembkble  CKmduite,  dar 
j'aoc^dais  k  tout  ce  qu'on  voulait,  sans  souffler  mot. 
Si  je  faisais  la  moindre  obs^ervation^  on  me  poessait 
dehors  en  m'appelant  fumier,  pourriture,  traineuse 
(ThdpUauXf  caureuse  de  foireSy  fille  de  THaUvaise 
vis,  enfant  trowee,  venant  on  ne  sait  d*ou,  ni  de 
qui,  etc.  On  me  fit  jeter  des  pierres  p&f  les  pauvres. 
femmes  qui^  en  d^mence  complete,  ne  isavaient  ce 
qu'elles  faisaient,  me  frappaient  k  coups  de  sabot, 
m'^sitignaient,  me  crachaient  ft  la  fi^re^....  et  je  ne 
pouvais  fair,  ^tant  enferm^e  avee  elles  dl»tis  le  m^me 
dortoir  la  nuit  et  les  tfottvant  partout  le  jour. 


'     "». 


1 


CHiCP.   XII.  -—  ASILE  D'OBtfiANS.  ,    223 

\ 

■  ■■      >iiiip«B     111     ii^»iw  —  ii^^        ■  ■      t  '■  ■      —    ipi^-^i  ■■  ^.i     I.     I,    ■     —I     ^i^...     ■    »       ■     -  I   gf  ^■■■■i»  i*«i  ■■  y  ^ai    >    ■  ■■     ■ 

'  I 

• 

^e  m'6taisr(^ugi6e  au  haut  de  la  galerie.  Les  domes- 
tiques  vinrent  att'acher  les  plus  grandea  agit^ea  prfes  de 

moi Je  voultts  F^clamer  pr&s  de  la  soear*  Julie 

me  prit  aia  eolkt  par  derri^e,  me  terraasa  en  me 
retirant  mon  si6ge.  Man  sabot  tomba ;  je  le  ramassai 
en  me  relevant ;  mais  ks  trois  servantes  se  ru^rent  sur 
moi  en  apportant  la  camkole  de  £orce^  et  criant  que  je 
Youlais  leur  jeter  mon  sabot  &  la  t^te.  La  scsur  arrivait, 
nesachanice  qui  se  passait^  j'6tai  vivement  un  petit 
ch41e  que  j'avais  sur  les  ^paules  el  le  lui  mis  entre  les 
mains 

—  II  ne  faOait  pas  le  rec^oir,  cria '  Jnli& ;  la  cami- 
sole est  large  et  ne  Vetoufferapas  assez ! 

La  soeur  vint  elle-m^me  me  la  retirer  an  bout  d'une 
henire  et  me  r^idre  mon  cbMe.  ^ 

—  G'est  paroe  que  j'ai  voulu  vous  parler  qu'on 

m'a  traitSe  ainsi,   lui  dis-je ;  n*e$t-ce  pas  une  honte  ? 

I 

Elle  baissa  la  tdte  et  s'en  alia  sans  repondre,  car  elle 
h'aurait  pas  os6  intervenir  et  me  'd^fendre. 

C'^taient  des  taquineries  de  toutes  sortes.  On  me  prit 
une  tasse  dan«  laquelle  je  faisais  Chauffer  de  Teau  sur 
le  po61e.  Si  j'en  voulais  prendre  k  la  fontaine  ou  ds^ns  le 
saana  pour  faire  ma  toilette,  les  demestiques  accouraient, 
fermaient  le  robinet  et  me  jetaient  le  seau  a  pleine 
vol6e  dans  les  jambes. 

Tons  les  matins,  k  cinq  heures^  on  nous'poussait  par 
la  gel^e,  Fhiver,  sous  la  galerie  dans  la  cour,  et  nous  y 
attendions  en  grelottant  que  ces  demokelles  nous  y 


)- 


224^       X  M^MOIRES  D'UNE  A.H1ENEE. 

/ 

■         ■' '  ■  I  I     I    ■  *    ■  I  II      ■     ■        i^    I  I.I  I  I  ■  ■!       ■        III      » 

servent  notre  dejeuner,  qui  consistait  en  quelques  noix 
oii  du  fromage. 

^  Un  jour,  on  me  donna  quatre  noix ;  je  fis  la  re- 
marque  que  Tune  6tait  vide  et  Tautre  g^t^.  h^  ser- 
vante  me  prit  les  bras  par  derrifere  en  disant  qu/il  y 
avail  trop  longtemps  que  je  n'avais  ^te  secotieey  et  me 
conduisit  en  cellule  en  faisant  taper  mes  coudes  Tun 
contre  I'autre* 

On  m'avait  enlevS  I'encre  et  le  papier  qui  m'avaient 
^t^  rendus  en  changeant  de  quartier.  Je  ne  poiivais 
done  pas  6crire,  et  on  faisait  cercle  autour  du  docteur 
quand  il  passait,  pour  que  je  ne  pusse  pas  lui  parler; , 
ce  dont,  du  r^ste,  je  n'6tais  pas  tentee,  car  il  m'inspi- 
rait  aversion  et  m6pris.  , 

Je  finis  par  me  procurer,  de  ci,  de  1^,  des  rognures 
de  papier,  telles  que  marges  de  joumaux,  de  livres,  ~ 
comets  k  tabac.  Je  les  collai  Miserable  ou  je  les  cousis  . 
au  bout  les  uns  des  aulres,  puis  j'6crivis  avec  mon  sang  . 
au  pr^pos^  responsable,  en  lui  racontant  tout  ce  qui 
pr^cfede ;  j'ajoutais  que  les  nuits  6laient^  encjore  plus 
cruelles  que  les  jours ;  que  livr6es  k  elles-m^mes,  les 
^nergum^nes  qui  peuplaient  ie  dortoir  sautaient,  dan- 
saient,  chantaient,  criaient,  renversaient  et  transvidaient 

les  seaux  infects  servant  aux  besoins  communs 

que,  prise  de  sueurs,  j'6tais  obligee  de  me  lever  toute 
mouill^e;  qu'on  m'avait  refus6  du  linge  pour  me 
changer  et  qu'on  m'avait  menac^e  de  me  retirer  ma 
couverture  si  je  r^clamais  de  nouveau,  cela  en  plein 


'.I 


mois  de  f^vrier ;  qu'il  ^lait  impossible  de  dormir  dans 
un  dortoir  pareil,  plus  iafecE  encore  que  troid,  et  ou  on , 
nepouvait  ouvrir  une  fenfire,  iu6nae  k  la  deraande 
gSn^rale,  Julie  m'ayant  menacee  de  )a  camisole  si 
je  donnais  satisfaction  k  cette  r^clamatipn.  Je  termi- 
nal^ en  dlsant  que  je  n'^tais  pas  dans  un  asile,  mais 
dans  un  abattoir,  et  qu'il  m'avait  fallu  venir  k  Orleans 
pour  voir  et  souffrir  chose  pareil! e. 

Lors  de  la  visite,  je  remis  ce  chifTon  de  papier  au 
doclflur,  k  la  grande  surprise  du  service,  qui  ne  pensail 
pas  a  moD  sang  et  q^ui  ne  m'avait  pas  vue  ^crire,  et  je 
lui  demandai  de  me  feire  donner  du  papier  pour  Scrire 
a  YEmpereur  responsable,  puisque  lea  ministr^s  fer- 
rnaient  fes  yeux- 

II  m'en  fit  donner ! 

Pendant  quatre  jours,  la  scEur  et  les  Irois  gardiennes 
I'attendirent  dans  le  corridor  pour  TempSeher  d'entrer 
ct  de  recevoir  mes  leltres ;  mais  cela  ne  pouvait  durer 
longtemps,  et  elles  finirent  par  lui  demander  un  bain 
pourmoi:  c'Stait  le  seul  moyen  d'avoir  mes  Merits. 
11  faisait  si  froid  que  les  fonUines  ne  conlaient  pas  et 
que  les  bains  '4taient  ferm6s ;  cependant  on  en  com- 
mauda  un.  J'en  fus  inform^e  par  une  malade. 

Mon  parti  ful  bienl6t  pris.  Je  pla^i  mes  lettres  entre 
deux  tranches  de  pain  ;  je  dSchirai  la  guenille  de  colon- 
nade rouge  que  j'avaiasurle  cou;  j'atlacliai  le  painavec, 
et  je  Bs  sauler  le  tout  sur  le  chemin  de  ronde  des  an- 
ciens  rem  parts. 


?>.•  t'      ■'         ■    X    '  ■     ■.  r      :  ■  -/ 


/■ 


I 


2^       /  MiaiOlRES  D'XJNE  ALIENEE. 

t  * 

/ 

La  terreur  produitfe  ^ir  cet  adt6  fut  extreme.  Oh 
s*^langa  sur  moi ;  on  me  mit  la  camisole  ;/on  courut  au 
dehors ;  mais  la  missive  avail  6t6  ramass6e  (1). 

Vets  deux  heures,  la  scfeur  tint  me  retirer  la  cami- 
sole, I)u  bain,  il  tt'eh  fut  plus  question ;  k  quoi  aursiit-il 
servi? 

-^  Permettrez-vous  au  docteur  d'entref  fair e  son  ser- 
vice, lui  demandai-je,  Inaintenant'quele  ministre  aura 
ma  lettre  sans  qu*elle  passe  par  ses  mains  ? 

Ledocteur  passa.  Je  ne  lui  dis  rien.    ' 

II  me  restait  du  papier.  J'^crivis  une  letlte  fort  vive  k 
M.  le  procureur  imperial.  II  viilt  aussit6t. 

Au  lieu  de  me  faire  appeler  ail  parloir,  comme  c'est 
Thabitude,  il  p^netra  tout  seul  jusqu'^  liioi,  et  tout 
haut,  devant  le  service,  range  respectueusement  sur 
deux  lignes,  devant  les  malades  curieus^ment  grou- 
pies aiitouf  de  nous,  il  me  dit : 

Qu'il  n'avait  pas  d  intervenir  dans  tes  dicisions 
prises  pdr  l6s  administrations;  quHl  n'a'Oait  pas 
a  me  faire  donner  du  papier,  ni  a  emp^cher  le 
service  de  me  Varrdcher,  si  lesdites  administrations 
ne  donnaient  pas  d'ordres  &  de  snjet, 

Apres  cette  majestueusfe  harangue,  M.  le  ptocureur 
imperial  sortit  rbide,  comme  il  6tait  entt*^,  sans  dai- 
gner  me  saluer. 

(i)  J'ai  su  depuis  que  celui  qui  I'avait  trouv^e  n^avait  pas  cru 
devoir  porter  a  son  adresse  cette  lettre  d'une  folle  11  en  est  mal- 
heure^sement  aiusi  poiir  tput  ce  c^ui  sort  4'ui>  asi)e  d*aU^Q4s. 


CHAP.   XII.   —   ASILE  D'0RL6aNS.  227 

■  ■  ■  »■  »■      I'  ■>  1         ■      ■  ■  I        ■    ■      ■  ■■,  M^     ■  ■  ^  I  1 

I 

!fitait-ce  bien  la  peine  de  venii^  lui-m6me  pour  me 
dire  cela  et'ne  pas  m'interroger  ? 

De  cet  ultimatum  il  r^sulta  naturellement  un  re- 
doublement  de  grossiferet^  et  de  provocations  de  la  part 
du  service.  ' 

Mes  plaintes  en  devinrent  de  plus  en  plus  6ner- 
giques. 

Un  fait  ajouta  la  goutte  d'eau  au  vase  d^ji  trop 
plein. 

Une  raalade,  M™«  L...,  ayant  obtenu  la  permission 
d'^crire  une  lettre,  fut  enferm^e  dans  le  grand  chauf- 
foirqui  6tait  s6par6  de  celui  d'entr^e,  ot!i  je  me  te- 
nais,  par  Farcade  du  po61e. 

Elle  me  demanda  de  sa  place  Torthographe  d'un  mot, 
et  jem'approchais  du  po^le  pour  la  lui  dire,  quaod  les 
gardiennes  vinrent  k  moi  avee  fureur.  Julie  me  prit 
par  le  collet  de  ma  robe,  me  poussa  devant  elle.  Mon 
sabot  tomba;  elle  le  ramassa,  me  conduisit  ainsi, 
en  me  soulevant,  Jusqu'a  une  cellule  ou  elle  m*en- 
ferma  en  me  jetant  mon  sabot  a  la  t^le  et  en  me 
disant  : 

—  Nous  vous  attendions  Id ! 
Malgr6  I'antipathie  que  m*i^spirait  le  docteur(qui 
ricanait  quand  ces  filles,  qui  Tappelaient  (c  vieux  chiffon 
mou,  «  lui  racontaient  comment  elles  me  traitaient  et 
le  silence  que  je  gardais),  j'aurais  cru  manquer  k  mon 
devoir  et  me  mettre  moi-m^me  dans  mon  tort  en  lui 
Jafesant  plus  longtemps  ignorer  ce  qui  se  passait.  Je  lui 


»         ' 


\ 


-228 


MEMOIRES  D'UNE  ALIENEE. 


/ 


racontai  done,  le  lenxlemain  matiii,  la  scfene  de  la  veille 
en  lui  disant  que  ces  sortes  d'infamies  se  passaienf 
jouynellement,  et  que^j'avais -le  droit  de  me  placer 
sous  une  protection  quelconque,  en  dehors  de  lui, 
pjiiisque  ces  actes  le  faisaient  rire  au  lieu  de  l^in-* 
digner.  ' 

II  m'accusa  d'exag6ration.  .J'^ippelai  M°^«  L...,  qui* 
raconta  la  chose  presque  dans  les  m^mes  termes. 
.    II  en  fut  saisi,  en  parla  a  M.  le  prepos6,  6crivit  d^ 
nouveau  a  Paris. 

Cette  fois,  les  domestiques,  surprises  de  voir  que 
j 'avals  6tdparler  au  docteuravec  le  m^me  air  tranquille 
et  s6rieux  dont  je  leur  parlais  a  elles-m^mes^  osferent 
d'autant  moins  s'en  prendre  a  moi  que  le  docteur  avait 
paru  m^content ;  mais  elles  s'en  prirent  k  M"*®  L..^,  et, 
sous  pr6texte  que  cette  daiiie,  etant  libre,  ne  travaillait 
pas  assez,  elles  Tattachferent  sur  upe  chaise  a  une  des 
colonnes  de  la  galerie,  assez  pr6s  d'elles  pour  qu'ellene 
put  parler  a  personne  sans  ^tre  entendue. 

Cela  se  fit  si  tranquillement  que  je  ne  m'en  aper- 
cus  pas;   mais  voyant  M™«    L...   assise  roide,  sau^s 
bouger  et  si  loin  de  sa  place  ordinaire,  je  finis  par  aller  . 
a  elle. 

—  Ne  m'approchez  pas,  me  dit-elle  en  me  voya'nt 
venir;  ne  m*approchez  p?ts :  on  me  ferait  pis  ! 

—  Quoi  done  ? 

—  Je  suis  attachee," 

—  Horreur ! 


CHAP.  XII.  —  ASiLE  d'ohl£ans.  229 

•  Cela  durait  depuis  huit  jours,  etje  ne  m'en  Atais  pas 
doutte  I  Cela  prouve  eorabien  la  grande  terreur  inspi- 
rte  aim  malades  par  le»  gardieDnes  rend  la  surveillance 
diCiGcile^  puisque  moi,  sans  cesse  en  &veil  et  ne  les 
quittant  pas,  j'ai  pu  Stre  huit  jours  sans  m'apercevoir 
d'une  pareille  chose. 

-J'^crivis  Imm^diatement  au  pr6pos6;  je  remis  le 
lendemain  ma  iettre  au  docleUr  en  la  lui  recomman- 
dant,  sans  dire  un  mot  de  plus.  Deux  heures  apr&s,  la 
sceur  et  Julie  furent  appel^es  au  bureau 

M"8  L...  fut  d^tach^e  et  laiss^e  parFaitement  tran- 
quille  et  Hbre 

Huit  jours  apr^B,  la  soeur  tut  changee 

Je  la  regrettai.  Cette  sceur,  que  les  malades  appe- 
laient  la  sceur  a  la  figure  bete,  I'fitait  r^elletHent  A 
force  de  bont6  et  de  faiblesse.  Son  premier  mouvement 
^taitbienveillant  et  afTectueux';  elle  se  reteuait  imm^- 
'diatement  sous  le  regard  du  service  et  lui  ob^issait  au 
doigi  et  k  I'ceil ;  mais  si  elle  n'osait  pas  le  contredire, 
d^fendre  un  acte  malfaisant,  elle  cberchait  a  r^parer  au 
plus  vite  le  mal  que  sa  presence  passive  avail  permis, 
et  venait  d^faire  ce  qui  avait  &i&  fait.  Ainsi,  par  deux 
fois,  d^  qu'elle  a  cru  pouvoir  I'oser,  elle  m'a  At^  la 
cam^ole;  elle  a  ouvert  la  porte  des  cdliiles  cjuand 
elle  a  su  que  j'^tais  enferm^e,  et  elle  aurail  ^Li^  excel- 
.lente  pour  moi  si  on  ne  Ten  avait  empGchfe.  Je  lui  ai 
vn  faire  manger  dea  idiotes  et  des  agilees,  les  soigner 
avec  une  angSlique  douceur  et  une  compassion  iulinie. 


v'  '       »         .  _ 


■  >  itl        ■         I  ■  "P      ■'  H  '  *      ■  *  .■  -.  ■  ,  W  ■■■■■**.,■■■■■. 

/ 

Je  cf ois  faire '  mon  devoir  en  fendant  justice  k  une 
pauvre  femme  qui  serait  impardonnable  si,  ayant  une 
autorit^  r6elle,  elle  avait  ^t6  Finstigateur  des  affreux 
traitemenls  qu*on  m'a  fait  subir  sous  sa  respon^abilitd, 
et  qu'e!!©  a  ignores  en  grande  partie,  car  e*est  en  son 
absence  que  les  domestiques  se  sont  6verti^ites  k  m'ac- 
cabler  d'injures.  '  - 

El)e  fut  rempkc^  par  nne  petite  sceur  pointne, 
aupr&s  de  laquelle  Julie  ^tait  un  ange  de  paix  et  de 
moderation. 

Gette  tiUe,  qu'on  avait  laiss^e  dans  le  service,  ayant 
appris  aux  veillees  que  Paris  s'6tait  d6charg6  de  moi 
sur  Orleans,  s'6tait  promis  de  m'andantir  et  de  me  sou- 
mettre.  Elle  s'6tait  done,  ainsi  que  ses  compagnes, 
acham6e  contre  moi ;  mais,  k  part  cela,  quand  on  ne 
lui  disait  rien,  quand  elle  avait  affaire  surtout  k  des 
imbeciles  ou  k  des  femmes  tout  k  fait  perdues,  elle  ne 
faisait  que  les  maintenir,  et  sa  presence  suffisait.  Sa 
force  hercul^enne  la  rendaii  pr^cieuse  dans  un  quaf- 
tier  comme  celui-1^ ;  dfes  qu'on  la  voyait  paraitre  avec 
sa  haute  taille,  ses  6paules  carrees,  sa  face  color^e, 
sa  t^te  baiss^e  comme  un  taureau  qui  pr^sente  les 
cornes,  tout  rentrait  dans  le  silence ;  les  plus  furibondes 
tremblaient,  car  elle  soulevait  une  femme  comme  une 
plume  et  la  retournait  comme  une  omelette,  sans  dire 
un  mot. 

La  petite  soeur  n'etait  pas  de  meme.  Comme  la  plu- 
part  d^s  petites  feittmes,  elle  6tait  imp6rie\|8e,  ra^^euse, 


elleuse;  de  pins,  grosaifere,  dominatrice,  et,  dfrs  le 
btnain  de  son  arriv^e,  il  y  eut  tajtage,  cris,  punj- 
JtivoUe,  entraTeSj    camisoles,   jet    d'eau    k    ta 

On  ne  s'entendit  plus. 

iUe  g'en  prit  immeUialement,  et  ceta  avec  juste 
lOtt,  3  one  mauvalse  petite  fille  de  ThApital,  nominto 
'gioie,  dont  on  ne  savait  que  faire  et  qu'on  'avail 
se  comme  donnestique  dans  le  quartier. 
Cette  petile  effrontSe  abusait  —  et  ella  faisait  bian, 
rtft  tout,  —  de  I'auloritS  que  lea  r^glemenlsaccordent 
iX'domestiques  dans  cette  admin  titration.  Kile  frap- 
Itles  lines,  mettait  la  camisole  atix  aiitres  et  cher- 
^  toils  les  moyens  de  m'glr^  d^sa^r^able,  soil  en 
itBerrant  i  boire  dans  un  gobelet  cass6  et  sale,  soJt 
f  Oe  jetant  un  morceau  de  pain  d^jfi  entam^  par 
vee„.  enlln  en  faisant  S  chacune  des  maladea  les 
IsniiE^res  possibles  dans  une  maison  oi!i  les  doines- 
W  out  le  droit,  sans  permission  ni  contrdle,  de 
^Sf  lea  malhcureusea  prIsonni6res  i  merci. 
^■WBur  la  mit  a  la  porle  et  en  cela  merita  un  bon',. 

'pwEtaide  ce  qu'on  n'osait  plus  si-  jcter  »ur  moi 
"*  'Aasaer  comme  un  chien,  pour  attirer  I'attention 
*  tear  sur  la  mani&re  donl  la  vaisselle  £tait  lavAu 
^  Cetle  division. 

*  que  I'eau  propre  arrivait,  au  lieii  d'wi  proliler 
r**ettojer  les  verres  el  les  *cue!le«  en  !«•  iliibar- 
■^  tout  d'abord  de  ce  qui  y  rcsiait  et  qu'on  devait 


L 


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232 


MEMOIRES  D'VNE  ALlMlNEE, 


verser  dans  un  seau  special,  Julie  jetait  tous  ces  res- 
tants  dans  I'eau  propre  et  y  faisait  barboter  notre 
vaisselle,  sous  pr^texte  que  c'etait  meilleur.pour  les 
pores,.,,.  Les  torchons  qui  essuyaient  cette  salet^ 
etaient  ensuite  ^tendus  sur  les  bancs  et  sur  les  .chaises, 
oil  allaient  s'asseoir  les  femmes  qui  s'oubliaient  sous 
elles 

On  comprend  que^  dans  cet  ^tat  de  choses,  on  ire 
mangeait  qu'avec  la  plus  extreme  repugnance,  et  qu'on 
ne  pouvait  souvent  pas  mettre^  ses  levres  sur  ce  qui 
n'6tait  que  la  bourbe  du  rebut. 

La  soupe  ^tait  tremp^e  ave&  des  morceaux  de  pain 
tripot6s  par  des  fenunes  qui  les  laissaient  suf  la  table, 
apr^s  les  avoir  grignot^s  et  cassis  avec  des  mains 
pleines  d'ordures.     ^  . 

M"»«  L...  et  moi  en  emportions  le  plus  possible  pour 
le  Jeter  par  dessus  le  mur  ou  dans  les  latrines,  afin  de 
pouvoir  manger  un  peu  moins  a  contre-coeur.  Un  jour, 
«]le  m'appela  et  me  fit  voir  dans  la  cuisine  des  domes- 
tiques  —  qui,  elles,  mangealent  proprement  et  lavaient 
leur  vaisselle  k  part ;  —  elle  me  fit  voir,  dis-je,  la  fille 
Marianne,  les  deux  bras  nus,  qui  remuait  k  pleines 
mains  notre  salade  dans  un  bidon  ou  elle  venait  de 
mettre  un  filet  de  vinaigre  et  de  I'eau  pour  assaison- 
nement. 

C'^tait  notre  seul  plat.  Nous  ne  pumes  le  manger,  et 
nous  en  Mmes  rMuites  k  notre  pain  sec. 

Ia  soeur  fit  rdcurer  la  vaisselle  et  defendit  la  salete 


-  /    . 


CHAP.  XII.  —  ASiLE  dMrleans.  '      233 

— ^p^^—i^i^,!  I  y  ■^W^»^     ■■■■  ■    .p— — ^^  ■   I       I  —■■■■■■  Miif         ■        -     ■  ■        ^   ■■■      I  ■  ■■       ■        ■■  ■    ,■■■■■■  ^  »       I  ■      T  ^< 

I 

habituelle.  Elle  me  fit  donner  un  gobelet  et  m'apporta 
elle-m^me  des  fruits  achet^s  avec  Fargent'  que  j'avais 
au  bureau.  Quand  elle  arrivait,  elle  criait,'  d'un  bout 
k  I'autre  de  la  galerie  : 

—  He!  vous,  Id^haSy  dont  je  ne  sais  pas  le  nom  ! 

J'allais  prendreles  fruits,  dont  je^donnais  bonne  part 
a  M«»«  L...,  qui,  3e  son  c6t6,  me  donnait  tons  ses 
cornets  de  papier  a  tabac...  ,    ' 

A  propos  de  tabac,  qu'on  me  pardonne  si  je  djs 
encore  un  des  degouts  que  j'ai  eus  dans  ce  quartier. 
Le  I  abac  s'achfete;  on  n'en  donne  qu'une  certaine  quan- 
tity par  jour.  Celles  qui  trouvent  qu'elles  n'en  ont  pa« 
assez  grattent  leur  mouchoir...  et  remettent  ce  tabac- 
~ld  avec  Tautre,  dans  leur  tabatifere 

Mais,  dira-t-on,  la  soeur  etait  pharmante  pour  vous  ! 
Oh  I  certainement !  Elle  m'a  fait  voir  ses  fleurs,  sa 
petite  chapelle,  et  ne  m'a  rien  dit  de  d^sagr^able  ;  elle 
me  porlait  m^me  mes  lettres ;  mais,  avant  de  les  re- 
mettre,  elle  commen^ait  par  en  prendre  connaissance, 
ce  dont  je  me  doutais  trfes-bien.  Cependant  j"e  dois 
dire,  k  sa  louange  et  k  la  mienne,  que  nous  n'etions 
.  si  bonnes  amies  qu'en  attendant^  et  en  sachant  parfai- 
tement  que  nous  jetions  incapables  de  nous  accorder. 
.  Nous  savions  ^ue  le  docteur  avait  6crit  k  Paris. 

La  soBur  esperait  un  exeat,  Je  savais  la  r^ponse 
d'ayahce,  et  je  me  demandais  ce  qui  adviendrait 
alors. 

Comme  je  m'y  attendais,  M.  Husson,  le  directeur  de 


\ 


N 


234  MfiMOlRES  D'tNE  ALBftNfiK. 

■  ■        I  - -  ■  ■      ■  .   ■         I,        .      I      I  I  I  ■    I      ■  ■  ■  »«    -  .. 

FAssfefeance  publique,  r^pondit  le  25  juhi  1864,  comoie 
il  avait  r^pondu  le  13  octobre  1863  a  M.  le  pr^fet,  k 
peu  pr6s  dans  les  m^mes  termes,  toujowrs  en  r^p^tant 
ce  qu'il  avait  6crit  au  directeur  de  I'aeile  d'Anserre,  et 
M.  le  doctettr  Payen,  pres.'ie  de  mettre  sa  responsahi^ 
lit&  a  convert,  eut  la  singulifere  id6e  d'enregistrer  sur 
le  livre  matricule  de  Tasile  : 

Juin  i864,  —  Malgrd  tout  mon  desir  de  me  d^barrasser  de 
M"«  Chevalier,  une  lettre  du  directeiir  de  I'Assistance  publique 
de  Paris  confirme  de  nouveau  sa  sequestration  comme  indispen- 
sable, 

II  est  trfes-heureux  pour  moi  qu'une  telle  note  ait  6te 
reglementairement  enregistree  sur  un  livre  d'hopital, 
car,  sans  cette  naivete^  de  la  part  du  docteur,  per- 
sonne  n'aurait  jamais  pu  croire  que,  de  Paris,  le 
directeur  de  Tadministration  pouvait  commander  les 
certificats  de  situation  du  medecin  d'un  asile  ^loign^, 

Une^emblable  injonction,  ecrit  encore  M.  Tailhand  a  ce  sujet, 
semblera  probablement  excessive  et  irreguli6re.  La  loi  -a  confix 
aux  m^decins  de  Tasile  ou  rah^n^  est  detenu,  et  aux  fonctioi^ 
naires  prdpos^s  par  elle  pour  surveiller  cet  ^tal^lissement,  le 
droit  de  maintenir  la  sequestration  ou  de  la  faire  cesser,  suivant 
retat  du  malade.  Comment  expliquer  et  justifier  Fintervenlion 
d'un  fonctionnaire  ^loign^,  d^pourvu  de  toute  espece  de  juridic* 
tion  sur  Tasile,  et  cependant  imposant  sa  volont^  a  ceux  qui  ont 
're^u  de  la  loi  le  devoir  de  ne  prendre  conseil  de  personne  que 
de  leur  propre  jugement  ? 

Toujours  est-il  que  M.  le  pr^pos^  fat  charge  de  me 


(  • 
A 


CHAP.   XII.    —  ASILB  D'ORLJ&ANS.  2^ 


,,  ,.  ,^. 


faire  ioit  la  r^ponse  et  qu'il  vkt  lui-mdme,  avec  tine 
grande  pancarte  k  )a  main,  pour  me  prouve^  toute  la 
bonne  valont^  du  m^decin. 

C^esi^  coDame  pofir  M.  le  ppoctireur  ixnp^rialy  entre 
deux  files  de  femmes^  que  M.  )e  pr6fM)s^  passa.  Le  ser- 
vice, respeidtueux,  se  tint  debout  tout  le  temps  et  ne 
permit  It  anernie  malade  de  troubler  le  t^te*a^tMe  qui 
avait  lieu  au  bout  de  la  gakrie. 

Mon  indignation  fat.  extreme.  Je  n'etaia  pas  une 
mal^de,  mftis  to  prisonnibre  du  hon  plaisir  des  fenC" 
tiemnaires  publics.  Je  n'etais  pas  une  femme  qu'on 
chercbait  a  gudrir  ni  mentalement,  ni  pbysiquemeBt, 
car  on  ehercbait  tons  le$  moyens  de  m'afbrutir,  de  me 
rendre  perverse  et  malade. 

Que  faire  ?  M.  le  pr6pos6  6tait  d^courage.  Je  Tauirais 
^te  aussi,  si  je  n'avais  pas  eu  une  porte  de  derri^re, 
c'est-i^dire  mes  anciennes  connaissances  de  Paris, 
aussi  bien  dans  la  presse  que  dan&  le  monde,  connais*- 
sauces  auxquelles  je  ne  voi}Iaii&  rien  demander  dans  la 
position  o&  j'etais,  mais  qui  neanmoins  seraient,  a 
touie  extr^mit^,  une  planche  de  salut  pour  moi.  J'en 
etais  k  Fextr^it^.  Tout  devait  m'Mre  permis  pour 
sortir  du  cloaque  ou  je  me  trouv^is  plong^e. 

De  satk  cM^^  la  soeur  ne  se  souciait  pas  de  m'avoir 

dans  son  office  a  perp^tuit^ 

J'^eritls  done  k  Paris,  et  e)le  porta  mes  lettres  au 
bureau.  Mais  avant  ht  r^ponse  k  ces  lettres,  une  cir- 
consts^nce  lui  permit  de  se  debarrasser  de  moi. 


\ 

I 

232  .       MEMOIRES  D'UNE  AU^NISE. 

verser  dans  un  seau  special,  Julie  jetait  tous  ces  res- 
tants  dans  I'eau  propre  et  y  faisait  barboier  notre 
vaisselle,  souspretexie  que  c'etait  meilleur .  pour  les 
pores..,,,  Les  torchons  qui  essuyaient  cette  salet^ 
etaient  ensuite  ^tendus  sur  les  bancs  et  sur  les  chaises, 
ou  allaient  s'asseoir  les  femmes  qui  s'oubliaient  sous 
elles 

On  comprend  qpie,  dans  cet  ^tat  de  choses,  on  ne 
mangeait  qu'avec  la  plus  extreme  repugnance,  et  qu'on 
ne  pouvait  souvent  pas  mettrC'  ses  l^vres  sur  ce  qui 
n'^tait  que  la  bourbe  du  rebut. 

La  soupe  ^tait  tremp^e  avec  des  morceaux  de  pain 
tripot^s  par  des  femmes  qui  les  laissaient  suf  la  table, 
apr&s  le^  avoir  grignot^s  et  cassis  avec  des  mains 
pleines  d'ordures.    ^  ^ 

M"»«  L...  et  moi  en  emportions  le  plus  possible  pour 
le  Jeter  par  dessus  le  mur  ou  dans  les  latrines,  aOn  de 
pouvoir  manger  un  peu  moins  a  contre-coeur.  Un  jour, 
«Ile  m'appela  et  me  fit  voir  dans  la  cuisine  des  domes- 
tiques  —  qui,  elles,  mangealent  proprement  et  lavaient 
leur  vaisselle  k  part ;  —  elle  me  fit  voir,  dis-je,  la  fille 
Marianne,  les  deux  bras  nus,  qui  remuait  k  pleines 
mains  notre  salade  dans  un  bidon  ou  elle  venait  de 
mettre  un  filet  de  vinaigre  et  de  Veau  pour  assaison- 
nement. 

G'^tait  notre  seul  plat.  Nous  ne  piimes  le  manger,  et 
nous  en  Mmes  reduites  k  notre  pain  sec. 

La  soeur  fit  r^curer  la  vaisselle  et  defendit  la  salet^ 


/   \ 


CHAP.   XII.   —  ASILE  D  ORLEANS. 


233 


habituelle.  Elle  me  fit  donner  un  gobelet  et  m'apporta 
elle-iH^me  dcs  fruits  achet^s  avec  Fargent'  que  j'avais 
au  bureau.  Quand  elle  arrivait,  elle  criait,  d'un  bout 
k  I'autre  de  la  galerie  : 
J  —  He!  vous,  la~haSy  dont  je  ne  sais  pas  le  nom  f 

J'allais  prendre *les  fruits,  dont  je  donnais  bonne  part 
a  M™"  L...,  qui,  fle  son  c6t6,  me  donnait  tous  ses 
cornets  de  papier  a  tabac...  ' 

A  propos  de  tabac,  qu'on  me  pardonne  si  je  dis 
encore  un  des  dugouts  que  j'ai  eus  dans  ce  quartier. 
Le  I  abac  s'achfete;  on  n'en  donne  qu'une  certaine  quan- 
tity par  jour.  Celles  qui  trouvent  qu'elles  n'en  ont  pas 
assez  grattent  leur  mouchoir,,.  et  remettent  ce  tahac- 
-Id  avec  Tautre,  dans  leur  tabatifere 

Mais,  dira-t-on,  la  soeur  6tait  qharmante  pour  vous  ! 
Oh!  certainement !  Elle  m'a  fait  voir  ses  fleurs,  sa 
petite  chapelle,  et  ne  m'a  rien  dit  de  d^sagr^able  ;  elle 
me  porlait  m^me  mes  lettres;  mais,  avant  de  les  re- 
mettre,  elle  commen^ait  par  en  prendre  connaissance, 
ce  dont  je  me  doutais  trfes-bien.  Cependant  j"e  dois 
dire,  k  sa  louange  et  k  la  mienne,  que  nous  n'etions 
.  si  bonnes  awnies  qic'en  attendant^  et  en  sachant  parfai- 
tement  que  nous  etions  incapables  de  nous  accorder. 
.  Nous^  saviohs  -que  le  docteur  avail  6crit  k  Paris. 

La  scaur  esperait  un  exeat,  Je  savais  la  r6ponse 
d'ayahce,  et  je  me  demandais  ce  qui  adviendrait 
alors. 

Comme  je  m'y  attendais,  M.  Husson,  le  directeur  de 


238  M^xomes  B'uNE^ALiKirfe. 

_  -  I  -     -     — ■ — ■ ^- — ■ 

« 

lues  de  simples  blouses  blanches,  assez  coottes,  sans 
aacun  v^temeat  qu'unecbemisesoQscette  Uoase.  Elles 
etaient  pieds  nus.  Une  partie  de  ees  paavres  femmes 
avaient  des  entraves ;  ioates  les  antres  avaieBt  ce  ^'on 
appelle  des  hricoles,  c'est-a-dire  une  ceinture  et  des 
bracelets  de  cuir  noir  retenus  ensemble  psar  deuK 
petites  lanieres,  ne  p^mettant  aux  mains  d'alier  que 
jusqu'a  la  boucbe. 

Selon  que  le  bracelet  est  plus  om  moins  serr^, 
le  poignet  peut  ^tre  a  Taise  ou  coup^  jusqu'au  sang. 

Elles  etaient  seuleset  ne  faisaient  aucun  bruit. 

Deux  ou  trois  d'entre  elles  m'eniour^rentet  mefirenl 
savoir  qu'elles  etaient  dans  cet  equipage,  Twrn  parce 
qu'elles  etaient  agitees  ou  dangereuses,  mais  i^fople- 
ment  parce  qu'elles  avaient  repondu  un  pen  vivement  lit 
Anne  G.,  la  servante  maitresse  du ipiarlier.  Ges lemmes 
s'exprimaientfort  bien,  beaucoup  mieux  qH'aueune  de 
celles  que  je  venais  de  quitter. 

Cela  m'aurait  paru  horrible  si  j'avais  et6  k  mon 
debut  dans  les  maisons  d'ali^n^s ;  mais,  en  dixans, 
j 'avals  beaucoup  vu,  ayant  parcouru  non  seulement 
plusieiirs  d^partements  et  plusieurs  asiles,  mais  en- 
core, comrae  a  Orleans,  plusieurs  divisions,  et  ayant 
appris,  par  experience,  que  les  raalades  atteintes 
d'acces  furieux,  une  fois  leur  crise  passee,  avaient 
toute  la  lucidite,  toute  la  finesse  d'esprit  que  n'avaient  *^ 
pas.  les  autres,  mais  aussi  que  ces  malades,  fort  dan- 
gereuses,  leurs  acces  6tant  intermittents,  inattendus, 


CHAP.  XII.  —  ABILE  »'0,RLS;A(iS. 


pauvaient,  m^me  danB  leurs  naon>ents  Ae  calme,  sauter 
sur  vous ;  tpi'il  fallait  par  consequent  des  prfcautions, ' 
surtout  El  elles  avaient  conlre  vous  de  raauvais  senti- 
tneots,  qu'ellee  conservaient  quelquefok  toajours. 
^       Nous  reviendrons  lout  k  I'heure'^ur  c^  sujet. 

Je  ne  vie  le  personnel  du  quartier,  ainsi  que  les 
malades  de  I'ouvroir,  qu'au  moment  du  diner,  qui 
se  fit  dans  eette  petite  cour  et  qui  fut  servi  par  Anne  G. 
Chacune  emportait  eon  6cuelle  et  allait  manger  oil  bon 
lui  semblajt. 

Anne  me  dit  un  mot  piquant,  auquel  je  r^pondis 
aussitdt;  au  lieu  de  s'en  f&cher,  elle  s'excusa,  «a 
m'avouant  qu'on  lui  avait  dit  beaucouj)  de  mal  de  moi 
et  en  me  promettant.de  ne  plus  recommeDcer. 

Je  retrouvai  Ik  Charlotte  (celle  qui  s'^ait  r6voll6e 
au  mois  de  Janvier),  et  une  autre  malade  qui  s'^tait 
faite  I'amie  des  domesttques  et  les  influen^it  beaii- 
coup.  Elle  me  prit  sous  sa  protection,  me  fit  plusieurs 
graci^nse^ee,  et  d^  le  premier  jour  je  compris  que 
cetle  seetiim  mfemaH,  ce  terrible  Sanitas.  scrait  un 
oasis  sur  ma  route  douloureuee. 

La  vaisselle  y  Stait  fort  propre.  C'^tait  Anne  (.1 .  qui' 
la  lavait  elle-mSme,  On  me  mit  coucher  ilans  un  Uor- 
.  toir  de  huit  lits,  parfaitement  tranquille,  el  oii  je  pus 
enfin  dormir  et  respirer.  Somme  touie,  on  m'avait 
rendu  service  en  m'envoyant  dans  cette  division  dan- 
gereuse. 

Laseeurdece  quartier  ^ tact  tme  bonne  jeunu  sccur 


'  n\ 


240  MEMOIR^S  D'UNE  AUENElE. 


qui  cherchait  k  etre  serviable  a  tout  le  monde,  mais 

« 

qui,  comme  toutes  les  autres,  subissail  rinfliience  du 
service.   • 

Heureusement  ce  service  6tait,  pour  le  moment  du 
moins,  tr^s-convenable.  II  n'allait  pas  ^la  veillee  avec 
les  autrea,  ce  quartier  6tant  trop.  sujet  a  caution  pour 
^tre  laisse  s^ul,  Les  domesliquQs  se  reunissaient,  pour 
travailler  ensemble  jusqu'a  neuf  heures,  dans  I'ouvroir 
g6n6ral  qui  avait  vue  sur  tpu^  les  dortoirs. 

Le  danger  n'^tait  jamais  bieri  grand,  gracp  aux  pre- 
cautions prises  ;  en  pareil  cas,  ^il  faut  tout  pr6voir  et 
^tre  en  force,  avoir  un  materiel  special. 

Rien  ne  manqtiait  au  Sanitas :  cellules  avec  liens, 
\  dortoirs  de  gateuses,  loges  a  paill^;  aussi  dortoir  tran- 
quille  et  deux  ou  trois  belles  cellules  pour  les  pensiop- 
naires. 

La  soeur  en  habitait  une,  et  M^^''  L.  T^utre. 

Les  maladies  intermittentes  ont  un  caract^re  tout 
particulier.  Les  plus  grandes  forcenees  sont  parfois 
calmes  du  matin  au  aoir^  et  le  deviennent  quelquefois 
spontanement  au  milieu  d'un  acc^s.  On  crierait  au 
miracle,  si  un  de  ces  calmes  arrivait  dans  un  endroit 
consacre.  Gela  pent  etre  la  guerison,  apres  une  souf- 
france  extreme,  comme  cela  pent  n'etre  qu'un  repos  de 
quelque  temps ;  I'agitation,  la  fureur  peuvent  revenir 
avec  la  m^me  rapidite,  la  meme  spontaneity,  sans  que 
rien  le  fasse  pr^voir. 

II  n'en  est  pas  ainsi  de  ce  qu'on  appelle  manie  rai" 


^ 

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CHAP. 

XII.   - 

—  A.SILE  d'ORLEANS. 

w 

sonnante.  II  y  a  toujours  un  petit-  commencement ;  on 
peut,  '—  peut-6tre!  —  pr6venir  le  mal,  rarement  le 

guerir Ces  pauvres  ^tres  sont  presque  totalement 

en  d^route,  raisonnant  avec  eux«-m6mes,  a  voix  basse 
ou  haute,  sans  interruption^  faisant  des  gestes,  des 
gl^imaces ;  querellant,  chantonnant,  ^nervant  tout  leur 
entourage  par  leurs  chucholements  continuels,  leurs 
paroles,  incoh^rentes  et  incessantes.  De  celles-la,  il  y  en 
a  partout  consid^rablement, 

Enfin,  il  y  a  encore  les  idies  fioces  ;  et  on  pourraiE, 
il  me  semble,  les  laisser  libres^  quand  cette  id^  fixe  , 
ne  porte  le  trouble  nulle  part.  Cependant,''  je  vais  ra- 
conter  le  cas particulier  de M"®  L., dont  j'avais  beaucoup 
entendu  parler  k  la  premiere  division. 

M"«  L.  venait  de  Paris,  comme  moi.  G'etait  une 
grande  belle  jeune  femme  de  trente-cinq  a  quarante^ 
anSy  les  paraissant  k  peine,  fille  naturelle  d'un  M.  L. 
Son  grand-p^re  paternel  I'avait  fait  mettre  en  pension 
et  I'aurait  gard^e,  k  condition  ^ue  sa  m^re  ne  s'en 
occuperait  pas.  La  m^re,  dans  une  id^  de  speculation, 
la  relira  de  pension,  esp^raht  que  le  grand-pfere  donne- 
rait  de  Fargent  pour  la  reprendre ;  mais  ni  lui  ni  le 
p^re  n'ont  plus  voulu  entendre  parler  de  Tenfant  depuis 
ce  moment.  La  mfere  a  continue  sa  vie  d^r^gl^e,  et  la 
fille  est  entree  en  apprentissage  avec  une  demi-6du- 
cation. 

Fort  jolie,  ayant  chez  sa  m^re  un  entourage  d'bom-  , 
mes,  It  pautre  malheureuse  a  ^td  entrain^  jus({Ue 

14 


242 


MM&IRES  D'GNE  AUllNKE. 


dans  des  maisoas  de  pa899, 04k  e!k  %  connu  des  officios 
qui  I'oni  eminent  en  Alg^rie.  L^,  elie  s'ei^  ^st  donne 
^i^ceur  joie,  parcourant  le  pays  k  chaval,  a  la  grande 
r(§jouissance  des  Arabes,  qui  ia  regardaient  avec  admi- 
ration, disait-eile. 

De  reiour  k  Paris,  elle  y  apprit  Ilk  mort  de  son  p^re 
et  de  son  grand-p^re. 

Le  p&re  s'6tait  «iari^,  avait  eu  plnsieurs  enfants. 
Ayant  ^U  reconnue  par  lui  avant  son  maiiage^  la 
pauYre  fille  avait  peut-^tre  droit  a  une  part  d'h^ritage  ; 
mais  ce  n'est  pas  cela  qui  lui  tourna  la  t4te.  Elle  se  crut 
frustr^  de  Th^tage  de  S(on  grand-p^e,  qui,  disait- 
elle,  avait  test^  en  sa  faveur,  et  au  lieu  d'aller  trourver 
avoue,  avocat  ou  notaire,  alia  center  ses  a^aires  aux 
officiiers  qui  Tenvoyferent  promener,  et  rossa  d'impar- 
tance  un  chef  de  bureau  de  la  pr6fect«re  de  police  qui, 
au  lieu  d'^couter  €es  discours,  lui  dit  qu'^He  ^tait  bdle 
et  voiilttt  Tembrasser. 

L'agent  ross^  la  lit  enfermer.  Son  exasperation 
devint  de  la  rage;  elle  voulut  baUre  m^deoln  «t 
internes  k  la  Salpdtrifere.  On  Tenvoya  k  Od^ans,  06 
elle  agita  si  bien  les  quartieri?  k  propos  de  son  testa- 
ment, qu'on  la  passa  au  Sanitas,  o^  je  la  trouvai  fai- 
sant  ses  pribres  avec  ardeuVy  disant  le  chapelet^ 
donnant  des  lemons  de  lecture  et  d'^riture  aux  jeunes 
servantes,  sans  parler  des  bonnets  de  coton  et  des  cale^ 
90ns  qu'elle  oonfectionnait  aux  heures-de  travail. 

ie  4tti  fis  compliment  de  sa  dev0(6on.  Ellefne  ^it  que 


:  caitP.  XII;  —  ASIUS  D'ORtfi.\?iS.  3W 

e^6tait  pour  ae  fairi  inen  venir,  m'engageant  h  es  turn 
Aulant  et  4  dire  que  j'appsrtenais  k  k  police,  poar  loe  ~ 
faire  craindre  et  respecter.  ' 

Assur^ment  tout  cela  6tait  ub  aiufllfaine  de  roRSS 
plutAt  que  de  fotie,  et  ssaa  \es  extraTagxnces  et  les 
Tkrlences  dont  elle  s'£tait  reodoe  oonpable  enrers 
tes  agents  de  la  police,  je  pense  qu'on  n'aurait 
jamais  eu  I'idte  de  la  dire  folle.  C'^ut  phitAt  une 
intr^ante. 

Je  reviens  k  moi.  On  te  trotivait  fort  embarrass^  a 
mon  aujet.  Je  do  ponvais  ni  rester  dms  lii  Cour  arec  ces 
pauvres  femmea,  ni  k  I'oavroir,  parco  que  je  rffitais  pas 
lie  force  k  trsvailler  toute  la  journ^e,  et  que  d'ailleurs 
cela  aurait  gSn6  tout  le  monde.  II  fatlait  ponrtant  me 
mettre  quelque  part  et  me  mettre  en  silret^.  On  eut 
I'id^e  de  m'instalter  dans  line  petite  cotir  ofi  it  n'y  avait 
personne  et  qui  donnait  derri^re  les  dortoirs.  Je  n'al- 
lais,  comme  les  ouvriftres  et  la  seniee,  qu'aux  heures 
de  repas  dans  la  cour  commune,  alin  de  n'^lre  pas 
espos6e  k  une  attaque  Impr^vue. 

Cependant,  aucune  de  cea  panvres  malades  ne  pensa 
k  me  rien  feire  pendant  mon  s6jour  au  Sanilas.  Au 
CODtraire,  plusieurs  me  parl^rent,  et  ce  ful  pour  me 
remercier  de  ne  pas  les  bcUtrif  I 

-^  De  tie  pas  vous  battre  ? 

—  Oui,  car  lout  le  moftde  noas  bat  ici,  m^me 
M"«  L. 

Je  n'insistai  pas,  ne  toulant  pa8  tne  meter,   sans 


I 


244 


'  ,/ 


a(£moire&  d'une  alienee. 


y  6tre  absolument  provoqu6e,  de  rien  de  ce  qui  se  pas^ 
sail  hors  de  ma  vue,  et  puisqu'on'  m'avait  mise  a  part, 
i'en  profitai  pour  fermer.  les  yeux  sur  ce  que  je  ne  pou-. 
vais  pas  faire  changer. 

Je  vis  une  nomm^e^Ang^lique,  qui  avail  ^t4  k  la 
troisieme  et  qui  avait,  je  dirais  presque,  toute  sa  rai- 
raison,  sauf  la  manie  de  contrarier,  en  se  cachant 
pour  faire  croire  k  sa  fuite  et  se  faire  chercher.  Manie 
vraiment  bien  folle,  car  elle»  en  dtait  la  premiere  vic- 
time,  ce&  plaisanteries  exasp^rant  le  service.  J'ai  vu  lui 
enfoncer  la  t^te  dans  un  baquet  d'eau  sans  lui  donner 
le  moyen  de  respirer,  lui  serrer  la  camisole,  la  dou- 
cher,  rattacher;  dfes  qu'elle  en  trouvait  le  moyen, 
elle ,  recommengait  et  riait.  Ce  jour-1^  elje  avait 
les  hricoles,  et  ses  poignets  6taient  tellement  serr6s 
que  les  mains  en  ^taient  tiimefi^es  et  la  peau  des  bras 
couple. 

1—  Qu'avez-vous  done  fait,  rfialheureuse?lui  deman- 
dai-je.  ^    / 

—  Mais  rien,  me  r6pondit-elle  avec  simplicity ;  c'est 
vous  qui  rri'avez  fait  mettre  les  brjcoles. 

—  Moi  I 

—  Oui ;  vous  vous  6tes  plainte  que  j'avais  parl6 
haut  avant  le  lever  et  que  cela  vous  avait  6veill^e. 

' —  Oh  !  ma  pauvre  Ang61ique  1  s'il  n'y  avait  que  moi 
pour  vous  faire  punir,  vous  ne  le  seriez  jamais.  Mais 
comment  avez-vous  oubli^  que  la  domestique  couche 
k  c6t6  de  nous  et  a  pu  vous  entendre? 


.^VJ 


I       I 


CHAP.   XU.   —  ASILE   D'ORLEANS.  245 

*™  Mmmtm,    m    ^•'^^m^^mittt    mi   mm   9  I      i^  1^^— i^p^^i^M    iP  p■■^■   ■  —   ■■<■       ^^^■.■■■■  — .—^^  ■        ■■■■■  ■■■■■»  i»  ii        ■  ■■ 

— '  C'est  vrai,  me  r6pondit-elle  naivement ;  mais 
comme  je  ne  parlais  que  pour  vous  eveiller  et  vous 
contrarier,  je  n'ai  pas  pense  a  elle. 

Elle  a  eu  I'air  touch6  de  ce  que  je  lui  ai  dit  que  je  n^ 
la  ferdis  jamais  ,puDir,  et  depuis  ce  moment,  au  lieu  de 
chercher  k  m'^tre  d6sagr6able,  elle  m'a  fait  des  avances 
et  des  politesses. 

J'avais  trois  chaises  dans  la  petite  cour  dont  on  me 
laissait  la  disposition,  et  on  avait  ouvert  un  dortoir  pout* 
que  je  pusse  m'y  retirer  en  cas  de  pluie.  Je  m'occupais 
k  dessiner  ou  a  d^couper  pour  les  petites  chapelles  des 
soeur8;'je  pouvais  done  dormir,  me  reposer,  lire  et 
faire  soci^t^  deux  fois  par  jour.  Je  jouissais  d'un  calme 
dont  j'avais  grand  besoin.  Mais  il  ne  dura  pas  long- 
temp$,  et  Vavertissement  donn6  par  Tadministration 
de  la  Seine  devait  6lre  vrai  d'un  bout  k  Tautre, 

J'avais  d6j2i  porte  le  trouble,  bien^  malgr6  moi,  aussi 
bien  a  la  premiere  qn'k  la  troisi^me  division  ;  il  6tait 
dans  ma  destin^e  de  le  porter  encore,  avec  la  discorde^ 
dans  la  quatri^me  et  la  cinqui^me. 

Une  grille  seulement  s^parait  ma  petite  cour  de  celle 
de  Tinfirmerie.  Le  service  de  ce  quartier,  sachant  tout 
ce  qui  ^tait  advenu  ailleurs  k  mon  sujet,  fut  revolts  de 
me  ivoir  install^e  juste  en  face,  k  m^me  de  faire  mes 
odieux  rapports  sur  ce  qui  s'y  passait.  Pour  me  forcer  k 
m'en  aller,  on  ne  trouva  rien  de  roieux  que  de  me 
faire  envoyer  une  gr^le  de  pierres  par  les  pauvres  imbe- 
ciles qui  sont  1^, 

14. 


•      I  .         '    '      '  .1  -  .<      *       ■  / 

'  /      ■ 


\- 


246  M^MOlRES  D^UNE  ALIlfiNEE.    , 


■  <  p  ■  •••  ^mmi^rm 


La  soeur  de  rinfirmerie  fit  aes  plaintes^  d^clai'a  qu'elle 
He  voulait  pas  voir  sa  section  surveill6e  par  la  eection 
voisine,  et  voila  deux  camps  en  presence. 

Goname^c'etait  Anne  G.  qui  m'avait  fait  assignef  la 
cour  et  son  do»toir,  elle  prit  fait  et  cause  poiir  moi,  et 
tout  ce  tapage  alia  jusqu'si  radministration. 

Le  docteur  comm^ngait  r^ellement  k  ne  pas  se  f^li- 
citer  de  sa  condescendance  pour  ses  collogues  de  Paris 
et  ne  savait  plus  oii  me  mettre,  quand  M.  le  pr^pos^, 
k  qui  j'avais  fait  remettre  des  lettres  aprfes  sa  visite  4  la 
^roisieme,  et  qui  les  avait  envoyees  a  tout  hasard, 
regut  repohse  a  une  qu'il  avait  6crite  lui  m^me,  tout  en- 
croyant  que  toutes  mes  relations  de  famiUe  et  de  soci6te 
n'existaient  que  dans  ma  i^te.  • 

On  offrait  de  Targent  pour  queje  fusae  pepsioa>- 
naire ;  mais  M .  le  pr6pos6  ne  voulait  pas  r^pondre 
avant  d'etre  sur  que  j'accepterais,  ^11  mfe  dit  seu- 
lement  que  c'^tait  un  incohnu,  qui  ne  voulait  pas  ^tre 
nomm^. 

J'^tgiis  certainement  bien  malheureuse  k  I'asile  d'Or- 
leans ;  cependant  je  ne  voulns  rien  prendre  sur  Inoi 
dans  cette  circonstance,  et  je  lui  dis  qu'ayant  agi  sans 
me  demander  avis,  la  d6cision  k  prendre  ne  regardait 
que  lui. 

II  s'arrangea  done  a  son  id6e,  et  il  fut  conyenu  qu'un 
supplement  serait  pay6  pour  me  placer  au  pensionnat. 

On  m'annqn^a  que  je  quittterais  le  Sanitas  le  1"  oo 
tobre,  ce  qui,  je  le  crois,  contenta  tout  le  monde/  car 


s. 


1 


CHAP.   Xll.   —  ASILE  D'ontfiANS.  247 

; '  ■■"     *■     ■     ■  ■  w ■ — -■     •  • 

I 

vraiment  je  g^nais  et  j'6tais  fort  mal,  malgr^  le  bdn 

9 

vouloir  qu'oir  m'y  t6moignait,  et  bien  que  je  n*aie  pas 
eil  une  seule  fois  &  me  plaindre  du  service  de  ce  qUar- 
tier. 

Anne  G.  me  dit  uii  jour  qu'ella  avail  rencontre  M.  le 
docteur  Lepage,  m^decin  adjoiiit  de  l*asile,  bon  vieil- 
lard  qui,  ne  venant  jamais  dans  les  quartiers,  ne  me 
eonnaissait  que  de  reputation ;  il  lui  avait  adress6  la 
parole  pour  la  plaitidre  sincferement  de  m'avoir  dans 
son  service. 

—  Mais  pourquoi  done,  monsieur  le  docteur?  lui 
avait-elle  r^pondu  ;  M"^  Chevalier  ne  feit  aiicun  mal, 
aucun  bruit,  et  nous  serious  trop  heureuses  si  nous 
n'avion^  que  des  malades  semblabtes  chez  nCus. 
Mesdames  les  domestiques  des  autres  quartiers  sent 
done  bien  gdtdes  par  les  leurs,  si  elles  en  sont  a  de- 
daigher  celle-13i ! 

M.  le  docteur  6tait  tout  inlerdit. 

—  Cependant,  dit-il,  elle  trouble  chez  vous,  puisque 
la  soeur  de  ritifirmerie  he  veut  pas  y  rester  a  cause 
d'elle  et  qu'on  vient  de  la  homrher  au  pensionnat. 

—  G'est  qu'elle  ecout^  des  mensonges  au  lieu  de 
juger  par  elle-m6me. 

En  eflfet,  n*ayant  pu  me  faire  renvoyer  de  la  petite 
tour,  la  soeur  de  rinfirmerie  avait  demand^  son  chah- 
geihent  et,  preuve  qu'on  ne  pent  6viter  6a  destin^e, 
venait  d'etre  plac6e  a  la  premiere  division,  huit  jours 
avant  1^  copclusioi^  deg;  arrangements  avec  le  bienfai- 


^y' 


/ 


248  MEMOIRES  D'uNE  ALIENEE. 


■x^ 


/ 


teUr  inconnu  qui  m'y  faisait  entrfer  de  droit  comme 
pensionnaire.  •  * 

J'ai  quitt6  le  Sanitas  apr&s  des  adieux  tr^s-affectueuiL 
et  suis  all^e  revoir  depuis,  dans  son  service  a  i'h^pital 
•  g6n6ral,  la  bonne  jeune  soeur  que  j'y  avais  connue.    ~ 

Charlotte  D.  est  partie  pour  Bonneval,  pr^  de  Char- 
tres. 

Quant  a  M^i®  L.,  elle  s'est  sauv6e,  fort  heureusemeut 
pour  elle,  quatre  ans  plus  tard,  au  moment  ou  tqutes 
les  petites  privaut^s  qu'elle  avait  allaient  lui  ^tre  reti- 
rees. 

II  parait  qu'aprfes  mon  depart,  celui  de  Charlotte  et 
le  changement  de  la  soeur,  elle  s'^tait  exasper6e,  mal- 
gr6  la  bonne  amiti6  des  domestiques,  et  s'en  6tait 
prise,  avec  une  autre  malade,  a  radministration,  si  bi^nt 
'  qu'un  des  administrateurs  ^tant  vehu  au  Sanitas,  elles 
Font  attendu  a  la  porte,  se  sont  fiancees  sur  lui  et 
I'ont  renvers6,  autant  de  saisissement  que  de  Tehran- 
lement  donne  k  son  gros  corps.  Elles  voulaient  le  tuer. 

On  leur  a  mis  la  camisole ;  on  les  a  enfermees  en  cel- 
lules ;  on  devait  leur  donner  la  douche  le  lendemain... 
Mais  le  lendemain  la  belle  M"®  L.  n'y  6tait  plus,  et  on 
n'a  jamais  pu  savoir  comment  elle  6tait  partie... 

J'ai  vu  dernierement  dans  les  journaux  .qu*une  re- 
compense avait  6t6  accord^e  a  Anne  G.  par  le  conseil 
municipal...??? 


-  LE  PEN6I0NNAT. 


CHAPITRE  XIII 

Aalle  d'OrUan*.  —  Doax[iima  i>artls.  —  !•«  pmaloimELt. 

Oa  sera  sans  doute  bien  aise  de  savbir  quel  ^tait  cet 
inconnu  genereux  qui  offrait  pour  moi  un  supplement 
de  pension,  <  que,  m'^crivait  M.  le  pr6pos6,  M"«  Che- 
t  valier  aurait  tort  de  d^daigner  ;  I'inconnu  n'est  pour 
>«:  rien  dans  le  fait  de  sa  E^questration ;  c'est  pour  lui 
c  un  fait  accompli  qu'il  cherche  k  rendre  moins  dou- 
«  loureux ;  !a  dignity  de  M"*  Chevalier  n'a  pas  a  en 

.  «  souffrlr,  au  contraire;  il  est  honorable  pour  elle 
«  d'avoir  m^rit^  I'lnt^rfit  de  personnes  bien  poshes,  »  " 

Ce  personnage  bien  pos^  n'etait  autre  que  mon  fr^re, 
M.  Claude-Daniel  Rouy,auquel  M.  le  preposS,  dans  une 
pens^e  d'humanil4,  avail  ^crit  pour  lui  demander  de 
me  venir  au  moins  en  aide,  s'il  ne  voufait  jias  rei;laniiT 

>  ma  sortie,  tout  en  lui  laissant  pressfniir  iiue  ciiiif 
sortie  pourrait  bien  m'fitre  accord^e  pai'  le  pit^fet  ilu 
Loiret,  et  I'aurait  dSji  6t4  par  le  m^decin  en  clief  sans 


A 


ST/)  K^MOIHES  d'UNE  AtlENifi. 

«       I  I    .  I      .        ■  ■    .1    .1  mi  III   ■  ^iwi  11  ■■ I     »i  i» 

< 

rintervenlion  de  M.  le  directeur  de  I'Assistance  pu- 
blique. 

Je  donne  en  entier  la  rfeponse  de  M.  Rouy,  qui 
avait  et6  class^e  parmi  les  pieces  de  mon  dossier  a 
Fasile : 

Ville-d'Avray,  13  aout  186*. 

Confidentielle. 
\  .  Monsieur, 

J*ai  fardS  que/lque  temps  k  ifoixs  f^pondffef,  p«fce  qcre  j*ai 
voulu,  auparavant,  communiquer  votre  lettre  a  M.  le  docteur 
baron  Pelletan  de  Kinkelin  qui,  d'apr^s  la  notori^t^  publique, 
les  reclamations  tr^-Tives  de  soft  propri6taire  et  de  ies  ]f>f opres 
amies,  Vinstance  de  son  propre  m^deein,  M.  Audiat,  et  le  con- 
cours  du  commissaire  de  police  de  son  quartier,  avait  du,  pour 
6viter  des  malheurs,  faire  inscrire  M"*  Hersilie  parmi  les 
ali^n^es. 

Yoici  sa  reponse,  quant  a  la  question  de  I^  sortie  probable  de 
la  pauvre  folle ; 

«  Je  n'h^site  pas,  dit-il,  a  declarer  que  ce  serait,  pour  elle 
(f  d'abord,  un  veritable  malheur,  et  pour  tcfute  -votre  famille  une 
«  suite  tncessaute  des  plus  violentes  tracasseries.  Je  m'^tonne 
d  m^me  que  le  medecin  en  chef  de  Tetablissement  puisse  en 
?,  avoir  eu  la  pensee,  car  il  doit  6tre  bien  convaincu  de  Tetat 
«  d'ali6nalion  de  cette  pauvre  femme.  II  est  certain,  d*ailleurs, 
«  qu'ici  M.  le  directeur  ^^n^ral  la  ferait  reprendre  de  nouveau, 
((  car  dans  sa  derni^re  sortie,  elle  lui  a  donn^  des  preuves  de 
a  son  aberration  d' esprit  tellement  fortes,  et  j'ajouterai  mena- 
ce gant  de  devenir  dangereuses,  qu'il  n'a  pas  h^sit^,  de  lui  m^me, 
fl  a  la  faire  r^int^grer  a  la  Salpetri^re. 

m  Ainsi  done,  vous  pouvez  dcrire  a  ce  m^ecin  dans  ce^sens, 
tt  ou  meme  lui  envoyer  ma  lettre,  en  ayant  soin  toutefois  de  Ic 
f  prier  de  ne  pas  me  nommer  devant  la  pauvre  folle,  csCr  j'ai  6te 


/     — 


CIIA1>.   Xm.   —  LE   PENSIONNAT.  251 


(L  ieiJ^tfae^t  Awu'xnfai^  pa^*  ses  divagaitian^  et  fies  recriminations, 
($.  que  je  d^sirerais  qu'elle  n'eut  pas  de  motifs  pour  se  rappejier~ 
«  mon  nojn.  )) 

En'  effet,  e!le  ne  parlait  de  rien  moins  que  de  nous  assassiner 
ions,  en  commengant  par  lui,  M.  P.elletan. 

i'diX  crn  4^vQi^,  Mc\nsieur,  commdncsr  par  vou^  <dire  quelle 
est  Topinion^  ici,  non  seulement  (jie  M.  le  docleur  Pelletan,  mais 
aussi  de  M.  le  directeur  gdn^ral  lui-mSme,  et  vous  faire  entre- 
itoir  «|ueUe  ^responsa^ilit^  peserait  sur  jin  iirdre  de  sortie. 

Main  tenant  j'aborde  ^j»  ^UM^auti^  c^^aiit  d'idees,  celiii  d'ap- 
porter  quelque  SQulagement  a  F^tat  de  cette  pauvre  ilUe  .adulte- 
rine. Ddja  ma  femme  et  moi  I'avons  tente  a  diverses  reprises, 
XA6i]ae4»ous  des  noms  emprunt^s,  et  la  violence  de  son  aberra- 
Uon  (est  ^uiours  ye«^e  i  reocontr.e  de  1309  intentions  chari- 
t^ble^. 

Ainsi  done,  Monsieur,  ^ous  consentirions,  mais  a  la  condition 
ecepiceBse  du  secret  envers  elle,  et  avec  les  recommandations 
parses  i  ,ce^»  dii  daeJt6^r  iPakletan ,  a  ajouter  260  fr.  i  Tallo- 
CiQit^oi;!  ac.tu«jUe  4?  ^^  £r-.,  pQur  monter  sa  pension  d'uixe  classe 
et  entretenir  le  trousseau;  mais,'je  le  r^pete,  ce  ne  serait  qu'a 
la  condition  du  secret  absolu,  en  disant,  vous,  Monsieur,  a  la 
pauvre  foUe  que  vous  n'&vez  pas  eu  de,  reponse  de  moi,  et  puis 
pl^^  t^,  9ffjc^  quelque  temps  d'intervsUe,  .^ue  vous  avez  pu 
,  v<\us-meme  ami^liprer  ga  position. 

Vous  voyez,  Monsieur,  que  je  r^ponds  a  Votre  causerie  et  que 
j«  'ne  vois  dang  votre  iet4j:*e,  <;omme  vous  le  dites,  que  la  pensee 
c|':a4i»»^ir  y\m  vi^or^tune  Qt  i«#cuQe  id^jB  4e  jpcesatian. 

Recevez,  etc. 

Gh.  Rouv. 

)Oi|i  voit  icd  coEoment  itiix  doGte«i<r  peut  afdrmer  Talid- 
Birtion  jneota^e  ^ersisUpte,  et  ifi»p€ser  le  makytien  dans 
les  asiles  d'une  personne  qu'il  n'a  pas  vue  depuis  dix 
aikfi^  et  qui  aurait  bien  «pu  6Ure  gin^rie  «i  eHe  avail  et^ 
Mi^.  Mais  oomooe  ^  ne  T^is  pas  ^avenue,  ii  etait 


■V 


,       •  •  •  1 


252  M^MOIRES  O'UNE  ALII^N^E. 


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de  plui^  en  plus  urgent  de  mdntenir    ma   s^ues- 
tration.   '      '        '       . 

J'avais  encore  quatre  ans  de  luttes  k  soutenir  avaat 
de  la  voir  cesser. 

Grace  au  supplement  que  M.  Claude-Daniel  Rouy 
payait^aux  hospices  d'Orl^ans  comme  hienfaiteur  de 
M"e  Chevalier,  car  j'^tais  enregistr6e  sous  ce  nom 
seul,  j'^tais^donc  plac^e  au  pensionnat. 

Mais  je  m'y  trouvais  presque  aussi  malheureuse  que 
lorsque  j'^tais  aux  indigcntes,  quoique  je  fu^se.mieux 
nourrie,,parce  qu'il  y  a,  pour  celles-ci,  des  divisions 
sp^ciales  ou  Ton  classe  chaque  personne  suivant  sa 
cat^gorie,  son  calme  ou  son  agitation,  tandis  qu'au 
pensionnat  tout  est  p^le-m^le :  les  agit^es,  les  gateusesf 
les  imbeciles  avec  les  personnes  tranquilles,  sous 
pretexte  qu*elles  paient  autant  les  unes  que  les 
autres. 

J'^tais  obligee,  pour  fuir  ce  contact  incessant,  de 
me  r^fugier  dans  un  coin  ou  se  trouvait  une  malade 
qui,  dans  ses  moments  de  crise,  vociferait  les  plus 
d^goutantes  obsc^nit^s.  Elle  ^tait,  k  part  cela,  tout  & 
fait  inoffensive  et  m^me  serviable. 

II  y  avait  d^j^  treize  mois  que  j'6tais  1^,  quand  un 
nettoyage  "(lu  liaut  en  bas  annonga  la  venue  d'un  inspec-^ 
teur  g^n^ral  dont  le  nom  n'^tait  pas  encore  connu  dans 
les  quartiers. 

En  effet,  ce  haut  fonctionnaire  vint,  le  11  novem- 
bre  1865,  en  compagnie  de  M.  le  prudent  Vilheau  eC 


CHAP.  xiu.  —  LE  rEKsioN>AT.  253 

du  pr^pos^  responsable,  qui  me  prdsenta^  M.  I'inspec- 
-teur,  en  lui  disant : 

a  Voici  Ml'"  Chevalier  qui  desire  changer  de  maison. 

—  Ah !  Mais  c'eat  M"*  Rouy  1...  J'ai  demands  de  vos 
nouvelles  k  Marfeville  de  la  part  d'une  personne  qui 

-  s'int^resse  beaucoup  Jk  vous,  et  on  m'a  dit  que  vous 
■  ^tiez  "k  Auxerre.  »         ■  , 

Je  restai  ^bahie  devant  cet  individu  qui  paraissait  si 
hien  me  connaltre,  et  que  je  ne  me  rappelais  pas  avoir 
vu.  II  se  nomma.  Je  fus  assez  mal  apprise  pour  avouer 
k  M,  le  docteur  Constans  que  je  ne  I'aurai*  jamais 
reconnu,  lui  ayanl  vu  des  cKeveux  noirs  en  1857,  et, 
huit  ans  plus  tard,  ses  cheveux  ^tant  devenus  cha- 
tains. 

II  pr6lendit  que  c'dtait  I'age.  Etjevoulus  bien  le 
croire. 

—  Comment  et  pourquoi  Stes-vous  done  venue 
d' Auxerre  a  Orleans? 

—  On  m'a  renvoyfe  d' Auxerre,  et  j'ai  forit  k  M""  la 
baronne  Haussmann  une  leitr'e  un  peu  roide,  sign^e  : 
Sceur  du  rot  Henri  V. 

—  Ah !  oui,  c'est  vrai ;  vous  vous  croyez  (ills  de  la 
duchesse  de  Berry. 

—  Ceci  est  une  vieille  histoire  qui  date  de  la  Salpg- 
trifere,  oil  le  docteur  M^tivie  parlait  de  la  sub'tlilul.ion 
d'un  garfon  a  une  fiUe,  landis  qu'i  Mar^ville  le  Joc- 
teur  Reber  a  dit  qa'on  me  tenait  renfermee  parcf  que 
j'eiais  sveur  du  rot  Henri  V,  et  je  me  suis  servie  de 


/ 


f 


254  MEMOIRES  D'UNE  ALIENEE. 


cette  royale  fraternity  en  1863,  comme  jie  m'6tais  ser- 
yie  de  ma  royale  filiation  en  1855. 

—  Tout  cela  vient  de  vous? 

—  Non !  Mais  quand  m^me  cela  serait  ?  Qaand  m^rae 
je  me  servirais  de  versions  populaires  pour  attirer 
Tattention  sur  ma  position  ^qilivoque,  sur  votne  igno- 
rance coupable,  en  quoi  y  aurait-il  eu  lieu  de  m'enfer- 
mer  a  propos  d'affaires,  de  noms  de  famille,  qui  tie 
regardent  que  les  tribunaux  ? 

— ^  Mais  vous  n*6tes  contente  nulle  part. 
'   —  SeiSez-vous  content  §[  ma  place  ? 

H  riait  en  me  parlant ;  mais  il  ce^sa  de  rire  k  cette 
question. 

—  "Non^  certes!  repondit-il  en  me  tendant  la  main.. . 
Puis,  se  tournant  vers  M.  le  pr6pos6,  il  lui  demaoida 
dans  quelles  conditions  j'^tais  la. 

—  Un  tiers  est  intervenu  et  pale  un  suppl^mept  qui 
la  fait  pensionnaire. 

—  ]Eh  bien  I  dis-je  eij  prenant  la  main  qu'll  me 
tendait,  venez  voir  ou  je  me  r6fugie  dans  ce  pen- 
sionnat.  —  Et  je  le  fis  entrer  dans  le  taudis  dont  j*ai 
parl6  plus  haut. 

C'^tait  un  cabinet  de  toilette  et  de  d6bai*ras  oli  ise 
trouvaient,  sens  dessus  dessous,  des  seaux  k  vaisselle, 
des  sabots,  du  bois,  des  cheveux,  des  essuie-mains,  du 
fromage,  etc.,  etc.  II  fut  indign^,  ne  comprenant  pas 
comment  TAssistance  publique  ie  la  Seine,  qui  avail 
tantde  maisons  a  cboisir,  m'avait  envoy^ejustement  ou 


4 


1. 


f 


CHA?,  sXiif.  —  IB  Yvssmxm^Kt,  255- 

■  ■  ■      ■  I  ll  III  I    ■.  !■  ■ ■  I  ,«  ■      ■        -      ■  ,  . 

'  t 

6He  saVait  q[««  j*a«rai«  k  plu9  i»  me  plaindrie,  el  il  me 
pf omit  lie  me  faiare  ehMger  ^u  pk^  t6t. 

Je  le  i^sm^clai  ^e  8a  kromie  voIoieI^^  lui  diHiiii  que 
j^^l«»s  )i€«r6ti«e  d^a^i^  refieootir^  obes  MM.  ks  admi- 
illdtratdfiPB  une  protoetioii  ei  une  bidnveiltertce  qui  me 
manqueraient  peut-Mre  ailleurs,  et  epta  je  nd  deman-' 
\  dak  que  jiK^llee  et  Ifti^tiy  la  doBkuf  de  la  capiifit^ 
^taitt  partotit  la  m^e. 

Jeii^tfti  entendk  plan  pavler  et  ne  )e  r&m  plus^  tant 
que  jd  ftis  emferm^ei 

A  la  suite  de  la  visite  de  M.  le  docteur  Cksoiiltaiie,  je 
lui  ai  adre«96,  par  M^  Durangel^  une  lettre  qu'on  trou- 
verift  &  man  dossier,  car  apr^  ma  mopt  tatts  les  dtmu- 
tb&oi%  ohidels  me  concemant  tseroiit  d^pos^,  par  ts^sm 
ex^coteuF  tei^meiitaire,  aux  archives  dn  d^partemenrt 
dii  Loire!,  €ft  permettront  4  totes  ceux  qui  voudroilt  biea 
me  lir^  de  eofitrdier  mes  assei^tioiis. 

Gette  lettre  d^montre  qu'il  n'a  ^6  question  entre  sous 
que  de  mon  m>m,  de  ma  filiatioii ;  elle  est  la  meilleure 
prenve  que  ma  sequestration  a  eu  lieu  pour  des  causes 
qui  ne  segardaient  ni  les  m^decins^  ni  les  idspecteurs 
g^n^raux,  ni  les  bureaux  des  ali^ndis,  et  que  certaine^ 
meirt  elle  li'aurait  pas  et^  maintenue  s'il-  y  ayait  au 
service  des  malades  un  awcai  d'officQ,  comme  au  ser^- 
vice  des  prisonnierE^;  ou  un  iuteur  les  prot^geant  et 
connaissant  ies  lois. 

Un  avocat  nous  aun^  ittimediatement  dit,  aux  uns 
et  aux  auftres,  q^'une  4i9esti&n  l^afe  ft  citnle  dipsn- 


/ 


256 


MEUOIRES  D  UNE  ALIEI^EB^ 


dait  des  trilJunaux;  et  devant  un  homme  de  loi.MM.  ]es 
docteurs  n'auraient  pu  se  permettre  de  me  s^queatrer 
k  propos  de  futilit^s.  On  aurait  pris  dels  mesures  qui 
m^auraient  rendue  libre  d^s  le  lendemain  de  mon  enle* 
vement,  et  j'aurais  pu  rentrer  chez  moi  aVant  d'^ref* 
tout  k  fait  d^pouill^e.  . 

M.  le  docteur  Gonstaas  ^tait  done,  —  et  il  Test  tou- 
jours,  —  ignoraiit  de  ce  qui  est  16gal ;  il  Test  de  bonne 
fbi  et  se  croit,  j'en  suis  stire,  le  droit  de  decider  du 
nom,  de  la  l^timit^,  et  d'apr6s  cela,  de  la  liberty  de 
ses  semblables. 

J'avais  trouv^  beureusement  d'autres  appuis. 

Par  un  bonheur  inesper^,  M.  le  comte  de  Pibrac 
avait  6te  n'omm^  administrateur  des  hospices  d'OrlSani^ 
peu  avant  mon  entree  au  pensionnat,  et  M.  Yilneau, 
president  de  chambre  honoraire,  le  fut  bientot  apresl 

Ces  messieurs  eurent  la  bont^  de  me  remarquer,  de 
parler  de  moi  k  leurs  collogues,  qui  s'int^ress^rent  a 
ma  situation  et,  apr6s  la  visite  du  docteur  Constans,  ils 
attir6rent  sur  moi  Tattention  sp^ciale  de  M.  Bureau, 
pr6fet  du*  Loiret,  et  de  M.  le  procureur  g^n^ra],  Grand- 
perret,  qui  r6solurent  de  me  voir. 

Ces  deux  hauls  fonctionnaires  vinrent  ensemble  aux 
hospices  le  21  d^cembre  1865,  et  furent  regus  par 
MM.  Vilneau  et  Lesourd,  administrateurs,  qui  les  cpn- 
duisirent  directement  au  parioir  des  aii^n^s  ou  je  leur 
fus  pr^sent^e.  lis  me  t^moign^rent  une  bienveillance 
qui  me  mit  imm^diatemenl  k  I'aise  at  m'encouragea  a 


% 


CHAP.   XIII.   —  LE  PBNSIONNAT.  257 

leur  dire  tout  ce  qu'avait  d'afFreusement  ^ruel  une  si- 
questration  parmi  les  alienees. 

lis  itaient  tellement  ignorants  de  ce  qui  me  concer- 
nait^  que  M.  le  procureur  ginirai  se  mit  aussit6t  k    • 
m'interroger  sur Vesprit  frappeur! 

Ma  surprise  fut  extreme. 

J'avais  6t6  arr^tte,  envoyde  k  la  Salpdtrifere  et  de  \k 
^  Orl^ns,  k  la  suite  de  ma  lettre  a  la  baronne  Hauss- 
mann.  Je  n'y  parlais  nuUement  de  spiritisme,  mais  du 
disordre  administratif,  de  la  fa^on  dont  on  xjae  faisait 
parcourir  la  France  incognito,  sans  savoir  qui  j'etais, 
sous  la  responsabiliti  du  prefet  de  la  Seine  ;  enOn  du 
m^contentement  du  peuple  qui  n'attendait  qu'un  chef. 

J'avais  signi  :  (n  Sceur  du  roi  Henri  V.  t^  Mon  certiHeat 
d'envoi  portait :  c  se  croit  fiUe  de  la  duchesse  de  Berry 
et  prete  a  monter  sur  le  trdne.  y>  Et  apr^s  deux  ans  de 
s^uestration  dans  Tasile  de  lear  dipartement  dont  ils 
avaient  la  haute' surveillance,  les  chefs  de  la  justice  et 
de  Fadministration  supineure  du  Loiret  venaient  eux- 
m^mes  m'interroger sur  les  tables  tournantes  !1! 

lis  venaient  sender  ma  pensie,  ma  croyance,  pour 
voir  s'il  y  avait  lieu  de  me  ditenir  a  perpituit6  1... 
Etais-je  done  devant  de  grands  inquisiteurs  ? 

Je  leur  demandai  alors  avec  une  certaine  vivacity 
s'ils  n'avaient  pas  eonnaissance  de  cette  lettre,  unique 
cause  de  mon  envoi  k  Orleans. 

Ils  n'en  avaient  pas  entendu  parler  et  ne  savaient 
pas  du  tout  pourquoi  j'avaii^  iti  enfermie  ni  ce  qu'on 


I 


358 


UimHBJBB  O'XJME  AlilEN]^. 


loe  reproehaity  setuf  ee  que  leur  ftvait.  ^rit  M.  Hiiseoo, 
Je  leur  dis  que  je  savais  qu'oQ  me  gardait  par  ordre, 
et  d^^aodai  &  M.  le  pv^tetcicwment  nn  homme  a^ssi 
supiSrieur  qa'il  semblait  T^ira  {M>u^yaU  bfiser  I'dvoBtf* 
d'une  femTne,  perjoaeUj^  d'ait^er  k  sa  liberte,  mue 
pr^tei^te  €  qu'elle  porte  la  tete  katde^  ns  «^  trouve  pas 
dank  son  cenire,  ee  plaint  de  la  gr)»e$ierete  du  service 
et  de  son  eniourage;  a  la  pretentum  de  pauvoir  vivre 
de  sen  talent  dtdesa  plume,'  » 

—  Etcommeat  savez-vQu$  toui  eela?'    ' 

—  Parce  que  H*  le  doetetir  Payea  a  cm  devoir 
s'excuser  de  sa  eoadesGe&daaiee  en  me  fekattl  cor- 
naitre  sa  r^ponae 

Ges  mesafeurs  ^toieiil;  c^ifo&dusl  Kvidemment  ils  ne 
s'attendaieat|Mt6  i  appreoAf  e  de  teUes  choaes. 

Je  priat  M.  ie  pr^t  de  r^daffler  copie  da  ua  ietti^e 
k  M*"*  Haussmann,  ne  diseimulani  pas  ma  surprke 
qu'on  Teut  si  bien  caeh^e,  et  ja  rtj^ndis  A  M.  le 
procureur  g^^ai,  qui  bm  questionna  aWrs  shf  ma 
faipilie : 

Que  fitais  fille  Ugitime,  d*un  seaend  Utj  de 
M.  I'astroneme  Charles  Rouy;  que  f  avals  it6  elevee 
a  Paris,  ou  se  treuvait  toute  fna  famille  paterneUe  ; 
quefy  avais  toujours  tenu  une  plaee  dee  plus  hono^ 
rabies  dans  la  soeiete,  et  que  mon  sejeur  aux  aiienis, 
qui  ne  pouvait  etre  justifid  en  aucune  fu^on,  Stait  si 
douleureuxy  si  inervant^  queje  ne  savais  pas  earn* 
ment  ma  raison  y  avait  rieist&, 


♦    « 


4         I 


CHAP.    XIII.   —   LE  PENSIONNAT.  '    259 

>- r-^-^ , ^ > ■ ■ 

ljp,terrQg6e  f^  lui  sur  le  persoimage  qui  payait  un 
sujpple^jent  pour  ma  pensio»,  je  dis  ne  pas  le  coa- 
oaitre,  (c'6tait  vrai  alors  ;  je  n'ai  su  qu'en  1868  xjue 
9'6tait  mon  frfere),  M.-  le  pr6pos6  etant  entr^,  h  mon 
sujet,  en  porresp.ondance  avec  des  inconnus^  et  ce  per- 
somxage  ne  youlant  pas  ^tre  Bomm6. 

En  me  quittant,  M.  le  pr6fet,  qui  me  semblait  fort 
6mu  dj^  ces  e:xplioations,  me  tendit  spputan^ment  la 
maija  eja  me  donnant  hautement  et  d'un  air  bieu  r6golu, 
sa  parole  d'honneur  ^qu^il  allait  imm^Satement  s'oc- 
cuper  de  moi.    . 

M.  le  procureur  general,  qui  m'avait  parl^  avec  mille 
pr6cautiouis,  comme  s'il  avait  peur  d'effaroucher  une 
enfant  o.u  de  metltre  uiie  pauvre  ali^n^e  aux  abois,  fut 
moins  expansif,  et  tout  en  m'assuranjt  de  sa  hienveil- 
lance,  r^e  pie  fit  aucune  proinesse,  se  reservant  de  voir 
ce  que  les  6v6nements  am^neraient. 

Dfes  le  lendemainjesus,  par  MM.  les  administrateurs 
presses  de  me  I'apprendre,  que  Fimpression  de  ces 
hauts  dignitaires  m'avait  et^  tr^s-favorable,  et  qu'on 
allait  enfin  prendre  des  mesuf es  aussit6t  que  M.  le 
prefet  serait  de  retour  de  Paris. 

De  retour  de  Paris !  C'etait  encore  a  Paris  qu*on 
allait  s'inforraer,  demander  permission ! 

le  d^sillusiontiai  ces  messieurs  en  les  assurant  que 
c*6tait  une  par  tie  perdue,  la  Seine  ayant  trop  de  torts 
envers  moi  pour  ne  pas  chercher  k  m'enterrer  vive.    , 
M.  le  procureur  general  fit  a  la  Chancellerie  un  rap- 


260  M^MOIRES  d'UNE  ALI^YfEE. 

\ 

^  _i  .         ■  -  _  _       -     .  m  ■  -—  *■ .  ■     ^ 

port  sur  mon  compfe,  le  17  mars  1866,  seulement. 
Je  lui  avais  adress^,  ce  jour-1^  mdme,  une  lettre  r^su- 
mant  ma  situation  depuis  que  j'6tais  enferm6e,  et  ou 
je  si^ais  les  difif^rents  noms  qui  m'avaient  ^te  attribui§Sy 
en  le  mettant  au  d^fi  de  choisir  entre  eux,  puisque  ni 
pr^fets,  ni  magistrats  n'avaient  jamais  pu  ou  voulu 
s'assurer  de  mon  identity. 

Sa  prudente  reserve  lui  permit  de  ne  pas  agir  contre 
Tadministrati^  sup^rieure,  qui  voulait  faire  silence  sur 
une  affaire  passablement  compromettante  pour  tons. 
Peut-^tre,  cependant,  ce  premier  rapport  m'6tait*il 
favorable,  car  ii  a  disparu,  comme  disparaissaient  g^n^ 
ralement  toutes  les  pieces  qui  appuyaient  mes  rovendi- 
cations.  Ceci  r^sulte  d'une  lettre  du  procureur.  g^n^ral 
adressant  au  garde  des  sceaux,  qui  en  ^vait  fait  la 
demande  en  1875,  copie  des  diverses  correspondances 
^chang^s  a  mon  sujet : 

c  La  minute  du  rapport  de  mon  predecesseury  en 
d€Ue  du  il  mars,  n'a  pas  ete  retrouveey  >  y  est-il 
dil. 

Mais  il  y  avait  eu  un  second  rapport  que  nous  don- 
nons  dans  son  entier : 


/  •  - 


CHAP.  XIII.   —  LE  PENSIONNAT. 


261 


''■'"  'V 


COUR  D'APPEL 

D'ORLl&AMS. 


Orleansy  le  23  mai  4^66. 


PAI^QUETf 

DU 

PROCUREUR  GtNtRAL 

Direction  des 

affaifes  criminelles 

et  des  graces. 

i"  Bureau. 

R^ponse 
au  ii»  7,503,  A,  2. 


Monsieur  le  Garde  des  sceaux, 

Votre  Excellence  a  faien  .voulu  me  com- 
muniquer  la  lettre  ci-jointe  par  laquelle  la 
nominee  Chevalier  se  plaint  d'etre  arbi- 
trairernent  s^questr^e  dans  Fasile  d'alien^s 
d'OrMahs. 

La  r^clamante  est  la  personne  dont  j'ai 
entretenu  Votre  Excellence  dans  mon  rap- 
port du  17  mars  derniei«»  Nous  Tavons  in- 
terrogee,  M.  le  Pr6fet  du  Loiret  et  moi,  et 
lous  dfeux  avons  acquis  la  conviction  que 
son  ^tat   mental  justice  la  mesure  prise 
contre  elle.  Seuleinent,  il  nous  a  paru  que 
la  nomm^e   Chevalier   avait  le   sentiment 
tres-douloureux  de  la  vie  en  commun  avec 
d'autres  ali^n^s,  et  qu'il  conviendrait  ^e  la 
placer  dans  des  conditions  meilleures  de  sequestration.  M.  le 
Pr^fet  a  fait,  dans  ce  but,  une  d-marche  a  Paris ;  mais  elle  est 
rest^e  jusqu'a  present  sans  succcs. 

La  reclamante,  ainsi  que  j'ai  eu  I'honneur  de  T^crire  a  Votre 
Excellence,  demeurait  a  Paris,  ou  elle  exergait  la  profession 
d^artiste  musicienne;  elle  serait,  dit-elle,  soeur  naturelle  de 
M^  Rouy,  g^rant  du  journal  La  Presse.  Ce  dernier  paie  en  sa 
faveur  une  faible  pension,  dont  il  a  refuse  d'^lever  le  chiffre. 

II  invest  revenu  que,  post^rteurement  a  la  visite  que  nous 
avons  faite,  M.  le  Prefet  et'moi,  k  Tasile  des  ali^n^s,  la  nomm^e 
Chevalier  a  obtenu  d'etre  conduite,  je  ne  sals  en  vertu  de  quelle 
autorisation,  devant  Msr  Vfiv^que  d'Orl^ans,  qui  n'a  pas  cru, 
apr^s  un  entretien  avec  elle,  devoir  s'occuper  de  sa  situation. 
Je  suis  avec  respect... 

Le  Procureur  general, 
Signe :  Gramdperret. 


45. 


.'  <■      ■  •-,     -       •         .:; 


,  202  MtHOiafifi  b'UM£  ALIlElNfiE. 

y-  »'  1 1,1  II    ■        II       II     I  ■■  PI  ■  III      II    1 1    ■ ,  .     11  II    ■  1 1»         m         laji   .  pi»i  ■   i^  I  »   ■  II  M 

\ 

On  voit  que  ce  rajiport  ne  dit  rien  du  tout.  C'est  le 
moyen  de  r6pondre  sans  mentir,  et  la  folie  nan  spici^ 
fiee  est  vraiment  pr6cieuse ;  on  n'a  qu'4  articuJer  ce 
mot  pour  tout  r^gUlariser. 

Le  fait  de  ma  visite  k  M^  I'Sv^que  d'Ofi^an«,  que 
M.  le  procureur  g^n^ral  croit  pouvoir  avslncer  comme 
m'^tant  conlraire,  piovient  de  Textr^me  bont6  iont 
M.  le  president  Vilneau  m'a  donn6  tant  de  pfeuves. 

Ayant  parl6  d^  moi  i  Msf  Dupanloup,  lui  ayant  dit 
que  leg  families  Benoit  d'Azy,  Cochin,  de  Saint-Maur, 
s'interessaient  k  moi,  Monseigneur,  qui  Ifes  connaissait 
fort  bien,  dit  qu'il  me  verrait  avec  plaisir. 

J'ai  done  eu  Vhonneur  d'etre  conduite  a  r£v6che, 
grdee  a  une  aulorisation  du  conseil  d* administration . 

M.  Vilaeau  m'avait  pri^e  de  ne  rien  r^clamer  de 
M^r  Dupanloup,  qui  n'avait  pae  quality  poUir  me  rendire 
libre.  II  fut  done  convenu  que  je  ne  lui  parlerais  que  des 
personnes  que  nous  connaissioite  et  de  mes'  chagrins. 

Monseigneur  avait  du  monde  quand  je  suis  arrtv6e ; 
il  en  venait  derrifere  moi,  et  il  a  quitt4  le  salon  pour  me 
donner  quelques  instants  en  particulier.  Je  n'ai  pas 
voulu  abuser  de  eette  obligeance,  et  ^^rks  i'avoir  prie 
de  vouloir  blen  Mre  I'interprftte  de  ma  reconnaissance 
prfes  des  faptilles  qui  m'6taient  restees  bienveillantes  et 
qui  me  venaient  en  aide,  je  I'ai  quitt6  en  lui  exprimant 
ma  profonde  gratitude. 

Mi^r  Dupanloup  n'a  done  pas  eu  a  s'occuper  do  ma 
positioQ  en  1866.  II  ne  m'a  rien  refuse,  puisq[ue  je  ne 


N 


V 


CHAP.   XIII.    —  US  PENSIONNAT. 


263 


lui  ai  ri^  demand^.  Mais  quand  il  a  et6  nomm^  a 
I'Assemblee  rationale,  il  a  eu  la  bont^  de  me  recom  - 
mauder  viyem«njk,  soit  aux  ministres  pour  me  faire  ac- 

.  corder  des  secours,  soitaux  rapporteurs  de  ma  petition. 

Malgri6  Tiasucc^  de  rintervention  de  Tautorit^  judi- 

ciaire  et  civile,  MM.  les  administrateurs  continu^rent  k 

me  t^moigner  un  int^r^t  peut-6tre  encore  augments 

j^r  ce  malheur  persistant. 

Sur  ma  prifere,  M.  le  comte  de  Pibrac  se  mit  en 
cprrespondaace  avec  M.  le  comte  Benoit  d'Azy  et  en 
apprit  q^'il  ne  m*avait  jamais  connue  que  sous  le  nom 
d'HERSiLiE-  RouY,  dont  on  lui  avait  fait  annoncer  la 
mort,  ainsi  qu'a  toute  sa  famille  que  j'aimais  beaucoup. 
M°^e  j^douard  de  Saint-Maur,  sa  fille  ainee,  mon  an-^ 
cienne  61feve,  ajouta  un  supplement  de  200  £r.  par  an 
pour  me  laire  avoir  une  chambre  particuli&re ;  on  me 
donna  une  cl6  de  cette  chambre  pour  que  je  pusse, 
en  ni'y  enfermant,  me  mettre  a  I'abri  des  invasions 

^  des  pauvres  alienees  dont  j'^tais  entouree.  Bientot  on 
aJQuta  k  ce  petit  blen-(&tre  un  piano  qui,  plac^  dans 
UQe  chambre  voisine,  fut  mis  k  ma  disposition.  On 
I'avait  apporte  pour  une  pensionnaire  et  on  le  rempor- 
tait  apffes  son  depart,  lorsqu'en  voyant  passer  dans  la 
eour  cet  ii^stpupieht,  qui  me  rappelait  une  existence  si 
diff6rente  de  celle  a  laquelle  je  me  yoyais  reduite,  mon 
Amotion  fut  si  vive  que  de  grosses  larmes  parurent 
dans  mes  yeux,  sans  qije  j'psasse  rien  dire.  M.  Lesourd 
1^  y\\^  P^  fut  to^<^4  6t  PfdQRDa  de  laisser  le  piano. 


» 

I 

^4  H^MOIRES  D'UNE  ALI£n£E< 


\ 


Entour6e  de  tanl  de  bienveillance,j'auiraisdii  trouver 
•  un  peu  de  tranquillity,  si  on  pouvait  6tre  Iranquille  avec 
des  ali^n^es,  et  si  le  service  ne  s'6tait  pas  d'autant  plas 
acharn^  centre  moi  que  les  6gards  dont  j'etais  robjet 
rirritaient ;  ils  n^etaient  pas  dus  k  une  indigente^  pen- 
sionnaire  en  chambre  comme  une  mendiantey  par  la 
charite  des  uns  et  des  autres.  • 

Ma  position  6tait  done  toujours  tr6s-douloureuse,  et 
J*eut-elle  <^t6  moins,  aurais-je  pu  etre  heureuse  sans 
la  libert6,  sans  I'honneur?  heureuse  sous  la  degradation 
dont  j'6tais  stigmatis6e,  degradation  quimepla^ait  sous 
la  surveillance  de  tons  et  de  toUtes,  comme  un  etre  in- 
capable et  hors  du  bon  sens  le  plus  ordinaire  ? 

II  faut  avoir  pass6  par  cette  douleur  pour  en  con- 
naitre  toute  Tamertume ! 

Je  redamais  done  toujours,  cherchant  a  ramener  k 
moi  M.  le  docteur  Payen,  qui  s*etait  laisse  influencer 
par  les  ordres  venus  de  Paris,  mais  qui,  m'ayant  certi- 
fiee  non  alienee  k  mon  arriv6e,  n'ayant  aucun  acte  de 
folie  k^  me  reprocher  depuis  que  j*etais  sous  sa  direc- 
tion, aurait  du  se  joindre  k  mes  protecteurs.  Void  c^ 
que  je  lui  ecrivis  : 

15  juillet  1867.  Asile  d'Orieans. 
Monsieur  le  docteur, 

Vous  n»etes  pourtant  pas  m6chant  I  D'ou  vient  done,  alors  que 
je  suis  enlour^e  de  la  bienveillance  de  tous  ceux  qui  m'appro- 
phenl,  c|u^  vous  seul  me  restiez  contraire  et  arrStiezle  bon  you- 


'  ■%       t       ^  M 


CHAP.   XIII.   —  LE  PENSIONNAT.  265 


kir  de  tous  par  votre  attestation  de  foUe?  Que  yous  ai-je  d\X 
^d*inseiis^,  docteur,  qu'ai-je  fait  qui  puisse  m^riter  line  aussi 
^pouvantable  sequestration.  SpScifiez, 

Yous  ne  me  direzpasque  vous  me  croyez  comme  MM"**  B..., 
T...,  etc.,  en  d^mence,  lorsque  je  signe :  VEtoile  d'Or,  Poli- 
chinelle,  Sathan,  VAnUchtHst,  la  SylphidCy  La  Sirkne,  La 
Baltimbanque,  etc.,  etc.  Vous  ne  me  direz  pas  queje  me  croia 
tout  cela^  ni  <}ue  je  me  crois  iille  de  la  duchesse  de  Berry,  soBur 
du  roi  Henri  V,  etc. 

Non,  dbcteur,  non  J  vous  savez  fort  bien  qu'en  cela  je  n*ai  pas 
la  moindre  divagation.  Vous  savez  fort  bien  que  je  signe  la 
Sirhie  parce  que  voiwm'avez  appeMe  ainsi ;  soeur  du  roi- 
Henri  V,  gr&ce  au  docteur  Heber;  fille  de  la  duchesse  de 
Berry,  parce  que  j'ai  voulu  mettre  en  Evidence  le  dire  des  doc- 
teurs  de  la  Salpdtri^re ;  puis  ici  Josephine  Chevalier,  parce  que 
je  suis  enregistr^e  ainsi;  de  pias'Hersilie  Rouy,  parce  que  j'ai 
publiquement  port^  ce  nom  et  que  vous  avez,  ici  m^me,  des  pa- 
piers  me  Toctroyant.  Done,  qu*on  resume  :jen'ai  rien  dit  de  moi- 
mdme  et  que  je  n'ai  fait  que  r^p^ter  le  dire  de  tous,  aussi  bien 
le  vdtre  que  c^lui  des  autres. 

En  outre,  tout  cela  se  signe  sur  papier  libre,  au  bas  de  lettres 
particulUres,  et  vous  savez  aussi  bien  que  moi  que  cela  est  permis. 

Vous  devez  mdme  vous  rappeler  une  discussion  survenue 
entre  la  soeur  Placide  et  moi,  discussion  ou  tous  m'avez  donn^ 
raison.  Voici  la  chose  :  la  soeur  Placide  m'a  dit :  —  Vous  Stes 
foUe  de  vous  croire  FAntechrist.  —  Je  ne  me  crois  pas,  je  me 
dis;  tout  comme  vous  vous  dites  la  Providence  (1).  —  Vous 
signez  Sathan?  —  Oui,  tout  comme  vous  signez  Placide,  et 
comme  la  soeur  Saint-Jean-de-la-Croix  signe  ce  nom.  —  C'est 
le  votre?  —  Non.  —  Oui!  —  Non. 

Lk  dessus,  docteur,  vous  lui  avez  dit :  —  Vous  ne  le  signez  pas 
sur  un  acte?  —  Si  fait,  s'est  ^cri^e  la  soeur  Placide ;  j'ai  le  droit 
de  le  signer,  et  je  n*ai  plus  d'autre  nom. 

(1)  Les  sceurs  qui  desservent  Thdpital  d'Orl^ans  portent  le 
|t;itre  de  Sosurs  de  la  Providence, 


206  M^MOIRBS  O'UNE  AU£N]^ 


Noi|s  notts  sommes  regard^s  ea  ria^t,  doateur,  et  j'ai  ijoutil 
en  la  saluant  :  ^~  Vous  joi^^ez  au  qaoins  votre  nom  de  ()aL^ 
miile,  car  sans  cela  votre  jicXa  serait  nuL  Elle  a  rougi.  J'ai  dit 
encore :  —  Ooaj^i  a  mm,  je  ne  signe  point  4'acte  aans  avoir  de 
papiers  en  regie,  et  quant  a  TAnt^cbrist,  e'est  ma  profession  de 
foi,  coinme  vous  la  votre  de  vaus  dire  c^^tiennii.  -n  Yens  avez 
approuv^,  docteur. 

Votre  premier  certificat  a  M  foit  apres  cette  discnssioa. 
D'ou  vient  done  que  vons  n&e  dites  fcUe  maintenant?  Qu'ai-je 
£iit?  Vous  ne  me  parlez  jamais  de  mes  affaires  ni  de  mon  nom ; 
je  ne  vous  en  parle  pas  non  plus.  II  n'est  done  question  entre 
nous  quede  ma  sant^,  de  v^sicatoires,  medecines,  ate. ;  de  recla- 
mations au  sujet  de  la  nourriture,  des  soios,  de  la  lumi^re,  etc. 
Vous  me  donnez  raison,  puis  vous  m'aecablezl  £st-ce  bien? 
Pourquoi 'cette  prevention?  Pourquoi  vous  etes-vous  fait  une 
cfaimere  de  rooi?  Pourquoi  avez-vons  ^coate  la  Seine  et  votre 
cher  Trelat?  Ne  vous  croyez-vous  done  pas  assez  d'iatelUg^ice 
pour  me  juger  veus-mSme  et  poiir  les  renseigner,  que  voue 
vous  adressez  a  eux?  Vous  m'avez  dit  qu'on  m'accMsait  de  boule- 
verser;  qu*ai-je.  done  boulevers^  ici?  Les  cceurs  des  honn^tes 
gens,  docteur,  ici  comme  1^-bas,  comme  partout.  Et  c'eat  a 
mon  honneur. 

Voyons,  revenez  done  aux  bons  et  vrais  sentiments  que  vous 
aviez  alors  que  vous  agissiez  par  vous-mdme,  sans  etre  sous 
rinfluence  de  mes  ennemis  et  du  service  de  la  Providence.  - 

Me  voye^-vous  agit^e,  en  delire?  Nonl  vous  me  trouvez  tou- 
jours  calme,  vous  recevant  bien ,  causant  de  tout  ce  qu*on  vent 
soui£rant  a  meurir  I  Et  vous  me  diffamez  1  vous  dites  qu'il  faut' 
que  je  me  promene,  que  je.me  distraie;  mais  vous  ne  donnez 
aucun  ordre  a  ce  sujet,  de  sorte  que,  oomme  la  Providence 
est  si  pen  providentielle  qu'il  faut  toujours  que  je  me  d^batte 
contre  elle,  il  s'en  suit  que  la  Providence  ne  se  croit  pas 
obligee  de  prendre  par  elle-mdme  des  mesures  pour  que  je 
puisse  circuler.  Au  contrairel  car  je  vous  ai  Aijk  dit  que  les 
r^ligieuses  et  les  domestiques  d^fendaient  aux  autres  domes* 
tique§  de  me  donner  mSme  des  nouveUes  de  M"*  h-t  {[uand 


CHAP.  Xfli-  —  I-E  PBNSlOtJNiT.  267 

j'en 'demande.  Oh  I   dsCI«urt  auvrei  done   les  jeitr,   et  vous 
verrez  que  je  suis  r^elteraent  une....  sirinet  . 

P.-S.  —  La  loi  defend  de  siipposer  une  folie  pour  perdre  une 
cr*alur6"bumaine.  II  feut  de*  fails,  uii  dSiire.  Quel  est  ie  mien? 
Specifier,  el  Je  nt'eipliquerai.  La  loi  defend  les  certificata  •■  de 
complaisance  et  punil  la  sequestration. 

Le  docteur  ne  tint  pas  compte  de  ma  lettre,  bien 
entendu. 

MM.  les  administrateurs  ne  furent  pas  rebuts  par 
mes  plaintes  incessantes,  et  leur  bienfaisante  bontS  les 
engagea  a  prier  M.  le  docteur  Lepage,  m^decin  adjoint 
de  I'asile,  de  s'occuper  de  moi. 

La  premiere  chose  que  fit  ce  bon  vieillard  fut  d'aller 
au  plus  press6.  Ne  fallait-il  pas  savoir,  avant  tout,  qui 
4tait  ceite  demoiselle  Cbevaiier  —  oU  Rouy  —  qui  avail 
de  ci,  deli,  deux  noms  qu'aucune  pi^cene  justifiait; 
qui  se  dounait  une  filiation,  tandis  qu'il  6tait  officielle- 
ment  constate  qu'elle  n'avait  ni  tei^nts  ni  aboutia- 
sants?  Sur  mes  indications,  11  fit  done  venir  de. Milan 
des  actes  qui  lui  furent  envoy^s  par  I'officieuse  inter* 
vention  de  Mb'  I'Archeveque. 

Ces  actes,  bien  et  dilment  signfis,  contre-si^^B,  l^a- 
lis^s,  6taient  I'extrait  de  bapt&me  de  mon  IVore,  Jean- 
Cbaries-Tt^lemaque,  et  le  mien.  lis  nous  declaraient 
nfe  de  Charles  Rouy  et  de  HanriaUe  Chevalier,  epoux 
ligitimes. 

Cette  fois,  ce  n'^taient  plus  de  vaines  paroles,  des 
raeontars :  ^^ai^nt  de*  aetes. 


268  MEMOIRES  D'UNE  iULI^NEE. 


M.  le  comte  de  Pibrac  les  fit  traduire,  les  centre- 
signa.  L'administration,  la  prefecture,  le  parquet  en 
furent  instruits.  Ce  fut  un  saisissement. 

M.  le  procureur  imperial  fit  dire  &  M.  le  docteur  Le- 
page d'aller  le  Voir,  lui  demanda  un  rapport  et  lepria 
de  lui  confier  les  actes,  lettreSy  papiers,  etc.,  car 
M.  le  docteur  Lepage  avait  fait  une  veritable  enquMe 
de  tous  c6t6s.  II  les  remit  et  fit  son  rapport. 

M.  le  procureur  g^n^ral  ayant  appris  cette  circons- 
tance  inattendue,  voulut  s'en  occuper  lui-m6rae;  il 
m'envoya  M.  Grattery,  son  substitut,  pour  m'assurer 
de  sa  bienveillance  et  pour  m'inteiToger. 

II  y  avait  alors  deux  arts  que  je  I'avais  pri6  d'etre 
assez  bon  pour  faire  venir  mes  papiers  et  pour  s'assu- 
rer  de  ma  v6racit6,  et  les  pifeces  que  justice  et  prefec- 
ture devaient  avoir  ne  m'6taient  arriv^es  que  pai' 
rinitiative  particuli^re....  Mais  enfin,  il  fallait  se  rendre 
k  revidence,  et  je  pouvais  commencer  a  esperer  de 
nouveau..'..  quand...  M.  le  procureur  general.  Grand- 
perret  fut  subitement  nomme  k  Paris. 

II  emmena^  eomme  chef  de  son  cabinet,  M.  Grattery, 
qui  devait  venir  me  revoir,  et  tout  en  resta  \k. 

M.  le  procureur  imperisd  refusa  de  s' occuper  de 
cette  affaire,  sous  pr6texte  que  M.  le  procureur  ge- 
neral se  retant  reserv6e,  j'appartenais  de  droit  k  son 
sup^rieur. 

II  fallait  done  attendre  le  successeur  de  M.  Grand- 


CHAP.   XIII.  —  LE  PENSIONNAT.  269 

\ 

perret,  lui  donner  le  temps  de  s'installer,  de  prendre 
connaissance  de  toutes  les  affaires  de  son  parquet,  etc, 

M.  le  docteur  Lepage  voulut  alors  reprendre  son  dos- 
sier, si  p^niblement  form^,  afinque  je  pusse  I'adresser  a 
M.  le  procur^ur  g^n^ral  avec  les  explications  n^essaires.  • 

Actes,  lettre»,  papiers,  tout  avail  disparu  du  pai*- 
quet!...,  Aucune  trace  ne  pouvait  plus  en  6tre  trouvee ! 
.  Je  retombais  ainsi  sans  preuves,  sans  aucune  pi^ce  k 
Tappui  de  mes  paroles. 

Un  fait  aussi  grave,  a\issi  extraordinaire,  a  besoin, 
pour  fitre  cru,  d'etre  appuy^d'une  autre  autoril6  que  la 
mienne. 

Voici  le  passage  d*une  lettrede  M.  le  docteur  Lepage 
h  M.  le  Normant  des  Varannes,  receveur  des  hospices 
d'Orleai\s,  qui  affirme  cette  disparition : 

Orleans,  12  fgvrier  1870. 

....  An  cours  de  1867,  je  fus  appel^  au  parquet  de  M.  le procu- 
reur  imperial,  pour  donner  des  renseignements  sur  I'^tat  men* 
tal  de  W^^  Rouy  (alors  Josephine  Chevalier)  et  sur  le  resultat  des 
d-marches  que  j  avals  f^tes  dans  Fint^rdt  de  son  ^tat  civil. 
'  Apres  avoir  eu  une  longue  conference,  ces  messieurs  me 
pri^reQt  de  leur  adresser  un  rapport  sur  Tetat  mental  de  notre 
pensionnaire,  et  de  leur  confier  tous  les  papiers  que  j'avais  ap- 
port^s,  afin  de  les  examiner  a  leur  temps,  me  promettant  de  me 
les  faire  remettre  lorsqu'ils  en  auraient  pris  une  connaissance 
plus  approfondie. 

J'ai  envoys  le  rapport  que  Ton  me  demandait ;  mais  j'ai  vaine- 
ment  aitendu  le  retour  des  papiers  et  actes  que  j'avais  laisses 
an  parquet.  Je  m'y  suis  pr^sent^  plusieurs  fois  sans  resultat.... 

Docteur  Lepage  p6re. 


'/^   ^    ■:  J^' 


I    ■  L    ■       ■       I  '       I  '  '    _  H  '-'       r    I  ■     I    ■   I  ■  ^i;  ■        .  I  '    -  -  )  ■      ^ 

'  / 

I 

La  fataUt^  qui  s'attachait  k  moi  .et  faisait  dispaiFaitrie 
tous  les  dQCuments  cles  dossiers  admioislratiCs  %i  jiad^ 
ciaires";  T^ige  avanc^  du  venerable  docteur  qui  doonait 
la  craijote,  si  jamais  on  arrivait  &  s'oecuper  de  man 
affaire,  d'^re  priv^e  d'un  l^moignage  si  iD9f)o^tanty  me 
fit,  cinq  ans  plus  tard,  ii4  demander  c<^ie  de  son  rap- 
port. II  me  Tenvoya  et  ajioa;ita  au  bas  : 

Je  soussigne,  docteur-m^decin  en  second  du  quartier  d'ali^n^s 
d'0rl6ans,  reconnais  que  la  lettre  ci-dessus  est  la  copie  cpn- 
forme  et  axacte  de  ceUe  qua  j*ai  ^rite,  le.^  oetobre  WoU^  a  M.  le 
procureur  imperial,  qui  m'avait  pri^  d*envoyer  un  rapport  k  sou 
parquet'  sur  I'etat  mental  de  M"«  Hersilie  Rouy,  inscrite  a 
Fasile  d'Orl^ans  sous  les  noms  de  Josephine  Chevalier,  ISlle 
de....  et  de....  *  * 

J'atteste  enoutre^etle  ddelare  b^si/tement  devant  qui  de  droil, 
que  cette  demoiselle  nem^a  jamais  sembl^  atteinte  d'ali^nation 
mentale,  comme  Tout  prouv^  d'ailleurs  tous  ses  actes  depuis 
qu'elle  est  sortie  de  I'asile,  soit  k  Paris,  ou  elle  a  sejourne  quel- 
que  temps,  soit  a  Orleans,  ou  elle  demeure  encore  maintenant, 
5,  rue  de  la  Grille. 

Orleans,  17  f^vrier  1872. 

Docteur  Lepage  p^i^. 

Le  25d^cembre  1837,  nous  eumes  la  visite  de  M.  le 
docteur  Lunier,  inspecteur  g6n6ral. 
'  n  parait  qu*il  etait  fort  presse  et  n'avait  pas  un  iristanl 
4  perdre,  devant  retpurner  Paris  le  soir  m^me,  ensorle 
que,  sans  s'apercevoir  que  MM.  les  administrateurs, 
n'ayant  plus  son  ^ge  ni  sa  force,  pouvaient  a  peine  le 
,  suivre,  il  jies  mena,  tpujour^  j&ourant,  h  traver^  Les 
quartiers,  ne  fit  que  jeter  un  coup  d'oeil  dans  les  dor- 


CHhP.   XIII.  —  LE  PENSlONtJAT.  271 

loirs  el  Lis  chauffoirs,  troijva  qu'U  fallait  donner  de 
petUs  bpKS  aux  malades  pour  mettre  sous  leurs  pieds 
9^  lieu  4fl  tabourets,  puis  il  enQla  les  chaonbres  des 
pensionpaires  avec  la  m^qie  rapidity. 

C'eet  ainsi  qu'il  entra  dans  m^  cbam^re  comnne  un 

.  '  tourbillon ;  et  vojant  que  je  voulais  lui  parler,  il  me  dit 
qu'il  n'avalt  pas  le  temps,  que  mon  nam  suffirait,  et  il 

'    me  le  demanda. 

Quand  i)  sut  que  f^tais  €  MU«  Chevalier,  » il  me  dit 
qu'il  dtait  prScis^trtent  charge  de  m'interroger  et  qtfjl 
me  ferait  appeler ;  et  iJ  s'empreSisa  de  laire  la  tourn^ 
d98  ohambrcs  videg. 

Un  moment  aprfe,  je  fus  appelte  aa  bure&H,  M.  le" 
doeleur  Lunier  ferma  un  registre  qu'il  compulsait  et  me 
demaoda  a  eomment  il  sa  fmsait  qua  fitais  fille  de 
Id  duchesae  de  Berry.    > 

Je  r^pondis  que  M.  le  docteur  Falret,  m^ecin  de 
la  Salpgtri&re,  ayait  mis  cela  k  tort  sur  son  certificat, 
parce  que  ^e  ne  m'^is  servie  de  cette  filiation  et  de 
plusieurs  autres  que  pour  attirer  I'attention  sur  I'igDO- 
rance  ou  I'on  6tait  k  mon  sujet,  et  pour  fjire  lecher- 
cher  les  papiers  me  conf^rant  une  oid^ne  re^uli^re. 

—  Ahlbien,  je  comprends,  etje  suis  fixij  but  votre 
6tat  menial ;  p'est  tout  ee  qu'il  me  faut .  Ecrivez-moi  les 
dates  et  I'historique  de  vos  sorties,  rentr^es,  Iran^ferls ; 
envojez-moi  cela  dfe  ce  soir,  parce  qu'il  fiiut  que  mon 
rapport  soitfait  demain  et  envoye  au  ministere.  Vonn 
p&uvez  compter  sur  moi. 


272  m6M0IRES  D'UNE  iXIE^^E. 

^ 

Sur  ce,  il  partit  pour  le  chemin  de  fer.  Je  me  Mtai 
de  lui  envoyer  ce  qu'il  me  demandait,  convaincue  que 
c'6tait  peine  perdue.  Aussi  ne  fus-jepas  surprise  lorsque 
•je  regus  de  lui  la  lettre  suivante  :  je  savais  qu'oD  refu- 
serait  sortie  ou  transfert. 

Paris,  5  £gvrier  1868. 
Mademoiselle, 

J'ai  lu  attentivemeut  votre  dossier  et  toutes  les  pieces  que 
vous  m*avez  remises,  et  j*ai  exprim^  en  toute  sinc^rit^  a  Son  Ez. 
M.  le  Ministre  de  rint^rieur  ce  que  je  pensais  de  voire  Stat 
mental  et  de  TopportunitS  de  votre  sSjour  dans  nn  asile  d'ali6- 
nSs.  Attendez  done  patiemment  la  decision  qui  sera  prise  a 
votre  Sgard,  et  surtout  gardez-vous  bien  de  toutes  r^rimina- 
tions,  de  toutes  menaces;  elles  seraient  a  la  fois  injustes  et  im- 
prudentes.  Toutes  les  personnes  avec  lesquelles  j*ai  paYlS  de 
vous  vous  portent  un  affectueux  intSr^t,  et  si  elles  ne  font  pas 
toujours  ce  que  vous  demandez,  c'est  que  leur  conscience  leur 
commande  de  ne  pas  le  faire. 

Veuillez  croire,  Mademoiselle,  a  tuute  ma  consideration. 

LUNIER,  ' 

Inspecteur  generaL 

Quelle  Stait  au  fond  la  pens^e  de  M.  le  docteur  Lunier 
en  m'Scrivant  cette  lettre  6nigmalique,  que  j'aurais  in- 
terprSt^e  dans  le  sens  de  mes  espSrances,  si  j'avais  et4 
moins  exp6riment6e  ?  Me  croyait-il  folle,  comme  il  Ta 
affirm^  depuis?  Je  laisse  au  lecteur  k  le  decider. 


'     I 


^    ■ 


I , 


CHAP.   j:i\.  —  ARRIVEE  DE  MES  PAPlER8. 


273 


CHAPITRE   XIV 

▲alle  d'Orl6^n8.  —  Troisi&me  partie.  •**-  l^'wrriv^  de  mes 

papiers. 

e:  Aux  petites  causes  les  grands  effets,  >  dit  le  pro- 
verbe. 

En  allant  un  jour  k  la  chapelle,  j'aper^us  M°»«leNor- 
mant  des  Varannes,  femme  du  Receveur  des  hospices, 
et  on  me  dit  qu'elle  6tait  trfes-aimable  el  trfes-obli- 
geante. 

J'^tais  justement  dans  un  grand  embarras  au  sujet 
d'une  robe  qu'il  fallait  .me  faire  a  Tpuvroir;  on  n'avait 
pas  de  modfele,  et  les  ouvri^res  du  dehors  ne  p6n6- 
traient  pas  dans  les  quartiers. 

J'^crivis  done  un  mot  k  cette  dame,  la  priant  d'etre 
assez  bonne  pour  me  prater  un  patron,  et  je  remis  ma  ' 
lettre  k  MM.  Vilneau  et  de  Pibrac  qui  s'empressferent 
de  la  lui  porter,  de  me  recoramander  k  elle  et  de  la 
prier  de  me  venir  voir. 

Elle  m'ehvoya  aussit6t  des  journaux  de  modes,  des 
illustrations,  me  procura  sa  couturi^re,  entra  en  cor- 


)  I 


• 


\ 


274  , 


MKMOIRfiS  D'tlNE  ALIENEE. 


respondance  avec  moi,  vint  ioae  voir,  me  fit  uh  peu  de 
musique,  et  je  pus  m'assurer  que  j'avais  eu  le  bonheur 
de  m'adresser,  non  pas  k  une  femme  bonne  ,et  aixnable 
comme  tant  d'autres,  mais  a  une  femme  essentiellement 
sup^rieure,  pleine  de  co^ur,  d'initiative,  avec  laquelle  on 
pouvait  parler  serieusement  des  choses  les  plus'graves. 

Je  la  priai  d'etre  mon  intefprMe  pnfes  de  quelques 
personnes  k  Paris.  Elle  le  fit  imm^diatement. 

M.  leRecevefur,  de  son  edt^,  prit  des  r^^fisei^nemeiits 
sur  mes  indications,  a  la  pri^rp  de  MM.  les  adminis- 
trateurs,  heupeux  d'avoir  trouv6,  au  moment  le  plus 
inattendu  et  k  propo^  de  chiffons,  de  puissanta  atixi- 
liaires,  d6sireux  de  leur  venir  en  aide  dans  leifr  OBiiVre 
de  redemption,  de  me  rendre  service  et  de  p^n^trefr  tia 
aussi  singulier  mystfere. 

M.  et  M°»e  le  Normant  regurent  r^ponse  k  toutes  leurs 
lettres.  On  s'^tonnait  de  mesavoir  vivante,  cach^e  sous 
un  nom  inconnu,  car  ma  mort  avait  et6  annonc^e  par- 
tout. 

MoQ  cousin  germain,  M.  Laurency  Roiiy,  chef  de 
division  des  Haras^  maison  de  TEmpereur,  auqtiel 
j*6crivis  des  que  je  fus  sure  que  mes  lettres  luipar- 
viendraient,  r6pondit  aussitot,  le  iO  juillel  1868',  par  un 
envoi  d'argent,  et  en  exprimanl  sa  douloureuse  sur- 
prise de  me  savoir  vivante  et  malheureuse,  car  dix  ans 
auparavant,  une  ancienne  servante  de  mon  frere  etait 
venue  lui  dire  que  j'etais  morte,  et  il  Favait  6crit  k  sa 
mere  et  a  ses  soeurs  (ma  tante  et  mes  cousines)* 


.-/  .  I 


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I 


CHAP.    VII.   —  ARRFVfe  Ufe   MES  l»'APIERS.  275 


Cete  fit  un  efltet  enorme. 

De  radministration,  cette  noravelle  surprenante  amva 
a  la  prefecture  et  au  parquet. 

C'^tait  encore  plus  grave  que  les  actes  et  paplers  du 
pauvre  bon  docteur  Lepage,  et  le  16  juiflet  1868,  M.  le 
procureur  g^n^ral  Tenaille  d'Estais  tint  pour  la  pre- 
miere teis  visiter  I'asile.  Aprfes  avoir  fait  le  tour  de  lal 
division  des  pensionnaires,  il  s'arrdta  dans  la  charhbre 
du  piano  qui  me  servait  ^e  salori, 

II  etait  accompagn6  de  M.  le  proctrretir  imperial  du 
BoHan  et  de  M.  le  docteur  Payen,  qui  lui  fajsait  les 
honneufs  de  son  service. 

II  s'assit  et  m'interrogea  longuement  sur  ma  fanjille, 
sur  mon  cousin,  Sur  ma  position  dans  le  monde. 

Je  lui  donnai  sur  tous  ces  points  les  renseignements 
les  plus  d^taill^s,  lui  faisant  comprendre  toute:  Thor- 
reur  d'une  sequestration  durant  depais-  quatorze  ans , 
sequestration  m'ayant  supprimee  du  monde,  pfiv^e  de 
mes  droits  civils,  d6pouin6e  de  mon  nom,  de  tout  ce 
que  je  poss^dafs ;  ayant  brise  mon  existence  eniti^re 
sans  qu'oh  pM  dii*e  pourquoi....  et  je  portai  plarnte 
contre  M.  le  docteur  Payen,  present,  qui  se  faisait  le 
complice  complaisant  d'un  crime  aussi  abominable* 
*  Mi  le  docteur  se  r6cria  en  disant  qu'il  faisait  toutes 
mes^  volont6s,  toutes  mes  commissions,  me  prescrivant 
tout  ce^  que  je  lui  demandais. 

—  C'est  vrai,dis-je;  vous  Mes  unparfait  cotnmission- 
naire,  un  asse«  bon  maitre  d'h6tel ,  mais  surtottt  xm 


.^    ►. 


276  MEMOIRES  d'UNJB  ALI6n6e. 

' 1 — 

excellent  ge^lier.  Aussi  u'est-ce  ni  de  :votre  complai- 
saiice,  ni  de  vos  soins  aduels  que  je  me  plains;  &e8tdu 
crime  que  vous  cofnmettez  depuis  cinq  ans  en  me 
sequestrant  par  ordre  et  par  camaraderie. 

M.  le  procureur  general  parut  tres-touch6,  non  pas 
de  mon  sort,  mais  de  Tembarras  de  M.  le  docteur,  qui 
se  d^fendait  en  all^guant  ses  bons  precedes  presents  et 
ses  soins. 

Nous  nous  s6parames  tres-froidement.*Je  reconduisis 
ces  messieurs  jusqu'a  la  porte  de  ma  chambre,  que  je 
fermai  en  leur  faisant  une  profonde  reverence ;  il  6tait 
evident  que  je  ne  devais  pas  compter  sur  eux. 

Gependant,  M.  et  M"^  le  Normant  continuaient  leur 
enqu^te,  encourages  par  les  resullats  obtenus. 

De  plus  en  plus  confiante  en  eux,  je  leux*  remis  une 
lettre  pour  M.  I'abbe  X...,  et  peu  de  jours  aprfes,  ce 
qui  restait  des  papiers  que  j'avais  portes^a  Gharenton 
en  1854,  arriva  au  pavilion  des  Hospices,  chez  nies 
nouveaux  amis,  le  20  aoiit  1868. 

Mnie  le  Normant  me  les  apporta  aussit6t. 

Je  me  hatais  de  les  staler  sur  la  table  de  la  cbambre 
du  piano,  afin  de  les  relire  et  de  les  classer,'  quand  je 
fus  tir^e  de  cette  occupation  par  Tarrivee  de  M.  le  pr6- 
fet,  accompagn^  de  M.  Lesourd. 

II  venait  aussi  me  parler  de  ce  cousin  qui,  au  boUt 
de  quatorze  ans,  et  contre  toute  attente,  surgissait  pour 
{aire  d'une  pauvre  fiUe  abandonn^,  de  parents 
inconnus,  la  proche  parente  d'un  dignitaire  de  FEm- 


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I 


CHAP.   XIV.    —  ARRIVJ&E  DE  MES  PAPIERS.  277 

*'  ■'  ■  ■— ■■■!  ■■WillW  at^M   ^   >■!       ■  — —  M      1^  ^.   ...    1,.     ■■■,^,    .M.^.l......  ,, 

/ 

'    \ 

pire.  C'^iait  k  n'y  pas  croire,  a  n'y  rien  comprendre,  et 
surtout  a  rendre  la  situation  de  mes  gardiens,  —  incre- 
dules,  mais  respansahlesj  —  fort  delicate,  car  ce  cousin 
paraissait  porter  un  vif  int^r^t  k  sa  malheureuse  eou- 
sine. 

Je  lui  r^p6tai  alors  k  peu  pr^s  ce  que  je  lui  avais  dit 
le,  21  d^cembre  1865,»lors  de  sa  visite  avec  M.  Grand- 
perret^  et  prenant  sur  la  table  ou  ils  ^taient  ^pars  nos 
actes  de  naissance,  je  les  mis  sous  ses  yeux,  ainsi  que 
des  lettres  de  mon  pfere  et  de  ma  belle-sdeur,  lettres  et 
actes  qui  avaient  ^chapp^  a  la  perte  de  tout  le  reste. 

II  ^tait  atterre.- 

II  prit  un  petit  carton  surlequel  j'avais  coll^^  la  h^te, 
eh  1854,  quelques  articles  de  journaux  parlaiit  de  mes 
concerts  et  de  mes  matinees,  et  se  tournaiit  vers  M.  Le- 
sourd',  plus  confondu  encore  que  lui,  il  demanda  com- 
ment ces  papiers  ^taient  edtre  mes  mains  et  non  a 
I'administration. 

Je  me  h^tai  de  lui  dire  que  M°^^  le  Normant  les 
avait  regus  le  niatin  m^me  et  que  je  les  mettais  en 
ordre,  afin  qu'on  pi!tt  s'assurer  que  mes  reclamations 
avaient  toujours  6t6  fondles  et  qu'une  grande  et 
cruelle  injustice  avait  ^16  commise  envers  moi. 

II  recommanda  vivement  a  M.  Lesourd  de  faire  exa- 
miner ces  pieces  et  de  lui  en  rendre  compte,  puis....  i^ 
me  parla  de  mes  pseudohymes. 

-t-T  Oh!  monsieur  le  Pr6£et!  allez-vous  faire  de  noms 
da  faniaisie,  de  sobriqueti^,  une  question  d'ali^nation  * 

1« 


/ 


278  If^MOIRfiS  D'€NE  ALIi^N^E. 

f  » 

•'       • — ' : '■ 1 " 

Ce  fierait  indigne  de  vous,  et  vous  sav^z  biai  q^t'on  pent 
prendre  et  signer  ies  pseudonynies  ies  plus  fantasques, 
lesr  {(ubiier,  pourvu  q'u'on  ne  prenne  pas  eeiui  d'un 
autre  anonyme ;  tandis  qu'uD  ckaiigement  de  Bom,  un 
faux  enregistrement  sur  des  livres  publics,  inscrits  pour 
an^antir  u&e  individuality,  soat  des  mmds« 

l\  se  tut . . . .  Qu^aumt^il  pu  ri^poadre  ? 

ie  lui  fis  voir  ma  chathbrette,  ea  remen^nt  Tadmi*- 
nistration  de  i^  protection,  et  j^  r econduisis  x^es  meS'- 
sieurs  jusqu'ft  la  porte  de  sortie. 

M.  le  pr^fet  me  tendit  aote^r^  la  mam,comm^  ea 
1865;  mais,  malgr^  tous  ses  efforts,  sa  physfoBomie 
expressive  et  blenvallante  ii^bissait  ^ne  si^rjease 
preoccupation,  et  M.  Lesourd  eomnaenfait  a  ne  plus 
savoirau  juste  le  r^le  qu'il  allait  avoir  k  jouer  ai  ^ce^e 
affaire,  le  dois  dire,  k  m<m  grand  regnet,  qu'il  6Uii 
ausfii  faible  de  caract^e  que  biehfaisaajt,  et  qu^il  <ie 
laissait  impressionner  dans  un  sens  ou  dams  I'auire 
avec  une  surprenanie  foeiHt^:  €e  qui  ne  devait  pas 
tarder  malheureusemeni  a  fine  ie  rendi^e  hostile. 

D^  que  mes  papiers  furent  classes,  j'aUai  Les  port^ 
k  MoBA  le  Kormant.  Je  lui  dis  tout  ce  qui  i^tai^  amv^,  la 
priant  de  ne  pas  se  desi^isir  du  znoindre  petit  papier 
et  de  les  porter  eUe-^meme  au  conseil. 

Ge  qu^elle  fit  le  12  septembr^  1866. 

Cette  communication  jeta  ta  comipaissipn  aimiiotis*- 
trative  dans  une  grande  p^plexit^.  M.  Vilneau  Ten 
tira  «n  d^larant  ^fue^  die^ni  des  iatlree  et  aetes  ibiA*- 


■    r      » 


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V 


CHAP.   Xlt.    -^  AHRIVftE  DB  MES  PAPIERS.  279 


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bllssant  ma  possession  d'^dt  comme  fille  legitime  de 
rastronome  Charles  Rouy,  il  ne  s'aglssait  pap  de  sa* 
voir  si  on  avait  ou  non  k  me  reptocher  quelques  excen- 
tricitSs.  - 

«  Nous  n'airons  pas  comme  adminislratenrs,  dit-il, 
a  examiner  et  i  d^der  la  question  de  sanity  d'esprit, 
question  qui  reiitre  exelusivement  dans  les  at|ributions 
du  m^decin ;  iriais  nous  aVons  le  droit  ^t  le  devoir  de 
reohoTGher  -et  de  reconnaitre  ViudtYidliaUt^  de  c^ux 
que  nous  tenons  s^questr^ss  » 

Ces  messieurs  en  tomb^ent  d'accord  et  pri^rent 
M.  Vilhedu,  en  sa  quality  d'ancien  magistrate  de  se 
charger  de  faire  un  rapport  au  parquet  du  procilreur 
g^ndral  sur  la  suppression  d'6tat  et  Aq  personne  dont 
Is  venaient  de  reconnaitre  qu'ils  se  faisaient  involon- 
tairement  complices  depuis  cinq  ans. 

J^alkis  done  enfm,  selon  man  persistant  d^ir^  6tre 
plae^e  sous  la  proteotion  de  la  justiee  par-  Tadminis* 
tration  elie-mSme,  une  enqu^te  serait  faite  d'office.... 
je  me  prenais  h  esp6rer...* 

JI  va  sans  dire  qu'en  eat  ^at  de  ehoses,  {jouvant 
aller  librement  chez  M***  la  Normatity  y  diner  quelque- 
fois,  voir  du  monde,  faire  un  peu  de  musique,  lire^ 
^crire  k  mon  aise,  m'enfermer  pour  ^titer^  le  contact 
des  pauvres  malad^s,  je  ne  me  trouvais  plus  malheu* 
reuse.  L'espoir  me  soiitdnait  et  je  ne  dema^dais  plus 
ma  sortie. 

Le  F^vetl  de  ce  beaur^vefut  cruel.  ;,<*•  j'aurais  pour- 


280 


M^MOIRES  D*UNK  ALIENEE. 


tant  dii  m'y  altendre,  ayant  d6ja  Inexperience  de  la  ma- 
ni^re  d'^gir  de  MM.  les  docteurs. 

La  position  de  M.  Payen,  d^ja  assez  %hxih  par  mes 
relations  avec  MM.  les  administrateurs,  devenait  tout 
a  fait  embarrassante  depuis  qn'^  leur  pri^re  M.  et 
Mmo  le  Normaiit  s'etaient  in§16s  de  moi. 

La  decision,  prise  par  le  conseil,  de  mettre  cette 
aiFaire  en  justice  acheva  de  lui  ouvrir  les  yeux  sur  le 

triste  r51e  qu'il  avait  consenti  k  jouer II  nepouvait 

plus  ni  me  retirer  la  cle  que  Tadministration  m'avait 
donn^e  pour  pouvoir  rentrer  k  toute  heure  au  quartier, 
ni  m'emp^cher  de  voir  mes  protecteurs ;  touie  la  ville 
en  aurait  et6  r6volt6e. 

Beaucoup  de  personnes  m'avaient  vue  chez  M™«  le 
Normant,  de  I'ateu  de  MM.  les  administratlsurs  qui 
d^siraient  savoir  comment  je  me  conduirais  en  pr^*- 
sence  d'6trangers.  Rien  n'6tait  plus  comique  que  la 
surprise  de  ces  personnes,  qui  venaient  de  causer  ou  de 
faire  de  la  musique  avec  moi,  quand  on  leur  disait  en 
quelle  qualite  je  me  trouvais  li.  ^ 

Le  19  octobre,  M,  le  receveur  des  hospices  ayant 
achev^'  le  classement  de  mes  pieces  et  le  rapport  offi- 
cieux  qu'il  en  adressait  k  I'administration,  crut  devoir, 
par  egard  pour  ses  collfegues,  MM.  Payen  et  Boisbour- 
din,  leur  communiquer  ce  dossier.  Le  docteur  en  chef 
voulut  a  tput  prix  se  sauver  et  sauver  I'administration 
centrale  aussi  compromise  que  lui. 

Deux  jours  apr^s,  il  signa  subitement,  trattreuse- 


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CHAP.  XIV.  —  ARRIVEE  DE  MES  PAPIERS.     284 

■^ — " — • ■ ^ I  I I  ...  _   .  I 

ment,  un  cerlificat  de  sortie,  sans  en  dire  un  mot  ni 
k  MM.  les  administrateurs,  ni  k  M.  le  Normant,  ni  k 
moi. 

En  voici  la  copie  ezacte : 

Je  soussigne,  docteur  en  tn^decine  de  la  FacuUe  de  Paris, 
m^deciil  en  chef  du  quartierdes  ali^n^s  de  la  viilejd'Orl^ans, 
certifie  que  M^^*  Chevalier  (Camille-Jos^phine-Hersilie),  fille 
de....  et  de....  n^e  k  Milan  (Italie),  le  14  avril  1814,  domicili^e  & 
Paris,  c^libataire,  profession  d*artiste  musicienne,  a  ^t^  admise 
le  29  kotii  1863,  par  translation  de  Tasile  de  la  Salpetri^re  en 
date  dudit  jour. 

Cette  malade,  quels  tfu^aient  ^t^  les  antecedents  maladifs  en 
r^cidive  d'aberration  mentale  qui  ont  provoqae  sa  sequestration 
raotivee  et  successive  dans  divers  asiles  d'alien^s,  est  mainte- 
nant  dans  un  etat  de  calnie  relatif  et  d'apaisement  qui  me  font 
croire  qu'elle  peut  etre  inise  en  liberte. 

La  persistanoe  de  leg^res  excentricites  et  de  pretentions  vani- 
teuses  la  laisse  ccpendant  inoffensive,  et  rien  ne  fait  pre^umer 
qu'elle  puisse  etre,  soit  par  paroles,  par  ecrits  ou  par  actes,  une 
cause  de  trouble  et  de  danger: 

Nous  concluons  done  a  sa  sortie  de  Tasile,  pensant  que  la  con- 
tinuation de  sa  presence  en  semblable  lieu  auiait  besoin  d'etre 
motivee  par  de  nouvelles  manifestations  maladives,  faites  au 
sein  de  la  societe  et  en  etat  de  liberie. 
Orleans,  21  octobre  1868. 

Payen. 

Get  acte  d'autorit^  justifiait  tout  le  monde. 

J'avais  ^t^  folle;  je  ne  I'^tais  plus,  ou  je  Vitais 
moinSy  et  je  ne  pouvais  et  devais  6tre  que  trfes-recon- 
naissante  des  soins  qui  avaient  amen^  ce  rdsultat  ines- 
p6r6. 

16. 


^ 


V 


\    ^ 


'S82 


M£MOIRieS  O'JUNE  AUEN^S, 


C'etait  atroce.  Mais  c'^tait  le  drofi  Au  dodtmr,- 

Ce  certificat  devait  provoqjuer  «n  arrM6  4e  M:  le 
pr6fet  me  metlant  en  quarante  -  huit  heures  daiis 
la  rue,  sans  domicile,  sans  arge^^t,  presque  saxfcs  y^e- 
ments. 

On  profitait  pour  «^r  de  ««  que  mes  plus  z^^s 
protecteUrs,  MM,  Vilneau  et  de  Pibrac,  6taieiit  k  la 
..campagniB. 

Le  bonheur  voulut  que,  justeme&t,  lis  fusseat  v^aus 
pour  affaire  k  Orleans,  ce  jour  m§me,  et  trouvassent  ee 

certificat  au  portefeuille Sans  cette  circonstance 

fortuite,  j'6tais  irr^vocablement  perdue. 

D^ja  deux  fois,  j'avais  eternise  d  la  porte  4efi  adles 
dans  des  conditions  k  peu  pr^s  identiqu^s,  a^nsi  que  je 
I'ai  racont6.  ,    ,      ' 

La  premiere  fois  par  la  Salp6triere,  en  l^SSS,  et 
j'avais  6t6  a  la. prefecture  de  police  demander  protection 
«t  hospitality.  On  m'avait  rehvoy^e  k  la  Salp^trifere 
comme  %iagahondA. 

La  seconde  fois,  eft  1863,  f  avais  ^crit  k  M">«  !a  pr6- 
fette  de.  la  Seine  ce  qu'6tait  ma  position,  et  depuid 
cinq  ans  j'expiais  cette  t6m6rite  a  I'asile  d'Orleans, 
ou  on  avait  esper6  que  je  resterais  engloutie  k  jamais. 

Si  je  rentrais  une  r^roislteie  fois,  e'en  ^Ulit  fitit  de 
moi !  Je  serais  eonsidir^e  comme  use  folle  inibi»rable^ 
incapable  de  se  conduire  et  ne  pouvant  rester  lii»re.un 
seul  jour.  On  savait  que  la  Seine  m'^tott  ^Averse^  C|ue 
la  justice  et  la  prefecture  du  Loiret  desiraient  Id  ^ 


V^'- 


i 


9 

chap:   XIV.   —  ABRI^fiE  J>E  MES  PAPIERB.  ^383 


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l6ii0e.  Jfalade  et  sans  ressources,  je  Sjerais'bien  tovd^ 
de  me  faire  reprendre,  et  OB  ferait  £«tomb^  toii^t  le 
poids  4e  ceite  rechute  sur  ceux  qui  me  prot^eaient, 
aiTssi  bien  que  «uf  les  ati^<6s,  do&t  on  rendrait  la  clo- 
ture plus  rigoureuse^  mon  exemple  d^moairant  que 
1&  vue  et  les  conseiis  des  peneonnes  du  dehors  leur 
montaieot  la  t^e  en  les  nottrrissamt  de  r^ves  impos- 
sibles. 

Mais  je  n'eiais  pas  de  nature  a  me  laisser  ^eraser 
sans  Itttte.  G'^tait  done  ia  guerre,  et  k  guerre  k  ou- 
trance. 

M.  le  docteur  Payen  avait-il  agi  de  lui-mtoe  ou  en- 
core par  ordre  ?  C'est  ce  que  j'ignore,  ra^me  aujour- 
d'liui.  Mais  11  fallait  savoir  qui  ^tait  pour  moi  ou  contre 
moi  dans  la  situation  uouvelle  qui  m'6tait  faiie. 

MM.  Vilneau  et  de  Pibrac  convoqu^rent  imm^diate- 
ment  leurs  coll^ues  en  stance  ^xtraordinsdre  ;  eUe  fut 
prdsid^e  par  M.  Vignat,  maire  d'0rl6ans.  lis  y  mandfe- 
reni  le  docteur  Payen^  auquel  ih  repr^senierent  Tim- 
puissance  absolue  ou  ils  alla«ent  se  trouver,  d^ormais, 
d'afir  judieiairement  en  ma  £aveur  ainsi  qu'iis  avaient 
arSsdu  de  le  faire^^et  le  pri^ent  de  suspendre  son  cer- 
tiAcalt  jiiisqu'4  ce  q^e  ie  parquet,  dont  la  rentrie  aliait 
avoir  lieu  dans  quelques  jours,  eut  staiuiS  sur  la  de- 
mande  en  rectification  d'Btat  d^ii  que  M.  Vilneau  aliait 
pr^enter,  au  nom  de  la  commission,  i  M.  Le  pf:ocurear 
general. 

|i.  te  4oote»r  Payien  s'y  re£asigi .  Mi^  G/ietxz^e^r  0'etant 


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284 

M^MOIRES 

d'une  alienee.  • 

plus  assez  alienee  pour  Mre  s6questr6e,  sa  conscience 
s'opposait  a  ce  qu'il  la  maintint  k  Tasile. 

L'administration  se  trouvait  done  dans  Tobligation 
d'envoyer  le  certiGcat  k  la  pr^f^cture.Le  m^decin  6tant 
absolument  maitre  de  ses  appreciations^  la  letlre  d'en- 
voi.  6tait  une  simple  mesure  d'ordre. 

M.  le  Normant  des  Varannes,  pr6voyant  quel  parti 
on  pourrait  vouloir  tirer  contre  lui  du  r5le  honprable 
et  g6n6reux  qu'il  avait  jou6  dans  cette  affaire,. demanda 
alors  aux  administrateurs  de  vouloir  bien  reconnaiire, 
par  une  lettre  inscrite  au  procfes-verbaf,  qu'il  avait  agi 
sur  leur  demande.  ' 

—  Un  tel  document  serait  trfes-dangereux !  dit  a 
demi-voix  le  docteur  Payen  h  Tun  des  administrateurs. 

—  Dangereux  pour  vous,  docteur,  c'est  possible, 
riposla  M.  le  Receveur;  mais  devant  votre  antago- 
nisme,  c'est  bien  le  moins  que  je  me  mette  a  cou- 
vert.  ., 

—  Quant  a  moi,  je  signerai  cette  piece  des  dewo 
mainSy  r6pondit  M.  le  maire. 

On  agita  ensuite  la  question  de  savoir  ou  Ton  pour- 
rait me  placer  provisoirement,  lorsque  rarr6t6  du  pr6fet 
m'aurait  faite  sans  asile.  Comme  il  ne  semblait  pas 
facile  d'approprier  imm^diatement  une  chambre  conve- 
nable  k  Thdpital  des  vieillards,  M.  le  Normant  des  Va- 
rannes offrit  de  me  recevoir  cbez  lui. 

M.  le  maire  Ten  remercia  et  ajouta : 

—  Mais  nous  n'entendons  pas,  monsieur  le  Receveur, 


/  -   - 


I 


/ 


I        1 

CHAP.   XIV.    — -   AjmiVjfeE  DE  MES  PAPIERS.  285 

---■■■■  ■      ■  .     .  - 

que  votre  louable  initiative  vous  devienne  une  charge. 
Je  commence  par  vous  dire  que  je  mets  ma  bourse  k 
votre  disposition,  et  j'ajouterai,  pensant  qu'aucua  de 
mes  coll&gues  ne  me  d^mentira,  que*  la  leur  vous  est 
egalement  ouverte. 

Cette  offre  g^nereuse  fut  ratifi^e  a  Vunanimitey  etla 
stance  fut  lev^. 

Le  lendemain,  j*6crivis  aux  Ministres  de  I'int^rieur  et 
de  la  justice  la  leltre  suivante ;  elle  leur  fut  transmise 
offlciellement  par  M.  le  maire,  auquel  M.  Yilneau 
m'avait  conseill6  de  la  faire  remettre :         \ 


Plainte  porUe  par  M^e  Hersilie  Rouy  contre  le  doc" 
teur  Pa  YEN,  mededn  en  chef  du  quartier  des  alienes 
d' Orleans, 

Pensionnat  de  Tasile  d'ali^nds  d*Orl^ans,  25  octobre  1868. 

A  Messieurs  les  Ministres  de  Vinterieur  et  de  la  justice. 

Monsieur  le  Ministre, 

sAyant  ^t^  envoy^e  ici  par  radministration  de  la  Seine,  le 
29  aoCit  1863,  M,Ie  docteur  Payen  m'ayant  gard^e  rigoureuse- 
nient  sequestree  pendant  cinq  ans,  puis  m*ayant  tout  a  coup 
signe  ma  sortie,  le  22  courant ; 

Ce  brusque  changement  d'id^e,  tout  spontan^,  inexplicable, 
car  rien  n'est  change  dans  ma  tr.aniere  d'etre^  me  plongeant 
dans  le  pKis  grand  embarras ; 

Ma  position  ^tant  trop  douloureuse,  trop  strange  pour  me 
permettre  d'etre  livr^e  aux  caprices  des  mMecins,  me  disant 
alienee  ou  non  alienee,  k  leur  guise; 

Ne  pouvant,  ne  voulant  pas  Stre  guerie  d'une  d^mence,  d*Dn 


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286  MEM0IR£6  d'UNE  ALXl^N^Ei 

. ; '. \ 1 . , 

^garement  iBtelleetuel^  mSine  proyisoirer,  n'ayant  jamais  exists ; 
'  je  vous  prie,  Monsieur  le  Ministre,  de  m'accorder  une  enqiidte 
sur  les  motifs  ayant  poufjse  M.  le  docteur  Pay  eh  i  mfe  S^qu^strer 
pieiK^ant  cinq  ans,  comme  n^  pouvant  etrs  lihre  et  sdntt  surveil" 
lance,  et  sur,  ceux  Tayant  pouss^j  sans  que  personne  loi  der 
mandat  ma  liberty,  a  signer  ma  sortie  juste  au  moment  ou, 
.  grAce  au  devoument  de  Madame  et  de  M.  le  Normarit  des  Va- 
rannes,  feceteur  des  hospides  d'drl§ans,  thir^^  pAr  MM.  les' 
administrateurs,  qui  m'entourent  de  leur  bieaveiUantli  protec- 
tion, de  s'oGcuper  de  moi,  mes  affaires  aHaient  etre  examinees, 
monetat  civil  regularise, 

J'.espere  en  votre  justice  et  en  ttttre  bontfi,  Monsieur  le  Mi- 
nistre,  pour  m^aceorder  cette  enqn^te  et  poof  me  permettre  de 
Tattendre  aux  alien^s ;  libre,  puisque  le  certifieat  de  M.  le  doc-. 
teur  Payen  me  fait  libre,  ou  sous  la  garde  immediate  de 
M.  le  p'r^fet  du  Loiret  et  de  MM.  les  administrateurs. 

Ma  position  maladive,  equivoque,  singuliere,  ne  me  permet- 
tant  pas  d^accepterl'hospitaUte  gen^reuse  que  M.  et  M*e  Le  Nor- 
mant  des  Varannes,  auxquels  je  dois  tahi  dSja,  m'ofTi'ent  d&ns 
mon  malheur,  et  qui  ne  pourrait  Stre'  accept^e  satns  i^s  g^ner 
beaucoup ;  c'est  done  aux  autorites  du  Loiret  que  je  dem^nde 
hospitalite,  le  medecin  en  chef  me  cfiassdrit. 

J'attends  Thonneur  d'une  reponse  qui,  je  I'espdre,  me  sera 
favorable. 

Veuillez,  Monsieur  le  Ministre^  agr^er  rhomGoage  de  mon 
profond  respect. 

L'artiste  Hersilie  Rouir. 

Enregistree  offlciellement  et  trainee  d'asile  en  asile  par  Fad- 
ministration  de  la  Seine,  sous  le  nom  de  Josephine  Chevalier, 
de  parents  inconnus. 

Voici  la  copie  de  la  letlre  que  M.  le  Narmant  rel^ut 
de  radministration ;  c'Mait  non  seulement  un  aveti, 
mais  un  elo^e  de  sa  conduite  : 


•  •1. 


CHAP.   XIV.   —  ARRIVEE  DE   MES   PAPIERS. 


287 


Orleans,  26  octobre  1868. 


M<mieur  U  fiaeeveur, 


Par  vos  4tear^es  «t  vo$  bona  soin^j  r^upis  a  eejuix  de  Mi"*  U 
Normaq^jt^  V9.US  ^t^^  parveim  a  vpus  procurer  ]ie$  actes  et  papiers 
de  famille  qui  sont  d'un  si  grand  int^r^t  poar  M^^*'  Chevalier. 
Nous  appr^cions  hautemeiit,  Monsieur,  la  na4are  des  sentiments 
qai  ¥oas  ont  fait  agir  dans  la  circonstance,  et  aunom  de  Tint^- 
r^let  ^  1^  .$ompitu4e  que  i^6\xs  pQrtous  ;ious-memes  a  cette 
iMfldheureus^  pei:son^e,  aous  venons  tous  remercier  du  con- 
curs pajr  voiis  .^pport^  a  cette  oeiivre  essentiellement  chari- 
UiAe. 

flkcev.e^  )f onsieiV)  r^sj^urance  de  notre  consid^xation  tres* 

Vhjneau,  Rqmceray,  comle  de  Pibrac,  Leveau* 


Le  eatifieat  de  M«  le  doeteur  Payea  avatt  ^^  envoys 
k  la  prefecture  apr&8  la  afeance ;  mais  M.  le  procureur 
^^o^rdl  H  U,  le  pr^jbt  ^taieut  abae^ts^  et  le  cas  etant 
grav^,  oa  Be  rie^ut  aucun^  r^nse  peetdaDlt  quelques 
jours.,  Je  restai  done  dans  ma  petite  ehambre  du  pen- 
siopnat,  et  M.  le  Normaijit  proGta  de  ce  delai  pour 
tBite  une  aoufv^le  teataiwe  amiable  aupr^s  du  docteur 
Payen,  k  la  piifere  de  M.  Vilnea« ;  die  fut  inutile. 

Ne  recev^nt  pas  de  r^ponse  des  minist^res  a  ma 
I^At^  dtt  26  OjCiobi^,  et  la  situation  ^uivoque  dans 
laque!le  je  me  trouvais  ae  pouvant  se  prolooger,  M.  el 
Mow  le  Normant  rAdig^rent  un  m6moire  r^sumant  les 
lailis^  4ei»i»ndant  ui^ye  solution  ^t  r.a(lr<ess^ren,t  au  Mi- 
nist^re  de  Tint^rieur. 

J'y  joi^s  une  demande  formelle  a  Tautorite  judi- 


288  M^MoiRES  d'une  alienee. 


ciaire  de  m'assigner  elle-m6me  un  noiii  que  je  pusse 
pdrter  sans  contestation,  le  mien  m'^tant  refus6  par 
les  Rouy,  enlevS  par  las  administrations,  et  les  m^e- 
cins  prenant  pour  folie  les  noms  de  fantaisie  ou  les 
divers  sobriquets  qu'ils  m'imposaient  eux-m^mes. 
Je  continuais  ainsi : 

Des  alibis  s'etant  produits,  avant  comme  apr&s  ma  sequestra- 
tion ;de8  bruits  de  mort  et  de  disparition  sMtaut  r^pandus;  mon 
identify  ^tant  douteuse  depuis  1849 ;  le  docteur  Yerron  m'ayant 
prise  a  Mar^ville  pour  une  charmante,  du  nom  de  Chevalier ^ 
ayant  y^cu  de  ses  charmes... ;  moi  ayant,  d^s  mon  entree  a  Cha- 
renton,  demand^  une  confrontation  avec  toutes  les  personnes 
ayant  connu  Hersilie  Rouy  et  Texamen  des  papiers  dont  j'dtais 
porteur ;  les  administrations  m'ayant  d^clar^  que  je  n'^tais  qu'un 
num^ro  d'ordre,  dont  le  nom  importait  peu,  la  folie  seule  ^tant 
un  objet  d'examen  dans  les  maisons  sp^ciales...;  qu'on  r^ponde 
de  moi,  puisqu'en  France,  au  XIX'  si^cle,  lorsqu'une  crdature 
humajne  tombe  entre  les  mains  des  pr^fets  ct  sous  la  responsa- 
bilite  immMiate  de  magistrals  et  de  fonctionnaires  publics,  elle 
perd  son  nom,  sa  personnalit^,  ses  droits  civils,  est  mise  hors 
la  loi,  n*est  plus  qu'un  ballot  de  marchandises  etiquet^,  devant 
porter  le  num^ro  et  le  nom  ofdciels. 

Je  ne  d^mens  rien  de  ce  que  j'ai  dcrit*  Mais  je  n*ai  aucnn 
motif,  apr^s  quinxe  ann^es  de  lutte,  de  pers^ution,  de  de- 
mentis, de  m^pris,  pour  prendre  sur  uioi  la  responsabilit^ 
d'un  nom,  d'une  individuality  dont  chacun  s'est  fait  un  jeu^  ni 
pour  donner,  apr^  tant  de  douleurs,  des  explications  que  les 
plus  hautes  autoril^  m'ont  signiti^  dtre  inutiles 

J 'attends  un  nbuveau  nom  officiel...  Pourtant  je  crois  avoir 
le  droit  detre  ce  que  j'ai  toujours  ^X&  partout  avatit  mon  enleve- 
ment.... on  de  prendre  tous  les  noms  qu'on  m'a  donnfe  dans 
les  maisons  de  TEtat. 

Hkasais,  dite,  etc.,  etc 


<    * 


» 


CHAP,   XIV.    —   ARRIVEIE  DE  MEjS   PAPIERS.  289 

s  / 


'  J'en  fi!^  une  copie  avec  ce  post-scriptum  : 

Ce  tl  novembre  1^'68.  Heiois  a  M.  et  M™«  le  Normant  des 
Varrinnes,  t'har^o.>  tit*  mui  |>:ii-  la  Lieiiveillance  de  MM.  les  adtnH 
nlatrateurs  dl'S  iiospices  d'Orleans,  afln  quails  jolgnent  ceci  ames 
autres  Jettres  et  declarations,  et  que  chacun  pui&se  s'assorer 
cpie  du  premier  au  dernier  jour,  ma  maniere  d'etre,  d'agir,  de 
raisonner  n'a  pas  change.  Et  comme  on  me  dit  un  d^mon,  je 
.signe  : 

Le  Diable. 

Ne  isachant  ce  que  j'allais  devenir,  j'ajoutai  cette 
declaration  au  dossier  ou  ^taient  r^unis  tous  mes  pa- 
piers  : 

Je  conlie  s^  M.  et  M"«  le  Normant  des  Varannes  tout  ce  qui 
est  relatif  a  mes  afTaires,  et  les  prie  de  garder  le  tout  sans  le 
laisser  sortir  de  leurs  mains  sous  aucun  pretexte,  en  quelque 
lieu  que  me  conduise  mon  destin,  alors  meme  qu'on  me  dirait 
morte. 

Ceci  devient  leur  propriete,  et  a  leurs  enfants  apres  eux,  les 
priant  d*en  donner  connaissance  a  qui  de  droit,  afin  que  cela 
serve  de  temoignage  a  tous  et  a  la  posterity  de  ma  reconnais- 
sance envers  eux,  et  aussi  de  celle'  que  je  voue  en  mon  coeur  a 
MM.  les  administrateurs  des  hospices,  ou  je  suis  arrivee  indi- 
gente  de  la  Seine,  n'ayant  droit  qu'a  la  robe  de  toile  bleue  et 
aux  sabots,  et  qui  me  font  sortir  vdtue  et  protegee. 

Je  desire  que  les  noms  de  M.  le  president  Vilneau,  de  M.  le 
comte  du  Faur  de  Pibrac,  de  MM.  Lesourd,  R»nceray,  Leveau; 
de  M.  Vignat,  maire  de  la  ville  d  Orleans,  qui  a  si  gen^reuse- 
ment  pris  ma  defense  et  qui  a  offert  ses  propres  deniers  pour 
me  secourir,  restent,  avec  le  nom  de  le  Normant  des  Varannes 
et  du  docteur  Lepage  p&re,  un  souvenir  de  gen^rosit^  et  de 
bienfaisance  pour  la  ville  d*Orl^ans....  ou  je  suis  arrivee  d^nu^e 
de  tout,  m^pris^e,  calomni^e,  abandonn^e,  et  ou  j'ai  trouy^, 

17 


r 


1  •  . 


2d0  VBMOIRES  D'UNS  ALIlBNEE. 


dans  mon  malheur  et  dans  ma  p^^uvretS,  tant  de  nobler*  oq^ox^  a 
qui  Dieu  tiendra  compte  de  leur  bont^....  car  qui  donne  aux 
pauvres  pr6te  a 

Dieu  1 

Comme  on  le  voit  par  ces  deux  signatures  de&  post- 
scriptum,  rien  n'etait  change  dans  mqi  mjaniere  (Tetre, 
ainsi  que  je  le  disais  dans  ma  plainte. 

Je  crus  devoir  adresser  en  meme  temps  k  M.  Husson, 
qui  6tait  en  r6alit6  le  veritable  arbitre  de  mon  sort,  una 
lettre  dont  voici  les  principaux  passages  : 

12  novembre  1868.  Asile  d'OrMans. 

Monsieur  le  Directeur, 

Depuis  quelques  jours  voi»  d^vez  avoir  re^u,  par  la  prefecture 
du  Loiret,  un  certificat  de  M.  Payen,  medecin  en  chef  de  Tasile 
d'Ocl^ans,  pouvant  servir  de  certificat  de  sortie. 

Je  m'abstiens  en  ce  moment  de  le  juger. 

Je  crois  devoir  vousavertir  qu'il  continue  a  vous  plonger  dans 
I'erreur  et  dans  Tignorance  vQlontaire  ou  vous  vous  obstinez  a 
pester  en  demandant  vous-mSme  ma  sequestration,  et  en  dic^ 
tatU  voire  opinion,  Les  cboses  ne  sont  pas  ici  ce  que  vous  avez 
pu  les  esp^rer....  Je  suis  arriv^e  a  n'Mre  plus  cach^e,  et  alors, 
Monsieur,  TefTet  produit  partout  s'est  produit  ici,  mais  plus 
vigoureusement  encore. 

....  Ce  n'est  qu'^  voire  administration,  Monsieui*  le  directeuT) 
qu'au  d^sordre  qai  y  r^gne,  qu'a  la  negligence,  qu'au  mauvais 
vouloir  de  vos  employes,  de  ceux  de  la  Salpetri6re,  qu*aux  ren- 
seignements  .  mensongers  qui  vous  ont  ete  donnas  sur  mon 
compte,  que  je  dcis  tous  mes  malheurs  et  mes  longues  et  epou- 
vantables  peregrinations  dans  vos  immondes  bastilles.  ^  quel  r^- 
sultat  avez-vous  cru  arriver  avec  une  femme  telle  que  moi? 
A  Itt  tuer....  mais  pas  a  la  dominer,  ni  a  la  faire  taire. 


I 


I 


-  ARBI'Vte  DE  MES  fWIERS. 


Void  ou en  sunt  lea  cboses:  H.  Pa;en,tant  qu'il  a  pa,  in*ii  m- 
epi&e*  a  you^.  Aujourd'hui  ta  rumaur  pabliquo  na  U  lul  pvrntal 
[du^.  t^s  actes  lam,  que  je  voua  priaU  d'envoyer  I'liorcliiM'  vliol 
la  sup^ieure  de  Charenton,  qui  les  a  ca<;li^s,  iiin&I  ijiio  iIb8  tu- 
leura,.a  son  adminlslraliuu,  sont  arrives  ici.  Dnuxe  nulroN  nctPI 
fMnt  joints  eCsanldgalementapocrjpliea.  Tout  i*  qu*  |>1  dlt 
e(  d^clar^  se  trouve  gtre  la  plus  elliroyabia  'vdrlld,  npriA  »valr 
pass£pour  k  plus  deplorable  dSmenca. 

i'ai  ici  lui  dossier  ^norme;  et  de  tou3  cdti^ii  lot  mcntintii  ul 
'la*  Attestations  les  plus  lionorabl«s,  les  plus  «yinpalhlquai  M 
SDC^Adcnt ;  Je  penae  que  voua  terez  bien,  Monnieui'  U  (UraoUuri 
'e  vous  assurer  par  voas-meme  des  uhoses,  car  jo  veiw  vous 
mire  abus^. 

Lft  oertiScaE  de  M.  le  docteiir  Pay?ii  ii'^tant  p»«  tipltubl* 
a  M  HMinieiit,  j'ai  adress£  au*  MiuiateeH  dR  U  JiuUu*  al  da 
riat^eur  des  petitions  pour  deiuander  line  cuiiu^t^, 

Le  jour   de  moQ  arreslation  k  I'iidlel   ilu  qua)  .Saiiil'Mlntitfl, 
Is*  1,  TODS  ra'avez  dEniand^,  en  riant  et  en  voiu  (VoMfil  la* 
UinS-'*-  *  ceqiia  jevoolais?  * 

Xetaici:  je  veiuc  1*  que  I'vlminbtralioa  o'enUiiiU  nftik;  ta 

el  la  prefeclnre  pour  prendrn  d'ufllc«  nuin  afbira  »n 

lid;  9*  Ire  rendue  libre  p*r  aal«riU  d*  Ju*tie«  et  aoo  p»r  U 

Ucat  *e  IL  le  tkwteur  I^afea.  enUr*  l«tu*l  Js  pwt«»l«; 

3'  9K  I'aidinJtiisttatiMi  uit  ptaeai»  iat  omivu*  tainiMutU  «t 

d'eiiftence. 

!tte  letlre.  qui  voat  et9  adremi^  dirocleuiinil  jrw  It  pA- 

'4«  1*  Seine,  K'a  fw  «■  r^youae  pioniX*  «t  nslirfliMW*!, 

Mu  i^iiubre*,  a  la  ineMw. 

de  bouleieii>«i'.  V«nu  iMUict  ill,  «*«'; 

oMii]v>eadre  qu'time  feinme   qU   tiuule««t>c    tea 


Bl  je  o^u  cetltf  fcuB :  l.'o*ti»t«  HtreilMc  iiAUi. 


tjBjrfirer  que 
cugoAUr  «t  sue  buatteaiuurt  «a  iMtoDiij't!  fat 


292  MEMOIRES  D*UNE  ALIENEE. 

'  - 

t 

r^sultats,  ainsi  que  je  Tavais  demands,  quaod  Mi°e  le 
Normant  des  Varannes  vint  le  14  novembre,  d^  le 
matin,  me  chercher  pour  aller  dejeuner  chez  elle..  Ma 
sortie  avail  6t6  sign^e  le  11,  et  je  Tignorais.  M.  le  pro- 
pose venait  d'en  avertir  M.  le  Normant  en  lui  disant 
qu'il  comptait  me  laisser  quelques  jours  pour  trouver 
les  moyens  de  m'installer  ailleurs^  mais  que  M.  le  pro- 
cureur  imperial  en  personne  6tait  venu,  la  veille  au 
8oir,  donner  Tordre  de  me  faire  sortir  imm^diatement. 

La  soeur  d'office  6tait  boulevers^e.  Jamais  encore  on 
n'avait  vu  la  justice  intervenir  une  fois  la  sortie  sign^. 
On  se  pressait  de  faire  ma  malle,  de  tout  entasser; 
on  m'emmenait  sans  presque  me  donner  le  temps  de 
m'habiller 

G'est  que  les  ordres  6taient  si  rigoureux  que  M.  le 
procureur  g^n^ral  envoyait,  avant  midi,  un  sergent  de 
ville  pour  les  faire  ex^cuter  ! 

Geux  des  administrateurs  qu'on  put  rencontrer  chez 
eux  se  r^unirent  aussit6t  et  prirent  une  deliberation 
qui  m'admeltait  comme  pensionnaire  libre  k  rh6pital 
g6n6ral,  au  prix  de  800  fr.  par  an,  et  m'autorisait,  en 
vertu  de  ma  situation  precaire,  a  en  acquitter  le  prix 
mensuellement. 

Gette  deliberation  fut  ratifiee  par  toute  la  commission 
k  la  seance  du  jeudi  suiyant,  19  novembre,  et  signee 
par  MM.  le  comte  de  Pibrac,  Ronceray,  Vilneau,  Le- 
veau  et  Lesourd. 

On  m'arrangea,  le  plus  commodement  possible,  une 


>  . 


•     CHAP.   XIV.   —  ARRIVEE  })t.  ^MES   PAWERS.  293 

^ 

grande  chambre  attenante  k  rinfirmefie  des  femmes,  et 
chacun  rivalisa  pour  moi  d'enipressement  et  de  bien- 
veiillance. 

II  me  fallait  vivre,  tocher  de  renouer  quelques  rela- 

_  lions,  me  rappeler  au  souvenir  des  artistes  que  j'avais 

connus,  qui  me  croyaient  morte  et  qui,  en  presence 

d'une  si  grande  infortune,  allaient  s'empresser,  j'en 

6tais  si!lre,'de  mevenir  en  aide. 

Nous  r^dige^mes  de  concert,  M.  et  M™e  le  Normant 
et  moi,  un  article  aussi  inoffensif  que  possible,  annon- 
^ant  ma  triste  situation,  sans  en  accuser  personne,  et  le  , 
propri6taire-g6rant  du  Journal  des  Debals,  leur  cou- 
sin, rias6ra  gratuilement  dans  le  num6ro  du  3  d6cem- 
}»re  4868.  Le  voici  texluellement : 

Les  amateurs  de  bonne  musique  n'ont  sans  doute^pas  oubli^ 
M^^^  Hersilie  Rou>,  Texcellente  pianiste  dont  les  matinees  mu- 
sical es  et  les  concerts  avaient  nn  si  brillant  succes,  11  y  a  une 
quinzaine  d'ann^es.  Cette  artiste  avait  tout  a  coup  disparu  du 
xnonde  parisicn.  Un  concours  de  circonstances  ^tranges  I'avait 
fait  passer  pour  folle,  et  on  avait  annonce  sa  mort. 

Nous  apprenons  qu'elle  vient  d'Sfre   rendue    a  la   liberty, 
aprds  quatorze  ann^es  de  s^jour  dans  les  maisons  d*ali^n6s,- 
ou  elle  ^fait  (^ach^e  sous  le  nom  de  Josephine  Chevalier. 

La  justice  est  saisie  de  cette  myst^rieuse  affaire,  sur  laquelle 
nou»-  aurons  occasion  de  revenir. 

« 

L'efFet  produit  par  ce  f ait-divers  fut  foudroyant... 
contre  moi.  II  r^veilla  des  sympathies  qui  me  furent 
fort  utiles,  mais  irrita  profond^ment  ma  famille  et  les 
bureaux  sous  la  pression  desquels  Tadministration,  en 


,  .       .    .  /f 


^294  MEM0IRE6  B'UNG  ALIEN^. 


I'absence  de  MM.  Yilaeau  et  de  Pibrac,  mes  z&l&s  protec- 
teurs,  r^voqua  la  d^lib^ratioa  du  19  novembre  et  ddcida 
que  je  quitterais  le  pensionnat  de  rh6pital  k  I'ezf^i- 
ration  de  mon  mois. 

Je  ne  pouvais  plus  ^compter  pour  vivre  que  sur  la 
eharit^  priv^e,  Tassistaoce  publique  ayant  refuse  de  me 
placer  k  rh6pital  general  comme  pensioimaire  libre. 
J'^tais  pourtant  si  malade,  si  lasse  d'une  lutte  dispro- 
portionnee  et  que  tout  semblait  devoir  rendre  inutile,  ^ 
que  J'y  serais  rest§e,  si  Ton  avait  voulu  m'y  accorder  la. 
pension  de  premiere  classe,  {k  laquelle  je  venais  de  pas- 
ser un  mois,)  un  piano  et  500  fr.  par  an  pour  ma 
toilette;  et  je  I'avais  fait  savoir  k  M.  Husson. 

Je  ne  comprends  pas  que  radmiiiistration  n'ait  pas 
eu  la  conscience,  la  pitie,  la  prudence  de  me  garder,  de 
m'6viter  la  douleur  de  porter  plainle  centre  cette  6pou- 
vantable  et  longue  detention. 

Je  comprends  encore  moins  le  refus  que  la  justice 
d'0rl6ans  a  fait  de  s'occuper,  autrement  que  pour 
presser  ma  mise  a  la  rue,  d'une  affaire  qui  la  regardait 
particuli^rement,  puisque  les  asiles  d'ali6n6s  sent 
places  sous  sa  garde.  D6pouill6'e  de  tout  ce  que  je  pos- 
s^dais,  j'avais  au  moins  droit  k  sa  bienveillante  inter- 
vention, qui  aurait  pu  amener  une  conciliation  et  me 
faire  obtenir,  m^me  avant  ma  sortie  de  Tasile,  une 
reparation  convenable,  me  permettant  de  vivre  tran- 
quille,  en  6vitant  le  bruit  et  le  scandale  qu'une  sem^ 
blable  cause  devait  in^vitablement  produire. 


^nsujOffifS  ejt-il  que  le  !4  decembre,  i  sis  heUreb  du 
trfi^i  je  fus  somm^  de  qliittei-  ttii  chambre, 

J'ftil  soflis  navrte,  poUr  me  r^fugier  encore  uno  foi^ 
•ptiB  de  M.  ct  M""'  le  Normant,  qui  hahilaltent  «B  des 
(tavtllons  de  l'h6pilal.  Matgr^  ce  que  letir  cceur  leuP 
kispirait,  ils  n'osaienl  pas  liraver  ouvertement  des 
erdrea  siip^rreurs.  L'6conome,  M.  Julien  Pi^bourff, 
touchy  de  ma  d^tresse,  leur  viirt  en  aide  en  leur  de- 
'Mafidaht,  sous  sa  responealiiiif^,  de  me  recevoir  pour 
taae  nuil  chez  eux.  L'administration  devant  se  r^unir 
teteodemain  pour  prendre  prol>ablement  des  mesums* 
mob  sujet,  et  M.  Vilncau  ajant  declare  qu'il  donnerail 
sa  demission  si  j'etais  jette  brutalement  dehors  ftvont 
qu'il  m'eut  trouve  un  refuge,  nous  eapfirions  loul  con- 
cilier  ainsi  sans  froisser  personne. 

fadnoimstraUon  ^lanl  debairass^e  de  moi  tie  s'en 
bcciipa  pas  davanlage,  sioon  pour  me  refuser  le  trctus- 
au  qu'elle  m'a\-ail  accords  un  mois  auparavant. 
MM.  d«  Pibrac,  Vilneau  et  Ronceray  acquirent  alore 
1&  preuve  douloureuse  de  la  gravity  d'une  aucueation  de 
iUte;  partout  on  refusa  de  recevoir,  m^me  sous  leur 
ti^Hl  responsabilil^,  une  femme  sortant  dee  ali^n^. 
£t  je  n'aurais  pu  trouver  un  glte,  i  quelque  prix  que 
(fit,  si  !es  proprietaires  de  I'hOle!  du  Lolret,  M.  et 
*  Bois^&re,  n'avaient  eu  pifi6  de  rlen  el  ne  m'a- 
eat  jicceplfe,  au  risque  d'effaroucher  leur  clientele  ; 
d  3ont  je  )eur  reste  Fincerement  reconnaiaeante. 
Ces  meesieuTB  pay&rent  H  mon  preimer  tntris. 


V 


296  H^MOIRES  d'uke  alien^^. 

^^^^—^~^-^—  •  ■ — _  —         -  ,    ,  -^      I   - ~- 

-    / 

M.  et  M"'^  le  Nbrmant  m'avaient  gardte  pendant  les 
trois  jouri^  de  courses  incessantes  qu'ils  avaient  eues  k 
faire  avant  de  me  trouver  un  pied-a-terre.  Le  14  no- 
vembre  1868,  je  quittais  rhdpital  g^n^ral  sous  le  nom 
de  Josephine  Chevalier.  J'entrais  k  Thdtel  du  Loiret, 
le  17,  sous  celui  d'Hersilie  Rouy,  pour  continuer  la  vie 
d'^preuves  sans  tin  k  laquelle  la  toute-puissante  volenti 
de  Dieu  m'a  condamn^. . 

Mon  frfere  avail  6crit  k  M.  le  Normant  en  offrant  de 
me  continuer  les  260  fr.  de  supplement  qu'il  payait 
annuellement  pour  moi,  d  la  condition  que  je  ne  quit- 
terais  pas  Orleans.  Cetle  ofifre  m'avait  touch6e,  et  dans 
la  lettre  ou  je  Ten  remerciais,  je  lui  disais  : 

Dans  quelle  affreuse  affaire  sommes-nous  done  ploughs  etque 
s'est-il  pass^  autrefois  ? 

M'avez-vous  r^ellement  crue  folle?  Est-ce  bien  vrai?  La  let- 
tre que  vous  avez  adress^e-  a  M.  le  Normant  me  le  fait  penser, 
et  je  me  f^licite  d'avoir  dit  que  vous  etiez  abuses. 

H61as!  en  r^ponse  k  celle-ci  M.  le  Normant  en  re- 
cevait  une  autre,  pleine  d'animosit6  ou,  aprfes  avoir 
r66dit6  toutes'les  calomnies  qui  avaient  servi  ^  expli- 
quer  ma  folie  et  ma  sequestration,  M.  Rouy  ajoutait : 

Je  pense  que  la  folie  religieuse  et  mystique,  la  plus  dange- 
reuse  et  la  plus  incurable  de  toutes^  la  possede  encore  tout  en- 
tidre.  La  responsabilit^  de  ceux  qui  la  laissent  libre  est  done 
grande,  bien  grande. 

Je  r6pondis  a  cette  diatribe  en  refusant  avec  indigna- 
tion le  secours  qu'il  m'offrait. 


CHAP.   XIV.  -—   AHRIVI^  DE  MRS  PAP1EBS.  997 

hs  23  dfeembre,  paraisaait  dans  le  journal  des 
Debats  la  refutation  suivante  de  la  note  ins^r^e  vliigt 
jours  auparavant  : 

Nous  avons  r^cemment  public  quWe  ancienne  artiste  avail 
salfii  U  JDStice  d'une  plaiute  en  sequestration,  sous  on  bux  nora, 
dans  une  maison  d'aliinfe. 

Nous  avians  Hi  mat  inform^,  etnos  renseignements,  puts^s 
a  source  certaine,  nous  ont  appris'qae  celte  peraonne,  s'appelle 
bien  Chevalier  et  non  autrittnant,  el  qu'aucune  plainte  ne  pou- 
vait  Hre  portrie,  attendu  que  I'^lal  mental  de  celte  personne 
avail  necessity  d'urgence  rintervenlion  du  mMecin  et  de 
I'aiitorit^  elle-m£me  poor  son  admiasion  dam  une  roaiSon 
d'ali^nte. 

^n  m^me  temps  une  letlre  de  M.  le  Norniant,  des  ' 
Debats,  nous  avertissait  que,  menace  d'un  proefes,  il 
avait  cru  'devoir  accepter  I'insertion'  de  cette  note  recli- 
ficative,  qui  me  donnait  droit  de  r^ponse  par  la  m^me 

Les  Debats  du  29  ins^rferent  done  la  letlre  sui- 
vante : 

Orleans,  27  d£cembre  1868. 
Monsieur  le  B^danteur, 
Pertaettez-moi  de  rectifier,  a  mon  tour,  une  profotide  erreur 
conunise  dans  voire  numdro  du  33  courant. 

La  source  oii  vous  avez  paiti  vos  renseignemerts  m  sujet  de 
ceile  que  vous  dites  61re  M"*  Chevalier,  ne  vous  en  a  rourui  fjue 
de  compl^tement  ineiacts. 

M"'  Hersilie  Rouj,  Slev^e  publiqneroent  par  M.  I'astrono'iii? 
Charles  Rouj corame  sa  Me  lisiOnX;  M"*  Bersilic Rouy,  y«i  a 
il. 


I 


298  m£moiiies  d'ums  alienee. 


toujours  parte  le  nom  de  Rouy  et  non  pas  cTautres,  est  la  pro- 
pre  soeur  de  M"*  Dorothee-Jeanne-Marie  Romj,  qui  a  epous^, 
sous  le  nom  ,de  Rouy,  el  non  pas  sous  celui  de  Chevalier, 
M.  Jean-Claude-Laurent  Rouy,  fits  de  Claude-Daniel  Rouy,  ehe- 
valier  de  la  Legion-d'Honneur,  alors  administrateor  du  journal 
JLo-  Presse,  comme  vous  pouvez  tous  en  assurer  a  la  mairie 
du  troisieme  arrondissemeixt  de  Paris,  a  la  date  du  15  novembre 
1845. 

W**  Hersilie  Houy  a  par  devers  elle  tous  les  aetes  civils, 
religieuz,  ete.,  lui  conferant  le  nom  de  Rouy  et  point  d'autre;  et 
nul  n'a  le  droit  de  toucher  a  ce  nom  et  de  lui  en  donner  on 
autre,  taint  qu*un  jugement  n'en  aura  pas  decide.  ^ 

Je  n*aborderai  pas  ici,  Monsieur,  une  question  plus  delicate 
et  j>lus  gfave  encore,  concemant  nion  enlevement  et  mon  etat 
mental;  une  grande  reserve  m'est  imposee  en  ce  moment,  et 
vous  le  comprendrez. 

Seulement  je  dois  vous  dire  que  ce  qui  a  pr^c^d^  mon  enle- 
vement et  les  fails  qui  lui  ont  servi  de  pr^texte  trouveroM 
bientdt  lenr  complete  refutations  cdmme  aojourd*bui,  dans  un 
autre  ordre,  j'^tablis  Tauthenticit^  du  nom  qui  pendant  quinze 
ans  m*a  &i6  enlev^,  ayant  ^t^  officiellement  enregistree  sous 
celui  de  Josephine  Chevalier,  fille  de....  et  de.... 

Je  me  suis  fait  un  devoir  de  soumettre  la  question  aux  auto- 
rit^s. 

Yeuillez,  Monsieur  le  rMacteur«  avoir  la  bonte  d^ns^rer,  selon 
mon  droit,  cette  rectification  dans  voire  prochain  numero.  Pen 
prends  toute  la  responsabilit^. 

Hecevez,  je  vous  prie,  monsieur,  Texpression  de  ma  haute 

consideration. 

Hersilie  RouV. 

Cach^e  sous  le  nom  ofticiel  de  Josephine  Chevalier. 

J'etis  soin,  pour  6viter  toute  contestation,  de  signer 
avec  le  tr6ma. 
Le  jour  ou  paraissait,  en  termes  relativement  mo- 


I 


CHAP.   Xr?.    *—   ARRIVIEE  tlR  MKS  PAPIERS.    '        S&9 

\ 

-  1  .  I  r      I  I  J  ■-!  ■  -r       I      -  -  -      -  ■      - 

d^i*§s,  ^a  soi-disaiil  rfectiflcation  au  Journal  des  D^ats, 
M.  Rouy  d^chargeait  ainsi  sa  bile  sur  mes  courageux 
amis  : 


•      I 


VlUe-d'A^ray,  23  dScembre  1868. 

Monsieur  le  Normant, 

Je  n'ai  pas  Thonneur  de  connaitre  M"«  le  Normant^  xnais  |)eu 
s'en  est  fallu  que  la  justice  ne  fi^t  saisie,  non  pas  d'une  plainte 
en  sequestration  qu'elle  avait  fait  signaler  par  le  Journal  d0B 
B4bats,  mats  d'une  plainte,  faite  par  moi,  en  calomnie  et  publi* 
cation  de  faussW  nouvelles,  car,  apr^s  la  d-marche  fkite  par  mon 
fils  ain4,  (je  vis  ici  dans  une  retraite  profbnde),  il  a  pu  constater 
que  Tarticle  calomnieux  provenait  de  M'^^'  le  Normant  dlle- 
m^me.  Je  te  laisse  tomber  k  plat  coinme  il  le  mMte^ 

La  seule  r^ponse  que  je  daigne  y  faire  est  celle-cl,  que  je 
transcris  de  Tenveloppe  qui  recouvre  chez  moi  le  dossier,  car 
j'ai  aussi  un  dossier,  moi,  de  M"«  Josephine  Chevalier,  fiUe 
adulterine  de  mon  pSr^,  et  dont  la  mere  est  morte  le  6  octo- 
bre  1831  (1),  cinq  semaines  avant  la  mienne,  femme  legitime^ 
morte  k  son  pays,  le  11  novembre  1831,  ou  elle  s'^tait  retiree. 

Yoici  done  ce  qu'on  lit  sur  cette  enveloppe  de  mon  dossier : 

'<  Gorrespondance  et  documents  ant^rieurs  a  1854,  t^moi- 
gnant  : 

<(  1<»  Da  chagrin  qu'elle  a  cause  a  sonpere,  a  sa  soeur  et  a  nous- 
mSme; 

«  2o  De  rinteret,  da  devoument  que  nous  lui  avons  toujours 
temoigne; 

«  S^*  De  Tihgratitude  par  laquelle  elle  y  a  toujours  r^- 
pondu  (2).  » 


(1)  II  y  a  la  uneerreur,  i'epetee  dans  le  memoire  a  M.  Tail- 
htmd :  c'est  le  6  oetobt'e  18^  tju'est  morte  Henriette  Chevalier. 

(2)  Je  citerai  k  ce  sajel  dear  seulement  des  nombreux  lemoi^ 


I 
i   . 


300  MEMOIRES  D^VNE  AUENl^E. 


Etpuis,  soulign^,  comme  recommandation  a  mes  h^rittersj 

«  Aucune  piece  de  ce  fatras  ne  doit  etre  aneantie^  » 

Ces  pieces  sent  nombreuses,  car  j'ai  depuis  soixante  ans  la 
manie  de  tout  conserver.  Je  ne  vous  citerai  que  celle-ci  de  son 
pere,  parmi  toutes  les  autres  qui  proviennent  de  lui : 

<ic  Fille  majeure  et  toujoars  injuste,  puisque  *depuis  plus  de 
«  dix  ans,  les  conseils  d*un  pere  qui  a  trop  aim^  ses  enfants 
((  ont  ^t^^  sp^cialement  par  toi,  outrageusement  d^daign^s, 
«  Dieu,  dont  j*implore  nuit  et  jour  la  cl^mence  et  la  b^n^dic- 
«  tion  pour  vous  et  pour  moi,  semble  m'ordonner  de  renoncer  ^ 
(L  au  nom.  si  cher  et  si  sacr^  de  p^re,  et  Tenjoindre  de  ne  plus 
«  profaner  ce  titre  en  le  donnant  a  celui  que  tes  nombreux  ou- 
«  trages  forcent  enfin  k  y  renoncer.  —  Vi  avril  1811.  » 

Je  laisse  Ik  toute  citation  sur  la  tournure  qu'aurait  pris  Texa- 
men  de  la  question^  et  j'en  aurais  bien  d'aulres  a  dire. 

Quant  a  la  jeune  personne  dont  elle  s'est  charg^e,  je  n*en  sais 
rien.  Mais  j'ai  des  lettres  d'e^e-meme,  ou,dans  lesaveux,  forces 
par  r^vidence,  qu'elle  me  fait  de  sa  maternity,  elle  ra'^crit  un 
jour  c  que  jamais  celui  qui  a  souhait^  la  mort  de  son  enfant, 
ft^jsarce  qu^il  en  craignait  la  cbarge,  ne  sera  ni  son  mari,  ni  le 
«  p6re  de  cet  enfant.  Tai  appris  trop.  lard  qui  j*ai  aim^I  »  Et  le 
lendemain...  Mais  en  voila  assez. 

Vous  devez  bien  penser,  Monsieur,  qu'aprds  ses  tentatives 
insens^es  contre  moi,  le  silence  du  m^pris  est  le  seul  qui  me 
convienne  envers  elle. 

Je  regrctte  seulement  que  M°^"  le  Normank  y  ait  donu^  les 


gnages  recueillls  par  M.  le  Normant.  «  Je  dois  dire  que  nous 
avons  toujours  trouve  M'*«  Hersilie  Rouy  digne  de  notre  int^r^t 
par  sa  bonne  conduite  et  ses  bons  sentiments.  Elle  me  disait 
un  jour  :  «  Sien  travaillant  jepouvais  gagner  cent  mille  francs^ 
« j'en  doterais  ma  sceur,  et  je  la  marierais.  »  (C*«"«  Benoist 
d'Azy,  )  —  «  Ce  que  je  puis  affirmer,  c' est  que  je  Tai  beaucoup 
connue,  etque  c'^tait  une  personne  d'un  g^n^reux  et  courageux 
caractere.  »  (M"*  Ernestine  de  Saint-Maur). 


1 


mains,  en  se  laissant,  probablement,  trop  viveraent  aller  i  la 
compassion. 
J'ai    Thonneur,  Monsieur,  de  voas  pr^enler  mes  salutations. 
C.  Rouv, 

It  m'est  impossible  de  comprendre  pourquoi  M.  Houy 
eherchait  i,  'semer  le  scandale  et  k  publier  les  d^sordres 
de  »a  famille,  quels  que  fussent  oa  non  mes  droits  au 
nom  de  Rouy,  que  d'ailleurs,  avec  la  tr^ma,  je  pouvais 
conserver  comme  mon  nom  d'artiste,  puisque  je  le 
distinguais  ainsi  du  sien.  A  quel  propos  done  ces  ca- 
lomnies  dont  il  essnyailde  me  nojrcir,  en  r6ponse  k  un 
article  de  jouroal  ou  il  n'^tait  nullement  question  de  ma 
familhe? 

M.  le  Normant  r^pondit  en  ces  termes  : 

Orleans,  STj  dtcemki!  1M1«. 
Monsieur, 
Je  ne  compcendB  rien  a  I'irritatian  el  uux  inenai?es  que  vans 
h)spJrerartidedu7oHmaI  des  Di'halu  Kji  qnoi  vou>lauclie-t-il? 
Comroent  vaus  trouvez-vous  calomni^,  ou  xa(tme  seulement  d^- 
jtign^,  dans  ud  article  qui  ne  parle  que  du  talent  de  pianisle  de 
M""  Rouy,  de  safolie  et  de  sa  morl.  vraiea  ou  diusBeB'.'  Qu'eat-oe 
"que  sa  ripiilalion  ou  sa  conduite  priv^e  onl  a  faire  dans  celle 
«Bure,  el  comment  eipliquer  votre  achamernenl  conlre  une 
naliieureuse  femme  inoffensive,  qui,  remise  enfin  en  liberty, 
malade,  bi'is^  par  qoatorze  ann^es  de  sequestration,  ne  de- 
.nmnde  que  repos  et  conciliation? 

Que  signilie  cetle  maladroite  tentative  d 'intimidation  contre 
ma  femme  et  contre  moi,  doot  les  bonnes  intentions  a  regard 
de  M"*  Hersilie  sont  connuesV  lentalive  qui  pent  vous  comprs- 


^ 


f 


\ 


■     [ 


302  M^OJRES  D'tJNE  ALI]^£fi« 


mettre  gravement,  car  elle  trahit  une  grande  apprehension  de 
ce  que  la  mise  en  liberty  de  votre  soeur  peut  amener. 

L'affaire  de  M*i«  Hersilie  est  aussl  erablrouill^e,  aussi  teh6- 
breuse  que  possible ;  nous  ne  souhaitous  qu'une  chose  :  la  lu- 
miere,  et  nous  I'avons  denland^e  a  tous,  qu'elle  se  fasse  pour 
elle  ou  contre  elle,  qui  seule  ne  parait  pas  la  redouter.  Mais  il 
faudra,  vous  en  conviendrez,  d'autres  preuv^s  qUe  Id  siiscrip- 
Hon  de  votre  dossier  pour  lui  retirer  le  nom  d'Hersille  fioUy 
que  lui  conferent : 

1«  Son  acte  de  naissance,  qui  la  dit  fille  de  Charles  Rouy  ; 

2°  Son  acte  de  baptSme,  qui  la  dit  fille  du  m^me,  de  legitime 
mciriage ;  * 

B^  Enfin  le  jugement  du  tribunal  de  la  Seine  du  29  ootobve 
1845^  ou  elle  n'est  pas  norom^e,  il  est  vrai,  mais  ou  il  n'est 
fait  mention  d'aucun  manage  ant^rieur  de  Charles  Rouy. 

Si  M^^^  Hersilie  est  fille  adulterine,  sa  soBur  cadette,  tioro- 
thee,  Test  an  m^me  titre,  puisqu'elle  est  n^e  en  1818  et  qiie  ee 
n'est  qu'en  1831,  dites-vous,  qu'est  morte  votre  mfete,  Marie- 
Joseph  Stevens,  dont  un  acte  de  notoriety  joint  a  votre  acte  de 
manage,  en  1815,  constate  Tabsence  sans  nouvelles  depuis 
1798. 

Mile  Hersilie  Rouy  a  done  droit  de  porter  le  nom  de  son  p^re, 
puisque  c'est  sous  ce  nom  queM"«  Dorothea  Rouy  epouse  un  de 
vos  fils,  M.  Jean-Claude-Laurent  Rouy,  en  1845;  ii.moins  qu'un 
second  jugement,  dont  nous  n'avons  pas  connaissance,  ne  soit 
venu  de  nouveau  rectifier  des  en^eurs.     , 

Enfin,  Monsieuir,  le  bizarre  passage  que  vous  citez  d'une  let-- 
ire  de  M.  votre  pere^  du  18  avril  1841,  s'il  s'applique  a  M^e  Her- 
silie, est  endesaccord  complet  avec  les  ranseignements  que  neas 
avons  recueillis  sur  son  devoument  filial  et  fraternel;  il  n'arti- 
cule  aiicun  fait  precis,  il  emana  d'un  homme  qui  peu  d'annees 
apres  meurt  fou,  et  je  puis  lui  opposer  une  serie  de  lettres  de 
M"«  Desiree  Rouy,  votre  epouse,  dont  la  premiere  est  de  1842, 
qui  temoignent  de  la  vive  affection,  de  Testime  complete  qu'elle 
portait  a  M^i*  Hersilie  et  des  bons  ra^pports  qui  existaient  entre 
cette  derniere  et  toute  votre  famille.  VousHoaeBld,  Mdnsieur, 


/ 


CHAP.   XIV.    —   ARRIV1SE  DE   MES  PAPIEKS.  303' 


avez  ete  loger  cjiez  elle;  paiy  une  lettre  du  18  ffivrier '1843, 
M«e  Desir^e  lui  en  adresse  ses  remerciments  et  les  votres;  et 
s'il  y  a,  dans  ces  lettres,  une  appreciation  s^v^re  de  la  conduite 
d'une  des  deux  soeurs,  permettez-moi  de  vous  le  dire,  ce  n'esl 
point  a  Mi^«  Hersilie  qu'elle  s'adresse. 

II  y  a  dans  I'histoire  de  votre  famille,  Monsieur,  des  faits  dont 
vous  n*Stes  sans  doute  pas  responsable,  mais  quMl  vous  serait 
certainement  p^nible  de  voir  mis  an  jour.  J'ai  horreur  du  scan- 
dale  ;  pourquoi  semblez-vous  prendre  a  tllche  de  provoq[uer  voire 
soeur  a  en  faire,  en  la  dilTamant  ainsi  aupres  des  amis  que  son 
infortune  lui  a  acquis  ? 

Sachez-le  bien,  je  ne  me  prMerai  jamais,  ni  par  peur,  ni 
autrement,  a  me  faire  complice  d'une  injustice,  ni  a  accabler 
une  infortun^e  abandonn^e  par  ceux  qui  devraient  lui  venir  en 
aide,  et  qui  n'a  trouv^  de  secours  que  dans  la  sympathie  que  sou 
malheur  a  excite  Chez  des  etrangers,  au  nombre  desquels  je 
m'honore  de  me  trouver. 

Recevez,  Monsieur,  mes  sinceres  salutations. 

£.  LE  NORMANX  DES  YaRANKES. 

M.  Rouy  ne  fit  aucune  r6ponse  i.cette  lettre^  pas  plus 
qu'a  cette  que  j'avais  fait  publier  dans  Jes  DehatSy  et  je 
portal  d^sormais  sans  contestation  mon  nom  de  Rouy . 

Sitot  qu'on  apprit  au  ministfere  que  je  n'6tais  pas  une 
inconnue,  n^e  a  Milan  de  parents  inconnus,  mais  que 
j'appartenais  a  une  famille  tr6s-honorablement  plac^e 
dans  le  monde,  quej'avais  la  possession  d'etat  incon- 
testable du  nom  d*Hersilie  Rouy,  que  j'6tais  reconnue 
etavou^e  par  un  parent  baut  fonctionnaire,  on  s'emut, 
et  on  demanda  mon  acte  de  naissance.  U  en  r^sultait 
que  j'avais  ^te  frauduleusement  introduite  a  Charenton, 
ou  Ton  avait  fait  pour  me  cacber  des  faux  en  ecriture 


304 


\ 

•          ■           ■«■        '               -- 

>   ''^ 

N 

MEMOIRES   D*UNE  AU^NEE. 

puhlique  et  de  fausses  d^clslrations,  faux  mainf etiuj?.' 
pendant  quatorze  ans  par  la  Prefecture  de  police,  les 
administrations  et  m^me  le  parquet  d'Orl^ans,  qui 
avaient  fait  disparaitre  tons  les  papiers  me  concemanL 

A  plusieurs  reprises,  M.  le  pr6fet  du  Loiret  avait  de- 
mande,  soit  au  pr^fet  de  la  Seine^  soit  au  minist^re,  des 
renseigfiements  sur  mon  ^tat  civil,  sans  en  pouvoir 
ohtenir,  Aujourd'huile  ministfere  en  demayidait  k  son 
tour,  et  malgr6  la  venue  de  mes  papiers,  en.  4867  et 
1868,  les  t^moignages  nombreiix  recueiilis  >a  ce  sujet, 
on  persislait  encore  officiellement  a  ignorer  qui 
j'6tais ! 

Seulement,  du  jour  ou  M.  le  docteur  Payen  avait  su 
que  j'^tais  cousine  d'un  chef  de  division  aux  Haras,  il 
avait  trouve  que  j'allais  beaucoup  mieux;  ce  mieux 
s'est  accentu6  apr^s  la  visite  de  M.  le  pr^fet....  et  il 
m'a  trouv^e  gu6rie,  quand  MM.  les  administrateurs  oat 
d6cid6  d'en  r6f6rer  k  la  justice. 

N'est-ce  pas  assez  horrible? 

J'avais  k  Orleans  des  partisans  nombreux  et  quelques 
d6tracteurs ;  on  %'y  occupait  beaucoup  de  moi ;  tous  les 
journaux  de  la  locality  en  avaient  parl6,et  tous  dans  un 
sens  favorable.  On  s'6tonnait  de  voir  la  justice  indiffe- 
rente  a  une  serablable  affaire,  qu'elle  devait,  pensait-on , 
trancher  dans  un  sens  ou  dans  I'autre,  les  faits  6tant 
trop  graves  pour  qu'on  put  simplement  les  laisser 
tomber. 

Le  31  Janvier  1869,  Ylmpartial  du  Loiret  disait, 


"■■V  /    . 


\ 


CHAP.   Xiv.   —  ARRIVEE  DE  MES  PAPIERS.  305     ' 

■'  ■      / 

dans  le  long  et  sympathique  article  qu'il  me  consa- 
crait : 

Si  >!"•  Hersilie  Rouy  a  m6rit6  son  sort,  qu'on  le  prouve  publi- 
quement.  Si  elle  estvictime  d'une  deplorable  erreur  ou  d'une 
odieuse  persecution,  qu'on  lui  rende  en^  justice. 

C'6tait  le  cri  de  la  conscience  publique. 

Le  23  fSvrier  suivant,  M.  Charles  Sauvestre,  discu- 
tant  dans  VOpinion  nationale  la  loi  du  30  juin  U838, 
reproduisait  dans  son  entier  I'article  de  VImpartial  et  ' 
ajoutait : 

I 

Nous  laissons,  bien  entendu,  au  journal  d'Orl^ans ,  la  respon-  - 
sabilite  de  ses  affirmations.  Toutefois,  nous  ferons  remarquer 
qu'elles  sont  precises  et  qu'il  s'est  ^could  vingt  jours  sans  qu'au- 
cun  dementi  soit  venu  les  combattre,  du  moins  a  notre  connais- 
sahce. 

Si  le  dementi  ne  vintpas,  ce  ne  fut  pasfaute  d'envre. 
Le  Jour  mSme,  M.  *  Durangel  adressait  la  lettre  sui- 
vante  a  M.  le  directeur  de  Gharenton  : 

Paris,  23  f^vrier  1869. 
Mon  cher  directeur, 

VOpinion  nationale  nous  attaque  an  sujet  de  M"«  Hersilie 
Rouy,  dite  Chevalier. 

Le  premier  placement  de  cette  demoiselle  a  eu  lieu  a  Gha- 
renton en  1854. 

Je  suis  charge  de  r^pondre  a  Tarticle  du  journal;  mais  aupa- 
rarant,  pour  eclaircir  un  point  reste  douteux,  j'aurais  besoin  du 
dossier  de  la  personne. 

Veuillez,  je  vous  prie,  me  le  transmettre  appuy^  d'un  mot. 


u 


, '  -  T   ■ 

^  .    I  - 

I' 


306  '  Mfi*blRES  IJ'lJNE  ALX^NISE. 

--  -  -  -  I      I     -  I  ■!       I  I     I-   I  I.  .      I.        _  I      I       __   .1     ■■  ■_       _.  ■■   ^^^^^a^a^^B^^^^^BV^BMHMHHFBM^^i^^a^HBB^^M 

L6  dossier  ftit  transmiis  Bt  iienvoy6  deut  jouifih  apt^s 
avec  la  lettre  ci-jointe  du  Ministre  de  rial6rieur  : 

f»aris,  ^  f^wier  1869. 
Monsieov  le  di^p^cteur, 

Je  m'empresse  de  vous  renvjoyer  le  dossier  relatif  a  la  demoi- 
selle Chevalier*Hoa^,  ancienne  {>ensibtlna^r6  'de  !a  maisbi^  ittp^ 
riale  de  sant^. 

L'examen  des  diverses  pieces  de  ce  dossier  m'a  donn^  lieu  de 
reconnaitre  que  la  malade  avait  ^te  admise  sur  la  simple  pro- 
duction d'un  certificat  m^dical^  et  a  la  demahde  ve^rbsde  du  m^ 
decin  signataire  de  ce  certificat. 

Bien  que  cette  irregularity  ne  puisse  engager  votre  responsa- 
bilite  pe^sonnelle,  puisque  radinission  r^ittiottte  \  1854;  }e  crois 
devoii*  vous  la  signaler  et  vous  recomttVAndet  dte  veiltet*  «cnipii- 
I^usement  a  ce  qu*aucun  placement  V6loiitMrie  tt'^it  lieu  saisk 
Time  demaiide  ecrite  r6dig6e  dans  la  fortfafe  ^li^scnte  par  I'arl.  8 
de  la  loi  du  30  juin  1838,  et  accompagn^e  desjustific&tidnft 
enone^es  au  meme  article. 

*ie  n'ai  pas  besoin  de  vous  faire  observer  qu'en  aucun  cas  le 
medecin  certificateur  ne  pouvait  Stre  en  m^me  temps  le  signa- 
taire de  la  demande. 

Recevez,  etc. 

Le  Ministre  de  Vinterieur. 
Pour  le  Ministre  : 
Le  Conseiller  d'J^tat,  secretaire  genial, 

Ph.  DE  BOSREDON. 


CHAP.  XV.  —  REFUS  D'.\SSI8TANCE  JtirHCIMRE. 


CHAPITRE  XV 


Je  n'ai  eu  conn^ssaoce  de  cette  piquante  correspon7 
dance  minist^rielle  ijue  plusieurs  ann^  apr^s,  loraque 
toes  rapporteurs  me  communiquferent  les  pifeces  qu'ila 
avaienl  relev^es,  Je  vis  bien  qu'on  ns  rSpondiat  rien  4 
I'Opinion  nationaU ;  mais  on  ne  r^pondait  pas  davan- 
tage  4  mes  r6damations,  et  j'ttais  loin  de  croiioiiu'^'i  le 
moment  m^me  M.  Durangel  me  rendait  dijh  le  doio 
de  Rouy,  et  que  M.  le  Ministre  coostatalt  l'in'i!'g:ularite 
de  mon  entr^  ainsi  que  la  responsabilit^  personnelle 
du  directeur,  qui  m'avait  accept^e  sans  les  pieces  exi- 
g^es  par  la  loi. 

Lasse  d'attendre,  je  voulus  adresser  une  plainte  au 
parquet,  et  j'allai,  arm^e  de  toutes  mes  pieces,  con- 
suiter  un  des  avocats  les  plus  en  renom  de  la  ville. 

11  commen^a  par  m'avertir  que,  soil  criminelle,  soit 
correctionnelle,  soit  civile,  le  parquet  d'Orliaas  n'-AQ- 


'I 


308  MEMOIRES  D«UNE  ALIENEE. 

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>  ■  ■  ■       ■        ■■  wi. ■  ■  ■  I 

cept^rait  aueune  plainte  de  moi ;   et  comme  je  roe 
r^criais :  .  \ 

—  Coimaissez-vous  un  moyen  de  faire  marcher  la 
justice  malgre  elle?  me  demanda-t-il  tin  peu  ^ve- 
mexit. ' 

H^las  I  je  savais  par  une  longue  experience  qu'il  ne 
suffit  pas  de  montrer  k  la  justice  un  crime  a  emp^cher 
ou  k  punir  pour  qu'elle  s'en  occupe. 

Convaincue  que  je  n'arriveifais  a  rien  a  Orleans,  je 
r^solus  de  partir  pour-  Paris,  quoique  ce"  fut,  selon 
M.  Vilneau,  «  alter  me  jeter  tete  haissee  dans  le  pieg,e 
qu'on  me  tendaity  et  risquer  fort  de  n'y  pas  con- 
server  longtemps  la  liberte  que  fetais  si  heureuse 
d' avoir  recouvree,  ^ 

Je  ne  m'y  aventurai  toutefois  qu'en  prenant  m^  pre- 
cautions. 

M.  le  docteur  Constant  le  Normant  des  Varannes 
m'adressa  k  son  ami,  M.  le  docteur  Henri  Favre,  direc« 
teur  du  journal  la  France  medicale,  M.  Cotelle,  b4- 
tonnier  de  Tordre  des  avocats  d'Orleans,  me  recora- 
manda  a  M.  Jules  Favre,  quiconsentit  k  s'occuper  de 
mon  affaire. 

J'arrivai  k  Paris  dans  les  premiers  jours  de  mars,  el 
j*y  descendis  chez  des  dames  bonnes  et  compatissantes 
qui  m'accord^rent  la  plus  g^n^reuse  hospitality  pendant 
le  court  s6jour  que  j'y  fis. 

Des  le  lendemain,  le  docteur  Henri  Favre  me  pre- 
senta  a  son  illustre  homonyme,  qui  me  re^ut  avec  unc 


/ 


chapT  XV.  —  REFUS  d'assistang£:  judiciaire.      309   • 

"■  -    ~"  III       ■    -       ■-  -      .  ^^^- -^^ -  -  -  —  — 

grande  bienveillance,  prit  une  connaissance  sommaire 
de  Taffaire,  la  jugea  fort  grave  et  trfes-difficile  k  suivre,- 
a  cause  de  la  n6cessit6  d'obtenir  rautorisation  du  con- 
seil  d*£tat.  II  fut  convenu  que  Ton  r6clamerait  le  se- 
cours  de  Fassistance  judiciaire  centre  les  auteurs  de 
ma  sequestration  et  contre  ledirecteurde  Charenton. 

M.  Sidne^-Vigneaux,  jeune  avocat,  ami  de  M.  Henri 
Favre,  se  chargea,  concurremment  avec  M.  Georges 
Coulon,  de  r^diger  ma  demands,  qui  concluait  en 
100,000  fr.  de  dommages-int6r6ts/  d'apres  Tappr^cia- 
tion  de  M.  Jules  Favre. 

Je  vis  alors  mon  cousin  Laurency.  Seconds  par  le 
docteur  Henri  Favre,  il  s.'efFor^a  de  m'obtenir  une  au- 
dience des  chefs  de  division  de  la  justice  et  de  I'inte- 
riexir.  Toutes  les  portes  me  furent  rigoureusement  fer- 
m^s.  M.  Follet,  chef  du  bureau  des  ali6n6s,  vint  voir 
mon  cousin,  lui.montra  une  volumineuse  liasse  de 
mes  ecrits,  disant  que  j'etais  trfes-folle,  que  mes 
lettres  6taient  m^rae  dangereuses  pour  la  morale  pu- 
blique,  etc. 

J'eus  une  longue  discussion  a  soutenir  avec  mes  nou- 
veaux  protecteurs  pour  expliquer  et  justifier  ce  qu'i]  y 
avait  de  vrai  dans  ce  qu'on  me  reprochait,  entr*autres 
mes  deux  rentrees  presque  imm6diates  aprfes  avoir  6te 
mise  en  liberie,  ce  qui  pouvait  passer  pour  une  preuve 
de  folie  et  d'iricapacit6  intellectuelle.  N'etait-ce  pas 
encore  la  cependant  que  j'en  serais  r^duite,  si  la  cha- 
rite  privee  se  lassait  avant  qu'on  n'eAt  fait  droit  a  mes 


■    'I  I     ■  '  /  ' 


310  MEBIOIKES  d'UNE  ALI^N^E. 

■  ■  III!  I  11   III       II  I     I  I  ■         .  I  I.    I  ■     I  «  I ■.  I  I  I       J  I 

r^tafidatioubs,  puisifvk'on  ne  vouJait  me  secourir  que 
Gomme  folfe?  ^ 

N'ayant  plus  rien  k  feiire  k  Paris,  ou  aucun  de  ceux 
dont  moil  afifaire  d^pendait  ne  Toulait  ni  me  voir  m 
m'entendre,  je  revins  k  Orl^ans^  au  bout  de  trois 
semaines,  munie  d'une  lettre  de  M.  Henri  Favre  au 
docteur  le  Normant  des  Varannes ;  il  y  appr6ciait  ma 
situation  en  ces  termes  : 

Mon  Cher  ami, 

L'intervention  que  j*ai  prise  dans  le  voyage  de  M"*  Hersil/c 
Eouy  louche  a  sa  fin. 

II  s'agissait  de  d^pouiller  un  dossier  complique;  grace  au 
concours  d'un  jeune  avocat  de  mes  amis,  j'ai  fait  de  mon 
mieux. 

II  fallait  voir  Jules  Favre  et  constituer  avec  son  concours  Iq& 
bases  d'une  instance  judiciaire.  Cette  demarche  a  produit  TefTet 
desir^.  t 

Une  requite  a  6t^  d^pos^e  par  Tillustre  avocat  en  personne, 
le  8  de  ce  mois. 

M^^^  Rouy,  pleine  de  raison  et  de  convenance^  remplie  de 
talents  et  de  plus  d'une  sorte,  ne  manque,  pour  le  moment  du 
moins,  que  d*une  position  mat^rielle  acquise,  qu'il  n'est  pas  mal- 
heureusement  en  mon  pouvoir  de.  lui  procurer,  etc. 

Mon  cousin  m'avait  recommandee  a  M.  le  gen^raJ 
Fleury,  directeur  des  Haras,  qui  avail  bien  voulu  i^e* 
mettre  k  I'lmperatrice  une  lellre  de  raoi  soDicitant  une 
enqu^te.  Le  23  mars,  le  secretaire  des  commande- 
ments,  M.  Damas  Hinard,  le  pr^vint  que  S.  M.  Tavait 


•Ii»fg6de  prier  M.  de  Forcade  la  Rotjuells,  irilniMtro 
,  de  rint^rieur,  de  faire  di-oil  k  cGtte  ditrnande. 

J'attendis  done  I'enqufile;  mnit)  en  attemltuit  il  fuUiiil 
[idvre.  J'eus  I'id^e  de  faire  appel  4  un  ancicn  ami, 
If.  Atesis  Az^vido,  en  le  priantde  voir  s'il  m  ncrui 
'.ms  possible  d'organiser  un  concert  k  inon  M.nitHcif  t 
.OrUans,  pour  le  lendemaia  de  la  iftle  de  Suannv  d'Arc. 
,11.  Az^idoen  paria  a  M.  Charter  ],am<iim-ux  ijiit,  nvm: 
lebome  grice  et  ub  empressenienL  dontji;  ne  Hauridfl 
ip  hu  Mivoir  gt6,  r^unit  dee  artiHteH  dVtlilp,  \im  tuXii- 
ssa  i  ma  tmte  situation  et  ol>tint  leur  concours  di- 
^aM^KBaft.  Le  9  mai  1860  eut  lieu  dana  la  aatto  de 
dustttul,  dev^tnt  mne  Bombrense  «t  sympathi'^De  ann»- 
,  ce  concert  oi!i  f^irfercnljaTec  M,  Lamnun™*, 
K  Ko^mj  Guibert.aoo  ^ie^e;  M'»»S^e8le,derO(.^r». 
BoBuque;  U.  Soto,  de  I'Atheaie.  M"*  CaRtin,  premier 
~[  dn  Cooaervataine,  a^ait  bien  von]  a  acMpl«r  Ia 
■HIb  vadeate  ii'aoeiMaf3iirBatna».  Qnatre  artisleii  otUa' 
fifes,  MM.  Gack,  B-iauvatlet,  Dabier  «t  G«nrH  nc^c»' 
it  <tes  bagmenla  fan  ipiatnor  dn  M.  flaJi^sm. 
pnait  cpHue  aas  <pu  >  &'na>!>  inutM  nv  pbao. 
B  ecfeadaat  obTigte  <te  fatn-r  m^  p<trti<>,  pnttP  <Mri»- 


.  iefKibH<]  > 


312 


M^MOIRES   D'UNE  ALIENEE. 


veillance  et  fit  ovation  aux  artistes  qui '  me  venaient  si 
gen6reusement  en  aide. 

On  rendit  compte  dans  les  journaux  de  ce  concert, 
qui  r^veillait  Tattenlion  sur  la  ben^ficiaire .  M.  Charley 
Sauvestre,  ins6ra  tout  au  long,  dans  un  article  intitule 
Une  resurrection,  publie  par  V  Opinion  nationale,.lsi 
lettre  que  lui  ^crivait  a  ce  sujet  M.  Az6v6do. 

J'appris  sur  ces  entrefaites  que  M.  Rouy  avait  et6 
mand^  k  la  Prefecture  de  police,  laquelle  allait  faire  son 
rapport  et  conclure  contre  moi  sur  les  dires  de  mes 
ennemis. 

J'6crivis  de  nouveau  a  rimp6ratrice,  toujours  par 
Tentremise  de  mon  cousin  et  du  general  Fleury  : 

•v 

Hotel  du  Loiret,  15  mai  1869. 
Madaoie, 

Voire  Majeste  a  ordonne  une  enqu^te.  Celle  enquete  n'a  pas 
ete  faite,  et  aujourd'hui  comme  depuis  le  premier  jour  de  men 
enlevement,  on  m'a  jug^e  et  condamn^e  sans  m' entendre,  sans 
voir  mes  pieces,  malgrevos  ordres. 

Douleur  extreme  I  on  me  perd  pr^s  de  vous  I 

C'est  encore  a  Yotre  Majesty  que  je  m'adresse,  en  la  suppliant 
d'avoir  la  bonte  de  prendre  elle-mSme  connaissance  de  la  lettre 
suivante. 

C'est  grave :  on  trompe  les  souverains.  £n  voici  la  preuve. 

Daignez  agr^er,  Madame,  etc. 

Hersilie  Houv. 


La  lettre  incluse  dans  celle-ci  etait  adressee  k  M.  Du- 
rangel  ^t  resumait  ma  situation. 

On  s*en  tSmut  k  la  Prefecture  de  police,  et  M.  Jeuf- 


CHAP.  XV.   •—   REFUS  d' ASSISTANCE  JUDICIAIRE.       313 


frey,  chef  de  la  premiere  division,  6crivit  a  M.  le  direc- 
teur  de  Charenton : 


/• 


Paris,  16  nnii  1869. 


M>i«  Rouy,  dont  nous  nous  sommesd^ja  fort  occup^s,  va  nous 
donner  du  fil  a  retordre ;  vous  connaissez  les  personnes  qui  pa- 
raissent  la  prendre  sous  leur  patronage.  Pourriez-vous  me 
cominuniquer  le  dossier?  Je  Toudrais  causer  avec  vous  de  cette- 
affaire. 


M.  Jeuffrey,  trouvant  dans  ce  dossier  la  lettre  de 
bl4me  du  Ministre  de  Tinterieur  que  j'ai  Cit^e  k  la  fin 
du  chap.  XIV,  se  tint  coi  et  laissa  les  journaux  parler 
de  moi  tant  qu'ils  voulurent. 

Je  ne  puis  m'emp^cher  de  remarquer  que  jamais  je 
ne  suis  traiiee  de  folle  ni  nomm^e  Chevalier  dans 
toutes  les  correspondances  ^changees  a  mon  sujet, 
bien  entendu  quand  elles  ne  doivent  point  passer  sous 
mes  yeux. 

Le  5  juin,  le  secretaire  des  commandements  ^crivait 
a  queysuivant  le  desir  exprimepar  Sa  Majeste^le  Mi- 
nistre de  rint6rieur  avait  present  une  nouvelle  enqudte 
dans  laquelle  je  serais  entendue^  et  qu'on  joindrait  au 
dossier  de  Tinformation  les  pieces  les  plus  caract^ris- 
tiques  de  ma  correspondance.  :i> 

M.  le  pr6fet  du  Loiret  me  fit  connaitre  qu'un 
secours  de  500  fr.  m'avait  ^t6  accord^  et  me  serait 
remis  par  sommes  de  100  fr.,  de  mois  en  mois. 
Mais  on  me  fit  bien  remarquer  qu'on  venait  a  mon 

18 


344  XEXCrOUES  B'rSE  AUtslS. 

aifte    stfr  la  reconimandcUiou    de    S.  M^y   ei  nan 

rninisterielle^ment.  L«>  miaistere,  ne  ToolaBl  se  lecoa- 
naitre  aucjn  tort,  a-xrait  eu  pear  de  paraltre  consentir  a. 
UTte  re^rztl'yn  en  medonnant  de  loi-meoie  un  seoours. 
On  me  prevint  ea  outre  qn'oa  arreteraii  imiBUttite- 
raent  le:«  tond^,  si  je  me  liai^ais  voirou  si  on  pariait  de 
moi. 

M.  Rabut,  commissaire  aux  delegations  jadiciaires, 
me  fut  dep^che  et  vint  i  Thotel  du  Loiret  demander 
if"«  Chevalier.  —  Nous  ne  la  eonnaissons  pas.  — 
Mais  si.  —  Mais  non.  —  lin^Rouy?  —  Cesl  diffe- 
rent ;  vous  allea  la  voir, 

M,  Rabut  causa  quelqaes  instants  avec  moi,  ne^  com- 
prit  rien  a  une  affaire  incomprehensible ,  demanda  a 
mes  bdtesses  si  y avals  lecerveau  solide....  et  s'en  fut, 
.sans  ^tre  all 6  voir  aucun  de  ceux  qui  s'occupaient  de 
moi. 

M.  le  docteur  Constans,  inspecteur  general  des 
ali^n^s,  ]e  suivit  de  pres.  On  lui  r^pondit,  comme  a 
M.  Rabut,  ne  pas  connaitre  W^  Ghe¥alier.  —  Mais  si^ 
une  folle.  —  Nous  n'avons  pas  de  folle  ici. 

II  fut  oblige  de  demander  M"«  Rouy  pour  pouvoir 
6tre  introduit. 

M.  le  docteur  Constans  fit  une  tr^-longue  pause  chez 
moi.  II  examina  tous  mes  actes,  lut  mes  lettres  de 
famille,  nc  comprit  pas  comment  des  relations  de  pa- 
rents si  bien  ^tablies  pouvaient  Mre  ni6es.  II  m'apprit 
alors,  et  cela  me  fut  confirm^  plus  tard  au  ministire  et 


GHAP.   XV.    —   REFUd  D'ASSISTAi^CE  JUDIGIAIRE.        315 

'        '■  ■       '     ' -« —  . 

k  la  Prefecture  de  poiice,  que  M.  le  docteUr  baron  Pel- 
leli^de  Kihkelm,  ayant  Thabitudede  se  d6barrasser  de 
ceux  qui  le  g^naient  au  moyen  d'un  certificat  de  folle, 
oil  pettsait  que  j'^iais  \ine  ancieiine  maitresse  I'ayant 
iTttportun6  de  mes  poursuites,  k  laquelle  il  avait  pro- 
pose une  promenade  sentimentale  qui  avail  aboutl  k 
ChArenton.  H  ajouta  qu'un  jugement  m'interdisait  le 
nom  de  Rouy.  \oi\k  comment  il  6tait  renseign6. 

J'eus  beaucoup  de  peine  k  lui  faire  comprendre  que 
tout  cela  6tait  feux,  que  je  n'avais  jamais  vu  le  docteur 
Pelletan  avant  ^mon  enlevement.  Je  lui  montrai  le 
jugement,  qui  ne  concerne  que  ma  soeur  et  qui,  lorn 
de  lui  6ter  le  nom  de  Rouy,  le  lui  confirme.  II  me  dit 
alors,  comme  tout  §triB  raisonnable,  que  s'il  y  avail  des 
doutes  sur  la  regularity  de  mes  actes,  c'etait  a  la  jus- 
tice St  en  decider,  et  non  a  des  strangers  a  trahcber  la 
question  d'aulorite,  mais  qu'on  ne  reconnaitrait  jamais 
avoir  eu  des  torts  envers  rrioi,  ce  que  m'avail  d6ja  dit 
M.  le  pr6fet  du  Loiret.  Lui-mSme  se  f<it  lrouv6  6gale- 
ment  compromis,  puisqu'il  m'avail  crue  folle  sur  ce 
qu'on  lui  avail  dit  de  raoi,  aussi  bien  que  sur  ce  que 
je  lui  avals  racont6  a  Mareville  et  k  Orleans,  eel  im- 
broglio  paraissant  le  produit  d'une  imagination  malade. 
\Il  ajouta  que  je  me  croyais  une  naissance  royale. 

—  D'abord,  lui  dis-je,  je  ne  Tai  jamais  cru,  puisque 
j*ai  apporte  des  actes  prouvanl  le  contraire;  mais  per- 
sonne  ne  sachant  au  juste  mon  nom,  j'ai  attir^  Tatten- 
tioii'^ur  des  bruits  qui  avaient  couru.  C'6tait  aux  m^de- 


-     \ 

'    '   '  \    . 

I 

3f6  ME9I0IRES   D'UNE  ALIENEE. 


cins  a  me  gu^rir  en  me  prbcurant  les  noms  de  mes 
pfere  et  mfere,  et  aux  directeurs  a  s'assurer  de  mon 
identity. 

—  C)ui ;  cependant  convehez  que  nous  ne  pouvons 
nous  condamner  tous  pour  vous  exon^rer;  c'est  ce  qui 
emp^che  de  venir  k  votre  aide.  Du  reste,  vous  Mes 
entour^e  de  bienveillance,  et  vous  dites  que  vous  tvangez 
peu:,.. 

—:  Encore  tant  peu  que  je  mange,  faut-il  c^ue  je 
mange  tons  les  jours;  la  charity  priv^e  ne  me  doit  rien. 
Pourquoi  resterais-je  miserable,  qiian^  j'ai  droit  k  une 
reparation? 

—  Croyez-moi,  vous  ferez  mieux  de  vous  taire. 

—  Merci  de  vos  conseils,  monsieur;  je  crois  qu'iis 
partent  d'un  bon  sentiment.  Mais  chacun  cberche  k 
m'accabler,  malgr^  mon  d6sir  de  conciliation,  et  je  ne 
puis  r6ellement  pas  ^tre  constamment  sacrifice  k  la 
reputation  et  k  la  tranquillity  de  ceux  qui  me  devaient 
•justice  et  protection. 

—  Ayez  de  la  patience. 

—  II  y  a  quinze  ans  que  j'en  ai. 

—  Cette  patience  ne  vous  a  pas  emp^cbee  d'6jcrirel 

—  Je  n'ai  tant  6crit  que  parce  cfu'on  n'a  pas  fait 
droit  a  mes  lettres. 

Nous  bataill^mes  ainsi  pendant  longtemps.  Naturel- 
lement,  M.  le  docteur  Gonstans  m'a  trouvee  foUe; 
naturellement  aussi,  j'ai  ptis  mes  temoins  en  lui  en- 
voyant  le  lendemain,  14  juin  1869,  par  Tentremiee  de 


^  .  ♦ 


CHAP.  XV.  —  REFDS  D'ASSISTANCE  JUDICIAIRE.        317 


M.  Durangel,  chef  de  la  division  des  ali6n6s  au  minis- 
tifere,  une  leUre  r6sumant  notre  conversation  ^et  que  je 
terminals  ainsi :  -      ' 

Qu'ai-je  a  craindre  mainlenant?  qu'ai-je  i  perdre?  Ne  m'a-t- 
on  pas  "tout  pris,  tout6t6?  Quels  torts  ai-je  eus?  Celui  de  prendre 
des  sobriquets,  de  r6p6ter  ce  que  chacnu  a  dit?  Cest  une 
plaisanterie,  n'est-ce  pas,  Monsieur  nuspecleur,  que  cetto 
accusation?  Ne  ro'a-t-on  pas  mise  en  position  d  agir  ainsi,  de 

r 

tout  os6r  ^ 
Que  je  puiUe  les  lettres  que  j'ai  entreles  mains;  ma  vie,  que 

chacun  connait,  en  la  feisant  appuyer^de  »'>«''''*^*;~ 
mon  journal,  meg  impressions,  mes  m&noires....  quy  verra-t- 
on?  D^voftment, travail,  honn^url  '3., 

L'honneur,  Monsieur  Vinspecteur,  a  la  place  du  deshonneur 
affkiel  dont  on  m'a  abreuv6e  depuis  qumze  ans.  , 

Et  vou.  me  dites  de  me  Uire.  de  rester  dans  mon  coin, 
d'attendre  le.  sacours  de  la  bienveiUance  qui  m  entoure .... 

De  queue  bienveillance?  Quelle  -f  ^^  ^'i^l-^'T  .^J^! 
secourue  depuis  six  mois  que  je  suis  libre?  Estw:e  U  bien 
SnL  officielle,    ministirielle?  -  Voulez-vons  savour   ce 

."'S  Unormant  et  Greftler  out  refuse  de  me  voir.  Ceci  est 
'"mJ^ScI  et  Follet  m'onl  ferm.  leur  porte.  Ceci  est  pour 

'"Q^nt^au.  autre.....  MM.  les  P-^ "^  ^^'^^et'St; 
tendre.  M.  le  pr^fet  du  Loireta«e  l"***'""*" /^^^  ^im 
bon  et  aimable;  mais  lui  et  M-  Dureau  VonX  616  «>««»*  ^"^ 
pies  particuliers.  M.  le  maire  dbrl&ins  m'^  J«^«  ^ '»  P^'**  ^ 
rhdpitel;8es  amisontrefUs6de  prendre  des  bOlets  pour  mon 

concert.... 

Que  me  reste-t-il?  —  L'lmp^ratrice ! 

Oui,  gr&ce  au  g6n6ral  Fleury.  Mais  on  fait  en  son  nomce  que 
ron  veul;  et  rimp6ratrice  ne  m*a  encore  doitfi*  que  m  fr.... 

18. 


■   ,'■■   ' 


I 


.' 


3i8  ifiSiiomss  B*ifKB  lUdNtft. . 

Ce  iTest  pas- tant  qu'ane  petite  bourgeois^  san^  eplkiidti  qui, 
touchee  ^ij  tel  malheur,~m'a  log^e,  nourrie,  v^tue  aPavib  et 
a  pay^d«ux  mois  de  mon  hotel  iei. 

Vous  mt  dites  de  me  taire !  Est-^e  la  votre  justice,  Monsieur  ? 
Accepter  ki  hontej  le  d^shonnaur,  un  nom  equivoque,  una 
reputation  fletrie....  faible,  miserable,  matade^  trainer  .une  vie 
de  mendicity,  de  mi&pris..  .  Pourquoi?  Pour  qui?  —  Que  dois- 
je  apersonne?  qui  done  m'atendu  la  main  a^ec  courage,  bont^, 
justice?.... 

£n  admettant  que  je  me  taise,  le  terrible  ofi  se  tairai*t-il  T 

■  \ 

On  avait  en  etfet  beaucoup  parl6  de  rapi  dans  la 
presse  et  ailleurs;  ni  la  Prefecture  de  police,  ni  It  mi* 
nist^re  n'avaient  rien  trouv6  i  r6pondre,  et  on  s'iridi- 
gnait  hautement  du  silence  et  de  Tinaction  de  la 
justice. 

Fort  inquifete  de  la  fepon  dont  M.  Rabut  etM.  le  doc- 
teur  Consta'ns  allaient  s'y.  prendre  pour  justilier  Tad- 
ministration,  et  craignant,  avec  juste  raison,  que  ce  ne 
tax  ^  mes,  d^pens,  je  vis  bien  qu'il  fallait  me  decider  ^ 
retoumer  k  Paris,  si  je  ne  voulais  pas  qu*il  en  fAt  d© 
cettd  aeconde  ^nqu^te  comme  da  la  premiere  ordonn^ 
par  rimp6ra trice.  Me  trouvant  un  peu  moins  accaW^e 
et  moins  malade,  quoique  ma  sant^  fiHt  tou|<»ur»  dana 
wi  ^4  deplorable,  je  partis  le  3  juillet  e^  m'installai 
til  pijkisioii  dans  u^e  faoiille^  68,  rue  de  Malte. 

Je  me  risquai  de  nouveau  a  Caire  une  visite  <au  minia- 
ture de  rint6rieur;  — j'6tais  seuZe,  cette  fois;  —  j'at  6t4 
recite. 

II.  I>ifttii|^^taii  k  SOB  bureau.  Devaxit  la  chemin6e, 


CHAP,    xW  -^   R6FUS  D'ASSIST^NCE  JUDICUIRE.        519 

» 

€T)gk>uti  dans  un  fauteuil,  ^tait  un  homme  plus  ^ge 
que  lui,  d^Cord,  me  regardant  en  dessous,  sans  bouger 
Hi  saluer. 

Personne  ne  me  parlant,  je  finis  par  dem«nder 
fequel  des  deux  6taitM.  Durangel.  Gelui-ci  s*inclina,  en 
mlassurant  de  toute  la  bienveillance  du  minist^re,«avec 
des  yeux  qui  d^mentaient  ses  paroles;  puis  il  me 
complimenta  d'^re  gu6rie  d'u^e  aussi  longue  maladie. 
-^  Gu6rie?  Vous  6tes  dans  la  plus  grande  erreur, 
monsieur.;  je  suis  plus  malade  que  jamais,  de  toute 
,  fa^on",  et  ceci  me  prouve  <!ombien  vous  etes  abus^  par 
•  ceux  qui  vous  renseignent.  Ge  n'est  pas  votre  faute, 
ais$ur6ment,  et  je  ne  m'en  prends  pas  a  vous;  mais 
V0U8  devriez  m'^tre  un  peu  reconnaissant  de  toute  )a 
peine  que  je  me  donne  pour  vous  faire  savoir  la  v6rite  k 
mks  risques  et  perils.  Vous  ne  savez  pas  m^me  encore 
qui  je  suis,  et  votre  chef  de  bureau  a  6t6  dire  k  nion 
cousin  ^  au  docteur  H^nri.Favre,  qui  se  trouvait  la, 
que  j'etais  atteinte  d'une  folie  religieuse  I 

M.  Durangel  me  montra  Tjndividu  silencieux  et  me 
dit : 

—  M.  Fdlet. 

—  Ah!  mon  ennemi  p^i'sonnel !  H4  bien,  monsieur, 
pourquoi  done  me  dites-vous  atteinte  d'une  monoraanie 
religieuse?  Esfc-ce  parce  que  je  signe  TAntechrist? 

/     La-dessus,  on  ne  put  s'emp^cher  de  rire* 

>^  Enfin,  vous  Mes  gu6rie,  puisque  vous  ^s  libre? 

—  En  6tes-vous  done  1^,  messieurs  ?  Me  pourrez- 


V 


\ 


\ 


320  Ml&MOIRES  d'une  auen^e. 

I  ,  I  ■ 

• 

vous  faire  croire  que  vous  ^tes  aussi  candides  que  cela, 
,  que  vous  croyez  aiissi  profond6tnent  aux  certificals  de 
MM.  ]es  alienistes?  Yous  connaissez  assez  mon  horrible 
position  pour  savoir  que  ce  n'est  pas  a  cause  de  ma 
folie  qu'on  me  s^questrait,  mais  par  Tim  possibility  ou 
ron's'6tait  mis  soi-m^me  de  me  rendre  libre,  eu  me 
d^pouillant  de  mon  nom,  de  tout  ce  que  je  poss6dais, 
aussi  bien  dans  vos  mai^ons  que  chez  moi. 

—  Nous  sommes  en  rfegle :  vous  ^tes  iascrite  Cbe- 
valier-Rouy. 

—  D'abord,  je  ne  suis  pas  Chevalier-Rouyj  mais 
Hersilie  R'ouy.  ;  ensuite  vous  savez  fort  bien  qu'il  n*y 
a  aucuns  papiers  me  concernant  nuUe  part,  et  que 
c'est  parce  que  j'ai  reclame  le  nom  de  Rouy  qu'on  I'a 
ajout6  au  nom  de  Chevalier,  qui  est  celui  de  Tenregis- 
trement.  Et  la  preuve,  c'est  que  je  suis  sortie  Cheva- 
lier, et  que  le  commissaire  de  police  et  M.  le  docteur 
Constans  ont  demand^  M""  Chevalier  et  non  M"«  Rouy. 
Vous  plaidez  une  mauvaise  cause,  messieurs ;  mieux 
vaudrait  avouer  tout  simplement  qu'on  a  eu  tort,  et 
r^parer  ce  tort  en  me  prot^geant. 

—  Cela  est  impossible !  On  vous  a  gard^e  parce  que 
vous  6tiez  folle,  et  mise  en  liberty  parce  que  vous  6tiez 
gu6rie. 

—  De  quoi  ? 

—  C'est  Taffaire  des  medecins. 

—  Mors  ne  r^pondez  done  pas  pour  eux,  et  restez 
neutre  I 


\  . 


CHAP.   XV.   —   REFUS   d' ASSISTANCE  JUDICTAIRE.        321 


—  Avez-vous  Vu  M.  Mettetal  ? 

—  Non. 

— ^.Allez  le  voir  de  ma  part,  madame ;  dites-lui  que 
je  vous  recommande  k  lui ;  priez-le  de  faire  TenquSte 
ordonn^e  le  plus  t6t  possible,  et  soyez  assur^e  de  toute 
notre  bienveillance. 

—  Si  vous  ecriviez  un  root  a  M.  Mettetal  ?  II  vous 
croirait  mieux  que  moi ;  on  ne  croit  pas  les  fogies.  ' 

—  Vous  ne  I'^tes  plus, 

—  Erreur !  je  suis  plus  folle  et  plus  enrajj^e  que 
jamais,  cs^r  je  suis  d^cid^e  k  publier  ce  que  je  n'6cri- 
vais  qu'en  secret. 

Je  saluai  profond^ment  ces  messieurs  qui,  s'^tant 
un  peu  d6rid6s,  m'accompagn&rent  jusqu'&  leur  porte. 

£n  rentrant  chez  moi,  j'adressai  les  vers  suivants  k 
M.  Durangel : 

t 

Antechristianiame,  '^Fatalitef 

Oui  I  la  n^cessit^^des  vertus  et  des  vices^ 
B'un  astre  impdrieux  doit  suivre  les  caprices, 
Et  rhomme  sur  soi-m§me  a  si  peu  de  credit 
Qa*il  devient  sc^ldrat  quand  Delphes  Fa  pr^dit. 
L'ame  est  done  tout  esclave;  une  loi  souveraine 
Vers  le  bien  ou  le  mal  incessamment  rentralne, 
Et  vous  ne  recevez  ni  crainte  ni  d^sir 
De  cette  li^rt^  qui  n'a  rien  a  choisir. 
Attaches  sans  rel^che  a  cet  ordre  sublime, 
Yertueux  sans  nitrite  et  vicieuxsans  crime, 
Qu'on  massacre  les  rois,  qu'on  brise  les.autels, 
C*est  la  faute  des  dieux  et  non  pas  des  mortels. 


322  Ml^OIRfiS  b'UNE  ALlfeN^E. 


De  toute  la  vertu  sur  la  terre  ^pandue, 
Tout  le  prix,  a  ces  dienx,  toute  la  g^loire  est  due ; 
lis  agissent  sn  vous  quand  vous  cro^ez  agir ; 
Alors  qu'on  d^Iibere,  on  no  fait  qu*ob6ir, 
Et  notr6  tolontd  n'airae,  hait,  cherche,  erile, 
•   Que  selo«  que d'iBBhaut  Itur  bras  la  prtoipilie. 

Sign* :  L'Antechrist,  et  suivi  de  : 

Att  crime,  inalgr^  moi,  Tbrdre  du  ciel  m*attac!h6; 
Pour  y  faire  tomber,  a  moi-m^me  il  me  cachli;. 
II  oiTre,  en  ateuglant,  tout  ce  qu'il  a  predit. 
II  m'^leve,  il  m'abaisse,  en  tous  lieux  me  conduit. 
H^las  1  il  test  bien  vrai  qU'en  vain  I'on  s'imaglne 
D^rober  notre  vie  a  ce  qu'il  nous  destine ; 
Lo  soin  de  T^titer  fait  09urir  aii  devan^ 
Si  radreaad  a  le  fair  y  pousse  plus  avant  I 

ToUjour«  signd  :  L*ANTBCHRiS'r  \ 

D^cid^ment,  j'^tais  plus  que  folle,  car  1^  je  Tie  par- 
lais  plus  vaguement  d'une  inexorable  fatality ;  je  me 
posaift  moi-mime  en  pierre  d'aehoppementj  devant 
faire  tomber  chaci^in  dans  un  crime  quelconque,  afin 
que  cette  terrible  parole:  c  II  devient  crimmel. quand 
Delphes  Ta  pi^dit,  t  fdt  vraie.  Je  tirais  parti  de  ma 
position  pour  me  dire  inconnue  a  moi-meme.  Eii  fal- 
lait-il  davantaf e  k  messieurs  du.  minist^re  ?  J'attendia 
en  vain  m^decin  ou  gendarme.  On  se  eonttsnta  de  dire 
que  j'6tais  folle. 

Apr^s  avoir  laiss6  le  lecteur  juge  de  cette  folie,  Je  lui 
d<HB  cependatkt  une  petite  explioation,  qu'il  me  pardon- 
ntra,  parcel  qud,  ft*il  connatt  ii  fond  ttmt  Id  repertoire 


classiqae,  il  y  a  panni  la  jeunc  France  de»  iuilividua 
I'ayftDt  pas  ^16  comme  cous,  viflillanls.  nourris  du  plus 

pur  Cqroeille. 

Or,  ces  vers  sont  de  liii,  satif  uoe  l<:;i^re  modilicatioa 

appliquanl  a  autriii  ce  qu'CEdipe  dit  da  liii-mCme. 

Je  les  avais  appris,  enfant,  pre^que  sitr  les  g^nuux  do 

jnon  p&re,  qui  etait  mon  instiluteur.  lis  m'avaiciil  Trap- 
p6ej  je  les  avais  retenus,  et  lis  me  sontJustenieDt  revu- 

nus  4  la  mSraoire  apreg  que  j'ai  su  \anc&  ce  faniei^x 
mot  de  1' Ante  Christ,  qui  apres  tout  ejprinio  e^aclement 
ma  foi  en  Dieu  et  en  une  invincible  predestination. 

Gelui  qui  voudra  a'aEsurer  des  cboses  n"a  qu'i  ouvrir 
(Edipe,  ce  type  douloureux  de  la  fatality,  qui  passe 
d'Hge  en  Sga  comme  une  menace  lugubre ;  qui  fait 
craire,  aloiK  qu'on  voit  une  nation  succuinlier,  qu'un 
grand  crime,  ayant  mon(6  juaqu'ii  Dieu,  a  eppel^  aur 
elle  sa  terrible  justice  I 

J'allai,  peu  de  jours  apres,  guivant  le  conMil  de 
U.  Durangd,  chez  M.  Mettelal,  chef  de  la  division  defi 
ali^n^a  i  la  Prefecture  de  police. 

11  etait  tout  ausai  mal  dispose  pour  nioi  que  MM.  Du- 
rangel  el  Follet,  qui  m'avaiont  du  mo)n»  retua  poli- 
ateot.  M.  Mettelal  eit  certalnemeDt  uii  homme  fort 
intelligent,  mais  tellement  enclin  it  donour  raiiOD 
an  aiimii;  posS,  qu'il  ne  put  mc  richer  u  fa^on  de 
penaer. 

II  Ee  beri^^>a,  me  demanda  ce  qu'^tajent  <  <e9  yri- 
Undv«  pmpier*  qae  j'afais   fotiia    k  Utar«[»ton,   h 


324  MEMOIRES  D'UNE  AUENEE. 

quel  propos  et  comment  je  m'en  ^tais  munie.  y>  Quand 
il  sut  que  j'avais  ^t^  avertie  de  ce  qui  allait  m'arriver, 
il  Voulut  savoir  qui  ^tait  ce  personnage  si  Men  ran- 
seign^. 

—  Je  ne  le  connais  paar. 

—  Allons  done !  c'est  que  vous  ne  voulez  pas  le  nom- 
mer. 

Et  il  me  dit  tout  net  «  que  j'^tais  Chevalier,  qu'un 
jugement  me  d^fendait  tout  autre  nom,  et  que  M.  le 
docteur  baron  de  Kihkelin  s'etait  d^barrass^  de  moi 
parce  que  Je  I'imporlunais  de  mon  amour. 

II  parlait  avec  une  telle  assurance,  une  telle  vivacity, 
que  je  suis  restee  un  moment  interdite,  ne  sachant  pas 
si  en  efifi^t  un  jugement  avait  pu  ^tre  rendu  centre  moi 
ou  centre  mon  nom  k  mon  insu. 

—  Ou  est  ce  jugement  ?  demandai-je  enfin  ;  comment 
n'a-t-il  pas  ^te  signifie  k  moi  ou  aux  administrations  ? 

—  On  se  le  procurera. 

—  Vous  ne  I'avez  done  pas  ? 

—  Non ;  mais  on  me  I'a  dit,  et  cela  est. 

—  Oh  !  si  ce  n'est  que  cela,  je  crois  bien  que  vous  en 
parlez  comme  de  M.  Pelletan. 

—  Eh  bien  !  vous  direz  peut-^tre  qu'il  n'^tait  pas 
votre  amant  ? 

—  Gertainement.  A  quoi  pensez-vous  done  ?  Je  ne 
Tavais  jamais  vu  avant  le  jour  ou  il  m'a  enlev6e  de  la 
part  de  mon  frfere. 

—  p  ^,^^  nommez  pas  Chevalier? 


^ 


—  Pas  plus  que  vous. 
1]  sonna ;  oa  Gt  teuir  M.  JeuOrey,  ch«f  du   burean 

cles  alidn^s,  qui  aniva,  droit  comme  un  1,  pour  dire 
d'tin  air  peremptoire  que  j'^tais  enregistree  Ceievalier- 
ItouY,  ei  que  par  consequent  tout  ^lait  parlait.  Quant 
iux  parents  inconnua,  il  n'en  etail  plus  question  de- 
puis  qu'on  s'^tait  camp£  sur  I'adult^re. 
Je  me  rSeriai, 

—  Comment  pouvez-vous  avancer  de  telles  clioses. 
sans  preuves  ? 

—  C'est  boti;  on  Jes  aura,  les  preuves  ! 
II  ordonna  de  continuer  ]'enqu&te.  On  ne,  put  loiu'- 

nir,  nalurellement,  aucun  jugemenl.  Je  produisis,  au 
contraire,  celui  qui  confirmait  a  ma  sceur  le  nom  Je  ' 
Rouy.  On  voulut  batailler  sur  ma  l^ilimit^.  .le  mis  lin 
^  4  cela  en  dlsant  qu'Il  n'^tait  pas  question  de  l^gitimttd 
,()u  del)£Ltardise.  inais  simplemement  d'un  no>n  civil, 
etLregislre  el  ne  pouvant  &tre  quilts  sans  un  juyeinont. 
-J'eus  beau  dire:  a  Jeneauis  pas  la  Qlle  del'astrononie; 
je  suis  Vinconnue  dont  vous  ne  savez  rien..,.  b  Ju  fus 
irrfiaistilileuienl  entrainee  a  defendre  mon  nom,  mes 
droits,  ma  possession  d'etat,  mon  pauvre  p&re,  ma 
mire,  sur  lesquels  mon  fr6re  —  !e  propre  fils  de  mon 
•  pftre,  qui  avait  fait  epouser  ina  steur  A  son  file  aiiiii  — 
ijelatt  &  pleines  mains  le  scandale  pour  m'accabler  et 
expliquer  ce  nom  de  Chevalier,  qui  avait  8urgi  on  ne 
,Mdt  d'oi^  pour  faire  chuter  toua  les  coupables. 

]'£(7ivis  de  nouveau  ^  M.  Meltetal,  k  M.  Durangcl, 


df'Ild  IfEMOIRES  D'UNE  ALIEKEE. 

pour  bien  pr^ciser  les  faits^  donner  snr  ma  famille  tons 
les  details  que  je  poss^ais,  envoyercopie  des  acies,  etc. 
Je  retoumai  voir  M.  Jeufirey,  qui  m'a  francbem^it  en- 
gags6e  a  ne  pas  persister  ^  r^clamer  reuqudte,  attendu 
qu'elle  me  serait  eontraire ;  que  je  devais  biett  penser 
qu'on  ne  86  eondamA^ait  pas  soi-m^me ;  qu'an  a'en- 
tendrait  pour  m'ecraser  et  que  je  tie  poovaiB  avair  la 
pretention  de  I'emporter  sur  tous. 

J'allai  k  la  Prefecture  de  police  et  y  vis  un  neuveau 
commissaire  aux  delegations  judiciaires,  M.  Juliet, 
M.  Rabut  ayant  ete  change.  Mais  il  avait  fait  ton  rap- 
port, et  voici  ce  qu'en  dit  M.  le  vicomte  d'Abe^lle : 

Tout  lecteur  de  bonne  foi,  qui  lira  le  rapport  Rabut  da 
2  juin  1869,  recopnaitra  que  Ton  y  traite  avec  la  meme  impor- 
tance, et  habilement  m^leS)  les  faits  i&emes  de  la  cause,  qui 
interessaient  seuls  la  justice,  et  des  hifitoirea  myst^rieuses  (1) 
>:ia'une  imagination  de  femme  amie  du  merveilleu^  avait  eu 
rimprudence  d'y  joindre.  £n  donnant  de  tout  cela  une  analyse 
bien  s^che,  sans  explication,  sans  lien  dans  les  idees,  M.  Rabut 
a  fait  des  reponses  de  W^^  Rouy  un  fatras  incomprehensible, 
bien  propre  a  faire  douter  de  sa  raison,  a  repoque  mSme  ou 
elle  est  le  mieux  attest^e  par  les  mailres  de  I'hotel  ou  elle  de- 
meurait  et  les  nombreuses  personnes  qui  la  voyaient  journelle- 
ment  k  Orleans.  ^  Quant  a  M.  Juliet,  ayant  oru,  d'apres^ 
certaines  depositions  que  nous  discuterons  plus  loii),  que  le 
commissaire  de  police  avait  pret6  un  concours  ofticieux  au  pla- 
cement de  M"e  Rouy  a  Charenton,  il  conclut,  a  tort  selon  moi, 
qu*il  n*y  avait  pas  eu  sequestration  arbitraire.  Ges  conclusions 
firent  rejeter  la  demands  de  M^^^  Rouy 

(1)  Gelles  dc  la  di^parition  de  mes  freres  Ulysse  et  Tei^- 
maqae. 


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Ji;Xi 


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CHAP.   XV. 

> 

—  BEU^US  O'ASSiSTANCE  JUDICIAIRE. 

\ -    1.                    — 

.  327 

1 

A  moins  d'agir  comme  bomme  privi  po^  ua  parent 
ou  UQ  ami,  le  cox^H^ur*  d'uu  eoimawaire  dd  police  ne 
peut  jamais  ^fare  officieuK,  mais  offkid^  et  comme  tel 
€t)nsigai^  jBur  $es  ragistr^s  ;  or,  ceu^i^  do  M.  St^rpppi^  ne 
porteat  xiea  mo  eoaoaraaat^  car  il  i^'amt  pa$  i  y  iQ$- 
Qrjre  la  £au8ge  46marche  qua  Itti  avaumt  fait  laire  mes 
coneieiig^ea,  puisqu'^dlo  u'avaU  pas  i^  ^ivio  d'e&t, 
moi  lui  aya&t  x)iuv^t  ma  porta  a^i  i^immp  hmk.  U  se* 
rait  vraimont  trap  cQiamade  4o  pouvoir  4iro ;  <  I'^^tais 
00  r^g^e;  j'6taH;  accampagA^  4ii  commAdaair^  de  po* 
lice,  i>  et  d'i^re  cru  ;sur  parole,  tandis  que  la  vjictime 
do  Tenl^vement  claadestia  paasera  pour  fioUo  ot  ne 
sera  mdme  jid3  orue  en  apportaut  loa  prou^^  de  €o 
qu'elle  dit. 

Quo!  xfu^il  en  fioit«  M«  Jeuffrey  avaU  r^o^  :  I'eiv- 
qu^te  avait  touro^  contre  vm*  Jo  Ihs  avia^e^  le 
13  juiUet  1869,  quo  Taa^iata^ce  judiciair^  m'<^tait  re- 
fus^e.    , 

QueJEairo?  R^x^lamor  vne  oouifeUe  ooquSte,  recom- 
mencer  sur  nouveaux  frais  ?  C'est  a  quoi  Je  me  d^cidai^ 
ne  pouva^t  croiro  que  m&a  boii  droit  x^  iiott  ^i:^a  par 
Temporter.  Je  &$  de  nombreuse?  rechorches  pour  re- 
trouver  Jes  porsoimes  qui  av^at  4t^^  m^^s  4  mes 
afTaires;  plusieors  ^tai^t  abitonte««  m$a:*t£^,  di^parues. 
Paris,  k  moiti^  domoli  ot  recooslruit^  ^tait  change 
de  fond  en  cpmble ;  jo  joe  m'y  rocoooai$^ai/s  plus ;  mon 
tristo  ^tat  do  m&t^  m/^ttait  aout^  Ah^t^^  k  /mo^i  d^- 
loarabes. 


328  MEMOIRES  D'UNE  ALIENEE. 

^i«^»^— — ^»  ■■■■^B  .        m         ^         ^  ■■■^■■^■■■J  ■  ■■«■■■■■  111         ■  ■        ^^    I  I    ■!  »  ■■  I  ■—^^iM  I  III  — ^^^»^^ 

Heureusement  j'avais  i  Orleans,  en  M.  et  M™®  le 
Normant  des  Varannes,  des  amis  d6voues  S  ma  cause. 
De  leur  c6t6  les  recherches  6laient  actives  et  aboutis-- 
saient  g^n^ralement  k  des  r^sultats,  aussi  concluants 
qu'inattendus.  Notre  correspondance  6tait  r6guli6re  et 
m6rite  d'etre  class6e  s6par6ment,  afin  qu'on  puisse  se 
rendre  eompTfce  des  difficult6s  surgissant  de.  tous  c6tes, 
de  la  perseverance  extraordinaire  d^ploy^e  par  cette 
'  famille  exceptionnelle,  s'unissant  k  moi  pour  me  suivre 
dans  mon  infortune,  dans  ma  lutte ;  ne  m'abandonnani 
pas,  alors  que  chacun  se  trouvait  rebuts  par  une  pour- 
suite  aussi  longue  que  vaine.  J'ai  toujours  re^'u  cepen- 
dant  des  preuves  de  bienveillante  sympathie  de  tous 
ceux  auxquels  mes  malheurs  ont  et6  connus ;  *ne  pou- 
vant  entrer  dans  ce  detail  et  voulant  leur  laisser  un 
temoignage  de  ma  gratitude,  je  donne  k  la  fin  de  cet 
ouvrage  la  liste  de  ceux  qui  ont  eu  pitie  d'une  aban- 
donnee ;  on  verra  parmi  eux .  beaucoup  de  fonction- 
naires  pour  lesquels  la  pitie  n'etait  peut-etre  pas  sans 
danger. 

M.  Georges  Coulon,  secretaire  de  Jules  Favre,  eiant 
absent,  M.  de  la  Taille,  avoeat  k  Orleans,  m'adressa  k 
un  jeune  confr.ere  de  talent,  M,  Helbronner,  qui  vou- 
lut  bien  faire  des  demarches  k  la  Prefecture  de  police 
pour  obtenir  une  enquete  veritablement  serieuse  et,  si 
possible,  une  conciliation.  J'aurais  volontiers  renonce  k 
poursuivre  les  auteurs  de  ma  sequestration,  si  Tadpai- 
nistration  avait  bien  voulu  reconnaitre  qu'elle  avait  6te 


^ 


V 


^         » 


CHAP.  XV.  —  REFUS  D'A^ISTANCE  JUDiaAIRE.        329    ' 

•  t 

V 

abus^e,  que  j'avais  6t6  victitiae  d'une  errcwr,  me  r6- 
habiliter  ainsi  moi^alement  et  m'assurer  des  moyens 
d'ejustence,  en  d^dommagement  (de  ce  que  m'avait  fait 
perdre  le  d^faut  de  tutelle  administrative. 

La  nouvelle  enqu^te  se  poursuivait.  J'allai  plusieurs^ 
fois,&  la  Prefecture  de  police^  oii  je  fus  longuement  inter- 
rog6e  par  M.  Juliet,  qui  s'obstinait  k  vouloir  rechercher 
le  motif  m'ayant  fait  s^questrer,  examinait  mes  actes, 
se.  perdait.  dans  ce  labyrinthe,  mais  y  mettait  une 
grande  bienveillance  et  me  disait  qu'il  y  passerait  un 
mois,  s'il  le  fallait,  pour  tirer  tout  cela  au  clair.  D'au- 
ires  etaient  plus  .presses,  sans  doute,  et  moins  cons- 
x^ijencieux,  car  M.  Jeuifrey  me  dit  un  beau  jour  «  que 
I'enqu^te  etait  termin^e.  » 

A  .ces  mots,  je  bondis  : 

—  Comment  I  est-ce  la  une  enqu^te  ? 

-^  Courez  vite  voir  M.  Juliet,  me  ditril ;  je  trouve 
que  ceux  qui  commettent  des  crimes  m6ritent  d'etre 
punis,  quand  m^me  ils  seraient  rois.  Si  par  hasard  le 
procfes-verbal  est  remis  k  M.  Mettetal,  courez  au  mi- 
nist^rel,  protestez,  demandez  un  supplement  d'enqu^te. 

J'allai  aussitdt  au  commissariat ;  M.  Juliet  n'y  etait 
p^s.  Je  lui  laissai  un  mot  et  me  rendis  chez  M.  Mette- 
tal,  qui  m'envoya  son  secretaire  pour  me  dire  que 
M.  Helbronner  etait  venu,  qu'ils  avaient  pris  rendez- 
vous et  que  j'eusse  a  causer  avec  lui  auparavant. 
N'ayant  pas  trouve  M.  Helbronner  cbez  lui,  je  lui  ecri- 
vis,  et  il  vint  me  voir  k  sept  heures  du  soir. 


\  /■ 


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V   330  MtMOIRBS  D'UNB  AXiliNiE. 


II  paraisfittit  na  pea  d^eourag^^  et  je  crois  Micora  qu'il 
ne  m'ft  pas  tout  dit.  II  avait  vu  Fesiqudte,  qui  ^ii  bien 
ea  qud je  devais  aU«B^<i^  M.  MflMal  eroyait  ^  la  folie. 
Laquelle?  On  avait  entendu  M.  Rduy^  qui  avait  remm 
cgpia^  maia  copie  aealeBieiit|  de  Facte  de  manage  et  de 
Tacte  de  d&o^  de  sa  mira^  et  oela  &vail  snlfi  pom*  c<ni* 
elute  oontre  ziMn* 

Dans  la  luf  te  qti^  je  soutenais  contre  lea  bureaux  dei$; 
Dsinist^res  et  de  la  Prefecture  de  police^  on.ne  se  con* 
tentait  pas  de  m'aceabler  soua  des  rapports  odieut  et 
m^songers  dontje  subissais  les  effets,  et  que  je  conniis 
plus  tard,  grcice  k  mes  rapporteurs ;  dei^  publiGations 
sign^s  de  pseudonymes^  auxquels  il  lie  me  serait  peut« 
6tre  pas  difficile  de  substituer  les  v6ritableili  noms, 
furent  lanc^es  dans  le  public,  afln  de  disor^diter  les 
projets  de  reforine  et  d'exalter  les  bienfaits  de  la  loi  de 
1888<  Dans  sa  Leitre  i  un  D^u^i,  M.  Si6phan  Sen* 
hert  s'dlevait  surtout  contre  Fintteveiition  du  tribuaal 
dans  les  sequestrations^  interveiltion  r^damte  par  tone 
les  projets  de  loi/  la  quajiHant  de  fnoftBtriMtit^j  d^ou^ 
trage  a  I'hUmaniU;  son  but  ^tait  seutefBent,  disaif*i), 
d'emp^eher  un  grand  intirit  iocial  dfitTeeompromis 
par  des  reformes  intempeatives. 

Dans  un  autre  opuscule^  paru  en  1870,  intHuU : 
Une  maiaon  de  fous^  et  sign6  A.  de  Saint^Rdmy,  I'au^ 
t^ur  tombe  par  hasard  au  milieu  d'une  partie  cham« 
pdtre,  drganis6e  pour  les  fbut  d^s  deui  sexes  avec 
lesquels  il  dejeune  sur  Fherbei  Iiivil6  &  visiter  TAtld^Its** 


\ 


CHAP.  XV.   —  atrrS  D'ASSid«PANea3  JllDIGiAIRE.        33i 


■*• r  TT  r        I"  1  n  I       imimw    ii»ii»ia»ii 


sett^hi^  il  if  &mhtei  k-  nn  oone^i^t ;  le  directetir  lui  fait 
1^  hontketii^tf  did  ees  pm/sionnmWf  rdeb  ou  supposes, 
fom  1^  tiomm^r  bien  ^ntendu,  ^voici  le  portrait  ri- 

Reconnaissez-voUd  cette  petite  feinme  qui  se  doHti6  des  aifs 
*?pri!rtc*s^«?  Btt6  a  ocenp6  ttii  mortteirt  16  pi«iws  stti*ltf^el  elte 
posB^de  un  tolent  asftei  rdrnefr()aftble.  G'9st  pour  la  einqaidma 
fois  qu'elle  rentre  dans  mon  ^tablissement ;  mais  vous  lie  lui 
persuaderez  pas  qu'elle  ne  peut  rester  longtemps  dans  le  monde 
€tk  6tat  de  Ifbefte.  fifte  dit  avoir  du  tetig  royal  dans  les  veines. 
On  teti  a  pris  p^tx  nom  6t  sa.  fortune,  £eoHt0z<«)a,  si  voias  voulez 
jager  pa^  yous-mdme  de  son  etat  mental. 

En  effet,  elle  prit  la  parole,  qu'elle"  garda  pendant  plus  d'un. 
quflirt-d'hetirft,  sans  qu'il  fftf  possible  del  placer  un  mot,  et  nofus 
r6p6ta  atfoe  utie  lnerteilteud«  as^uranae  Thisttiife  qu'elle  s'dtait 
laite.  Cei»  n'^tait  i:ien  encore.  Dans  d'autrefi  moments  elle  se 
donnait  potir  le  dibble  et  revait  un  manage  d'amour  avec  Jesus- 
Christ,  qu'elle  a|)pelait  de  (ous  ses  d^sifs. 

C^te  ftUusion  ei  precise  a  la  fameiitse  leilre  prisd 
diMis  mimiaUe  furin^e,  k  Mmr^viUe^  et  sefule  preuvd  de 
d^menoe  mvoqnde  contre  moi,  prouve  bien  ou  M.  de 
Saint-R^my  a  puis6  ses  inspirations. 

Cette  brochure  accordait,  comm6  celle  de  Senhert, 
que  ruhique  r6forme  a  faire  6tait  un  peu  plus  de  con- 
trole  sur  le  fait  accompli,  pikr  la  cr^litioii  d'une  com- 
fi^isMon  de  troiB  ou  quatre  membres.  Mais  die  ^tait 
sttrtdut  dirlgi^e  contre  Sandon ;  son  affaire  et  la  mienne 
furent  une  des  graves  ^preoccupations  des  derniers 
temps  de  FEmpire.  Quand  on  publia  les  papiers  des 
Toileri^s,  oft  tit  que  FEmpereur  a^vait  aehete  ie  silence 


332  M^oiBEs  d'une  auek£b. 


de  ce  malheureiix  au  moyen  d^ime  pension  de  6,000  fir. 
sar  sa  cassette  particuliere ;  cette  transaction  restte 
secrete  donnait  en  oatre  le  droit  de  soutenir  pubtiqoe- 
ment  qu'il  6tait  fou  et  archifou,  tout  en  6ta|it,  conune 
moi  sans  doute,  atteint  d'nne  folie  difficile  d  admettre 
dans  le  mande.  Tel  n'a  pas  et6  Taids  da  tribunal 
qui  a  maintenu,  en  avril  1875,  la  va]idit6  de  son  testa* 

En  regard  du  pan^gyrique  de  M.  de  Saint-R6my,  je 
demande  la  permission  de  placer  une  lettre  de  M.  le 
docteur  le  Normant  des  Yarannes.  Je  la  transcris  ^ussi 
afin  d^etablir  que  mes  defenseurSy  mes  dppuiSy  mes 
amiSy  ont  bien  autant  d'esprit  et  possedent  des  senti- 
ments au  raoins  aussi  eleves  que  mes  d^tracteurs  et 
mes  pers^cuteurs.  J'ai  moins  de  partisans,  peut-^tre, 
que  MM.  les  ali^nistes,  que  MM.  les  amateurs  de 
lettres  de  cacbet;  mais  tant  peu  qu'il  y  en  ait,  la 
quality  vaut  la  quantity,  et  souvent  la  minority  pr6- 
vaut,  quand  cette  minority  a  pour  elle  la  justice  et  le 
droit. 

Orleans,  25  mars  1870. 
Mademoiselle, 

J'ai  reyu  de  vous  une  carte  que  vous  m*avez  fait  Thonneur  de 
.m'adresser,  et  qui  .tdmoigne  que  vous  ne  m*avez  pas  oubli^. 
J'aurais  voulu  vous  r^pondre  immediatement,  et  mille  soncis  et 
tracasseries  de  profession  m'en  ont  empdche.  Je  vous  prie  done 
^e  m*excuser  et  de  vouloir  bien  croire  que,  malgr^  mon  silence, 
je  vous  sois  par  la  pens^e  et  m'int^resse  vivement  au  triomphe 


Ji 


\ 


CHAP.  XV.  —  REFus  d'assistange  judiciaire.      333 


de  votre  cause,  qui  est  celle  de  1^  justice.  Lorsque  viendra  a  ]a 
Chambre  le  moment  de  discuter  ]a  loi  sur  les  ali^n^s,  vous  serez 
une  preuve  vivante  de  T^lasticite  avec  laquelle  elle  ^tait  appli- 
qu^e^  et  vou^  serez  une  protestation,  par  vos  malheurs,  centre 
les  facilit^s  que  donnait  cet  article  8  aux  m^decins,  qu'on  trouve 
parfois  trop  disposes  a  senrir  les  passions  ou  les  int^r^ts  des 
C&milles. 

J^esp^re  qu'eni^n  on  voudra  percer  les  obscurit^s  de  tant  de' 
sequestrations  injustifiablesy  au  nombre  desquelles  la  vdtre  doit 
venir  au  premier  rang,  par  les  singularites  et  le  myst^re  dont 
elle  est  marquee;  par  sa  longue  dur^e;  par  les^  t^moignages 
remarquables  que  vous  avez  en  votre  faveur;  par  les  inces- 
santes  reclamations  que  vous  avez  formul^qs  a  tous  les  moments 
et  sous  toutes  les  formes;  par  la  reunion  d^un  dossier  conside- 
rable de  lettres  et  d^autres  documents;  et  enfin  surtout,  Made- 
moAselle,  par  cette  intelligence,  cette  vigueur  de  Tesprit,  cette 
energie  de  caractdre  que  le  ciel  vous  a  conservees  dans  vos  mal- 
beurs  inou'is,  qui  sont  une  preuve  eclatante  que  vous  portez 
partout  avec  vous  et  qui,  produite  au  grahd  jour  de  la  publicity, 
devra  confondre  toute  calomnie. 

C'est  la  lumiire  qu'il  iaut  sur  cette  ezisfence  que  Ton  a  faite 
miserfible  et  tSnebreuse,  et  cette  lumiSre  se  fera  le  jour  ou  on 
deroulera  en  face  du  pays  le  triste  tableau  des  abus  d*une  auto- 
rite  agissant  sans  surveillance  et  sans  controle. 

Soyez  done  persaadee  que  mes  sympathies  vohs  suivent,  et 
sachez  que  vous  pouvez  compter  sur  mon  concours  et  que  je  suis 
pret  a  vous  seconder  de  tout  mon  pouvoir. 

Iklme  le  Normant  se  rappelle  a  votre  bon  souvenir,  el  je  vous 
prie,  Mademoiselle,  d'agreer,  avec  Tassurance  de  toute  notre 
estime  et  notre  amitie,  Vexpression  de  ma  consideration  dis- 
tinguee. 

Docteur  C.  le  Norhamt  des  Varannes. 


Le  docteur  le  Normant  6tait  im  des  principaux  in6- 
decins  de  la  viUe,  frSre  du  receveur  des  hospices  qui 

19. 


.    334  M^MOmES  D'UNE  AUfiNEE. 

■■        I  '        ■ V  '"  - '  ■        ■     I    i.    I    •  I     .  ... 

avait  rfeuhi  irion  dossier;  depiiis  ma  sortie  il  n*avait 
cess^  de  me  prodiguer  ses  encouragemeiit^  et  ses  solas; 
pereonne  ne  pouvait  done  ^trch  plus  oomp^Cenl  pi  mieux 
ren^eigttS  qtle  lui. 

M.  Couloa  6tait  rentr6  a  Paris ;  M.  Helbronner,  un 
p«u  d^couragSy  corame  J9  I'ai  dit,  trdp  oceup^  pour 
stiivi^e  tine  affoire  di  cbmpliqti^e,  et  lie  voulant  ^urtout 
pas  avoir  I'air  d*aller  sur  les  brisees  d*uu  confrere,  me  , 
remit  de  nouveau  entre  ses  mains.  II  perdait  ioutespoir 
de  rien  obtenir  da  minist&re  oti  de  la  prdfeetare ;  je 
n'avais  pas  le  moyen  de  soutejiir  un  prpcfes  :  il  ne 
voyait  d'autre  ressource  que  de  sollioiter  une  reparation 
amiable  de  mon  fr^e^  ou  de  recourir  de  noUveau  k 
rassistance  judiciaire. 

Jules  Favre,  ayant  ^t^  refiisS  une  fois,  n'^tait  pas  dis- 
pose k  s'exposer  ft  Un  nouvel  ^ohec.  II  tne  falliut  un 
avocat  en  tenom,  pour  avoir  qu^lque  bliance  d'etre 
6cout6e. 

J'^crivis  k  W  Lachaud^.  dont  j'atUmdis  vainemtot 
une  r^ponse ;  il  n'esi  pas  I'avocat  des  etsmssinis.  G'est 
alors  qu'ayant  ludatis  V  Opinion  hationdlele^  comptes- 
rendud  si  ^mouvants  de  l*affaire  du  capitaine  Bartbi- 
lemy^  faits  par  M.  Paul  Lesage,  avoeat  4  la  oour  de 
caissation,  je  lui  6crivis  directement,  sans  autre  apj^ui 
pr&s  dig  lui  que  ma  malheuteuse  situation  dont  je  lui 
donnais  Texpos^.  II  me  r^pondit  aussit6t :  n  Je  suis  tout  « 
ptBi  &  vous  toiitenit  dan*  la  difetise  (TunB  cctttsc  qui 
inHf^^&  tews  Ub  hofinil^^  gem,  i  et  pril  immediate- 


Jk 


1      •      :  ■        . 


« 


,    CHAP.   XV.    —   ftEPtl^   I>*ASS1STXN(1E  JITDICIAIRE.        335 

»■     ■       ■    ■  I  »  !■■  ««         ■  -      ■■»     ■  III  ■  ,  ■  .■■...  .-....— 

inent  i'endez-vous  pour  qu6  je  pussfe  lui  cottimutiiquer 
xaqn  dossier.  * 

J*6tais  eucouragde  et  secoiid^e  alors  pdt  rexcellettt 
M.  Eugfeh6  Garsoniiet,  dont  J6  d6Vats  Isi  cbnnaissatted 
iH  hies  b6n§  amis  d'OrlSans,  et  qui,  poUfsuiVant  aVec 
passion  k  rfefdflne  d^  la  lot  de  4898,  itail  diipoJs^  4' 
s'occuper  de  toutes  les  plaintes  en  sequestfatidii,  qliatld 

'  inAm$  son  bon  coBUr  tie  I^autait  pas  si  fcrtfefiient  inelin6 
du  cAt6  des  opprimfis. 

M^  gecohde  demands  etl  asi^ietdne^  ^lididStit'e  fut 
d^pos^e  le  6  avril  4870;  je  mfe  basalt,  pour  la  i-etimi-^ 
veler,  sur  la  production  de  pifeces  qui  li'iAtai^i  pa^  6ti 
ma  possession  lors  de  ma  premifere  demaiide, 'fet  ^tii 
prouv^lent  les  illiSgalitds  dotlt  j'avai^  6f6  vi6tim6. 
*  Je  fud  triandte  pour  le  29  devatit  le  bureau;  ctdjktd 
qu'il  s'agissait  de  m'interroger,  ^e  ih*6taia(  tfiuixid  det(J- 
pies  de  pikes,  d*actes  et  d^  diflterenti^  p^pJ^s  qucrje 

,  pensars  remettre  a  M,  Paul  Lesage,  i  qui  f  sltfeig  ddttft^ 
rendtez-vous  au  palais.  On  me^  fit  etitref  datts  te  cabinet 
de  M.  le  rapporteur,  et  ttia  isurpris6  M  ^lidfr  eti  ftie 
trouvant  eti  presence  des  deux  flfe  Rcmy,  de  Mv  Bauei*, 
aiicien  avou^,  beau-pfere  d'Henri,  et  de  Favcm^  du  d6ii- 
teur  Pelletaii.  M.  Paul  Lesage  m'avdt  pr^verrue  qn6 

.   ^assistances  me  serait  refus^e^  la  ju^ce  Aafit  coifrfre  fes* 

ali^nes,  et  j'en  eus  presque  la  certitude  en  me?  tdyaht' 

coiivoquteainsf  pourl^jugefneftt'  k  I'endfe,  i^ft^  rttes 

conseils  et  seule  contre  ces  hommes  de  loi.* 

D'autre  part,  M.  Barroujt;  ^nd^^tedlgttf'S^tms, 


■mmHMI^ 


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336 


Mlfe^OlRES  d'UNE  AL1]BN6E, 


alors  directeur  de  Charenton,  se  pr^sentait  aussi  eomme 
partie  adverse,  et  M.  Lebloftd,  le  rapporteur,  *  lui  fit 
uiie  masse  de  politesses,  6vitant  de  me  parler,-de  m'6- 
couter  et  m6me  de  me  regarder.  M.  Barroui  pourtaat, 
loin  de  m'^tre  hostile,  se  montra  tr^s-sympathique ; 
du  ^loins  k  cette  stance,  ou  il  n'6tait  pas  persorinelle- 
m6nt  en  cause.  '    ,      -  • 

M.  Leblond  ayant  lu  Facte  d'accusation,  le  trouva 
grave,  k  cause  de  la  declaration  faite  par  M.  le  presi- 
dent Vilneau  que  «  f  avals  ete  placee  sous  un  faux 
nomj  et  que  ma  mort  avait  ete  annoncee  sous  mon 
nom  civit  et  connu.  "»  Mais  il  ajouta  qu'il  n'avait  en 
main  qu'une  copie,  et  que  par  consequent  la  pifece  6tait 
douteuse.  Je  demandai  vingt-quatre  beures  pour  la 
foumir  de  la  main  m^me  de  son  auteur.  EUes  ne  m^ 
furent  pas  accordees.  , 

Jean  Rouy,  interroge,  d^clara  que  sa  grand'm^re 
s'etait  separee  amiablement  de  son  grand- p6re,  qui 
avait  des  maitresses  de  tons  les  cdtes ;  que  Tune  I'avait 
gratifie  de  deux  filles,  moi  et  une  autre ;  que  par  con- 
sequent j'etais  fille  adulterine  et  n'avais  aucun  droit  au 
nom  de  Rouy.  J'ai  voulu  mettre  nds  actes  sous  lee 
yeux  du  rapporteur ;  il  m'a  dit  d'attendre,  que  le  bu- 
reau allait  se  reunir  et  que  nous  nous  expliquerions 
devant  lui. 

Je  les  lis  voir  alors  k  Jean  Rouy,  ainsi  que  le  juge- 
ment.  II  dit : 

—  Justement  I  }ustement  1 


//  ^-   ,         -'^   ■ 


/ 


r 

'  CHAP.  XV'.  —  REFUs  d'assistance  jtjdiciaire.      337 


— Justeraent  quoi  ?  Ne  save^-vous  done  pas  que  vous 
avez  ^pousd  |ili^«  Rouy  ? 

11  courut  k  la  fen^tre  d'un  air  effar^,  pour  bien  voir    . 
probabienrent  quel  6tait  le  nom  de  sa  femme.  II  revint 
Toreille  basse  et  me  remit  le  jugeioa^nt  en  silence. 

X'avou6  du  docteur  Pelletan  dit  alors  que  I'assistance 
m'avait  6t6  refugee  en  1869. 

' —  Comment?  s'^cria  M.  Leblond  en  sonnant  vive- 
ix^ent  el;  demandant  le  dossier  indiqu^. 

—  De  plus,  ajouta  Tavouifej  madiime  a  6t6  enferm^e 
par  le  fait  de  Tautorit^. 

—  Mais  alors,  M.  le  docteur  Pelletan  est  hors  de  • 
cause? 

--  Tout  k  fait.^  , 

—  H  n'y  a  eu  aucune  intervention  de  Tautorit^, 
dis-je.  .  ' 

— ^  Si  fait,  me  r^pondit  imp6rieusement  Tavou^. 
II  montra  des  lettres  sign^es  :  Sathan,  TAntechrist, 
la  filleule  de  Pierre,  M"«  Frangois,  etc.,  en  disant  : 
-*-  Vous  voyez  par  ces  signatures  qu'elle  est  foUe. 

—  Ge  qui  n'a  pas  emp^ch^  le  docteur  Pelletan  de 
les  bien  comprendre,  dis-je  indign^e ;  donnez-en  done 
lecture. 

II  les  remit  dans  sa  serviette  en  me  regardant  ironi- 
quement,  et  donna  ^  lire  une  lettre  de  quatre  pages 
adressee  par  mon  fr^re  k  M.  Pelletan,  et  une  de  ce 
dernier. 

M.  BarrouXy  curieux  de  les  connaitre,  se  leva  etalla 


338  '  MEltfOlRES  D'tmE  AUlB&JjfiE. 

— ., — ., , ^-^_^ 


les  lire  tout  featit,  en  sorte  qu6  j'entendis  des  inferhies 
pires  encore  que  celles  qui  avaient  6te  ^crites  a  M.  et 
M™«  le  Normant  des  VaranneS  et  k  M.  Boi«bourdiia.  Gela 
datait  d'e  1869.  Man  frSr^'  cherchait  a  me  feirft  dfeilarer 
de  nouveau  folle  et  donnait  ttfi  docteui?  Peltetan  les  ren- 
seignem^nts  sur  lesqueb  il  poutaifc  s'apptfjer  pour  se 
defendre,  lui  disant  que  j'6tais  m  tPftilement  eotome 
follfe  lorsqu^on  avait  ptis  le  p?trti  de  m'^elifeffmer,  aprfes" 
des  alternatives  de  mie«x  et  de  plus  maL  Le  doctetw* 
Pelletan,  de  son  cM^,  6cmait  in^avofir  s^igrtie  hit- 
m^me  pendant  plus  de  six  semaine^.  Ghacfue  Ibie  qufi 
je  voulais  parlef*,  oft  me  diftaJI :  «  Attettde».  >  M.  Bar- 
roux  t^moigna  qu*il  n'y  avait  a  Gharenton  ni  demande 
d'admission^  ni  trace  d'aucune  autorit6 ;  qae  m^me  le 
minist^re  Tdvait  fortement  r^prtmand^  k  ce  arujet,  mais 
qu'il  n'y  6tait  pas  alors  et  que  ce  n'6tait  pas  de  sa  faute; 
On  lui  a  demand^  6e  *qu'et^ient  les  cer^c^U ;  M  a  r6- 
pondu  €  qix'iU  etaieftt  au  d^lire.  » 

Nous  soi-times  du  cabinet  de  M.  Id  rapporteur, 
et  peii(  apt^s  uti  huisster  nous  introduiaii  derant  le 
bureau. 

M.  LfebloM  6t  un  rapport  fort  malveillaDt  pour  moi, 
acceptant  toutes  les  affirmations  de  mes  adversaires,  et 
conclut  en  disant  que  mon  instance  avait'  d6j^  6U  re- 
{Jouss§e  Fannie  pr^c^dente. 

—  Alors  pourquol  nous  la  j^r^enter  ?  dit  le  pre- 
sident. 

t'assistance  judiciaii^  m^  fut  reftts^  s^aiioe  tenante, 


.._ii 


»  • 


\ 


^  CHAP.   XV.    "-    liEFtS  Df' ASSISTANCE  .rtUHClAIRE.        330 

^i— l^fc— ■^^■^■^^^■^■M     ■■!■■■■       ■■■,■  ■  mmmm.  ■     ,  ■ -       |-  1     -  i  .i  L      .      .  _■ 

€t  notification  me  M  feitef  de  ce  reftis  le  10  niai  sui- 
vant,  bi^n  que  M.  Vilneati  etlt  6crit  le  2  une  lettre  dont 
oh  avait  fait  legalii^6fr  la  sigiiature,  et  qui  co^firmait  et 
compil^tait  ceile  dont  j'avais  donti<§  la  copie. 
— 'Votiig  poUrsuivreK?  tne  dit  en  sartant  M*  Bar- 

—  Certes  !  je  n'ai  essay6  de  la  conciliation  que  pour 
n*avoir  rien  a  me  reprocher.  Je  vais  porter  plainte  cri- 
mineilement. 

—  De  quoi  vis-tu  V  me  dit  Jeani 

—  De  charit^s. 

—  Cela  ne  peut  durer  toujours ;  si  j'avais  de  Targent, 
je  t'aiderais.  ' 

—  Cfela  serait  gracieiiS^,  apr§s  ce  que  vous  avez  tons 
fait! 

—  Ne  8uis-jfe  pas  ton  beau-frfere  ? 

■^  P.eut-^tre ;  il  n'est  pas  bien  stkr  que  je  sois  la  soeur 
de  ta  femme. 

—  Qu'est-ce  que  cela  veut  dire  ? 

—  Qu'il  y  a  eu  beaucoup  de  versions  sur  inoi  et 
qu'il  faudra  savoir  ce  qu'elles  signifient.  Mais  en  ce 
moment,  peu  importe  de  qui  je  suis  fiUe  ou  soeur ; 
c'est  la  raison  pour  laquelle  j'ai  6t6  enlev6e  de  chez 
moi,  enferm6e,  d6valis6e,  qui  est  importante.  La  se- 
questration est  tout.  Quant  au  nom;  c'est  une  affaire 
civile,  et  pour  peu  que  vous  teniez  k  ce  que  je  ne  sois 
pas  Rouy,  on  pourra  avoir  un  procfef ,  apr^s  I'affaire  de 
la  sequestration  vid^e. 


,'/' 


S40 


MIEMOIRES  D'UNE  ALI^N^E. 


II  nous  quilta  assez  penaud.  M.  Barroux  me  recon'- 
duisit  jusqu'en  dehors  du  palais,  me  rappelant  le  pass^^ 
se^  bon&  offices,  etc.  Je  Ten  remerciai  et,  en  rentrant 
chez  moi,  j'^crivis  k  mon  frfere  une  lettre  ou  d6bor- 
dait  toute  mon  indignation  et  que  je  terminais  ainsi, 
apr^s  lui  avoir  retract  les  faits  tels^  qu'ils  s'^taient 
^  passes  : 


Alors  que  je  vivais  de  mon  travail,  vous  m'avez  jet^e  dans  un 
^me  de  douleurs ;  vous  avez  sem^  sur  nous  tous,  le  scandale  et 
le  trouble....  R6coltez  le  trouble  et  le  scandale!  Couvrez.  votre 
fils,  qui  respecte  taut  Thonneur  de  la  m^re  de  sa  femme,  de 
I'honneur  de  la  voire  I 

Quant  a  moi,  je  suis  Hersilie. —  C'est  le  seulnom  qui  me  soit 
n^cessaire. 

Mais  jusqu'a  ce  que  Topinion  publique,  la:  justice  divine  et 
humaine  aient  decide  entrenous,  je  serai 

V6tre  victime, 
Hersilie  R0UY» 


/     ■/ 


CHAP.  XVI.   —   I>fiTITION  AUX  CHAMBRES.  '   341 


CHAPITRE  XVI 


Petition  aux  Chambres*  •*-  La  dMaration  de  guerre. 

Retoor  &  Orltana. 


Que  devenir  ?  J'6crivis  au  comte  de  Chambord,  lui 
racontant  mes  tristes  avenlures,  lui  demandant  de 
m'accorder  la  place  de  pianiste  de  Sa  Majesty  d^chue, 
dc  qu'on  avail  dit  Mre  mon  fr^re,  et  qui  T^tait  en  effet 
par  Dieu  etpar  le  malbeur.  » 

Le  16  m^i,  j'adressal  une  p^ition  aux  Cliambres ; 
celle  du  S^nat  resta  dans  les  cartons.  «  II  n'y  a  rien  k 
attendre  de  cette  assemblSe  de  ramollis,  >  m'6crivait  un 
ami  qui  en  avait  fait  Texp^rience.  «  Ne  savez-vous  plus 
quel  est  le  genre  de  dements  qu'on  appelle  la  division 
du  SSnat  a  Cha^enton  ?  »  , 

Ma  petition  a  la  Chambre  des  d^put^s  eut  un  meil- 
leur  sort.  M.  Dr^oUe  fut  charg6  du  rapport  «t  s'en 
occupa  avec  autant  d'activit^  que  de  bienveillance. 
M.  Paul  Lesage,  bien  au  courant  de  mes  affaires,  avait 
fait  un  tri  des  pieces  qui  devsdent  lui  Stre  soumises  et 
le  vit,  avec  M.  Garsonnet.  Gelui-ci  se  donnait  6nor- 


34^   "  iCfeMOIRES  D*CNE  ALi6n£E. 


mement  de  mouvement  et,  a  force  de  stitnuler  les 
uns  et  les  autres,  avait  fmi  par  int^resser  a  la  question 
des  ali6n6s  MM.  Gambetta  et  Magnin,  qui  avaient  d6- 
pos6,  depuis  trois  mois  d6ja,  un  projet  de  loi  sur  la 
mati^re.  M.  Gambetta  ^tait  malade  ;  mais  MM.  Magnin 
et  Glais-Bizoin  avaient  repris  chaudement  cette  propo- 
sition, avaient  obteifu  un  tAppoti  favorable,  et  les  bu- 
reaux  avaient  nomme  une  commission  sp^ciale  pour 
s^en  occuper,  De  plus-,  la  commission  des  ali^n6s,  dont 
rimp^ratrice  Eugenie  6tait  pr^sidente  d'honneur,  avait 
entendu  M.  Garsonnet,  lequel  avait  eu  6galoment  une 
audience  d6  M.  le  gardft  des  sceaunc,  et  en  plaidant 
la^  question  g^n^fale  il  n*atait  pas  otrblifi  la  mienne. 
M.  Dr^olle  aVait  ^u  la  bcmt6  de  m^  rtic6voir  un  joui' 
au  Corps  I6gidlatif  pendaftt  lal  s(6attce,  et  de  m'^outef 
avec  la  plus  encourageante  3  j^pathie. 

J'^ais  en  rapport  avee  M.  l6  doctenr  Thuti^,  avec 
MM.  Jules  Claretie,  SauvestrS,  Az^ddo,  Duvewioy, 
mon  ancien  professeur  an  Conservatoire,  qui  eut  la  gra- 
•  cieuset^  de  m'appoft^r  sea  nouvelles  compodititrti* ; 
avec  bien  d'autre^  encore,  avocats,  jotiflisiliaites,  tfi§* 
decins,  hauts  fonctionnaires,  etc. 

Parmi  left?  pefsonnes  que  je  revk  alor»  se  troutait 
M.  le  ddcteur  Octave  LbuiHier,  qui  m'avait  rendu  diver* 
petits  services  lorsqti^  j'^ais  k  Mar^vllle,  entre  aiiiresr 
de  garder  de^  lettre«  pr^euses  pout  m6i  et  dont  je 
craignais  justement  d*Hre  dfipotdll^.  II  tne  les  slvait 
rendue*  ausjftitdt  ma  miise  en  Hbdrt*.  II  Aait  venil  me 


CHAP.  :tvi.  ^—  PBT 


roir  ft  pi usieufg  reprises  depuis  mon  sSjour  ii  Pnris, 
A'HVciit  pr^eolee  k  sa  mere  et  eut  ratnatiiLiti!'  <l?  m'ln- 

yjlcr  k  sa  messe  de  manage,  CMoit  en  jtiiii  1870.  J8 
I'y  pendis  et  ne  fus  pas  p6u  ^lonniie  en  me  lroiiv«nt 

feee  A  face  avec  }e  doctmii' Pellstsn,  L'impresaion  <{He 
Itti  fit  ma  presence  ne  petit  6tre  inieux  rendue  que 
par  ce  passage  d'une  lettre  de  M.  le  doclem*  LhuiUier  ; 

I  Bm  kpMrd  bizarre  voiilot  que  J'euBBo  potir  premier  I^inoin  de 
icKaa  oelui  qui  Tut  lii  Caasa  premiere  de  voire  mai'tyre.  Qne  de 
bb  jo  rappeiai  ce  fail  \  ma  fpinmel  En  vefiaiit  u\e  firire  »o9 
OixnpKiiients  fi  k  sacrislle  apres  i»  messe  de  nncui^,  vans  appa- 
WM  Imt  &  coup  H  Pellelan,  qui  ful  lellemeiit  i^mii  qii'il  d<-yliit 
IQnseomme  un  citron  et  s'empeira  dans  In  queue  de  la  rolia 
B~  H  nrari^e  iu  point  que  je  erm  )e  voir  fombep  par  tern  -,  il 
^-longlempg  pauF  renieltre  f,es  espritB  troubles.  Hlon  qufi 
!e  t^i  rait  pi'ouve  cgmbien  il  eiail  cmipaUle. 

(M  6bit  trap  pr^  de  la  fiB  <Tfl  la  sesaioS  pour  que  jc 
lusee^p^rer  une  solution  de  mon  alTaire;  Mpendant 
if.  fir6olle  tenait  eSsentiellement  k  m  >iaisir  la  Cham- 
iMi  el,  outre  l««  H^put^s  da  Loiret,  j'Ctais  aH^un-e  de 
l)U)Ui  d'uii  cert^D  nomlire  de  leun  colie^ues.  II  ]r 
urait  plusieurs  autres  petJiioQs  analogues  k  In  mlenne ; 
■n  dehOTE  de  la  (jne^lion  At  ^^({UfWl  rftlion  apbl- 
II    y    avail  d.ins   mon  fllTdtr^,  »ln«i  qu«   wifl 
tkVail  fcfil  M,  Lanjiiinaii,  <  nn  fait  J'tjna  cxtri^irM 
vitA;  rHni  d'une  s^ueftrdlion  wun  nn  autre  nom 
6  )e  mieti.  > 
t  :J>  1ft  juiltet  1870  huix  I':  ,,i»nT  fiit/-  par  M.  Itr^ll", 


342  MflMOTRES   D'UNE  ALIENEE. 


memGnt  de   mouvement  et,  a  force  de  stimuler  lea 
uns  et  les  autres,  avait  fini  par  int6resser  a  la  questioti 
des  ali^nes  MM.  Gambetta  et  Magnin,  qui  avaient  d6- 
pos6,  depuis  trois  mois  d6ja,  un  projet  de  loi  sur  ^*" 
mati^re.  M.  Gambetta  6tait  malade  ;  mais  MM.  Magn-i^. 
et  Glais-Bizoin  avaient  repris  chaudement  cette  propo  - 
sition,  avaient  obtenu  un  rapport  favorable,  et  les  b "■-*"■ 
reaux  avaient   nomme  une  commission  sp^ciale  poi-X^^ 
s'en  occuper.  De  plus,  la  commission  des  ali6n6s,  do^^^ 
rimperalrice  Eugc^nie  6tait  pr6sidente  d'honneur,  avoti* 
enlendu  M.  Garsonnet,  iequel  avait  eu  6galcment  u«^^ 
audience  de  M.  le  garde  des  sceaux,  et  en  plaidaxit 
la  question  g6n6rale  il  n'avait  pas  oubli^  la  mienme- 
M.  Dreolle  avait  eu  la  bont6  de  me  recevoir  un  jour 
au  corps  I6gislatif  pendant  la  s6ance,  et  de  m'^coutei* 
avec  la  plus  encourageante  sympalhie. 

J'6tais  en  rapport  avec  M.  le  docteur  Thuli^,  avec 
MM.  Jules  Glaretie,  Sauvestre,  Az^v6do,  Buvemoj, 
mon  ancien  professcur  au  Conservatoire,  qui  eut  Ja  gn- 
cieuset6  de  m'apporter  ses  nouvelles  compoditionfl; 
aveci  bien  d'autres  encore,  avocats,  journalistes,  m6- 
decins,  hauts  fonctionnaires,  etc. 

Parmi  les  personnes  que  je  revis  alors  se  trouTait 
M.  le  docteur  Octave  Lhuillier,  qui  m'avait  rendu  divers 
pctits  services  lorsque  j'6tai!=  a  Mar^ville,  entre  autres 
de  garder  des  lettres  pr^cieuses  pour  moi  et  dont  je 
craignais  justement  d'etre  depouill6e.  II  me  les  aiait 
renducs  aussit6t  ma  mise  en  liberty.  II  Aail  venu  me 


'  k  p)u8leurs  reprises  depuis  mon  ?(tjour  h  Paris, 
b>Bit  pr^nl^  a  sa  mfere  et  eut  ramabilitfi  He  m'in- 
^iisa  messe  de  manage.  G'^tait  en  jitin  1870.  Je 
>^retidis  etne  fus  pas  peu  ^tnnn^e  en  me  Erouvatit 
*  i  face  avec  \e  doeleur  Peiletan.  L'impresBion  que 
pt  (na  pr^aance  ne  peul  fetre  mieux  rendue  que 
e  d'une  leltre  de  M.  it  doct^nr  Lhuillier  : 


hkfWerd  Mzarre  vouIdI  qne  j'eDsse  pour  pramier  Idmain  de 
K  COIaE  qui  rut  la  caosa  premiere  tie  Tatid  in;irtyre.  Qua  de 
U  n)tpe1ai  ce  fait  &  mn  rcmmel  En  vehant  me  Mre  voa 
pteents  a  la  aacrtstie  apr^s  la  messe  dc  nocett,  vous  appa- 

ttont  i  coup  a  Pelielan,  qui  Tut  lelleffi'eiit  emu  qj'il  devlKt 
^  jfflmme  im  citi-on  et  S'empftra  dans  la  queue  da  la  roba 
I'iMrlfe  ati  point  que  je  eras  le  voir  tocubei'  par  terra ;  Q 
M»4ongteicp3  pout  remeltre  ses  esprits  traubles,  Rien  que 
bt  ftit  prome  comlAen  it  elail  cnupaLte. 

I  Stent  trap  prta  de  la  fin  de  la  session  pour  que  je 
Kefipgrer  une  mlnrbn  de  moo  affaire;  cependant 
BltCoilB  tenait  eSsDntieUpmetit  k  en  saisir  la  Cham- 
1^,  outre  les  deputes  da  Loiret,  j'etais  assuree  de  ■ 
^i  d'un  certain  nombre  de  leurs  i!oll&},'ties.  II  y 
1  plusieurs  aulres  peli'ions  analojfues  a  la  mieiiiiB; 
)  en  dehors  de  la  (juestion  de  sequestration  ai'lbi- 
»,  it  y  avail  duns  mon  affaire,  ainsi  que  me 
^  ^Crit  M.  Lanjiiinais.  a  un  fait  d'uno  extreme 
(tfl;  ret'ii  (I'line  s^queslCalion  sous  un  antre  nom 
it  mien,  i 
S  16jiiillet-1870  ^tnil  le  joar  fixo  par  M.  Ur6olte, 


I 


1^ 


344  '     M^MOiREs  d'une  ali£n£e. 

-       II  .  I.  II     ■       I    ^        ll  .  ■  ■■  I  I    I        I  ■  ■  »■  I 

I 

la  session  finissant  le  jeudi  suivant.  fea  declaration  de 
guerre  avec  la  Prusse  occupait  tons  les  esprits.  M.  le 
garde  des  sceaux,  demandant  la  parole  pour  une  mo- 
tion d'ordre,  dit  que  les  rapports  de  petitions  n'avaient 
aucun  caract^re  d'urgence,  et  demanda  de  reprendre 
immediatement  la  discussion  du  budget.  M.  Pelletan 
r^pondit  au  fninistre : 

Nous  ne  devons  pas  interrompre  nos  travaux;  le  droit  de  peti- 
tion est  ecrit  dans  la  constitution  nouvelle.  n  doit  Stre  respects. 
Les .  questions  les  plus  graves  peuvei^t  Stre  soulev^es  par  les 
petitions.  II  pent  en  venir  qui  r^clament  le  redressement 
d'un  abus.  Aigourd'hui  m^me,  peut-dtre,  va  Tenir  le  rapport  sur 
une  petition  relative  aux  incarcerations  de  personnes  qu*on 
dit  alienees....  L'ordre  du  jour  porte  des  rapports  de  petitions ; 
on  ne  pent  changer  Tordre  du  jour  sur  la  demande  d'ui^  mi- 
nistre. 

M.  le  president  de  Talhouet  r^ponditque  la  Ghatnbre 
etait  toujours  maitresse  de  son  ordre  du  jour. 

En  vain  M.  Dr^olle  insista  en  faisant  valoir  qu'il  y 
avait  egalement  des  petitions  d'ouvriers,  et  d'entrepre- 
neurs  demandant  la  reprise  des  travaux ,  la  Chambre 
passa  outre.  ,        ^ 

Tout  etait  done  ind^finiment.  ajourn^ ;  ce  n'^tait  pas 
seulement  pour  moi  une  question  de  temps,  mais  uHe 
question  de  vie.  Jusque-1^,  grdce  aux  gen^rosites  des 
uns  et  des  autres  esp6rant  voir  ])ientdt  un  secours  r^- 
gulier  mettre  fin  k  ma  d^tresse,  j'6lais  arriv6e  k  me 
soutenir  k  Paris,  ou  ma  pension  etait  de  180  /r.  par 


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CHAP. 

XVI.   —  PETITION   AUX   CHAMB^ES. 

34! 

s 

mois.  Je  n'avais  pu,  le  l®*"  juillet,  donner  que  80  fr. 
k  compte  a  ma  propridtaire,  en  lui  dieant,  ce  qui  ^tait 
vrai,  que  ma  tante  d*Aix-la-Ghapelle,  la  mferetle  Lau- 
rency,  m'avait  promis  de  payer  ce  mois.  Le  18,  elle  itoe 
reclama  le  complement,  eh  disant  que  Targent  de 
Prusse  ne  viendrait  pas,  qu'elle  voulait  6tre  pay6e  tout 
de  suite,  et,  bien  que  je  lui  fisse  observer  que  je  ne 
m'^tais  pas  engag^e  k  la  payer  d'avance,  elle  ne  voulut 
rien  6couter  et  cria  a  me  rendre  foUe,  si  j'eusse  6t6 
—  pour  mon  bonheur  !  — ^  capable  de  le  devenir. 
'  Je  qourus  chez  Laurency ;  sa  mfere^  a'u  d6sespoir  du 
depart  de  cinq  desespetits-fils  pour  I'armeeprussienne, 
ne  pensait  plus  gu^re  k  moi ;  lui-m6me  6tait  tiraill^  de 
tous  c6t6s.  II  me  donna  50  fr.  et  apostilla  chaude- 
ment  mes  demandes  de  secours  aux  rainistferes ;  mais 
je  ne  pouvais  en  attendre  le  r6sultat.  II  me  fallait  abso-^ 
lument  completer  la  somme  r^clam^epar  mon  bdtesse. 
J'allai  inutilement  phez  M.  Pi^tri,  puis  chez«M.  Jeuffrey, 
demandant  k  ^ui  m'adresser  pour  me  faire  rendre 
compte  des  b^oux  qui  m'avaient  ^t^  vol^s  k  la  Salpd- 
trifere,  ce  qui  ne  pouvait  ^tre  contests,  caril  y  avait 
eu  inscription  au  registre  de  ce  que  j'y  avals  port6, 
et  rieti  ne  m'avait  616  rendu.  II  me  dit  que  cela  re- 
gardait  un  chef  de  bureau  de  T Assistance  publique, 
M.  Havet.  Gelui-ci  me  re^ut  trfes-bien,  me  dit  qu'il  me 
connaissait  parfaitement  et  qu'il  ne  m'avait  jamais  crue 
folle ;  qu'il  avait  lu  mes  lettres  et  avait  d6clar6  que 
j'^tais  exasp6r6e  et  n'ecrivais  ainsi  que  pour  me  moquer 


\ 


f^t^  HifMO\Kf»  D'C!fE  AU^^TEE. 


du  mondt!,  \iit\iiA !  pourquoi  les  medecins  ne  m^avaient- 
iU  |iaii  ju^^f;  corame  lui?  Mais  il  m'apprit  que  les  alie- 
n/iii  li  i'liiititxi  piuH  du  ressort  de  M.  Husson  et  avaient 
/^t^  \}\iH'^:ik  dans  I<f8  attributions  du  prefet  de  la  Seine. 
\\  me  c^induinit  k  ril6tel-de-Ville,  ou  un  M.  Danbie  me 
dit  quo  je  )>ouvai8  faire  mes  reclamations  k  M.  Gobert, 
diroctfiur  de  la  Sal[>^tri^re,  et  s'il  ne  me  donnait  pas 
HatiHlkdiou,  rn*adr6&Her  au  prefet  de  la  Seine  ou  au 
\n'(^U)i  do  [lolice.  Je  rentrai  chez  moi,  ne.  pouvanl  plus 
truUiorni  ntcH  jurnbe^,  ni  mon  corps. 

Ju  {'('partis  lo  Irndornain  et  retoumai  chez  M.  Pietri/ 
qui  y  M\i  cettc  foia  ot  ine  re^ut  parfaitement,  grice 
au  noiu  de  Lnureiioy,  qui  lui  avait  adresse  ma.demande 
de  st'ooura.  11  mo  dit  avoir  remis  cette  demande  a 
M.  Pasial,  si'crt^tairc  de  M.  Conneau,  qui  tient  tous 
lei^  stcours.  Je  nioutui  chez  M.  Pascal ,.  qui  poussa 
de;^  8oupiri^  en  diisuat  qu'U  aurait  voulu  £ure  plus  &h& 
(|u'il  avait  vu  le  uoiu  de  Laurency,  mais  que  jamais 
ou  u^a  Ote  si  nialheureux;  que  sa  caisse  ^lait  a  sec; 
qu'ii  ne  pouvait  me  donner  que  50  &.,  et  encore  que 
cette  2$oiume  ne  i$e  duutxait  que  tuus  les  ans.  11  a  ete 
ibrt  poli,  m'u  «;ardtMj  dans  sou  bureau  jusqu'a  ce  que 

rargeat  tut  pr^t  a  la  caissse Je  rentrai  vite  solder 

mott  hotesse  et  me  truuvai  avec  15  fr.  en  poche,  mais 
assurOe  Ju  vivre  et  du  convert  pour  jusqu'a  la  fua  du 
mois. 

J'allai  voir  M.  Jolibois,  cooiuiissaire  du  gouveme- 
m&oL,  charge  d^s  informatioas  a  prendi-e  au  ^'^  de 


II 


»  \ 


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CHAP.   XVI.   —  PET^ITION  AUX  CHAMBRES.  347 

\ 

ma  p^tion^  at  ki  deaiaodai  de  m'eoiendre,  lui  difiant 
4quei  pokxt  la  gOuvernemeBt  ^it  abus^  par  leg  bu-^ 
reaux.  li  eie  r^(widit  qu'ilm'^couterait  tr^a^vol<Mitiei'6^ 
mai5  sanilemtmt  quand  ,  ma  pi&tition  se^ait  sur  le  paifit 
de  passer,  .paree  que  d'ici  la  U  aurait  tout  oublie  s'il 
s'^i  occu|)aH  inaiutenaat,  Tous  ceux  que  je  vis,  a¥a^ 
cats,  depute,  iourualist6« ,  foBctionamires ,  na'-ea 
dirai^'  autaat.  Oaavait  bien  autre  chose  en  t^  qua 
lea  aliau^s ! 

Je  De  savais  positivement  ou  alkr,  ni  que  devenir^  ue 
vouiaut  pas  6tFe  uue  charge  illimit^e*  pour  mes  bon$ 
amisd'Orleaua,  dont  le  iik  ain^  par  tail  comma  fioldai 
par  Tappel  anticip6  de  ia  classa  k  laquelle  il  appe^ie* 
nait.  Ces  admirables  amis  avaient  fait  tout  ee  qu'ou 
peut  humainement  faire. 

J'eerivis  et  ii%  ^riine  de  toua  cdtes  a  d'aacieanes  cou- 

« 

naissances  riches  qui  pouvaient  me  donner  uu  abri 
da^s  UQ  coiii  de  leur  chateau  :  au  comte  de  Chalais, 
pr^idaut  d'uae  soci^t^  de  eecours  aux  ali^oi^d ; 
j'adressai  une  demande  de  secours  k  rimp6ratrice  et  a 
H.  Husaou.  ML.  Laureacy  se  chargea  de  les  envoyer. 
M^Pi^irl  m'avait  pramis  de  recommander  chaudemeat, 
au  nom  deTImp^ratrice,  «  qui  ne  s'oocupait  pas  de 
ces  details  y  ^  ma  demande,  quHl  serait  charge  de 
transmettre  au  miuist^re  de  riat6rieur. 

Je  cherehai  moi-meme  un  etablissem(Mit  ou  Toa 
voulut  me  recevoir.  A  Sainte- Ferine,  on  n'entrait  qu'en 
payaat^  et  il  lallaU  etre  s^e  de  plus  de  ^oixante  ans. 


V 


338  '  M^ItfOlRKS  D'trifE  ALlfiNfiE.  ^ 

, . , ^ : : 

r  • 

les  lire  tout  hatit,  en  soite  que  j'entendis  des  itthrfries 
pires  encore  que  celles  qui  avaient  ^  6crites  k  M.  et 
]if»e  le  Normant  des Varanne^  et  k  M.  Boisbourdifi.  Gela 
datait  de  1869.  Man  frhr^r  cherchait  a  me  fkire  d^feclarer 
de  nouveati  foUe  et  donnait  ttn  docteur  Peltetan  les  ren- 
seignements  sur  lesquelsr  11  pout  ait  s*apptfyer  pour  se 
d^fendre,  lui  disant  que  j'6t^s  eir  traiteinent  eomme 
follfe  lorsqu'bn  a-^ait  ptis  le  pfirti  de  pQ'efilwmer,  apr^s' 
des  alternatives  de  miettx  ei  de  plus  tmh  Le  doc^tetir 
Pelletan,  de  son  c6l6,  ^crffait  in^avoir  s^igriie  lui~ 
m^me  pendant  plus  de  six  semaine^.  Chacfue  fois  qu«i 
je  vouliDiis  paries,  oft  me  disaH  :  «  AUende».  »  M.  Bar- 
roux  t^moi^na  qu'il  n*y  avait  a  Gharenton  ni  demande 
d'admission^  ni  trace  d'aucune  autorit6 ;  que  m4me  le 
minist^re  Tslvait  fortement  r^pHmand^  k  ce  srujet,  mais 
qu'il  n'y  6tait  pas  alors  et  que  ce  n'6tait  pas  de  sa  faute: 
On  lui  a  demand^  (ie 'qu'etaient  les  certiifieaU ;  il  a  r^^ 
pondu  €  qu'ils  etaieftt  an  d^re.  » 

Nous  sortimes  du  caMnet  de  M.  Id  rapporteur, 
et  peti  apt^s  un  huis^er  nous  iairoduiiaH  derant  le 
bureau. 

M.  L^bloftd  fit  un  rapport  fort  malveiUaDt  pour  moi, 
acceptant  toutes  les  affirmations  de  mes  adversaires,  et 
conclut  en  disant  que  mon  instance  avait'  d6j^  61^  re- 
pouss§e  I'ann^e  prdc^dente. 

—  Alors  pourquoi  ndus  la  presenter?  dit  le  pre- 
sident. 

t'assistoee  Judicildi^  me  fUt  reftisM  s^aiioe  tenante, 


^  -»     ■     f 


^   / 


>    4 


CHAP.   XV.   -^    ItEFCS  ry'ASSISTAXCR  JtlDlClAIRE.        339 


0t  notification  tne  fut  feitel  de  ce  reftis  le  10  niai  sui- 
vant,  bi6n  que  M.  Vilneati  etit  6crit  le  2  une  lettre  dont 
oh  avait  fait  16galiiseff  la  sigiiature,  et  qui  co^firaiait  et 
complletait  celle  dont  j'avaig  dontid  la  copie^ 

*^Voud  poUi^suivrfez  ?  ttie  dit  en  sartant  M.  Bar- 
roui.   ' 

—  Certes  !  je  n'ai  essay 6  de  la  conciliation  que  pour 
n^avoir  rien  a  me  reprocher.  Je  vais  porter  plainte  cri- 
mineiletnent. 

—  De  quoi  viis-tu  V  me  dit  Jean; 

—  De  charit^s. 

;  —  Cela  ne  peut  durer  toujours;  si  j'avais  del'argent, 
je  t'aiderais. 

—  Cfela  serait  gracieus^,  apr§s  ce  que  vous  avez  tons 
fait  I 

—  Ne  auis-jfe  pas  ton  beau-frfere  ? 

—  Peut-Mre ;  il  n'est  pas  bien  stkr  que  je  sois  la  soeur 
de  ta  femme. 

—  Qu'est-ce  que  cela  veut  dire  ? 

—  Qu'il  y  a  eu  beaucoup  de  versions  sur  inoi  et 
qu'il  faudra  savoir  ce  qu'elles  signifient.  Mais  en  ce 
moment,  peu  importe  de  qui  je  suis  fille  ou  soeur ; 
c'est  la  raison  pour  laquelle  j'ai  6t6  enlevee  de  chez 
moi,  enferm6e,  d6valis6e,  qui  est  importante.  La  se- 
questration est  tout.  Quant  au  nom;  c'est  une  affaire 
civile,  et  pour  peu  que  vous  teniez  k  ce  que  je  ne  sois 
pas  Rouy,  on  pourra  avoir  un  procfef ,  apr^s  Taffaire  de 
la  sequestration  vid^e. 


'    \ 


350  MEMOIBES  P'UNE  ALIENEE. 

■   ■■■  ■  ■■■  -— -^^— ■ — —  ,  -  -  -  _».  -. 

Au  moment  ou  je  desesp^rais  presque,  M.  Camille 
Doucet  envoyait  100  fr.  pour  moi  k  Laurency  au  nona 
de  la  Soci^ie  des  artistes;  mon  h6tesse  m'oiTrait  uae 
diminution  ^e  50  fr.  par  mois ;  j'avais  toucb^  I'ipOme 
reliquat  de  la  vente  de  mon  mobilier,  et  je  recevai3  h 
lettre  suivant^  de  M.Je  president  Vilneau  ; 

Orl6aos,  6  aout  1870. 
Mademoiselle, 

le  suis  profoiid^ment  toochd  de  la  trlste  situation  a  laquelle 
i&  ^fou^  vois  aujourd'hui  r^dviite-  Chaque  jour  s'^vanouissent  les 
esperaiK^es  que  j'ayais  congues  dans  votre  int^ret.  La  clotare 
pr^cipitee  du  corps  l^gislatif  a  ajourn^  indefiniment  le  rapport 
de  Thonorable  M.  Dr^oUe  sur  votre  petition  et  sur  celles  de 
persounes  qui,  comme  vous,  ont  eu  a  souffrir  dess^uestratioii^ 
arbitrairesi  ou  tout  au  moins  irr^gulieres. 

J'esp^rais  que  ce  rapport  eclairerait  I'autorite  sur  votre  posi- 
tion sp^iale  et  c^ue  Tadministration,  appreciant  votre  conduite 
pleine  de  moderation  et  de  convenance  depuis  votre  sortie 
de  Tasile  d'Orl^aus,  chercherait  aulant  que  possible  a  r^parer 
le  prejudice  par  vous  souffert,  en  vous  assurant  les  moyens 
d'une  existence  modeste,  ou  tout  au  moins  une  retraite  conve- 
liable  dans  un  ^ablissement  charitable  oil  les  justes  gosceptibir 
Ut^s  de  votre  caractere  n'auraient  pas  trop  a  souffrir. 

,En  attendant  la  realisation  de  ces  esperances,  auxquelles  je 
ne  renonce  pas  completement,  je  vous  adresse  un  nouveau 
t^moignage  de  Tint^rdt  que  ma  famiUe  et  moi-mdme  nous  vous 
conservons. 

J'aurai  bientot  Toccasion  de  voir  M.  le  comte  de  Pibrac, 
qui  vous  garde  un  souvenir  toujours  aCfectueux  et  devgu^;  je 
rinviterai  a  rdveiller  les  sentiments  de  bienveillance  de  M"'*  de 
S^^nt-M...» 

Recevez,  Mademoiselle,  en  mon  nom  et  au  nom  de  ma  Qiy^, 


• 


CHAP.   XVL    *—   PtotlON   AUX   CHAMliRES.  351 

-I  ■■!■■■■.      Ill-  .■  '  -- 

I 

trop  souffrante  poor  r^pondre  k  votre  lettre,  Fassurance  de  m%» 
meilleurs  sentiments. 

J  VlLNEAU. 

Le  bdfi  M.  Vilneau  s'abusait  en  conservant  qtielque 
esp^rance  en  radministration  de  1' Assistance  publique, 
M.  Huston  ayant  rSpondu  k  Laurency  ne  pouvoir  me 
donner  qu'un  secours  de  dix  a  douze  fr'ancs.  Gepen- 
dant  j'^tais  en  mesure  de  rester  encore,  de  lutter  jus- 
qti'^u  dernier  moment,  jusqu'a  celui  ou  on  chasserait 
de  Paris  les  bouches  inu tiles,  car  on  parlait  d6j^  de  la 
possibility  qu'il  Mt  assi^gS.  En  attendant,  je  courais 
les  th^Mres  qu'on  avait  rouverts,  les  caf^s-concerts^ 
les  artistes.  Piusieurs,  Capoul  en  t^te,  voulaient  bien 
cbanter  mon  Cri  die  peuple  quand  il  serait  imprim6 ; 
mais  oil  trouver  un  Miteur  ?  Les  mieux  disposes  me 
promettaifint  de  le  prendre  quand  on  Taurait  chante  et 

qu'il  aiirait  eu  du  succfes Les  6v6nements  se  pres- 

saient  de  plus  en  plus  terribled...  et  M.  et  M™«  le  Nor- 
mant,  n'esp6rant  plus.rien,  m'avaient  loue  une  petite 
chambre  a  Orl^ns,  Tavaient  garnie  de  meubles  k  eux 
et  m'y  pr^paraient  un  refuge. 

Voyant  qu'il  me  fallait  abandonner  et  pour  longtemps 
tout  espoir  d'arriver  k  quelque  chose  par  ma  petition, 
je  me  d^cidai,  afln  de  ne  pas  risquer  de  me  Voir  oppo- 
ser  la  prescription,  k  dresser  une  plainte  aU  criminel 
eontre  MM.  I^ouy  et  PeHetan.  Je  I'adressai,  avec  une 
lettre,  k  M.  le  procureur  g^n^ral,  le,  22  aoOt  1870. 
QuelqileS  joui*s  plUfe  tard,  je  me  rendis  ati  Palais-de- 


/ 


\  ■ 


352  MEMOIRES  D'UNE  AUEN^E*  ^ 

Justice,  et  on  m'envoya  an  caj)inet  de  Mrl'avocat  g6n6- 
ral,  qui  me  regut  imra^diatement. 

11  avail  pris  connaissance  de  la  plainte,  me  nomma 
lui-m^me  les  peFsonnages.qu'elle  concernait,  et  me  dit 
•  avoir  envoy6  cette  plainte  au  parquet  du  procureur  im- 
perial, en  le  priant  de  lui  en  faire  son  rapport  le  plus 
tdt  possible. 

Les  ^v6nements  se  succedant  rapidement,  il  n*a  plus 
k\k.  question  de  justice,  mais  de  faire  ses  malles  et  de 
quitter  Paris. 

D6sireuse  de  savoir  ce  qu'il  6tait  advenu.  de  ma 
plainte,  je  priai,  en  mai  1872,  M.  Analole  Despond, 
conseiller  general  du  Loiret,  qiii  m'a '  seconds  en 
toutes  choses  avec  beaucoup  de  z61e,  du  commence- 
ment k  la  fin  de  mes  revendications,  de  vouloir  bien 
s'en  informer,  et  voici  la  reponse  du  parquet  de  Paris  : 

M.  le  procureur  general  me  fait  savoir  qu'aucune  suite  n'a  6t6 
donnee ;  les  rens^ignements  recueillis  n'ont  pas  demonlr^  la 
sequestration  arbitraire  dont  se  plaint  M"«  Rouy.  —  Les  pieces 
de  cetle  affaire  ont  ^t^  d^truites  dans  Vincendie  du  Palais-de- 
Justice. 

II  est  bien  peu  probable  qu'entre  le  22  aoiit  et  le 
4  septembre  on  ait  eu  le  temps  d'examiner  la  valeur 
de  mes  reclamations.  Mais  les  pieces  6taient  de- 
truites,  et,  selon  I'usage,  on  me  condamnait  d  priori. 

Les  revers  se  succ^daient  :  il  ne  pouvait  plus  Mre 
question  de  moa  Cri  du  peuple,  qui  parlait  de  victoire 


\ 


•  -         I  / 


CHAP.   XVI.   —  PETITION   AVX  CHA^inRES.  •  353 

V 

'  I 

et  de  cl^mence.  Je  le  donne  ici,  k  titre  de  curiosite  tout 
au  moins ;  on  y  verra  que  mon  idee  fixe  de  me  faire 
rendre  justice  ne  m'emp^chait  point  de  pouvoir  m'oc- 
euper  d'autre  chose  que  de  moi-m6«ie.  M.  Tari)6  des 
Sablons,  president  du  comity  de  souscription  pour*  les 
bless6s^  k  qui  je  I'avais  adress^,  m'avait  6crit  qu'il  en 
appif^ciait  le  m^rite  et  m'avait  engag^e  k  i'offrir  a 
\lme  cle  Flavigny.  Yoici  done  ces  strophes,  dont  je  n€ 
puis  ici  donner  la  musique,  et  qui  rappellent  d'ailleurs 
de  trop  tristes  souvenirs  :     . 

LE  GRI  DU  PEUPLE I 

I. 

-   Accourons  tous !  L'6tranger  nous  menace ; 
Dans  son  oi^gueil  il  l^ve  un  front  hautain  ; 
Sur  noire  France  il  veut  marquer  sa  place 
Et  nous  tenir  dans  sa  puissante  main  1 
En  combattant,  appreiions-lui,  mes  fr6res, 
A  respecter  la  force  de  nos  bras. 
Courons,  amis !  coiirons  k  nos  fronti^res ;  \  ^^ 
Pour  le  pays  devenons  tous  soldats  I  )       ' 

II. 

filan^ons-nous  dans  la  luttc  sanglante  ; 

Que  devant  noUs  tout  fuie  6pouvant4  ; 

Que  le  marin,  sur  la  vague  ^cumante, 

A  nos  accents  r^ponde,  transports ! 

Unissons-nous,  et  que  chacun  s'6crie 

En  lui  donnant  jusqu'a  son  dernier  jour.... 

N'oublions  pas  que  c'est  a  la  patrie  |  ^^ 

Que  nous  devons  notre  premier  amour !     ) 

20. 


/ 


( 


I 


854  MfiMOlRES  D'UNE  A^tlENEfe. 


III. 

EMU)ltlei*vous  ?  la  gloire  ilous  appelle !     - 
A. soil  accent  volons  de  toute  pari; 
Que  sur  les  murs  d'une  cite  rebelle 
Flotte  en  tons  lieux,  flotte  notre  gtendaicdt 
Que  i'etinemi  coUrbe  sa  I6t6  ftltlfere ;       • 
Que  de  la  France  il  re^oive  la  loi... 
Mais  ^pargnous  et  sa  fiUe  et  sa  mere;        \  . . 
Ayons  piti^  de  leur  mortel  eflroi !  J 


IV. 

Ne  pleurez  pas!  L'honneur,  c'est  I'existence. 
Pour  tout  Fran^ais  connaissant  sa  valeur ! 
Nous  reviendrons  au  lieu  de  notre  enfance; 
Calmez,  mes  sceurs,  calniez  votre  terreur  ! 
£coutez  bien !  o'est  un  chant  de  victoire 
Qui  dans  les  airs  retentit  bruyamment...* 
Vive  la  France  I  En  celebrant  sa  f^loire,    )  . , 
Partons,  kmist  paitons  joyeusedaeiltl        )    ^^' 


V. 

Allons,  parto&s  I  Mais  ^uoi  1  mon  coBar  chanc^Ue, 

Et  je  flechis  au  moment  du  depart ! 

Adieu,  ma  m^re!  adiea!  Peine  cruellc!... 

II  faut  partirl...  Allons.  point  de  retard ! 

Du  combattant  gardez  la  souvenance, 

Si  pr6s  de  vous  il  ne  revejiait  pas. 

Dites  alors  :  t  II  est  iport  pour  la  France '  >>  i  j^- 

C'cst  un  bonheur  qu'un  semUable  tr^pa^i !  I 

D/kHe  ti  Vannee  fran^^  plr  H«rs|t$e  Aou^- 

Le  i"  aout  1870. 


,.    'v  ■  r  •    ■» 


_      I 


CHAP.  XVI.    —   PETITION   AtJX  CHAMBRES.     *         355 


J'avais  vaineraent  cherch6  un  refuge  dans  lous  les 
etablissements  de  charit6  publics  et  prives  ;  je  voulais, 
en  prenant  des  t^rtioins  de  la  n6cessit6  affreuse  qui  me 
r6duisait  a  cette  extr6raite,  demanderarentrer  daiisun 
asile-  d'ali6n6s,  un  paradis,  disaii-on,  auprfes  du  d6p6t 
de  mendicity,  seul  abri  qui  me  fAt  ouvert...  et  encore  - 
moyennant  quinze  jours  ou  trois  semaines  de  demar- 
ches, tandis  qu'il  m'eiit  suffi  de  signer  une  lettre 
L'Anteghrist,  ou  de  dire  que  j'entendais  la  voix  de 
DieUy  pour  6tre  aussitot  arr6t6e,  envoy6e  a  la  Salp^- 
trifere  et  transf6r6e  en  province.  Je  savais  par  expe- 
rience   comment    cela    se    passait Mes  amis  s'y 

opposferent  formellement;  cette  resolution  d^sesp^r^e    ' 
pouvait,  malgre  toutes  mes  precautions,  etre  transfor- 
m^e  officiollement   en  rechute.  lis  me  rappelaientavec 
instances. 

Le  d^sastre  de  Sedan  arriva.  J'adressai  en  quiftant 
Paris  une  demande  d'admission  au  d6p6t  de  mendicity, 
afiii  d*avoir  un  gite  k  tout  6v6nement,  et  le  14  sep- 
tembre  je  fus  installee,  5,  rue  de  la  Grille,  k  Orleans, 
tout  prfes  de  M.  et  M"*®  le  Normant,  qui  m*envoyaient 
ma  nourriture  de  chez  eux  lorsque  j*6tais  trop  malade 
pour  alier  m'assebir  4  leur  table  hospitaliere. 

Puis  Orleans  fut  envahi,  et  les  ennemis  m'ayant 
chass6e  de  ehez  moi  a  deux  reprises,  je  fus  recueillie 
par  ces  devours  amis.  lis  me  donn^rent  la  cbombre  de 
leur  iille  absente,  celle  de  leurs  fils  ^tant  oecup^Q  par 
des  ble}5s6s  et  leur  salon  par  des  Prasmens* 


I 


356        '  MEMOIRES  d'UNE  ALIl&NEE. 


CHAPITRE  XVII 

P6tition  k  I'AsBemblde  nationale. 

Apr^s  la  chute  de  FEmpire,  M.  Dureau  avait  ^t6 
remplac6  k  la  prefecture  d'Orl^aiis  par  un  r^publicain 
ancien  et  sincere,  M.  Alfred  Perejra ;  d'autres  diront 
son  admirable  conduite  pendant  la  guerre  et  ses  fun^* 
rallies,  ou  I'accompagna  toute  la  ville  au  plus  fort  de 
Toccupation.  Lui  et  M»^  Dupanloup  acquirent  alqrs  k  la 
reconnaissance  des  Orl^anais  des  titres  que  rien  n^ 
fera  oublier. 

J'avais  d^ji  ^prouv6  la  bienfaisance  de  M.  Pereira 
comme  simple  particulier.  En  attendant  que  les  cir- 
constances  lui  permissent  de  s'occuper  plus  efficace- 
ment  de  mon  affaire,  il  6crivit  au  Ministre  de  I'int^- 
rieur  : 

Orleans,  3  octobre  1870. 

Monsieur  le  Ministre,  ^ 

J*ai  rhonneur  de  vous  adresser  une  demande  pourM^**  Rouy, 
dans  le  but  d'obtenir  un  secours  sur  les  fonds  de  r£tat;  en  atten- 


yk 


I    ■   MftMl..... 


\ 


I 


CHAP.   XVII.  —  PBJ-ITION  A  t'ASSEMBLlSfe  NATIONALE.      357 


dant  que  les  circonstances  lui  permettent  d'intenter  une  action 
enTestitution  de  valeurs  contre  radministration  de  T Assistance 
publique  de  Faris. 

La  situation  de  M^^«  Rouy,  parfaitement  ^tablie  dans  sa  de- 
mande,  merite  toute  votre  bienveiUance,  et  je  ne  saurais  trop 
insister  pour  que  Fallocation  qu'elle  solUcite  lui  soit  accord^e, 

Je  prends  la  liberty  de  vous  indiquer  le  chiffre   de  ^00  fr., 

comnye   qtmntuniy   somme    ^gale    qui    a   &t&  pr^c^demment 

accord^e  sur  le  bddget  des  beaux-arts. 

VeuiUez,  etc. 

Le  pr6fet  du  Loiret, 

Sign6 :  A.  Pereira. 

♦ 

'  Cette  demande  resla  provisoirement  ^ans  effet. 

Je  n'entrerai  pas  dans  le  detail  des  mois  douloureux 
qui  suivirent;  k  chacun  suffisait  sa  propre  misfere,  et 
je  roe  trouvai  complfetement  a  la  charge  de  M.  et  de 
M««  le  Normant  des  Varannes,  chez  lesquels  je  passai 
trois  mois. 

Lorsque  la  paix  fut  conclue,  je  rentrai  dans  ma  petite 
cBambre  de  la  rue  de  la  Grille.  M.  Pereira  6tait  mprt, 
et  ift.  L^on  Renaud  avait  6te  nomme  pr6fet  du  Loiret. 
M.  Le  Normant  alia  le  voir  pour  presser  Tobtention  du 
secours  demand^  pour  moi  par  son  pr6d6cesseur,  et  lui 
fit  en  m^me  temps  Fhistorique  de  mes  malheurs.  M.  le 
pr^fet  s'en  montra  tr§s-6mu,'  se  fit  communiquer  les 
pieces,  d^clara  qu'il  allait  s^rieusement  s'en  occuper  et 
quHl  me  ferait  rendre  justice.  M.  Le  Normant  envoya 
ces  documents,  et  au  bout  de  six  semaines  environ  se 
rendit  au  cabinet  daM.  le  pr^fet,  afin  de  savoir  cequ'il 
comptait  faire  en  ma  faveur.  Apr^s  avoir  attendu  long- 


/ 


358  JfllMOIftfefi  b'UNE  ALl6!^6fi. 

f    — '— ■    .1      ■  ■     ■  ,   I  t 

teftfips,  fiiit  derriander  de  viniloil'  biefi  Itii  assizer  trn 
Jour  et  une  heure,  §i  cela  d6rangeait  M.  le  pr6fet  de  le 
refcevoir  ce  jouF-1^^  M.  le  Normanl  vit  venir  a  lui 
le  seer^taife  particulier,  qui  lui  remit  16  dossi^f . 
«  II..  le  pr6fet  I'avait  charg^  de  lui  exprimer  tous 
sea  regrets  de  ne  pouvoir  8'en ,  occuper ;  en  rezami*- 
nant,  il  avail  reconnu  qu'i^  i*agissait^  suHtmt  d'uns 
question  particulier e^  et  quHl  ne  poM&it  s'en 
meter t  > 

Et  qui  done  s*Qccupera  des  questions  particiiliferes, 
sinon  les   d^I^gii^s  du  pouVoir  ceiitral  dans  chaque 
d^partement? 
J'6crivis  pour  demander  moi-m^me  tine  audience- 
La  r^ponse  se  fit  attei;idre ;  il  fallait  sans  doute^COil-^ 
sutlef  ati  ministfere,  et  je  ne  devais  pas  esp6rer  qu*oii 
me  laissat  discuter  ma  propre  affaire,  moi,  Vdtienie, 
devant  un  homme  jeune,  intelligent,  susceptible  d'en- 
thousiasme,  ainsi  qu'il  I'avait  f6moign4  dans  son  enjre- 
vue  avec  M.  le  Normant.  On  lui  prescrivit  de  m'Acai'- 
ter  aussi  bien  que  tous  mes  interm6diaires. 
Le  18  mai  1871,  je  recevais  la  leltre  que  voici : 

Le  Pr^fei  du  Loiret  s'eifipresse  d'adre^ser  k  W^*  Rday  Id  mfttl- 
flat  de  paiement  da  secours  de  deuoo  cents  frtineg  qol  lui  a  $1^ 
accorde  par  M.  le  Ministre  de  Fint^rieur. 

II  iui  exprime  en  meme  temps  le  regret  de  ne  pouvoir  lui 
slcc6rder  I'audience  qu'elle  desire. 

Ce  qu'il  y  a  de  bon,  c*est  qu'on  s'empf esse  toujoufii 


JM 


CHAP.   XVll.   —  PETITION   A   L^ASSEJlkLEE  NATIONALE.      359 


avec  Qioi,  m6me  pour  m'accorder  en  mai  200  fr.  imr 
500  demand^s  en  octohre.  Enfin!  le  plus  clair,  c'est 
(jue  j*6tals  consignee  a  la  Pr6fectiire  et  que  je  n'avais 
plus  qu'une  chose  a  faire  :  rep^uveler  ma  p6titioft, 

La  voici  telle  que  je  Tadressai  k  TAssembl^e  natie-* 
nale.  EUe  reproduisait,  en  la  compl^tant,  celle  adress6d 
^nji  Gh^mbres  un  an  auparavant.  M^^  Desjardins,  fiUe 
d'un  lithographe  orl^anais,  present  au  3  d^cembre, 
eut  la  gracieusel6  de  Tautographier  gratis  ;  feon  pfere  en 
fit  le  tirage  de  mftme,  et  je  n'eus  k  payer  que  le  papier. 
C^\9l  mQ  permit  d'eu  envoyer  uj^x  deputes,  aux  aii^is*- 
tres,  aux  journalisies,  k  tdus  ceux  dont  je  pouvais  esp^ 
rer  quelque  appui  : 

drl^ns,  5,  rue  de  la  Grille,  30  jailleti874. 

Monsieur  le  President, 

Je  3ais  M^**  Eouy  (HersUie),  fiiW  de  rastronomd  Giuirles 
Ro«y,  anort  a  Paris  le  20  octobre  1818. 

J'ai  tous  Ifts  actes  clvils,  religieux,  publies,  ngie  coni^miiii  ciis 
litre,  ce  nom,  ainsi  que  tous  les  papier^  etabUsj^ant  ma  poififiti- 
sioa  d'etat,  ma  position  sociale,  mon  honorabiiite. 

he  ^  septembre  1854,  j'ai  el^  enlevee  de  cliez  moi,  plac^e  a 
Chare^ton  8Qu$  le  iiorp  de  ^os^phiae  Chevalier,  de  pao'aiite 
inconnus* 

Celui  qui  m'a  eiilev^e  s*est  presente  sous  le  nom  de  bai'on 
de  K...,  de  la  part  de  mon  fr^re.  II  ^tait  accompagn<§  d'un  por*- 
tefaix  qu'il  a  dit  ^tre  le  commissaire  de  police,  auquel  11  a  fait 
donner  ma  cl^. 

On  $'est  introduit  dans  mpn  domicile ;  on  y  a  tpjat  pjris^  fQUMI^i 
veruiu. 


■  \ 


\ 


360  MEMOIRES  d'ONE  ALIENEE. 


On  a  annonce  la  mort  d'Hersilie  Rouy  a  mes  parents  et  a  mes 

amis. 

J'ai  et^  plac^e,  sans  qu'aucune  des  formalit^s  exig^^es  par  la 
loi  aient  ^t^  remplies.  11  n'existe  ni  demande  d'admission,  ni 
proces-verbal  du  conimissaire  de  police,  ni  papier  me  concer- 
nant,  ni  r^pondant. 

.    J'^tais  une  inconnue,  aussitot  abandonnee  que  plac^e  dans  une 
liiaison  de  r£tat. 

J'avais  surmoi  mes  actes  civils,  des  papiers  de  famille,  d'af-  . 
faires,  de  I'argent. 

Les  religieuses  de  Charenton  s'en  soul  ^mparees.  Ellas  ont 
tout  gard^  et  cach^. 

Les  hommes  officiels,  entre  les  mains  des^uels  j'ai  ^t^  places, 
m'ont  transferee  de  Charenton  a  la  Salp^triere.  De  Ik,  j*ai  M^ 
pass^e  de  departement  en  departement,  comme  indigente  de  la 
Seine,  sans  qu'on  veuille  s'assurer  de  mon  nom  et  de  mon 
identity. 

Malgr^  mes  reclamations,  on  a  refuse  de  me  confronter  avee 
personne,  de  rien  r^clamer  aux  religieuses  de  Charenton,  qu'an 
ne  pouvait  croire  capab]es  de  soustraction  de  papiers  et  de 
valeurs. ' 

Toutes  les  lettres  pouvant  donner  des  renseignements  sur  mon 
compte  ont  ete  enlev^es  des  dossiers administratifs....  ont  mSme 
disparu,  avec  des  actes  milanais,  dii  parquet  d'Orieajas,  ou  M.  le 
docteur  Lepage,  medecin-adjoint  de  I'asile  des  alien^s  de  cette 
ville,  les  avait  portes  en  1867. 

Des  inconnus,  se  disant  mon  pere,  gardant  uu  strict  incognito, 
ont  ecrit  des  lettres  anonymes  aux  administrateurs  des  asiles  de 
Fains  et  de  Mareville,  offrant  de  I'argent  pour  moi  en  1857i  L'un 
d'eux  a  signe  :  Frangois. 

Mon  pere,  M.  I'astronome  Charles  Rouy,  etait  mort  en  1848, 
neuf  ans  avant  ces  offres. 

On  savait  si  peu  qui  j'etais,  que  Tun  des  m^decins  de  Tasile 
de  Mar^ville  m'a  prise  pour  une  dame  Chevalier,  qu'il  avait 
connue  autrefois;  que  diff^rentes  parentis  m'ont  ete  attributes ; 
que  le  Ministre  de  Tinterieur,  ainsi  que  la  Prefecture  de  police, 


j^ 


f 


CHAP.   XVII.   —  PETITION   A  lVsSEMBLEE  NATION  ALE.      361 


a  cru  que  j'^tais  une  demoiselle  Chevalier  (a  laquelle  um  juge- 
ment  interdisait  tout  autre  nom),  ancienne  maitresse  de  M.  le 
baron  de  K...,  qui  s'en  etait  d^barrass^e  en  la  disant  foHe. 

Afin  d'emp6cher  mes  plainteis  et  mes ,  reclamations)  on  m'a 
fouili^e  jou^nellement,  pour  m'oter  tout  moyen  d'^crire;  on  a 

HURjg:  MA  FEN&TRE. 

Ce  n'est  qu'en  1868,  apres  ^tre  reside  enferm^e  cinq  ans  (snr 
quatorze)  a  Tasile  des  ali^n^s  d'Orl^ans,  sous  le  nom  de  Jos^- 
phin^  Chevalier,  de  parents  inconnus,  que  j'ai  pu  en  appeler  a 
mon- cousin  germain,  M.  Laurency  Houy,  chef  de  division  aux 
Haras,  a  qui  on  avait  annonc^  ma  mort  comme  a  tons ;  faire 
venir  a  Tadrainistration  des  hospices  d'Orl^ans,  par  Tinterme- 
diaire  de  M.  le  Norm  ant  des  Varannes,  receveur  desdits  hos- 
pices, ce  qui  reslait  des  papiers  qui  m'avaient  ^t^  pris  a  Charen- 
ton  en  1854,  et  prouver  que  j'etals  Hersilie  Rouy,  et  non  Jose- 
phine Chevalier. 

,     J'esp^rais  qu'on  allait  s'occuper  d'une  affaire  aussi  grave.... 
Mais  un  certificat  de  sortie,  signe  subitement  par  le  m^decin, 
chef  de.Vasile,  m'a  mise  dehors,  sans  dbri,  sans  argent,  sans' 
amis,  au  milieu  de  Vhiver,  et  malade. 

Je  serais,  dans  ces  conditions,  retomb^e  de  suite  dans  une  de 
ces  terribles  maisons,  ou  j'aurais  M6  plsic^e  daiis  nn  depot  d^ 
mendicite,  sans  la  charite  de  ceux  qui,  emus  et  indign^s,  sont 
venus  a  mon  aide. 

A  peine,  etantlibre,  ai-je  eu  reprismon  nom  et  fait  connaitre 
mon  existence,  que  ce  nom  m'a  ete  contests  par  la  voie  Ue  la 
presse,  et  que  des  lettres  diffamatoires,  tendant  a  me  perdre  et  a 
me  faire  enferm^er  de  nouveau,  ont  ete  adressees  a  ceux  qui 
avaient  pitie  de  moi. 

M.  le  comte  du  Faur  de  Pibrac ;  M.  Vilneau,  president  de 
chambre  honoraire  a  la  cour;  M.  Ronceray,  ancien  avoue,  tous 
trois-  administrateurs  des  hospices  d'Orleans,  et  M.  le  Normant, 
m'ont  prise  sous  leur  protection  et  plac^e,  sous  mon  nom  civil 
d'Hersiiie  Bouy,  a  i'hotel  du  Loiret. 

J'ai  adresare  mes  plaintes  a  la  justice,  qui  n'a  pas  repondu  ; 

L'ASSISTANCE  JDDICIAIRE  M'A  tut  REFUSfeE....  LES  FORTES  DU  MI- 

21 


.>id  \iJtJit»*flEs  J  r.NEi  vLiijtfci:. 


NiSTKRE  if'i'urr  STB  7SRMEE3.  Zm  petition  remise  an.  coTps  l^gis- 
latif  i^lfU  iui  ^'e  sduini^e.  -{uanii  ui  ^pierre.  en.  ecLilaut,  nx^a 
iviettf»e  <lans  une  posiUan  le  plus  ezi  piu^  duulaureusey  de  plus 

RiTcneillie  .lu  .noment  •ie  'JinTaaan  par  M.  et  M**  le  Normant 
d^s  Var^nnes.  qui  seuls  ne  m  jni  pom:  disantiannee^  qoi  depais 
C4>  moment  m  oat  naume.  me  iourTT:<&eiit  encore,  mais  q^i  out 
(Ui  loordes  charges  qui  ae  .eur  perme'.tent  pas  de  caatinuer  a  le 
fair^.  je  rais  m.inquer  ie  pauu  «iar  ;e  aai  <{ae  c^hl  cpi'lls  me 
donnenf. 

S^r^S  EUX.  IS  SERAIS  MORTS  DK  FAIM. 

ie  n\«i  plus  rien  au  monde.  Mi.  sance  est  'ietruite.  Tai  prte  de 
soixant^  ans;  j«*  ne  iAis  que  devenir.  On  refusie  de  me  restitner 
ce  ffoi  ma  ete  pris  dans  les  eiiiA^iibsemeuis  puulics  places  sous 
la  responsabilite  minislenelie.  ie  ne  puis  poursui¥re  cinlemciit, 
n'^fy^nt  pas  m»^me  de  quoi  manger. 

h^nohs^e  par  to^ut.,^  et  da/f^  da  maisons  de  VEUUj  par  le9 
^r^f^ir^i^  d^  ee»  matsom,  je  ne  puis  esperer  ni  secoun^  m 
J>/<fh/'^^,  aiors  ()}icna  ponrsoit  d'octice  le  maihettreus.  qui  Tole  on 
mor<*,/»an  dft  p'<m  poor  ses  entanls. 

i^  9>i!¥  oh*i^-<»«  d'en  appeler  a  la  prott^ctioa  de  FAsaembl^ 
i\iti'iorm\^.  a  hi  ^faarite,  a  1  hnmanite  de  La  presse  enliere,  poor 
(f^mander  s^n  a33b»Unce,  poor  la  prier  de  faire  im  appel  aa 
cr^nr  de  Ci»ux  qui  aaronU  je  Tespere,  pitie  de  moi,  et  protested 
r/>fvt<  en  tenant  k  man  aide,  eontre  un  etat  de  chases  livnnl  la 
V*fferft>,.  \e  nr/rn^  la  reputaiion,  le  bien  de  ckacun,  a  la  discre- 
li/rn  f^u  ffferaier  venu  obtenant  LE  COSCOOtS  ET  LA  SI62UT6RE 
^^"w  n^.r>K/j»  CttKLCO^ocE- 

VmU,  Monsieur  le  President,  le  malheur  que  je  crots  de  m<m 
d^.vfnr  de  placer  par  toos  sons  les  yeox  de  TAssembl^  natio- 
nalft« 

I  HI  rh/ynnenr  de  tenir  toatesles  preuYes  de  ce  iia&j'ai  le  cha- 
grin de  ytfWt  ftotirneltre  a  Yotie  disposition. 

Je  fiuh  pr^te  k  r^pondre  a  tontes  les  qaestions  qa'on  \oiidra 
bien  rn'udr^Hn^r  et  a  produire  one  capie  ezacte  des  pieces  an- 
theril* — -  -*^t  en  lieo  «6r. 


f 

CHAP.   XVII.    —  P^TIMON  A  L*ASSBMBLEE  NATI0NA1.E.      363 


M.  1^  comte  Benoit  d'Azy  est  i  TAssembl^e ;  il  peiit  attester 
que  lout  ce  que  je  dis  est  vrai.  M.  Cochery,  depute  du  Loiret, 

Veu^i^  »gre«r«  Mctnsieur  1^  B»&si4€«^t,  rassm^ce  de  po^n 


La  pr^sse  exiU6re  s'occ\ipa  de  cette  ?iffaire.  Plusieurs 
jcHaeipauiiL  repiwdukkeni  ma  p^tipQ;  cmaiittte.d'aiiiclefl 
bienveillants  lui  furent  consacr^s,  non  seuiement  en 
France,  mais  en  Belgique  et  en  Angleterre.  Je  citerai 
de^x  e^trait^  d^<ceux  parus  d^ns  le  Figaro ,  parce  quails 
^tftblL^^nt  nettem^ut  la  situation  : 

fiSjn^leltkeSKL. 

Plusieurs  jouriianx  riveill^nt  le  souvenir  d'une  histoire 
foFtbizar^  qat,.a  plusieiird  veprises  d^^,  a  oocup^ilti  pvresse. 

11  s'ftie^t  d'upd  d^maisotl^  B#;^lie  Hpui^,  pim^te  de  ti^lent, 
qtii,  QQ  185^,  f^t  enfermee  a  Chare^itoii,  bou^  le  nom  de  Jose-- 
phine  Chevalier,  Quatorze  aus  se  passerent  sans  que  la  mal- 
heureuse,  coiport^e  d*asile  en  asUe,  pM  iaire  entendre  ses 
reclamations. 

En  1868  enfin,  sur  rinitiative,f|e  ])f.  \Vi]lpe^,  |>jQ^i4enjt  a  da 
cour  d'Orl^ans,  cette  suppression  d'etat  fut  d^montr^e,  et 
W^*  I\o^y  fM^  UEti^e  en  lib^te.  Une  ou  deux  fois,  sous  TEmpire, 
elle  protesta,  par  voie  de  petition;  mais,  pour  dea  raisons  que 
f  ignore,,  laffaire  ^t,  pour'ainsi  dine,  eiouffee,  AujoiUTd'hui, 
elle  r^vi^ni  s&P  l'«au;  il  nom^semble  que  la<;hose^i  assez.gt^ve 
pour  que,  d'ofspiee,  ^le  .pomquet  .entMae  ^8  fKmnii(ites  ,CQ^tre 
les  pecsofimes  qui  sdnmt  d^ifisgpdes.par  ^^^Jlouf  commit  eom-^ 
pRo^  lie  49H(^4i^qae9tv«lion. 

Fvanm/li&MSNARn* 


\ 


1 


364  MEMOIRES  D'UNE  ALIEN^Er 


29  juUlet  1871. 

M.  DreoUe  m'envoie  quelques  notes  au  sujet  de  MU«  Rouy. 
Aussitot  le  droit  de  petition  restitu^  a  la  charabre  des  deputes, 
%Ile  en  avait  us^  des' premieres.  M.  Dr^oUe  fut  charg^  d'exa- 
miner  le  dossier,  et  il  allait  preparer  le  rapport  quand  6cla- 
t^rent  les  ey^nements  de  juillet  1870.  On  suspendit  alQrs  les 
finances  consacr^es  aux  petitions,  et  M^^"  Rouy  dat  en  rester  la. 

Esperons  que,  maintenant^  aucun  obstacle  ne  Teinpechera 
plus  de  mettre  I'opiuion  publique  au  courant  de  cette  myst^ 
rieuse  affaire.   . 

Francis  Magnard. 

Seule,  la  Liberie^  publia  une  note  d^favorable ;  sa 
forme  acrimonieuse  indique  bien  que  le  fait  dont  il 
s'agit  la  touchait  vivement  et  personnellement.  En  eflfet, 
mon  fr^re,  incrimin^  dans  ma  petition,  ^tait  un'ancien 
adrainistrateur  de  la  Presse,  S'il  y  a  a  s*6tonner  d'une 
chose,  c'est  qu'il  n'ait  trouv6  qu'un  seul  journal  pour 
accepter  la  fa^on  dont  il  pr^sentait  cette  sequestration, 
lui,  homme  connu,  influent,  tandis  que  sa  malheureuse 
soeur,  inconnue  la  veille  encore,  recueillait  d'unanimes 
t^moignages  de  sympathie. 

Voici  la  note  de  la  Liberie : 

Samedi  29  juillet  1871. 

UAssembl^e  nalionale,  si  nous  sommes  bien  inform^s,  doit 
discuter  un  rapport  sur  la  petition  d'une  demoiselle^  Hersilie 
Rouify  dont  plusieurs  journaux  ont  racont^  Vhistoire. 

Betenue  comme  folle  pendant  quatorze  ans,  et  rendue  depuis 
deux  ans  a  la  liberty,  M^*  Rouy  proteste  centre  la  sequestration 
dont  eUe  ?  ^*^  "^'•♦'•ne,  et  d^nonce  un  nombre  indetermine 


\ 


CHAP.   XYII.   —  PETITION  A  L'aSSEMBLEE  NATIONALB.     '365' 


cTahiis  du  mime  genre,  dont  11  serait  urgent  ^e  pr^vehir  le 
retour.  -  ' 

Nous  ayons  sous  les  yeux  la  copie  de  la  petition  de  M^^*  Rouy ; 
il  y  r6gne,  d*un  bout  a  Vautre,  une  exaltation  extreme^  et  la 
violence  des  recriminations,  tr^s-probablement  injustes, 
auxquelles  cette  pauvre  fiUe  s'emporte  contre  V administration, 
hontre  la  medecine,  contre  les  religieuses,  nous  parait  justi- 
FIER  les  conclusions,  qu*x>n  dit  tres'severes,  du  rapport  de  la 
eommUslQu.  Nous  ne  serious  done  pas  £tonn£s  que  TAssembl^ 
nationale  ^cartat,  par  I'ordre  du  jour,  la  petition  de  W^*  Rouy. 


Je  ne  sais  pas  si  j'en  dois  Mre  reconnaissante  h  ses 
bons  offices  et  si  M.  de  Girardin  croyait  proph6tiser 
k  coup  siir;  toujours  est-il  que,  sansparler  de  M.  Met- 
tetal^  les  d^fenseurs  de  \^  m^decine  ali^niste  ^taient 
nomhreux  et  puissants  k  I'Assembl^e  et  que  ma  p^ti- 
tion  allait  ^tre  ^cart^e  par  la  question  pr6alable,  comme 
uiie  chose  depuis  longtemps  jug^e,  sans  Tintervention 
de  M.  Cochery,  ancien  secretaire  de  M.  Thiers.  II  alia 
trouver  M.  Tailhand,  rapporteur  de  la  commission  des 
petitions,  et  lui  affirma  que  la  mienne  avait  un  fonde- 
ment  s^rieux.  En  m^me  temps,  M.  le  docleur  Halma- 
grand,  I'un  des  m6decins  les  plus  en  renom  d'0rl6ans, 
qui  s'occupait  de  moi  depuis  quelques  mois  dej^,  ecrivit 
k  MC  Tailhand;  M.  Qrespin,  maire  et  d6put6  d'Or- 
l^ans,  ancien  avou^,  auquel  M.  le  dormant  av^it  com- 
munique mon  dossier,  alia  trouver  son  collogue  let  lui 
paria  cbaudement  en  ma  faveur ;  M.d'Aboville,  autre 
depute  du  Loiret,  membre  de  la  commission  des  peti- 
tions,  s'interposa  dgalem^nt,   et  M.  Tailhand  Ecrivit 


k  M,  Tihieaa  ponr  avoir  de  hii  des  renseignemeDte 
prfecis, 

h  em  reeut  i  sonhait.  de  It.  Viloean,  da  If .  )b  Nor- 
mant  et  d«  mot:  Convaioca  de  toute  )a  gravity  de  cette 
aflaire,  et  n'ayaat  pas  le  temps  de  I'itudier  sulGsaqriment 
avfot  la  cloture  de  la  seswn.  If.  TaUhaod  retml  son 
rappcHt  &  la  rentrte,  et  passant,  centre  I'ordinaire,  ses  i 

vacaoces  i  Versailles,  11  se  (it  commuDiqner  moo  dossier 
au  minist^re  de  I'iDl^rieui'.  I 

Je  dois  rapporter  ici  ce  qui  s'^tait  pasE6  h  Orleans 
apr^  renvoi  de  ma  petition  et  la  lai^e  publicity  qui  liii  I 

avait  ^t^  accordee  dans  la  presse.  I 

'   Le  25  juillet,  deux  dames,  arrivant  de  Ifontargts,  oik  ' 

elles  avaient  lu  ma  petition  et  y  avaient  remarqu6  les  i 

noms  de  Josephine  e(  de  Rouy,  vinrent  me  voir  et  s'ia- 
former  si  je  n'^tals  pas  Ohe  Josephine  Rouy,  amie  d'une  I 

personne  de  leaf  connaissance.  Nous  avons  caus6,  et 
j*a)  ^t^  ^tonn^e  de  la  fa^on  dont  ces  dames  avaient 
compris  la  poBition  et  tout  ce  qu'il  y  avail  de  corapro- 
mettant  ponr  le  gouvemement  dans  cette  affaire.  £lles 
m'ont  dit  que  mon  adresse,  mise  en  haul  de  ma  peti- 
tion, poorrait  bien  m'amener  un  sauveur,  mai's  aussi 
des  curieux.  ■ 

3e  les  rangeai  simplement  dans  cette  demi^re  cat6- 
gorie  et  ne  m'en  serais  plus  occup^e,  si  le  leademain 
je  n'avais  appris,  en  rentrant  de  chez  M"'  le  Normant 
01^  i'avais  passe  ta  joufnte,  que  sergent  de  ville,  gen- 
darme, individu  h  cravate  blanche,  daiiie  couvefte  de 


/ 


\  CHAP.   XVII.   —  PeViTKDN   X   L'ASfeEMBtiE  NATIONAL^:.      367 


dentelles  $ant  yenus  aux  ^ensefgnements  suv  M^^*  Jos^-o 

phine   Chevalier.    Uae  discussk>n  de  nom  s'lSl^ve, 

«omme  k  Th^tet  du  Lmret.  On  cherche  k  persuader  k 

ma  propri^taire,  M'^*  Michaux,  que  je  suis  f<dle.  EWe 

dit  quQ  non.  On  s'informe  de  mes  rhoyens  d'exislence ; 

ell«  r^nd  que  je  suis  nourrie  par  M.  te  Normant. 

«  —  Sort-elle?  remue-t-elle?  —  EWe  souffVe  defci  poi- 

kine,  et  pensonne  ne  pcut  se  phindre  d'elfe.  d  Une 

'  autre,  donl  lfen»  Michaux  n'ia  pas  pu  ou  h'a  pas  voulu 

me  dire  le  nom,  Tarr^te  (kns  la  rue,  fe  fkii  entrer  chez 

^lle  et  lui  dit  que  je  vais  6tre  ari*^t6e,  parce  que  je  parte 

mal  du  gouvernement,  que  j'accuse  des  religieuses  de 

m'avoir  pris  des  papievs,  et  aussi  paree  que  mon  fr^re 

est  comte  de  Chambord,  qu'il  y  a  eu  un  enfeVement,  etc. 

Bref,  eHe  embrouille  tout ;  mais  il  est  certain  que  je 

suis  espionn^,  menac<^e  et  peut-^tre  avertie  comme  en 

1854. 

M.  VHneau  court  k  la  prefecture  et  n'y  pent  voir  que 
le  comnaissaire  de  police,  qui  lui  dit  avoir  agi  par  ordre. 
Ordre  de  qui?  Du  pr^fet,  sans  doute. 

G'est  ce  que  j'6crivis  k  M.  de  Pont-Jest,  en  relevant 
quelques  16g6res  inexactitudes  d'un  article  fori  bien- 
veillant  pour  moi  dont  il  avait  accompagn6  la  reproduc- 
tion de  ma  petition  dans  le  Figaro,  me  pla^ant  sous  sa 
protection  et.sous  celle  de  la  presse  si  on  me  falisait  de 
nouveau  disparaitre  dans  un  asile.    . 

Quelques  jours  plus  tard,  M.  le  Normant  6tait  mand^ 
au   cabinet  de   M.   le  prefet,  qii'il  trouva  dans  une 


.  .     r  -I 


\ 


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■^    '    / 


368    .  MlfeMOmES  D'uNE  ALlfiNfiE. 

'"■    ■  I       I  _l     ,   ■  I  I     ^  ^      ....       I  J  I    ' 

V     - 

grande  aviation.  M.  de  Pont- Jest  n'avait  pas  vu  de 
m^illeur  moyen  pour  conjurer  le  danger  que  de  le 
faire  connaitre  et  avait  publi6^  dans  le  Figaro  du 
4  aout,  ma  lettre  dont  je  ne  lui  demandais  nullexnent 
rinsertion.  M.  L6on  Renaud  ayant  dorin6  k  M.  le  Nor- 
mant  sa  parole  d'honneur  qu'il  n'6tait  pour  rien  dans 
les  agissements  du  commissaire  de  police,  en  re^ut 
en  retour  la  promesse  que  j'allais  6crire  au  Figaro 
une  lettre  rectificative  dont  je  demariderais  I'insertion.  ■ 
J'6crivis  la  lettre;  mais  le  Figaro  ne  Tins^ra  pas,  el 
cet  inpident,  n'ayant  pas  eu  de  suites,  fut  bientdt 
oubli^. 

Je  restai  llbre ;  est-ce  k  cela  que  je  le  dois  ?  Je 
I'ignore.  Trois  autorit^s  seulement  ont  droit  de  donner 
des  ordres  au  commissaire  de  police :  le  pr^fet,  le  maire 
et  le  parquet.  Nous  avions  la  parole  d'honneur  dupr^fet 
qu'il  ne  I'avait  point  fait.  Le  maire,  un  de  mes  plus 
chauds  defenseurs,  ne  pouvait  6tre  soup^onn^  de  cette 
mesure,  dont  il  etait  indign6.  II  fut  done  aver6  que  je 
restais  en  butte  a  I'hostilit^  du  parquet,  qui  ne  pouvait 
me  pardonjier  d'avoir  signal^  la  disp^rition  de  mes  actes 
et  du  rapport  du  doctfeur  Lepage. 

La  France  medicaley  ayant  pour  directeur  M.  le  doc- 
teur  Henri  Favre,  mon  premier  protecteur  k  Paris,  ne 
laissa  point  passer  ma  petition  inaper^ue ;  elle  fut  ac- 
compagn^e  d'un  article  ou  M.  le  docteur  Lapeyrfere 
traitait  la  question  g6n6rale  et  prenait  vivement  i  par- 
tie  la  m^decine  ali^niste : 


;■_  ,  I  I 


\, 


\ 


. .     >  .  /^ 


CHAP,  XVII.  —  PKTiTibN  A  l'as8bmbl6e  nati6nale.    369 


Le  sp^ialUte,  disait-ll,  n'est  au  demeurant  qu*une  (iction  et 
im  danger  pour  les  autrea  comme  pour  lui-m^me . 

XJne  fiction,  parce  qu*il  suffit  du  sens  commun  pour  dtre  aussi 
l>on  juge  que  lui. 

Un  danger  pour  lui'mdme,  parce  que,  pr^pos^  a  la  th^rapeu- 
tique  de  la  folie,  il  arrive,  par  la  nature  mSme  de  ses  fonctions, 
si  pr^supposer    la  folie  chez  tout  sujet    qui  entre  dans  son    ' 
asile;  c'est-a-dire  a  devenir  foului-m6me,,^tant  Fesdave  d*une 
id^e"  fixe. 

Quanc  a  la  liberte  individuelle,  Texemple  que  nous  venons 
d'aj outer  a  tant  d'autres  montre  ce  qu'elle  a  gagnd  a  ce 
jeu-la.  ' 

Pour  en  finir  a^c  une  situ&tion  aussi  nuislble  a  notre  consi- 
deration,  —  et  ee  sera  la  notre  conclusion,  —  nous  ^mettons 
d^abord  le  yoeu  que  dans  T^conomie  de  la  loi  n^cessairement 
appel^e  a  remplacer  le  regime  actuel,  le  m^decin  soit  d^gag^  de 
toute  responsabilit^  affi^rente  aux  circonstances  et  conditions  qui 
seront  proclam^es  indispensables  au  recrutement  des  asiles; 
apr^s  cela,  que  chaque  asile  ait,  comme  les  hospices,  un  ou 
plusieurs  m^deeins  ordinaires  charges,  comme  dans  les  hospices, 
de  soigner  les  maladies  ordinaires,  a  regard  desquelles  les 
ali^Des*nejouissent  d'aucune  immunity. 

Voila  ce  que  nous  avions  a  dire  a  propos  du  fait  que  nous  ve- 
nons de  rapporter,  etqu'on  ne  manquerapas  de  retourner  centre 
notre  profession. 

Docteur  Lapeyrere. 

Le  12  aout,  la  France  medicale  ins^rait  une  r^ponse 
jiu  docteur  Laurent  qui,  ali^niste  lui-m6me,  prenait  la 
-defense  du  corps  entier  centre  M.  Lapeyrere,  dont  il 
ine  contestait  pas  la  bonne  foi,  mais  la  competence,  et 
dont  il  raillait  la  crMulit^  k  mon  sujet.  II  continuait 
^insi  : 

Or,  le  fait  en  question  est  on  ne  peat  pAus  invraisemblable,  et 

21. 


370  MiSMaiRES  D'UNE  ALI^Nfe. 


celai  qui  a  r^fl^chi  an  tant  soit  peu  au  fonctionnement  d^s 
asiles  dJalidnes,  apr^  lecture .  de  la  loi  el  des  r^glements  qui 
r^tssent  les  ^tablissemehts,  tie  peut  admettre  un  seul  instant  la 
possibility  d'une  pareille  suite  de  m^prises  et  d*erreurs  de  la 
part  d'hommes  honndtes  d'abord,  cotnpri^tents  eusuite  en  mati^re 
d^ali^nation  mentale.  II  faudrait  supposer  la  complicity  d*un 
grand  nombre  de  fonctiannaires,  tous  passibles  devant  la  loi  en 
cas  de  sequestration  arbitraire,  suppression  de  correspon- 
dances,  etc....  ^ 

«  .,.  A  choque  plainte^  on  repondait  par  un  redouhlement 
de  ^surveillance ;  in  la  fouilldit  pour  lui  oter  tout  moyen  de 
cqrrespondre  avec  Vexterieur;x)nallait  jusqu'd  murer  la  fenetre 
de  sa  cellule  ! ! !  » 

A  celui  qui  peut  accepter  corame  r^el  u^  r^cit  semblable^  les 
rdilexions  tie  peuvent  manquer  d'abonder  c'ontre  I'e  retonr  d© 
semblables  m^prises.  Aussi  ]e  i)a!f  jchroniqueur  judiciaira 
s'6panche-t-ji    lon^uement    en  appreciations  '  accusatrices  da 

toutes  sortesi  etc. 

-'.  .  .     - ^  .. 

Le  doeteur  Laupent  ne  se  pr^oee^paat  pas  tie  savoir 
si  ces  fails  6taient  prouv6s,et  s'61evait  forte mentcontre 
Ifi  pr^tentipri  emi^e  par  §o».  cpll^ue,  ^ue  Je  ^.ajse^s 
suffit  pour  reconnaitre  la  folie,  attestaat  «  qvfii  Went 
pas  de  mSdecin  d'asile  a  qui  il  ne  soit  arrive  de 
faire  sortir  des  personnes  admises  sur  le  certificat  de 
medecins  non  speciaZistes,  qu'ils  reconnaissent  hientdt 
ne  pas  devoir  etre  soumises  au  traitement  special  que 
reclame  la  folie^  >  et  11  terminait  ainsi  : 

On  ne  saorait  trop  rehausser  le  prestige  et  la  dignity  da  m^- 
decin  ali^niste.  Et  n'en  d^plaise  au  vulgaire,  envieux  de  noire 
profession,  ce  serait  aussi  TintSrSt  de  ce  mSme  vulgaire;  car  si 
4a{nii»)0Bf;iies  anntes  on  avait  ^ont^  da^antage  les  consols  de 


CHAP.  JCVII.    --   PETITION   A   l'ASSEMBLjSE  NXTIONALE.      371 


toutes  fortes  da  corps  medical,  lasoci^t^  n*enser&it  pas  arriv^e 
au  point  de  demoralisation  que  nous  consiatons  aujourd^hui  avec 
tant  d'atnertbme. 

Docteur  Laurent, 
Ex-mSddcin  en  chef  ct^asiles  d^aliienes. 

{La  fin  au  prochain  numero,) 

Voici  la  riSponse  que  j'adressai  imm6diatement  au 
docteur  Laurent,  par  rinterm^diaire  de  la  Fmnceime' 
dicale,  qui  Tins^ra  daos  iscm  numero  suivant : 

Orleans,  5;  rue  de  la  Grille.  —  14  a'oM  1871. 
Monsieur  le  docteur^ 

* 

Je  m'empresse  de  r^pondre  a  un  article  de  vous,  ins^r^ 
dans  le  n®  16  de  la  France  midicale^  en  date  du  12  aout 
1871. 

Get  article  me  concerne. 

Je  declare  qne  tout  ce  que  j'ai  plac^  sous  les  yeux  de  I'As- 
sembl^e  nationale  est  completement  vrai.  Je  pe  me  serais  pas 
permis  de  porter  des  plaintes  semblables  aux  repr^sentants  de 
la  nation,  sans  Stre  en  mesure  de  prouver  de  la  maniere  la  plus 
incontestable  que  tout  ce  que  je  dis  est  exact,  et  que  j'ai  plutot 
att^nu^  qu^augment^  le  r^cit  tr^s-restreint  que  j'ai  public. 

$i  je  -n'ai  cit^  ni  le  nom  des  coupables,  ni  celui  des  asiles 
dans  la  petition  que  j^ai  adress^e  a  MM.  les  deputes,  k  la  presse, 
et  dont  je  voUs  envoie  un.exemplaire,  c'est  qu6  j'al  cru  conve- 
nable  de  ne  rendre  compte  de  ces  ndms  qu'^  ceux^  qui  ont  le 
droit  et  le  devoir  de  les  connaitre.  * 

Je  ne  veux  ^m^Ure  aucune  opinion  personnelle  snr  le 
compte  de  eeux  qui  ont  jou^  un  role  plus  ou  moins  favorable 
dans  ce  triste  episode  de  ma  vie. 

Je  dois  seulement  dird  que  j*ai  rencontre  quelques  hommes 
de  coeor  dont  le  bon  vouloir  a  ti^  entravfi   par  des  dim«'>ultcs 


ST2  -    M^MOIRES  d'UNE  AUIiN^E. 


administratives,  et  qui  n'ont  pu  qu'adoacir  ma  c^ptivit^  tout  en 
la  maintenant;  parce  qu^on  m'avait  placee  dans  impossibility 
absolue  da  rentrer  dans  le  monde,  en  me  depoaiUant  de  tout  ce 
que  je  poss^dais,  en  ne  me  laissant  Til  effets,  ni  argent,  ni  do- 
micile, ni  papiers,  ni  nom,  et  en  publiant  ma  mort. 

La  justice  seule  pouvait  intervenir ;  mais  c'^tait  une  caude 
extrdmement  grave,  compromettante  pour  toos.  J*^tais  Pari- 
sienne,  et  les  administrations  de  province  se  refusaient  k  re- 
cliercher  le  nom  et  Tideiitit^,  a  s*occuper  des  affaires  d'une  pen- 
sionnaire  dont  le  pr^tet  de  la  Seine  seul  ^tait  responsable. 

Voilk  jce  qui  m'a  successivement  fait  passer  de  d^partement  en 
d^partement,  jpersonne  ne  se  souciant  de  me  garder. 

Vous  le  dites  avec .  raison,  Monsieur  le  docteur :  une  tr^s- 
grande  Mg^ret^  preside  aux  certificats  d'aU^nation  mentale.  Mais 
comment  sont  remis  en  liberty  les  individus  reconnus  avoir  6t6 
soumis  a  tort  au  regime  des  ali^n^s,  et  que  tout  ali^niste,  dites- 
vous,  a  rencontr^  dans  sa  pratique?  Heyoivent-ils  un  certificat 
de  non  alienation  donnant  droit  a  une  rehabilitation?  ou,  pour 
manager  la  susceptibility  d*un  confrere,  sont-ils  forces,  comma 
moi,  de  sortir  snbitement  gueris  d'une  maladie  mentale  n*ayant 
pas  exists? 

Vous  avez,  dites-vous,  une  exp^ience  de  quinze  ann^es  de 
s^jour  comme  m^decin  dans  les  asiles  d'ali^n^.  —  J'en  ai  une 
de  quatorze  amines  comme  malade. 

Vous  niez  ma  correspondance  intercept^e,  ma  fenStre  mur^e, 
parce  qu'il  ne  vous  paralt  pas  possible  ni  vraisemblable  qu'on  se 
soit  livre  a  de  pareiUes  enormit^s. 

Permettez-moi  de  vous  dire.  Monsieur  le  docteur,  que  toiis 
les  mddecins  alienistes  en  sont  la.  Du  moment  ou  une  chose  nfc 
leur  parait  pas  ordinaire,  its  s'^crient :  «  Folie !  »  et  ils  certifient. 
sans  plus  d'examen. 

Je  vous  prends  done  vous-m^me  en  t^moignage  centre 
vous. 

Vous  traitez  de  t  naif,  le  cfaroniqueur  jndiciaire  qukTSt^^j^chQ 
longuement  en  appreciations  accosatrices.  > 

Vous  citezde$  improbabilit^s.... 


I 

1 


■•■■  .:-■,      ■  •    .        ■,     '   - 


CHAP.   XVIh    —   PETITION   H  L'ASSEMBLEE   NATIONALS.      373 


J'ai  ^t^  victime  pendant  quatbrze  ans  de  cette  ^nanidre  de 
s'as$urer  d'un  4tat  civil  et  mental. 

Vous  niez  des  faits,  sans  savoir  ni  ou  ni  comment  ils  se  sont 

ac'complis,*sans  me  connaitre,  sans  demander  le  nom  ni.des 

prefets  qui  sont  intervenus,  ni  de^  directeurs,  ni  des  doctenrsqui 

,  ont  agi.  Vous  me  condamnez  d*un  ti^it  de  plume,  sans  m*en- 

tendre^  sans  enqudte ! 

Parce  qu*il  existe  des  malades  qui  dans  leurs  divagations  di- 
sent-des  choses  analogues  a  celles  que  je  publie^,  s*en  suit-il  que 
je  sois  foUe  et'que  ces  faits  n'existent  pas?  Lam^decine  sp^ciAle 
ne  peut-elle  distinguer  la  difference  qui  existe  entre  une  femme 
d^nonyant  des  actes  r^eb,  de  sang-froidf  preuves  en  main, 
tout  incroyables  qu'ils  puissent  Stre*  et  la  pauvre  insens^e  avec 
laquelle  vous  et  les  vdtres  me  eonfondez  ? 

Kn  vous  r^pondant,  Monsieur  le  docteur,  je  defends  a  mon 
tour  ceux  qui  m'ont  d^fendue.  Je  dis  avec  vous  que  la  science 
alieniste  est  clairvoyante/  si  ses  adeptes  peuvent  se  passer  de 
tout  examen !  •  ^ 

'  La  question  d'alidnation  mentale  n'est  que  secondaire  pour 
moi  en  ee  moment.  11  s'agit  d*une  sequestration  criminelle; 
d*un  placement  ^effectue  contrairem^t  aux  lois  et  aux  r^gle- 
ments;  de  soustraction  d'argent,  d'actes  civils,  de  papiers  de  fa* 
mille  et  d'affaires,  commise  par  des  employed  d'administration ; 
de  ma  mort  annonc^e  dans  le  monde,  sous  mon  nom  civil  et 
connu,  tandis  qu*on  me  cachait  sous  un  autre  nom  dans  les 
asiles;  et  de  la  spoliation  de  tout  ce  que  je  poss^dais. 

Voil^  des  crimes,  des  crimes  commis  sous  la  garde  des  prefets, 
des  administrations,  des  directeurs,  des  docteurs,  sous  la  sur- 
veillance et  la  responsabilite  de  la  justice. 

Pardonnez-moi,  Monsieur  le  docteur,  si  je  proflte  de  Tocca- 
sion  que  vous  m'offrez  en '  attaquant  ma  v^racite,  pour  me 
defendre  a  la  fois  prds  de  vous  et  pr^s  des  personnes  que  voire 
article  doit  avoir  impressionn^es  d^favorablement  contre  nioi. 
Vous  me  paraissez,  tout  en  cherchant  a  disculper  vos  confreres, 
etre  extrSmement  de  bonne  foi,  et  j'aime  a  cpoire  que  vous  ne 
vous  refuserez  pas  a  un  examen  s^rieux  de  ce  qui  itie  conceme. 


n 


"-    \  >'•  . 


374  M^OIRE&  d'une  a,lienee. 


n  sufBt  d'un  honndte  homme  pour  faire  rentrer  bien  des 
hommes  6gares  dans  la  bonne  voie,  et  j'espd're  que  vous  me 
permettrez  de  compter  sur  vous  pour  cela. 

Veuille^,  Monsieur  le  docteur,  recevoir.  Tassurance  de  ma 
haute  consideration. 

Signe :  Hersilie  Rouif. 

Le  r^dacteur  en  chef  accon;ipagQa  ma  r^ponse  de 
cette  Gonclui^ion : 

En  nous  adressan^  la  lettre  qui  nous  a  vahi  ceUe  qu*on  vient 
de  lire,  M  Laurent  nous  en  annon^it  une  autre  qai  n'est  pas 
arrivde  et  dont  rutilit4,  au  point  ou  le  d^bat  se  trouve  inopind- 
ment  porte>  me  semblerait  d'ailleurs  plus  que  dottkeuse.  J«  clo- 
rai  done  la  discussion  avec  cet  intraitable  et  Irop  matavis^  cor- 
respondant,  sans  r^pondre  k  des  pkirases  toutes  faites  « *  sur  la 
presse  leg^re  et  sur  les  journaux  de  m^decine  qui,  oubUaxit  la 
gravity  traditionn«lle,  vpnt  puiser  a  des  sources  impures.  »  Je 
rappellerai  seuleoient  a  M.  Laurent  qu*un  fait  est  toi^ours  un 
fait,  d*ou  qu'il  vi«nne,  ou  qu'il  se  produise,  da  moins  aux  yeux> 
des  m^decins  ordinaires.  Ce  n^est  pas  ma  faute  si  pour  les.m^- 
decrns  ali^nistes  la'  marque  de  fabrique  fait  seule  la  quality  des 
marchandises,  ni  si  cette  m^me  cat^gorie  de  m^decins  parait» 
taut  tenir  a  la  casuistique  dune  ecole  qui  pretend  que  c  pecht': 
cache  est  a  moUie  pardonne.  » 

II  est  grand  temps,  h^las  1  de  ne  plus  rien  caeher  du  tout. 

'     Ddcteur  J.  L^PEYftftRE. 

La  discussion  en  resta  Ik^  en  effet.  Matgr6  mon 
invitation  k  s'assurer,  par  lui-.m6me  et  par  Texa- 
men  de  mes,  pieces,  de  Texactitude  des,  fails  que 
j'avanyais,  je  n'entendis  plus  jamais  parier  du  dpc-^ 
teur  Laurent. 


.'     M 


'  I"-/   / 


CHAP.    XVllI.  —  M.  TATLHAMI,  PREMIER   RAPPORTKUIi.      37;) 


CHAPITRE   XVIIl 


)|[&  petition.  —  M.  Yailhand,  premier  rapporteur. 

.  M.  Tailhand  avail  6tudi6  ittoii  affaire  avec  toute  la 
sagacity  d'un  magistral  experiments,  et  le  dSpouille- 
ment  de  mon  dossier  au  minislfere  de  rintSrieur  lui 
avail  [apporl6|lapreuve  de  tous  les  faits  que  j*avais 
ayancSs. 

J'at  pasftii  uhie  ipartie  de  isa  joum^  k  Ure^et  a  noter  tousles 
4ocuments  qu'il  renferme  (1),  —  ecrit-il  le  9  octobre  iiiTl  d 
M.  le  I^ormant  des  Varannes.  —  Dans  leur  ensemble  ils  6clai- 
rent  cette  malheureuse  alTaire  d'une  lumi^re  Ires-vive,  et  per- 
m^tfenl  d6  se  fait^  Uh«  bptni^dh  aussi  exadte  ^ue  possible  sur  les 
norpb^eux  IncideHls  qui  .<>Bt  signal^  la  conduito  des  divers  per- 
sonna^es  qui  ont  provoqu6  la  sequestration  dont  M"«  Rouy  a  Ste 
I'objct,  etde  ceux  qui  Tont  autoris^e  et  maiiitenue.  JTy  ai  trouve 
des  indications  tres-utiles  sur  la  mani^re  dotti  M)ti  et^tev^meAl 
s*est  effect ue,  ainsi  que  sur  les  circonstances  qui  Tout  accotti- 
pagne. 

(1)  Je ppssede  ces  notes  si pr^cieusps sur  lesquelles  Si.  Tailhana 
a  dresse  son  rapport. 


y 


I  ■ 


• 


376  MEMOIRES  b'UNe^AXIENES:. 


II  n'est  pas  dotiteux  aojoard'hui  que  cett'e  grave  mesure  a  ^t^ 
prise  sans  enquMe  pr^alable,  et  qu'elle  n'a  ete  constat^e 
par  aucun  proc^s-verbal  regutier.  II  n'existe  aucun  indrce  poa-* 
vant  ^tablir  que  MP*  Rouy  se  soit  jamais  livree,  avant  le  8  sep- 
tembre,  k  un  acte  quelcenque  de  nature  a  laisser  supposer  que 
^  s^curit^  personnelle  ou  celle  de  tiers  fut  compromise  en  quoi 
que  ce  soit.  Deux  ou  trois  t^moins,  entendus  par  le  commissaire 
de  police  charge  de  proc^der  a  Tinformation  de  1869,  rapportent' 
bien  certaines  rumeurs  qui  se  seraient  repandues  en  sens  con- 
traire,  mais  ils  ne  pr^cisent  rien.  M.  le  docteur  Pelletan,  qui 
reconnait  ne  I'avoir  jamais  vue  ant^rieurement  au  jour  ou  it  s'est 
acquittd  du  mandat  a  lui  donniS  par  M.  Daniel  Rouy,  declare 
avoir  vu  dans  la  chambre  de  W^^  Rouy  des  tentures  noires  qui 
en  gamissaient  les  murs,  une  sorte  d^autel  orn^  de  norabreuses 
bougies  aupres  duquel  se  tpouvaient  plusieur^caisses  en  forme  de 
cercueil,  recouvertes  de  draperies  blanches. 

On  sait  ce  qu'il  en  6tait  de  ces  pr6tendus  cercu6ils, 
-oeuvre  de  rimagination  de  ma  concierge,  dont  M.  PeK 
letan  n'a  eu  Tid^e  de  se  servir  qu'en  1869 ;  son  cerli- 
ficat  d'entr^e  a  Charenton  eut  6t6  moins  vagufe,  s'il 
m'eut  trouv^,  comme  il  I'a  dit  plus  tard,  en  exta$e 
devant  eel  attirail  bizarre  qu'il  n'aurait  pas  manqu^  de 
signaler. 

Un  point  choquait  la  rectitude  d'esprit  de  mon  rap- 
porteur :  c*^tait  celui  des  avertissements  que  j'avais 
re^us,  et  dont  les  precautions  que  j'avais  prises  d6raon- 
traient  la  r^lit6. 

Ces  avis  officieax  —  continuait-il  —  ne  lui  seraient-ils  pas  ar- 
rives de  la  park  de  M.  Laurency  Rouy,  son  cousin,  qui  aorait 
sorpris  dans  la  conversation  de  M.  Claude-Daniel  Rouy  lapens^e 
4e  faire  enfermer  sa  parente,  dont  il  consid^rait  oa  affectait  de 


'  \ 


CHAP.   XVlTl/ —  M..  TAILHA.ND,  PREMIER  RAPPORTEUn.      377 


consid^rer  la  raison  comme  profond^ment  alt^r^e?  £t  ce  don- 
neur  d'avis  officieux  n*aarait-il  pas  empkry^  rintervention  d'one 
dame  de  charity  da  quartier,  M"*  de  Grozelier,  qai  ne  serait 
aatre  que  la  dame  noire  en  question?  On  a  cherch^  dans  Ten- 
quSte  administrative  a  se  procurer  le  t^moignage'  de  M^^*  de  Gro 
zelier,  retiree  a  Paris  chez  les  dames  du  Saint-Sacrement;  mais 
cette  dame,  parvenue  a  un  Age  avanc^,  n*a  pu  foumir  aucune 
donn^e  un  pen  certaine,  la  m^moire  lui  faisant  d^fauU 

La  letlre  de  M"«  de  Grozelier  cit6e,  chapitre  iv,  af- 
firme  de  la  fa^on  ia  plus  precise  que  jamais  \\  li'a  6te 
fait  aucune  d-marche  aupr^s  d'elle,  et,  aiasi  que  le  dit 
fort  bien  M.  Tailhand,  enl^ve  une  arme  puissante  aux 
n^ains  de  liies  adversaires. 

Mon  z^l^  rapporteur  rechercha  avec  soin,  dans.le 
dossier  de  I'interieur,  quelques-unes  de  ces  lettre's  dill- 
rantes  dont  j'avais  ^t^,  disait-on,  si  prQ.digue.  II  n'en  put 
trouver  aucune  ant^rieure  k  mon  incarceration. 

La  premiere  mention  jelative  a  cette  circonstance  tr&s-impor- 
tante  se  trouve  dans  un  proc^s-verbal  du  commissair^  de  police - 
du  quariier  du  Mont-de-Pi^t^,  en  date  du  4  aotit  1855,  signalant 
la  remise- a  lui  faite,  par  un  ouvrier  employ^  k  la  Salp^tri^re,  de 
trois  lettres  Rentes  par  M^**  Rouy  a  son  adresse,  et  qui  t^moi- 
gnent  de  la  fa^on  la  moins  Equivoque  de  son  aberration. 

On  a  vu,  chapitre  vii,  ce  qu'^taient  ces  lettres;  mais 
devant  les  nombreux  certificats  concluant  k  rali^nalion, 
M.  Tailhand,  reconnaissant  I'inutilit^  d'une  lutte  oil  on 
le  d^clarerait  incompetent  pour  des  faits  passes  loin  de 
tout  contr6le,  dans  le  secret  des  asiles,  pr^tendait  s'en 
faire  une  arme  en  ma  faveur,  et  en  prouvant  ma  par- 


378     '  MBMOTRES  D*UNte  ALltlNfiE. 


faite  sanit6  d'^esfprit  avant  et  apres  ma  sequestration, 
d^mojatrer  tdute  rhorreur  de  cette  s^questratiaii,  doot 
k  ri^ueur  et  riojostioe  m'avaient  exasp^r^e  au  paint 
de  me  troubler  momentan6menl  Tesprit. 

Ce  n'est  point  ainsi  que  je  Tenteiidais ;  mais  uae 
fois  qu'il  aurait  ^1^  proUfV^  of^eiellement,  qua  je  R'^tais 
pas  folle  avant  d'etre  enferm^e,  je  me  faisais  for,t 
de  prouver,  selon  ropinion  des  nombreux  docteurs 
avec  lesquels  j'^lais  en  relation  habituelle,  que  si  je 
n,'6tais  point  folle  apres^  c'est  que  je  ne  i*avais  jamais 

Mon  rapporteur  trouva  dans  ce  dossier  de  minutieux 
details  sur  mes  quatorze  ann^es  de  s6questration ;  les 
letlre^  du  directeur  de  Fains  et  da  pr6fet  de  la  Meuse, 
constatant  les  violences  dont  j'avais  6t6  Tobjet;  et  des 
pieces  qui  lui  firent  me  rendre  dfes  Vabord  le  nom  de 
Rouy  et  dire  :  oc  Je  suis  tres-fiiiei  sur  toiU  ce  qui  se 
rapporte  a  Vetat  civil,  » 

Je  ne  pouvais  mieux  demander,  et  il  ne  me  restait 
plus  qu'a  baier  de  tons  mes  roeux,  a  prefiser  de  tout 
mon  pouvoir  \%  rapport  k  FAssembl^e  nationa)e. 

Une  ann^e  enti^re  s'6coula  cependant  en  recberches 
de  toutes  sortes,  travaux,  correspondances,  etc.  M.  et 
Mme  le  Normant  all^rent  successiveraent  a  Versailles 
conf6rer  avec  M.  Tailhand,  lui  montrer  les  originaiix 
de  mes  pieces  que  je  ne  voulais  k  aucun  prix  confier 
aux  hasards  de  la  poste.  Un  photographe  d'Orl<^aus, 
M.  Richou,  avail  eu  la  bont^  de  reproduire  gratuite- 


CHAP,   XVIII.  —  n.  TAILHAND,  PREMIER  RAPPORTEUR.      379 

I 

■     '■  ■■  ^     I    I     ^"   »        ■       ■■■        II       1^1    ■■■^■■.  I  ■■■■■■>■■<        ■■■!  I        I^^Wg     ■        ■        *'       I  ■  ■  ■    ■    I     —         — — — —     ■■■(■■< 

ment  tties  actes,  ainsi  que  le  portrait  de  rall)um,  et  de 
me  pftotographier  6galement  telle  que  j'etais  devenue 
avec  les  ann6es  et  la  souffrance.  Je  me  plais  k  recon- 
naitre  ici  Textr^me  bienveiilairce  que  j*ai  rencontr^e 
ims  toutes  les  (passes  de  la  soei^i6,  ou  cbacua  m'est 
fGBVk  en  aide  de  sa  bourse,  cie  ses  d^arches  ou  de  <son 
travail ;  sans  les  nombreux  copistes  bt^n6voles  que  j'ai 
rencontres,  je  ne  serais  jamais  venue  a  bout  de  Te* 
ii<s>rme  quantiie  de  dossiers  qu'il  me  fallait  envoyer  k 
tons  ceux  qui  s*occupaient  de  moi. 

II  me  vint  alors  un  auxiliaire  aussi  puissant  qu'inat- 
tendu.  M.  le  procureur  g6n6ral  d'0rl6ans,  auquel  le 
ministre  de  la  justice  avail  demands  un  rapport  sur 
mon  compte  en  novembre  i868,  avait  eu  le  tort  ou  de 
signer  trop  l^gerement  I'oeuvre  d'un  subalterne,  ou  de 
ne  se  renseigner  que  prfes  du  dooteur  Payen.  Ce  qu*il 
avait  appris  depuis  avait  bien  modifi6  son  opinion ;  il 
i^egrettait  ifayoir  emp^HS  le  minist^re  de  donner  suite 
a  ma  plainte,  et  en  magistral  int^re,  d6sireux  de  con- 
courir  a  la  d6couverte  de  la  v6rit6,  il  donnait  k  M.  le 
Normant  des  Varanhes  la  declaration  suivante,  qui  cons- 
tate ma  suppression  d'etat : 

Orleans,  3  juin  1872. 

Le  proewrenr  general  pr^s  la  coiu*  coor  d'appel  d^Orieans 

atteste,  aux  fins  quil  app^rtiendra,  que  M"«  Hersilie  Rouy  a  ete 

pjusieurs  annees,  sous  le  nom  de  Chevalier,  pensionnaire  a 

Tasile  d'Orieans^  et  qu'elle  en  est  sortie  sur  un  cerfificat  de 

guerison. 

Tenaille  d'EsTAis. 


380    .  M^MOIRES  d'uNE  MJtHtE, 

I 

11  ]'accompagnait  de  la  pri^re  a  MM.  les  directeurs 
de  Charenton  et  de  la  Salp^tri^re  de  commuiiiquer  a 
M.  le  Normant  les  dossiers  me  concemant. 

Gelui-ci  ^ciivait  le  5  juin  :         . 

Je  viens  de  passer 'trois  heares  aa  moins  a  prendre  la  copie 
des  curienx  documents  do  dossier  de  Charenfon,  et  il  abonde  en 
pieces  importantes  pour  Hersilie ;  il  y  a  du  Durangel,  du  Mette- 
tal,  et  curieux;  des  rapports,  des  lettres  Pelletan,  et  enfin  This- 
torique  parfaitement  constats  de  la  remise  des  papiers  a  la 
soenr,  la  date;  M.  Cochin  a  agi,  et  beaucoup.  Demain  j*espere 
obtenir  communication  du  dossier  de  la  Salpetriere. 

On  comprend  de  quelle  utility  ces  releves  -forent 
pour  mon  rapporteur.  C'est  a  M.  Tenaille  d'Estais 
Element  que  je  dus  la  communication  de  mes  certi- 
ficats  d'Auxerre,  et  de  tout  ce  qui  se  rapporte  k  la  vente 
de  mon  mobilier. 

Enfin,  en  juillet  1872,  M.  Tailhand  nous  ecrivait  : 

Je  Tons  promets  de  faire  mon  rapport  au  retour  de  Vassembl^e 
et  dans  nne  des  premieres  seances.    . 

Je  note  ici  une  grosse  afifaire  pour  moi :  mon  d^m^- 
nagement;  la  maison  de  la  rue  de  la  Grille  §tant  re- 
prise par  le  propri^taire,  il  me  fallait  absolument  la 
quitter.  Je  m'installai,  29,  rue  des  Charretiers,  chez 
les  demoiselles  Moufflet,  qui  purent  se  charger  de  ma 
nourriture,  ayant  en  m^me  temps  que  moi  quelques 
autres  dames  pensionnaires,  et  chez  lesquelles  je  suls 
encore.  .    , 


M 


■  •  ■ 

«     - 


CHAP.   XVIII.  —   k.  TAILHAND,   PREMIER  RAPPORTEUR.      381 

I  '  I  I      ■■  I  •■  II      II    III      ■  ■      m  ^— ^ 

I 

He  voyanl  enfre  les  mains  d'un  rapporteur  qui  cher- 
cbait  si  consciencieusement  les  moyens  de  s'^clairer,  et 
que  I'ou  secondait  si  bien  de  tous  cdtes,  M.  CJaude^ 
Daniel  Rouy  conipriMa  n6cessit^  de  se  d6fendre  et  lui 
envoya,  le  24  octobre,un  m6mpire  ou,  apr^s  avoir 
I'^edit^  toutes  ses  calomnies  de  1864, 1868  et  1869,  il 
disait : 

Jusqu'a  present,  disciple  bien  convaincu  de  mon  maitre  et 
ami,  M.  £inile  de  Girardin,je  M^avais,  corume  ilme  le  conseille; 
r^poDdu  que  par  le  m^pris  a  toutes  ces  sottises  (ma  pdtitioh). 
Peut-Stre  ai-je  eu  tort,  puisque  leurs  6chos  se  sont  fait  entendre 
dans  toute  la  France  et  que  vous-mSme,  Monsieur  le  president, 
V6US  avez  cru  devoir  vous  charger  de  les  examiner  et  d'en  faire 
un  rapport  k  TAssembl^e  nationale.  £h  bien  1  Monsieur,  vous* 
penserez  certainement  comme  moi^dans  votre  conscience  de 
raagistrat,  qiie  I'expression  de  la  v^ritd  doit  avoir  la  mdmc 
publiciti§  que  Tassertion  du  mensonge,«et  quMl  ne  sera  que 
de  toUte  justice  de  la  proclamer  officiellement  et  bien  haut. 

Je  n'en  demandais  pas  davantage;  seulement  onavait 
jusqu'ici  accepts  comme  v^rit^s  les  assertions  de  mes 
ennemis,  ou  tout  au  moins  de  mes  adversaires,  car, 
excepts  mon  fr^re  dont  je  ne  m'explique  pas  Tacbar- 
nement,  je  n'^tais  en  butte  k  aucune  animosity  person- 
nelle ;  on  ne  m'^ccablait  que  pour  s'exon^rer,  et  je 
demandais  k  etre  jugee  sur  des  preuves.  Sauf  I'acte  de 
decfes  de  sa  m^re,  qui  pouvait  6tre  Fobjet  d*un  juge- 
ment  rectificatif  de  mon  ^tat  civil,  mais  qui  ne  modifiait 
en  rien  ma  situation  presente  et  acquise,  M.  Rouy 
n'apportait  que  des  affirmations  dont  la  fi^usset^  6tait 


# 


382  MEMoiRES  d'une  alienee. 

I 

depuis  longtemps  demontree :  nombreux  t^moias  de 
ma  folie  r^clamant  ma  sequestration,  ses  bont6s  m^con- 
nues,  mes  prodigal it6s,  mes  desordres  d^conduite,  etc. 
II  xke  varie  que  sur  un  seul  point  :.  jamais  il  ne  m*a 
conteste  le  nom  de  Rouy,  au  grand  jamais  (1) ;  c'est 
moi  qui  ai  pris  celui  de  Josephine  Chevalier  pour  nrieux 
me  cacher,  apres  ^tre  sortie  ou  m'^tre  6vad6e  de  la 
Salp^triere ;  de  \k  vient  qu'on  me  Fa  attribu^  en  m*y 
r^hitegr^nt.  Sans  m'attacher  k  ce  qu'il  y  aurait  dB 
bizarre  a  ce  qu'un  6tablissement  inscrivit  sur  ses  re- 
gislres  le  nom  de  guerre  pris  par  une  feU^  ea  rupture 
de  ban,  k  la  place  de  celui  sous  lequel  on  l^'avait  regue, 
je  renverrai  le  lecleur  aux  chapitres  xiii  el  x^v,  ou  se 
trouven^  l<es  lettres  de  M.  Rouy  k  MM.  le  Normant  et 
Boi&bourdiQ,  et  k  F^rlicle  des  Debmts  affktnant  que  je 
ne  m'appeUe  que  Chevalier. 

Mais  M.  Rouy  comptait  sur  des  appnis  plus  s6rieux 


(1)  On  salt  d  qaoi  s^n'^tenirsurce  point;  maisvoici  une  pi^ce 
officiella;  c'est  la  souroission  sjur  papier  Umbr^  ^a  suppl^n^ent 
de  pension  paye  par  M.  Rouy  a  Tasile  d'Orl^ans.: 

«  Ville-d'Avray,  14  seiftembre  1964^ 

flc  Je  soussigne,  Glaude-Daniel  Rouy,  proprifeuire,  etc.,  n(i'«n- 
((  g«ge,  en  quality  de  bienfaileur  de  M"c  Herssilie  Chevalier,  a 
«  payer  annuelleinent,  etc.,  sous  la  reserve  expresse  du  silence 
«  envers  T^bligee.  » 

Ce  silence  devait  ^tre  une  garantie  centre  moi;  mais  toutes 
les  pieces  riie  concernant  a  I'aaile  d'Od^ns  ftirent  transmi^es 
adnumstrativement  k  M.  Tailhand,  s|ir  ^  derpiande. 


/       « 


\' 


CHAP.   XVm.  —    M.  JAILHAND,  PREMIER  RAPPORTEUR.      383 


que  son  ^btfuenee;  sur  la  solidarity  4es  bureaux^  des 
admiaistrations  et  'des  mMecins,  et  en  offrant  k  mon 
rapporteur  communication  de  la  correspondance,  il 
ajotttait  : 

PovLT  pouvoir.JQger  k  fond  cotte  aifftiire,  vous  pourriez  d'abord 
avoir  des  renseignements  de  M.  Mettetal,  votre  collogue  a  TAs- 
seoibl^e  nationale,  qui,  bien  avant  Tincendie  de  la  Prefecture, 
a  eu  toutes  les  pi6ces  en  main,  qui  a  vu  la  demoiselle  Rouy,  et  a 
^tudt^  ^On  affaire  dans  ses  plus  petits  diStails  et  a  toutes  ses 
phases. 

Selon  M.  Rouy,  j'avais  profile  de  I'ineendie  de  la 
Prefecture  de  police  pour  lancer  ma  petition  en  croyant 
aneanti  «  le  volumineux  dossier  on  eiaient  accumu- 
lees  depxiis  tant  d*annees  d'incessantes  reclamations 
folleSy  et  dHncessants  resultats  scrupuleusement  oh- 
tenus  et  tou jours  les  memesy  toujours  negatifs,  j>  II 
se  troinpait,  en  comptant  sur  cet  incendie  pour  r6- 
duire  mon  rapporteur  aux  seuls  renseignements  de 
M.  Metletal.  Le  dossier  enlier  avait  6t6  re  mis  au  mi- 
nisl^re  de  Tint^rieur  dfes  la  fin  de  1869,  et  c'est  en  le 
compulsant,  comme  on  Ta  vu  au  debut  de  ce  chapitre, 
que  M.  Tailhand  avait  6tabli  son  opinion. 

Cependant  M.  Rouy  et  ceux  qui  s*6taient  rendus 
solidaires  de  ses  agissements  envers  moi,  comptaient 
si  bien  avoir  convaincu  ou  intimid6  mon  d^fenseur,  que 
I'annexe  au  feuilleton  n°  358,  du  21  novembre  1872, 
portait  cette  mention  : 

Petitions  que  la  vommiasion,  a  Tunanimit^,  propose  d'^carter 


•    / 


384  Ml^MOIRES  D'U^^E  AW^NfiE^ 

I 

I  '  _  .  -     ■  I 

parla  question  prdalable,  conf or  moment  a  Tarticle^da  r^gle- 
ment :  no  381,  la  demoiselle  Houy,  a  Orleans. 

Cette  manoeuvre  ^choua ;  elle  n'aurait  pu  r^ussir  qu'en 
Tabsence  de  M.  Tailhand^  sur  laquelle'on  avail  compt^ 
a  tort,  et  dont  le  rapport  etait  pr^t.  On  s*y  prit  autre- 
ment. 

Ici  se  place  un  fait  tellement  singulier  qu'on  aurait 
beau  jeu  pour  le  mettre  sur  le  compte  de  mon  imagi- 
nation malade;  heureusement  j'en  ai  pour  garant  M.  le 
Normant  des  Yarannes,  qui  le  tient  de  la  bouche  mSme 
de  M.  Tailhand.  Gelui-ci  avail  emporte  son  rapport  a 
TAssembl^e  pour  en  donner  lecture  k  ses  collogues  de 
la  commission,  apr^s  la  stance.  II  trouva  son  porte- 
feuille  vide  :  le  rapport  lui  avail  ^td  suhreptice- 
ment  enleve;  nulles  recherches  ne  le  purent  faire  re- 
trouver. 

II  fallait  recommencer  ce  travail  sur  nouveaux  frais, 
d'apres  les  notes  ^parses  dans  tous  les  dossiers  qui  lui 
avaient  servi  k  le  faire.  Membre  de  la  commission  des 
graces,  ainsi  que.de  celle  des  petitions,  M.  Tailhand 
6tait  accabl^  de  besogne,  d^couragd  peut-^re  aussi  un 
pen  par  cette  preuve  d'une  lutte  acham^e  qui  ne  recu- 
lait  devant  aucun  moyen  pour  emp^cher  la  lumiere  de 
se  faire. 

II  s^en  occupa  cependant,  et  la  lettre  suivante 
de  M.  Dumamay,  d^put^  du  Finist^re,  ^  M.  le  Nor- 
mant des  Yarannes,  prouve  que  si  ce  rapt  avait  re- 
tard^ le  moment  oil  justice  me  serait  rendue,  rien 


I       -     '  -.  ■  1 


1  \ 


CHAP.  XVIII.  —   M.   TAILMAND,  PREMIER  RAPPORTEUR.      385 


n*6tait  venu   6branler  les  convictions  de  mon  rap- 
porteur : 

,  ,  «  Versailles,  7  juillet  1873. 

((  ....  J'ai  bien  regu  ta  lettre  avec  les  documents  qui  raccom- 
«  pa^naient,  concernant  Mii"*Houy.  J*en  ai  pris  connaissance,  et 
«  je  crois  rSver  en  li'sant  I'expos^  des  fails  contenus  .dans  ton 
«  m^moire  au  procureur  g^n^ral  de  Paris.  E»t-il  bien  possible 
«  qu'en  France,  au  XIX«  si^cle,  de  pareilles  iniquitds  aient  pu 
«  se  perp^tuer  pendant  plus  de  dix  ans  1 

<(  Je  connais  beaucoup  mon  collegue,  M.  Tailhand,  president 
«  a  la  cour  de  Nimes,  qui  est  cbarg^  du  rapport  de  la  petition; 
tt  les  int^rdts  de  M^i*  Rouy  ne  pouvaient  dtre  confi^s  a  de  meil- 
«  leures  mains:  M.  Tailland  est  un  homme  tr^s-6clair^  et  tr^s- 
<(  ferme,  et  qui  jouit  d'une  grande  estime  dans  TAasembl^e.  jfe 
«  Tai  entretenu  de  cette  Strange  affaire  et  me  suis  assure 
k  qu*il  la  poss^de  admirablement  dans  tous  ses  details.  Tu  peux 
«  Stre  certain  que  son  rapport  signalera  et  qualifiera  s^v^rement 
«  toutes  les  ilMgalit^Sidont  cette  triste  affaire  abonde ;  il  conclut 
«  au  renvoi  au  Ministre  de  la  justice,  et  tu  peux  dtre  certain 
«  que  ce  renvoi  sera  prononce  sans  que  personne  ose  elever  la 
«  voiz  en  faveur  des  trop  nombreux  personnages^  plus  ou  moins 
«  compromis  dans  cette  affaire. . 

«  II  parait  certain  que  c'est  un  fr^re  de  M^'*  Rouy  qui  a  pris 
((  Itnitiative  de  cette  odieuse  persecution;  cependant,  je  ne  vois 
«  pas  bien  son  int^r^t.  M**«  Rouy  n'avait  pas  de  fortune  p6r- 
^  sonnelle,  et  je  ne  vois  pas  qu'elle  fCit  appelde  a  recueillir 
c  de  succession  qui  put  exciter  la  convoitise  de  son  fr^re.  II 
(i(  y  a  sans  doute  des  motifs  de  haine^ou  d'interSt  que  M^^*  Rouy 
«  doit  connaitre,  mais  qui,  dans  aucun  cas,  ne  peuvent  mdme 
c  altenuer  les  actes  criminels  dont  elle  a  ^t^  si  longtemps  vic- 
«  time. 

<k  Nous  sommes  a  la  veille  des  vacahces,  et  TAssembl^ea  tan 
■  d'affaires  urgentes  k  expedier  avant  sa  separation,  que  je  tie 
<i  puis  croire  qu*aueune  stance  soit  d^sormais  consacr^e  aux* 

22 


/ 


386  MlaiOiaES  B'uNE  AUBHiKK. 

I 
I 

((  rapport^  de  p^titi<m»;  ce  n'est  done  qa'a  notre  rentree,  au 
cv  mois  de  iiovembre,  qae  cette  affaire  pourra  dtre  soumise  a 
ci  Tassembl^e. 

<  Je  puis  te  donner  rassorance  qjie  j'y  donnerai  toute  mon 
«  attention,  et  que  je  la  recommanderai  aussi  a  rattention  de 
«  tous  les  eoUdgues  aveo  lesqaels  je  .sois  en  relations. 

«  A.  DniCARMA.Y.  > 

f 

^Gependant,  je  n'6iaispas  seule  en  jeu'dans  cette  lutte 
sans  merci  ou  Ton  ne  se  faisait  pas  faute  de  se  servir 
d'armes  deloyales;  on  savaitbien  cpiels  services  m'avait 
rendusy  me  rendait  journelleoaent  M.  le  Normant,  dont 
on  ne  pnuvait  r^cuser  le  t^moignage  et  les  travaux 
aussi  facilement  qu'on  eiii  emp^che  de  lire  mes  lettres 
en  disant :  c  Elle  est  folle !  c'est  une  affaire  deja  .dix 
foisjug^I  > 

A  diverses  reprises  on  Tavait  averti  qu'en  conti- 
nuant a  me  prater  son  coQcours,  il  risquait  sa  po- 
sition, dont  il  avait  le  plus  grand  bescdn  .cependant. 
Ne  voulant  a  aucun  prix  abandonner  ce  qu'il  regar- 
dait  comme  un  devoir  de  citoyen  et  d^honn^te  bomme, 
mais  tenant  a  se  mettre,  au38i  bien  que  moi,  jsous  la 
sauvegarde  de  Topinion  publique  et  de  celle  paMi- 
culi^rement  comp6tente  des  principaux  magistrals  de 
la  ville,  il  leur  soumit  un  resume  de  mon  affaire 
avec  pieces  a  Tappui,  les  engageant  a  I'^tudier  et  a 
lui  en  donner  leur  avis.  II  s'agisssait  la  d'un  grand 
int6rdt  g^n6ral,  de  la  liberty  individuelle  mal  sau- 
¥egard^  par  la  loi»  de  rinsufiOsance  et  des  prices  du 


CHAP.  XVIII.   —   M.   1»AILHAN0,  PREMflfiR   RAPPORTEUR.      387 

' '       J  ill     I  ^  .1 .  ■  ■       I      ■■■■-.■"  .1  1 . 

regime  duquel  ^laient  scmtnii^  les  ali^ftds;  Mott  ta^ 
particulier  n'Stait  que  la  d^mofk^tr^ton  de  e«$  trkt^H 

Deux  pr^sidei^ts  et  sb  con^iliers  k  la  Cour  d'appei 
vinrent,  par  leur  appr^iatioi^  motive,  donner  une 
grands  force  k  mes  revendi^^attotts  et  former  autour  de 
mon  d^vou^  d^fen^eor  comme  une  garde  d'honneur  1^ 
garantissant  cootre  les  sourdes  nlen^es,  les  animosit^s 
inavouables  de  eertains  personnages  qui,  sans  que  je 
susse  poHxrquoi,  m'^faient  devenus  hostiles  apr^B  b'^tre 
proclam^s  bien  haut  me»  prolecteurs.  Mais  laisson« 
cela  :  je  ne  vmx  me  souveftir  que  cie  ceux,  biea  pluls 
honibreux,  qui  me  sont  rest^s  bons  et  decourable$  jus-, 
qu'au  bout. 

M.  le  Normant  fit  quelque  tetnps  aprfes  un  nouveau 
voyage  k  Versailles;  M.  Tailhand  lui»lut  son  rapport, 
auquel  il  ne  restait  plus  qu'a  mettre  la  derni^re  main, 
et  lui  promit  de  ne  rien  n^gliger  pour  saisir  le  moment 
favorable  de  le  porter  k  la  tribune.  U  lui  ^crivait  le 
10  fevrier  1874 : 

Obtenez  de  IP*  Roiiy  qu'eUe  veuiUe  bien  patientev  encore 
.  un  peu;  je  tiens  plus  que  vous  ne  pensez  a  lire  mon  rapport. 

Gependant,  le  rapport  n*arnvait  toujours  pas,  et 
M:**®  le  Normant  se  rendit  k  Versailles  pour  presder  de. 
nouveau  M.  Tailhand.  Elleletrouvadans  les  meiUeures 
dispositions  et  au  moment  d'obtenir  un  supplement 
d'informations  des  plus  inatte^dues.  Orji  lui  avait  pro- 


38S  i[1s:moire8  d'u^e  ali^n^e. 

mis  communication  d'un  dossier  conQdentiel  qui  exis- 
tail,  dtsat£-on,  sur  mon  affaire. 

Notre  impatience  et  notre ,  curiosity  de  connaitre 
ces  myst^rieux  documents  ^taient  extremes ;  nous  en 
fiimes  pour  nos  frais.  Nous  ne  piimes  m^me  savoir  si 
M.  Tailhand  les  avait  vus  ou  pas  vus.  Je  ne  sais  si  c'est 
prevention  de  ma  part ;  mais  k  partir  de  ce  moment, 
et  des  details  que  M*"®  le  Normant-  lui  avait  donnas  sur 
certaines  circonstances  de  ma  jeunesse,  sur  la  position 
exceptionnelle  que  j'avais  eue  a  Blois,  de  1830  k  1833, 
alors  que  j'y  etais  institutrice  chez  M™«  de  Galard  de 
Zaleu,  scBur  de  M.  de  Pradel,  chambellan  de  Louis- 
'.  Philippe,  M.  Tailhand  n'eut  plus  aucune  envie  defkire 
son  rapport.  J'en  tro.uve  la  confirmation  dans  une  re- 
ponse  qu'il  m'adressait  le  24  avril  1874 : 

Mademoiselle, 

La  lettre  que  vous  m'avez  fait  Thonneur  de  m*ecrire  m'a 
cause  an  profoDd  sentiment  de  chagrin....  Vos  malheurs  pas- 
ses, votre  situation  pr^sente  vous  ont  assure  mon  plus  pro- 
*  tbrnd  devoiiment,  et  je  vous  prie  de  compter  absoLument  sur 
la  persistance  de  mes  efforts  ppur  vous  faire  accorder  en.fin  wa 
dedommcuiement  aux  souffrances  immeritees  que  vous  avez 
stibies.,.  -' 

Heias  I  ainsi  que  je  ie  pressentais,  ce  n*etait  plus 
justice,  mais  assistance  que  M.  Tailhand  poursuivrait 
pour  moi,  et  j'en  eus  la  preuve,  aussit6t  sa  nomi- 
nation comme  garde  des  sceaux.  Son  coiiegue  de  Tin- 
terieur,  M.  de  Fourtou  ecrivit  au   prefet  du  Loiret 


CHAP.   XVIII.  —   M.  TAILHAND.  PREMIER  RAPPORTEUR.      389 
t 

d'en  terminer  avec  mon  afTaire  et  avec  moi,  en  m'of- 
frant  une  pension  dont  le  chifTre  fut  laiss^  en  blanc, 
ainsi  que  je  Tai  su  depuis. 

M.  le  pr^fet  mit  en  mouvement  M.  Yilneau,  manda^ 
k  son  cabinet  M.  le  Normant,  lui  dit  que  le  minist^re  , 
6tait  dispose  ^  entrer  en  arrangement  avec  moi ;  que  ma 
petition  allait  ^tre  recul^e  ind^finiment  par  la  n^cessitd 
de  nommer  un  nouveau  rapporteur ;  qu'il  valalt  bien 
mieux,  malade  comrae  j'^tais,  en  flnir,  m'assurer  une 
existence  tranquille  pour  mes  demi&res  ann^es ;  et  il 
lui  demanda  quelle  pension  lui  semblait  n^cessaire 
pqurcela. 

M.  1^  Normant  r^pondit  "que  je  tenais  avant  tout  k 
dtre  rehabilitee,  k  ce  que  mon  affaire  fat  port6e  k  la  tri- 
bune, afin  que  la  justice  se  pronong^t^  qu'on  sut  ce 
qu'il  avait  k\h  possible  d'accumuler  contre  moi  d'abus 
de  pouvoir  et  dUtiegalites  en  quatorze  ans  de  detention 
arbitraire,  et  que  je  recommencerais  patiemment  avec 
un  nouveau  rapporteur  le  travail  qui  avait  amene  la 
conviction  du  premier.  II  demandait  done  pour  moi,  en 
attendant  les  dommages-interets  auxquels  j'avais  droif;, 
simplement  de  quoi  vivre,  100  fr.  par  mois.  Le  minis- 
tere  en  accorda  125  et  les  fit  partir  du  l^""  Janvier. 

Je  n'etais  pas  tout  k  fait  de  I'avis  de  mon  defenseur. 

Sachant  que  la  consideration  se  mesure  facilementk 

Targent  dont  on  dispose,  je  pensais  qu'on  aurait  eu  une 

-plus  haute  id6e  de  mes  droits  en  voyant  un  chiffre  plus 

^leve  ^  la  pension  qui  me  permettrait  d'altendre  et  de 

22. 


I 


\ 


390  Mi&MOiREs  d'unk  alie? 


les  faire  valoir.  Mais  Tessentiel  6tait  de  ne  pas  avoir 
entrave  ma  liberty  d'action,  et  c'est  ce  que  je  pr^cisai 
en  6crivant  sans  tarder  i  M.  Tailhand : 

< 

Orleans,  29,  rue  de3  Gharretiers,  41  join  1874. 
Monsieur  le  Ministre,    v 

II  se  pas$e  en  ce  moment  one  chose  si  strange,  que,  malgr^ 
mon  d^sir  de  ne  pas  vous  troubler  au  milieu  de  vos  grandes  et 
multiples  occupations,  je  crois  devoir  vovs  en  infomier;  oefai 
'tou9  feni  coinprendre  bieii  facilement  comment  et  pourqiioi  oj^ 
%.  mur4  ma  feudtre  alors  qu  on  m'avait  sous  la  main  et  qu'on 
n*avait  qu'un  ordre  a  donner ;  pourquoi  on  a  cherche  a  me  faire 
enfermer  de  nouveau,  a  me  faire  passer  pour  folle  an  moment 
ou  j'ai  publie  ma  petition.  On  ne  Fose  plus ;  on  s'y  prend  autre- 
meut 

Je  laisse  a  M.  d\M>OYille  le  soin  de  tous  donner  tons  les  de^ 
tails  *,  je  me  borne  a  vous  dire  en  h4te  que  M.  le  pr^fet  du  Loire t 
a  dit:  1*  que  vous  ne  trooviei  pas  i  propos  de  fiiire  raon  rap- 
port, fiiute  de  savoir  le  mobile  4I)  ayant  ponsse  M.  Koay  a  me 
faire  enlever;  ^  que  M.  le  Ministre  de  riuterieor  me  fait  faire 
par  M.  Durangel  la  proposition  d*entrer  dans  un  etablissement  de 
bienfaisance  aux  frais  de  T Assistance  publiqoe, a  to  covtdtiilioti^ 
9He  imire  tur  le  pasfe  et  de  retirer  ma  peliiion^ 

Cest  M.  le  president  Yilneau  qui  a  ete  mis  en  moovement 
pour  arriver  a  cette  iransaction  a  laquelle  j'etais  loin  de  m*at- 
tendre^  je  Tavoue.  —  Josqu'i  present.  Monsieur  le  Ministre,  J'ai 
compt^  sur  voos,  sar  votre  pan4e.  Yous  ^vea  lecUme  des  se- 
cpurs  pour  moi  de  M.  le   Ministre  de  rinterieur,  et  lis  m'oot 

\t)  On  a  th  au  commencement  de  ce  chapitre  (lettre  de 
M.  Dumamay)  que  ce  manque  de  mobile  apparent  ne  lui  sea^ 
blait  pas  alors  de^nwr  entrarer  Faction  de  la  justice.  Si  Fob  nx 
trMitait  pas  4e  nbotif  seneax.  le  crime  contie  mot  n'eii  etait 
pas  moins  patent,  ainsi  qite  ses  desastreuses  ix^nsequence^ 


8f4cune  a/adilioa,  iiien  qoej'ue  piis  chaqoe 
de  bien  eipliquer  que  je  ne  tes  rSulamais 
lant  Ie  rapport. 

minUlre.-  tloa  espoir  en  vans  devienl  d'autaal  pliu 
St  i  ce  moment  qu'on  m'impose  le  silence  el  le 
petition! 
prends  rien ;  maU  le  doute  n'est  pins  possible.  Torn 
parlanl  a  U.  d'AboTille,  qui  a  »a  lout  U  dossier  de 
>yable  aveature. 

oa  Ti  proc^er  a  la  nominition  d'uu  nouveau  i^- 

■  petition,  J'ose  ^perer.  JJunsieiir  le  Mioislre,  que 

biao  6lre  asscz  bon  pour  vous  aatendre  avcc  lui. 

^^  uonfler  voire  ripporl  qui,  a  pail  ce  nouvel  episode,  qui 

^4<niierB  encore  plus  de  poids.  reslera  ce  qu'il  est,  car  jc  iic 

HVncf*  paa  tnon  nlence.  et  le  rapport  se  fera. 

Tcuillex,  Uaniiieur  le  Mioiatre,  agrfer,  etc 

llefsilie  fiou», 

M,  le  vicomte  d'Aboville  qui,  comnie  on  le  vml, 
O'avait  cesE^  de  mecooliauer  ses  bons  offices,  acc^pU 
Ifi  Ucbe  de  rapporteur  de  ma  p6tilioii  et  eut  it  ca  sujel, 
a»ec  M.  Tailhand,  une  converHation  donl  le  shos  reaaort 
raent  de  cefto  letlre  que  je  crus  devoir  lui 
ensuite : 


Orleans.  ^  juilttl  IMft^ 

Monsieor  le  Minislrc. 

H.  le  vicomte  d'Abuville  vient  de 

■a  vous  avez  bien  voulu  me  donner,  ^-i.^'iu  t 

fusion  ^venluelle  t^ue  je  doiii  u  vutre  i 

jnl^rvenlioii.  my  sera  co'ilim^pe,  si  ri'-r.  ■ 

iai  toli'e  d-jmande,  veulenl   bi^^i 
^iler  de  me  faire  rrpwittiox.  Je  ui»  't^itvu- 
die  bont^  qui  vous  a  djcte  ces  pvobv,  Knwicar  !•  Minmlif, 


\ 


/ 


392  M^MOiRES  b'une  alienee. 


je  vous  6^  suis  profond^meni  reconnaissante.  Mais  le  malheuf 
que  voQS  voudriez  m'dviter  peat  arriver  par  le  caprice  d*un  nou- 
veau  ministre,  ou  mSme  d'un  employ^,  et  si  je  ne  vous  ai  plus 
]k  pour  me  soutenir  et  me  reiever,  je  puis  Mre  bris^e  pour  tou- 
jours. 

Ma  s^curit^  exige  done,  non  pas  un  rapport  ro^nageant  Tun  ou 
Tautre,  mais  un  rapport  mettant  sous  les  yeux  de  tous  les  ^pou- 
vantables  tortures  de^vingt  ann^es  de  roon  existence,  Thornble 
position  oil  je  suis,  manquant  de  tout,  n'ayant  ni  un  lit  ni  on 
si^ge,  que  ceux  que  la  charity  me  prSte.  Tant  qu'un  rapport 
n'aura  pas  fait  connaitre  les  xhonstruosit^s  qui  ont  6i^  accom- 
plies  par  des  fonctionnaires  dans  des  etablissements  publics, 
n'aura  pas  constats  les  crimes  qui  ont  ^td  commis  sur  une 
femme  inoffensive,  le  ddsordre  et  le  mauvais  youloir  dont  j'ai 
et^  victime,  les  niensonges  honteuz  auxquels  on  a  recours  pour 
m'accabler ;  tant  qu*il  n'aura  pas  ^t^  etabli  pnbliquement  qu'on 
ne  pent  me  reprocher  que  des  lettres  v^b^mentes,  ^tianges, 
inezplicables,  dues  k  mou  excessive  indignation  et  a  la  position 
qui  m'^tait  faite,  je  serai  exposde  a  Stre  non  seulement  trait^e 
avec  m^pris  et  defiance,  comme  une  insens^e,  mais  encore  a 
retomber  dans  ces  gouffres  affreux  dont  je  ne  suis  sortie  que 
par  miracle.  i  * 

Tant  qu'une  transaction  judiciaire  ne  sera  pas  intervenue  pour 
me  Taire  obtenir,  soit  a  Tamiable,  soit  par  le  fait  des  tribunaux, 
une  reparation  oonveuable  et  irrevocable^  je  serai  a  la  nierci  des 
bommes  qui,  depuis  vingt  ans^  se  font  un  jeu  de  ma  mis6re  et 
de  ma  soufiGrance. 

Mon  rapport  se  fera  done,  Monsieur  le  Ministre  ;  il  se  fera  le 
plus  tot  possible,  car  je  ne  puis  m*abuser  sur  la  dur^e  d*un 
secours  aussi  ^ventuel,  ni  m'accoutumer  a  un  repos,  a  une  tran- 
quillity dont  j'ai  si  grand  besoin,  et  qui  cependant  me  per- 
draient  si  je  m'y  laissais  aller  avant  d*avoir  assure  mon  sort. 

J'espfere,  Monsieur  le-  Ministre,  que  le  rapport  de  M.  le  vicomte 
d'AboviUe  sera  fait  pendant  que  vous  dies  encore  au  pouvoif)  et 
que  par  vous  j'obtiendrai  enfin  une  justice  (|ui  ne  peut  m*6tre 
refus^e* 


CHAP.  XVIII.   —  M.  TAILIIAND,  PREMIER  RAPPORTEUR,      393 


Jc  ne  croyais  pas,  a^ant  port^  plainte  aussitdt  ma  soiiie  des 
asiles,  n'ayant  jamais  inlerrompu  cette  plainte,  qui  est  rest^e 
'troia  arts  entre  vos  mains,  je  ne  croyais  pas  qa'il  pilit  y  avoir 
prescription  pour  crime,  Mais  laissez*moi  vous  le  dire,  Mon- 
sieur le  Ministre,  je  no  mets  M.  Bony  qa'au  second  plan,  et  ce 
sont  ceaxqui  m*onttenue  ehferm^eauzquels  je  demande  compte 
avaut  tout. 

M.  Rouy  a  ^t^  cache  pendant  quinze  ans.  S'il  n'avait  pas  ^rit, 
s'il  n'avait  pas  agi  dUine  mani^re  aussi  d^gradante  pour  m'acca- 
bier,  nul  ^'aarait  songd  a  lui.  U  s*est  accuse  lui-mdme.  II  se 
defend  'par  de  honteux  mensonges ;  il  se  met  a  couvert  sous  la 
responsabilit^  des  autres,  e4  s^me  sur  sa  propre  famille  la  honte 
dt  le  seanilale,  pour  me  perdre  pr^s  de  ceux  qui  s'intdressent  k 
moi;  il  s^est  adress^,  il  y  a  moins  de  deux  ans,  a  vous-mdme. 

Si  la  justice  est  impuissante  k  punir  de  tels  crimes,  parce  qUe 
ces  crimes  se  sont  accomplis  dans  des  ^tablissements  ministS- 
riels  et  non  dans  un  domicile  particuUer  ;  si  elle  ne  peut  faire 
obtenir  reparation  a  la  victime ;  s'il  faut  que  celle  qui  a  ^t^ 
d^pouill^e  se  contente  d'une  aumdne  qu*on  peut  lui  retirer,  — 
qu'est  done  la  justice  en  France,  Monsieur  le  Ministre? 

Laissez-moi  alors  en  appeler  d*autant  plus  a  TAssembl^e 
nationale,  lui  soumettre  un  ^tat  de  choses  aussi  efifroyable,  lui 
demander  un  secours  que  la  justice  ne  peut  m'offrir  !  £t  si  tout 
me  manque,  M.  le  vicomte  d*AboviUe  ne  me  manquera  pas.  Sous 
sa  protection,  j'ouvrirai  une  souscription  et  jepoursuivrai  civile^ 
ment.  Centre  ces  poursuites,  du  moins,  la  prescription  ne  me 
sera  pas  oppos^e,  et  Tefifet  du  rapport  aura  dmu  Fopinion 
publique,  assez,  je  Tesp^re,  pour  sauvegarder  mon  ind^pendance 
et  ma  liberty. 

Veuillez  agr^er,  Monsieur  le  Ministre,  Tassurance  de  ma  pro- 
fonde  et  respectueuse  reconnaissance 

Hersilie  Rouy. 

J'adressai,  le  m6me  jour,  la  lettre  qu'on  va  lire  k 
Tad  ministration  des  hospices  d'0rl6ans  : 


t 


594  it^aa:<ym£S  o'uni>  alusni^e. 

• ' 1 — — — '■ 

Monsieur  le  President, 
Messieurs  les  Administrateurs, 

H  me  ikis  ub  devoir  de  vous  faire  connaitre  qu'fr  la  re^pi^e 
de  M.  Tailhand,  garde  des  soeaut,  ministre  de.k  juMtce ;  sor  bt 
pressante  recommaBdation  de  hautd'di^aitaiteft,  enbre  autoes  d» 
M.  le  comte  Benoist  d'Azy,  vice-president  de  TAssemUite  l^abfcio- 
nale;  de  M9<^  Bapainloup,  ^vSque  d'Or^ea^s;  da  Censeil  g^n^- 
ral;  de  MM.  les  d^p.uti^s  et  da  priifet  du  Loitet,  M.  t$  Mini^e 
de  rint^rieur  vient  de  m'aoeorder  une  p/intsiiedit  apnjtelle  de 
1,500  fr. 

Ghacun  de  vous,  Messieurs,  sait  que  M.  Tailhand  ^t»iX  le  rap- 
porteur de  ma  petition  a  TAssembl^e  natiooale  ;  qa'apres  une 
longue  et  coBscienciett£ie  enquSte,  il  a  r^dig^  uA  rapport  quo  le& 
afifair^s  publiques  out  seule3  retarde,  et  qu'il  doit  re^iettre, 
avec  Les  pieces  a  Tappui,  a  M.  le  vicomte  d'Al^oviUe,,  notre 
d^put^  choi&i  par  la  comqiission  ppur  le  remplaQer, 

La  puissacnte  iaierventiom  de  M.  le  garde  des  seeaux  psirle 
trop  haut  en  favour  de  cette  cause  exeeptionnallfi#i^oHr  que  je  oe 
sois  pas  fondle  a  esp^rer  une  entiere  cotlf^ilitation,  me  fr^r- 
mettant  de  reconquerir  le  respect  e|  la  confiance  qu'une  aussi 
longue  et  cruelle  diffamation  m'a  fait  perdre* 

La  part  que  vous  avez  prise  dans  ma  lib^ratioUt  Mes^ew9, 
ainsi  que  hi  blenveillante  et  bienfaisante  protection  dont  •  vous 
avez  bien  voulu  eontinuer  i  m'entourer  jusqu'a  ce  jour,  me  font 
penser  que  vous  reoevrea  avec  plaisir  rannonce  que  je  suis  a 
Tabri  des  premieres  n^cessit^s  de  la  via,  jt)6qu'aa  jour  de  la  jus*- 
tice  et  de  la  reparation. 

Veuillez,  Monsieur  le  President,  Messieurs  les  Administra* 
teurs^  agr^er  I'espression  de  ma  reoonnaissanee  et  4^  mon  res- 
pect.   > 

Hersilie  Rouy. 


'^J 


CHAPITBE   XtX 

Mb  pficlcion.  —  H.  la  Tioomte  d'AltoTille.  deaxl4m«  rapportanr. 

Je  ae  fus  pas  d^courag^  comtne  oa  I'aurfkit  pu 
croice  ea  me  .voyant  revenue  pour  U  aecoode  fois  k 
mon  point  de.d^fkart.  D'abord,  gr^e  i  MM.  Tailh&ild 
etde  F«untou,  moc  p&itt  tjuotidien  ^ait  aBBur^,  et  mes 
d^vou^  amis  ne  maaquaieot  pas  d'ajuuter  «{uelque  su- 
perflu  &  C6  strict  n^^aasaire,  du  via  ^nenx  et  surtout 
des  fruils  doat  j'Staia  avide,  car  ils  rarraldiissaient  et 
adoucissaient  ma  pauvre  poktriae  dess^ch^e. 

Puis  M.  le  vicomte  d'AbaviUe,  qui  s'occupait  de  moi 
depuis  plusieurs  ann6es,  iStait  presque  aussi  a«  courant 
que  Dou^imdoaes  dece  qui  me  oouceroait.  M.  TailhuniJ 
lui  avait  promia  oommuoication  de  see  notes,  qui  ^luci- 
daient  toute  uion  affaire  au  point  devue  1^^'al,  nvec  une 
nettet^  dont  on  a  puju^er,  puisquej'en  ai  cito  une 
gratlde  partie,  et  une  competence  indiscutable.  M.d'AIJO- 
ville  r^solut  done  de  porter  ses  investigations  sur  lf?s 
poiots.cqacwnMtt  ma  lamiUe  et  tes  motifs  qu'alle  avait 


/ 


396  M^MOIRES  DVm  ALDBNl^E. 

/ 

pu  avoir  de  me  faire  enlever,  puisque  c'^tait  d^cidement 
elle  qui,  de  son  propre  aveu,  en  avail  pris  rinitialive. 
II  alia  pour  cela  consulter  les  pieces  du  dossier  de 
Ville-d'Avray,  ainsi  que  mon  frfere  y  avail  invil^  son 
prM^cesseur. 

En  reproduisanl  ici  les  r^sultals  de  cetle  enqu^te, 
je  ne  fais  que  r^pondre  au  vobu  de  M.  Rouy,  deman- 
dant qu'ils  fussent  connus,  com  me  ma  p^tilion,  tn  de 
toute  la  France,  trouvant  juste  que  I'expression  de 
la  verite  ait  la  meme  puhlicHe  que  Vassertion  du 
mensonge,  :»  Avec  ces  documents  en  main,  le  lecteur 
pourra  juger  de  quel  c6l6  se  trouvenl  Tun  el  rautre. 

M.  d'Aboville  demanda  d'abord  k  M.  Rouy -commu- 
nication de  la  letlre  de  details  annoncSe  par  4e  docteur 
Pelletan,  qui  Tenvoyait  k  Henri  Rouy  avec  priere  de  la 
faire  parvenir  k  son  p^re  apr^  en  avoir  pris  commu- 
nication ;  lettre  Verite  le  lendemain  de  mon  enlevement 
dont  elle  rendait  compte.  II  ^lait  int^essant  de  voir 
si  elle  concordait  avec  la  declaration  de  M.  Petlelan  k 
FenquMe  de  1869,  nolammenl  au  sujet  des  tentures  et 
des  cercueils. 

M.  Rouy  r^pondit  qu'il  Tavail  ^gar^e,  perdue  ;"qu'il 
la  chercherail ;  de  m^me  pour  le  testament  de  mon 
p^re.  Quant  k  ce  qui  s'^tait  pass(^  pour  mes  cl^s,  le 
d^faul  d'invenlaire,  de  scell^s,  11  ne  salt  rien  de  ces 
details,  ^tant  k  cette  ^poque  malade  k  Ville-d'Avray 
des  suites  d'une  cruelle  operation. 
II  ignore  Ha  m^me  k  qui  a  ^16  signiii^  le  jugement 


fTi 


I 


CHAP.   XIX.  —  M.  d'ABOVILLE,   SECOND  RAPPORTEUR.      397 

■ 

du  i^  Janvier  1855,  ainsi  que  le  commandement  et  la 
vente  du  12  f^vrier,  et  par  qui  j'ai  ^i&  representee  k 
cette  vente. 

Une  lettre  de  M.  Henri  Rouy,  du  9  novembre  1854, 
dit  que  c'est  M^«  Cor,  amie  de  M.  Pelletan,  qui  est 
aliee  prendre  chez  moi  les  effets  qu'en  m'a  envoy^s  a 
Charenton.  C'est  k  peu  pr^s  le  seul  renseignement 
preds  que  M.  d'Aboville  retire  de  sa  visite. 

Interroge  sur  la  personne  qui  a  donn^  le  nom  de 
Chevalier  k  Charenton,  M.  Rouy,  pour  tdcher  d'ac- 
eorder  les  choses  avec  la  nouvelle  version  de  son  m^- 
moire  k  M.  Tailhand,  r^pond,  m'^crit  M.  d'Aboville  : 

Qu'il  suppose  que  les  employes  ont  ajoute  ce  nom  aprei 
coup  avant  celui  de  Rouy,  pour  se  reconnaitre  lorsqu*il  leor 
arrivait  des  reclamations  ou  des  plaintes  de  Mi**  Chevalier^  se 
disant  Rouy,  ainsi  qu*elle  ^tait  designee  dans  les  autres  asiles. 

Dans  one  premiere  entrevue  (car  M.  d^AJboviUe  a  eu  14 
bont^  de  retoumer  trois  fois  a  YiUe-d' Array),  M.  Rouy  m*avait 
r^pondu  qu*elle  seule  pouvait  s*dtre  nonmi^e  ainsi,  a  son  arrivee 
a  Charenton,  dans  un  moment  de  folie.   . 

Ces  r^ponses  ne  me  semblent  pas  s^rieuses.  II  est  Evident  que 
c*est  M.  Pelletan  qui  a  donn^  k  Tarriv^e  k  Charenton  le  nom 
de  Chevalier  qui  figure  sur  le  registre  d*admission  a  Thospice. 
M.  Rouy  est  sourd,  ce  qui  facilite  de  sa  parties  r^ponses  evasivet 
ou  I'absence  de  r^ponse. 

Ayant  inutilement,  a  deux  reprises,  fait  la  demande  du  testa- 
ment de  M.  Charles  Rouy,  en  ofifrant  d*en  payer  la  copie  sur 
timbre  et  l^galis^e,  je  r^clamai  de  nouveau,  cette  fois  par  lettre 
et  formellement,  le  testament  et  la  lettre  du  docteur  Pelletan 
du  9  l^eptembre  1854. 

Voici  la  reponse  textuelle  de  M.  Rouy  ; 

23 


f 

if 


594  u^ttOiiRES  d'uni>  alienee. 

■ ' \ ' : 

Monsieur  le  President, 
Messieurs  les  Administrateurs, 

S^  me  fiais  ud  deroxr  de  vous  faire  connaitre  qa*a  la  r«%ttd^ 
de  M.  Taiifaand,  garde  des  seeaut,  ministre  de.la^usb^e;  aur  la 
l^ressante  recommaBdation  de  hauts'dignitaites,  enlre  autires  db^ 
M.  le  cornte  Benoist  d'Azy,  vice-president  de  TAssemUi^e  lUiUo* 
nale;  de  Mvr  Bupainloup,  ev^qu«  d'Of^a^s;  da  Gonseil  gin^- 
ral;  de  MM.  les  ddpxtt^s  et  du  pr^fet  du  Loiret,  M.  H  Ministre 
de  rintdrieur  vient  de  ai'aooorder  une  p/^nsioA  anaiaeUe  de 
1,500  fr. 

Chacun  de  vous,  Messieurs,  sait  que  M.  Tailhapid  ^Uit  le  rap- 
porteur de  ma  piStition  a  TAssemblee  natiooale ;  qu^apres  une 
longne  et  coBsctencteu^e  enqudte^  il  a  r^dif^  uA  rapport  que  les 
aSaic^s  publiques  out  seule3  ret^rde,  et  qull  doit  reinettre, 
avec  les  pieces  a  Tappui,  a  M.  le  vicomte  d^AboviUe,  notre 
4^put6,  ehoisi  par  la  comqiission  pour  la  remplacer. 

La  puissante  iaiervefttian  de  M.  le  i^de  des  sceaux  ptarle 
trop  haut  en  favour  de  cette  cause  excepUonoeliAfj^oar  que  je  ^e 
sois  pas  fbnd^  a  espirer  une  entiere  rejlii^ilitation,  me  p^^- 
mettant  de  reconqu^rir  le  respeet  ej;  1^.  confiance  qu'uue  aussi 
jk>ngue  et  cruelle  diffamation  m'a  fait  perdr^. 

La  part  que  vous  avez  prise  dans  ma  liberation,  M^9i6ur9, 
ainsi  que  la  bienveillante  et  bienfaisante  protection  dont  *  vons 
avez  bien  voulu  eontinuer  i  m'entourer  jusqu'a  ce  joor,  me  font 
penser  que  vous  reoevrea  avec  plaisir  razmonee  que  19  sois. a 
Tabri  des  premieres  n^eesstt^s  de  la  vie,  jiisqu'att  jour  do  la  ju&^ 
tice  et  de  la  reparation. 

Yeuillez,  Monsieur  le  President,  Messieurs  les  Admlnistnk 
teurs,  agreer  TeJipressioa  de  ma  reoonnalssaneo  et  de  mon  res- 
pect.   % 

Hersilie  Rouy. 


L 


....J 


\ 


CHA.P.   XIX.    —   M,   ©'ABdVlLtE,  SECONiR    RAPPORTEUR.      385 


GHAPiTRE   XIX 


Ma  petition.  —  M.  le  vioomte  d'AboTille,  deuzitoi^  rapporteur. 


Je  ne  feus  pas  d^couragee  camme  on  I'aur^il  ,pu 
croice  ^v  me  .voyan4  reveaue  pour  k  seco&de  fois  k 
moa  polatde. depart.  D'abord,  grax^e  i  MM.  Taiihismd 
etde  F«untx)u,  men  paiii  q.'uotidieii  ^ait  assure,  et  mes 
d^vou^  amis  ne  manquaient  pas  d'ajouter  que}que  su-^ 
perdu  k  ce  strict  necessaire,  du  vin  vieux  et  surtout 
des  fruits  doat  j!6tai€  avide,  car  i\s  rafraichissaient  et 
adoucissaient  ma  pauvre  poitrine  dess^ch^e. 

Puis  M.  le  vicomte  d'Abovilde,  qui  s'occupait  de  moi 
depuis  plusieurs  ann^es,  (^tait  presque  aussi  au  courant 
qm  Aou^im^n^s  dece  qui  me  concernait.  M.  ^ailhand 
lui  avait  promis  oommunic»tion  de  ses  notes,  qui  ^luci^ 
daient  toute  mon  affaire  au  point  de  vue  l^gal,  avec  une 
nettet^  dont  on  a  pujuger,  puisquej'en  ai  citf^  une, 
graiklepartie, et  une  competence indiscutable.  M.d'Abo* 
ville  r6solut  done  de  porter  ses  investigations  sur  les 
points  cqa(^ernaiit  ma  famiUe  et  les  moti^  qu'alla  avaift 


I'       .  *  ^  .,  ■  ■ 


r 
/ 


400  '  MEMOTRES  D'UNE  ALIENEE. 

■  I      I  -    '  11  ii   I.         I,        ■•     1 1       ■    ■   ■  I 

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I  '     ' 

de  douze  ans,  Mon  pere  s'en  fut  a  Londres  et  la,  v^cat  maritale^ 
ment  avec  une  jeune  AUecnande;  Marianne,  etc.  (1). 

Q\jte  M™«  Rouy  quitt^t  son  mari  dans  de  telles 
circoiistances,  si  ces  faits  sont  exacts,  on  le  com- 
prend;  mais  qu'elle  abandonnit  son, ills  aux  soins  de 
ces  mattresses  de  basard  dont  mon  p^l*e  6tait,  disait-- 
on,  ent6ur6  I!I 

C'est  pourtant  ce  qui  a  eu  lieu.  Depuis  la  disparition 
de  sa  m^re,  en  4798,  etnon  en  4802,  car  la  date  est 
constat^e  par  I'acte  de  notori6t6  joint  k  son  contrat  d6 
manage,  M.  Rouy  n'a  eu  aucun  rapport  avec  elle;  pas 
une  lettre  n'a  6te  ecbang^e,  et  il  n'a  plus  entendu  par- 
ler  de  Marie  Stevens  qu'aprfes  sa  mort,  par  un  oncle 
qui  i'a  avertt  d'aller  recueillir  sa  succession. 

Comment  cet  oncle  avait-il  pu  le  retrouver,  alors 
que  sa  mfere  ignorait  oil  il  6tait  ?  M.  Rouy  r6pondit  que 
la  maison  d'^picerie  et  sucrerie  Rouy  etait  connue  dans 
le  quartief  des  Lombards.  Un  almanach  du  commerce 
devait  donner  cette  adresse,  qu'en  trente  ans  de  sd- 
jour  k  Bruxelles  *M"^e  Rouy  n'a  pas  eu  la  curiosity  de 
connaitre.  Elle  en  voulait  si  fort  k  son  mari,  qu'elle 
en  oubliait  son  enfant,  61ev6,  a  Paris,  cbez  son  oncle 
£tienne,  dont  plus  tard  il  devint  gendre. 

£n  juillet  1870,  nous  avions  demands  et  obtenu 

'  (I)  Chose  bizarre !  mon  fr^re  avait  chez  lui  le  portrait  de  cette 
Marianne ;  de  plus,  on  disait  qu'eUe  avait  pris  soin  de  lui.  Qoand 
done  et  ou?  A  Londres,  sans  doate,  et  en  1798. 


CHAP.   XIX.   —  M.   D*AB0VILLE,  >SECOND   RAPPOkffeiJW.       4(>1 


les  rehseignements  suivants  du>  minist^re  des  aiTaires 
^trangeres  : 

Marie-Joseph  St^v^ns  est  n^e  a  Wavre  en  1765.  £n>  1786,  elle 
est  entree  en  service  k  Bruxelles. 

V  En  lt88,  ellea'6pous6»  k  Paris,  Charles  Rouy,  Spicier.  Aban- 
donn^e  par  son  man,  elle  a  qiiitt^  Paris  pour  retourner  a 
Braxelles,  s'^tablir  en  quartier  (1).  £lle  y  est  reside  jus- 
qu'en  1830,  ^poque  a  laquelle,  ^tant  tomb^e  malade,  elle  est 
reto,urnde  k  "Wavre,  pr6s  de  sa  ni^ce,  la  femme  Gollier,  bouti- 
quiere  dans  cette  ville. 

Elle  poss^dait  une  pi^ce  de  terre,  une  cr^ance  hypotfa^caire  et 
des  Economies. 

Son  fils  est  yenu  k  Wavre  recueillir  la  succession,  faire  vendre 
la  terre  et  la  cr^ance  hypoth^caire. 

M«  Pastur,  notaire  &  Wavre,  m'envoya  copiede  Facte 
de  d^c&s  de  Marie-Joseph  Stevens  et  de  la  declaration 
des  droits  de  succession,  faite  k  Wavre  le  7  jail- 
let  1832,  et  sign^e  G.-D.  Rouy. 

La  pi6ce  de  terre  avait  6t6  vendue  150  fr.  par  rh6»- 
ritier,  et  il  n'est  pas  fait  mention  de  cr^ance  hypoth^- 
.caire. 

Le  maire  de  Wavre  nous  ayant  ^galement  dit  que 
M.-J.  St^vBus  n'^tait  revenue  dans  le  pays  qu'un  an 
environ  avant  sa  mort,  nous  vouMmes  rechercher  ce 
qu'elle  ^tait  devenue  pendant  plus  de  trente  ans  k 
Bruxelles,  et  quelle  etait  la  cause  de  cet  oubli  complet 
de  tous  les  siens. 


(1)  Cette  locution  beige  signifie  qu*elle  n*^tait  plus  domes* 
tiqae  ni  en  garni,  mais  chez  «Ue. 


4(B  ^       HfikOIRBS  B.'UNE  A.LI&«fiE. 


•»"■■■«■■■ 


II  fujt  «npo.s$ible  (J'y  trouyey  trsw.ji? sm^is^p^^ ?p 
de  recueillir  aucune  indication  sur  son  cooxgj^^jjgfi^ 
des  nombreuses  families  Stevens  domicili6es  k  Bruxel- 
les ;  le  bourgmestre  dfe  cette  vijle,  aiicruei'  nqu^  nqus 
adressames  ai|s^i>  aous  r^ppad^t,  \%  ^ij^\j^\^3^  : 

Pes  recherclie^  ip^uctMdus^  oixt  ^gjatj^mf^  4K  ^^itP&  4f^ 
les  registres.  de  population  etablig  4epi^is,  Igjl^  ppuB  ^c9iiV4Pif 
I'inscription  de  h  pydnomme.^  0^aFJ.eriQ5PP|j;  §^eJ%  ^Pn^ 
Charles  Rouy). 

Signe:  Y.  N^gj^j, 

II  fut  done  acq^is  pmu^  m^  ^pstst  VamB,  Siaverm 
n'avait  pas  demeur6  k  Bruxelles,  au  moins  sous  son 
veritable  nom. 

Vers  la  mtoe  epoque,  une  dame  (FOrt^ans,  ani  ve- 
nait  me  vpir  quelquefois  et  qui  avait  un  oncle  3tWavre, 
le  pria  d'aller  voir  la  ni^e  de  M.-J.  Sk^ens,  ia  veuve 
Gollier,  alors  4gee  de  quatre-Vfngt-sept  ans,  mais  ayant 
conserve  toutes  ses  facult^s. 

Celle-ci  dit  etre  rest6e  toujours  en  relations  ^vec  sa 
tante  et  indiqua  son  adresse  k  Bruxelles,  rue  de  I'Em- 
pereur,  chez  un  marchand  de  fe'ience  que  M.  le  bourg- 
mestre ne  put  pas  retrouver  non  plus ;  11  ne  flguralt  ni 
sur  les  listes  du  commerce,  ni  sur  celles  de  la  popu- 
lation. M™e  Gollier  n'avait  conserve  aucune  lettrfe  de 
sa  tante,  et  il  y  avait  a  peu  prfes  vingt  ans  qu'elle  ne 
Tavait  vu^  lorsqu'elle  revii^t  k  W^yre, 

M.-J.  Stevens  n'avait  jam^i^  ^xm^mmr^W^^^ 


<        < 


\  . 


1 


CHAP.  XIX.  —  4f  ft*A»P\W^^B;*  SECOND  fiAPPORTEUR.     403 


."ji 


W^.  \  9^^Mle§>  ^  yi:vaMi4^  ises  petits  revenus  et  de^ 
t^caw^l  (i^.sq^ff^mdjie,  k^mia  k  Wiftvrfi  «&  1830,  elle 
y  ^W'  ^M^  9Sf  ^s.  ^Qi^^  foaeph  et  Mtcplas^  et 
W^'  S%  ^^^  d^  avski^  tJitaB^oimde  par  son  mari, 
9^ii{ M^.WQ.^>VSm6 dfi  sa  fsmme,  i^ve  ^galement 
:<te  Wwaccif  H.  9'"5^'  Jlpay  est  venu  y  voir  sa  mfere 
ep  i^,^  ft  4i^t  eft  cei^Fe.  B  lui  to'ijir$iit  de  temps 
^  liWi9$  A  ^  eBLV£fait  /die  $etks  cadeaux.  Or,  moia 
fr^re  6tait  retrait^  pour  blessures  graves  depuk  i8%. 
De  toutes  ces  contradictions  il  ne  pouy^it  r^jsuUer 

^u'uiij^e  tr^^-gx^dt?  J^e^tH|^(?j|'  m  i'j/^mtii^.  xM^  # 
la  personne  d^cM^e  k  Wavre  avec  le  titre  d'^ouse  de 
Charles  R6uy,  qu'il  y  eAt  subterfuge  ou  similitude  de 
nom.  Poupnioi/c'estla  confirmation  que  moh  pauvre 
p^re,  si  attaqu6,  si  di£^m6  par  son  propre  fils,  6tait 
bien  r^eUement  veuf  et  mari6  ^  ma  bonne,  ch^re  et 
respectable  m^re,  Henriette  GheValler.  Et  c'est  ce  que 

■»  \  i  .,«,,  J.->-  ..r^^. 

j'arriverair  peut-^tre  un  jour  k  d6couvrir  et  k  prouver, 
si  Dieu  me  prfete  vie. 

Quant  k  hies  rapporteurs,  tout  en  partageant  mes 
doutes,  ik  jugferent'avec  raison  qu'on  ne  pouvait  sans 
preuves  s'attaquer  k  un  acte  r6gulier  de  F^tat  civil  ^t 
que,  ainsi  que  je  I'avais  dit  cent  fois  lorsqu*on  raoa^r 

?5ftt  I  tent  propag  1a  qut§§t\0i\  ^  n^a  aaJasaftae,  U  ne 

&'4pssaii  pas  de  savoir  sii  j'^tats  legitime,  adulti§rine  du 
bitarde,  mais  pourquoi  on  ra'ay^it  enferm6e  sans  fetr.e; 

^    \\  «t  v<-    ,  'S     <•    '>  t;  ~  .»»  j^-.  -ft    i'>j     .-     :'• '•  *    -    *"       •     .  '>      t:    ■^  1}       ..    . 

M®  ^  ®R*^  ^ft  ft?P^  8"A  ftW,t  I«?  1^  ^laiSR-  tot  6'«§t 
cela  qu'il  ne  convenait  k  personne  d'^Qlaircii', 


"     .  I 


404  M^OIRES  O'UNE  AU^NEB. 


Gomme  motif  de  ma  folie  suppos^e,  M.  Rouy  invo- 
quait  la  mort  d'une  enfant  et  I'abandon  du  p^re.  11 
disait  poss^der  des  lettres  ou  je  Msais  Taveu  de  ma 
faute.  M.  d'Aboville  vit  ces  lettres,  et  elles  lui  parurent 
de  moi,  ainsi  qu'il  le  dit  a  mes  amis^'qui  s'en  impres- 
sionn^rent,  malgr^  les  dentations  que  j'avais  cons- 
tamment  oppos^eB  k  cette  accusation,  consignee  cat6- 
goriquement  dans  le  proc^s-verbal  de  M.  JuUet,  du 
!•'  octobre  1869  : . 

Le  22  aTiil  1848,  elle  faisait  enregistrer  a  la  mairie  da  deuxi^me 
arrondissement  one  fille  n6e  d'elle,  rue  Richer,  33,  et  de  p^re 
non  d^nomm^. 

M.  le  Normant  m' 6crivit  m^me  un  mot  assez  dup  au 
sujet  de  mon  manque  de  confiance  en  eux,  qui  ne 
m'auraient  pas  abandonn^e,  m6me  en  me  sachant.cou- 
pable,  car  nul  n'avait  le  droit  de  m'enfermer  arbi- 
trairement  pour  cela  et  de  punir  une  faute  par  un 
crime. 

Je  fus  outree  de  leur  injustice ;  je  dis  q^e,  ai  j'en 
^tais  rMuite  li,  je  r^clamerais  un  examen  medical 
qui  confondrait  mes  calomniateurs  (1),  et  j'^rivis  k 
M.  d'Aboville  : 

(1)  Chose  bizarre !  depuis  la  xnort  de  M^^*  Rouy,  le  bruit  a 
couru  que  cet  examen  avait  eu  lieu  pendant  qu*eUe  ^tait  internee 
i  Tasile  d'Orl^ans,  et  avait  prouv^  qu'elle  n^avait  jamais  eu  d*en- 
fimt.  II  nous  est  impossible  de  savoir  ce  qu'il  y  a  de  vrai  dans 
ceci,  llnt^ress^e .  et  les  m^decins  de  Tasile  n*existant  pluus. 
(Note  de  V4dit6ur.) 


« 


} 


Monsieur, 
Je  Tous  remercie  profood^meii!  de  lout  cc  que  vous  avei  Tdil 
pool'  moi,  des  importants  documents  que  lous  avei  ri^unis  ol  qui 
prouvent  iucontestablfliaent  un  coiiiplot  ourdi  de  concert  avec  U 

LeE^bure Me  Taire  disparaitre  comme  on  I'a  fait  ne  sufdsail 

{Ma;  il  fallait  mn  fermer  li  parte  du  monde,  et  le  scandale  ^tait 
n  vrai  mujen.  Sachant  ijue  je  m'occupais  d'an  enfanl,  il  fallail 
^B  I'altribuer,  metlre  ma  folie  sur  le  cample  de  sa  mort,  de 
.  Vabandon  du  pire.  On  I'.i  fdit. 

i  sa  lettre  du  28  d^cembre  1868  k  M.  le  Nonnanl,  M.  Ao'ij 
e  de  Taire  scandale,  ti  on  veut  le  poursujvre.  11  lie  peut 
JMloore  dire  ni  l&  noiu,  ni  Vige  de  renfant ;  il  dit :  «  ie  ne  sain 
i  phrase  enlortillee.  Maia  en  1869  il  e^t  plu* 
Teiplioite  :  il  donne  le  nom,  I'ige,  rarrondissement ;  il  d^dnre 

'■~*-''"  ''-' ,  11  en  salt  plus  qu'en  18b8,  Aujourd'hiii.  il 

]  sais  pas,  I  il  donne  des  leltres  de  taoi,  il 

iiiq  jours  j'eluii  sur  jiied  pour  earlier  ma 

n  beau  de  ma  pari.  Monsieur,  et  j'nvHis  taut  i 

a  Tauta  que  je  me  monlraid  partoul,  m^me  sur 


t  t^moignage  des  d 
>i  digne  de  Toi  cgue 


Teiplioite :  il  dor 
^»l'««ca«««e. 
m  dit  plus :  '  ie  ik 
Ivit  gi/au  bout  de  r 
i/iaae.....  C'esibii 
r  de  cacber  n 
\Ba  barricades  de  Kvr 
"en  tra^erssnt  voire   rue.  si  loulerois  It 
<de  H...,qne  j'ai  invoqu^,  vous  parait  ai 

»hanii£tes  gens  de  VilleHJ'Avray. 
i    Je  ne  m'eiplique  pastres-bien  pourquoije  vousaur 
jpfltte  enfont  n'^tait  pas  mienoe,  si  elle  I'avait  Hi.  J'ai 
hbe  parfaiteroent  ind^pendant,  et  du  moment  oii  ma 

!  dicle  quelque  chose,  sans  vouloir  braver  les  pr^ju^j^s  du 
]nonde,  j'agis  selon  ce  que  Je  cotuidere  comme  ua  d<!Toii'  a 
«eeamplir. 

Ayant  accepts  la  charge  d'un  enlaitl,  je  savais  qu'aa  aie  Talt'-i- 
hierait  et  j'en  avais  pris  mon  parli.  J'^taisloin  de  memiirdea 
s  pour  le  reiendiquer.  Cela  a  prodait  un  assex  smgiilicr 
Jbttalerersemenl  en  moi  ;  tout  d'abord  je  suis  nttie  abasaurdie. 
^^tiit,  ma  nature  imp^toeoM  I'emportanl,  rindifnation,  I'tiorreur, 

23. 


406  M^MOIRES  d'UNE  ALlfiN^E. 


le  dugout  m'ont  fait  dcrire  avec  violence,  et  je  voos  disais  les 

noms,  lieu,  tenioins Fort  heureusement,  je  suis   toujoun 

broiiillcc  avGC  M.  Ic  Nonnant;  sans  cela,  je  lui  aurais  tout  dit, 

s'il  etait  venu Mais  la  nuit  porte  conseil,  et  j'ai  jet6  mes  let- 

trcs  au  feu.  Divulguer,  mome  a  vous,  un  secret  cpnG^;  apres 
m\Hre  d^vou^e  pendant  tant  d'ann^es,  jeter  le  trouble  dans  les 
families,  pourquoi  ?  N'ai-je  pas  soixaute-deuz  ans,  Vhahitude  da 
rotf/mye;' Ai-jele  droit  daneantirle  bonheurd'autrui?  .  .   .  , 

Alors,  Monsieur,  ma  nature  s'est  adoucie^  et  j*ai  plenr^  ! 

Oui,  moi,  j*ai  pleurd  un  rSve  de  bonheur  perdu;  j'ai  ^tdl&che 
un  moment.  Ne  le  dites  pas  :  oubliez-le. 

J'esp^re  que  vous  voudrez  bien  regarder  comme  on  devoir 
d'hoimete  hoi  rime  de  me  rendre  comptc  de  ce  que  ces  lettres 
contiennent,  de  me  le  dire  sans  restriction,  en  detail  si  voos 
pouvez.  G'est  bien  le  moins  que  je  sache  ce  quefai  dcrit :  cir 
si  vous  ctes  fix(^,  je  ne  le  suis  pas  tout  k  fait  autant  que  vous, 
et  je  marche  de  surprise  en  surprise  dans  ma  triste  vie»  •  -•  •  • 

Ici  je  supprime  quelques  violences  de  langage,  car 
j' ignore  quel  est  le  faussaire  qui  a  4crit  ces  lettreciy  lu 
comment  elles  sont  parvenues  k  men  frfere.  Mon  Ven- 
ture etait  assez  bien  imit^e,  parjiit-il,  pour  qu'il  ait  pu 
s'y  tromper,  ce  qui  ne  Texcuse  pas  de  s'ea  toe  servi 
pour  me  dishonorer  sans  aucun  profit  pour  lui-mAme. 
I/cnfant  dont  la  mort  m'aurait  rendue  foUe  est  eli  vie : 
je  le  lui  avals  ecrit  en  1868,  et  il  lui  ^tait  facile  de  ^e^ 
assurer.  Je  continuais  ainsi  : 

Je  ne  con^.ois  pas,  Monsieur,  que  vous  n*ayez  pa«  peiu4  ^ 
rcgarder  la  date  et  le  papier,  car  le  papier  a  uu  ^e.  Ave^vous 
vu  lo  timbre  de  la  poste?  Je  ne  me  suis  servie  d'enveloppw  qv£ 
de  1SJ2  a  185i.  Je  suis  tres-s^rieusemcnt  contente  de  ces  l^ttJMS 
i  nut  I  (indues  ;  elles  sont  providentielles  pour  xxiei,  et,  Muptf  quil 
soit  besoin  d'en  faire  bruit,  il  est  bou  que  je  M^e  oil  )|NI 


tmuYU,  pau  uaporte  i'9»  ellea  viennant.  81  on  n'oxl  pu  aon- 
^nt  i  ttn  maniant  donnd  qu^  j'«ti  bi9u  utatta,  on  >'«;ipU(iu«rA, 
J^  priucipal  pourmai  est  d'avoir  fiiii'  (.oxlcjilu,  ou  lout  au  inoiii« 
iin  resume  dirat  on  ne  pourta  pai  inattrs  k«  vdracitd  at  la  bntiiin 
toi  en  doute,  sj,  p^x  /ipturii,  ces  IfUces  prcnnieiit  ]•:  ctiariLln  itu 
tesl3n)C4|  el  d£S  (lil^s  qu'on  a  voulu  Boustritiru  ii  roxnnron. 

J'altenils  doni?,  Monsieur,  avec  autanl  d'impaticiicii  'luD  ilo 
conliBnce,  uxie  lettre  de  ygua.  Vfliu  vow)rM  biqa  L'vilKWar 
fmver(8  i  &J.  If  tjornitsjU,  ivvifi  j«  D'ABfiB  PUS.  '^tKOt  Irifp  outr'a 
Eontre  l^i  ira^,  c^gt  U9p-  i>  s^t  asuei  i.  quo!  tVn  lutik  our  mu« 
giii  me  (iiSuAettt  et  »ur  du(  ppiv  a«  pa*  Uoulv  I'liiiami'  J| 
auis  martellemenl  ble^g^e.  ,, 

yeflil^i,  Monsieur,  etc, 


Voici  le  compte-renda  de  la  tlemitrrc  vMte  qu'4  tM 
flollicitatioD,  M.  d'AboviUe  vonlat  bien  feire  k  VBfe- 


d'Away,  le  3  juillet  1876 : 


■^  PH  Ig  IWDf*  Hff  ne  MHKKnr  c*  one  ia  lui  touudab ;  f«ii 

lettrei,  tool  en  prntestaat  qnll  time  nil*ia  «n  finir  far  «n  (iro- 
flte  —  «iae  D'»-i^  bit  mmom  U  U  dinjll  —  aw  pin  nmw 


nam  *■  l«^  Timtn  ga  tarri  im$  «*  '      , 


408  M^HOIRES  d'uke  jo-ien^e.  , 

• '    '    '"      '         '  '    '  .1  I       I  I         , I       ■ 

dument.  Je  ne  crois  pas  qu'une  femme  puisse  aimer  sans  suc^ 
comber,  Elle  n'aimerait  pas^  oy.  serait  de  marbre,  Tai  lutte^ 

fai  cede.. .^-f attends / 

JHmdnc?^,,,.,  Plaignei-^iMiy  Charles, 

Voire  sosur  affectionneey 

Sign^ :  Hersilie. 

Lettre  sans  enveloppe  et  sans  date« 

La  signature  et  le  paraphe  m'ont  paru  dtre  ceux  de  M"*  Houy 
a  cette  ^poque^'seulement  elle  est  ^crite  avec  une  plume  plus 
grosse  que  le  specimen  de  |1870  que  j'avais  apport^,  et  vers  la 
fin,  avec  une  main  troubt^e. 

Quant  a  la  lettre  de  Son  ills,  M.  Rouy  me  Fa  refus^e.  11  a  re* 
fus^  ^galement  toute  autre  communication  et  tous  renseigne- 
ments,  bien  que  je  lui  aie  fait  observer  que,  si  Taffaire  avail  una 
suite,  il  se  nuirait  ainsi. 

le.me  suis  done  retire  au  bout  d'une  demi-heure. 

Sign^ :  £.  d'AsoyiLLE. 

Mais  M.  Rouy  connaissait  trop  bien  la  puissance. des 
solidarit^s  qu'il  avait  su  ^tablir  k  son  proOt)  pour  crain- 
dre  d'alier  jamais  en  justice ;  sa  tail^que  ^tait  surtout 
de  gagner  du  temps,  et  il  y  r^ussissait  de  toutes  ma- 
nitres.  M.  Tailhand  n'avait  remis  k  M.  d'Aboville  que 
la  moindre  partie  des  pieces  me  concemant ;  il  avait 
^gar^  le  reste.  Entre  son  cabinet  de  "Versailles,  de  Pri- 
vas,  de  Nimes,  les  nombreux  dossiers  dont  chacun 
d'eux^tait  encombr^,  les  rechercbes  ^taient  longues  et 
difQciles  ;  elles  devaient  aboutir  cependant,  mais  lors- 
qu'il  serait  trop  tard  pour  s'en  servir. 

M.  L^D  Renaud  avait  ^t^  nomm^  k  la  Prefecture  de 
police ;  on  a  vu,  chapitre  xvn,  combien  il  avait  6L6  im- 


-  /  ■■■  .^    r  , 


s 


'  /      .  -  ■    -      . 


/ 


CHAP.   XIX.   —   M-  d'ABOVILLE,   SECOND  RAPPORTEUR.     409 

■  ■         ■!■!        ■    II—       I  >     .  ■ ■i    ■    f        ■■■■■>■■■         ' mum,  —  ■■        fc«       ■■■■■■    I        ■  I        M.^Bii       p     ^    ■  ■  <■       I    ■■  I   ■ 

pressionn^  de  ma  triste  histoire,  alors  qu'il  6tait  pp6fet 
du  Loiret,  bien  qu'il  n'eAt  pas  6t6  maltre  de  donner  suite 
k  ses  bonnes  Inspirations.  M.  d'Aboville  crut  pouvoir 
$tre  renseign^  positivement  par  lui  sur  le  rdle  jou6  par  ^ 
la  police  dans  ma  sequestration,  et  lui  ^dressa  une  de- 
mande  k  laquelle  M.  L^on  Renaud  rSpondit  par  Tenvoi 
d'une  ^Note  assez  longue,  destin^e  k  justifier  U  fagon 
dent  s'^tait  op^r^  mon  placement  k  Charenton. 

J'y  etais  dite  n^e  k  Milan,  et  mon  acte  de  bapt^e 
qualifiait  mes  parenti^f  d'epoux  UgiHmes;  mais  un 
jugement  ayant  fait  rectifier  I'acte  de  d6c6s  de  ma  mfere 
cooime  n'ayant  pas  6t6  marine,  la  Note  trouve  tout 
•  naturel  de  m'dter  mon  nom  civil,  apr^s  plus  de  trente 
ana  de  possession,  sans  autre  formality. 

EUe  donne,  en  le  compl^tant  un  peu,  le  certificat  du 
docteur  Pelletan  et  fait  valoir  que  ce  certificat  n'est 
qu*une  superf^tation ;  qu'on  pouvait,  d*apr&s  Tarticle  8 
de  la  loi,  se  dispenser  de  I'exiger,  puisqu'il  y  avait  ' 
urgence,  et  cite  k  Tappui  de  cette  urgence  la  declara- 
tion de  M.  Pelletan  k  TenquMe  de  1869,  declaration 
que  nous  aivons  reproduite  chapitre  v,  page  77. 

Mais  qui  Fa  constatee,  cette  urgence?  Personne,  car 
la  Note  est  obligee  d'en  faire  ainsi  Taveu  : 

M.  Strope,  commissaire  de  police,  est  mort,  et  il  n'a  ete  trouve 
k  son  commissariat  aucune  trace  de  son  intervention  dans  ht 
eirconstance;  cela  s'expUque  d'ailleurs  par  ce  fait  que  la  seques- 
tration de  la  demoiselle  Chevalier  n'a  pas  et^  faite  d'ofQc6.  par 
Tautorite,  et  qu'elle  a  eu  le  caractere  d'un  placement  volontaire. 

■  1 


' :.  (■ 


V      /      1 


4iQ  vPimm  »V?fi  wMK 

I      .  ■      ■ 

»«'■  ■    I  I  III.  t   .  •      I  ■  II  I   I  ■  I  ■  I  ■■  ■■»■——        I  ■ 

verbal  d'urgene*:  i^m^^  ^'i^^wm  4'p.f^<^  4@iri9fid9 
objecter  l^  mm»  ^^  femp,  d§  r8QS^^»»tP  J  Uk 

dem^A4$  d'^^dni^^  ^4  tr|gr^Mv^^t  r^^ig^^  ^  $i§fe^ 

d^ps  l^  h\tf6?lil»  ffl^we^  4  I'^sa^  e^  Oft  ^teft  le 
maladf;  G'§^t  98tta  pi|q§  (m  k  dq^tf W  P«ll«t*ft  f ifiit 

le  inalade. 

On  cpmprei^d  £aiQJ[lex]ciient  que*  le  commissaire  d6  policed  apReU 
a  donner  son  concours  pour  faire  savrlr  par  un  terrorief  U 
ponrta  d\\  l«g«ip«nt  da  W^  Bhe^nlieiv  (hxal  la  sil«nQi  ^rolfinfA 
inqui^tail  1^  Wmh  *H  Wi^eiH^  f^  4^e^ir  M^«H|  WWW 
ami  de  1^  fapiil(^  {U^7)  4^  ppjurvoir  ^uf  me^i^!e§  d^  (raiieine^^ 
et  de  surveillance  que  r^cfamait  d'urgence  I'^tat  mental  de  la 
demoiselle  CSheval^r  ft  V^ii  lut  oJJniJMiaiDintwt  »MMof  |As  im 
4$  ses  ^j^Kielfl^^. 

Deux  observations  ^talent  jointes  k  cette  A-ote  lors- 
ipilles 


la  CuniQe?  Est-ce  <pi'i)  n 


L'aulre  6tait  de  M^^  le  Noroiant  : 


Oil  en  sra'ion^nous,  {[raud  Dieu  I  si  le  commissaire  de  police 
^vail  charger  officieusement  un  de  ses  employes  d*aBsisIar  un 
^  _ijwidu  en  enlevant  violemment  un  autre  de  ctici  luj,  sans 
Mtrc  lenu  de  cunstater  ce  qui  pent  l^gitimer  one  telle  violation 
iiSCa  droits  l^s  plus  shct6s  des  cilof ens? 

CpUe  jypfe,  assur^raent,  ne  fait  pas  honneur  k 
;li.  L^on  Renault,  sait  qu'il  I'ait  lue,  aftit  qq'il  ait, 
'sanB  la  lire,  sign^  la  leltre  d'envoi. 

Elle  (He  prouvait  une  chose :  c'est  qu'en  lout,  par- 
Hout,  ioiyoiirs,  ministferes,  priSfecturea  et  police  n'avaiept 
d'autre  souci  que  de  s'exon6rer  les  ure  les  autres  et  ue 
|«c}Tei''^li9'^iit  nullemept  la  v^ril6. 

Maia  Is  tempspassailasolliciterces  ducupnenis  qu'oR 
H'obtenatt  qu'avec  lenteur.  La  Chambra  tut  dissouta  au 
j^mmencement  de  1876,  avant  que  M.  d'Aboville  efit 
pu  laire  son  rapport ;  il  ne  fut  pas  r^i^lu,  et  mca  esp^- 
tances,  de  mieux  en  mieui  appuyees,  s'en  furent  en- 
^iBore  une  fo!s  h  vau-l'eau. 

Ne  voulant  pas  que  le  r^suitat  de  ses  travaux  ffit 
perdu  pour  moi,  M.  le  vicomte  d'Aboville  en  adressa  le 
l^umd  sous  forme  de  lettre  k  M.  le  Normaal.  Jane 
le  doDue  pas  dans  son  entier,  pour  ne  pas  revenir  sur 
des  cboses  tant  de  fois  ex[)liqu6es;  j'en  aj  d'ailleurscit6 
jM«n  deg  passages.  Mais  j'en  reproduirfti  le  debut  fii  I^ 
Seonclusion  : 


I        . 


412  UEMOiRES  D'UNE  ALI^N^E. 


Glut,  25  octobre  1876. 
Monsieur, 

J'ai  ^prouv^  uii  vif  regret  de  ne  pouvoir  presenter  k  FAssem— 
hUe  nationale,'  avant  sa  dissolution,  le  rapport  qoe  . j'avais^  ^t^ 
charge  de  preparer  sur  la  petition  de  M*^«  Rouy,  lorsqs'eni 
ipai  1874,  M.  Tailhand,  premier  rapporteur,  ftit  nomm^  gatdEe 
des  .sceaux. 

Plusieurs  motifs  m*en  ont  empSch^':  mon  honorable  pred6« 
cesseur  n*a  retrouv^  qu'a  rautomne  1875  une  partie  de  son  volu- 
mineux  dossier;  des  derangements  4^  sant^  qui  ne  me  son! pas 
iiabitu els  sont  venus,  pendant  les  deux  prorogations  de  1875, 
m'6ter  la  possibility  de  me  livrer  d'une  mani^re  suivie  a  ce  tra- 
vail ;  enfin  je  n'ai  pu  qu'a  la  suite  de  plusieurs  demanded  obtenir 
du  ministre  de  Tint^rieur  certaines  communications  neces-i 
taires,  entre  autres  celle  de  TenquSte  de  1869.  En  attendant  ce 
document,  j'ai  cherch4  de  mon  cot^  a  ^clairer  les  points  oils' 
curs  de  cette  triste  histoire. 

Vous  m*avez  souvent  demand^,  Monsieur,  de  r^sumer  mon 
opinion  resultant,  soit  de  ces  recherches  personnelles,  soit  de^ 
pieces  qui  m^ont  ^t^  remises.  Je  viens  r4pondre  aujourd'hui  a  ce 
d^sir,  si  legitime  de  la  part  d'un  homme  qui,  apres  avoir  coa* 
tipibu^  plus  que  personne  a  faire  rendre  la  liberty  a  la  victime 
de  cette  sequestration,  a  consacr^  huit  annees  de  sa  vie  a  aai 
rehabilitation.  : 

Apr^s  avoir  employ^  une.  trentaine  de  pag^es  k  fair& 
rhistorique  de  tout  ce  qui  s'^tait  pass6,  en  entourant 
chaque  fait  de  preuves  indiscutables  et  r^futaut  victo- 
rieusement  les  mensonges  accumules  k  plaisir  pour  me 
perdre,  M .  d'Aboville  terminait  ainsi : 

Je  resurpe  maintenant  mes  conclusions. 
.  Sans  avoir  commis  aucun  acte  de  folie  constate,  sur  les  simples 
recits  de  son  portier,  W^  Bouy,  dans  la  maturite  de  T^e  et  en 


4 
■       /  .  . 


CHAP.  Xp.  —  M.  D*AB0VILLE,  tiECOND  HAPPOBTKUR.     418 


pleine  expansit>n  de  son  talent  de  pianiste,  a  etd  enlev^e  de  soh 
domicilis  par  le  docteur  Pelletan,  a  la  pri^re  de  son  fr^re  de 
][>^e>  M.  Claude-Daniel  Rou^. 

£Ue  a-  ^l^  regae  a  Charenton  en  violation  formelle  de  la  loi,  sans 
aucnne  deraande  signee  et  sur  le  certificat  medical  de  Thomme 
mdme  qui  Tamenait;  insci^ite  sous  un  nom  qu*elle'n'avait  jamais 
porte;  depouill^e  k  Charenton  et  priv^e  pendant  huit  ans  des 
papiers  ^tal>1issant  son  ^tat  civil;  fhistr^e  de  sotl  argent  et  de 
ses  bijoux';  promen^e  ensuite  pendant  quatorze  ans  d'asile  en 
asile,  pendant  qu*on  la  faisait  passer  pour  raorte  a  Paris;  main- 
tenue  a  trois  reprises  dans  ees  ^tablissements  contre  le  sentiment 
des  m^decins,  sur  ordres  venus  directement  de  Tadministration 
g^n^rale  de  TAssistance  publique  de  Paris. 

Faote  de  tu telle  administrative,  son '  mobilier  a  ^f4  en  grande 
paptie  perdu. 

Dans  ces  asiles,  elle  a  subi  des  traitements  indignes;son 
talent  s'est  ^vanoui,  et  avec  lui  elle  a  perdu  ses  moyeus  d*exis- 
tence. 

Telles  ont  ^t^  pour  elle  les  consequences  terribles  de  linob- 
servation  des  lois:  De  ce  chef,  elle  a  droit  a  une  reparation  du 
goaverfiement. 

Le  mintstre  de  rinterieur  est  d^ji  entrd  dans  cette  voie  en 
mettant,  le  22  juillet  1874^  a  nne  somme  de  1,500  fr.  par  an 
a  la  disposition  dn  d^partement  du  Loiret,  dans  TinterSt  de 
M"»  Rouy!  » 

Cette  somme  est  insuffisa^ite  pour  lui  permettre  de  rendre  c» 
qtt'eUe  a  ete  forc^e  d'emprunter  pour  vivre  depuis  sa  mise  en 
liberty ;  insuffisante  aussi  pour  la  mettre  au-dessus  des  besolns 
de  la  vieiUesse  et  de  sa  sante  perdue  dans  les  asiles.  Sans  donfe 
il  est  impossible  de  lui  rendre  ces  vingt  ann^es,  bris^es  d'abord 
par  des  tortures  morales  et  physiques,  puis  par  les  anxiei^s  de 
lamis^re;  mais  on  doit  dii  moins,  par  une  pension  reguliere, 
assurer  le  pain  de  ses  vieux  jours  contre  les  vicissitudes  de  la 
politique. 

Elle  a  le  droit  aussi  de  demander  au  ministre  de  la  justice  de 
rechercher,  -par  une  enquSte  plus  impartiale  que  celle  de  1869, 


4i4 


Mfytx^Sm  !)'?»[«  W^^' 


Pour  ces  deux  motifs,  j'estime  <9ip  ]»  B^|ipo.4£  |$^ 

En%,  et  J5^  ^^i;^  B(^  P*  Qopx  Ij,  flj^jUgiji)^  jl|,  s^f^  <m 
Won,  da  fps  ^flflj^^ftp^  il  f^ftt  ^'.^e?^  scyrvgBf,  4  pn^y^ffH:  ie 

^IQjf^v eft )5» q^'«jte#. p«>Y/?n},.^p cl'mgo^el^  %  ^m eftfe» !^ 

c  le  devoir  de  veiller  s^  9§&  ??}iyhfiH''igjai  4§  fVfiBl^^r  4  Vw 

%  ^}^¥,%  *?  W^^  ^  i^^^^'  ^^  ^  ft^ite  V^  <«>sHiP.  de 
•  leurs  biens,  de  sauveg^der  leurs  interSts ;  de  l§f|  re^df g,  $'jl 

«  §e  ByejJdt,  ^  la  p^gji  ^  a  ?^^  §a]^t6,  n^  i^r  d|^^s  iu»t  4  »r6- 

«  X^nir  tet,  jf^i^ri^^^^.  $^x^^  s§9??^§!faJipft  ii?§ijfi^TOBJMlt 

«L  justifi^e  a  son  origine,  ou  prolong^e  ensuite  aU  dela  4'W^ 

eiripruntees  au  rapport  sommaire  de  M.  le  coig$§,  ^  BfiSSi^ 

^  9^4i^  &s^  m8&^  ^?9f^^  imis»^  ^)msal%.  k  m^ 

reyisiom 


le  y^  yemeeciei  %uek[ues    jouFa    apto    6Q  c^b 
termes:  '  ^  ' 


Nous  le  tenons  enfin,  cet  admirable  rapport  I 

Je  ne  m'^tonne  plus,  Monsieur,  ni  du  t^mjps  ou'i^  vqus  a{||lla, 
ni  de  la  peine  oue  Vous  vous  ^tes  donii^e  poi^  recu^illir  tous 
les  documents  mdispensables  afin  de  fiaire  une  oeuvre  aussi  ma- 


CHAP.  m.  —  »^.5:450S|f^  u5S9;i)^.]|AppoiiTmJn.    ^ 


croU,   unique;  c'est-i-dire  d'^pifSj;  4.  mf  djscirtBfif;  »;op»flUl- 

«W»«t  qpe  ^  1^  agpi|4ti8!}§  4q,  ^^  ^uprea^,  qiy  afiftt 
^Httftt  jlus  ifiAifWSiS:  qu'ils^ffi^  4e.li#nt  isdfJjEflB^-J'JS.ttf:?, 

sWefitifflt,  ei  pjij^.  *i  i^Uspfifft  i'AVv^  M^i.  'ff-"'}^.  i^'S'^it. 

rieures,  etnonles  induire  ea  erreur. 

de  marcbepied...,.  csF^iD»]^.4i^  Q|^  4tne  «%  BMugiAk 

Ce  la^Hil,  itni  avec  une  conscience,  nne  cl4rU,  nne  pi^ci- 
sion,  una  ienaeti  douce  et  polie  qui  remet  chaque  chose  k  sa 
p\|Cp,  lui  dpnD^  sa  Taleiu;  r^le  ea  aflauci^iit  mgpig  1^  tprls 
Ses  cju^Im  cm'U  accu^^,^  ert,  jejoo,  mojj  im  document  lei,  qi)^ 
je  voudrab  le  voir  pubjl^r,  non  seiUe^eqt  pgur  moi^  po^  tous, 
nais  comnit  module  de  style,  de  bieuveillance  el  d'Squit^. 
.  Qu'il  y  a  loin  de  cette  douceur,  de  cet  esprit  de  mod^rationj 
de  eonciliatioD,  de  calme,  n'eiag^raut  pas  les  bits,  a  ma  tougae 
de  soiiante-trois  am  1 

Combien  voire  esprit  de  sagesse  aurait  il6  n^cessaire  \k  oft,  au 
lieu  de  chercher  4  relever  le  moral  abatlu  ou  eiasp^r^,  on  ne 
cherchait  qn'k  au^pnenter  par  des  commenlairea  odieui,  par  des 
outrages  cruels,  un  ^tat  de  sorexcitation  si  naturel  rComme  on 
aorail  eu  besoin  de  voua  areiF  la  poor  dire  :  ■  Faites  enquSte.  >' 
Uais  i  qaoi  une  demande  d'enqndte  arrive-t-elle  ?  A  vous  fidre 
meltre  i  la  ports,..  gwAne  / 

Je  vous  sais  gr£  de  n'avoir  pas  parl£  des  defaillanees 

intellectueltes  que  M.  Tailhand  m'altribue  par  £gard  pour  les 
ali^nistes;  j'ai  toujours  H6  maitresse  de  ma  volenti;  je  donne 
les  motifs,  bons  ou  mauvais,  qui  m'unt  bit  agir  a  tort  ou  a  rai- 
son;  et  I'alifn^  est  irrespotisable,  tandis  que  j 'assume  parfai- 
tement  toule  la  responsabilit^  de  mes  actes. 

Mertd  encore  et  encore,  monsieur,  de  m'avoir  si  bien  comprise 
-at  sibien  d^fendue.  Laissez-moi  esp^rer  que  vous  n^  laisscirez 
pas  votre  ouvrage  iuactaevf,  et  qae  jusqu'a  la  fin  vous  voudrez 


r 


416 


HEMOIRES  D^XJNE  ALUBNl^. 


bien  rester  mon  appui^  mon  d^fenseur  et  dtre  m^diatear,  si  one 
conciliation  desirable  est  possible. 

Vous,  M.  et  M"^*  le  Nonnant  des  Varannes  et  M.  TailHand,  for- 
mez  lui  groupe  invincible,  car  vous  vons  appayez  stir  le  droit  et 
sur  la  T^rit^.  II  faudra  bien  qa'on  mette  des  limites  k  ces  ter- 
ribles  ccrtificats  qui,  grdee  k  de  la.  complaisance,  a  qaelqaes 
mots  techniques,  font  d*un  Stre  intelligent  et  honorable  one 
idiote,  une  brute  dangereuse,  une  ^hont^e,  capable  des  plus 
inconvenantes  actions  (1)1..... 

Recevez,  monsieur,  avec  I'expression  de  ma  profonde  recon- 
naissance, celle  de  mon  respect  le  plus  absolu. 

Hersilie  Rout. 


(1)  C'est  bien  ainsi,  mais  en  se  gardant  de  citer  ancun  fait  a 
Tappui,  que  me  repr^sentaient  certains  certificats  dont  mes 
rapporteurs  avaient  obtettu  communication. 


CHAP,   XX.   —   COUP  D'cEIL  R^ROfiPECTIF.  447 


CHAPITRE  XX 

Coup  d'OBil  r6tro«p60til 

Je  n'avais  eu  aucune  nouvelle  de  ma  plainte  du 
8  oclobre  1868  centre  le  docteur  Payen.  Les  investi- 
gations de  mes  rapporteurs  me  firent  connaitre  que  le 
garde  des  sceaux,  impressionn^  de  la  gravity  des  faits 
que  je  lui  signalais,  Tavait  renvoy6e  au  procureur  g6- 
n^ral  d'Orl^ans^  avec  cette  lettre  : 

Paris,  5  novembre  1868. 
Monsieur  le  procureur  g^n^ral, 

Je  vous  transmets,  avec  la  reclamation  ci-jointe,  une  lettre  de 
M.  le  Normant  des  Yarannes  qui  appelle  moa  attention  sur  la 
sequestration  de  quinze  annees  subie  dans  les  asiles  d'alien^s 
par  la  demoiselle  Hersilie  Rouy,  actuellement  au  pensionnat  de 
Tasile  d'Orl^ans. 

Je  vous  prie  de  vouloir  bien  examiner  avec  soin  le  merite  de 
la  plainte  ci-jointe  et  de  m'adresser  un  rapport  sur  la  suite  dont 
elle  vous  aura  paru  susceptible. 

Le  garde  des  sceausp,  minislre  de  la  justice  et  des  cultes. 

Par  autorisation : 
Le  directeur  des  affaires  criminelles  et  des  graces, 

Babinet. 


418  "Ki^MoniES  j/mm  aki^ni^e. 


I 

■■"W" 


M.  le  procureur  g^ndral  se  contenta  de  demander  au 
docteur  Payeii  un  rapport  duquel  il  conclut  que  j'at^is 
grand  tort  de  me  plaindre,  ayant  ^t^,  c  non  pas  chass^, 
mais,  sur  mes  reclamations  incessantes,  rendue  k  la 
liberty.  :»  II  oublie  de  dire  que  cette  liberty,  dans  les 
conditions  ou  on  til6  la  i^daity  '^tadt  pour  moi  un 
odieux  d^ni  de  justice^  puisqu'elle  emp^diait  I'admi- 
nistration  de  poursuivre  gratuitement  ma  demande  en 
rectification  d'etat  civil. 

Dans  sa  r^ponse  au  Ministre,  ie  18  du  m^me^  mois, 
M.  le  procureur  g^n^ral^  apr^s  avoir  ^crit  ^i  propres 
termes :  La  demaiseUe  Rouy  a  ete  admise  le  29  aout 
1863  a  Vasile  d' Orleans  soi^  le  nom  de  Chevalier,  , 
constate  nut  ^position  artistique  k  Paris  et  continue 
ainsi : 

£lle  etait  connue  alors  sous  les  noms  de  Hersilie  Rouy, 
Depuis  qumze  ans,  sans  qu^on  sache  a  la  demande  de  qaeUe 
personne  et  sur  Tavis  de  qn^l  ttMeew^  cHe  a  ^t^  iracces- 
sivement  plac^e  dans  les  asiles  de  Gharenton,  la  Salp^tridre^ . 
Fains,  etc 

Sa  situation  avait  attir^  'itfon  *altenlion ;  j'ai  ^u  qu*etoe ' a^kdl 
appele  de  mSme  celle  de  mon  pr^d^cesseiir  et  de  M.  Ie  |)r^^t 
du  Loiret.  Intebpell^  par  moi,  if.  le  docteur  t'ayen  n'arftit  pas 
h^i^t6  a  m^assurer  que,  dans  sa  conviction,  11  y  avaft  chez 
M*^*^  Chevalier  alienation  mentale.  M*^*  Chevalier'  piirte  fet  ^cHt  - 
beaucoup.  J'ai  lu  avec  attention  plusieurs  de  ses  lelffes....  Cetfe 
correspondance  m'a  paru  indiquer  effectlverhenf  ch'ez  son  auteiir 
le  (rduhle  d^s  fa^tflt^s  rti^ntal6s. 

Dans  une  lettre  adres^fte  i'M.  fe  pr^fet  le  16  juillet  dernier, 
j*ai  rtmarqu^  iiotamment  Ie  passage*  rtiitamt  : 

'  T«  ^..^13  d^  fnc^ 'devoir  de  r^p^ter  aujourd*hui  qu'ily  a  deux 


v,/   . 


CHAP.  XX.  —  CJdUP  D*(EIL  'R*ftl6SPEGTIF.  4^ 

«.toi%r^^e :  vH^  Henilie  estdispdlnie  da  matiii  miilKoir j  at 
«  trace  est  introuyable :  seule  je  connais  ce  secret,  et  je  dois  en 
«  avertir  tes  autorit^ % 

la  i^tlitite  iki^me  iiie  semblis  ifidlqtirer  ttn  iSM  '(respiit'<}ai 

n'est  pBar  la  niton Ifens  les  6tpItesitiiott»  ^eiite»  qtieyaipfo- 

▼oqu^es  de  sa  part,  M.  le  docteur  Payen  dit :  c  Si  nous  avons 
<L  ^4^Uyr(§  le  certifipat  de  tortiey  c*est  que,  tout  en  noaiuteiisUit 
c  d'une  mani^i;e  g^ndrale  notre  sentiment  affirmatif  fiur  Pa&i^o 
€  nation  mentale  de  cette  perso^e,  neus  7  avons  M  flttrtMit 
«  incite  par  une  remission  assez  soutenue  dans  sdn  6tat  n&aia- 
9,  dif,  et  surtout  par  reppertunit^  d'nne  Aoatelle  ^preure  de 
«  liberty.  »        ., 

M.  le  docteur  Payen  r^^pond  d'kiUeors  k  la  plaiMe  qki'il  1fe. 
saitrait  Stre  responsable  da  d^pot  de  M"*  Chevalier  dakis  ks 
maitons  de  Charenton,  de  la  SaipStri^re,  de  Fains  et  d'Albcerre; 
que  ce  n'est  pas  lui.^i  a  dMermini^  son  etavoi  a  Orlteis,.  et^e 
s'il  a  et^  d'avis  de  Fy  maintenir,  (f est  qu'il  est  demetir^  'Jns^ 
quUci  convaincu  d*un  ^tat  mental  qui  expliquatt  cette  m^snre  et 
en  Q^cessitait  la  continuati^  II  ajonte  (|ae  ikm  epii&km  i  c^ 
6gard  a  £t^  parti^de  -par  les  fonctionniires  administratifs  et 
judiciairef^  et  par  les  ini^pecteurs  g^ndranx  qtti  ont  tisiti  Fksfle 
depais  1863,  et  vIs-a-Tis  detquels  M^*  Glievsdier  n^r  pas  manqu^ 
de  produire  sa  demande  de  sortie. 

En  cet  ^tat  des  Cuts,  j'estime,  Monsieur  le  -garde  des  sceam, 
que  la  reclamation  de  la  pHdgnante  contre  le  doeteor  Pa3fen 
n'eat  susceptible  d*aacune  suite. 

Qmant  a  la  constatation  que  pr^tendndt  iidte  W^  Rotty 
d'un  ^t  dvil  que  Ton  abrait  essays  de  lui  enlever,  il  ne  parai- 
trait  pas  que  ce  soit  a  Orltensqtfil  poumdt  y  6tre  procM^  nli- 
lement. 

le  snis  avec  respect,  ete* 

Le  procureur  gdniral, 

Sign^ :  TfilTAiLtE  d*ESTAi9. 

•  i)6s  "(fde  feus  contaaistoice  de   celte   pi6ce,  j*en 


) 


420  MEMOIRES  d'uNE  ALI^N.^. 

adressai  k  M.  le  garde  des  sceaux,  le  22  d^cembre  1876, 
une  refutation  en  r&gle.Mais  il  y  avail  sept  ans  que 
j'^tais  condamn^e  sans  appel  et  que  la  justice  r^pondait 
a  toutes  mes  reclamations  :  <ic  C'est  une  chose  jugee.  » 
.  Voici  quelques  passages  de  ma  lettre  au  ministre  : 

Une  sequestration  f^iisant  perdre  k  une  creature  humaine  sa 
liberie,  ses  droits  civiis;  livrant  ce  qa*elle  poss^de  a  celni  qui 
veut  prendre ;  brisant  toute  one  existence,  marquant  au  front 
pour  la  vie,  n^est  pas  une  bagatelle,  Monsieur  le  ministre,  et.  il 
faut  un  peu  plus  que  le  style  boursoufle  ou  decousu  de  quelques 
lettres,  ecrites  avec  rapidite,  desespoir  ou  exasperation,  au 
milieu  des  grimaces,  des  oris,  des  chants  discordants  et  freneU 
tiques  de  la  folic....  il  faut  un  peu  plus  que  Vinvraisemblance  de 
ce  que  dit  une  personne  dont  on  ne  salt  Hen.,,,  un  peu  plus 
que  la  pretendue  conviction  d'un  homme  qui  avoue  qu'il  se- 
questre  par  ordre,  pour  prendre  contre  une  femme  inoffensive 
une  semblable  mesure. 

Si  on  av'^it  eu  la  bonte  de  mlnterroger,  comme  on  a  interroge 
M.  le  docteur  Payen,  de  s'assurer  des  choses,  de  questionner 
M.  le  Normantdes  Varannes,  d*examiner  les  pieces  authentiqaes 
que  nous  pouvions  produire....  on  aurait  compris  que  ce  crime 
etait  un  crime  premedite,  qui  s'est  accompli  exactement  comme 
on  me  Tavait  annonce,  dans  les  etablissements  publics,  sous  la 
garde  des  prefectures,  des  administrations,  sous  la  surveiUance 
de  la  justice.  On  aurait  su  que  quand  j'ai  voulu  donner  des  ren- 
seignements,  dire  mes  antecedents,  ma  position,  mon  entou* 
rage,  ma  famille,  on  a  crie  k  la  folie,  a  Torgueil,  ^ux  idees  de 
grandeur....  et  le  rapport  de  M.  le  procureur  general,  a^es  cet 
examen,  aurait  ete  autre  qu'il  n*a  ete. 

Malgre  Tarriv^e  de  mes  papiers,  malgre  toutes  les  preuves 
de  ma  raison  et  de  ma  veracite,  je  n'en  reste  pas  moins  acca- 
blee,  par  le  fait  du  parquet  lui-meme,  sous  la  conviction  d*un 
alieniste  qui  ne  sait  rien  II...  C'est  horrible  I 

Que  me  reproche  M.  le  procureur  general  ?  II  cite  une  lettrft 


P  B'CEIL  BtTKOSPECTIF. 


—  i/ipisie  enire  hiiiles  —   oii  je  dis:   i  II  j  a  deui  Harsilie; 

—  I'uae  a  diaparu;  —  elle  est  morte.  » 

Eneclivement,  Monsieur  le  miiiialre,  aae  dame  fitrangfire  ft 
r«it  de  la  [nusique  aoos  le  nom  d'Hersille  Rouy.  Je  I'ai  appris 
par  les  uns  et  par  les  autres.  Elle  me  I'a  dit  plus  lard  elle~m£me 
eii  Die  donnant  sea  raisons,  de  fort  bona  cnnseils  el  des  marques 
dp  veritable  int4r£l.  On  ne  sail  ce  qu'elle  est  devenue ;  j'ai  dU- 
paruinoi-mftme....  el  d§s  que  j'ai  6i6  enfermSe,  (e  brvil  de  la 
nii»-t  d'Hetnilie  Rouy  —  de  laqualle?—  a  Sle  ripandu;  on  a 
annono^  cette  morl  d  mes  parents,  anus  et  counaissancea. 
Ce  sont  des  faits  r^eU  et  comlal^s, 

Hi  on  avait  voulu  conleslerraon  ^tat  civil,  onse  serail  adressfi 
aux  [ribunaux.,..  C'esl  aux  liureaux  d'ali^nSs  qu'on  s'esl  adress£ 
!  femme  connue,  en  plein  jour,  en  plein 
it,  ses  paroles  ont  Hi  sans  port^e,  son  nppel 
it  d'oii  provient  le  nom  de  Chevdiier.  ..  et  la  ' 
lal  pas  nous  que  cela  regarde.  On  ne  fait  ici 
dont  ridenlit^  est  aussi   douteuse 
i^decin,  qui   n'cn  sait   pas  plus  que 


L'est-elle  done  pas  la  France,  el  le  crime  devient- 
:,  parce  qu'U  arrive  de  I^is  qui  le  iwuvegarde  ? 


Cependaot,  M.  le  garde  des  eceaux  avait  il&  touchd 

^e  me  savoir  malade  el  sans  resssources,  et  il  ^cri- 

i  de  rechef  4  M.  le  procureur  general,  le  23  diicera- 


' '  .».  Je  vuus  prie  de  me  falre   connalire  si  M"^  Rouy  est  reitie 

1  Orleans,  ou  si  elle  est  alMe  demeurer  dana  une  autre  locality. 

Ic  d^sirerais  aussi  savoir  quelles  ressources  elle  a   pour  vivre, 

r  alle  parait  avoir  quilts  I'asile  dans  un  dSnilment  eomplet. 

En  effet,  puisqu'on  on'*"*!!  mfime  refus6  a  ma  sortie 


422  ttl&MOltlES  Di'tNfi  'alien£b. 

le  petit  tMusseatu  qui  to'atadt  6t6  s]ptmt«tf^ettt  vot6 
par  la  commission  un  mois  avant'!  ^Je.^ui  tJ'^empfichait 
pas  M.  le  prooureur  g^n^ra^,  ioi^ours  aussi  bien  ren- 
3eign^,  de  r^pondre  le  26 : 

Mii«'Helisilie  H6ii^,  qai  fs^t  robj^ti^e  Vtffile  «i|^efae,  mi  la^S^ 

j^tesentement  a  Oi^l^ns,  roe 'BtfAiii«t,  liodS.  J'ai  Hen^de  ftmtft 

qu  elle  ne  nMnique  de  rieft.  MM.  Roiffteray  et  de,  M»«(6,  adAn-^ 

nistratetrrs  ties  Hospices  A*OAMts^' tpsa.  ^liMif^XStrnd  A >0Ue,  Tt^itL 

laisseront  pas  dans  le  d^nunotettt. 

■  • 

Du  iriometit  oii  11  6tait  aisitirt  ^'oti  rtie  fertitt  Tau- 
mone,  M.  le  ministre  se  iinf  pour  satisfait. 

Quant  k  ma.plainte  au  minktre  de  Tinldrieury  les 
btrreaux  tfancihferent  ^hfifmettt  la  question  contretnoi, 
sans  m^me  faire  un  s^mblant  d'iriformation,  et  en  aver- 
tirent  en  ees  termesM.  le.pr^fei  du  Loiret : 

P^iS)  '10T»fl^feftlfc*e^iW8. 

....  Depuis  sa  premiere  sequestration,  qui  temonte  &  plus  de 
dix  ans,  la  p^titionnaire  a  adress^  a  mon  d^partement  d'inces- 
santes  r^elamitions  contre  le's  acfmitti^tfetio'fts  ttes  dttf^rents 
asilesdais  lesquels*  elle  a  ^t^  tmiMe.  SesipiaiiileSvteQieuKflaii^ 
fondement,  t^moignent  seulement  des  gr aires  d^ordres  de  son 
intelligence.  Celle  qu'elle  vient  de  m'adresser  semble  empreinte 
des  m^mes  conceptions  d^lirantes. 

Je  crois  neanmoins  utile  de  vous  la  communiquer,  et  je  vous- 
prie  de  me  la  renvoyer  avec  le  cerfiftcat  61  le  TStpport  iA^dical 
qui  ont  motire  I'ordre  de  ioftie,  etc. 

Le  Ministre  de  VintSrieur, 
Par  autorisation : 

Le  Conseiller  d'etat,  secretaire  genSral^ 
Signe :  Be  So^kedOK. 


CHAP.   )t(.  —  COCP  Ii"<KjJ.  B&IUJSPECTIV. 


Exb^sit  de  la,  r«poase  de  M.  le  pc^fet  du  Loiret : 

Orleans.  21  novembi'C  1868. 

Ja  Tft'ami^sse,  UonAieur  le  loinistre,  de  vous  adresser  copie 
a  rapport  du  m^decio  en  chef  de  I'asile  dos  alieiies,  qui  con- 
.  idat  fi^rmellem^nt  k  la  sorlie  de  la  demoiselle  Chevalier  dudit 
r,  oa  sa  presence  ne  serait  pine  BUlivee,  «e  qui  a  douui 
a  l'oT4r»  q^  j'al  4oiia£  ie  11  de  ce  man  de  la  mcltre  en  It- 
liertd....  Je  I'ai  ^lusieurs  fois  examinee  et  inlenogee,  laiit  dans 
IBM  Tisites  gi^n^rales  k  I'asiTe  que  dans  des  visiles  particulieres 
!es,  et  ette  a  maveiit  install  pres  de  moi,  soit  ver- 
bale.menl,  soit  dans  plusieurs  letkras,  puiv  ablenii  ^  nuse  en 

L'ajanl,  nsitfe  dan^  le  courant  du  mois  d'aoCit  dernier,  de 
eoncert  area  M.  1e  proenrearg^n^raL...  elle  a  prSlendu  ^'elle 
avait  6tA  sit^teatrie  sous  iw  faux  nntn,  ceti)i  de  CbeTalier,  lanr 
^  qu'elle  ^e  nommarait  r^elleraenl  Eouy.  J'aL  alais  eent,  sons 
la  dale  du  25  aout,  a  M.  le  pr^fet  de  la  Seine,  en  le  priant  de 
voulcur  iiien  verifier  cette  allegation  el  de  m'envoj'er  copie  de 

usnnce  da  mUb  peosionBaira.  > 

.  Loroque  j'ai  r^^itle  lapport  ludtiical  panclu^nt  a  la  mise  en 
i3>ert£  de  I'alidn^o  Chevalier,  le  26  octobre  dernier,  j'ai  icril  de 
UMXVMU  u  U.  le  pr^et  de  la  Seine....  Le  It  de  ce  mois,  n'ayant 
tas  re;u  de  r^ponse  <i1  a  Ijien  voutu  me  faire  coiinaitre  depuis, 
e  IS,  qn'il  avail  demands  ;V  Voire  ExeetleiK^e  tes  reoseigne- 
Soienls  felatilit  i  Titat  civil  de  la  demoiselle  Ghevalier),  }'ui  era 
I  presence  d'une  nouvelle  d-marche  faile  nupres  de 
moi  par  M.  le  doclear  Payen,ordoiinerhi  iorlie..,.  La  deraoiselle 
^Thevalief,  depois  enriron  quatone  aas,  a  4t#  suctesaiveinenl 
e  dans  Cinq  asiles  diD'ereiits,  ovi  elle  a  loiijours  ^Icv*  des 
plaintts  et  des  r^clainatiaos,  etc. 

eign* :  L.  DuREAU. 

On  remarquera  que  M.  Bureau  fivite  aoigneusemei 
de  doaaer  son  opinion  persoan^lle,  rfiaia  que  rien  d 


424  .  M^UOIRES  d'uNE  AUlfeNEfiJ. 

~~**-*— * '■  —  -■  -■  '     -- -'    ■ —  — — — ^— >-^— —  —  —     — . .  ..-  -  ■  ^— ^^— ^^— — »— ^— — 

sa  lettre  ne  peut  laisser  supposer  qu'il  me  croie  in- 
sens^e. 
En  voici  une  preuve  d6cisive,  que  je  dois  k  la  protec- 
,  tion  toute  sp^ciale  dont  M.  de  Marc^re  youlut  hum 
m'honorer  lorsqu'il  6tait  ministre  de  rint^rieur,  et  qui 
a  du  determiner  sa  conviction.  C'est  le  brouillon  d'une 
lettre  ou  M.  Dureau  parlait  selon  sa  conscience  et  dont 
il  a  dil  Mtonner  une  partie,  car  on  voulait  sans  doute 
en  haut  lieu  que  tons  les  renseignements  demaod^s  a 
Orleans  conclussent  k  la  folie. 

Gette  pifece  est  anterieure  de  jdeteos  arts  k  ma  mise 
en  liberty  et  ^tait  adress^  k  M.  Husson.  directeur  de 
FAssistance  publique ;  les  passages  en  italiques  sont 
ceux  supprim^s  dans  la  lettre  officielle  : 

Copie  du  brouillon  tel  quHl  se  trouve  aux  archives 
de  la  Prefecture  du  Loiret, 

Orleans,  26  mars  1866. 

Par  lettre  du  19  octobre  1863,  vous  avez  bien  ypuln,  sur  raa 
demande.  me  faire  connaitre  les  actes  de  d^mence  qui  ont  amen^ 
i  Paris  la  sequestration  de  la  nomm^e  Ghevalier-Rouy,  pension- 
naire  du  d^partement  de  la  Seine  a  Fasile  d'Orl^ans,  et  les 
motifs  particuUers  qui  pouvaient  s*opposer  k  sa  mise  en  li- 
berty. 

Ces  renseigpiements  et  les  documents  qui  les  accompagnaient 
ont  ete  communiques  au  mddecin  de  Tasile  d'Orl^ans,  et  les 
divers  certificats  de  ce  fonctionnaire,  d^livres  depois,  sur  le 
compte  de  la  demoiselle  Chevalier,  ont  conclu  successivement  a 
son  maintien  dans  Tasile. 

^-' ite  de  diverses  drconstances,  notamment  de  lettres 


I  .r 


\ 


CHAP.  XX.  •—  COUP  d'ceil  wetrospegtif.         425 

n — - 


qqe  les  autoritiis  ont  reyues  k  plusieors  reprises  de  )a  demoi- 
selle Chevalier,  et  ^i  rCont  paru  porter  aucune  trace  de 
desordre  mental,  j'ai  d<i  m'occuper  dune  maniere  \o^\e  parti- 
culi&re  de  cette  pensionnaire.  Je  I'ai  visit^e  et  interrogee,  dfe 
concert  avec  M.  le  procureyr  general,  en  cherchant  a  me  ren- 
dre  un  compte  exact  de  Vetat  de  son  esprit,  et'jrien^  ni  dans 
dans  ses  paroles  J  ni  dans  son  attitude,  n* est  ,venvL  modifier 
les  impressions  resultant  pour  moi  de  ses  lettres.  ' 

Ces  impressionsy  Monsieur    le   directeur,  sont  egalement     , 
celles  d*un  homme,  sinon  special,  au  moins  recommandahle 
var  sa  ha/ute  intelligence,  et  memhre  de  la  commission  admi" 
nistratifVe  des  Hospices  d*Orleans. ,  . 

Toatefois,  en  presence  des  affirmations  precises  de  la  science, 
persistant  k  declarer  la  demoiselle  Chevalier  affect^e  d'ali^nation 
mentale,  il  paraitrait  que  sa  mise  en  liberty  ne  serait  pas  ^ns 
inconvenient.  ' 

Mais  M.  le  procureui*  g^n^ral,  dont  toute  la  solUcitude  n^a 
cess^  egalement  de  se  porter  sur  la  demoiseUe  Chevalier,  a  re- 
connu  un  fait  avec  moi :  c*est  qu*en  raison  surtout  de  son  esprit 
actif  et  cultiv^  et  de  son  Education  distingu^e,  la  demoiselle 
Chevalier  est  moins  a  sa  place  dans  Tasile  d'Orleans  qu'elle  ne  / 

le  serait  dans  un  autre  asile,  ou  sont  organises  pour  les  alieni§s 
diffi^rents  genres  de  secours  qui  he  se  trouvent  pas  ici. 

Je  viens  done,  Monsieur  le  directeur,  vous  prier  d*examiner 
quels  pourraient  dtre  les  asiles  qui,  sous  ce  rapport,  convien- 
draient  mieux  a  sa  situation,  et  de  mUndiquer  celui  sur  lequel 
vous  aurez  diicid6  qu'il  conviendrait  de  la  diriger. 

Sign6 :  Bureau. 

Par  quelle  pression  M.  Bureau  fut-il  oblig6  de  modi- 
fier sa  r^ponse  primitive. au  point  de  lui  donner  un  sens 
tout  oppose?  G'est  ce  qu'on  ne  saura  probableroent 
jamais.  Mais  en  conservant  ce  brouillon,  qu'il  lui  6tait  si  j 

facile  d'an^antir,  M.  Bureau,  dont  je  n'ai  eu  qu'a  me 

24. 


426  Mfii»»B»  B'UNb  ajj£n^ 

•  -^^^^ ■  -■-..■  -  ■ 

V  ^  feuiM^,  t  ti»«ft«i  hkssim  Mtotsleir  aaifetAmoigBsiiBi  dan*  la 
t^r£vfsfotf  qptif  potiffiAt  ttub  ^f&imt^tai  jour.  9  est  dssvt 
depuis  pAisieurs  axm^es^  %t  saiis  ceffe  precaiUioa  on 
attrait  |m  eg(H»8y  malg^  ««»  affinmntiftiw  jhMianw»  feis 
rtp^t&ir,  ^a'a  avait  diaiieS'  d^'a^  do^  ^Is^  teM  m. 
moins  dans  le  doufe  i  mon  6gard';  ce  dbute  ^r&e  ^EQF- 
qu6l<»B^s'aibsti0atslfiMukmeiU  d^se  saiig;^  du  B^^ 
duplti^AAd^. 

Le  fd'  avril'  stdVairf,  fe  tAdsfttf  SbJt  t^sAM  (tftr 
IL  HiUNSoQ,  oiYoici  la  raisoa  q^'iT  ea  &imaft :.  / 

y ouB  saves  <pie  ks  asdgencefr  ds  son  cavactere^  et  noa  le 
r^giroe  des  maisons  par  ou  elle  a  pass4,  ont  £t£  la.caiise  uni^pie 
des-  nombroax  et  coiktea^  changftmeaffs  de  rdsidenge  qjoe  je 
mas 


PariM  le»  fH^bSBs'  ^btenuan^  dn  i&uDiBttes  far 
M.  Tailhancf^  se  trouve  un  riapport  du  dbcteurCSAiieil. 

Ainsk  qii^  jn^  yai«  rae«it4  cbapitr^  Yia^  le  15  laai 
t869>  j^a^ilBi  ta^t  de^  «aiiv«ai»  i^  Utoifidffatmfr  pour 
fui  dei£i2Didbf  d'ofdontifier  tme*  ^conde  enqteSfbtnft- 
ment  sdriettse^  et  04  jje  serais  entendue.  £e  i2  mdi, 
M.  Mettetal  torivait  au  directeur  de  Charenton  : 

Son  Excellence  M.  le  ministre  de  rint^rieor  desire  avoir  nn 
rapport  d6e^4  dOr  i€&  MXs  fehitif^  ia:  s^xtt  iffft  dettuiselle 
Che^rtgJeS^Wi&tit  dfcte  hr  ttifaeiM  <te'C3fc«W(lanw> 

En  eodB^eww,  je  iroii»  |»ri6  d^  rMaiiitir  «»  npfort  a 
M.  le  doefenr  Calmeil,  et  de  me  le  transmettre-  le  plus  lot 
possible. 


\ 
/ 


.»/ 


f  CHAP,  XX#  —  COUP  P'CEU*  RfiTROSPEGTIF.  487 

■  I    I    ■ I  ■>■ I       HI  wM^^mmm  ■    II       I  ■■     I   >    1  ■■■■■■       r  ,  ^  ,1  ■        < 

I 
\ 

Q^e}le  avit&rM  pev^-on  accorder  a  un  pareil  rap- 
porif  redige  en  ^869  sur  des  faiU  qui  ae  $ont  passes 
01%  i8649  ^ciivalt  It.  Tailhand  au  bas  de  la  copie  qu'il 
yehait  M  iaire  de  la  letire  de  M.  Mettetal.  En  efFet,  ia 
geule  cbose  qu'U  £&t  loyalemeiit  possible  de  faire  apr^s 
tant««l'iHm^&  ^coul^es^  a  6tait  le  simple  relev6  des  notes 
m^dicales  inscrites  au  registre  pendant  mon  s^jour  h 
Cbarei^toB^ 

Le  docteur  Calmeil,  cependant,  trouva  moyen  de  faire 
un  rapport  de  dix  pages  sur  une  personne  qu'il  avait 
eue,  quat&rze  dUs  actiJ^ravaiif ,  troii  mois  dans  son 
service.  li  avait  afoi's  pr^  de  lui  M.  Barroux,  mon  an- 
6ien  dirtetelur  de  Vsirmf  devenu  direfi^ar  de  Ghareii- 
ton,  6ft  comme  m6deCin^adjoint  Mi  le  docteiir  Foville, 
ex-m^decin  en  cbef  du  service  des  femmes  a  Mar^- 
ville, 

.  II  fallaity  en  exon6rant  le  docteur  Pellets^,  exofl^er* 
tons  ceiix  qtif  m'aviient  g^ard^e  k  la  suite,  et  Fon  donne 
k  ce  aujet  sur  mes  antecedents  des  details  essentielle- 
m^t  fantalskltes^  ik»Qt  il  etkt  Me  bon  d'indiquer  au 
moitis  \A  prov^eiHatt^e.  C^  I'iapport  6Sf  si  evidemment . 
compose  pour  les  besoins  de  la  cause,  qu*bn  n*a  pas 
ose  le  produire ;  mais  il  n'en  existe  pas  moins  k  mon 
dossier  et  impressionnera  defavorablement  quiconque 
k  lira  sans  aveir  connaiss&nee  des  pieces  que  je  pou- 
vais  d^  lors  lui  opf^ser^  II  £f attache  a  denaturer  mes 
paroles  et  mes  actes,  pour  prouver  la  neces6ite  de  me 
faire  enfeimer  paar  anite  a:  d'un  eUx^  hUent  d'alie^na- 


428  MEMOIRES  d'UNE  ALIl^^. 


Hon  3).  bien  ant6rieur  k  ma  sequestration.  II  ^tablit 
pourtant  qu*a  mon  entree  k  Charenton  j'ai  parl6  de 
mon  pfere,  de  mon  oncle,  de  mon  fr^re,  de  ma  famiUe 
et  de  ma  position,  en  des  termes  ne  iaissant  aucun 
doute  sur  ma  filiation  ni  sur  ma  parents,  qlie  plus 
tard  chacun  a  arrang^es  k  sa  guise,  en  me  pr6tant  defi 
id^es  que  ce  rapport  dement. 

II  donne  de  longs  details  sur  ma  sant^,  sur  ma- ma* 
hifere  de  vivre  : 

Qui  etait  celle  de  beaucoup  d'artistes,  taiitot  dans  la  getie, 
tantot  dans  Ic  luxe.  Elle  a  fatigu^  son  systdme  nerveux  par  des  * 
exces  de  veilles,  par  son  assiduity  a  T^tude,  k  la  culture  de  la 
musique.  Ses  esp^rances  ont  souvent  4t6  remplac^es  pui*  des 
deceptions ;  son  existence  a  dd  ^Stre  remplie  d'emotions. 
M"*    Chevalier-Rouy  s'est   livr^e   avec   ardeur  a   I'^tude   des 

myst^res   du  somnambuliame  ct  du   magnetisme   animal 

L'activite  de  son  intelligence  s^exergait  de  preference  sur  ces 
mati^res  dangereuses. 

Peu  a  peu,  ses  sens  s'exalterent,  et  elle  commen^a  a  eprouver^ 
de^  hallucinations  de  la  vue...  Plus  tard,  elle  se  persuada  qu*elle 
etait  poss^dee  par  un  esprit  magn^tique  et  en  butte  k  des  per- 
secutions secretes....  Vers  le  I*'  septembre,  M"«  Chevalier-Rouy 
comraenpa  a  se  montrer  tout  k  fait  indifferente  a  ses  iateretii ; 

elle  avait  laisse  de  cdte  ses  lemons Sa  domestique  essaya  de 

la  raisonner ;  mais  il  parait  que  la  malade  Teffraya  par  son  atti- 
tude et  la  violence  de  ses  propos. 

Tout  ceci,  selon  M.  le  docteur  Galmeil,  resuUe  de 
rinterrogatoire  que  M,  Vinteme  Verjan  avait  ete  charge 
de  me  faire  subir. 

ie   me  sui8  occupee  de   spiritisme  comme  tout  le 


MSP.  XT.  —  OOI'P  It'fHI.  REtlWSPECTir-  «& 

roonile,  k  nne  ^poque  oii  tout  le  moade  s'en  occap-iit, 
el  je  pasaais  la^me  pour  un  medium  assez  puisSaBl. 
e  enlrer  (tana  une  discussion  a  fond  sur  ce  sujet, 
e.dirai  que  je  ne  compreods  pas  la  coapable  I^SreW 
dThommes  qui,  au  lieu  d'examiner  et  d'Slaii'^r  .»s 
iphteom^nei:  qu'ils  Iraitent  d'epidemie  cirebrfile,  Iran- 
idieot  avec  leur  imperturbable  aplomb,  en  qaatiGant  Ue 
d£lire  tine  conviction  battte  sur  des  faits  r^ls  et  incun- 
itestables. 

le  n'avais  pas  Tait  difficulle  de  causer  de  ces  choses 
avec  M.  Verjan,  de  dire  que  j'avais  une  conviction  prw- 
■Ibiide  en  rinlenention  d'un  Mre  supreme,  en  one  des- 
'Knte  irrevocable. 

J'avais  cite  des  songes  m'ayaot  avertie  des  ev^ne- 
Ements  futurs,  et  dens  apparitions  en  i*ve  :  Tune  en 
1S22,  ^  Varsovie,  au  moment  de  la  mort  de  ma  petite 
CBur  Constantine ;  I'autre  pendant  que  j'^lais  a  Lon- 
,dres,  en  1834,  m'aanongant  la  mort  de  mon  oncle 
'£tiemie  a  I'beure  mSmeoiiilexpirait.  II  n' est  person  ne 
qui,  en  cherchant  bien  dans  ses  souvenirs,  ne  puisne 
citer  quelque  fait  analogue.  Seulement  on  a  transform^ 
leeux-ci  en  hallucinations  que  j'aurais  dprouvfes  en 
4854,  ce  qui  change  terriblement  les  choses. 

Je  dois  dire  que  le  spiritisme  a  fait  sur  moi  Irfes-peu 

iffet,  parce  que  mon  pfer*  s'oceupait  de  sciences 
bccuttes,  que  j'assistais  a  toutes  les  conversalious,  i\ 
loutes  les  experiences  de  magu^lismeou  autres.  el  que 

El  ne  m'^tonnait  pas. 


430  M£MO|RES  D'UNE  AXIEN]^. 

-»'■'-'  ■'  '         ■'■      ■  »  *''!'■  I  ■  ■'  I  —  ■^-     I  ■  »■!■  ■■■!  '■■  ■ 

I  ,  ■  ' 

liOrsq^'on*  me  r^r^^nte' comma  totalament  absoi^ 
\m  pai:  laspmtu»ae>  j'^tw  fori  o^GU94e  k  xk^t.  to^ 

eautjoQs  qu'6Q.m'a¥aiti{idi)q[u^  e^vu^  da  ma  dinpoH 
rition  pvo^haioa.  Oo*  9'^ooiia  (|ue  j'aia  cessd  m;^  k$OQP 
au  1^'  sap(iemt)Ba,  au  pl^^inaft  vaeaoo^ !  Ja  las  avaj^ 
m^ma  eaaa^eSf  z&ofmf^  too^  las  piroCeissau]r&,  w  aoiiQ^ 
ma&ceiHLeiit  d'a^^dl).  Enfin^  |e  <]x)ute  qu'o}^  ma  eifaip 
d'humeur  k  me  laisser  faire  la  legou  par  m^^  daia^flg* 
tiqu^^  Cte^  a  VH,  alw^itra  n^  ai9ffiiiie»t  et  po«)^\iai  je 
Taifiaia  miiba  4  la  p(nrfa^  dis  la  WLiMaii  i[|e  ii^ijUkl:,  ai  eim- 
oaant  ail  Wiiiaii  {NTafi^  da  ae  4pfa  ^  4(ori^  lanta  la  |oii»» 
nee  pour  me  dire  suicid^e,  foUe  et  a^fpiagfaffe  idN^s 
mca» 

M.  Terj»^  qui  m'afHra  toi  jeiiw  at  qpe  j»r|i;'ai  ftta 
r&m,  attnt  maiaompm  etai'MiBA  vfiffiaf^  ee  que  je 
lui  avaia  'nx&Mt  dea  feajesR^  4e  saa  cemeterga*  fl 
a^rait  4l'aillaiiri»  aangBlier  (pie  2a  mgBoAef  cossnia 
an  nt'iff eita^  If t  d^mo^  aur  dife«a£»a  ees  ftingiriigrs 
d^Udla. 

J'al  ^44  fovi  £taiinte  quaaid/  k  IrmJowiiiif  4g  ipm 
«rm^  dils^isiitay  M.  la  doctet^  CdbaaH  WKsrmk  deiMHi- 
veau  siir  I'aflfwit  flrappe»r  al  me  dit ; 

*^  Vaua  antimdez  dast  ^oit  dans  le  murf 

'^  Bana  le  m^,  noil/...  ^  meiAs  qu^  ea  la^r  m  adil 
tine  dMflati  at  ^^l  na  piffla  d^rri^e. 

^  Cast  ^aixime  tout  la  ma^da,  «l0i«{  YacM  ctfkn>- 
deDieu?  ' 


■  -^  I . .- 


■^\ 


CHAP.   X«,  •"  OOHP  n'tEfl,  HtTROBPEGTIF.  ~         4Sl 

— "  J0  dte'qtie  Ifc  TOnt  iirt4rietlfe  qui  nons  pSrIe  viont 
de'Dlffiii  '6'fl8t4-d}ite  -d'un  effe  mipf^lne  ifit  non  if-  la 
juftti&re. 

—  M6i  atfSBi,  ilon,  j'aiteads  k  vdx  delHeu'I 

—  Assur^ment,  bomme  tout  le  monde,  k  moins  que 
TOus  necrojiez  que  c'est  oelle  flu  diahle. 

fie  tontueet,  .M..le  <de«tflnr  Qalm^  Mntlot  —  «n 
•  1869  —  que  j'dtais  dans  on  iiM  analogue  atrc  fdi* 
^elMeB  de  Loudun,  et  il  I'affirme  ainsi : 

Un  :mMec!n  -^clairf  ne  pouvail  que  dddarAr,  en  septcm- , 
bre  1S54,  que  M'>>  ChcTalier-Rau^  avail  teat^ile; pounder  un 
jt^enent  sain  et  d'oMir  a  In  nation  du  sens  comnwB.^De  mdme 
ii  £tah  fond^  k  rapporter  la  maladie  de  cetEe  habile  arlule  a  la 
classe  des  monomanies  avec  h&Uudnationa  de  pluaieors  seus...; 
Eile  comervait  la  faculty  de  caiaamier  .d-'iine  mani^re  suivie  at 
indme  sp^deuse  snr  les  mati^rea  StrangSres  a  aes  conTictians 
d^raiwimabUs. 

M^setitrvicUons  iKrAisoimaBlW,  C'Atalt  SaHs  dotite le 
spiritisfne-;  nntis  je  ri'ftais  pas  foRe  pottr  y  croire,  Men 
qtie  oeki  ipuisse  rehire  fiille  et  qn'on  en  Sit  vu  des 
exemplea. 

m.ie  (Ideteiir  CaMeil  daigneconveuir  qtie  Je  tie  pt&- 
setdetHteunsymptSrrte  de  ptfralj/Sfe  ;  que  ma  -Udion 
eSt'itipnitfe-etcoTTecte.  IJ  s'^tonne,  le  kndemain  de 
montrttvfiS,  de  rae  irOuvaf  aUrexcUie  et  parlant  avec 

OncseWrtt  aufeicttSe  i  raoina.  ta  vdrtt^,  messieurs  les 
tftlAaistes  SOnf  prScieuf  f  36  vou'drais  bien  savoir  s'ils 


4^2  MEMOIRE'S  O'UflB  ALIENEE. 

^ j_ . 

seraient  joyeui;  et  featisfaits  de  s^  voir  enfermer  parmi 
des  fous,  de  )passer  une  nuit  blanche  dans  un  dortoir 
ou  des  fiysteriques  viendraienl  se  pr^cipiter  sur  eux 
et  iraient  un  pen  plus  loin  tomber  en  convulsions  ! 

La  nuit,  il  lui  arrive  d' entendre  la  voix  de  sa  pensee.  Cette 
voi«  la  tutoie  et  raisonne  avec  elle ;  cette  voix  'lui  a  dit  qu'elle 
^tait  Satan,  mais  elle  a  refus^  de  donner  son  ame  a  Satan.  Alors 
cette  voix  lui  a  dit :  Je  suis  Dieu^  et  je  Vaime, 

Elle  parle  ensuite  du  vol  d'un  enfant  qui  bii  avait  ^t^  confix 

par  sa  mere II  nous  a  i§te  absolument  impossible  de  la  plier 

aux  exigences  du  service  et  de  la  discipline 

t     Nous  ne  pouvons  qu'approuver  la  determination  qui  fut  pHse 

a  son  ogard  le  8  septembre  1854 On  pouvait  esp6rer  d'obte- 

nir  son  r^tablissement.'.:..  On  )a  mettait  a  Tabri  des  accidents 

qui  pouvaient  surgir  d'un  instant  a  I'autre E!nfin  on  evitait 

Vinvonvenient  de  mettre  le  public   dans    la   confidence  du 
malheur  qui  venait  de  Tatteindre,  etc. 

On  a  si  bien  6vit<§  cet  inconvenient  qu'on  m'a  esca- 
molee  dechez  moi  corame  une  muscade  ;  chang^e  de 
nom,  pour  qu'on  ne  stit  pas  ou  j'etais ;  dite  morte,  pour 
que  personne  n'eAt  I'idee  de  chercher  ce  que  j'^ais 
devenue. 

Quant  k  Taffirmation  que  mon  sommeil  est  trouble 
par  cette  voix  qui  ine  dit :  Je  suis  Dieu,  et  je  faime,  ou, 
comme  il  est  dit  a  un  autre  endroit,  par  I'esprit  magn^- 
tique  qui  prend  la  forme  du  due  de  Parme,  de  Satan  ou 
de  Dieu,  ceci  pro  venait  d'une  source  ou  Ton  n'aurait 
pas  du  puiser  et  d'un  pi6ge  que  j'avoue  avoir  tendu 
-s,  pour  prouver  qu'une  fois  entre  leurs 


CHAP.   XX.    —   COUP  D'tElt  RETROSPECTIF.  433 


mains  Hen  n'est  respecti§ ;  que  la  nxalheureuse  ali^n^e 
est  absolument  k  leur  discretion. 

On  sait  qu'on  avalt  force  ma  malle  k  MarSville  et 
qu'on  y  avait  pris  une  enveloppe  cachet^e  portant  pour 
suscription  :  Secret  de  ma  confession, 

Gette  enveloppe  fut  oiiverte  et  son  eontenu  remis  k 
M.  Barroux,  qui  Tenvoya  k  M.  Durangei  le  3  mars  1869 ; 
mais*  on  en  avait,  comme  on  le  voit,  pris  bonne  note 
k  Gharenlon. 

Or,  cette  enveloppe  contenait,  avec  quelques  autres 
papiers  de  m^me  nature,  une  declaration  d' amour  a 
VAniechrist,  et  elle  est  cit^e  presque  enti^rement,  sans 
qu'on  dise,  bien  entendu,  comment  on  se  Test  procu- 
re, dans  Tenqu^te  de  1869  dont  nous  parlerons  plus 
loin.  Voici  ce  qu'en  dit  M.  d'Aboville  : 

Ces  pages,  ou  Ton  doit  reconnaitre  dea  hearts  d'imagination, 
n^^taient  destinees  a  6tre  lues  par  personne.  On  en  pourrait 
trjouver  d^aussi  ej^alt^es  dans  certains  pontes  qui  n'ont  pas  ^te 
poursuivis  pour  les  avoir  publi^es.  II  faut  remarquer,  avec 
M.  Tailhand,  qu*eUes  sont  toutes,  sans  exception,  post^rieures 
a  sa  sequestration,  et  si  c'est  la  cer  que  son  s^jour  de  quatorze 
ans  au  milieu  des  idiots  et  des  fous  lui  a  fait  faire  de  plus  extra- 
vagant,  on  conclura,  avec  M.  le  docteur  Halmagrand  dans  sa 
lettre  d6ja  cit6e,  qu'elle  devait  avoir  la  t,6te  solide  pour  y  avoir 
encore  aussi  bien  r^ist^. 

Parmi  Tinnombrable  quantity  de  leltres  d^lirantes 
qu'on  m'accuse  d'avoir  ecrites,  on  n' a  jamais  pum^on- 
trer  que  celle-ci.  Si  elle  ia'eut  pas  presents  une  appa- 
fence  de  folie,  on  n'en  aurait  pas  parl6,  et  la  violation 

25 


mSmoibes  d'ijne  alienee., 


de  ma  tnalle  et  d'une  enveloppe  qui  pouvait  conlenir 
deschoses  fort  graves  pour  moi  et  pour  d'autres,  d'%- 
pr^  sa  suscriplion,  aurait  toujours  &\.6  ignorSe. 

C'est  pourquoi  je  n'fitais  pas  folle  en  traitant  d« 
'  voleur  )e  ni^decin  que  je  savais  coupable  de  ce  rapt.... 

Certes,aucinideces  messieurs  necroyaitalorsqu'une 
contre-enqudte  serait  faite ;  que  j'aurais  connaissance 
de  ces  bassesses  et  aurais  en  ma  possession  ces  pieces 
qui,  en  me  presentant  sous  un  c6t^  immoral,  vaoiteux, 
dgoiste  et  iasena^,  m'Ataient  tout  espoir  de  I'appui  de 
•   rimp6ratrice. 

Enfin  j'avais  parlS  duvol  d'un  enfant...  Esl-ce  que, 
devant  une  question  de  cette  importance,  le  devoir  du 
mMecin  en  chef  n'^tait  pas  d'appeler  le  procureur  im- 
perial et  de  provoquer  une  information?  Onne  Ea™t 
rien  de  moi  j  je  d6non9ais  un  crime,  et  j'en  apportais 
des  preuv«s  sufQsantes  pour  qu'on  pAt  ^ilement,  en 
i854,  en  atteindre  lea  auteurs.  Ces  papiers  m'ont  616 
pris  avec  leB  autres,  et  ceux  qui  conoemaient  cette  en- 
fknt  ne  m'ont  pas  &i6  rendus. 

Cependant,  le  rapport  de  M.  )e  docteur  Calmeil  a 
cela  de  bon  : 

1"  Qu'il  dfelare  qu'ii  pai;t  le  spiritisme  (dont  j?  ne 
parlais  jamais)  je  conservais  la  faculty  de  raisomier  sar 
)es  mati^res  itrang^rea  k  mes  convictimis  diraiton~ 

nables 

-  Et  qui  done  donne  le  droit  de  s^uestrerpourilDe 


¥ 


I  \       «  ■  I  ,  ( 

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CHAP.   XX^.    —   COUP  D'CEIL  RET|\08PEGTIF.  435 

2®  Que  je  me  d^clarais  simplement  ce  que  j*6tais, 
une  aftiste  vivant  de  son  laborieux  travail ; 

3*  Que  j'y  parlais  de  ma  famille.  Et  il  n'est  ques- 
tion dans  ce  rapport  ni  de  porte  forc^e,  ni  de  commis- 
saire  de  police,  ni  d'autel,  de  cercueils,  d'illumination, 
d'extase ;  ni  de  d^sespoir  amoureux  ou  matemel ;  ni 
de  grands  personnages  m'ayant  affich^e  publiquemeht ; 
il  constate  que  tout  est  simple  et  honorable  autour  de 
moi,  et  que  si  on  cherclie  dans  ma  vie,  on  y  trouve  un 
6xc6s  de  travail  et  pas  d'autre. 

Je  ne  m'^tais  jamais  expliqu^  pour  quel  motif  M">d  la 
sup^rieure  de  Charenton  avait  manqu^  si  gravement  au 
r^glement  en  consarvant  mes  papiers,  au  lieu  de  lesf 
reraettre  au  bureau,  et  comment  elle  ne  m'en  avait^ 
huit  ans  apr^s,  rendu  qu'une  partie.  Elle  n'y  avait 
aucun  iater^t  et  s'6tait  montr^e  avec  moi  plutdt  bien- 
veillante  qu'hostile.  II  6tait  impossible  de  croire  qu'elle 
edi  agi  d'elle-m6me,  mais  probablement  k  Tinstigation 
de  ceux  qui  m'avaient  fait  r^niermer  et  qui  pouvaient 
Tavoir  charg^e  de  garder  les  papiers  de  famille  dont 
j*^tais  nantie,  aprfes  en  avoir  distrait  ceux  dont  on  vou- 
}ait  me  d6pouiller. 

Le  fiait,  bien  que  tr&s-dommageable  pour  moi,  n'au* 
i*ait  eu  rien  de  blftmable,  M°^«  la  sup^rieure  n'^tant  pas 
chargde  de  verifier  Tenregistrement  des  malades  et 
ignorant  tr^s-probablement  que  le  mien  fut  irr^gulier. 
Ges  renseignements  pouvaient  nous  faire  d^couvrir  le 
mobile  tant  cherch^  de  ma  sequestration. 


■    .    •   •  •■■'■. 


436  '  MEMOiuEs  d'une  alienee.     - 

-  ■■       ■  ■    » ■ — ■'  '<" 

Je  priai  done  M™®  le  Normant  des  Varannes,  d'etre 
assez  bonne  pour  ailer  k  Charenton,  accompagn^e  de 
M.  Lr..,  et  void  comment  elle  rendit  compte  de  celte 
entrevue  : 

'  Paris,  30  Janvier  1872. 

« 

Nous  avQns  trouv^  une  femme  impenetrable.  Elle  a  hrtk\€  ses 
vaisseaux  dds  les  premiers  mots,  en  niant  tout,  absolument  tout, 
mSme  Vexistence  des  pJapiers.  Pais  elle  s*est  souvenue  qvCi]  y  en 
avait  eu ;  mais  elle  pense  que  c'est  M^'  Rouy  qui  les  lui  avait 

coniies.  J'ai  precise  les  faits;  elle  s'est  un  peu  rappele La 

soBur  Saint-S...  ne  sait  rien,  n'a  rien  vu,  connait  bieii  M"«  Rouy,- 
mais  n'etait  pas  alors  surveillante  de  ce  service.  Enfin  les  pa- 
piers,  pris  par  elle  ou  par  une  autre,  ont  et(§  remis  k  la  sup^- 
rieure,  qui  les  a  envoyes  au  bureau  ;  elles  n'en  savent  pas  plus 
long.  Tontes  les  fois  qu'il  y  a  e,u  4es  reclamations,  M"«  la  sup^- 
rieure  les  envoyait  au  bureau,  et  M.  Martin  "disait  ne  rien 
avoir. 

Ges  papiers,  qn'elle  se  souvient  d^avoir  feoilletes,  etaient  an 
tas  de  paperasses  de  recfiture  de  M'>*  Rouy  poor  la  {topart,*  et 
que  M.  Martin  aura  sans  doute  briUees. 

Elle  revenait  toujcurs  sur  la  question  de  folie,  et  nous  aviooa 
beaucoup  de  peine  a  la  ramener  auz  papiers.  M.  L...  lui  a  de- 
clare tres-positivement  qu*il  avait  vu  W^'  Rouy,  qu'elle  n'etaiL 
pas  foUe  et  ne  Tavait  jamais  ete,  et  que  quant  aux  papiers  ce 
n*etaient  point  des  chiffons  sans  valeor,  car  ils  avaient  ete  ren- 
dus  en  partie,  et  il  s'y  trouvait  un  acte  de  naissance  dont  ia  sup« 
pression  avait  permis  de  faire  passer  M"*  Rouy  pour  ihorte,  et  de 
perpetuer  sa  sequestration  en  donnant  a  ses  reclamations  Taiq^a- 
rence  de  la  folie.  M^^*  la  superieure  se  contenta  d^  dire  :  c  C'est 
bien  singulier !  .n 

Les  trois  temoignages  concordants  de  M.  Benoit  d*Azy,  4e 
soeur  Liduvine  et  de  M.  Renaud  du  Motley  ne  lui  font  rien,  et 
elle  est  prete  a  affirmer  en  justice  qu'elle  n^a.  jamais  renvoy&  de 
papiers,  ni  mSme  vu  de  sosurs  de  Saint-Charles. 


1    •'  "  / 


V 


GHAT.   XX.   —    COUP  D'(EIL   RETfioSPECTIF.  437 

•  ■- : '•  \ 

^— ^^— ..»»i  ■  11  ■   I  'I  i  I  .  «i ' .       I     « 

J  —  Vousaurez  sans  doute  bientdt  occasion  de  le  Tkire,  lui  ai-je 
4it>  fitje  regrette  vivement  que  vos  souvenirs  vous  servent  si 
mal,  ear  votre  responsabilit6  se  trouve  bien  j^lus  grande  que 
si  vous  aviez  agi  sous  rinfluence  d'une  reclamation  de  famille 
pour  rendre  una  partfe  des  papiers  et  conserver  les  autres  en 
d6p6t. 

Maiselle  soutint  mordicus  qu'elle  n'avait  jamais  vu  personne, 
ni  de  1^  famille,  ni  autrement ;  qu'on  ne  lui  a  rien  dit,  rien 

^^demande  etqu*ellen'a  rien  fait.  EUe  m*a  demaiide  si  nousavions 
qpelque  preuve  de  ce  qui  manquait.  Je  lui  ai  r^pondu  que  nous 
iious  etlons  peu  occup^s  de  ce  fait,  bien  qu'il  eut  aussi  son 
Importance,  ^Fessentiel  ^tant  de  prouver  la  possession  par 
M"Q  Houy  de  son  acte  de  naissance,  de  la  soustraction  et  de  la 
restitution  de  cet  acte,  et  que  nous  en  avions  des  preuves  irr^fu- 
tables. 

Elle  squtenait  bien  qae  M^^^.Hersilie  etait  inscrite  Rouy  au 
bureau;  quant  a  cela,  je  lui  ai  tenu  tdte....  La  declaration  de 
M  Barroux  a  Tassistance  judiciaire  a  eu  Fair  de  la  convaincre ; 
mais  elle  a  tenu  a  nous  faire  voir  que  sur  le  cahier  ou  Ton 
donne  lenom  et  le  tiumero  de  chaque  malade  dans  les  vingt- 
qfuatre  heures  de  son  entr^e^  celle-ci  etait  bien  inscrite  Bouy, 
sans  ri^n  autre,  pas  mSme  un  pr^nom.  Cette  inscription  snr  leur 
Uvre  d'ordre  est,  dit-elle,  de  la  main  de  M.  Martin,  le  mSme 
qui, .  quelques  heures  plus  tot,  Tinscrivait  Chevalier  au  bureau. 
Mais  il  a  eu  la  precaution  de  mourir  il  y  a  deux  ans,  en 
sorte  qu'on  est  bien  sur  qu'il  ne  parlera  pas. 

Cela  a  dure  deux  heures  trois  quarts,  et  nous  y  serious  en- 
eore^  je  crois,  si  la  nuit  n'etait  venue,  car  la  superieure  semblait 
pr^adre  grand  plaisir  a  notre  conversation. 

Nous  I'avons  mise  a  meme,  en  faisant  connaitre  c^  qui  Favail 
fait  agir,  de  diminuer  sa  responsabilite ;  ce  n'est  pas  notre  faute 
si  elle  ne  Ta  pas  compris.  M.  L. . .  m'a  pressee  de  voir  M.  Tailhand, ' 
de  lui  raconter  notre  entrevue ;  il  faut,  dit-il,  que  justice  se 
fasse  et  que  du  moins  celle  de  la  conscience  publique  puisse  se 
prononcer  en  mettant  tons  ces  fails  an  jour,  si  Tautre  nous  fait 
defaut. 


\ 

* 


438  m£moires  dWe  Xli^nee. 


Le  M.  L...  dont  il  est  ici  question  est  un  e^tenr 
de  Park  avec  lequel  je  m'^tais  entendue  pour  pubUer 
une  brochure  nontenant  ma  petition,  uii  r^sum^  des 
faits,  mes  principales  pifeces  et  quelques-uns  des  ar« 
tides  des  joumaux  qui  avaient  parl6  de  mon  affaire. 

M<>)«  le  Normant  des  Varannes  ^c^rivait  k  ce  sujet,  le 

2  Kvrier  1872 : 

• 

J'ai  vu  M.  Tailhand,  loujours  dans  d*excellentes  dispositions, 
qui  a  commence  sun  rapport  et  assure  qu'il  ne  d^passera  pa$ 
trois  semaines,  comme  limite  extreme,  pour  le  pr^enter.  Je  lui 
ai  parl^  de  la  publication,  qu*il  trouve  toute  natureUe ;  il  de- 
•  mande  seulement  qu*elle  ne  soit  faite  qu'apr^s  son  rapport,  ci» 
que  je  lui  ai  promis. 

On  sait  comment,  le  rapport  n'ayant  jamais  6ti  pr6- 
sent6,  la  publication  n'a  pu  avoir  lieu. 

Je  priai  mon  d^vou^  d^fehseur,  M.  le  Normant  des 
Varannes,  d'adresser  un  expose  de  I'histoire  de  mes 
papiers  a  M^^Tarchev^que  de  Paris,  pensant  que  sa  voix 
serait  plus  Scout^e  que  la  mienne,  marqu^,  h^las  !  du 
stigmate  ineffa^able  de  la  folie. 

Get  expose  fut  envoy6  le  28  avril  1873.  N'en  rece- 
vant  aucunes  nouvelles,  trois  mois  apr^,  M,  le  Nor- 
mant se  pr^senta  k  TArchevAch^  et  fut  re^u  par  Mon- 
seigneur,  qui  hii  dit  avoir  transmis  son  m^moire  au 
d^recteur  de  la  communaut6  de  Charenton,  et  que  la 
sup^ieure  et  la  soeur  Saint-S...  avaient  renouveU  leurs 
d^n^gations  absolues  au  sujet  des  papiers  apportSs  par 
moi  k  mon  entree. 


_j 


CHAP.   XX.    ^   COUP  0'CEIL  HiTROSPECTIF.  431> 

V  I    —^-^—1     "ii    I   I    I  II ,  I  |i»i      I    -»— —      I   I 

,  I  \  J 

>  M.  le  Normant  voulut  alors  placer  sous  les  yeux  de 
Monseigneur  les  preuves  multiples  de  Texistence,  du 
rapt  et  da  renvoi  des  papiers,  donnSes  dans  son  in^- 
moire,  qui  n'avait  peut-6tre  pas  6t^  lu ;  mais  Tarche- 
v^que  s*y  refusa^  disant  que  sa  eonvictipn  ^tait  faite ; 
que  Join  de  chercher  k  att^nuer  les  Qhoses,  s'il  avait 
trouvi  la  supSrieure  coupable,  il  Faurait  cass^e ;  que 
s'il  y  avait  une  brebis  galeuse  dans  le  troupeau,  elle 
devait  ^tre  retranchSe;  mais  que  devant  rinsistance  de 
M.  le  Normant,  il  ne  pouvait  s'empScher  de  le  plaindra 
et  de  le  croire  sous  I'empire  d^wm  idee  fixe. 

M.  le  Normant  s'en  revint,  sans  avoir  gagn6  a^tre 
chose  que*  de  se  voir  tax6,  comme  il  Tavait  d^ji  6t6  par 
M,  le  procureur  imperial,  d'Mre  plus  fou  que  moi, 
parce  qu'il  voulait  prouver  la  v6rit6. 

«rai  parl^  k  diverses  reprises  du  rapport  qui  fut  fait 
par  les  bureaux  du  minist^re  de  rint(§rieur|  en  1869. 
Je  Tai  aujourd'hui  en  ma  possession  et  regrette  que 
Fespace  me  fasse  d6faut  pour  reproduire  en  entier  ce 
qu'oh  a  audacieusement  plac6  sous  les  yeux  du  ministre 
et  de  la  souveraine.  On  le  trouvera  aux  archives  du 
Loiret  avec  le  reste. 

Sans  se  soucier  du  bl&me  infligd  par  la  lettre  minis* 
ti&rielle  citee  chapitre  xiv,  le  rapport  regularise  mon 
entree  en  disant  qu'elle  a  eu  lieu  sur  la  demande  du 
docteur  Pelletan. 

Mes  deux  sequestrations  d*o£fice  de  1855  et  1863  y 
sont  presentees  comme  reguli^res. 


^  ' 


440  M^MOlkES  d'UNE  ALlfiNlEE. 


Ghaqiie  fois  que  se  manifestait  le  moindre  apaisement,  Tad^ 
ministration  s*etnpressait  de  .d^llvrer  un  ordre  de  sortie ;  mais 
de  nouveaux  falts  exigeaient  presque  aussitot  une  sequestration 
nouvelle. 

,  ^ "  Lesquels  ?  Oh  n'en  cite  aucun  ;  on  parle  de  letlres 

qu'oh  n'a  jamais  montr^s;  on  transforme  une  note 
m^dicale  du  docteur  Lasfegue  en  certificat  imp^ratif ;  on 
viole  la  loi  a  chacune  de  ces  rentr6es,  comme  ii  la  pre- 
'  niifere,  ainsi  que  Ta  tr^s-bien  demohtr6^M.  Tailhand 

dans  le  passage  cit6  chapitre  xi. 
Voici  comment  on  explique  ma  folic : 

W^^  Houy,  que  Tind^pendance  de  son  caraclere  et  de  ^s  habi- 
\  '         tudes  avait  deji  amenee  a  rompre  avec  sa  famille,  contracta 

{  alors  des  relations  avec  une  personne  tres-haut  placee,  qui  lui 

I  .  avait  promis  de  regulariser  sa  situation,  et  dont  elle  se  considd- 

;  rait  comme  la  fiancee. 

Son  espoir,  que  se$  amis  taxaient  de  folie,  ne  se  r^alisa  pas  en 

efTet,  et  le  22  avril  1848  on  enregistrait  a  la  mairie une  fiUe 

de  p^re  et  m^re  hon  declares. 

Kniin  M^^*  Houy  perdit  cette  enfant,  et,  a  partir  de  cette 
^poque,  on  remarqua  <chez  elle  des  signes  ^vidents  de  la  maladie 
qui  devalt  bientot  n^cessiter  sa  sequestration. 

Tout  ce  qui  est  rapports  .ci-dessus  6tant  compl^te- 
ment  faux,  j'y  donne  le  dementi  le  plus  formely  et 
j*appuie  ce  que  je  dis,  non  seulement  des  pieces  que  j'av 
port^es  k  Charenton,  mais  encore  de  toutes  celles  re- 
cueillies  par  mes  rapporteurs.  Le  lecteur  est  assez  au 
courant  des  faits  pour  r6futer  lui-m6me  cette  s6rie  de 
mensonges  ;  je  lui  rappellerai  seulement  que  c'est  aprfts 


,t 


T  . 


^  , 


CHAP.    XX.   —  COUP'D'CEIL  RETROSPEGTIF.  441 

— — — — — ^ ■    '  ■  '■'■<■' 

la  mort  de  mon  pfere,  six  mois  aprfes  la  naissance  de 
I'enfant,  quej'ai  cesse  de  voir  mafamille,  ei  qu'il  ne  se 
trouve  nulle  place  pour  cette  vie  dHndependance  que 
j'aurais  men6e;  Mais  il  fallait  k  tout  prix  me  d^consi- 
d6rer  aux  yeux  de  Tlmp^ratrice. 

Le  rapport  6numfere  les  certificats  qui  m'ont  6te 
donn6s  dans  les  divers  asiles,  tnais  n'enumfere  que  cela, 
A  Fains,  ou  Ton  sait  ce  qui  s'est  pass6,  le  docteur 
Auzouy  seul,  entre  les  vingt-cinq  docteurs  que  j'ai  con- 
nus,  m'accuse  de  penchants  erotiques  ;  —  en  v6rite,  il 
faudrait  souvent  retourner  les  certificats  conlre  ceux 
qui  les  font  I  —  mais  il  n'est  fait,  nulle  mention  de  la 
scfene  qui  a  amen6  le  changeuient  des  soeurs,  ni  de  la 
lettre  du  prefet  de  la  Meuse  au  ministfere,  pas  plus  que 
de  celle  du  directeur  de  Fains,  qui  etaient  pourtant 
des  pieces  officielles,  tout  com  mo  les  certificats.  ' 

En  somme,  ces  certificats  constatent  surtout  mes 
plaintes,  ma  manie  d'6crire,  de  reclamer  mes  papiers, 
de  protester  contre  le  nom  de  Chevalier  et  de  prendre 
tous  les  noms  imaginables  plut6t  que  celui-la.  Mais  de, 
faits  extravagants,  on  n'en  articule  pas  un  seul,  pas  plus 
qu'on  ne  produit  mes  lettres  d61irantes.  On  cite  seule- 
ment  des  passages  (sans  date  et  sans  indication  d'ori- 
gine)  de  ce  que  renfermait  renveloppepriseaMar^ville. 

On  tie  cite  pas,  bien  entendu,  le  cer^ificat  de  non 
alienation  qui  m'avait  6te  donn6,  apr^js  quinze  jours 
d' observation  k  Tasile  d'Orl^ans,  par  le  docteur  Payen. 
On  dit  seulemisnt : 

25. 


442  ■   MEMOIRES'  D'UNE  ALIENEE. 

».p—  I  I         -a^— —  I    ■  p,,.^— >—  1,1  II.     Ill       II      I  III   I    I  II..  ,      ^^m^^m^^.^.^mm 

Les  appreciations  du  docteur  Payen  ne  diffe- 
rent PAS  DES  DlfiC^ARAT^ONS  DE  SES  CONFRERES,  ET 
IL  SEMBLE  INUTILE  DE  LES  REPRODUIRE« 

Mais  ce  certificat  existait,  pouvait  6tremvoqu6  en  ma 
faveur,  el  il  fallait  le  faire  d6mentir  par  son  auteur. 

Le  rapport  dit  qu'^  la  suite  de  mes  reclamations  au 
premier  president  et  au  procureur  g^n^ral,  M.  Dureau 
voulut  m'interroger  lui-m^me,  que  je  parvins  k  Tint^- 
resser,  et  qu'il  demanda  Topinioii  motiv6e  du  m6decin» 

II  y  a  14  une  premiere  inexactitude  :  M.  le  pr^fet  est 
venu  me  voir  le  12  d^cembre  1865,  et  la  pifece  donn5e 
k  sa  demande  est  dat^e  du.29  juin  1865,  six  mois  avant 
r^poque  ou  il  est  cens6  Tavoir  demand6e.  Je  crois 
deyoir  la  citer  en  son  entier  : 

Monsieur  le  Pr^fet, 

J'ai  rhonneur  de  r^pondre  a  votre  letlre  concernant  M"«  Che- 
valier, pensionnaire  du  d^partement  de  la  Seine. 
,  Si  r^tat  de  cette  malade,  parfaitement  constats  par  mes  col- 
logues, a  laiss^  un  peu  d,e  doute  dans  votre  esprit  par  mon  certi- 
ficat de  quinzaine,  qui  ne  vous  parait  pas  assez  affirmatif,  c'est 
que  je  me  r^servais  de  I'^tudrer  da  vantage  pour  mieux  la  juger. 
Une  plus  longue  observation  m*a  fait  reconnaitre  en  elle,  non 
pas  de  rincoh^rence  dans  les  id^es,  mais  un  sentiment  exag^r^ 
de  sa  personne,  un  amour-propre  excessif  qui  ne  voit  qu'injus- 
tice  a  son  ^gard  des  qu'on  accorde  quelque  attention  aux  autres, 
i&levant  la  moindre  inadvertance  en  hostility,  se  r^pandant  en 
invectives  centre  les  personnes  qui  Tentourent,  gardiennes, 
soeurs,  m^decin/ses  gedliers,  ses  bourreaux,  etc.,  etc. 

G'est  dans  Texag^ration  du  sentiment  personnel,  dans  cet 
^oisme  personnifid,  ses  hautes  pretentions,  Texaltation  de  son 
mOrite,  cetle  haute  id^e  d'elle-m§me,  que  M"«  Rouy.  Hersilie 


.    \ 


CHAP.  X3(.  -^  COUP   D'cEIL  RfiTROSPECTlF.  443 


Chevalier  se  disait  fille  de  la  duohesse  de  Berry  et  devant  mon- 
ter  sur  le  trdne ;  qu'elle  signait  ses  feuil lemons  sons  les  noms 
d'£!toile-d'Or,sde  Satan,  TAntechrist,  le  Diable,  sous  celui  de 
Vanagramme  Oury.  G'est^ans  ces  dispositions  d'esprit  qu*6piiisde 
par  une  vie  trop  active,  qu*eUe  prodigua  dans  les  lettres  et  les 
arts  ou  elle  se  montra,  disait-elle,  au  premier  rang,  qii'elie  entra 
k  la  SalpStri^re ;  et  ii  je  consulte  son  dossier,  je  trouve  que  tons 
les  m^decins,  MM.  Tr6iat,  M^tivier,  Falret,  Lasegue,  Calmeil, 
Husson,  I'ont  bieu  consid^r^e  comme  foUe ;  qUe  les  directeurs 
et  m^decins  de  Fains,  Mar^ville,  Auxerre,  MM.  Auzouy,  Teil- 
leux,  Foville^  etc.,  etc.,  ont  tons  port^  le  m^me  jugement  et  se 
sont  tons  montr^s  d^sireux  de  voir  s'^loigner  de  lear  asite  une 
aossi  intraitable  pensionnaire,  et  de  la  pire  esp^ce,  par  le  trouble 
qu'eUe  s^me  partout  et  Ti^subordination  diffi6i^e  a  r^primer 
quand  elle  se  rattache  a  une  personne  aussi  intelligente  qu^opi- 
niatre  dans  ses  determinations,  r^sumant  Torgueil,  la  vanity  et 
Tehvie,  6t  que  nou9  consid^rons,  comme  tous  nos  coll^nes, 
comme  un  type  de  folie  d'orgueil  incurable,  qui  doit  ^tre  retenue 
dans  un  asile  d^aliSn^s,  que  nous  verrions  avec  plaisir  n*^trepas 
c^ui  d'Orl^ans. 

Sign4:  Payen. 

Assur^ment,  ce  n*est  pas  tout  roses  de  retenir  parmi 
les  folles  une  personne  qui  ne  Test  point ;  comme  mes 
autres  m^decins,  le  pauvre  docteur  Payen  avail  eu 
I'occasion  de  s'en  apercevoir,  et  11  fait  de  moi  un  petit 
monstre  assez  r^ussi.  Mais  oil  est  la  folie  la-dedans, 
sauf  le  refrain  habit uel  :  Se  croit  fille  de  la  duchesse 
de  Berry ^  copi6  sur  mon  certificat  de  transfert  et  si 
bien  ddmenti  par  celui  de  quinzaine  du  mSme  docteur 
Payen? 

II  y  a  une  chose  plus  grave  encore :  c'est  que  ce 
document  a  6t6  antidat6,  fait  aprfes  coup,probablement 


440  *  MfiMOlkES  D'UNE   ALI^NIEE. 


Ghaqiie  fois  que  se  manifestait  le  moindre  apaisement,  rad-> 
ministration  s*ctnpressait  de  .d^llvrer  un  ordre  de  sortie ;  mais 
de  nouveaux  fails  e^cigeaient  presque  aussitot  une  s^uestration 
nouvelle. 

< '  Lesquels  ?  Oh  n'en  cite  aucun  ;  on  parle  de  lettres 

qu'on  n'a  jamais  montr^es;  on  transforme  tine  note 
m^dicale  du  docteur  Lasfegue  en  certifical  imp^ratif ;  on 
viole  la  loi  k  chacune  de  ces  rentr^es,  comme  ii  la  pre- 
'  raifere,  ainsi  que  Ta  tres-bien  d6mohtr6^M,  Tailhand 

dans  le  passage  cit6  chapitre  xi. 
Vpici  comment  on  explique  ma  folie : 

W^^  Houy,  que  Tind^pendance  de  son  caraclere  et  de  ^s  habi- 
tudes avait  deja  amende  a  rompre  avec  sa  famille,  contracta 
alors  des  relations  avec  une  personne  tres-haut  placie,  qui  lui 
avait  promis  de  regulariser  sa  situation,  et  dont  elle  s^  consid^- 
rait  comme  la  fiancee. 

Son  espoir,  que  se&  amis  taxaient  de  folie,  ne  se  r^alisa  pas  en 

effet)  et  le  22avril  1848  on  enregistrait  a  la  mairie une  fiUe 

de  p^re  et  m^re  hon  declares. 

Eniin  M>i*  Rouy  perdit  cette  enfan^^  et,  a  partir  de,  cette 
^poque,  on  remarqua  phez  elle  des  signes  ^vidents  de  la  maladie 
qui  devait  bientot  n^cessiter  sa  sequestration. 

Tout  ce  qui  est  rapports  .ci-dessus  6tant  complMe- 
ment  faux,  j'y  donne  le  dSmenti  le  plus  formel,  et 
j'appuie  ce  que  je  dis,  non  seulement  des  pieces  que  j'av 
port6es  k  Charenton,  mais  encore  de  toutes  celles  re- 
cueillies  par  mes  rapporteurs.  Le  lecteur  est  assez  au 
courant  des  faits  pour  refuter  lui-m6me  cette  s^rie  de 
mensonges  ;  je  lui  rappellerai  seulement  que  c'est  apr5s 


<  .  ■    ■  ■  ■    ^  •     ■  -  •  '  u 


CHAP.    XX.   —  COUP'D'CEIL  RIETROSPEGTIF.  441 


la  mort  de  mon  pfere,  six  mois  aprfes  la  naissance  de 
I'enfant,  quej'ai  cfesse  de  voir  ma  famille,  ei  qu'il  ne  se 
trouve  nuUe  place  pour  cette  vie  dHndependmice  que 
j'aurais  men6e.  Mais  il  fallait  k  tout  prix  me  d^consi- 
d6rer  aux  yeux  de  rimp6ratrice. 

Le  rapport  6numfere  les  certificats  qui  m'ont  6te 
donn6s  dans  les  divers  asiles,  mais  n'enumfere  que  cela. 
A  Fains,  ou  Ton  sait  ce  qui  s'est  pas.s6,  le  docteur 
Avzouy  seul,  entre  les  vingt-cinq  docteurs  que  j'ai  con- 
nus,  m'accuse  de  penchants  erotiques  ;  —  en  v6rite,  il 
faudrait  souvent  retourner  les  certificats  conlre  ceux 
qui  les  font '.  —  mais  il  n'est  fait  nuUe  mention  de  la 
scfene  qui  a  amen6  le  changeuient  des  soeurs,  ni  de  la 
lettre  du  pr6fet  de  la  Meuse  au  ministfere,  pas  plus  que 
de  celle  du  directeur  de  Fains,  qui  etaient  pourtant 
des  pieces  officielleis,  tout  cornmo  les  certificats. 

En  somme,  ces  certificats  constatent  surtout  mes 
plaintes,  ma  manie  d'ecrire,  de  reolamer  mes  papiers, 
de  protester  contre  le  nom  de  Chevalier  et  de  prendre 
tous  les  noms  imaginables  plut6t  que  celui-1^.  Mais  de, 
faits  extravagants,  on  n'en  articule  pas  un  seul,  pas  plus 
qu'on  ne  produit  mes  lettres  d61irantes.  On  cite  seule- 
ment  des  passages  (sans  date  et  sans  indication  d'ori- 
gine)  de  ce  que  renfermait  TenveloppepriseaMar^ville. 

On  lie  cite  pas,  bien  entendu,  le  certificat  de  non 
alienation  qui  m'avait  6te  donn6,  apr^js  quinze  jours 
d'observation  k  Tasile  d'Orl^ans,  par  le  docteur  Payen. 
On  dit  seulement : 

25. 


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442  M^MoiRES'  d'une  alienee. 

■  « 

Les  appreciations  du  docteur  Payen  ne  diffe- 
rent PAS  DBS  DEC^^ARATJONS  DE  SES  CONFRERES,  ET 
IL  SEMBLE  inutile  DE  LES  REPRODUIRE* 

Mais  ce  certificat  existait,  pouvait  6tre  rnvoqu^  en  ma 
faveur,  el  il  fallait  le  faire  d6mentir  par  son  auteur. 

Le  rapport  dit  qu'^  la  suite  de  mes  reclamations  au 
premier  president  et  au  procureur  g6n6ral,  M.  Dureau 
voulut  m'interroger  lui-m6me,  que  je  parvins  k  rint^- 
resser,  et  qu'il  demanda  I'opinioii  motiv6e  du  m6decin* 

II  y  a  14  une  premiere  inexactitude  :  M.  le  pr^fet  est 
venu  me  voir  le  12  d6cembre  1865,  et  la  pi^ce  donn^e 
k  sa  demande  est  dat^e  du.29  juin  1865,  six  mois  avant 
r6poque  ou  il  est  cens6  Tavoir  demand^e.  Je  crois 
deyoir  la  citer  en  son  entier  : 

Monsieur  le  Pr^fet, 

J'ai  I'honneur  de  r^pondre  k  votre  letlre  concernant  M^**  Che- 
valier, pensionnaire  du  d^partement  de  la  Seine: 
.  Si  V6taX  de  cette  malade,  parfaitement  constats  par  mes  col- 
l^guesy  a  laiss^  un  peu  de  doute  dans  votre  esprit  par  mon  certi-* 
ficat  de  quinzaine,  qui  ne  vous  parait  pas  assez  affirmatif,  c*est 
que  je  me  r^servais  de  T^tudrer  da  vantage  pour  mieux  la  jnger. 
Une  plus  longue  observation  m*a  fait  reconnaitre  en  elle,  non 
pas  de  rincoh^rence  dans  les  id^es,  mais  un  sentiment  exag^rd 
de  sa  personne,  un  amour-propre  excess) f  qui  ne  voit  qu'injus- 
tice  a  son  ^gard  d^s  qu'on  accorde  quelque  attention  auz  autres, 
i&levant  la  moindre  inadvertance  en  hostility,  se  r^pandant  en 
invectives  contre  les  personnes  qui  Tentourent,  gardiennes, 
soeurS)  mMecin/ses  geoliers,  ses  bourreaux,  etc.,  etc. 

G'est  dans  Fexag^ration  du  sentiment  personnel,  dans  cet 
^oisme  personnifid,  ses  hautes  pretentions,  Pexaltation  de  son 
m^rite,  cette  haute  id6e  d'elle-m^me,  que  M"«  Rouy.  Hersilie 


CHAP.  %:;.  —  COUP   D'OBIL  RfiXnOSPECTIF.  443 


Chevalier  sis  disait  fiUe  de  la  duohesae  da  B^rry  et  devant  mon- 
ter  sur  le  tr6ne ;  qu'elle  signait  ses  feuille^ons  sons  les  noms 
d'£!toile-d'Or,sde  Satan,  rAntechrist,  le  Diable,  sous  celui  de 
ranagramme  Oury.  G'est^ans  ces  dispositions  d'espiit  qu*^piiisee 
par  une  vie  trop  active,  qu*eUe  prodigua  dans  les  lettres  et  les 

,  arts  ou  .elle  se  montra,  disait-elle,  au  premier  rang,  qu'elle  entra 
k  la  SalpStri^re ;  et  si  je  consulte  son  dossier,  je  trouve  que  tous 
les  m^decins,  MM.  Tr61at,  M^tivier,  Falret,  Las^gue,  Calmeil, 
Husson,  I'ont  bieu  consid^r^e  comme  foUe ;  qUe  les  directeurs 
et  m^decins  de  Fains,  Mar^ville,  Auxerre,  MM.  Auzouy,  Teil- 
leux,  Foville,  etc.,  etc.,  ont  tous  pdrt^  le  mSme  jugement  et  se 
sont  tous  montr^s  d^sireux  de  voir  s^^loigner  de  leur  asile  une 
aiissi  intraitable  pensionnaire,  et  de  la  pire  espece,  par  le  trouble 
qu^elle  s^me  partout  et  rii\subordination  difficile  a  r ^primer 
quand  elle  se  rattache  a  une  personne  aussi  Intelligente  qu'opi- 

'  nis^tre  dans  ses  determinations,  r^sumant  Torgueil,  la  vatiit^  et 
Tenvie,  fet  que  nou9  consid^rons,  comme  tous  nos  collegues, 
comme  un  type  de  folie  d'orgueil  incurable,  qui  doit  etre  retenue 
dans  un  asile  d'ali^n^s,  que  nous  verrions  avec  plaisir  n*^trepas 
celui  d'Orl^ans. 

,  Signd:  Payen. 

AssurSment,  ce  n'est  pas  tout  roses  de  retenir  parmi 
les  foUes  une  personne  qui  ne  Test  point ;  comme  mes 
autres  m^decins,  le  pauvre  docteur  Payen  avail  eu 
{'occasion  de  s'en  apercevoir,  et  il  fait  de  moi  un  petit 
monstre  assez  r^ussi.  Mais  oil  est  la  folie  la-dedans, 
saiif  le  refrain  habituel  :  Se  croit  fille  de  la  duchesse 
de  Berry,  copi6  sur  mon  certificat  de  trausfert  et  si 
bien  ddmenti  par  celui  de  quinzaine  du  m6me  docteur 
Payen? 

II  y  a  une  chose  plus  grave  encore :  c'est  que  ce 
document  a  6t6  antidat6,  fait  aprfes  coup,  probablement 


444.  MfiMOIRES  d'une  aliknee'. 

en  4869,  alors  ~qu'on  r^unissait  tout  poar  m'accabler 
irr^vocablerpent. 

En  voici  l«s  preuves. 

Toutes  les  communications  enire  le  m^decinderasile 
et  le  prdfet  se  font  par  Tinterrnddiaire  de  radministra-  ' 
tion.  II  devrait  done  se  trouver  k  mon  dossier  de  Tasile 
la  Icttre  de  demande  du  pr^fet  et  la  minute  de  la  lettre 
d'envoi  du  rapport.  U  n'y  existe  rien  de  semWable. 

La  loi  exige  avec  raison  que  toutes  les  notes  concer- 
nant  un  ali^n^  soient  inscrites  au  registre  a  la  suite 
Tune  de  Tautre,  sans  lacune  entre  ellrs^  et  le  docteur 
Payen  se  conformait  tres^exactement  k  celte  prescrip- 
tion. Or,  il  n'y  a  pas  trace  du  rapport  ci-dessus  enl8G5, 
et  les  jBeules  notes  me  concernant,  au  nornbre  (}c  quatrCy 
sont  celles-ci : 

Janvier,  —  Son  caract^re  n*a  rien  gagne  ;  elle  veul  sa  liberie 
a  tout  prix,  menace  de  se  faire  p4rir,  dc  fa  ire  ui^  mauvais  coap. 
On  ne  cesse  d'avoir  pour  elle  les  plus  grands  6gards.  EUe  ne 
comprend  pas  qu'on  la  laisse  perdre  ainsi  le  fruit  de  son  talent, 
s'adresse  au  pr6fet,  aux  autorit6s,  etc. 

Fevrier  et  mars.  —  Mdme  6tat. 

Avril,  —  Elle  semble  plus  convenable  depuis  quelques  se- 
maines;  a  demand^  k  aller  aux  offices.  —  Accord^. 

De  mai  a  decembre,  —  M4me  6lat. 

La  minute  du  rapport  du  docteur  Payen  se  trouvant 
au  dossier  de  la  Prefecture  du  Loiret,  il  est  evident  qu'il 
I'a  6crit,  eomme  il  est  Evident  qu'il  Taurait  inscrit  au 
registre  et  envoys  administralivement,  s'il  Teiit  r6djg6 
k  la  date  qu'il  porte. 


CHAP.   XX.    —   COUP   D'CEIL  RfiTROSPECTIF.  445 

— »— ^■»»— «  I  ■«— — — — »^  1^1  I         — ^^— <  I  lilt  II  !■ 

M.  Diireau  n'avait,  du  reste,  nul  besoin  de  demander 
un  rapport  nouveau  k  M.  Payen,  puisqu'au  sujei  d'urie 
lettre  arrivee  de  Paris  et  insistant  pour  qu'on  maintint 
ma  s^uestration,  il  avait  demand^  verbalement  au 
docteiir  un  rapport  qui  lui  fut  envoy6  \e  29  octo- 
bre  1863,  et  est  rigulierement  enregistri  sur  le  livre 
de  Vasile.  Tous  les  rapports  et  certiQcals  6tant  aux 
bureaux  de  la  Prefecture  du  Loiret,  M.  le  pr6fet  n'avait 
qu'a  se  les  faire  soumettre  pour  Mre  6difi6  sur  mon 
compte  depuis  deux  ans. 

J'y  relive,  en  outre,  un  anachronisme :  le  docteur 
Payen  m'y  appelle  Rouyy  —  Hersilie  Chevalier,  —  alors 
que  j'etais  efieore  Chevalier  tout  court.  Ce  n'est  qu'en 
186&  que.  M.  de  Pibrac  s'est  mis  en  rapport  avec  la 
famille  Benoit  d'Azy ;  qu'en  1867  et  1868  qu'on  a  eu 
mes  actes,  lesquels  ne  m'ont  pas  emp^ch^e  de  sortir 
de  I'asile  Chevalier  comme  j'y  etais  entr6e.  t)e  plus, 
dans '  aucun  de  ses  certificats  il  ne  souffle  mot  de  la 
royale  filiation  qui  m'etait  attribute  par  le  docteur 
Falret,  sinon  dans  ce  rapport  clandestin  de  1865,  6crit 
sans  doute  et  connu  seulement  en  1869. 

M.  le  docteur  Payen  a  6t6  recompense  de  son  obeis- 
sance  dans  la  mSme  ann^e  par  sa  nomination  comme 
chevalier  de  la  Legion-d*Honneur,  en  mdme  temps  que 
MM.  Mettetal  et  Durangel  etaient  nomm6s  officieyrs,  ce 
^  quoi,  je  me  hkie  de  le  dire,  ils  avaient  assur^ment 
d'autres  titres  que  cette  honteuse  affaire.  Je  ne  releve 
que  la  coincidence. 


446  M^MOIRES  D*UNE  AUfiN^E. 

I 

'     ■       '     ;        ■  '  .     "■ ' ■■ 

Voici  enfin  comment  le  rapport  s'opposait  k  ce  que 
je  fusse  interrog^e  dans  I'enquMe,  suivant  que  j'ea  avals 
adress6  la  demande  expresse  k  rimp6ratrice.  Apr&s 
avoir  reconnu  qvie  fallals  mieux,  il  disait  : 

Ne  serait-ce  pas  compromettre  ce  r^sultat  que  d'etposer 
M^i*  Rouy  aux  Amotions  de  TenquSte  personnelle  qu'elle  solU- 
cite?  Quelle  serait  d'aillears  Tutilit^  de  c6t  interrogatoire  ? 
M*^  Rouy  demande  i  se  disculper  de  graves  accusations  port^es 

contre  elle II  ne  s*agft  pas  ici  d'une  personne  coupable  qui 

puisse  Stre  utilement  entendue  pour  sa  defense,  mais  d*ane 
personne  longtemps  malade,  dont  T^tat  s'est  am^iord  depuis 
quelque^  mbis  a  peine  et  qui  a  besoin,  non  pas  de  justification, 
mais  de  protection  et  d'assistance. 

Groit-on  par  hasard,  au  minist^re,  qu*on  n'ait  pas 
d'^motions  aux  ali^n^es?  et  ne  devais-je  pas. avoir  & 
coeur  de  me  laver  des  imputations  si  graves  contre  mon 
honneur  par  lesquelles  on  t&chait  de  justifier  ma  folie  ? 
Mais  c'est  cette  folie  si  laborieusement  ^chafaud^  k  la- 
quelle  on  aurait  cess6  de  croire,  si  j 'avals  6t6  vue  et 
interrog^e  d*une  fa^on  sSrieuse  et  loyale  ;  et  c'eet  ce 
qu'on  s'efforgait  d*6viter  sousune  apparence  de  commi- 
seration. 

Le  48  juin,  M.  Rouy  avait  6t6  mandS  chez  le  com- 
missaire  charge  de  I'enqu^te,  M.  Juliet.  El  s'excuse  de 
ne  pouvoir  y  aller,  k  cause  de  son  kge  et  de  I'^t  de 
sa  sante,  et  lui  adresse,  le  surlendemain,  la  copie  d'une 
lettre  destin^eauprocureur  imperial,  oil,  sans  produire 
aucune  pi^ce,  il  renouvelle  et  accentue  tout  ce  quHl  a 
debite  contre  moi  : 


CHAP.   XX.  —  COUP  D*CEIL  RfiTROSPEGTIF.  447 

La  folie  de  M^^*  Hersilie  ou  Josephine  Chevalier  a  ^t^  tellement 
notoire,  tellement  ^vidente,  tellement  constat^e,  que  je  ne  puis 
comprendre  qae  par  une  recrudescence  nouyeUe,  si  jamais 
elle  a  eu  des  instants  de'  lucidity,  sa  demande  de  me  pour- 
suivre 

Comment  peut-on  contester  la  folie  d'une  personne  qui  se  dit 
toe  la  fiUe  de  }a  duchesse  de  Berry.....  et  qui,  ,m*a-t-il  6t6  dit, 
aV^t  mSme,  dans  certains  accis,  menace  la  vie  de  TEmpereor 
comme  usurpateur  de  ses  droits  ?.,... 

G'^tait  de  plus  fort  en  plus  fori.  Dans  sa  lettre  de 
1864  au  pr^pos^  responsable  de  I'asile  d'OrlSans,  il 
disait  que  je  ne  parlais  de  rien  moins  que  de  I'assas- 
siner^  ainsi  que  le  docteur  Pellotan.  Cette  fois-ci,  la 
vie  de  TEmpereur  6tait  en  jeu,  et  c'6tait  un  bon  moyen 
d^empScher  d'examiner  de  trop  prfes  I'^tat  mental  d'une 
foHe  si  dangereuse.  Cependant,  comme  on  avail  en 
main  mes  certificats .  durant  quatorze  ans  et  qu'il  n'y 
avait  jamais  ^t^  question  d'assassiner  personne,  on  me 
laissa  libre ;  mais  on  me  refusa  Tassistance  judiciaire, 
et  on  conlinua  d'admettre,  sur  la  foi  de  mon  frere,  que 
je  ne  pouvais  porter  le  nom  de  Rouy  sans  proclamer 
mon  pere  et  le  sien  bigame  et  faussaire. 

Le  I*''  octobre  suivant,  M.  Juliet  se  transporta  sans 
doute  i  Ville-d'Avray,  car  on  trouve  le  procfes-verbal 
de  rinterro^atoire  qu'ii  fit  subir  k  M.  Rouy.  Get  inter- 
rogatoire  est  a  peu  pr^s  semblable  au  m6moire  adress^ 

en  1872  k  M.  Tailhand et  il  ne  souffle  pas  mot  de 

mes  vell^ites  assassines. 


448  HEMOIRES  d'UNE  AUENEE. 


CHAPITRE  XXI 


CSonafUation. 


Le  pr^fet  du  Loiret  avail  encore  une  fois  6t6  change ; 
c'^lait  alors  M.  Sazeracde  Forges,  et  M.  le  eomte  d'Har- 
court  voulut  bien  me  promellre  siai  protection  aupr^s  de 
ce  haut  fonctionnaire,  auquel  M.  le  Normant  des  Va- 
rannes  porta,  k  la  fin  de  4876,  un  dossier  complet  de 
mon  affaire  qu'il  promit  d'examiner  avec  soin. 

n  en  parla  sans  doute  au  minisl^re,  car,  le  19  Jan- 
vier suivant,  je  recevais  la  visited' un  inspecteur  g6 - 
n^ral,  accompagn6  du  docteur  Lepage  fils,  devenu  m6- 
decin  en  chef  de  I'asile  d'Orl^ans  apr^s  la  mprt  du 
docteur  Payen. 

Les  premieres  paroles  de  M.  Tinspecteur  furentpour 
me  dire  qu'il  avait  lu  le  rapport  de  M.  d'Aboville,  ainsi 
que  plusieurs  autres  pieces  qu'il  avait  trouv6es  k  Ir 
Prefecture,  et  qu'il  d^sirait  beaucoup  rendre  ma  situa- 
tion meilleure  en  me  procurant  les  soins,  le  local  e 
Tespacedont  j'avais  besoin,  me  trouvant  fort  mal  dan- 
'  ma  petite  chambre  de  la  rue  des  Gharretiers. 


1 


CHAP.   XXI.   —   CONCILIATION.  449 

- ^      .      ,         ./       • 

<  I       ■■  ■    I  I  I  I    ■  ■    "      .  ■  ,-■    I  »  \  I        ■  I     ■     I  ■■        I  pi  ■ 

V  II  avail  Fair  si  bienveillant  en.  me  parlant  ainsi^  que 
je  m'attendais  ^une  v^ritable.conciliation.  Je  lui  avouai 
que  j'^tais  heureuse  de  sa  bonpe  vi^ite,  visite  qud 
j*6tais,  du  reste,  prSte  &  r^clamer  a  M.  Durangel,  pen- 
sant  ne  pouvoir  rencontrer  un  plus  sympathique  inter- 
m^diaire. 

L'inutilit6  d'une  troisi^me  petition  aux  ^Chambres 
m^^tait  trop  demontr^e  par  ce  qui  s'^ait  pass6  pour 
MM.  Tailhand  et  d'Aboville.  Aurais-je  eu  le  temps  et 
la  force.de  recommencer  une  troisi^me  fois  ma  lutte 
contre  Tarm^e  des  fonctionnaires  et  des  sp^cialistes 
liguds  contre  Inoi?  Le  triste  ^tat  de  ma  sant^  ne  m'en 
laissait  gu^re  I'espoir,  et,  en  tout  cas,  je  serais  arriv6e 
trop  tard;  il  y  aurait  eu,  il  y  avail  d^ji,  disait-on,  pres- 
cription pour  la  poursuite  au  criminal.  II  ne  me  restait 
done  que  Taction  civile;  je  pouvais  obtenir  le  pi^me 
r^ultat  et  mettre  fin  ^  des  discussions  qui  m'^taient 
extrdmement  p^nibles  par  un  arrangement  amiable, 
plus  d^irabje  pour  tons  que  le  sfcandale  de  si  tristes 
reyendications. 

M.  Tinspecteur  g^n^ral  me  proposa  alors...  Gharen- 
ton  ou  Ville-fivrard,  dont  il  me  •vanta  le  beau  pare, 
ajoutantque  M.  Durangel  s'empresserait  de  mettre  une 
bourse  de  premiere  classe  k  ma  disposition  I 

Venir  m'offrir  la  sequestration  aux  alien6s  dans  une 
pension  ou  je  vivais  libre  depuis  cinq  ans ;  justemeot  k 
Orleans,  pu  cette  sequestration  avait  pris  fin  il  y  avait 
pres  de  neuf  ans  ;  ou  I'indignation  avait  6t6  si  grande  ; 


'\    •< 


/ 


450  MfiMoiREs  d'une  aui6n6e. 

*  ^ 

'■■■'■        '  '   ■        '         -■■ —  ;■■'    ■  ...,,■  I  ■.  I.         I  ^  ,  II 

oil  j'^tais  I'objet  de  la  curiositt  et  de  l-mt^pdi  g^n^rsil ; 
01&  chacun  <Stait  t^moin  dd  ma  raison,  de  ma  pradence, 
h'Mait-ce  pas  avouer,  prquver  qu'on  peut  enfenner  les 
gens  les  plus  inoffensifs,  les  plus  tranquilles,  non  parce 
qu'ils  sontfous^mais  parce  qu'ilsgtoent?  On  est  done, 
ainsiquejel'avais  r^p6t^  ^sati6l6,  sous  le  coup  d'un 
eeHificat  midicaly  d'un  ardre  de  police  non  motivi^ 
bien  plus  facilemeht  qu'on  ne  I'^tait  autrefois  souscelui 
d*une  lettre  de  cachet?  avec  cette  cirdonstance  aggra- 
▼ante  qu'une  accusation  de  folie  vous  liyre  k  qui  veut^ 
par  une  rechute,  vous  dter  de  son  chemin. 

En  1871,  lorsque  j'^tais  sans  aucune'ressource,  le 
m^me  inspecteur  g^n^ral,  accompagnS  du  docteur 
Payen,  6tait  d^ji  venu  m'offrir  Charenton :  je  Tavais 
refuse  avec  indignation... 

Gette  fois  je  me  contins ;  c'^tait  une  avance,  tout 
dtrange  qu'elle  fi!it,  et  je  proposai  &  mon  tour  It  M.  I'ins- 
pecteur  de  s^entendre  avec  Charenton,  la  Prefecture  de 
police  et  Tadministration  de  la  Seine^  pour  que  chacun 
de  ces  ^tablissements  me  constitu^t  une  pension  via- 
g&re,  s'ajoutant  aux  1,500  fr.  du  minist^re,  et  pour 
qu'une  indemnity  convenable  me  fdt  donnSe,  afin 
que  je  pusse  m'acquitter  grandeihent  et  me  procurer 
les  meubles  n^cessaires  pour  m'organiser  chez  moi. 
II  devait  bien  comprendre  que  je  ne  pouvals,  delns  les 
conditions  presentes,  me  replacer  k  aucun  titre  entre 
les  mains  de  ceux  qui  auraient  de  plus  en  plus  ihtSr^t 
k  me  perdre. 


■/  , 


il 


( 


CRAP.   XXI.  —   CONCILIATION. 


454 


Jd  Itti  citai  les  art.  117  et  119  du  Code  pSnal,  accor- 
dant &  la  vietime  d'une  s^q'uesirafioa  arbitraire  vin^--, 
cinq  francs  (eiii  miniiiiam)  par  jour  de  detention  et 
par  per  Sonne  ayant  contribu6  k  cette  sequestration. 

n  i^  l^cria  bciaucoup,  me  parladema  familte  qu'il 
me  dit  de  poursuivre^  et  avoua  que  c  Charenton  n'en 
fafsait  paa  (Tautres  I  » 

Quand  il  vit  que  j'aVais  un  parti  pris  de  refuser  cette 
singuli&re  reparation,  il  me  pria  de  lui  Spargner  de  bite 
de  nouYeaux  rapports,  en  restant  comme  j'etais,  ni'as- 
surant  que  M.  le  Normant  ne  me  r^clamerait  pas  ses 
meubles,  et  que  ceux  auxquels  je  devais  de 'Farg^ent  ne 

me  tpurmenteraient'pas.....  Enfin ilm'engagea  A 

me  tairey  en  mie  menagant  de  m'ecraser  si  je  persistais 
dans  jnes  reclamations. 

Cetait  d'un  naif  navrant La  menace  etait  degui- 

s^e  S0U3  un  sourire,  mai3  n*en  etait  pas  moins  faite. 

^ —  G'est.  moi  plut6t,  docteur,  qui  vous  ecraserais 
sous  ces  documents,  dis-je  en  lui  montrant  I'enorme 
dossier  que  je  classais. 

II  me  quitta  sur  ce  mot. 

Gependant  je  le  croyais  dispose  k  m'etre  favorable. 
Sa  demarche  me  paraissait  avoir  pour  but  de  sender 
mes  dispositions,  et  lorsque  M.  d'AboVille  soUicita  peu 
9pres  du  ministere  une  indemnite  et  une  pension  qui 
seraient  pour  moi  un  commencement  de  reparation 
amiable  et  me  permettraient  de  prendre  enfin  lin  repos 
dont  j'avais  si  grand  besoin,  je  le  priai  de  soumettre 


,  '  X    T^ 


r 


452  HE^ioiBES  d'uke  alienee. 

d'abord  mon  dossier  k  M.  rinspecteur  gtoSral,  ancjuel 
j'^crivis  pour  lui  demaader  de  vouloir  bien  examiBer 
ees  pieces,  et  prater  son  appui  i  M.  d'Aboville  pite  de 
MM.  de  Fourtou  et  Durangel. 

£n  inSme  temps  (ayril  1877),  M.  le  Normant  des 
Varannesy  ayant  obtenu  de  M.  Dufaure^  faisant  alors 
rint^ritn  du  minist^re  de  Tint^rtettr,  la  promesse  qu^on 
examinerait  mon  affaire,  bien  <c[ae  ma  s^cmestration, 
faisait-on  dire  aii  Ministre,  eut  ^t^  d&fMiYiMe  par  ma 
famille  et  ordonnie  par  la  police^  envoyait  au  mi- 
nist^re,  qui  avait  toutes  les  autres  pieces,  copie  des 
leltres  et  des  notes  ou  M.  Tailhand  donnait  son  opinion 
motiv^e  et  du  m^moire  de  M.  d'Aboville,  par  I'entre- 
mise  de  M.  Durangel. 

....  Refl^chissant,  lui  6crivait-il,  que  le  Ministre  n'aura  pas  le 
temps  d^entrer  dans  les  ddtails  ^e  cette  affaire,  que  vous  Tavez 
suivie  dans  toutes  ses  phases  et  que  votre  avis  sera  sans  doute 
preponderant,  je  me  decide  a  vous  adresser  personnellement 
ces  deux  pieces,  ainsi  que  m'y  a  engage  M.  Bemier,  depute  du 
Loiret,  qui  s'interesse  particulierement  a  cette  question  et  vous 
aurait  meme  vu  a  ce  sujet,  s*il  n*etait  retenu  k  Orleans  pendant 
les  vacances  de  TAssembiee. 

Voyez  doncj  Monsieur,  si,  devant  la  gravite  de^  foits 

^enonces  plus  haut,  il  n'y  aurait  pas  moyen  d*arriver  a  une  solu- 
tion amiable  et  reparatrice,  que  Tadministration,  si  fortemcnt 
compromise,  doit  desirer  plus  que  personne,  et  d'eviter  un  rap- 
port public  qui  serait  k  tons  les  points  de  vue  scandaleux  et 
re^retta))le. 

Veuillez  me  croire,  Monsieur  le  directeur,  votre  respeetkeux 
et  devoue  serviteur. 

E.  LE  Normant  des  Varamnes. 


\ 


7" 


CHAP.   XXI.    —   CONCILIATION.  453 

N'ay,ant  pas  regu^  ni  moi  non  plus,  de  reponse  de 
M.  rinspecteur  g^n^ral,  M.  d'Aboville  alia,  \e  16  juin, 
^avec  mon  volumineux  travail   sous  le  bras,  trouver 

'  M.  Durahgel,  qui  lui  promit  d'appuyer,  ma  demande  et 
le  pria  de  lui  laisser  le  dossier. 

En  le  quittant,  M.  d'Aboville  6crivit  au  Ministre  pour 
lui  demander  uue  audience^  II  lui  fut  r^ponduquQ 
M.  le  Ministre,  trop  occupden  ce  iQom^nt  pour  le  rece- 
voir,  avait  ordonn6  une  enqu^te. 
/  Trois  mois  aprSs,  M.  d'Aboville  ayant  rencontri 
M.  de  Fourtou  dans  le  cabinet  de  son  secretaire,  apprit 
delui  qu'il  n'avait  pas  eu  la  moindre  connaissance  de  ,  ^ 
cette  afifaire. 

Yoilk  coQime  on  fiait   parler  et  r^pondre  les  mi- 
nistries. 
.   Le  10  aout  seulement^  M.  Tinspeoteur  g^n^ral  r^- 

.  pondait  ii  M.  d'Aboville.  J'extrais  quelques  passages  de 
salettre:        r       , 

Tai  le  regret  de  ne  pouvoir  m'associer  aux  charitables' 

d-marches  que   vous  avez   Tintention  de  faire  en  faveor  de 
M^«  Rouy  oa  Chevalier,  peu.importe. 

II  y  a  plus  de  vingt  ans  que  je  connais  cette  infcrtun^.  . 

J'ai  souvent  ^i&  )Charg6  de  faire  des  rapports  sur  son 

dtat. 

.....  Pour  moi.  Monsieur,  M"<  Rouy  ^tait  folle  xl  y  a  vingt  anif, 
/ant^rieurement  aussi  sans  aucun  doute,  et  qui  plus  est,  elle  Test 
encore,  bien  quej'aiereconnu  depuislongtemps  qu'un  apaisement 
relatif,  considerable  mSme,  s'est  fait  dans  ses  id^es  delirantes,  -  / 

quoiqu'ellesoit  toujours  hallucinde.' 
.......  Je  ne  me  pei'mettrai  point  de  blamer  le  sentiment  tout  de 


454  MEMOIRBS  D*UNE  ALl^N^E. 

*J — . _ , , 1 

.  '■      ^ 

charity  qui  vous  a  fait  agir,  voas,  &^oasiear,  ainsi  que  le$  autres 
protecteurs  de  M^^^''  Eouy.  Je  jne  vols  oblige  cependant  k  faire 
quelques  reserves  au  sujet  deM.  le  Normant  des  Varannes,  dont 
la  positioiv  aorait  peut-^tre  du  interdire  Taction  directe,  et  qui 
peut-dtre  n*a  plus  augourd'hui  le  in^rite  d'Uii  par&it  ddsmt^ 
ressement. 

T 

.....  Je  ue  nie  pas  qu'une  irregularity  n'ait  ete  commise  au 

moment  de  la  sequestration Pour  le  mobilier,  je  n'ai  jamais 

sU  ce  qu'il  ^tait  deven^,  commela  somme  prbvenant  de  la 
vente..*.. 

•  * 

Vous  voyez,  Monsieur,  que,  quel  que  soit  mpn  d^sir  de  vous 
dtre  agr^able,  je  ne  puis  cooperer  avec  vous  a  faire  obtenir  a 
M^i"  Rouy  ce  qu'elle  appelle  la  reparation  qui  lui  est  due, 

Ainsi,  le  seul  de  tons  mes  defenseurs  qui  eAt  feit, 
pour  mpi,  de  reels  sacrifices  6tait  aussi  1^  seul  dont  le 
d6voument  fut  suspects  de  vues  intSresstes;  n'ayant 
pu  le  r^duire  a  Tinaction  et  au  silence  par  la  crainte 
de  perdre  sa  position,  on  ^sp^rait  y  parvenir  en  le  dif- 
famant  aupr&s  d'un  iiomme  qui,  plus  que  personne, 
avail  pu  Tappr^cier.  C'6tait.indign^ ! 
,  Gette  lettre  prouvait  bien,  du  reste,  que  M.  I'inspec- 
teur  g^n^ral  s'etait  dispense  d'etudier  mon  dossier 
avant  de  r^pondre,  comine  avant  de  foire  ses  rapports, 
puisqu'il  ne  savait  rien  de  mes  affairea,  ignorait  que 
M.  le  Normant  eut  agi  k  la  demande  de  radministrar 
tion,  et  traitait  une  suppression  d'etat  et  de  personne 
avec  une  pareille  l^&ret^. 

D^s  le  commencement,  M.  le  Normant  des  Varannes, 
dont  on  incriminait  si  gratuitement  la  conduite  gen^-* 
reuse  et  d^Vou^e,  avait  eu  autant  k  coeur  d'avertir  i'au-* 


I 

\ 


CHAP.   XXI.    —   CONCILIATION.  45p 

■  ■■■  I  ■   ■  m^i  ■  I      I.    ■     ,1  1,    ..■1.  ■■  ■  ■      I     ■  I  ■    ■    , 

\ 
\         • 

torit^  de  la  gravity  de  mon  afiairey  afin  d'en  att^niaei^ 
]es  consequences,  que  de  me  &ire  rendre  justice.  En 
en  prenant  Piniiiative,  le  ministire  edi  prouvd  d'uiie 
ikgon  ^clatante  que,  s'il  avail  pu  ^tace  tromp^  sur  ma 
T^ritable  situation,  il  n'h^sitait  pas,  une  fois  4c)air6,  k 
r^parer  le  dommage  caus6  et  k  pr^venir,  par  de  justes 
r^fonnes,  le  retour  des  abus. 

La  Note  confidentielle  de  M.  leNornlant  au  Ministre 
de  la  justice,  et  sa  lettre  au  Ministre  de  Fint^rieur,  du 
17  et  du  Id  novembre  1868,  ttooignent  de  la  fa^n 
constamment  loyale,  d^nt^ess^e  et  pourageuse  dont 
U  a  agi ;!  son  but.  une  fois  mon  sort  assure,  ^tait  de  faire 
modifier,  ilne  loi  si  facile  k  violer,  ou  tn^me  a  observer j 
pour  faire  entrer  qui  on  veut  dans  les  asiles ;  qui  offre 
des  obstacles  insurmontables  k  ceux  qui  y  sont  ren« 
ferm^s  k  tort  pour  arriver  a  recouvrer  leur  liberty ;  qui 
nesauvegarde  efficacement  ni  les  biens,  ni  la  s^curit^, 
ni  k  vie  mSme  des  v^ritables  ali^n^s.  La  mauvaise 
organisation  des  asiles,  rinsuCQsance  du  personnel, 
Pabsence  de  T^glement  et  de  contrdle  s^rieux,  la  cld- 
ture  exacte  qu'on  est  parvenu  k  y  ^tablir  en  font  des 
maisons  de  torture  et  de  force  plutdt  que  des  maisons 
de  sante  (1). 

(1)  La  sequestration  du  vingt  fois  millionnaire  Jean  Mistral, 
a  la  pension  de  1,800  fr.  depuis  quarante-trois  ans^  d^montre 
^loquemment  combien  W^^  Houy  avait  raison  de  dire  que  la 
protection  de  la  loi  est  d^risoire  pour  les  ali^n^s. 

(Note  de  Veiittwr.} 


456  M^MOIRES  D*UNE  AUENEE. 

_ , 

'  n  est  certain  que,  si  je  n'avais  ^6  retenue  par  lai 
crainte  de  compromettre  mes  d^vou^s  ami^,  j'aorais  £ut 
un  tel  tapage,  un  tel  scandale  en  voyant  qu^'il  m'^tait 
impossible  d'obtenir  justice,  que  je  n'aurais  certes  pas 
attenda  dix  ans  une  reparation.  Si  jamais  on  pnblie 
ma  correspondance,  on  verra  quelle  peine  ils  ont  eae 
souvent  ^  me  calmer,  k  m'empScher  de  £sure  quelqae 
coup  d'^clat. 

Dans  sa  r^ponse,  apr^s  avoir  lav6,  comma  ii  le 
convenait,  M.  le  Normant  de  Tinjuste  insinuation  de 
M.  Finspecteur  general ;  apr^s  avoir  tr&s-nettement 
6tabli  ma  situation  et  la  responsabilit^  de  r£tat ;  apr^ 
avoir  relate  les  t^moignages  de  parDaite  sanity  d'esprit 
recueiliis  pr^s  des  personnes  m'ayant  vue  et  ayant  eu 
des  rapports  fr^cpients  avec  moi,  avant  et  apr^s  ma 
sequestration,  M.  d'Aboville  ajoutait :  ^ 

Tenez  pour  certain  que  si  M^l*  Houy  n'obtient  pas  une  repara- 
tion suffisante,  elle  la  rdclamera  encore  devant  le  nouveau.Par- 
lement  et  qu'elle  y  sera  vigoureusement  appuy^e. 

....  Pour-  moi ,  rinternement  de  rali^n^  n'est  Idjg^me  que  si  sa 
maladie  mentale  lui  dteses  moyens  d'existence,  ou  bien  menace 
soit  sa  security,  soit  celle  d'autrui. 

Ce  sentiment,  tr^s-arrdt^  dans  mon  esprit,  vous  expliqnera 
rint^r^t  que  je  garde  a  la  cause  de  M"e  Rouy,  bien  que  je  n'aie- 
plus  &  m'en  occuper  par  devoir. 

M.  rinspecteur  g6n6ral  r^pondit  le  29  aoiit  k  M.  d'Abo- 
ville, maintenant  ses  premiers  dires,  afOrmaut  que,  si 
on  avait  modifi6  mon  nom,  '^'avait  k\Jk  pour  me  donner 


\ 


CITAr.   XXI.   —  CONCILIATION.  ,457 

-  *  .1  ■  -      I  r  I  I     ■    III  _i         ■_      _        I 

le  seul  quejepouvais  leg  aliment  porter.  D'abord  on 
m'en  donnait  deux,  aussi  peu  justifies  Tun  que  Taulre; 
et  puis,  qu'en  savait-il  ?  Aprfes  avoir  6l6  quatorze  ana 
sans  vouloir  savoir  qui  j'^tais,  il  est  assez  curieux  de 
Toir  un  mMecin  venir  trancher  une  question  d'6tat 
civil  qui,  moi  libra,  ne  le  regarde  plus,  en  disant  : 
«  II  paratt  ressortir  assez  ciairement  de  ses  papjers 
qu'elle  est  fille  naturelle  et  adulterine.  > 

Pour  le  d^faut  de  tutelle,  son  explication  est  plus 
singuli^re  encore  : 

.....  On  n'a  pris  nul  soin  de  ce  qu'elle  poss6dait? 

Mais  on  aurait  crie  bien  plus  haul  encore,  et  cette  fois  avec 
raison,  si,  des  I'entree  a  Charenton,  on  avait  vendu  sans  savoir 
^  elle  he  pourrait  bientot  sortir  gu^rie.  —  C'est  done  sagement 
qu'on  a  attendu^  —  jusqu*au  moment  sans  doute  ou  on  iai  dO 
reconnaitre  ou  presumer  son  incurabilite. 

La  demande  d'admission  qui  a  manqu^  au  dossier  ^it 

an  oubli,  une  omission  regrettable ;  mais  de  la  a  croire  qu  elle  a 
et^  pr^m^dit^e  et  le  resultat  d'un  complot,  il  7  a  loin. 

.;...  Le  changement  de  nom  prouve-t-il  qu'il  h'y  a  pas  identity 
de  persorine?... 

Un  m^decin  ne  fait  pas  un  certificat  pour  une  toquade,  et  s'il 
vous  convient  d'admettre  qu'on  ait  pu  le  faire,  je  n'admets  p9S 
que  dix,  quinze  personnes d'un  titre  officiel,  estim^es,  honor^es, 
dont  plusieurs  sont  justement  cities  dans  le  mqnde  savant 
comme  des  maitres,  aient  pu  faire  la  meme  chos6  et  se 
rendre  successivement  complices  d'une  mauvaise  action,  d'uii 
crimen 

.  Voila,  Monsieur,  le  veritable  objet  de  cette  letlre,  parcc  que 
vous  et  ceux  qui  concourent  au  but  que  vous  poursuivez  le 
mettent  en  oubli. 

Et  veuillez  noter  encore  qde  vous  n'accusez  pas  seulement 

•  26 


\ 

\    1 


V       ' 


y 


458  mMibioires  h'vue  alij^n^e. 

> I   ,  I  I  .  ■  ■ ■!      I         «l  ■        iV       i       I  ..  .1.        «»  I      ■      t 

f 

ces  hoiiimdE,  maia  aussi  tous  les  foncUonnaires,  magistrats  et 
autres,  qui  depuis  la  longue  sequestration  de  votre  protegee  ont 
eu  a  entendre,  4couter  et  juger  ses  nombreuses  et  incessantes 
r^damations. 

•    ■  '     •    •  ■     "  ' 

Natu^ellementy  M.  d'Aboville  ne  repopdit  pas  k  ceita^ 
lettre.  Que  dire,  en  effet,  k  un  hoinme  qoi^  ayafit  mis-*^ 
sion  de  renseigner  rautorit^^  ne  salt  pas  1^  preimer 
mot  de  ce  qu'il  aflirme,  arrange  tout  k  sa  fa^n^  ne'fie 
r^nd  pas  compte  de  la  pori^e  de  ce  qu'il  6crit  et  c¥oit 
que  tout  est  dit  quand  il  parle  de  convictian^  \k  oil  U 
faut  certitude  et  ou  on  produit  des  preuves  ? 

Si  les  choses  ^taient  ce  que  ce  haut  fonctionnaire 
les  dit ;  si  la  loi  et  les  r6glements  autorisaient  seu- 
lement  une  partie  de  ce  qu'il  avance^  il  y  a  d^j4 
longteraps  qu'on  aurait  fait  justice  deuces  maisons 
dites  de  bienfaisance  que  MM.  les  sp^cialistes  peuplent 
k  leur  caprice,  de  par  la  cpnfiance  illimit6e  qu'on  leuc 
accorde. 

On  reste  stup^fait  devai^t  Taplomb  imperturbable 
d'un  membre  de  cette  corporation  qui,  sans  avoir  exa- 
mine la  moindre  pi^ce,  veut  en  remontrer  au  cooscien^ 
cieux  rapporteur  qui  les  a  r^unies  et  etudi^es ! 

C'est  done  moi  qui  r^pondis  k  cette  lettre,  et  je  le  fis 
en  folfe,  c'est-a-dire  avec  toute  la  liberty  et  toute  la 
v6racit6  dont  les  fous  ont  le  privilege.  C'est  ce  qui 
m'oblige  k  ne  donner  que  les'  passages  les  plus  mo- 
d^r^s  de  ma  r^ponse  :  ^ 

"..«..  Dq  moment  oi!i  il  saflit  de  se  presenter  aei^in^me,  de 


CHAP.   XXI.   —  CONCILIATION,  459 


plftoer  BOb'tnimef  dfl  dearer  le  nom  de  la  parsonne  internee 
Bpi^'inhnet  de  mantionner.  rurgence  toi-m^mis,  le  tout  sang 
Ufawxif  Sana  autre' aignature  que  la  tienne,  aana  la  moindra 
proc^a-verbal  constataot  cetta  urgenca,  acMs  cuUrea  papier»  que 
celuiconfecHonnd  par  lepersonnage  reclamant  lasSquestrom 
tion,  on  n'a  pas  basoin  da  ae  gtoer;  et  le  premier  venn  peat  se 
d^^e  de  aoa  voiaiB  oa  de  oelai  i^iii  reimui«eii  sb  posant  en 
•mi  bianfaiaant,       ^ 

.....  £n  me  changeant  de  nom  officiellement,  nVt-on  paa 
ehattg^  mop  identity  d'ofilce  ?  La-ntort  d'Hersilie  Rouy  n*a-t-elle 
pas  M  annonc^  pendant  qu*on  me  tralnait  de  d^partement  en 
d^parten^ant  f ous  la  nom  de  Josephine  Chevalier,  de  parents 
inconnus?..,.  Ne  sait*on  pas  que  mes  actes  ont  ^t^  examines 
depuia  1868  par  das  magistrata  des  plus  autoria^ ;  que  ina 
possession  d'etat  est  incontestable;  que  je  suis  Rouy  de  par  la 

loi?  ,  ' 

-'..«;,  AC.  rin^pecteijir  g^n^ral,  qui  s*appuie  si  haut  sur  la  magis* 
tfiti^v,  publift  pourtant  que,  du  jpur  ou  des  magistrata  ayant 
mission  de  s^assurer  et  de  surveiller  ont  bien  voulu  m'entendre, 
la  conllance  en  la  science  sp6ciale  a  ^t^  ^branl^e,  le  doute  s'est 
preduit,  et  c'est  pricis^ent  quand  des  magistrats  se  sont 
ch^rg^ade  soumettre  la  question  a  M.  le  procureur  g^niral  que 
j*ai  6\j^  mise  a  la  porte  de  Fasile  d'Orl^suos  par  un  certificat  de 
sortie;  ce  sont  des  magistratSy  admihistrateurs  des  Hospices, 
Tun  president  de  chambre  k  la  cour  d'appel,  qui  m*ont  plac^e^ 
I'hdtel  du  Loiret,  apres  I'examen  de  mes  papiers,  sous  man 
nom  civil  d'Hersilie  Rouy  ;  enfin  c'est  M.  Tailhand,  president 
a  la  cour  d*appel  de  Nimes,  garde  des  sceaux,  qui  est  intervenu 
pr^s  de  M.  Durangel  pour  me  faire  obtenir  une  pension. 

.....  N'avons-nous  pas  lapreuve  a  Auxerre,  &  Orleans,  que  les 
m^decins  ne  soot  pas  librea  d'agir  a  leur  gr^;  qu'on  me  gardait 
par  ordre;  que  le  directeur  d'Auxerre  a  recu  une  semonce 
pour  m'avoir  faite  litre  9  Et  M.  JeufTrey  et  tant  d'autres  ne 
m'ont-ils  pas  dit:  Nous  ne  pouvons  nous  condamner  nous* 
memes  en  avouant  une  erreuTf  et  noa  chefs  nous  soutiendront. 

Tajoute,  puisque  M.  Tinspecteur  g^ndral  refuse   d'intervenir 


454  M^MOiRBS  d'une  alienee. 


charity  qui  vous  a  fait  agir,  voos,  Monsiear,  ainsi  que  les  autres 
protecteurs  de  M^^'^  Eooy.  Je  jne  vols  oblige  cependant  k  faiF« 
quelques  reserves  au  sujet  deM.  le  Normant  des  Varannes,  dont 
la  position  aorait  peut-dtre  dti  interdire  Taction  directe,  et  qui 
peut*dtre  n*a  plus  augourd'hui  le  in^rite  d'Un  parfkit  ddsint^ 
ressement 

.....  Je  ue  nie  pas  qu'une  irr^gularite  n'ait  ete  commise  aa 

moment  de  la  sequestration Pour  le  mobilier,  je  n'ai  jamais 

su  ce  qu'il  ^tait  devenu,  comme  la  somme  provenant  de  la 
vente..... 

Vous  voyez,  Monsieur,  que,  quel  que  soit  mpn  d^sir  de  vous 
Stre  agr^able,  je  ne  puis  coop^rer  avec  vous  a  faire  obtenir  a 
M^i"  Rouy  ce  qu'eUe  appelle  la  reparation  qui  lui  est  due, 

Ainsi,  le  seul  de  tous  mes  d^fenseurs  qui  eUt  foit, 
pour  mpi,  de  r^els  sacrifices  6tait  aussi  1^  seul  dont  le 
d^voument  ffit  suspects  de'vues  int6rcss6es;  n'ayant 
pu  le  r^duire  a  I'inaction  et  au  silence  par  la  crainte 
de  perdre  sa  position,  on  ^sperait  y  parvenir  en  le  dif- 
femant  aupr&s  .d*un  iiomme  qui,  plus  que  personne, 
avail  pu  I'appr^cier.  C'6tait.indign^ !  .  - 
,  Gette  lettre  prouvait  bien,  du  reste,  que  M.  I'inspec- 
teur  g^n^ral  s'etait  dispense  d'^tudi^  mon  dossier 
avant  de  r^pondre,  comme  avant  de  faire  ses  rapports, 
puisqu'il  ne  savait  rien  de  mes  affaires,  ignorait  que 
M.  le  Normant  eiit  agi  k  la  demande  de  radministrar 
tiou,  et  traitait  une  suppression  d'etat  et  de  petsonne 
avec  une  pareille  l^&ret^. 

D^s  le  commencement,  M.  le  Normant  des  Varannes, 
dont  on  incriminait  si  gratuitement  la  conduite  g6n^« 
reuse  et  d^vou^e,  avait  eu  autant  k  cceur  d'avertir  Tau- 


litre  de  M.  le  Norinant  k  M.  Duiangel  et  la  pr^mi^re 
(ili'eviie  qu'avail  eue  avec  lui  M:  d'Aboville,  qu'il  re- 
Kvait  encore  le  24  juin,  le  laissant  con^nuer  d'i uti- 
les ddmari^hes  auprfe  de  M,  de  Fourlou,  alois  qu'il 
Irait  fail  si^jner  depuis  longtemps  A  M.  Jules  Simon 

ttte  ^I^vation  du  chifTre  de  ma  pension,  que  M.Welnhe 
Bson^ait  k  M.  d'Aboville  comme  ayatiL  616  accordee 

IT  tes  instances  persojtneUes. 

Ttpis  minisires  et  huit  mois  de  dSmai'diea  [lour 
00  £r.  d'augmenlation ! 

le  deposai  toutes  mes  pieces,  ainsi  cpie  je  Tavais 
uDonc^  it  M,  I'inspecteur  g^n^i-al,  entre  les  mains  de 
Vacheron,  avou6  k  Paris,  qui  pvomit  de  me  Irouver 
avocat  avec  luquel  il  soutiendrait  mon  alfaire  gra- 
piitenient,  sauC  a  6tre  pa^^  tous  deux  plus  tard,  en  cas 
SUGC^^  sur  les  dommages-iot^r^Ls  qu'ils  m'auraient 


Un  nouveau  changement  de  rainistfere  amena  le  d^- 
rl.de  M,  Durangel  et  son  remplacement  |iar  M.  de 
hisenoy.  Je  fus  deux  moia  sans  i-ien  toui.'!ier.  Pro- 
ilement  le  nouveau  directeur,  ^lonn^  de  voir  uno 
iMision  de  celte  importance  servie  sur  les  fcinds  du 
Dinistfere  de  I'interieur,  avait  voulu  savoir  sur  quoi  on 
motivait.  On  sauva  encore  une  fois  la  situation  dana 
I  bureaux,  carle  service  r^gulier  de  ma.  pension  Cut 
jpStabli  par  unarr^t^du  22  fevrierlSTS  ;  man  mandat 
imprenait  les  avrerages  en  retard. 
il    n'en    etait    pas   moins  vrai    que    celti;    ponsion, 


\ 


456  MEMOIRES   D'UNE  ALI^N^E. 

'  7-^ ^ ^ 

'  II  est  certain  que,  si  je  n'avais  6t^  retenue  par  Ja 
crainte  de  compromettre  mes  ddvou^s  ami$,  j'aurais  fait 
un  tel  tapage,  un  tei  £candale  en  voyant  qu'il  m'^tait 
impossible  d'obtenir  justice,  que  je  n'aurais  certes  pas 
attendu  dix  ans  une  reparation.  Si  jamais  on  publie 
ma  correspondance,  on  verra  quelle  peine  ils  onteue 
souvent  k  me  calmer,  k  m'emp^cher  de  faire  quelque 
coup  d'^clat. 

Dans  sa  rSponse,  apr^s  avoir  lav^y  comtne  il  le 
convenait,  M.  le  Normant  de  I'injuste  insinuation  de 
M.  Finspecieur  g^n^ral ;  apr^s  avoir  tr^s-nettement 
etabli  ma  situation  et  la  responsabiUt^  de  r£tat ;  apr^s 
avoir  relate  les  t^moignages  de  parfaite  sanity  d'esprit 
recueiUis  pr^s  des  personnes  m'ayant  vue  et  ayant  eu 
des  rapports  frequents  avec  moi,  avant  et  apr^s  ma 
sequestration,  M.  d-Aboville  ajoutait : 

Tenez  pour  certain  que  si  W^*  Rouy  n'obtient  pas  une  repara- 
tion suffisante,  elle  la  rdcl^mera  encore  devant  le  nouveauPar- 
lement  et  qu*elle  y  sera  vigoureusement  appuy^e. 

....  Pourmoi,  rintemement  de Taliene  n'est  legitime  que  sisa 
maladie  mentale  lui  oteses  moyens  d'existence,  ou  bien  menace 
soit  sa  s^curit^,  soit  celle  d'autrui. 

Ce  sentiment,  tres-arrSte  dans  mon  esprit,  vous  expliqaera 
rint^r^t  que  je  garde  a  la  cause  de  M"e  Rouy,  bien  que  je  n'ai© 
plus  a  m'en  occuper  par  devoir. 

M.  rinspecteur  general  r^pondit le  29  aoiit  i  M.  d*Abo- 
ville,  maintenant  ses  premiers  dires,  affirmant  que,  si 
on  avait  modifie  mon  nom,  '^'avait  ete  pour  me  donner 


CIIAP.    XXI.   —  CONCILIATION.  .457 

'«    I    ■     .  1 1  I     I  ,  .      I         . ,      ■ ,   I 

\ 

leseul  quejepouvais  leg  aliment  porter.  D'abord  on 
m'en  donnait  deux,  aussi  peu  justifies  Tun  que  Taulre; 
et  puis,  qu'en  savait-il?  Apr^s  avoir  6l6  quatorze  ana 
sans  Youloir  savoir  qui  j'^tais,  il  est  assez  curieux  de 
Toir  un  mMecin  venir  trancher  une  queistion  d'6tat 
civil  qui,  moi  libra,  ne  le  regarde  plus,  en  disant  : 
«  II  paratt  ressortir  assez  clairement  de  ses  papiers 
qu'elle  est  fille  naturelle  iet  adulterine.  > 

Pour  le  d^faut  de  tutelle,  son  explication  est  plus 
singuli^re  encore  : 

.....  On  n*a  pris  nul  soin  de  ce  qu'elle  poss^ait? 

Mais  on  aurait  cri^  bien  plus  haut  encore,  et  cette  fois  avec 
raison,  si,  des  Tentr^e  a  Charenton,  on  avait  vendu  sans  savoir 
di  elle  ne  pourrait  bientot  sortir  gu^rie.  —  C'est  done  sagement 
qu'on  a  attendu^  —  jusqu'au  moment  sans  doute  ou  on  isi  dii 
reconnaitre  ou  presumer  son  incurabilite. 

La  demande  d'admission  qui  a  manqu^  au  dossier  e)ait 

un  oubli,  une  omission  regrettable ;  mais  de  la  a  croire  qu'elle  a 
et^  pr^m^diUe  et  le  r^sultat  d'un  complot,  il  7  a  loin. 

.:...  Le  changement  de  nom  prouve-t-il  qu'il  h'y  a  pas  identity 
de  persorine?... 

Un  m^decin  ne  fait  pas  un  certificat  pour  une  toquade,  et  s*il 
vous  convient  d'admettre  qu'on  ait  pu  le  faire,  je  n'admets  pas 
que  dix,  quinze  personnes  d'un  titre  officiel,  estim^es^  honor^es, 
dont  plusieurs  sont  justement  cities  danis  le  monde  savant 
comme  des  maStres,  aient  pu  faire  la  mdme  chose  et  se 
rendre  successivement  complices  d'une  mauvaise  action,  d'uh 
crime. 

Voila,  Monsieur^  le  veritable  objet  de  cette  lettre,  parce  que 
vous  et  ceux  qui  concourent  au  but  que  vous  poursuivez  le 
meltent  en  oubli. 

Et  veuillez  noter  encore  que  vous  n'accusez  pas  seulement 

26 


464  MEMpiBES  d'UNE  ALIEK^E. 

curieuses  mie  ces  vlsites  r^v^l^rent  ^  M.  le  Nofmant. 
II  se  borna,  sauf  en  ce  qui  me  concernait,  &  se  ren- 
seigner  aupr^  des  principaux  employes,  dont  il  fut  fort 
bien  accueilli,  sur  les  choses  d'admmistraUon  g^n^rale 
et  les  reformes  que  Texp^rience  leur  suggSrait ;  -leurs 
r^ponses  confirm&rent  son  opinion  et  mesr  dires,  et 
donn^ent  une  autorit^  plus  grande  \  son  travail,  qu'il 
communiqua  successivement  aux  minist^es  de  la  jus- 
lice  et  de  Tint^rieur,  ou  il  fut  tr^s-favorablement  ap- 
'  precis ;  on  lui  annon^  qu'il  serait  un.des  premiers  ap- 
pelSs  devant  la  commission  qu'on  allait  nommer  pour 
la  revision  de  la  loi.  Tout  s'est  born^  k  ces  lettres  de 
politesse,  bien  qu'on  lui  eilt  m^me  donn^  au  minist^re 
(ie  la  justice  Tespoir  de  voir  Miter  son  ouvrage  par 
rimprimerie  nationale.  Les  fr^uents  changements  de 
Diinist&rey  les  complications  politiques   out  enip^ch^ 
jusqulci  qu'on  s'occup^t  serieusement  des  alidn^s.  Le 
moment  opportun  en  viendra-t-il  bient6t  ?  Je  souhaite 
que  la-t^nacitS  bretonne  de  mon  fiddle  .d^enseur  at- 
teigne  enfin,ce  but  si  d^irable. 

J*en  reviens  &  mes  affaires.  A  la  Salp^tri^re,  oCi 
j'avais  refuse  de  recevoir  mes  bijoux,  parce  qu'il  y 
manquait  la  chaine  de  Yenise  en  or  k  fermoir  ^maill^ 
et  les  boucles  d'oreilles  semblables,  et  qu'on  voulait  me 
faire  donner  un  re9U  de  la  totality,  tout  avait  disparu. 
II  y  avait  eu  des  d^tournements  successifs;  on  avaijt 
renvoy6  des  employes,  sauvegard6  I'avenir,  mais  6touflS 
I'aflaire,  et  c'6tait  bien  irr^vocablement  perdu. 


■  \       f 


\ 


CHAP.   XXI.   —   CONqiLIATlON.  465 

I  ■    ■  ♦ 

_^_^_^_ • 

■■■  P''  II.,     ■  ll.l^  ■  ..ll 

A  Qharenton,  quelle  ne  fut  pas  la  surprise  de  M.  le 
Normatit  en  d6couvrant  que  je  %urais  sur  deux  re- 
gistres!  J'avais  d^abord  6t6  enregistr6e  sur  le  livr6 
matricule  6,  f«>  382,  de  la  fagon  que  j'ai  indiquee  cha- 
pitre.v.  Au  verso  de  cette  feuille,  apr^s  une  entree  du 
12  septembre,  est  lie  visa  du  proeureur  imperial,  bien 
.<§videmment  appos6  sans  lire,  car  il  eut  h\A  frapp6  du 
d^faut  de  pieces  et  de  Virr^gularit^  de  mon  enregistre- 
ment.  A  quoi  tiennent  les  destinees !  Si  ce  magistral 
eiit  examine  le  registre,  se  fut  fait  rendre  compte  de 
ma  situation,  j'^tais  sauv6e!...  quatre  jours  apr^s  men 
entree....  Mais  il  sigija  ks  yejix  ferm^s. 

Cependant,  uh  autre  pouvait  ^£re  plus  clairvoyant. 
Par  prudence,  le  registre  6,  contenant  encore  dix-sept 
feuilles  blanches,  fut  abandonn6 ;  on  se  garda  bien  de 
faire  flgurer  ie  nom  de  Chevalier  k  la  table,  et  on  pu- 

vrit  le  registre  to?  7  en  y  reportant  les  quatre  entries 

.      -        •    ,  • 

ant^rieures  a  la  mienne,  qui  fut  inscrite  a  sa  date  du 
8  septembre,  le  certificat  du  docteur  Pelletan  et  celui 
d*entr6e  retranscritufsur  ce  nouveau  registre  de  la  main 
du  docteur  en  chef.  On  enregistra  k  la  suite  Tentr^e  du 
12  septembre,  sans  mention  du  visa  qu'elle  avait  regu. 
L'article  12  de  la  loi  prescrit  d'avoii'  un  registre  cot6 
et  paraph§  par  le  maire,  sui^  lequel  seront  imm^diate- 
ment  inscrits  les  noms,  profession  et  domicile  de  la 
personne  plac6e ;  les  noms,  profession  et  domicile  de 
celui  qui  aura  fait  la  demande.  L'article  43  de  Tinstruc- 
tion   g6n6rale  d^veloppe  trfes-judicieusement.  I'imp^- 


:<        ; '  ■ 


» 


466  MfiHOIRBS  B'UNE  AUENl&E. 

1 

I  .111  II  II      ■■■■■I.P ■     I  I  ■     ■■, 1  ,  ■■!■  I      ^  .  ■■ 

t  \  • 

rieuse  n^ces3it£  de  tenir  le  registre  sans  aucim  blanc, 
ni  rature^  m  renvoi.  On  voit  de  quelle  importance  est 
Pexacta  observation  de  ces  prescriptions  et  combieni 
pour  I'avoir  si  audacieusement  viol^e,  11  iallaii  que  Tad-* 
ministration  de  Charenton  se  sentit  dans  son  tort  Amon 
syjet.  Mais  pourquoi,  du  moment  oi^  Ton  s*en  ^tait 
aperpUi  ne  pas  r(6gulariser  alors  mpn  entree  en  se  pro* 
curant  la  pi&ce  indispensable  qui  manquait,  la  de*» 
mande  d'admission  faite  par  uii  t^rs?  Pourquoi  oe 
pas  Texiger  de  M,  Pelletan,  puisqu'on  ne  connaissait 
que  lui?  Pourquoi  rester  sous  le  coupd'^ne  d^couyert^ 
possible  dont  on  avait  seulement  diminu6  les  chances 
en  m'inscrivant  sur  un  npuveau^  registre,  et  y .  conii^i^- 
tant  i  peu  pr&s  mou  entree  par  les  indications  que 
j'avais  donn6es,  mais  en  m'y  laissant  Chevalier«Rouy, 
de  parents  inconnus  ?  On  avait  done  des  motifs  k  Gba- 
ronton  pour  ne  pas  vouloir  se  mettre  en  rigle  et  cons-' 
tater  qui  j'6tais  r6ellement  ?  C'eSt  inexpUc;|ble, 

Les  lettres  de  M.  d'Aboville  me  knpntraient  ,'mon 
affaire  en  bonne  vole  d'arrangement.  II  ^tait  Evident 
qu'une  transaction  devait  garantir  absolument  centre 
mes  r^vendications  tons  les  fonctionnaires  et  employes 
du  gouvemement;  mais  je  n'entendais  ni  cacher  ce  que 
j'avais  soufEert  et  qui  contenait  un  si  grand  epseigne* 
ment,  ni  amnistier  eeux  qui,  aprte  m'avpir  engloutie 
dans  ces  enfers,  n'avaient  recul^  devant  aucune  calom* 
nie  pour  m'y  maintenir  quand  j'y  6tais  et  pour  me 
perdre  depuis  que  j'en  6tais  sortie. 


\- 


CHAP.   XXI.    ~   CONCILIATION. 


467 


Je  cms  devoir  en  pr^venir  loy^ilement  M.  de  Cri- 
senoy:* 

Orleans,  25  octobre  1878. 

Man  intention  forraelle,  Monsieur  le  directetir,  est  de 

poursuivre  personnellement  la  &mille  et  M.  Pelletan,  qui  se  sent 
entendtts,  comma  vous  en  avez  les'preuves.  Mon  intention  est 
^us»i  de  poarsuivf e  \t  sUc<!ession  Payen.  (II  a  l^a6  400,000  fir. 
a  la  ville  d'Orl^ans.)  II  savait  que  je  le  poursui^rais,  car  il  Ta 
enregistr^  au  registre  matricule.  —  Je  le  poursutvai  eh  dom* 
inages-int^rSts  pour  mauvais  traitements,  etc. 

Cela  est  une  affaire  toute  particuliere,  compldtement  &x  de- 
hors de  Fiddministrfttioii  d'0rldaiis,qala4t^  admirable  pdur  mot, 
—  et  mdnie  de  M.  le  pr^fet,  qui  a  fait  ses  efforts  pour  me  llb^er^ 

De  mdme,  je  poursuivrai  la  succession  Husson. 

..^..  Quant  k  MM.  les  inspecteurs  g^n^raux,  k  MM.  deria  Pre- 
fecture' de  police»qin  d^p^sent  des  60  a  80,000  fr.  pour  cher- 
cher  les  preuves  des  crimes  commilji  par  Billoir  et  consorts,  et 
qui  n'ont  pas  su,  ayant  mon  nom,  mon  adresse,  mes  renseigne- 
ments,  s'assurer  de  mon  identity,  m'ont  trainee  pendant  qua- 
torze  ans  comme  une  aventuridre....  c*est  a  vous,  Monsieur  le 
4irecteur,  et  par  vous  a  MM.  les  Ministres  de  Fint^rieur  et  de 
la  justice,  que  je  laisse  le  soin  de  savoir  ce  qu'ils  m^ritent  pour 
les  renseignements  qu'ils  donnent.  \ 

Veuillea;  etc. 

Hersilie  HoVY. 

~  H.  Joseph  Micfaon,  pr6fet  du  Loiret,  fut  bientdt 
Cbax|;S  de  me  faire. savoir  ies  propositions  du  minist^re 
de  rint^rieur.  II  adressa  k  M.  Desplaneh^s  «n  extfait 
de  la  lettre  de  M.  de  Marcfere :  on  m'of&ait  12,000  fr. 
d'indemnite  et  une  pension  annuelle  de  3,600  fr.,  k 
(xmiiiion  que  je  renoncerais  k  toute  revendication 
contra  le  gouvemement  et  les  fonctionnaires  qui  en  dd- 


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EIVIOIRES   D  Ur>'E  ALIENEE. 

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pendent.  Ce  n'6tait  pas  tout  ^  fait  ce  que  j'avais  es- 
pere;  cependant  c'etait  deji  un  si  grand  tour  de  force 
de  Tavoir  obtenti  que  y  d*apr6s  le  conseil  de  ceux  qui 
m'avaient  si  bien  second6e,  je  crus  devoir  Taccepter  et 
oie  rendis  au  cabinet  de  M.  ie  pr6fet  pour  le  lui  dire. 

M.  d'Aboville  ^crivit  4  M.  le  Normant,  en  le  f6li- 
citant  de  «  I'heureux  resultal  de  sa  perseverance,  » 
qu'ii  avait  6t6  averti,  par  une  lettre  fort  gracieuse  de 
M.  de  Crisenoy,  de  cette  decision  ilaquolle  il  avait  lui- 
m6me  tant  contribue. 

]\f.  Michon  n^'accueillit  fort  bien  et  me  dit  que  je 
devais  6crire  au  Ministre  mon  acceptation,  ce  que  je  fis 
comme  11  suit : 

Orl^ns,  20  novembre  1878. 
Monsieur  le  Ministre, 

Vous  avez  eu  la  bonte  de  decider  qu^il  me  serait  accord^ : 

«  12,000  fr.  argent  comptant; 

(c    3,600  fr.  pension  annuelle ; 

«  A  la  condition  que  je  ne  r^clamerai  plus  rien  k  r£tat,  ni 
aux  fonctionnaires  qui  en  dependent.  ». 

J'accepte  ces  conditions,  et  j'ai  Thonneur  de  vous  le  faire  sa- 
voir  par  rentremise  de  M.  Joseph  Michon,  pr6fet  du  Loiret. 

Veuillez  me  permeltre  de  vous  exprimer  ma  profonde  recon- 
naissance pour  I'interSt  que  vous.  voulez  bien  me  t^moigner, 
poar  la  justice,  la  bienveillance  et  la  promptitude  avec  laquelle 
vous  cherchez  a  r^parer,  a  Tamiable,  le  tort  irreparable  qui  m'a 
ete  fait  peni^ant  tant  d'ann^e?. 

Je  ne  1  oublierai  jamais.  . 

Daignez  agreer. 

Monsieur  le  Ministre^ 

Texi^ression  de  mon  profond  respect. 

Signc:  Hersilie  Rody. 


;  . 


CHAP.   XXI.  —  CONCIUATIOK.  469 

p  ■       ■ ,   I    .    ■  > .,        ■■■  .   <■  ■■■-■- 1.     -  ■  I. 

Oit  jours  apr^s,  M.  le  pr^fet  du  Loiret  recevait  Tar- 
rtl^  suivant : 

Le'  Miiiistre  d'e  Tint^rieur, 

Vu  la  demande  de  la  demoiselle  Hersilie  Rouy,  tendaht  a  ob- 
tenir  ^ne  augmentation  de  rallocaiion  annuelle  qui  lui  a  ^t^ 
pr^c^demment  accord^e  et  une  somme  unefois  payde,  destin^^s 
a  rinderaniser  des  partes  qu*elle  peut  avoir  ^prouv^es  par  suite 
de  rinobservation  par  Tadministration  des  prescriptions  de  la 
Ioidu30iuin1838; 

Yu  le  rapport  dc  M.  le  conseiller  d'fitat,  directear  de  radmlnis-, 
tration  d^partementale  et  communale,  et  les  documents  k  Tappui, 

Arr^te  : 

Article  \*r. 

ti  est  accord^  a  la  demoiselle  Hersilie  Rouy  \ine  allocation 

de  doQze  mille  francs   (12,000  fr.),  imputable  sur  le  chapi-  . 

tre'  XXVII  du  budget  du  ministere  de  Tint^rleur. 

Article  2. 

L'allocation  annudle  de    dix-huit    cents   francs  (1,800  fr.) 
accord^e  par  les  decisions  pr^c^dentes  est  41ev^e  a  trois  mlUe  . 
six  cents  francs  (3,600  fr.)  k  partir  du  1"  oclobre  1878. 

Celte  somme  sera  ^galement  impulse  sur  le  chapitre  xxvii 
du  budget  du  ministere  de  Tint^rieur. 

Article  3. 
Xe  directeur  du  secretariat  et  dela  coraptabilit^,  et  le  directenr 
de  I'administration  d^partementale  et  commuiiale,  sont  charges, 
chacun  en  ce  qui  les  concerne,-de  I'ex^cution  du  present  arrSt^. 
Fait  a  Paris,  le  30  novembre  1878. 

Signe  ?  de  Marc^re. 
Pour  ampliation, 

Le  directeur  de  V administration 
ttepartementale  et  communale, 

Signe :  R.  de  Crisenoy. 

Pourcopie  con  forme: 

Le  conseiller  de  prefecture, 

Sign 4 :  P.  de  VERNEtnL. 

27 


^  / 


470 


MJ&M0IRE8  d'UNE  ALIENEE. 


J'en  remerciai  de  nouveau  M.  le  Ministre  quelques 
jours  apr^s  avoir  touchy  les  fonds  annonc6s ;  j'^tais  trop 
maladepour  lefaire  au  moment  m^me.  Getter^pars^tioa 
m'arrivdit  trop  tard :  le  mal  dtait  fiadi,  et  je  sentais  gu'^ 
moins  d'un  miracle,  ma  saBt6  ne  me  permettrait  pas 
de  jouir  de  la  satisfaction  morale  et  du  bien-^tre  phy- 
sique que  sa  justice  m'accordait Mais  si  je  ne  pou<» 

vais  vivre,  je  pourrais  du  moins  mourir  en  paix.  Gelte 
certitude  m*aida  k  surmonier  la  p6nible  crise  dans 
laquelle  j'avais  failli  succomber  et  dont  je  reparlerai 
plus  loin. 

Je  d^sirais'vivement  connaltre  le  rapport  de  M.  de 
Crisenoy,  et  je  Tobtins  k  force  d'instances.  Je  le  donne 
ici  presque  en  entier,  bien  qu'il  reproduise  des  faits  d^j4 
connus,  parce  qu'il  est  la  premiere  reconnaissance  ofO- 
cielle  de  mes  droits,  et  que,  sans  toucher  k  la  question 
mentale^  il  la  r^sout  implicilement  en  ma  faveur. 


RAPPORT 

Adre$8e  a  M.le  Ministre  de  Vinterieur^  aur  la  sequesttntion  de 

la  demoiselle  Hersilie  RouT. 

Monsieur  le  Ministre, 

Le  8  septembre  1854,  la  demoiselle  Hersilie  Rouy,  professeur  de 
musique,  demeurant  rue  de  Penthi^vre,  n^  19,  a  Paris,  fut  en- 
lev^e  de  son  domicile  par  M.  le  docteur  Pelletan,  m^decin  en 
chef  ide  Thopital  de  la  Riboissidre,  et  conduite  k  Tasile  de  Cha- 
renton,  sur  la  presentation  d'un  certificat  ainsi  con^u : 

c  Je  soussign^,  m^decin  de  I'hdpital  de  la  Riboissi^re,. che- 
valier de  la  L^gion-d'Honneur,  certifie  que  W^*  Rouy  (Hersilie), 
demeurant  rue  de  Penthievre,  n«  19,  est  atteinte  d'une  mono- 


I     •  •  1 

CHAP.   XXI.   —  CONCILIATION.  471 


manle  algue  avec  hallucinations.  Cetle  affection  la  rendant 
dangereuse  pour  elle-m^me  et  pour  les  personnes  qui  Tentou- 
rent,  exige  son  admission  immediate  daas  un  etabliss^ment 
special.  » 

Cette  admission  a  eu  lieu  contrairement  aux  prescriptions  d!e 
Uloldu  30^'uin  1838. 

{Suit  le  texte  de  Vart.  8  de  la  loi  sur  les  aliens.) 

La  plupart  de  ces  ptescriptions  n'ont  pas  '^te  remplies  en  ce 
qui  conceme  la  demoiselle  Rouy,  admise  sur  la  demande  de 
M.  le  baron  Pelletan  de  Kintc^lin,  ami  de  la  malade  1 1 

La  copie  du  certificat  ci-dessus  reproduit  est  sign^e  du  mSm€ 
docteur,  alors  qu^e  la  loi  intercKt  de  demander  le  placement  au 
m^de^in  qui  certifie  la  maladie. 

,  M.  le  docteur  Pelletan  n'etait  pas  Fami  de  la  malade,  qu'il  ne 
connaissait  pas;  tout  au  plus  Tavait-il  vue  une  fois  lorsqu'il 
vint  Tenlever  pour  la  conduire  a  Charenton .  I^  n'6tait  pas  I'ami 
de  la  famille,  avec  laquelle  ses  relations  se  bornaient  a  ^crire 
des  articles  de  m^decine  dans  le  journal  La  Prease,  dirig4  par 
M.  Rouy,  le  frere  de  la  demoiselle  Hersilie. 

£n  reality  le  placement  a  eu  lieu  a  la  defnaxide  de  M«  Rouy, 
qui  a  pay^  d'avance  un  mois  de  pension  (50  fr.))  afin  d'arriver  a 
un  placement  d'ofiice  et  gratuit  sous  Tapparence  d*un  placement 
volontaire.  C'est  le  docteur  Pelletan  lui-mSme  qui  avait  indiqu^ 
ed  moyen  d'^luder  la  loi. 

Cela  r^i^MUe  de  la  correspondance  jointe  au  dossier. 

A  ce  point  de  vue^  le  certificat  du  docteur  Pelletan  est^ 
inexact.  Ce  certificat  lui-m^me  ne  repose,  au  point  de  vue  m^- 
dical,^ue  sur  les  rapports  des  concierges  et  des  bruits  r^p^t^s 
par  d^8  tiers,  le  docteur  Pelletan  n'ayant  pu,  dans  une  courte  en- 
trevue  et  pendant  le  trajet  de  la  rue  de  Penthievre  a  Charenton, 
parter  un  jugement  sur  I'^tat  mental  de  jla  demoiselle  Rouy  et 
surtout  sur  les  dangers  qui  pourraient  en  r^sulter  pour  la  s^cu- 
rite  publique. 

Contrairement  a  la  loi,  le  directeur  de  Charenton  n'a  exigd 
aucone  pi^ce  constatant  Fidentitd  de  la  demoiselle  Rouy,  etno*  . 
tamment  le  passeport  mentionn^  a  Tart.  8;  il  en  est  rdsult^que  ' 


I- 


472 


MEMOinES   D  UNE  ALIENEE. 


le  placenient  a  ^t^  fait  sous  le  double  nom  de  Chevalier-Rouy, 
et  que  trois  semaines  apr^s  Tadraission  un  interne  a  et^  charge 
d*interroger  la  demoiselle  Rouy  pour  connaitre  son  veritable 
nom. 

Le  30  novembre  1854,  la  demoiselle  Rouy  a  ^]t^  transferee  a  la 
Salp^tri^re  en  vertu  d*un  arr^t6  de  M.  le  pr^fet  de  police,  bas^ 
sur  ce  fait  qu'elle  ne  pouvait  plus  payjer  de  pension,  fait  mat^- 
riellement  inexact,  -puisque  le  premier  mois  de  pension  n'avait 
pas  ete  pay^  paf  elle,  mais  par  le  sieur  Rouy,  et  que  la  demoi-> 
iselle  Rouy,  enlev^e  brusquementite'son  domicile,  y  avait  laiss^ 
des  effets,  un  mobilierquepersonne  ne  s'^tait  occupy  demcttre 
en  siirete  et.de  r^aliser  a  son  profit. 

{Suit  le  texte  deVart.  SI  de  la  loi  sur  les  alienes,) 

Ces  prescriptions  tut^laires  ont  ^t^  n^glig^es  pour  la  de- 
moiselle Rouy;  les  cles  de  son  appartement  sontrest^s  entre 
les  mains  des  concierges,  dent  la  probity  ^tait  suspect^e.  Trois 
mois  plus  tard,  le  propridtaire  intenta  centre  sa  locataire  unej 
action  pour  obtenir  la  vcnle  du  mobilier  et  le  terme  du  loyer 
dcha. 

Les  actes  extra-judiciaireS  furent  signifies  rue  de  Pen- 
thi^vre,  bien  que  Ton  sut  la  demoiselle  Rouy'  s^questrde  k  Cha- 
renton.  La  vente  eut  lieu  le  5  fdvrier  et  produisit  911  fr.,  qui 
furent  employes  a  ddsin  I  dresser  le  propridtaire  et  a  payer  les 
frals,  s'dlevant  a  372  fr. ;  le  reliquat,  139  fr.,  fut  depose  a  la 
caisse  des  depdts  et  consignations,  et  remisk  M^i*  Rou^en  1870, 
a  sa  sortie  de  I'asile  d'Orldans. 

• 

Nous  avons  dit  ^rdcedemment  que  la  demoiselle  Rouy  avait  6t£ 
inscrite  sur  le  registre  de  Charenton  sous  le  nom  de  Ghevalier- 
Rouy,  inscription  difficile  a  justifier,  puisque  le  certificat  du. 
docteur  Pelletan  portait  le  nom  de  Rouy.  Gette  designation,  qui 
constitue  une  alteration  de  Tetat  civil  de  la  demoiselle  Rot^y,  n^a 
pudtre  imaginde  par  Tad  ministration  de  Charenton.  On  doit 
en  conclure  qu'elle  a  dtd  invenlee  sur  les  indications  du  doc* 
teur  Pelletan  et  a  Tinstigation  du  sieur  Rouy,  son  frdre,  en  vue 
de  dissimuler  une  parentd  qui  pouvait  lui  occasionuer  plus 
••"^  4^5  embarras. 


CHAP,  XXI.  —  CONCILIATION.  '  473 


Par  une  coincidence  malheureuse,  les  papiers  ^tablissant  son 
^tat  civil,  qa'elle  avait  eu  le  soin  d'eraporter  avec  elle  k  Cha- 
renton^  lui  furent  enlev^s  le  19  septembre  suivant ;  mais  aa  lieu 
4e  s*en  servir  pour  r^ulariser  son  inscription,* on  les  ddposa 
dans.un  coin,  ou  ils  ne  furent  retrouv^s  qu^en  1862,  par  les  soins 
de  M«  Cochin. 

Malgrd  lei^  reclamations  incessantes  de  M^^  Rouy,  elle  tai 
transferee  succes^ivement  dans  plusieurs  asiles  departementaux, 
sousle  nom  de  Chevalier-Rouy,  jusqu'en  1863,  oil  elle  fut  defi- 
nHivement  inscrite,  k  Fasile  dlDrl^ans  sous  le  nom  de  Chevalier, 
de  parents  inconnus. 

II  y  a  tout  lieu  de  croire  qu*il  n'y  a  pas  eu  U,  de  la  part  de 
Tadministration, de  foutives intentions;  les  negligences  et  Tinob- 
servation  des  prescriptions  legales  ont  eu  pour  resuUat  d*eioi« 
gner  la  demoiselle  Rouyde  ses  relations  et  de  ses  amis,  qui  ont 
perdu  sa  trace  et  Tont  crue  morte. 

^Depuis  son  entree  k  la  Salpetriere^le  30  novembre  1854,  jus- 
qu'a  sa  sortie  de  Tasile  d'Orieans,  le  14  noverobre  1868,  la 
demoiselle  Rouy  a  ete  rendue  plusieurs  fois  a  la  liberty  pendant 
quelques  jours,  puis  seqnestree  de  nouveau  d*oflice,  en  vertu 
d'arretes  du  preret  de  police,  r^guliers  dans  fa  forme.  Toutefois, 
il  semble  r^sulter,  de  plusieurs  documents  et  de  correspon- 
dance^  echang^es  entre  le  pr^fet  du  Loiret  et  I'administration 
de  TAssistance  pub)ique,  qu*a  partir  de  1863  le  maintien  de 
la  demoiselle  Rouy  k  Tasile  d'Orldans  doit  dtre  surtout  attribue 
k  des  injonctions  emanees  de  cette  adininistration  et  inspir^es 
pac  M.  Rouy,  qui  avait  lieu  de  redouter  la  mise  en  liberty  de  sa 

belle-sceui:-  ' 

La  demoiselle  Rouy  n'a  cess^  de  rdclamer  centre  la  seques- 
tration iliegale  dont  elle  avait  eie  Tobjet,  a  llmperatrice  d*abord, 
puis  a  TAssembiee,  qui  s'est  separee  avant  d'avoir  ete  saisie  du 
rapport  concernant  cette  demande. 

Toutefois,  le  Ministre  de  TinterieUr  a  accorde,  en  1874, 
un  secours  de  1,500  fr.  qui  a  eie  porte  k  1,800  fr.  a  partir  de 
1878.  on 

Aujourd'hui  la  demoiselle  Rouy  est  agee  de  soixante-quatre 


MI^MOIRES  D'UNE  ALI^N^E. 


ans,  dans  nn  Stat  de  sant4  qui  I'empSche  de  se  liwer  it  aneun 
travail,  et  sans  ressQurces. 

EIIb  demande  que  le  secours  annuel  qui  lui  est  allou^  soil 
ilevi  i  3,600  ft-.,  et-sollicite  en- autre  une  allocation  desttnfei 
linderaniaer  des  pertes,  du fail  de  radministration, de  mobilier, 
valeurs  et  bijoui  qu'elle  possSdait,  et  a  lui  permeltre  d'acquitter 
iBs  dflttes  qu'elle  a  du  contratler  pour  subveiiir  a  mJa  eilstence, 
depuis  sa  miis  en  liberty  Jusqu'en  187i.  Elle  Slablit  one  perte, 

.  Moblliei',  4,000  (r. ;  bljoai,  1,80D  Tr. ;  deux  biUets  k  ordrc, 
000  fr. ;  un  billet  de  banque  d^.  500  fn :  ci  6,900  fr. 

En  accordant  a  la  demaiaeKa  Rou;  une  somme  totals  de 
13.000  fr.,  on  (iendra  campte  dant  une  certaine  mesare  des  d^. 
pensea  aaiquelles  elle  a  dil  pourvuir  de  WHS  k  1873. 

En  resume,  la  demoisella  Rouj  £tait  une  artiste  d'un  talent 
incontestable,  et  jusqu'en  1854  elle  a  pourvu  i  «an  esstence 
.  par  Eon  Iravaik  , 

,  A  Cetle  Spoijue,  elle  a  6li  s£questr£e  imgalement,  aiosi  qus 
I'a  constats  d'ailleurs'le  Uinislre  de  I'int^rieur,  dans  sa  d£p£chs 
du  25  fevrier  1869.  Elle  a  perdu  le  peu  qu'elle  passSdait  par  la. 
foute  et  la  negligence  de  radministration. 

La  damande  de  la  demoiselle  Rou;  parait  done  jugtiiiefl. 

En  consequence,  j'ai  I'honneur  de  vous  proposer  de  I'accueillir 
an  ancoi-dant  k  la  demoiselle .  Rodj  les  allocations-  ci-deseus 
dDouc4es.  Un  arrSt^  revStu  de  votre  signature  consaererait. 
oetle' decision. 

Agreei,  Uonsieur  le  Ministre,  I'homroage  de  nion  r»peut. . 
Le  Coiiseillerd'Slat,direclew  general  de   I'adminiatratltm 
(i^partemenlale.el  communale,  ■ 
Signi:  R.  DE  Cfibenot. 

Une  conciliation  ainsi  motiv^e  ^tail  pour  md  une  fh~ 

Htation,  pour  mes  devoufe  ct^feAseurs  une  r6com- 
ppur  la  i;nuse  geiierale  des  ali^n^s  un  Iriomphe. 
vej)6cialiste  ctait  enQn  entam^e. 


Voici  la  ietlre  que  f^crivis  k  M.  de  Crlseno; : 

Od^na,  i  Janvier  1879. 
Monsieur  le  direclear, 

Je  ae  si'a  Coroment  vous  remercier  de  taute  la  bieoTeilhrato 
hoali  avec  Uquelle  tsus  6tee  venu  i  raon  aide,  non  pas  en  ' 
ip'aecordant  one  favenr  qj'an  caprice  peut    enteter,  nai*  en 
faisanton  actede  justice  et  de  reparation  B'appnyast  surdosdo- 
cDmentB  incantestables. 

Gt&cb  a  votre  rapport,  I'llS^galit^  et  rarbttraire  de  ma  s^uei- 
tratioii  Hint  prouv^;  vous  £tab1issez  viatoristuement  qne  je 
n'^Eais  pa*  folle  qoand  j'ai  i\i  erUeHe  de  chez  nioi  par  on 
taommenrm'BTantjamalsvue,  et  que  laperte  de  bmt  ceque  je' 
pOSS^dais,  due  k  mon  admission  dans  ces  conditiana  h  Oiiren- 
tan,  a  roreriment  anient  la  longne  eiqoestration  dent  j'ai  Hi 
Tictime,  toot  rooyen  de  rentrer  dans  le  monde  et  de  prouver  mon 
IdentiM  m'^tant  imposuble,  jusqu'au  jour  ou  j'ai  trouv^  appui  et 
protection  dans  I'admitiislration  dea  Hospices  dOrl^ns, 

Non  seulement  vous  avez  ^tabli  mes  droits  k  la  tardive  repa- 
ration que  Tou*  aveiprovoquee,  Monsieur;  mais  encore,  sachant 
le  miserable  eia'l  de  lanti  dans  [equel  je  suis,  vous  avez  eu  I'ex- 
treme  bont£  de  faire  ordonnancer,  stance  tenants,  ce  que  M.  le 
Hinistre  m'accordait  k  votre  requite;  et,  grdce  4  cette  giai- 
reuse  attention  de  votre  part,  j'ai  eu  I'lnnnense  bonhenr  da 
ponvoir  m'acquitter  envers  ceui  doni  le  devoCiraent  a  su  triom- 
pherde  toules  les  ditlicultes. 

Le  S6  d^cembre,  on  touchait  pour  nioi  i  la  Banque  un  cheque 
de  dSjOOOrr.,  et  le  mime  jour  on  remetEait  a  M.  le  pr^ret  dn 
Loiret  un  effet  de  900  fr.,  sign^  de  moi,  qui  doit  solder  le  der' 
nier  trimestrs  de  1878. 

Veuillez,  Monsieur  le  direotenr,  recevoir  I'eipressioit  de  ma 
profonde  reconnaissance. 

Hersilie  Rouv. 


Et  voici  celle  qu'il  me  riponiiit  : 


r 


I     ^ 


476  jnfeMOit^ES  d'une  ali6n6e. 

.     I  i    ■  ■  ■  ■  ■  I  ■        I  ■ ■       ■        .1  ■  '  1      i/i     ■-     >  .1    I    ■      ■       I  I  ■    I       I  ■  #r  I  ■     ,     I  I  I  * ,  ■ 

Paris, ^Janvier  1879.  . 
Mademoiselle, 

je  suis  heareux  d'avoir  pu  cotitribuer  &  vous  fatre  obtenir  la 
reparation  que  vous  solHcitiez  en  vain  depuis  de  longues 
annees.  ^ 

Cette  reparation  vous  etait  due  le^gitimeinent;  je  croisTayoir 
demontre  peremptoirement,  en  mdme  temps  que  ron  vousassu- 
rait^  apres  tant  de  souCTrances,  des  moyens  d*exiistence  qui,  bien. 
que  modestes,  vous  perraettroAt  de  vivre  suus  inquietude  de 
Tavenir. 

Je  fais  des  voeux  pour  que  vousenjouissiez  longtcvnps,  et  je 
me.  propose  de  mettre  a  profit,  loirsque  roccasion  s'enpr^sen- 
tera,  les  renseignements  dont  vous  avez  bien  voulu  me  donner 
communication* 

Agreez,  Mademoiselle, -Fassurance  de  ma  consideration!  dis^-. 
tinguee.       .     , 

R.  DE  Crisenot. 


■■■     <f- 1 


1     - 


CHAP.   XXH.  —  SUItES  D'UNE  R6PARATI0^^  A.MIABLE.      477 


CHAPITRE  XXII 


SaiiOB  d'ane  reparation  amiable. 


^  Les  journaux  de  Paris  Siy^nt  annonce  la  mort  du  fils 
cadet  de  mon  frfere,  je  publiai  le  8  Janvier  1879,  da^s 
le  Moniteur  orleanaiSy  une  note  plus  d6taill6c  affir- 
mant de  nouveau  ma  possession  d'etat.  Je  voulais  sa- 
voir  si  elle  me  serait  encore  contest6e  au  moment  oil 
le  minist^re  hn  faisait  une  reconnaissance  ^c1atant0. 
Quelques  jours  apres,  ies  trois  journaux  d'Orl^ans 
publiaient  une  lettre  de  moi  con^ue  en  ces  termes  : 

Monsieur  le  r^dacteur, 

Ce  n'est  pas  pour  revenir  encore  sur  ce  qui  concerne  ma  se- 
questration et  ma  sortie  des  liospices  d'Orldans,  ou  j*ai  eu  le 
bonheur  de  roncontrer  dans  Tadministration  des  hommes  de 
ciBur  et  de  perseverance,  qui  ne  in'onl  pas  abandonn^e  dans  la, 
detresse  ou  je  me  suis  trouv^e,  etdont  le  nom  est  dans  toutes 
les  bouches,  que  je  m^adresse  aujourd  hui  a  vous  j  c'est  que  je  ne 
puis  exprimer,  comme  je  le  voudrais,  ma  reconnaissance  k 
totttes  les  personnes  qui  m*ont  secourue  de  leur  bourse,  de 
leurs  sympathies  et  de  leurs  d-marches,  et  que  je  suis  trop  faible 
et  trop  malade  pour  ^crir^  individuellement  a  chacune  d'elles. 

Aussi  ai-je  recours  a  la  publicity  de  votre  estimable  journal, 

27, 


478.  M6M0IRES  D  tJNE  ALlfel^lSk 


que  vous  avez  toujours  mise  si' g^a^reusement  a  ma  disposition. 
Monsieur  le  redacteur,  pour  faire  savoir  k  tous  cjeux  qui  ont  bien 
voulu  me  porter  int^r^t  ce  qui  m'est  derni^rement  arriv6  d'heu- 
reux.  '  > 

(Ajpr&s  avoir  rappele  ici  mes  divers  secours,  ma  p^sion,' 
mon  indemnity  et  ceux  auxquels  je  les  devais,  j&  terminals 
ainsi : )  *  - 

Apres  vingt-quatre  ann^es  de  mis^re,  de  Inttes  ineessantes  et 
d'indicible  douleur,  je  suis  heureuse  de  vous  faire  connaitre  cet 
acle  de  justice,  dte  reparation  et  surtout  cet  antecedent ;  heu- 
reuse aussi  de  sayoir  qne  tout  ce  t[ue  j'ai  souffert  ne^restera  pas 
inutile,  et  que  des  mesures  sont  prises  pour  qu*on  ne  se  fasse 
plus  un'jeu  de  la  loi,  quelle  qu'elle  soit,  en  se  mettant  a  coavert 
derriere  un  certificat  d'alidnation  mentale. 

yeuillez  recevoir,  etc. 

Hersilie  R0UY» 

J'eriyoyai  k  M.  Georges  Rouy,  secretaire  au  journal 
le  Sieclcy  fils  de  ma  soeur  et  par  consequent  petit-Ols 
de  mon  pere  et  de  ma  m^re,  un  num^ro  du  8  et  un 
du  14  Janvier  4879,  pensant  que  la  famllle  devait  avoir 
connaissance  de  la  note  n6crologique  et  de  ma  lettre. 

Huit  jours  aprfes,  M.  Alexandre  Godou,  r6dacteur  en 
chef  de  VAvenir  du  Loirety  donnait  k  M.  ledocteur 
Halmagrand  un  pli  qu'il  venait  de  recevoir,.  et  M.  Bes- 
gon,  ridacteur  en  chef  du  Moniteur  orleanai^  r^met- 
tait  un  pli  identique  k  M.  le  vicomte  d'Aboville. 

G'etait  une  note  non  sign^e  que  je  transcris  id : 

On  voua  rappelle  aujourd'hui  obUgeamment  qu'onne  doit 
JIM  publier  de  fausses  nouvelles  ^ur  les  direa  errones  d'une 
vieille  demoiselle  de  eoixante-sept  ansy  qui  a  eie  folle  pendant 
vhM^auatre  art»» 


y   .z. 


.CUA.P.   XXII.  — SUITES  D'UNB  REPARATION  AMIABLE.     479 


On  veul  biert^vous  dire  ceci :  M^  HersUie  est  nee,  en.  iSiSf 
" d  Milan,  de  M.  Charles  Rouy  et  de  Mademoiselle  Chevalier,. 
M,  Rouy  dtant  m^rie  a  M">*  Stevens,  laquelle  femme  ISgU 
time  est  decM4e  ulterieurement,  de  sorte  que  M*^*  Hersilie, 
dielarie,  Rduysur  les  registres  italienSf  severrdtt  depoMilUe 
de  ce  nom  a  latnoindre  demande  de  rectification  d'etat  civile 
fait  qui  a  ele  reconnu  par  I' Assistance  piihlique.    , 

Quant  d  la  question  sequestration  (hien  gros  mot!) 
jlfut  HersUie  aSte.  donduitepar  ordre  de  la  police  administra": 
live  dans  un  asilede  V6tat,  etilfaut  rMlemetkl croire  que^l&r 
honor ab les  docteurs  de  cet  asile  n'y  ont  pas  prodique  leurs 
soins  d  une,  personne^  pendant  vingt-quatre  9xls,  sans  quHVy 
"  alt  un  motif  sirieiuxd  leurs  yeux  de  Vy  conserver.  -  *  :. 


TI  n'y  avait  pas  db  r^ponse  k  fairer,  U  n'y  avait.qa'i 
constater  une  fois  de  ptus,  <et  toujours  pieces  en  mains, 
que  ma  maJheureuse  famille  parle  de  tout  4  ^^^  et  k 
travers,  croit  pouvair  renseigner,  influencerygouverniej^ 
tout  le.monde,  sans  rien  savoir  de  ce  qu'elle  dit ;  que 
deplus;  depuis  vingt-oinq  anSy»eUe  fait  scandale,  cher- 
che  k  me  di^consid^rer  partout^  act  recule  devant  aucua 
moyen  pour  cela,  attaque  jusqa'4  i'honorabilit^  de  ses 
propres  parents  pour  me  forcer,  malgr^  moi,  a  lui 
donner,  a  ses  (Ugmns,  une  le^n  dont  elle  souviendra 
assez,  je  Tespire^VplHir  devenir  prudeqte  k  Tavenir,  : 
.  Je  me  JsQrnai  k  adresser  poste  pour  poste^^  k 
M.  .Credrg^ee  Rouy^  un  num^ro  du  Journal  du  LQiret 
que  je  ne  iui  avals  pas  encore  envoys,  plus  an  num^ro 
du  Mouvement  medical  du  18  Janvier  1879  publiani 
in  extensd  une  lettre  que  j'^vais  adress6e  au  doctor 
Halmagprandr  au  sujet  de  mes  su^ujrs  9\  abondanie#|  si 


\ 


■s       "» 


'  '-•  ,.'    \ 


480  M^MOIRES  D'UNE  ALIENEE. 

'  ■      II       -ll  -  ,  »  II.  .       II  ■■        W  .1       I    J^      I      I  I    I        III       I  I  I 

\  . 

6xtraordinaires :  ellesavaient  dur6  quatorzfe  jours,  sans 
interruption,  dans  Thiver  de  1860  et  me  faisaient  dire, 
k  rpoi,  si  rebelle  aux  larmes,  que  mon  corps  sanglot^ 
tait  malgire  woL  Le  docteur  avail  accompagn^  ma 
lettre  de  ^s  observations  personnellcs  sur  ce  que 
j'avaia  ^prouve  depuis  qju'ilme  soignait,  et  le  Mouve- 
ment  medical  di\^ii  public  le  tout.  J'avais  pr<^cisement 
6t6  prise  d'une  crise  analogue  au  moment  ou  j'oblenais 
ma  pension,  et  on  avait  bien  cru  que  je  n'y  survivrais 
pas. 

Cette  communication  mit  tin,  pour  le  moment  du 
moids^  aux  rectifications  anpnymes  de  «  fdnsses  ndu-- 
velleset  fausses  affirmations.  ^ 

M.  Camescasse  avait  succ^(l6  k  M.  de  Grisenoy.  Je 
venais  de  toucher  le  trimeslre  de  ma  pension  dans  les 
premiers  jours  de  >  juillet,  iorsque  ines  hoiesses, 
HjMiics  Moufflet,  vinrent  m'apprenjire,  tout  fetpnnees, 
qu'elles  avaient  re^u  laf  visite  du  commiBsoire  du  quar- 
tier,  venant  leur  demander :         .  ■. 

1®  Quelles  6taient  les  personnes  que  je  fr^quentais  ; 

^29  Celles  que  je  recevais ; 

3o  Quelles  ^taient  leurs  opinions  polfflques ;  ; 

4^  Si  moi-m^me  je  ne  parlais^  pafis  politique  et  si  eUes 
pouvaient  donner  quelques  details  surmes  opinions.    '■. 

Eiles  avaient  r^pondu  que  j'^tais  fort  malade,  ne 
sortais  presque  jamais,  ne  m'occupais  que  de  mes  af- 
faires, et  avaient  donn^  les  noms  des  quelques  per- 
sonnes qui  avaient  la  bont6  de  venir  me  voir./ . 


CHJVP.  XXU.  —  SUITES 'd'UNE  REPARATION  \  AMI  ABLE.      481 

■  ■    ■  ■  m  ■  ■  ■  ■      ■  ■  .  J  P^^ — "" 

.  I 

Trds-surprise  d'Mre  en  butte  si  une  semblable  inqui- 
sition de  la  part  de  Tautorit^,  j'en  parla^i  a  M..  le  Nor- 
mant^  qui  obtint,  de  la  bouche.ra^e  du  commissairey 
la  confirmation  de  la  d-marche  qu'il  avait  faite  par 
ordre  de  M.  le  pr^fet  du  Lqiret. 

Jeerus  devoir  quelques  explicationa  k  M.  Cames- 
casse,  aux  yeux  duquel  on  semblaitvouloir  transformer 
e^n  affaire   politique    une  affaire  de  s^uestration  et. 
d*^tat  civil,  et  je  lui  adressai  un  expose  des  fa'its  avec, 
une  lettre  dont  void  les  passages  essentiels  : 

Monsieur  ledirecteor, 

On  esst  venu  de  la  part  de  la  prefecture  du  Loiret  aux  rensei- 
gnements  sur  moi,  et  d'apres  cette  enquSte  j'ai  acquis  la  cer- 
titude qu^oa  ne  savait  en  aucune  fayon  ce  que  sighifiait  le 
seconrs  que  je  re^ois  du  ministere* 

C'est  tr^s-naturel. 

Ayant  ^t^  cachee  pendant  quatorze  ans  dans  les  asiles 
d'ali^n^s  sous  le  nom  de  Chevalier,  on  ne  connait  r^ellemelit 
que  ce  nom.....  La  pension  que  me  faisait(br(3n  malgr^  lui) 
M.  Durangel  dtait  inscrite  sous  le  nom  de  Chevalier 
{alienee)  (1).  , 

Ce  n*est  que  depuis  T etude  s^rieuse  et  sur  documents  authen- 
tiques  que  M.  de  Crisenoy  a  fait^  de  mon  affaire  que  cette  pen- 
sion et  cette  indemnity  m^ont  ^t^  allpu^es,  sous  mon  nom  l^gal 
d'Hersilie  Rouy,  par  I'arr^t^  du  30  novembre  1878. 

La  transaction  qui  a  mis  fm  a  toutes  revendications.  dc  ma 
part  doit  ^tre  au  dossier  du  minist^re. 

Ce  n'est  pas,  comme  vous  le  verrez  en  lisant  le  rappoi^  de 
votre  pr^d^cesseur  a  M.  de  Marcere,  une  charite  que  M.  le 
Ministre  me  fait  sur  les  fonds  dont  11  dispose ;  c'est  une  indem- 

.(1)  Bien  qu'elle  me  fut  pay^e  a  Orleans  sous  celai  de  ^ouy. 


X 


482  MJSMOIBES  D'UI^E  AU%i^. 

I >     ■    I     — ^^i^^— I      iBii    iia  ■        N  I  !■    I    I    ■      I  H  I  I    ■■     ■  ■  i^mmmmm 

m 

nite,  une  reparation  quHl  m'aecorde  e\  que  j'accepte  90us 
forme  de  secours,  pour  amoindrir  les  consequence^  de  fails 
.  monstrueux  et  pour  empScher  un  affireux  scandale. 

J^  n'eus  pas  de  reponse  de  M.  Camescasse ;  inais  ma 
pension  continua  k  m^^tre  seryie  r^uli^rement.         ^ 

Tranquille  sur  roon  sort,  M.  le  Normant  n'en  pour- 
suivait  t[ue  plus  activement  son  d^sir  d'une  r^forine 
g^nerale,  et  rien  plus  que  ma  lamentable  histoire  ne 
pQuvant  en  d^montrer  la  p^cessit^,  il  se  mit  en  rs^p- 
port  avec  un  des  conseillers  gen^raux  de  la  Seine  qui 
avait  pris  chaudement  k  coeur  la  question  des  ali6- 
n6s,  tant  au  point  de  vue  de  leur  bien-fttre,  fort  peu 
sauvegard^  dans  led  asiles,  que  des  finances  de  la 
villey  souvent  gaspill^es  sans  profit.  L'honorable 
M.  Manier  re^ut  avec  grand  ini^rM  nos  communica- 
tions et  nos  documents,  6tudia  mon  affaire  et  y  d6- 
cauvrit  precisement  un  point  qui,  en  venant  k  Tappui 
de  son  argumentation,  lui  permettait  de  d^velopper 
et  de  faire  connaitre  les  nombreux  abus  dont  j'avais 
et6  victime  du  premier  au  dernier  jour  de  ma  seques- 
tration. 

II  saisit  la  troisi^me  commissiion,  dont  il  fedsait 
partie,  d'une  proposition  tendant  k  recouvrer  les  frais 
d'entretien  de  Mil®  Hersilie  Rouy,  retenu^  pendant 
quatorze  ans  dans  les  asiles  de  la  Seine  et  consid^te  It 
tort  comme  indigente. 

Cette  commission,  dite  de  VAssistance  puhlique^ 
etait  compos^e  de  MM.  Lafont,  president ;  Bouro^Ue, 


,    -^     ' 


.   \ 


CHAP.   XXIL   —  ^UITEI^  D'UNE  REPARATION  AMIABLJE.      483 


secretaire;  C^det^Dubois^  Dujarrier,  Forest,  Loifieau, 
Manier,  M6iivier,  Aristide  Key,  Thuli6. 

M.  Maniei;  fut  charge  du  rapport  a  presenter  au 
consdl  general,  et  le  lut  a  la  stonce  du  6  novembre 
1880.  ^ 

II  commenga  par  d^muntrer : 

1<|  Que  M^i«  Kouy^  entree  comme  peasionnaire  payantea  Cha- 

renton,  a  ^t^  pass^e  et  maintenue  faussement  aux  indigentes^ 

p^rce  que  ceux  qui  l^nt  fait  enfermer  Tout  pr^sent^e  ainsi,  et 

/(pie  radministration  n'a  rien  fait  pour  s'assurer  de  sa  situation 

r^elle ; 

2o  Que  M^^"  Rouy  a  ^t^  deux  fois  reint^gr^e  k  la  SalpStri^re, 
,  kpres  avoir  ^tS  mise  en  liberty  par  des  medecins  consciencieux, 
parce  que  la  dilapidation  complete  de  tout  ce  qu*elle  possSdait 
Tavait  obligee  a  aller  demander  uu  abri  et  du  pain  a  la  Prefec- 
ture de  police....... 

Un  capital  de  12,000  fr.  et  une  pension  viag&re  de  3,000  fr. 

qnt  et^  enfin  accordi^s  a  M^^^  Rouy. 

Mais  est-ce  bien  la  tout  ce  qu'il'y  avait  a  faire?  L*int4rSt  de 
M"«Rouy.  est^il  seul  en  cause?  Et  TAssistance  publique,  grevee 
pendant  quatorze  ans  de  la  pension  d'une  personne  parfaitement 
k  mSme  de  payer,  n'a-t-el!e  aucun  recours  a  exercer  centre. les 
auteurs  de  cette  me^song^re  declaration  d' indigence  ? 
>  Je  ne  le  pense  pas,  et  je  vais  et^blir,  avec  preuves  i  Tappui, 
que  le  classement  de  Mi'«  Rouy  aux  indigentes  n'a  pas  ^t^  le 
fait  d'une  simple  erreur  administrative,  male  de  la  volenti  per- 
sev^rante  de  ceux  qui,  Tayant  jet^e  aux  ali^n^s,  voulaient  )*y 
maintenir  a  tout  jamais  en  an^antissant'son  avoir  et  empSchant 
ainsi  son  retour  dans  le  mbnde^  ou  on  avait  d'ailleurs  annonc6 
^  mort  (1). 


•  (1)  Je  ne  reproduis  pas  ici  le  detail  des  faits,  exposes  surabon- 
damment  dans  le  cours  de  ces  memoires. 


I 


^        ,  484  MEMOIRES  D'tNE  ALIEt^fiE. 


->->- 


J'estime  done  que  le  conseil  g^^ral  est  f^nd^  k  pour- 

suivre  contre  quisle  droit  le  reml^oursement  des  sommes  indu*- 
ment  payees  par  le  d^partement  de  la  Seine  pour  la  pension  aux 
indigentes  de  M»«  Hersili6  Rouy,  du  1«  d^eembre  1854  au 
14  novembre  1868,  plus  les  frais  de  ses  di^i^j^nts  transfert$, 

M  preuve  des  faits  avanc^s  se  trouve : 

lo  Dans  les  notes  prises  par  M,  Tailhand,  premier  ipapporteur, 
sur  les  dossiers  des  minist^res  de  la  justicie,  de  Vint^rieur  et  de 
la  prefecture  de  police  ; 

2«>  Dans  le  projet  de  rapport  de  *  M.  le  vicomte  d'Aboville, 
deuxi^me  rapporteur; 

3°  Dans  le  rapport  de  M.  le  directeur  de  radministration  d^- 
partementale  et  communale  k  M.  le  Ministre  de  Tint^rieur,  rap^ 
\  port  qui  resume  les  pr cedents  et  leur  donne  une  confirmation 
olficielle; 

40  Enfin  dans  les  correspondances  dont  je  pr^sente  les  copies, 
et  dont  les  originaux  sont  aux  dossiers  des  asiles,  des  prefec- 
tures, des  ministleres,  ou  ont  ^\A  communiques  par  M.  Rouy 
lui-mdme  au  second  rapporteur. 

Toutes  ces  pieces  sont  annex^es  au  rapport. 

Sans  doute  la  souime  qu'il  s'agit,  en  Tespece,  pour  le  departe- 
ment,  de  recouvrer  est  en  elle-mSme  peu  importante.  Mais  elle 
eslle  symptdme  d'un  dtat  de  choses  plus  grave:  d'une  part,  la 
dilapidation  des  deniers  cominunaux ;  de  Tautre,  Tabandon  o^ 
sont  laissds  les  int^rSts  de  Taliene  indigent  qui  devient,  d^s  son 
entrde  a  Fasile,  une  simple  cbose,  un  numeroy  qii'on  classe, 
qu'on  garde  ou  qu'on  renvoie^  sans  souci  de  ce  qu*il  a  pu  laisser 
au  dehors  ou  de  ce  qu'il  devient  a  sa  sortie. 

La  loi  ne  doit  pas  cr^er  des  indigents,  des  di^sesp^r^s, 

preparer  des  rechutes  dont  une  bonne  part  de  responsabiiitd 
revient  a  la  negligence  coupable  de  ceux  qui  Tappliquent* 

n  faut  d'abord  tenir  rigoureusement  la  main  a  ce  qu*on 
observe  la  loi  telle  qu'elle  est,  en  attendant  qu'on  la  refasse,  si 
elle  est  mauvaise.  Et  elle  Test,  je  le  proclame  bien  haut. 

La  loi  est  mauvaise  a  cause  surtout  de  son  insu£Qsance,  de 
***  "*"'^ite  illimitee  qu^elle  accorde  aux  m^decins,  a  leur  appr4- 


■  / 

CHAP.   XXII.    -^   SUITES  d'UNE  RjfipARATlON  AMFABLE.      485 

I    ■     ' '         ■ '  ■' .■  •>  .1    .     ,  I        ■  ■  I        »>     ,  I. . 

elation,  si  bien 'qa*on  peat  dans  la  pratique,  comme  vous  venez 
de  ]e  voir  par  Texemple  cit6,  se  dispenser  de  demander  mSme 
les  faibles  garanties  qu*elle  exige  et  se  contenter,  en  tout  et 
pour  tout,  du  certiiicat  du  m^decin,  de  la  parole  du  m^decln  I 
\La  loi  est  mauvaise,  parce  qu^l  se  pourrait  qu'on  encombr^t 
les  asiles  d'incapables  de  toutes  sortes ;  parce  que,  sous  couleur 
dlndigence,  des  families  cupides  se  d^barrassent  des  leurs,  soit 
tatalement,  soit  en  payant  une  part  insignifiante  fie  la  pension. 
Une  e^qu&le  severe,  sor  ce  point  vous  rdv^lera|t.un  ^biffre 
^norme,  injustement  pr^Iev^  sur  les  fonds  consacres  aux  vrais 
n^cessiteux.  '       .      • 

Je  demande  done  des  poursuites  qui  porteront  la  lumi^re  sur. 
\6&  faits  que  ,je  viens  de  signaler. 

....  J'ai  du  me  borner  a  la  question  p^cuniaire^  la  seule  quifut 
de  la  competence  du  conseil  g^n^ral. 

'  La  reconnaissance  de  la  violation  des  prescriptions  de  la  loi 
da  30  juin  lt$38  a  et^  ojKiciellement  faite,  sinon  hautement. 
publico : 

io  Par  la  lettre  du  Ministre  de  I'int^rieur  au  directeur  de  Cha- 
renton,  en  date  du  29  fdvrier  1869 ; 

^  Par  Toctroi  d'une  indemnity  centre  Tengagement  d^abani- 
'donner  des  revendications  dont  on  ne  se  fut  pas  prioccupe,  si 
elles  n'avaient  M  fondles  en  droit  comme  en  equity  ; 

3o£nlin  par  la  r^ponse  du  directeur  de  Tad  ministration  d6- 
pshitementale  et  communale  k  la  lettre  de  remerciments  que 
lui,  g^ressait  M)^*  Houy. 

Le  rapporteur, 
J.Wnier. 

La  troisi^me  commission  a  Fhonneur  de  vous^  proposer  le 
projet  de  resolution  suivant : 

«c  Le  Conseil, 

« Invite  Vadministration  &  prendre  les  mesures  n^cessaires  pour 
faire  rentrer  le  d^partement  dans  ses  debours  pour  I'entretien 
de  M^^'  Hersilie  Rouy,  peQdant  quatorze  ans,  dans  les.  asiles 


\ 


486  M^MOIRES  d'UNE  ALIl^^E.    . 

\ I 

■ Hi  I  I      II     I    I  III         *il    ■       I  I    I     I    I     ^  I Ill    ■  -I  ■II  I  ■■  i  M      I    ■— ^IM^^I     I  ■ 

1 

d'ali^n^  de  la  Seine  et  dans  les  asiles  de  province  oi)l  elle  a  £td 
successivement  transf^6e»  » 

Cette  resolution  ftit  voi^e  et  raffaire.sotiinise  au  co*- 
niife  consultalif,  d'oilt  elle  sortira  quand  il  plairar  & 
Dieu. 

Le  (n)nseil  gdn^ral  avait  assui^ment  le  drmt  de  8^oo»- 
cuper'de  cette  grave  question,  mais  non  de  s'emparer 
de  'mes  cr^ances  ;  c'est  en  rnoli  nom  qu'il  devait  pour- 
suivre^  et  sur  ma  demande  d'un  compte  de  tutelle,  sauf  k 
ce  que  je  le  remboursasse  plus  tard  f ur  les  dommages- 
inter6ts  obtenus.  II  y  ali  un  ^cbappatoire  dont  s'aper- 
cevra  sans  doute  le  comity  consultatif,  car  il  y  a  dans  le 
conseil  une  majority  hostile  i  toutes  les  revendicatioDS 
des  ali^n^s,  et  trouvant  que  tout  est  pour  le  mieux  sous 
la  meilleure  des  lois....  au  dire  du  moins  de  ceux  qui 
en  vivent. 

Quant  &  moi,  je  di^  que  cette  loisi  imparfaite,si  dan- 
gereuse,  est  de  plus  sans  aucune  sanction  p^nale  et 
qu'on  pent  la  violer  impun6ment. 

Un  article  public  dans  TZ/nivfirs,  sur  ma  sequestra- 
tion, le  22  ao6t  1869-,  par  M.  Philippe  Sefret,  le  d^- 
montrait  d'une  fagon  si  nette,  que  je  crois  devoir  en 
citer  une  partie : 

Disons  tout  de  suite  que  Tenqu^te  ne  saurait  abontir. 

Elle  pourra  d^couvrir  le  coupable ;  elle  ne .  d^couvrira  pas  dans 
la  loi  de  1838,  ni  airieurs,  une  disposition  p^nale  cpii  poisse  lui 
Stre  appliqu^e. 

II  existe  bien,  il  est  yrai,  dans  le.code  p^nal,  nn  arti-« 


I 


A        « 
1 


V. 


CHp.   XXn.'  —  SUITES  D*UNE  REPARATION  AMIABLE.     487 


cle  3ifl  qui  prononce  la  peine  des  travaux  forces  k  temp«  pour  le 
fait  do  la  sequestration  arbitraire  d*une  personne*  Mais  cet 
article  ne  s'adapte  pas  le  moins  du  monde  a  la  sequestration 
dans  un  asite  d'ali^n^s,  si  <^iminels  qu*en  aient  pu  dtre  les  mo- 
biles, si  ^vidente  que  soit  la  fraude.  Le  crime  j^uni.  et  d^fini  par 
particle  341  est  exclusivement  le  crime  de  tm«e  en  charte 
privee  d*une  personne.  Pour  que  ce  genre  d'attentat  existe  l^ga- 
lement,  il  est  de  rigue\ir  que  Tindividu  s^questr^'  soit  detenu 
daxis  un  domicile  priv^,  sous  la  garde  du  s^questrateur  lui-m6me, 
ou  de  gens  a  lui,  ses  affides  ou  ses  complices.  II  faut  que  la  vic<* 
time  se  trouve,  en  un  mot,  sans  comtnunications  possibles  avec 
les  personnes  du  dehors  auxquelles  elle   pourrait  deman(ier 
main-ibrte.  On  ne  retrouve  pas  ces  conditions  de  criminality 
l^l^ale  dans  le  fait  de  la  r^dusion  d*un  indivldu  dans  nne  mai- 
•son  de  fous,  pour  odieuses  qu*en  soieot  les^  circonstances.  Sup- 
posbns  qu'on  ait  la  preuve  ^clatante  que  le  pr^tebdu  ali^n^ 
^tait  parfaitement  et  notoirement  sain  d'esprit ;  supposons  qn'il 
,  soit  indubitablement  d^montrd  que  la  pr^tendue  alienation  a 
servi.de  pr^texte  aux  passions  les  plus  noires,  a  la  combina^on^ 
la  plus  perverse ;  Tarticle  341  du  code  p^nal  ne  demeurera  pas 
moins  inapplicable. 

On  n*argumente  pas  par  analpgie  en  matidre  de  dispositions' 
p^nales;  pour  qu*un  fait  soit  punis&able,  il  faut'qu'il  rentre  avec 
identity  dans  un  type  de  deiit  pr^vu  et  d^fmi  par  un  article  de 
loi. 

« 

M.  Auguste  Vacquerie^  dans  le  Rappel  du  2  mars 
1880,  met  en  lumi^re  d'une  fa^on  saisissante  la  valeur 
et  les  contradictions  des  diff^rents  certificats  qui  ta'ont 
6\&  deiivr^s.  Cette  pi^ce  devait  flgurer  dans  les  annexes 
imprim^es  du  rapport  de  M.  Manier ;  elle  en  fut  6cart^e 
sur  les  instances  des  docteurs  faisant  partie  de  la  troi- 
si^me  commission,  qui  ne  pouyaient  se  r^Soudre  k  laisser 
ainsi  HageUer  leurs  confreres.  L^  comme  ailleurs,  il  ne 


*  IP^*  — » 


488  MEMOIRES  D'UNE  ALUfeN^E. 

^  ■  .PI    Mr        I   MI».^WW  II  ■        ■!!     —   I     ■    —  11   I      1^1     I   ■      .^B      I  ■■■         I  .1        ■■■—■■—■■         ■■^■-—  ^-  ■    ■    ■^■M  I  ■■!     ■■■  ■■  — 

/ 

s'agissait  pas  de  savoir  si  ce  qu'on  disait  ^tait  fond^, 
h  mais  si  cela  pouvait  contrarier  Tillustre  compagnie. 

^r  J'ai  achel6  assez  cher  Ife  droit  de  ne  pas  us^r  de  sem- 

blables  menag^ments;  par  malbdur,  les  dimensions 
de  cet  ouvrage  ne  me  p^rmettent  pas  de  reproduire, 
comme  je.  le  d^sir'erais,  le  remagrquable  et  spirituel 
r^sum6  de  M.  Auguste  Vacquerie  que  j'ai  joint  k  mon 
dossier. 

La  famille  Rouy,  se  voyantsurle  point  d'etre  attaquee 
au  nom  duconseil  g6n6ral,  devait  naturellement  cher- 
cher  k  se  d6fendre.  M«  Jean  Rouy  alia  trouver  M.  Ma- 
nier  et  d6blatera  longuement  centre  moi,  sans  apporter 
aucun  .^l^ment  nouveau  d'information. 

Peu  apr^s,  M.  Manier  nous  adressa  une  Note  im* 
prim^e,  sign^e  de  M.  Jean  Rouy,  en  r^ponse  au  rapport 
pr^sent^  au  conseil  g^n^ral,  et  destin^e  k  ^tre  distribuee 
k  tons  ses  membres. 

Je  fus  indign^e  en  lisant  ce  nouveau  tissu  d'erreurs 
et  de  calomnies,  et,  toute  malade  que  je  fusse,  je  pr6pa- 
rai  au  courant  de  la  plume  une  refutation  complete  de 
cette  note,  que  son  autcur  n'a  pas  osS  jusqu'&  present 
faire  distribuer.  L'exemplaire  que  j'en  ai  regu  est  le 
seul  dont  aient  eu  connaissance  mes  d^fenseurs,  aux- 
quels  jen'ai  pas  manqu6  de  le  communiquer  (1). 
En  voici  la  dernifere  pbrase  : 

(1)  Cette  note  a  4te  distribute  a  tous  les  membres  du  conseil 
general,  apres  la  mort  de  M"«  Hersilie  Rouy. 

(Note  de  Vediteur.) 


,      ^    * ,         :         '  •  ■-         •'  /     .         ^'      ' 


CHAP.   XXII.   —  SUITES  D'UNE  REPARATION  AMIABLE.     489 


Catte  note  renferme  ce  que  le  fils  aVait  a  r^pondre  sommaire- 
ment  aux  imputations  diffamatoires  qui  ont  pu  se  produire 
d'aprds  les  divagations  d'une  ali^n^e,  aux^dires  de  laquelle  de^ 
p'ersonnes  oflicieus^s  avaient  donn^  cr^ance,  sans  se  rapjveler 
r^tal  mental  de  M^^»  Hersilie  et  aang  rien  autre  approfondir. 


M.  Jean  Rouy  avail  enoorfe  une  autre  preoccupation. 
Mon  mobilier  avait  6t6  vendu  911  fr. ;  j'avais  re9u  d6 
I'etat  12,000-  fr.  pour  prix  de  ce  m^me  mobilier,  en 
partie  compose  de  celui  de  mon  p^re^  et  Claude- 
Daniel  Rouy,  fils  legitime,  n' a  jamais  reguun  centime 
de  ces  i2,9ii  fr.,  disait  la  Note. 

Ceci  6tait  faux :  mon  pfere  avait  tout  vendu,  sauf  ce 
qu'il  avait  emport^  k  Sainte-P6rine  et  qui  6tait  revenu 
aprfes  son  d6ces  k  mon  frfere,  Mais  peu  importe. 

Mon  neveu  Jean  esp^rait  combler  cette  lacune ;  j'ai 
su  pertinemment  qu'il  s'^tait  adress6  k  un  ayou6  d'Or- 
16ans  pour  me  faire  inter  dire.  Qui  pent  pr6voir 
Tavenir?  Pour  n'^tre  pas  morte  dix  fois  depuis  que  j'ai 
6te  enfeirm^e,  il  faut  que  j'aie  Tame  chevill6e  dans  le 
corps.  Je  puis,  contre  toutes  probabilit6s,  durer  encore 
quelques  ann^es,  gagner  beaucoup  d'argent  avec  mes 
MemoireSy  mes  Asiles^  les  publications  que  je  prepare. 
Tout  en  me  disant  prodigue,  on  me  salt  6conome ;  une 
bonne  interdiction  m'emp^cherait  de  tester,  et  si  ma 
succession  en  vaut  la  peine,  on  m'accepterait  conxme 
legitime  pour  h^riter  de  moi ! 

Mais  ce  beau  r^ve  s'est  6vanoui :  aucun  avou6  d'Or- 
16ans  n'aurait  pr^t^  son  concours  k  une  semblable  ma- 


•j 


'^O 


MEHOlAtS  D^UNE  ALIENEE. 


1 

noeuvre,  qui  I'eAt  couvert  de  ridicule  etde  honte,  et  la 
mort  ne  tardera  pas  sans  doute  k  me  donner  un  repos 
que  je  n'ai  pu  trouver  nulle  part.   .   ^ 


Note  de  r£diteur. 

Les  M^moires  de  Af  "*  Rouy  .finissent  la.  Sa 
sante  et  ses  forces  diclinaient  visiblement  chaque 
jour.  Irritde  par  ces  diffamations  perseverantes, 
elle  voulait,  pour  en  finir,  attaquer  en  dom^ 

m 

mages-intertts  les  successions  Rouy  et  Pelletan, 
et  s'occupait  a  grouper  les  documents  neces-- 
saires,  Elle  succoinba  presque  subitement  a  une 
congestion  pulmonaire,  le  27  septembr^^  i88i. 
Elle  fut  declaree  pile  legitime  dans  son  a^te  de 
decks,  a  la  mairie  comme  a  Veglise,  et  M.  Lau*- 
rency-Rouy  fit  faire  et  distribuer  le  billet  de 
faire  part  que  nous  reproduisons  : 


CHAP.   XXII.   —  SUITES  D'UNE  REPARATION  AMIABLE.      491 


■»i  ■■ ». 


M 


Monsieur  et  Madame  LAURENCY-ROUY,  Monsieur  et 
Madame  W.  MOLL  et  leurs  enfants,  Monsieur  et  Madame 
GODFKOI-PASTOK  et  leurs  enfants,  Monsieur  et  Ma- 
dame Philippe  MAYER  et  leurs  enfants,  Madame  veuve 
PRUD'HOMME,  Monsieur  et  Madame  Victor  SIX,  Mon- 
sieur et  Madame  Prosper  ROUY,  Madame  veuve  ROUY- 
NININ  et  ses  enfants,  Monsieur  et  Madame  JOVIGNOT 
et  leurs  enfants,  Monsieur  et  Madame  JUBERT  et  leurs 
enfents,  Madame  veuve  GUETTE-ROUY  et  sa  fille,  Mon- 
sieur et  MadSime  Gustave  ROUY  et  leurs-  enfants, 

Ont  rhonneur  de  tous  faire  part  de  la  perte  douloureuse 
qulls  Tiennent  de  faire  en  la  personne  de 

Mademoiselle  Hersilie  ROUY, 

leur  cousine  et  arri^re-cousine,  dec^d^e  a  Orleans,  le 
27  septembre  1881,  en  son  domicile,  munie  des  sacre- 
ments  de  r£glise. 

Priez  Dieu  pour  elle  1 


•        A. 


i^  M^MOIRES  'B'UNE  ALTEN^. 


PIECES  JUSTIFIGATIVES. 


Aete  de  oalssance  d'Henrlctte  Chevalier. 

Extrait  des  registres  des  baptemes  de  la  Reptiblique  de 
Geneve,  administres  dans  le  temple  de  la  Madeleine* 

Le  six  mars  mil  sept  cent  quatre-vingt-deux,  est  nde  Jeanne- 
Henriette,  filie  de  Louis  Chevalier,  natif,  et  de  Suzanne  Fleau, 
mari^s,  etc. 

Copie  legalisee,  le  9  decemhre  iS68,  par  le  consul  general 
de  France. 

M.  Chevalier. 


Acte  de  dec^s  d*HenrIe(te  Chevalier. 

Extrait  du  registre  des  actes  de  dices  du  5^  arrondissement 

de  Paris, 

«  • 

L'an  mil  huit  cept  trente,  le  six  octobre,  trots  heures,  acta  d^ 
d6c^s  de  Henriette  Chevalier,  d^c^d^e  le  dit  jour,  deux  heures 
du  matin,  rue  Fran(^aise,  n^  8,  agde  de  quarante-huit  ans,  n^e  a 
Geneve  (Suisse),  epouse  de  Charles  Rouy,  Ag6  de  soixante  ans^ 
math^maticien. 

^n  marge : 


•I 


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\ 

I 


PifeCES  JUSTIFICAT^VES.  493 


Par  jugement  da  tribunal  civil  de  la  Seine,  en  date  du  29  oc- 
tobre  1845,  il  a  dt4  ordonn^  que  Tacte  ci-contre  serait  rectifi^, 
en  ce^ne  la  d^c^dee  y  est  dite,  a  tort,  spouse  de  Cliarles  Rouy. 


Acte  de  nalssoiiice  d'Hersllie  IIobt* 

■  r 

Esttralto  dai  t*egi8tri  dello  stato  civile  delle  nascite  per  la 
cind  di  Milano  delV  anno  1814,  lib,  iiii,  fog.  307,  n"  SllSy 
dipartimento  d'Olona,  distretta,  cantone  e  comune  di  Milano^ 
il  quindici  aprile  mjlfe  oUocento  quattordici. 

Si  S  presentato  a  noi  ufficiali  dello  stato  civile  Carlo  Rouy 

d^anni  quaranta  qiiatfro,  astronomo,  ahitante  contrada  Bas* 

t&a)%o  Porone  ti«  1729,  portando  seco  un  infante  di  sesso  femi- 

nile  nato  jeri  alle  diie  e  mezza  pomeridiane  in  delta  caea  a 

cui  furono  itnposti  li  nomi  di  Camilla-Giuseppina'^rsilidi, 

^11  suddetlo  notificante  ha  pure  dichiarato  e8$ere  di  lui  figlia 
la"  neonasa  e  di  Maria- Enrichetta  Chevallier,  ahitante  come 
bdpra.  II  presente  otto  e  stato  steso  e  letto  in  presenza  di  Carlo 
Gotti  d*anni  ventotlo,  e  Guiseppe  Pizzamiglio  d'anni  quor-^ 
ranV  otto  impieg'ato  in  Milano ^  e  che  si  sono  con  noi  sottO' 
scntti,  Sotz.'Carlo  Rouy^  Carlo  GotU,  Giuseppe  Pizzamiglic* 
firmatj  T.  Giulini, 

MilanOf  li  13  octobre  1815. 

Per  Vufficiale  dello  stato  civile. 

C.  Giulini,  CLERiCHETn,  seg*  coj^, 

Li  13  ottobre  1815, 

II  Cesareo  reg^  Prefetto  del  departemento  d'Olona  cerlifica 
vera  la  firma  sopra  essere  del  sig^  conte  Giulini,  podesta  de 
Milano, 

Pel  Prefetto  impedito, 

II  segret^  gen\ 
NoGU^LLS,  ClGOGNARA. 


28 


/ 


494  MEMOiRES  d'une  a.ue&i£e. 


Acte  de  nalssanee  d'HeralUe  Kany. 

(Traduction  officielLe.) 

Extrait  des  registres  de  naissance  de  Vetat  civil  de  la  ville  de 
Milan,  de  Vannee  i814,  livre  IV,  folio  307,  n«  2ii8^ 
departement  d'Olona^  district,  canton  et  commune  de 
Milan,  le  quinze  avril  mil  huit  cent  quatone, 

S'est  pr^ent^  a  nous,  officier  de  T^tat  civil,  Charles  Bouy, 
astronome,  &ge  de  quarante-quatre  ans,  habitant  contrada  Bas- 
sano  Porone,  u9  1729,  portant  avec  lui  un  enfuntdu  seie.fSminin 
n^  hier,  a  deux  heures  et  demie  apres  midi,  dans  ladite  maison, 
auquel  furent  donnas  les  noms  de  Cai^ille-J^sephine-Her^ 
silie,  Le  susdit  notifiant  noas  a  aussi  declare  Stfe  de  lui  la  fiUe 
nouvellement  n^e  et  de  Marie  ChevaHer,  habitant  comme 
dessus. 

Le  present  acte  a  6td  fait  et  la  en  presence  de  Charles  Gotli, 
dge  de  vingt-huit  ans,  et  de  Joseph  PizzamigliOy  kg^  de  qua- 
rante-huit  ans,  employe,  habitant  a  Milan,  et  qui  ont  s^n^  avec 
nous. 

Signe:  Charles  BouY,  Charles  GoTTi,  Joseph  PizzajuGuo  et 

G.  GlDUMI.  ^ 

Milan,  le  13  octobre  1815. 

Par  Tofiicier  de  Tetat-ciTil. 
(L.  S.)  Signe:  C  GiuUHi,  podestat, 

CLERiCHETn,  secritaire-adjoioL, 

Le  13  octobre  1815,  le  prefet  da  departement  d'Olona  certifie 
que  la  signature  ci-dessus  est  celle  de  M.  le  comte  Giulini,  po- 
destat  de  Milan. 

Poor  le  prefet  absent, 

Le  secretaire  general^ 
(L.  S.)  Signe:  KoGU^LL^  ClGOGNARA. 

Milan,  1«  juin  1833. 
L  authenticity  de  la  signature  d*autre  part  de  M.  Cicognara, 


PifiCES  JUSTIFICA.TIVES. 


^495 


secretaire  g^nSral  de  la  prefecture  departementale  d'Olona,  est 
certiOee. 

Le  chambellan,  conseiller  intime  de  S.  M.  I.  et  R.,  gouver- 
near  de  la  Looibardie. 

'  (L.-S,)  Sifif>i^;  Hartt. 

G'  Glerici. 

Suivent  en  fran^aisles  legalisations : 
l^Bu  consul- de  France  a  Milan; 
'  2»  Du  ministere  des  affaires  etrangeres  de  France  * 

Je  soussigne,  traducteur  interprdte  jure,  certifie  que  la  tra- 
duction qui  precede  est  veritable  et  conforme  a  Toriginal  ecrit 
en  langue  italienne,  et  que.  j  ai  signe  et  paraphe  ne  varietur  ; 
que  pleine  et  entiere  foi  doit  etre  ajoatee  a  ladite  traduction, 
tant  en  justice  que  hors. 
Paris,  ce  11  oclobre  18S3. 

George  French. 

Vtt  par  le  maire  du  S^arrondissement  de  Paris,  pour  legalisa- 
tion de  lar  signature  ci-dessus  de  M.  George  French,  traducteur 
interprets  jure. 

Paris,  ce  11  octobre  1833. 

BOULOY, 

Adjoint, 

II  est  &  remarquer  quecette  traduction,  faiteeni833, 
d'aprfes  Facte  italien  donne  plus  haul,  dix-huit  ans 
s^pr^s  Tautographe  de  Charles.  Rouy  conserve  dans  les 
papierjs  de  M"°  Hersilie,  reproduit  la  singulifere  erxeur 
commide  par  celui-ci.  Le  nom  d'Henriette  est  sup- 
prime  :  Hersilie  devient  fille  de  Marie  Chevalier,  soeur 
de  sa  mfere,  habitant  Geneve  et  mariee  k  un  sieur 
JBoiteux.  De  plus,  Henriette  Chevalier  ne  s'appelait  pas 
Marie,  mais  Jeanne-Henriette,  ainsi  qu'il  appert  de 


* 


496    .  MEHoiRES  d'une  alii&n£e. 


son  acte  de  naissance^,  donn^  page  492/  II  est  difficile 
de  croire  que  ce  changement  de  prenom  de  la  mfere 
de  M"«  Rouy  ne  soil  pas  uu  fait  prem6dit6. 

L'acte  italien,  d61ivr6  en  4815  k  M.  Rouy,  a  6te  r^ex- 
pedi^  par  lui  de  France  en  Italie  pour  6tre  rev^tu  de 
J^alisations  compl^ipentaires.  La  Siignature  du  secre- 
taire g^h^ral  Noguelle,  qui  avait  l^alise  en  1815  ceile 
du  pr6fet  d*01ona,  e$t  biffee  et  remplac^e  par  celle  de 
Cigognara.  Pourquoi  ? 


Aete  de  bapt^me  d'Hersllie  Bony* 

Paroisse  Saint-Thomas  de  Milan,  h  S3  mars  i867.  Noma  des 
personnes  nees  et  baptisdes  dans  cette  paroisse^  depuis  le 
S  janviar  1814  jusqu*au  28  decemhre  1834. 

On  lit  ce  qai  suit  a  la  page  11 : 

Mil  huit  cent  quatorze,  le  14  avril. 

Camille-Jos^phine-Hersilie,  fiile  de  Charles  Houy  et  de  dame 
Marie-Henriette  Chevalier,  ^poux  legitimes,  habitant  cette  dite 
paroisse,  n^  1729,  n^e  le  14  da  xnois  courant,  &  deux  heures  et 
demie  du  soir. 

Elle  a  ^t^  baptis^e  par  moi,  soussignd,  dans  cette  paroisse  ;  le 
compare  a  4t^  le  sieur  Joseph  Petragchi,  ills  de  feu  Pierre^  de 
cette  paroisse.       . 

En  foi  de  quoi,  sign^:  Francois  Gervasoni,  - 

Chanoine-cure. 

En  foi  de  Texpos^  ci-dessus  de  la  paroisse  Saint-Thomas  de 
Milan,  le  23  mars  1867. 

Le  cur^  archiprStre, 
Signe:  C^sar  Berthoglio. 


.u  1.  .      •         -      J 


\ 


/  '        -  I 


PifiCES  JUStlFICATIVES.  407 


P.-S.  Le  n'^  1729  da  domicile  se  trouve  dans  la  rae  Bassano 
P6rone.  ' 

Vu  et  e^registr^  in  sia  curia  archiepiscopali  Mediolani  die 
20  mm.  1867. 

Sigrn^ ;  C.  Philippus.CiuiciiNO, 
Cameraiia  ord.  Vicarius. 

Va'aa  consulat  general  de  France,  k  Milan,  pour  legalisation 
^   de  )a  signature  de  Charles-Philippe  Carcano,  vicaire  g^n^ral  de 
rarcheySche  de  Milan,  le  27  mars  1867'. 

>   .  PoiUr  le  consul  g^n^ral  de  France  : 

~    .  Le  chancelier^ 

SignS :  Louis  Dugessois.  (922,  article  63.) 

Copid  0ttraduit  sur  Toriginal  arrivant  de  Milan,  le  15  avril 
1867, 

,  Signe:  Comte  de  PiBRAC. 

Vu  par  nous,  maire  d'Orl^ans,  poiir  legalisation  de  la  signa- 
ture de  M,.*  le  comte  de  Pibrac,  ^pos^e  ci-dessus. 
Orleans,  le  21  octobre  1867. 

Signe :  A.  de  Li&viN. 


CONSERVATOIRE  IMPERIAL  DE  MUSIQUE  ET  DE  B^CLAMATION. 

le  certifie  que   M"'  Hersilie  Rouy,  n^e  a  Milan,  a  ete  re^ue  , 
eUve  titulaire.au  Conservatoire  de  musique,  dans  la  classe  de 
soirege  de  M"*  Leroux,  le  14  avril  1824. 

EUe  quitta  recole  au  commencement  de  1825,  pour  cause  de 
sante. 

Le  directeur  du  Conservatoire, 
>  •  '  Signe:  Auber. 

Ce  31  mat  1870. 


28. 


'    -1 

I 


498  MEMOIHBS  d'u:(E  ALlENtfi. 


r 


Aet«0  eoneernaDi  T^l^ma^ae  Roay* 

^cfe  de  naUaance  de  Jean^Charles-TSlemaque  Rowj,  tie  A 
Milan  leil  tteptembre,  i8d5,  fils  jde  Charles  Rouy  et  de 
Henrietfe  CnevALTER. 

Acte  de  haptemey  paroisf^e  Saint- Thomas,  a  ^filan^de  Jean- 
Charles  Tetemaquef  fils  de  Charles  J^ouy  et  de  Henrielte 
Chevalier,  ^poux  legitimes,  j3an*ain  Benco  Petroman,  fils  de 
feu  Pierre.  *  ' 

Acie  dfi  dices  de  Charles  Rouy,  journalier,  age  de  dix-huit 
ans,  fits  de  Charles  Eouy  et  de  Marie  Chevalier,  ne  a  Paris, 
mart  des  suites  d^une  blessure  a  VBdtel^iHeu  de  Marseille^ 
le  2i  octobre  i833. 

Ainsi  T616maque,  d^clar^  fils  d'Hennette  Chevali« 
4  I'eglise  corame  i  la  mairiey  se  trouve  k  son  d^cfes  fils 
de  Marie.  Le  parrain,  toujoure  sods  marraine,  Petrctc- 
chi  pour  Hersilie,  Petroman  pour  T^l^maque,  c'est 
toujours  Pierre,  fils  de  feu  Pierre,  sans  aulre.indica- 
tion.  fit  pourtant,  M.  et  M™e  Rouy  6taient  gilprs  des 
mieux  pos6s  dans  la  society  de  Milan,  honores  de  la 
protection  parliculi^re  du  vice-roi  d'ltalie,  et  bien  k 
lii^me,  s'ils  i*eussent  voulu,  de  trouver  des  parrains  et 
.marraines  sortables  pour  leurs  enfants. 


Acte  de  nalssance  de  Doroth6e  Roay. 

EoQtrait  des  actes  de  bapteme  de  la  paroisse  calhoUque  de 
Saint-Louis  de  Moscou,..,  Avons  baptise  Dorot^iee-Zeanne- 
Marie,  nee  le  8  (22)  juillet,  du  legitime  manage  de  Charles 
^ouyt  professeur  d'astrpnomlef  etc.,et  de  Henriette  Chevfi- 


WfiCES  JUSTIFICATIVES.  409 

mmi    j0tm  m     *  ■'!■■■  ■■>;  ■■■■»■■■  ■  I  ■■     ■!    ■  ■■ i     ip     i  i 

/ 

9 

lier,  Parrain :  M.  J. 'A  .-C.  de  Heym,  conheiHerd'Etati  recteur 
deVAcaddmie  deMo8Cou^eic\t\jc.  Marraine:Sani!aeellence 
JV"*  la  gSnemle  Borothee  de,  Lapoukin, 

*     * 
M.  et  M*"®  Rouy  arriveht  k  peine  h  Moscou,  et  leur 

fiUe  Doroth^e  y  trouve  parrain  et  marraine  dans  une 

haute  posiiion  sociale. 


Kxtmlt  d*iiii  {ogement  du  tribunal  de  la  Seine 
dn  f6  septembre  1846. 

....  Le  sieur  Charles  Rouy,  proprUtaire,  rue  de  ChalUot, 
n*  99,  et  la  demoiselle  Dorothec-Jeanne-Marie  Rouy,  profes- 
seur  de  piano,  faubourg  Saint-Denis,  n®  407,  soussign^s,  ex- 
posent 

Le  tribunal  ordonne...  !<>  que  I'aqte  de  bapt^me  de  la  demoi- 
s;elle  Dor oMe- Jeanne -Marie  Houy  sera  rectifie  en  ce  quMl  y  est 
N  dit  par  erreur  que  Tenfant  dont  il  s'agit  est  n^e  du  legitime 
manage  de  Charles  Rouy  et  de  Henriette  Chevalier,  aucun  ma- 
riage  n'ayant  existe  entre  ledit  Charles  Rouy  et  ladite  dame 
Chevalier;  2»  que  Tacte  de  HenrieWe  Chevalier  sera  aussi  rec- 
tifie, etc. 

Cejugement,  ainsi  r^dig^,  laiseesupposerque  Charles 
Rouy  est  c^libataire,  conserve  ]e  nom  de  Rouy  k  Dord- 
th^e-f  Jeanne* Marie,  qui  se  trouve  alors'fiUe  naturelle 
reconnue,  et  ne  fait  pas  mention  d*Hersilie.  G'est  pour- 
tant  sur  oe  jugement,  qui  ne  la  conceme  pas,  puisqu'oUe 
n'y  est  pas  intervenue  et  qu'aucune  pi^ce  n'appuie/ 
qu'on  s'est  £ond^  k  la  Prefecture  de  police  et  aux  minis* 
t^res  pour  dire  qa'un  acte  lui  interdit  le  nom  de  Rouy. 


1 

\ 


500  9i£moires  d'une  ali£n6e. 


Dresse  }e  6  mars  1849^  devani  M«  A  .-N.  Mayre,  notcare  d 

Parist, 

MM.  Chaudron  et  Roy  d^clarent  qa'il  n*a  pas  ^t£  £ut  d'is-- 
yeutaire  aprds  la  mort  de  M.  Charles  Rouy,  et  qa*U  a  laiss^ 
pour  seul  et  unique  heritier  M.  Qaade-Daoiel  Rooy,  capitaiue 
enretraite,  etc. 


Acte  d«  Tcaie. 

Acie  de  vente,  en  mars  1858,  d*iin  imiwnMn  sis  a  Gharoinie, 


3U  rtie  de  Fontarabie,  par  H.  Qaude-Daiuel  Rouy,  seul  herUi^ 
de  Charles  Rouy,  ainsi  que  le  oonstate  im  acte  de  notoriety  da 
l>  nms  1^19,  etc 


ACTES  SOUS  SEIXG  PRIVE. 

XoQS  croyoQS  de\oir  donner  id  la  teneur  des  cznq 
actes  sous  sein^  pri^e  appori^  par  M^  Rouy  4  Cha- 
rMitoD,  ei  qu^elle  en  a  &it  sortir^  ainsi  qu^ellele 
chap.  III.  Elte  a  aduesse  copie  de  ces  ades  an 
d'Orieans^  et  comme  ils  ea  e&t  dsspam,  ainsi 
acie  de  bapteme,  eile  ies  a  cenircTK  an  Minisbe 
riateritrur  et  a  la  prefecture  de  po&e,  dedaiaHt  qn' 
avail  en  en  Buin  k:s  or  ^ln^:ix  et  qn'elle  etaft 
d^en  donner  connaissanese  anx  aoLvites,  sats  prcmlre 


V 


PIECES  JU8TIFICATIVES.  501 


i<>  Acto  dtaientani  la  iBalssanee  d'Herstlle* 

JTe  declare  que  la  iille  enregistr^e  ce  jourd'bui,  14  avril  1814, 
sous  les  noms  de  Joaephine-Camille^HerHlie,  comme  ^tant  ma 
fijle  legitime,  n'est  pas  ma  fille  /  qu'elle  appartient  au  comte 
J.  P.  Petrucci,  aajtremenl  dit  PetitrPierre,  fils  d$  Pierre,  en  vers 
leqael  j*ai  contraict^  de  grandes  obligations,  de  graves  engage- 
ments, et  qui  m'a  demand^  de  faire  enregistrer'cette  enfant 
sous  mon  nom,  poor  loi  donner  nn  6tat  civil  et  la  cacher. 

Fait  a  Milan,  contrada  Basskno  Porone,  le  i4  awil  1814, 
huit  heurei  du  soir. 

,         .  Charles  ROUY. 

t«  Re^  de  la  petlUi  Heralllek 

Je  declare  avoir  re(u  ce  jourd'hui,  22  septembre  1815,  du 
comte  Joseph-Pierre  Petrucci,  une  petite  iiUe  devant  porter  les 
noms  de  Tenfant  que  j*ai'  fait  enregistrer  comme  mienne  le 
14  avril  4814^ 

Je  m*engage  a  la  remettre  entre  les  mains  du  comte  J. -P. 
Petrooci,  autrement  dit  Petit-Pierre,  fils  de  Pierre,  a  sa  de- 
mande  ou  i  celle  de  toute  personne  qui  se  pr^sentera  munie 
de  ce  papier  et  de  la  moiti^  d'un  assignat  de  cinq  livres  dont 
Tautre  moiti4  est  jointe  aux  actes  reconnaissant  Tenfant. 

Fait  a  Milan  le  22  septembre  1815,  contrada  Basaano  Porone, 
neuf  heures  du  soir. 

Charles  HouY. 

r 

S«  Aete  declarant  la  mort  d'HerslIle* 

Nous,  soossign^s,  d^clarons  que  la  petite  H^rsilie,  dite 
VKtoile-d'Or,  apr^s  une  lon^ue  et  douloureuse  maladie  qui  Ta 
4enue  trois  mois  au  lit,  est  morte  ce  soir,  22  mai,  au  chdteau  de 
Stoupine,  pr^s  Moscon;  qu'apr^s  Tavoir  gard^e  sur  son  lit  de 
mort  quatre  joars  et  quatre  nuits ;  qu'apres  avoir  essay^  de  tous 


\ 

I  ■ 


502  '     .MEMOIHES  0*UNE  ALI^NlilE. 


-_ f. 


les  moyens  qui  ^taient  en  notre  pouvoir  pour  la  rappeler  a  la 
vie,  nous  etant  assures  qu*'eUe  n'existait  plus,   nbus   I'avons 
remise  entre  les  mains  de  Pierre,  fils  de  Pierre,  qui  nous  Tavait 
confide  et  qui  Ta  emportde  en  son  lieu.  ^ 
Stoupine,  22  mai  IB.... 

Gh.  Ro(JY,  Hemriette  Chevalier,  Nathaly  Ivan,  dame  de 
BiBiKorr,  Nicolas  Alexandroff,  Joli,  medecin. 

4«  Re^v  d'ane  «nffmt  «leY«M  renplnoer  DevvUie* 

Je  declare  avoir  regu  de  Pierre,  fils  de  Pierre,  Wler  Pe- 
tro witch;  de  Nathaly  Ivan,  dame  de  Bibikoff;  de  Nadejda  Ivan, 
sa  SGBur,  one  petite  fille  devant  prendre  les  noms  et  qualiti§s  de 
la  ddfunte,  sur  la  mort  de  laquelle  nous  nous  engageons  a 
garder  le  plus  prpfond  sildnee. 

Lesmemes  papiers  etla  mdme  moitie  d'assignat  devant  seryir 
de  billet  a  ordre  pour  remettre  Tenfttnt  sosnomm^e  an  portear, 
flans  question  ni  reflexion. 

Fait  aa  cfaftteau  de  Stoupine,  prte  Moscou,  le  26  mai  18.... 

Charles  BoUT. 

So  Aete  des  TuUeries. 

Nous,  soussign^s,  ddclarons  et  constatons  que  la  nomm^ 
Marie  Chevalier,  Suisse  d*origine,  vient  de  mettre  au  monde 
un  enfknt  du  sexe  mascuUn ;  qu^elle  s*engage  a  nous  le  livtier, 
vendre  et  abandonner,  sans  Jamais  chercher  a  sayoir  ce  qu^il  est 
deveuu,  ni  le  nom  qu'il  porte,  ni  le  lieu  ou  11  est  vena  an 
monde;  elle  etant  arriv^e  audit  lieu  de  son  accoucheur. ent  dans 
une  voiture  hermetiquement  fermee,  aux  stores  haiss^,  le  soir, 
la  figure  couverte  d*un  voile  epats;  devant  s'en  alter  de  mSme, 
quitter  Paris  sans  descendre  de  voitore  dt  sortir  de  France  poor 
habiter,  jusqu'a  nouveaux  ordres,  dans  le  lieu  ou  eUe  sera 
conduite  par  nous,  pendant  Fintervalle  de  six  mois  revolus. 

Nous  ddclarons  remettre  i  Marie  Chevalier  la  somme  de 
qu4tre  cent  mille  francs,  dont  re^^u  par  eUe  donn^;  liii  promet- 


/ . 


J>1ECES  JUSTIFICATIVES. 


503 


taiit  de  veilier  sur  elle  et  de  n'e  la  iaisser  manquer  de  hen  taiit 
qu'elle  tiendra  strictement  sa  promesse  et  ses  engagements. 

Nous  deelarons  et  reconnaissons  que,  la  priidence  Texigeant, 
nous  lui  cachons  le  seie  de  son  enfant  et  la  disons  mdre  d'une 
fille  dont  on  lui  donnera  des  nbuvelles  ou  dont  on  lui  cAchera 
Tesistence,  selon  le  besoin. 

Fkit  au  chateau  des  Tuileries,  le  29  septembre  1820w 

RevStn  de  quatre  signatures,  parmi  lesquelles  se  trouve  celle 
du  comte  J. -P.  Pctrucci. 

Ges  actes  ^talent,  en  outre,  rev6tus  de  T^toile  qui 
serVait  souveat  de  signature  k  M"®  Rouy. 


* 


Certlfloat 


Donne  j^ar  le  Reverend  Pere^Pietn,  pretre  ilalien  refugie,  dU  . 
recteur  des  Soxirds-Muets  d' Orleans* 

Le  30  septembre  dernier,  sur  Tinvitation  de  M.  le  Normant, 
je  me  suis  rendu  chez  lui  pour  ayoir  un  entretien  aveo  la  mys- 
t^rieuse  demoiselle  Hersilie,  plac^e  depuis  quelques  ann^es 
dans  la  maison  des  alidn^s  d'Orl^ans. 

L^entretien  fut  presque  de  quatre  heures ;  par  consequent  j'eus 
tout  le  temps  n^cessaire  de  la  questionner  sur  difTerents  points 
touchant  son  ^tat  mental,  et  de  me  convaincre  que  cetti/demoi- 
selle  n'^tait  pas  folie,  attendu  que  son  raisonnement  et  ses  r^- 
.  ponses  ont  ^t^  d'une  clart^  et  d'une  precision  teiles  que  pour  mot 
iln'y  a  pas  de  doute  qu'elle  ne  soiten  possession  de  toutes  ses 
facult^s  mentales.  Cependant  je  dois  faire  remarquer  que  quand 
Tenlretien  avait  quelque  rapport  aux  social 6s  secretes,  elle  se 
taisait  et  tranchait  la  question  en  disant  qu'elle  ne  pouvait  plus 


N  -^  ■»         ;  . 


I 


504  MEMOIRES  D'UNE   ALIIrlN^E. 


pader;  qae  si  elle  parkit,  plusieurs  seraient  compromis  dans 
leur  existence. 

Ne  pouvant  parler  sar  ces  choses,  elle  laisse  aiit  autres  le 
soin  de  ,les  deviner.  C*est  pour  cela  que  je  crois  <iae  cette  de- 
moiselle fait  partie  d*ane>soci^t6  secrete  et  peut-Stre  politique, 
et  gue  des  int^rdts  particuliers  la  font  passer  pour  foUe. 

Voila  mon  opinion.   * 

Signe :  P6r6  Gr^goire  Fieri.    * 

Orl^ns,  24  octobre  1868. 

Endonnant  ce  certifical,  le  Pere  Fieri  avail  demands 
qu'on  le  tint  secret,  aGn  de  ne  pas  se  compromettre 
inutilement ;  mais  11  avali  aussi  recommande  de  le,  faire 
citer  comme  t^mpin  si  M^*«  Rouy  arrivait  ^a  justipe, 
parce  qu'il  pourrait  donner  des  renseignements  utiles 
qui  aideraient  &  d^couvrir  le  fond  de  cette  myst^rieuse 
affaire. 

Le  P§re  Fieri  ^tant  mort  le  5  d^cembre  de  la  m6me 
ann^e,  rien  ne  s'oppose  plus  malheureusement  a  la 
divulgation  de  ce  certificate  dont  I'original  est  au  dossier 
et  la  signature  16galis6e  par  le  maire  d'Orleans. 


Eztraits  de  la  correspondance  de  H"°  Hersilie  Roay. 


.   —  A  M.  le   prspole  responsf^le  de    Vasile 
d'Oi-leans  (1). 


r  la  [foiiit  d'etre  enlev^e  pour  iU 
ertie   par   une   amie    ^nergique   t 


Tine  femme  ^tail  a 

enrermfe;    elle  en   fut    a 

(  Partez,  Tuyez  ;  ne  perdez  pas  tin  instant ;  quittez  la  France. 
le  me  charge  de  vos  affaires;  ne  m'icrivei  pag  ;  les  lettres  soril 
dangereuses.  Voici  de  I'argent,  un  passeport,  des  lettres  pour 
des  amis.  —  Si  on  m'enli,-ve  a  voire  place,  je  denianderai  con- 
fronlatioti,  je  produirai  mes  papiers,  les  »6tres,  et  on  me 
Uchera  avec  force  excuses. 

(  Je  vais  m'installer  cfaez  vous  pour  vous  donner  le  lemps  de 
<dlBparaitre....  b  L'autre  a  disparu. 

Qnand  Vilrangi-re  a  demand^  a  Sire  confrontee  avec  la 
AmiUe  et  les  amis  de  I'absente,  tes  fimctionnairee  publics  o»l 

(1)  W*  Houf  a  dit,  ilea  le  premier  Jnur  da  sa  sSquestratiao,  qu'elle 

jBrnBiB  pn  ohtenlr.  Elle  a  ecrit  aux  rainlstnss,  aui  pr^rets,  A  touts:  1gi 
•nflritdB  qu'elle  6toit  mei^e  a  des  camplicatlooa  polltiqucs;  qu'il  lui 
^sit  ete  enjoinl  de  foire  connallre  certaines  pieces  concBraont  la-du- 

'^liene  de  Berry  et  le  doc  de  Bardeaui ;  c'esi  li-dessus,  ausai  liien  que 
•or  sa  reBsemblance  r^elle  ou  suppose  aveo  lo  duflhesse,  qu'oa  I'eat 
bud  pour  dire  qu'elle  s'en  croyait  Qlla  et  pour  la  d^clgrer  Mle. 
Elle  denumdait  instaminent  k  itre  traduite  on  justice  pour  rSviilcr  cs 

.qu'elle  savait  sur  uue  asEoi:istiQn  pulssante  qui  prdpgruil  un  boule- 
venemenl  univfreel.  Nous  crayons  devuli  duiiner  sur  ces  sujets  quel- 
qiUE  pisa^ea  d«  it  carrespoudan;:e,  auxqucle  les  ^viSnements  qui  onl 

■'va  lieu  dapuls  donnont  une  effrnyBnle  portfie.         [\ote  de  rMitear.) 


506  m£moires  d*une  alu^n^b. 


hausse  lea  epaulesei  Tont  diiefolle;  on  a  cohfisqudsespapierSf 
son  argent,  etc.  Ce  n*est  pas  tout^  Gomrae  on  liii  a  fait  de  foitt 
porter  le  nom  de  I'autre,  elie  s'est  rattrap^e  a  ce  nom.  —  c  An 
moins,  a-t-elle  dit,  ne  faites  pas  de  mot  une  blitarde  I  ■  Bah !  on 
Fa  dite  bdtarde,  puis,  etc.,  etc.,  jusqu'a  ce  que  M.  le  docteur 
Lepage  ait  acquis  la  preuve  de  Ugitimite,  pravve  qui  est  fausse^ 
car  ces  papiers  sont  faux,.,, 
M.  le  docteior  Lepage,  qae  j6  stiis  ddsdl^  d'aif W  poin^  ctf 

j'ai  pour  lui  les  sentiments  \9S  ffhi^  profonds,  s'^tonne me 

dit  que  je  connais  les  affaires  d'Hersilie  Bouy.  —  C*est  bien  en- 
f endu,  puisqtie  je  sim  c^uurg^de  ses  affafartfif,  ciuif  i^r^ttut,  me 
regardent.  \ 


n 


31  Janvier  1863.  —  Pdmsiommat  de  l'asile  d'Orl£ans. 
A  M">»  le  Normant  des  Varannes, 

....  J'ai  dit:  c  jT^tais  chez  M^*  Ftoiiy,  ctiarg^e  ctesesatfaires.6n 
devait  Tenlever;  je  Tai  sauv^e:  on  m'a  enlev^e  a  sa  place,  ei  on 
m'a  forcee  d'etre  elle. 

En  rentrant  a  Charenton  f  avais  tous  ies  acies  et  papiers  relaiifs 
a  M^^«  Houy;  la  superieure  s'en  est  empar^e;  j'avais  mes  papiers 
personnels  ;  ils  sont  sortis  de  Charenton. 

Je  ne  veux  pais  qu'on  souille  un  aifge;  tldrsiifie  dtait  ntt 

ange  1  Je  veux  qu'on  sache  bien  que  ce  n'est  pas  elle  qui  a  d^ 
trainee  dans  les  asiles;  je  veax  qu'on  sache  bien  que  cette 
famille  Bouy  Ta  jet^  &  la  douleur,  lui  a  enlev6  ce  qa'ette  avut 
gagn^  a  la  sueur  de  son  front,  I'a  aTilie,  perdue^  d^sfaonor^i 
reni^e,  entendez-yous  bien,  Madame?  et  q«Mi  je  Fiti  sso?^ 
moi  I  en  me  sacriftant,  et  en  apportaM  k  la  fee^  M  leiH  k 
preuve  des  crimes  de  cette  famille. 

Et  vous  venez  me  dire  que  f  ai  ctuelque  chosd  k  ^XiiefifSM 
si  j'avais  derri^re  moi  la  honte  ou  Tinfamie,  de  quel  front  i^ff^ 
Jerais-je  la  justice  a  moi?  Me  CDnnaissez-vous,  fes  lufiii  oa  Is 


I 


EXTRA.1TS  DE  LA  CO RRESPON DANCE  DE  M""  HOUY.      507 


aatres?  Avez-toua  vu  M">  Bou}?  Ne  poui^s-Je  pas  me  fairs  un 
jeu  de  voire  coilliance,  accepter  ce  nom?  Repondez:  quel 
inl^rSt  ai-Je  fi  vous  ecrire  ce  queje  vous  Scris?  quel  bien  cela 
peu(-il  ine  fairs?  Quoi  done  I  c'est  i  Hersilie  que  vous  nfTrez  tout, 
et  js  refuse  d'£trs  cette  Hersitie  que  loas  aiitiez  ssns  la  con- 

16  bien  I  4coutei  tnoi  encore,  Madame ;  je  clenonce  la  famille 
ItoDj  a  la  jasiice;  je  declare  que  Marie  Chevalier  a  vendu  son 
aa  moment  de  raccouchement  vrai  ou  faux  de  la  duchesse  de 
Berrj,  et  que  j'ai  en  les  pieces  eh  mains. 

Et  T0<^  4aule;i  que  ce  soil  Hersilie  qili  deaonce  son  pere,  que 
de  soit  elle  tfui  dSnonce  ce  frere  iiidigne  qui  I'a  fait  enlever? 
Joli  et  cfiarmant  rdle  que  vous  donneriez  a  jouer  a  un  ange  de 
d£iDument  el  d'amaur  filial  I....  Si  vous  avez  peur  de  voir  unt 
hfirolne,  line  viclime,  ne  revenez  pas;  j'e  ne  suis  pas  femme  a 
reculer  devaiit  ma  parole,  el  comme  je  ne  veui  pas  non  plus 
jouer  TJs-a-vis  d'une  femme  d'esprit  le  role  d'una  pauwe  men- 
diante,  Je  me  fais  un  devoir  de  me  montrer  a  vous  telle  que  je 

ur  ce,  je  m'arr^te,  Madame,  fous  laissant  parfaitement  libre 
me  jugerd'apr^a  c^ette  lettre  qui,  je  le  crais,  est  assez  longue 
«t  assex  explicite. 

Voire  bien  aCfeclueuse  et  tristement  d£vau£e. 


loftt  lB6ti.  -r-  Obseriiaiions  sur  sa  letlre  A  I'lmperatriee  du 
S7  mai   IS63.  (Voir  chap,  k.) 

..  J'ai  souvent  dit :  i  J'ai  I'lt  et  Iti  dea  papiers, antes  slgn^s  de 
^ tre  l^moins;  des  leltres  attestant  que  Marie  Chevalier  est 

I«CCOiioh4e  aui  Tuileries  d'un  enfant  mdle,  au  moment  oi  un 
prince  ro;al  a  M  saint  par  fe  canon  el  ■  ref  n  le  nam  de  Btnri- 
Diettdonite 


508  MEMOIHES   D'UNC  ALIENEE. 


Le  garpon  est  rest^ Une  fille  est  soilie,  a  ^t^  porteeen 

Hussie  et  a  ^t^  remise  entre  les  mains  du. grand  maltre  dela 
police, 

Voila  ce  que  j*ai  vu  et  lu.  J*ai  vu  aussi  la  fille  qui  a  ^i&  con- 
duite  a  Saint-Petesbourg ;  elle  ressemblait  beaucoup  a  la  da- 
chesse  de  Berry,  mais  en  mieux;  elle  avail  la  mSme  pdleur^les 
mdmes  cheveux  blonds.  C'est  a  elle  qu'appartient  la  meche  de 
eheveux  blonds  enferm^e  sous  Venveloppe  ci'joitUey  portantles 
mots:  il  Marie! 

J'avais  port4  le  tout  a  Charenton  (1). 

Je  fais  observer  que  je  ne  fais  que  raconter  ce  que  j'ai  vu  et 
lUj  sans  donner  sur  aucun  point  mon  avis  personnel.  II  est  Evi- 
dent que  Marie (2),  qui  dit  a  Valparaiso  devoir  son  aisancea 
une  fille  de  don  Pedro  /•>r,  a  jou^  un  role  quelcomque,  non  pas 

au  Br^sil,  mais  en  France Je  dis  seulement :  c  Tout  celaest 

une  chose  organisee  pour  produire  une  fille  mysterieuse  sur 
laquelle  se  trouvent  r^unies  des  circonstances  telles  que  rien 
n'en  peut  faire  trouver  le  fil.  « 

Ainsi  done,  on  ajoute  une  fille  de  don  Pedro  a  celle  de  la  du- 

chesse  de  Berry :  on  parle  d' une  jumelle  de  dona  Maria Mais 

les  dates  de  1814  et  1815  ne  concordent  pas  avec  les  dates  de 
ces  deux  naissances  royales .  Comment  se  fait-il  done  que  Tas- 
tronome  Charles  Rouy,  qui  a  reconnu  un  garQon  et  une  fiUe  a 
ces  ^poques,  se  trouve  mSl^  dans  ces  afifaires?  Par  Henriette, 
sa  femme,  sceur  de  Marie  (3).  Ou  est  celui  qui  a  ^t^  rinterm^- 


(1)  L*enveloppe  et  la  m^che  de  cheveux  lul  ont  4t6  rendues  et  elle 
les  a  soigneusement  conserv^es. 

(2)  C*est  cette  Marie  Chevalier  que  Georges  Freuch  donne  pour  mere 
k  Hersilie  dans  sa  traduction  infid^le,  et  qu*on  retrouve  passant  pour  sa 
femme  a  Valparaiso.  —  D*aprds  d^pdche  du  Ministra  des  affaires  ^tran- 
g^res,  elle  existait  en  1868 ;  cette  d^pdche  disait  que  Marie  Gbevalier 
avait  quitt^  Valparaiso  pour  se  rendre  en  Galifornie. 

(3)  Cette  Marie  n*a  jamais  quitt^  Geneve,  y  est  n^e,  s*y  est  mari^  i 
un  M.  Boiteux,  ^euf  et  pere  d*un  file,  y  est  morte  en  1839.  A  quelques 
ann^es  de  1&,  MM.  Boiteux  pi^re  et  fits  se  sont  suicides,  Tun  en  Ali*- 
magne,  Tautre  en  Suisse,  k  t/ois  ans  Tun  de  Tautre. 


diaire,  I'auteur  de  laut  cela,  sur  lequel  cela  a  roa\6  en  Ilalie, 
en  Fraaoe,  en  Suisse,  en  Ru^sie  et  jusqu'en  Amerique?  celui 
qui  a  podi  1  enrint  en  Russie?  eelui  auqitel  I'asLroname  a 
donnfi  MM  j<.(u  dUersiiie  Lommelui  appartenaut? 

Quant  a  rmi,  je  le  rSpele,  je  ii'ai  ficril  la  leltre  ci-jointe  que 
pour  altirer  ralleiiUon  sur  i:e  point  el  sur  ce  qui  est  etrange 
a.uk)ur  de  moi. 


23  septerabre  186H.  -  A  M"'  le  Nm-mant  des  Varannes. 

Ne  voyez-vous  pas  que  les  chases  sont  organisdes  par  un 

maltre  qui  a  su  prdvoir  tout,  qui  a  lellenient  compliqu^  les 
tours  et  les  detours,  que  plus  on  s'avanee  dans  ce  laliyrinthe 
ineilrieable,  plus  on  s'y  perd?  Rappelei-vous  que  je  vous  ai 
pr^venue  que  lous  ces  acles  n'^taient  que  le  prelude,  )e  pro- 
logue.... 


14  oclobre  ItJtiB.  —  A  M"'  / 


Voici  quinie  ans,  chere   Madame,  que  je   fais  cornme   Cas- 

aandre Souvent  je  me  dis  que  j'essaie  une  lulte  impossilile! 

Mais  lliarreur  de  voir  un  immense  S3  se  renouveler,  de  voir 
.  metlre  le  feu  aui  maiiies,  aui  ssiles,  aui  £g1ises ;  de  voir  pen- 

dre  des  prStres,  des    mSdecins,     de   voir des    religieuses 

livrSes  a  lou»  les  outrages me   poussent  toujours  a  crier: 

I  De  grSce,  occupez-voua  de  moil  (aites-moi  du  bieni  justifiei- 
moi,  au  nom  de  votre  propr^salut  t  ■ 

Puisje  retonibe  au^antie,brisSe,'en  vojint  le  mfipris  ri- 
poadre  a  mes  cris,  et  je  reste  p^trifl^e  en  voyant  Visuvre  de 


5j0  ii6Mpii^E3  R'lJJfp  ^MiSn^. 


Pierre  s'^vancer  k  grands  pas  ;  le$  libffS  pen^eurs,  les  gari- 
baJ4ie}:is^  les  ath^es  s'^lev^r^  et  r£gl|se,  sap^  p^  tous  les  bouts 
possibles,  ne  r^sister  que  par  r^jfaa^pne,  q[i^^  par  }q  ^uxe,  que 
par  une  lutte  44!^esp4r^e  qui  8*arr^tera  toiit  ppi^  devant.....  la 
pierre  de  VAppcp^lypse^  deyant  la  puissance  4e  }a  plus  effroy^ble 
de  toutes  les  terreurs.....  ^t  lorsqi^eje  yQ^^  vols  tofis  di§- 
tourner  les  yeux  de  ce  point  pour  regarder  du  cdtf^  (fes  qctes  qui 
doivent  Stre  le  point  de  depart  pour  incendierles  mairies  et  les 
^glises;  lorsque  je  vous  vois  me  conseiller  de  me  taire,  de  ne 
pas  dire  des  mots  que  je  ne  puis  expliquer,  parce  qu*on  pourrait 
continucr  a  me  s^questrer  pour  des  mots,  }e  ne  puis  m'emp^her 
de  fr^mir  en  pensant  k  la  terrible  vendetta  qui  tient  le  glaive 
lev6. 


^ 


(1) 


(1)  Gette  dtoile  a  servi  souvefit  de  signature  k  W^»  Rouy,  surtout  I 
la  S^lpdtri^re  et  au  bas  des  lettres  oii  elie  r^y^lait  une  partie  de  oe 
qui  lui  avait  6t6  dit  touchant  les  projets  du  bouleversement  social  de 
la  mybt^rieuse  association  dont  le  comte  Petrucci  6tait  ie  chef. 

En  octobre  1870,  on  releva,  principalement  en  Normandie,  sur  des 
murs,  des  barrieres,  apr^s  le  passage  de  colporteurs  Strangers,  les  huit 
signes  suivants  que  les  journaux  reproduisirent'et  qu*on  prit  g^n^rale- 
ment  pour  des  signes  de  reconnaissance  prussiens. 


^<X7AJJJJ 

LeiAT  vue  causa  k  M^t  Rouy  une  Amotion  profonde;  T^toile  ^tait, 
dit-elle,  une  sfgnature  annongant  que  le  chef  de  I'association  6tait  en 
Franoe  et  qu'une  ann^e  ne  s^^coulerait  pas  avant  que  roeuvre  de  des- 
truotioQ  qe  fAt  oommeno^e.  On  saifc  oe  qui  a  suivi. 


SI  oelobrn  iB68.  -  A  M.  el  M"«  le  dormant  de*  7iii'anJies. 

Vous  jD'vftz  accug^e  ij'avair  cherch^  h  Jeter   dans   le 

doule,  djD9  rerreur,  4aiu  un  d^dale  ineilricalile.  Je  le  sais  I  et 
C'eat  U  ce  i^ue  j'^i  dCi  fairel  t  Qusje  sois  en  peraonne  Ilerailie 
Bouy,  lite  je  $ais  son  ombre,  peu  imporle,  mes  boiis  amisi  peu 
impartent  man  nop,  mon  identity.  C'e£t  moi,  moi,  I'etre 
fal^lement  cboisi  pour  marcher  dans  cetlQ  voie  lugubre  qui  con- 
siste  a  mellre  sous  les  yem  de  tous  un  aaserablage  da  crimes 
inpuU,  mexflicahtes.  Et  pour  ce  faire,  Tordre  de  ma  cruella 
dcstin^e  est  qu'an  n^  sacbe  pas  lyiii  je  euis,  d'l'i  je  viens  I  J'ai, 
VOus  le  ^vfe^,  demand^  une  confrontation,  otfert  mes  papiers 
4^8  les  premiers  Jaurs  ;  raais  je  Mvais  que  ceU  ne  serait  utile 
qu'3  £pj)Usir  les  tsnebres  qui  m'entourent.  Et  voyei-le  par  vous- 
iD^lfie  :  plus  voua  avez  do  papiarx,  plus  let  faux  «'accumuleiit. 
D'avtrei,  dant  le  mime  genre,  mais  appartenant,  non  a  una 
tkmilla  frapGaUe,  mais  i  dcs  facnillea  itfung'Tes,  et  pouvant,  par 
coni'^quenl,  me  placfv  sous  une  aulva  puissance,  ea:isleiit 
commfl  ceui  que  vous  atex  entce  les  mains,  <t  Pierre  y  est 
Pwtre! 

Vous  devez  comprendre  que  je  ne  puis  ^chapper  d'aUDuD 
c0t£i  et  que  si  j'en  appellc  a  la  France,  c'eslqae  mob  ciEiirest 
celle  fois  d'accord  avec  mes  destinies. 

Ouanl  a  la  confrontation  sur  laquelle  compte  tant  M.  le  Nnr- 
mant,  je  ne  puis  vans  dire  que  ce  que  je  tous  ai  dit  si  souTenl  ; 
(  Malgr^  les  preuves  de  ma  bonne  foi,  de  ma  vifacite....  c'est  a 
la  merci,  i  |a  diBorelion  de  ceui  qui  ont  fail  faux  sur  faii.r 
qu'on  me  livre.  b  C'esl  horrible  I  Et  ccla  aprSs  ce  qui  m'est 
wrivia  Mareville,  etc. 

Le  rertilicat  du  docteur  Payen  est  une  nouvelle  preuve  de  ma 
connaissance  dos  chases,  de  ma  triste  eipirience  de  tout  ce  que 
je  TOUS  ai  dit  I  Get  homroes  sacrifient  impitoyablement  ceux 


512  m6moires  d'une  ali6n6e. 


qui  les  gSnent.  Geux  qui  ont  eu  des  torts  envers  moi  m'ont 
cachee  de  leur  mieuz.  J'ai  ^t^  poor  eax  tous  un  objet  d*effroi, 
d'insommie,  et  tous  ont  agl  comme  le  fait  le  docteor  Payen! 
C'est  ^pouvantablel....  A  quelle  occasion  me  dit-il  calme?  line 
rrra  jamais  vue  autre  qu*il  ne  ine  yoit,  ne  m'a  jamais  parl6,  ni 
plus  ni  moins.  Je  suis,  gr&ce  a  vous,  plus  heureuse  que  jamais; 
ccla  pourtant  ne  m'emp^che  pas  d'dcrire,  au  contraire,  car 
mon  coBur  vole  vers  vous !  Cela  —  heureusement  I  —  ne  m'em- 
pnche  pas  de  m'animer,  de  parlor  avec  feu,  d'etre  ^nerv^e...'.  ce 
(['li  rend  le  certificat  d'autant  plus  mensonger,  que  mes  Merits 
pi  ennent  de  la  valeur,  et  troublent  et  mettent  en  mouvement 
toutes  les  autorit&i !  Voila  le  moment  que  cet  homme  choisit 
pour  me  dire  non  dangereuse!  Sans  cela,  j'^tais  engloutie  a 
jamais.  —  Cest  sur  cela,  c'est  sur  tout  ce  qui  s'est  groups  aa- 
tour  de  moi,  qui  que  je  sois,  qu'il  faut  attacher  les  yens,  car 
c'est  \k  le  danger,  car  c'est  la  la  question  publique,  Mon  indi- 
viduality n'est  rien  en  comparaison ;  ce  n'est  que  la  consequence 
liaturelle  d'une  organisation  t^n^breuse  qui  veut  impresstormer 
et  imposer  une  femme  myst^rieuse....  Ne  voyez  que  le  but  qu'il 
me  faut  atteindre;  oubliez  le'nom,  Tidentit^,  pour  ne  voir  que 
la  femme  et  Tamie.  Faites  lire  ceci  a  M.  Tabouret,  et  dites-lui 
qu'il  faut  que  je  parle  a  M0|^  Dupanloup  lui-m^me.  Faites  lire 
aussi  a  MM.  VilneaU,  de  Pibrac,  a  tous....  H^las  I  pourquoi  suis- 

je  moil  J'aurais  v^cu  si  beureuse  si  j'avais  ^t^ comme  tout 

le  monde  ! 


VII 

4  mai  1871.  —  Extrait  de  la  deposition  adressee  au  prefet  de 
police  (confix  k  M.  le  Normant  des  Yaranues). 

U  me  dit,  (aotit  1854),  que  le  testament  de  Pierre  avait  huit 
ex^cuteurs  testamentaires  formant  une  soci^t^  formidable  et 
occulte,  dont  le  but  dtait  un  houleversement  universel,  les 
moyens  d'autant  plus  siirs  qu'ils  ^talent  inattendus  et  les  agents 


les  uns  jiiii  autresi  que  ceux  qui  ^tai 
par  celte  terrible  assnciation  ne  pouvaient  eviter  leur  sort, 
£tant  dss  ilres  sans  aucuu  appui,  des  enfanls  eleves  par  diFT^- 
I'entes  families  dans  lea  mSmes  condi lions  que  nous  (1);  ayant 
Hi  soumis  k  de  cruelles  Spreuves  et  devant  venir  a  un  moment 
.  donni  soulever  des  riclamations  da  noms,  d'idenlile,  d'in- 
t^rdls,  amenant  j  leur  suite  des  questions  gin^les  d'^galit^,  de 
droit,  de  justice  et  de  croyance ;  attaquant  les  institutions 
civiles  et  religieuses;  plapant  a  la  t€le  de  ce  mouvement  priimd- 
dit^  un  de  ces  (itres  sans  nom,  sans  Age,  sans  pays,  devant  as- 
sumer  sur  lui  tout  ce  qui  a  H6  rSvi  et  pr^dil  de  plus  teiriHant; 
un  £tre  osant  tout,  pla^ant  sur  son  franl  le  mat  mystere ;  pre- 
nant"  en  main  le  pouvoir,  marchaiit,  au  nom  de  taut  ce  qu'll  y  a 
de  plus  saint,  au  renversemenl de  tout  ordre  ^iahli. 

N'ayant  pas  d'etat  civil,  les  registres  devenus  inuliles  pour 
tous  seront  an^aulis.  De  la  tout  s'enchalnera :  chacun  n'Stant 
plus  que  lui-m^me  ne  sera  ^lev^  que  par  son  propre  m^rite. 

Le  testament  de  Pierre  alors  sera  ouvert,  et  son  immense 
succession  parlag^e  entre  ses  h^ritiers.  Pour  atteindre  ce  but, 

perstilieuse  que  des  crimes  commis  sur  les  marclies  du  troue, 
comme  dans  les  bougee  lea  plus  infects.  On  remuera  la  cendre 
dua  Tiioris.  La  liberty  de  la  femme  sera  proclam^e,  et  les  enfanls 

hors  la  loi,  dits  enfanls  de  Dieu,  etc.,  etc II  ajouta  :  II  Taut 

vaincre  ou  mourir.   II  me  communiqua  quatre  signes  de  rallie- 
-   meht   devant  allesler  la  presence  des  ei^cuteurs  lestamentaires 
el  de  leurs  agents.  Ces  signes  sont : 


L'dtoile, 
qui  signiGe 
Myatrre. 

La  hache, 

/iw(ice, 

SeUntcUon. 


Le  poignard,  6p6e        ^^ 
•^  Vendetta.        '    ^^ 


(1)  Tell  que  U  prlacHRs  Sldphuiie  de  Bourbon-Cantl,  C(&UAdat3,«! 


J 


514  M]^Q)iii;s  n'vm  A^iAttit^. 


II  mt  dit  aussi  que  les  choses  dev^ent  marches  vite  et 
si^ement,  parce  que  chaque  ann^e,  de  ^ou9  le$  coins  du 
monde^  les  agents  de  la  sQci^t^  dont  U  m'avait  parl^  ^e  r^unis- 
saieat  a  ^poque  fi^e;  qu'en  1870  r£mpereuF  iie  regneraU  plus  et 
qu'un  grand  boulevergement  aurait  lieu ; 

Qu'en  1874  on  se  r^unirait*..,  qu'un  nouveau  boulev«rsement| 
'beauc(nifi  pliM  grave  encore^  ^urait  lieu  -^  inais  dana  un  autre 
sens  -^  par  droit  divln; 

Que  je  devai9  avertir,  alora  mdme  qu'on  ne  r^pon4n|il  4me« 
avertissements  que  par  la  moqueria  et  le  in^pri» ; 

Mais  qu'une  fois  que  j'aurais  bien  dit  ces  choseii  i  un  chef 
responsable,  que  j'aurais  pris  dea  t^moins  de  C9  fait,  je 
n*aurais  plus  a  m'en  occuper  ni  m'en  inqui^ter,  parce  que  mon 
devoir  ne  m*obligeait  pas  i  taire  entendre  les  sourdsi  surtout 
ceux  qui  ne  veulent  pas  entendre. 

Remis  a  M.  le  receveur  des  hospices,  qui  a  ^tudid  les  acteSyles 
a  confront^s  et  rapproch^s,  qui  salt  que  tout  oe  que  j'ai  dit  et 
d6clar4  est  et  a  toujours  M  vrai* 

HersiUe  RoQif* 


vm 

11  d6cembre  i872.  —  R4p<mse  aux  questions  posies  par  M.  le 
vicomte  d^Aboville,  diputi  du  Loiret  (1). 

Avant  mon  enlevement,  vers  la  mi-aout.  un  inconnu  est  venu 
m'avertir  qu*on  allait  me  faire  passer  pour  foUe,  me  changer  de 
nom,  me  dire  morte,  me  d^pouiller  de  fagon  k  rendre  mon 
retour  dans  le  monde  impossible,  fouiller  et  s'emparer  de  ma 
correspondance,  parce  qu'on  me  croyait  en  possession  de  sctprets 

(1)  M.  d'Aboville  ne  t'oocupait  encore  de  W^*  Rouy  que  oomme  d^ 
putd  et  ne  fut  nomin6  que  deux  ans  plus  tard  rapporteur  4e  aa  p^r 


et  de  papiers  concernant  monparrftin,  Pierre,  ftis  de  Pierre,  qui 
flait  le  chef  d'niie  gociitj  secrMa  rormidable  dant  les  ramiltca- 
tioas  s'dtendaienl  sur  lous  les  potnls  du  globe ;  que  celte  soci^l^ 
voulail  un  bo  ul  eve  re  em  en  t  gfinfiral  auquel  on  procWerait  par 
tous  les  moyens  possibJes,  ne  reculant  nl  devant  le  meurtre  m 
devant  I'incendie;  que  le  but  de  tout  niveler  serait  alteint  par 
la  desriructiun  de  toua  les  papiers  civils  et  Bninciers,afin  que 
chacun  ne  ffil  consid^r^  que  aelon  son  m^rile  personnel,  et  non 
aelon  m  naisaance  ou  sa  fortune  (\). 

Qua  la  chute  de  ('empire,  fll^e  pour  I'ann^e  1870,  Spoque  k 
laquelle  les  chefs  de  celte  soci^tfi  devajent  se  reunir  4  Paris, 
serait  le  signal  du  coBimeneement  de  ce  pauvoir  qui  ne  se  ca- 
che rait  plus ; 

Que  d£j>,  depuls  de  longui^s  ann^es,  les  choses  dtaient  pre- 
mMildes  el  arrangSes  de  fafan  a  prouver  que  lea  registres  de 
r£lat  n'etaient  que  dcs  registres  inutiles,  od  on  iiiisait  imcrire 
ca  qu'on  voulalt  et  non  c«  qui^tait;  que  J'en  ^taisune  preuve  et 
que  e'^lait  pour  cela  qu'on  allail  ma  changer  de  noin  et  me  fairs 
disparalire,  sans  prendre  d'autre  peine  que  de  dooner  nns  autre 
personnalit^  que  la  mienne  aux  administraLiont  publiques  ; 

Que,  du  resle,  on  arait  d^ji  fait  ainai  pour  mes  deui  tr^res, 
Ulysse  et  T^l^maqus,  que  nous  croyons  morts  ...  qu'on  les  avait 
AloigntB,  ainsi  que  d'autres  peraonnes,  parce  qu'on  craiguait  de 
lanr  part  del  indiBcr^tions (Voir  chap.  |[.) 

Ujoignit  i  ces  explications  des  actes  sous  seing  privd,  dont  il 

mareeommanda  de  prendre  copie lis  etalent  fails  de  fa$ona 

fkire  planar  des  doutes  sur  mon  identity. 


(t)  Cotte  sociey  qui,  selon  M'l'  Bouy,  reraonterjiit  lu  XVI-  siMe,  il 
Is  mart  du  cardinal  Petruccl.  parctt  s'^tre,  comme  otic  le  dit.  r^palidua 
en  Franco.  Sous  lo  Coniulat,  un  cerlaia  Pinre  Petracchl,  (ast-ce  son 
psrraia !),  as  dlaant  fll»  da  Pierre,  et  d'orlgme  russe  ou  pulanaise,  fiCant    . 
Tanu  a  Orl6uns,  Fiit  i^oniid^rd  Duame  luipsat  et  eipulii. 

DsD*  le  numfiro  du  Ooulaii  du  i  ngveiiibra  \i»i,  donnant  Targani- 
laUon  de*  niliillstai  en  France,  il  est  dit  qua  le  cbeF  du  comiig  de  Pans 
eM  un  nomm^ KrulfolT,  dapetrushi:  ae  pssudouyniaeBtsuivid'un point 


516  M^MOIRES  D*UNE  ALIENEE. 


U  me  recommanda  de  r^clamer  mon  actede  baptSme,  ainsi 
que  celui  de  mon  frere  T^l^maque,  afin  qu*on  put  s'assurer  de 
Texistence  de  ce  Pierre,  .dont  le  nom,  comma  celui  de  Marie, 
auquel  il  se  trouve  presque  toujours  joint,  est  un  mot  de  ral- 
lieroent. 

Je  ne  puis  entrer  ici  dans  d'autres  explications  au  sujet  de 

cette  soci^t^  dpnt  Pierre  est  le  chef.  Tout  ce  que  je  puis  dire, 

c'est  qu'enlev^e  sous  pr^texte  de   tables  toumantes,  je   suis 

rriv^e  a  Charenton  avec  toutesles  pieces  qu'on  m*avait  engag^e 

a  y  porter 

Je  n'ai  pu  parler  de  rien  a  Charenton,  ni  au  docteur  Tr^lat, 
m^decin  en  chef  de  la  Salpdtridre,  qui  ne  m'a  pas  interrog^ 
une  seule  fois.  Mais  ayant  ^t^  pass4e  aux  Grandes-Loges,  le 

docteur  M^tivie  trou^a  ce  que  je  lui  dis  fort  grave (Voir  les 

details,  chap,  yii  et  viii.) 

Je  iis  remarqiier  au  docteur  qu'^tant  n^e  en  Italie,  a  Milan, 
en  1814,  qu*6tant  en  Russie  en  1820,  je  ne  pouvais  mat^rielle- 
ment  pas  dtre  nee  aux  Tuileries  en  septembre  1820 ;  alors  on  dit 
que  je  devais  dtre  la  soBurd'Henri  V  par  notre  mere.  . 

Ce  qui  surtout  donne  de  la  gravity  k  tout  cet  imbroglio  d*actes, 
qui,  lorsqu'on  les  ^tudie,  paraissent  faits  pour  dtre  tous  inva- 
lid^s,  c'est  que  Henriette  Chevalier  ne  s'appelle  pas  Marie-Hen- 
riette,  mais  bien  Jeanne- Henriette  ;  que  cependant  on  affecte,  en 
ce  qui  me  concerne,  d^appuyer  sur  le  nom  de  Marie,,.,  que 
d'autre  part,  sur  un  acte  mortuaire  fait  a  propos  d'un  jeone 
homme  mort  assassine  a  Marseille  et  qu*on  a  dit  mon  fr^re,  le 
nom  de  Marie  Chevalier  se  retrouve  comme  ^tant  sa  m^re,  au 
lieu  de  celui  de  Henriette,  et  qu*enfin  ce  pauvre  T^l^maque  est 
a  Valparaiso  avec  une  Marie  Chevalier  qui  passe  pour  sa  m^re, 
et  qu'elle  parle  d*une  iille  disparue  qu'elle  aurait  eue  de  Tem* 
pereur  Don  Pedro  1*',  ce  qui  fait  que  le  nom  de  Pierre  se  trouve 
encore  et  toujours  joint  a  celui  de  Marie 

II  n'est  done  ici  question  ni  de  l^gitimit^,  ni  de  b&tardise,  ni 
d'adult^re....  Mon  fr^re  explique  le  nom  de  Chevalier  comme  il 
pent,  parce  qu'il  pense  qu'il  est  accuse  de  Tavoir  foit  inscrire. 
Nf^s  i)  ne  Ta  jamais  attaqu^  judiciairementi  soil  que  cetalui 


aoit  impassible,  soil  qu'il  n'ail  Bucun  inl^rtt  i  ]e  faire.  C'esC  a 
ma  pef Sonne  qu'on  en  veut ;  c'est  moi  qu'ou  veut  au^antir.  que 
je  me  nonime  de  n'imporle  quel  noin.  Pourvu  qu'on  ne  con- 
naisse  pas  mon  eiistence,  il  est  indifTerenl  que  j'aie  le  nom  de 
Rouy.  — Mais  Hersilie  RouyM...  n'est-ce  pas  La  fiUeulB  iIb 
Pieire  v.... 


■      0  Janvier  1875.  -  A  Jf.  d'Ahoville 

Permetter-moi  avant  tout,  Monsiear,  de  vous  souhuiter  une 
boime  ann^e  et  de  vous  remercier  de  lout  ce  que  vaus  avez  Tail 
pour  moi  depuis  que  nous  avons  le  bonheur  et  rhonneur  de 
vous  connaitre.  Vous  fX&s  tenement  surcharge  que  je  ne  veux  pas 
abuser  de  vos  instants  et  que  je  viens  r^pondre  le  plus  briSve- 
ment  possible  a  ia  question  que  vous  poset  i  M.  le  Normanl. 

Non,  il  n'a  pas  mt  let  piitcea  originales  des  acles  sous  aeing 
prisi  ;  elles  ont  Hi  emportJes  de  Charenlon,  le  22  sep- 
lembre  iSbi,  p^r  I'individu  qui  s'7  est  pr^sent^  sous  le  nam  de 
docleur  Chevalier,  individu  qui  pourrait  bien  €tre  Charles 
Johnson,  si  touterois  Johnson  (ills  de  Jean)  n'esl  pas  un  pseudo- 
nyme  comme  Petrowilch,  Pelracchi,  Petromanii,  Petrucii.  (Ills 
de  Pierre).  Vous  devez  comprendre  que  je  ne  prends  pas  la 
responsabilil^  de  ces  actes;  je  ne  puis  que  dii'e  que  I'^crilure 
m'a  bien  paru  dire  celle  de  mon  pere ;  mais  JI  faul  Taire  la  part 
de  ringrSdient  avec  lequcl  on  #crit,  de  la  plume,  du  papier,  da 
I'ige,  qui  naturellemenl  apportent  des  modifica lions.  Un  enpert 
■eul  aurait  pu  decider.  Le  docteur  Chevalier....  m'a  Tori  bien 
eipliqu*  que  ces  pieces  ne  signilieraienl  rien  lant  qu'on  ne  pro- 
teslerait  pas  en  les  produisant   pour  ou  conire  moi ;  que,  bien 

entendu,  ce   n'itait  pas   moi   ^    ro'en   servir qu'on   s'^Uil 

urangi  pour  iroubler  ma  Tiliation  et  mon  identJIS.-..  qu'elleg 
It  a  I'appui  des  crimes  qu'ou  Bllait  commettri  st  proo- 


518  M^MOIRES  D'UNE  ALI^NJ^E. 


vaient  que  depuls  de  longues  anodes  on  avait  pr^m^dit^  de 
m*an^antir.  II  m'a  dit  d'attiret*  Pattention  itil*  ces  actes,  dont  la 
copie  suffit,  parce  qu*ils  sont  appuy^s  par  des  pieces  autheo- 
tiques.... 

Quand  il  a  su  par  moi  et  la  r^ponse  do  M.  Calmefl  et  la 
soustraction  de  mes  papien,  il  m'a  repris  ce  i|ttl  aimit  pa  auUh 
riser  k  me  changer  de  nom  et  a  me  dire  de  parents  ineonUds. 
n  m*a  recommand^  de  conserver  mon  nom  civil  et  ma  posses- 
sion d'etat  tant  qu'un  jugement  ne  me  les  aorait  pas  dt^s.  H  m*a 
assure  (et  nous  en  avons  la  preuve),  qu'on  ne  m'attaquerait  pas 
judiciairementy  mais  qu'on  m'an^antirait  clandestinement  par 
des  versions  telles  que  celles  dont  il  me  donnait  connais- 
sance.... 

....  Mon  p^re  ^tait  mort  lorsqu'on  m'a  parl^  la  premiere  fois, 
en  1849,  de  ces  pi^cet,  et  j«  n'ni  v^  \e$  »ate9  qu'^lorn  qi^  je 
ne  pouvais  plus  ^viter  la  oatiistpoph^, 

Entendons-nous  done  bien :  cm  papiers  ^(istimt  «l  sont  hors 
d'atteinte ;  ils  peuvent  ^re  rdpandos,  et  je  $uit  fort  ai&«  d'en 
avoir  eu  connaissance  et  d  dtre  pr^venue  coatre  V^S^i  qa*ils 
peuvent  produire. Quelle  valeur  0DtTil$»  si  Ton  ne  poursuit  pas? 
Aucune,  jiidiciairement ;  maia  ils  ont  une  valour  ^norme  comme 
tradition,  comme  Ugende,  et  qui  salt  le  parti  qui  peut  en  ^tr# 
tir6? 

II  va  sans  dire  qu'on  ne  fait  pas  de  telles  chosen  sans  un  Iwt. 
Cost  done  une  dpSe  da  Damocl^;  ou  est^fUs  siispsndue?  Disa 
seul  le  salt  I 

Et  maintenant,  Monsieur,  je  tiens  a  vous  dire  qne,  quoique 
votre  rapport  ne  soil  pas  encore  fiiit,  je  n'en  ai  pus  moins  foi  et 
confiance  en  vous. 

On  ne  peut  marcher  contra  sa  destinee.  Si  vous  ne  pouvei 
pas,  oela  explique  pourquoi  le  pauvre  M.  Tailhand  Q'a  pas  pu. 

C'est  que  Vheure  de  Die\n  n'est  pas  encore  eonnee.  An  pre* 
mier  coup,  tout  changers.  J*esp^re  done  contre  tout  espoir^  car 
je  suis  bien  malade. 

Ilepeve^,  e^c, 


i  Ik  curiiElSPONUancl 


19  novembre  1875.  -^  A  M.  la  Normaut  dei  Varaniies. 

Aiissi  j'en  reviens  toujaurs  h  veus  rappeler  notre  conven- 
tion, qui  a  6ti  de  metlre  sous  pli  et  d'altendre,  sana  en  parler, 
la  fin  de  I'affaire  legale ;  i:ela  viendra  lout  aeul  au  motnetil  le  plus 
inattendu.  Je  vous  ai  dit  mille  fois,  je  prouve  lout  ce  que 
favaiiL'e ;  vous  en  r^unissez  \es  preuves  vous-m^me.  Une  boqne 
fbis  pour  [outes,  aujaurd'hui  comme  eti  1RS8  it),  nnelte;i  cela 
dans  ta  aalle  d'attenle,  car  je  ne  dirai  plus  un  mat.  Je  proiiveriti. 
Est-ce  Clair ; 

OuTrel  les  ^eax,  elfermez  I'enveloppe. 

C'est  aui  aulrfs  k  cherchsr  k  present. 


Nous  trouoons  cette  note  dans  les  papiers  de ' 
Jlfi'  Rouy  : 

3e  ne  puis  ici  relever  toutes  les  phraees  affectueuses 
qui  m'ont  el6  ardess^es  par  ma  belle-sceur  Desir^e 
(M""  C.-D.  Rouy),  Ses  leltres  t^moignenl  de  nos  sen- 
timents d'eslime  et  de  fraternelle  affection.  —  Cela 
sufGt  pour  fiiire  tombfr  I'accusatiou  d'ingratttitde,  car 
j'ai  toujours  fait  inon  possible  pour  rendie  sentiment 
pour  sentiment,  service  pour  service. 


520  .       mjImoires  dune  au^nj^e. 

Fragment  d'une  leitre  de  mon  pfere  qu'il  m'6crivait 
en  4834,  lorsque  j'6tais  k  Londres,  institutrice  chez 
lady  Dillon  (4  novembre). 

Continue  done,  ma  ch^re  enfant,  en  faisant  rinstruction 

des  autres,  k  faire  aussi  la  tienne :  ce  que  je  vols  avec  le  plus 
grand  plaisir  et  qui  me  fait  esp^rer  que  Dieu  ne  laissera  pas 
sans  recompense  ton  d^voument  et  ta  sublime  resignation. 

Fragment  d'une  lettre  de  M™«  D^sir^e  Rouy  au  su- 
jet  d'une  place  qu'on  m'offrait  en  Russie. 

Quant  a  ce  que  tu  me  dis  pour  la  Russie,  je  pense 

comme  toi  que  la  presence  est  trop  n^cessaire  a  notre  vieux 

pere  pour  que  tu  le  quittes  a  pr^si^nt Applique-toi  acultiver 

Tamitie  de  M.  de  Saint-L^ger  et  de  ceux  qui  f  aiment  sincere- 
ment  et  attache  moins  d'importance  a  la  mechancete  perfide 

de Tu  lui  as  toujours  trop  montr^  qu'elle  pouvait  impune- 

ment  t'affliger;  mais  si  vous  restez  ensemble,  pour  Dieu!  nete 
laisse  done  plus  meiler  et  agiter  par  elle  1 
Ta  veritable  et  sincere  sceur  et  amie, 

F°»e  D.  Rouy. 

Limoges,  4  septembre  1843. 


posT-gcRiprnw. 


POST-SCRIPTUM. 


Aa  moment  de  terminer  I'impression  de  cet  ouvrage, 
nous  apprenons  J'^chec  d^flnitif  de  M.  Manier  devant  le 
Conseil  general,  au  sujet  dea  d^penses  f^ites  par  le  diparte- 
ment  de  la  Seine  pour  Mils  Rouy. 

■  Cet  fichec  est  la  confirmation  eclatante  de  cc  que  les  Jf^- 
moireB  de  M"b  Rouyet  sa  d oulou reuse  odyss^e  ont  Euffisam- 
meril  d^nionlre  a  qui  les  lira  sans  parti  piis ;  c'est  que 
toutc  rMamatioii,  quelqaejuste  qu'elle  soil,  sera  toi^ours 
^touff^e  d^s  qu'elle  concerne  une  personne  qui  a  pass£  par 
les  asiles,  tant  la  compagnie  ali^oiste  est  puissante  et 
prompte  k  ^carter  tout  ce  qui,  de  pr^s  ou  de  loin,  pouiTait 
conduire  k  I'examen  de  ses  actea. 

s'agissait  nullement,  dans  la  queslion  posee  aa  Con- 
seil g^D^rai,  de  savuii'  si  la  sequestration  de,M"°  Rouy 
ayait  ite  ^Sgulii^^e  ou  irrdguli&re,  legitime  ou  arbili-aire, 
mais  bien  si  ses  auteurs  devaient  fitre  recherches  pour 
avoir,  par  une  Tausse  declaration  d'lndigence,  laissd  dilapider 
r  de  la  sSqaeBtree  et  mis  sa  pension  i.  la  chai-ge  du 
departemenl. 

Le  comite  tionsultatif,  appeie  i  douner  son  avis  anr  le 
point  de  savoir  si,  pniaqu'on  apportait  lea  preuves  ecrites  de 
la  facon  dont  ils  avaient  operi^  la  sequestration  et  declare 
W'  Rouy  aans  ressources  et  sans  fomille,  MM.  Pelletan 
et  Rony  devaient  etre  actiunnea  par  le  d^partement  eu 
verlu  de  I'article  1383  du  Code  civil,  qui  dJt:  Chacuti  est 
reapomable  da  dommage  qit'il  a,  cmtte,  nwi  teulemettt  jmr 


d 


k 


§2S  m£moir£8  d'une  ali£n£e. 


son  fait,  mais  par  aa  nSgligence  ou  son  imprudence;  le 
comity  consultatif,  rel^uant  aux  considerations  accessoires 
la  question  de  finances  et  de  responsabilit^  qui  lui  ^tait 
seule  soumise>  se  r^pandit  en  considerations  aussi  erron^es 
qu'etrangSres  k  cette  fpestifU^t  ^PUf  pi^^ver  que  MU«  Roay 
etait  foUe  et  que  sa  sequestration  etait  r^guliere,  niant 
rimportance  ou  la  valeur  des  preuves  les  mieux  etablies. 

f  Aff^pdfj,  dit-il,  qu'p»  pp  q^j  tOHPb^  ^  l»  pfl|teft4ae 
sequestration  arbjtraire,  la  ffp^^  (de  )f •  Mw$r)  Se  \iom  i 

sigpi^aier  rppinion  du  Hwstr^  4«  I'^t^ri^HT?  ^  i^i  P# 

du  directeur  de  radministratioff  departQi|^e)^t||l<)  ^t  QpinfQ^': 
na)e  en  1878,  ^uiv^nt  lesquelle^  ^il^t^r|fl^fnp^t  d«  i9^ 
aurait  ete  arbitraire,  sans  4'ftiU(iurs  ^ppuyer  c^te  opinio^ 
personnelle  d'aucunp  pfeuve,  ^*aVfC%wi  dQcm(i(wn^\\)}  ^PH 
qi^'^  p^tte  date  les  p«rtiflcata  des  m^dPW  \^  piR*  ffe? 
ting^ues,  les  plus  bpnprs^blQg,  le§  mows  s^sp^cfs,  vemnt  «|9 
contr61er  Tun  Tautre,  etablis§en(  4  ni^nt^  repri9P9}  et 
chaque  foi^  qu'il  s^g^itde  transferer  T^dienee  4^i}g  un  nouyel 
etablissement,  I'etat  patholq^ique  de  (f^  l^^e  et  la  nece^ 
site,  tant  ppnr  elle-meme  qup  ponr  les  autres,  de  la  te^ 
enfermee. 

c  Vu  tons  les  rapports,  tpute^  lee  pi^cefi ;  yu  la  noU  ^ 
If.  Jean  Rouy^  etc*  » 

M*  le  rapporteur  ^'attache  uniqnement  i  jusfti^er  le  ip^ 
decin  qui  a  donne  le  premier  certiflc^t  d'^rpu,  ^t  »rriy^  i 
cette  conclusion  assurement  inattendue : 

c  Si  Tadministration  a  ete  induite  en  erreur  aur  \^  situa- 
tion de  la  demoiselle  Chevalier  lipuy  en  la  lu|  presentant 


(1)  Cette  opinion  personnelle  dtait  bas^e  sur  les  conscienoieuses  en- 
qudtes  de  M.  le  president  Tailhand,  de  M.  le  yieomte  4*Abo«illei  el 
sur  celles  de  MM.  les  Mimstres  de  rioteriettp  de  IM|  •(  tWI.  Cim 
cbapitr^  WV,  p.  m  j  ^^m,  «3^,  ?Hi  p.  *^7  k  47(J. 


cofntpe  indjgenle,  ce  luit  ne  peul  aire  impute  au  docleur 
Pallet^Hi  pas  plus  qu'AM-  Ilouy. 

t  Le  sieui'  Pellelan  el  \e  eie»v  Rouy  n'avaient  aucune 
quality  pour  prendre  itue  decision  de  cette  nature  (placB^- 
matit  am  indigentes  de  la  SalpStnere],  soit  in£me  pour  a'j 


apposer,  el  i 
tre  e 


s  tors  I'arlide  i 


0  peut  litre  ilivoqui  coil' 


Pour  ddm 

(       1 

f         [^  d       tl     pp  ^   ation,  il  nous 

suffira  de 

1 

1    1 

f  t      rn  e\s  constates 

dan»ces  M 

r 

t  m 

t  p          78     t  suivantea : 

250,  297,  290 

30ti 

340    36 

3  6    381  ■i  385,  358,  413, 

470,  483,  486 

t4«8 

L'avoir  d 

b^ 

d    t    ft 

(,    d^  par    celui  ou 

ceiw  qui  p 

tl 

t      d    I       q      t    t  fill,  et  Bi,  par 

eigligence  m 
delefeira    r 

tt 

i 

jj  p    d           I  se  dispensent 

rant  le  tort  00 

Ce  n'est  p 

inwt  MM.  P 

m 

(1(1             m  li  .    nnn     cra>il>_ 

It 

q      1      1 

IR    y 

u    c  1        m  [e ,  Hull  Etidie* 
I       t  p      respoiisables, 

mais  Mil-  R 

y  I     ait 

II       fim         ne  Its  alta- 

({uant  pas.  0 

bl 

tl 

d     il        t    b    lu  et  le  dau- 

ble  refus    d 

tan 

J  d 

ai       q     11         ail     ^prouvfi 

avaient  seul 

1  mp 

d           pabi  s.  M"''  Rouy 

g'ftantd^si  16 

d    t 

1   P 

t          t      1      r  nctiQnnairfls, 

fim  SB  tro     ait 

i        t 

tait  i  1          me  el!e-mflme. 

ott  pour  HI    UK 

di 

V 

11      n  avail  laiss^ 

une,  car  ell    i 

fli 

I    dan 

1     t  r*  II      q  e  le  d^parte- 

aeDt  devait  d 

m     d 

1      ml 

td          ddpanaes!! 

Nous  ext    y 

d 

B  11  t 

j    I  1     ompte-rendu 

fln^^del    d 

i         t 

}  t  dans  la  sSanco 

JuConsei!    i 

Id 

2    A& 

b      1882    t  1    livrons  sana 

commentai     &  1    pp 

d 

1    I 

524  M^MOIRES  D'Uf4E  ALlMlN^E. 


H.  Haiiler*  —  En  1880,  le  Conseil  a  invito  radministration 
a  prendre  les  mesures  n^cessaires  pour  rentrer  4&ns  les  ddbours 
faits  par  le  d^partement  pour  Tentretien,  pendant  quatorze  ans, 
de  M^^*  Hersilie  Rouy,  s^questr^e  ill^galement  dans  un  asUe 
d'ali^n^s.  Je  demande  k  radministration  queUes  mesures  ellt  a 
prises.  On  nous  a  fait  connaitre  un  avis  du  comity  consultatif 
qui  ne  tend  a  rien  moins  qu'4  ^riger  en  droit  cette  maxime : 
«  Les  battus  paient  Tamende.  » 

Je  ne  puis  admettre  cette  solution.  Le  d^partement  est 
cr^ancier  de  TEtat  qui  est  responsable  dies  fautes  de  ses  agents. 
11  faut  que  T^tat  paie  les  6,225  fr.  indiiment  pay^s  par  le  depar- 
tement. 

H.  le  Sous-Dlrectenr  des  Affaires  d^partementales. 

—  Le  Conseil  a  d^cid^  que  radministration  s'en  remettrait  a  la 
decision  du  comite  consultatif  pour  poursuivre  ou  non  la  reven- 
dication  centre  I'l^tat.  Le  comity  consultatif  a  ^mis  un  avis  tr^s- 
net,  qui  est  que  tout  recours  centre  r£tat  serait  illusoire. 

D^s  lors  le  d^partement  ne  pourrait  poursuivre  le  recouvre- 
ment  que  sur  la  succession  de  M'^*  Hersilie  Rouy ;  or,  cette  de- 
moiselle n'a  rien  laiss^,  puisqu*elle  n*a  v^cu,  a  sa  sortie  de 
Charenton,  que  grdce  a  un  subside  de  r£tat.  L'administration 
pense  done  qu'il  n'y  a  aucune  suite  a  donner  a  raffaire,  et  ceia 
d'autant  plus  que,  si  quelqu*un  avait  chance  d'obtenir  gain  de 
cause  centre  I'foat,  c'etaitla  victime;  or,  M^^*  Rouy  n'apas  cm 
devoir  actionner  TEtat. 

n.  Hanler.  —  L'£tat  est-il,  oui  ou  non,  responsable  de  ses 
agents?  Oui.  Si  les  agents  fautifs  ont  disparu,  r£tat  resteiil 
faut  I'actionner.  Si  W^*  Rouy  n'a  pas  poursuivi  I'fitat,  c'est  qu'elle 
aimait  mieux  transiger  pour  avoir  les  moyens  de  vivre. 

Mais  le  d^partement,  lui,  n'a  accepts  aucune  transaction.  D 
est  cr^ancier.  II  doit  poursuivre  son  d^biteur.  Si  nous  perdons, 
nous  saurons  que  lorsqu'on  est  entre  les  mains  de  Vfltat  onperd 
tout  droit:  cette  decision  ouvrirait  une  nouvelle  carriere  ao 
revolver.  On  n'aurait  plus  d'autre  recours  que  la  force. 

Quant  a  poursuivre  la  succession  Rouy,  ce  serait  monstraeux, 
puisque  M^^*  Rouy  est  la  victime. 


SI.  le  8aiiHiDlrcc(enr  dea  AllnlroH  d^porlenienialeB. 

—  ie  cipile  que  nous  uaus  sommes  coaform^s  am  instructions 
da  Conseil  g^n^ral.  Le  comite  declare  que  toutrecours  eat  inu- 
tile. Le  tribunal  des  condits,  d^ns  un  cas  analogue,  a  decide 
dans  le  m^me  sens.  DSa  lors,  pourquoi  faire  des  Irais  inutilea  ? 
SI.  nianler.  —  Pour  le  principe,  pour  qu'il  solt  constate  que 
les  agents  de  I'Slal  peuvent  commettre  un  abus,  sans  que  r£ltat 
soil  actionnable. 


:S.   BUREAU  DES  PI10CRS-VEI1BAI;\ 

ET    TETITEONS. 


Le  President  de  la  Chambre  des  lifpuWs 
iV  M.  le  Normant  des  Vamnnes. 


des  petitions  (■!)  a  prononcii  le 
renvoi  au  Ministre  de  I'ml^rieur,  sur  la  petition  dn  M.  la 
Normant  des  Yarannes,  inscrite  au  rdle  gdn4ral  sous  le 

Cette  resoluUon  est  inseree  au  Jouitutl  officiel  du  12  Jan- 
vier 1883. 

iApplieation  de  Variicle  66  du  riglement  de  la 
Chambre  des  deputea.) 


1!^  MEMOin^l^  D*t7NE  iti^N^E. 


Sommaird  de  la  petition  ei  moiils  cle  la  comdiisdon, 

Mittlon  BO  SOS  (diposie  par  M.  Arnoitlt,  depute  4u 

tinistere.) 

%i  1§  Notfntfnt  %k»  Y«rtriti«8^  ft  Orl^ansi  AetktKfide  k  \k  Ofaam^ 
bre  la  revision*  de  la  loi  du  30  juin  1838  sur  lealdi^^y  et  hn 
soumet  i  ce  sujet  un  ensemble  de  considerations. 

HLotlfs  de  la  Commlsstoii.  -^  M.  le  Normant  des  Varannes 
s'occupe  depuis  douze  ans  des  questions  relatives  aux  asiles 
d'ali^n^s.  11  a  ^te  m^l^  a  diverses  affaires  de  ce  genre  et  a  puse 
rendre  compte,  a  Toccasion,  de  certaines  sequestrations  arbi- 
trairei^f  defd  ddrflbreili  et  gfntres  d^fauts  de  ia  loi  de  1838.  Le 
r^cit  qull  fait  d*une  de  ces  s^questratioiis,  les  details  precis  et 
int^ressants  qu'il  fournit,  les  -difficultes  et  les  obstacles  sans 
cesse  renaissants  qu'il  fait  connaitre,  et  qu'il  a  du  surmonter 
avant  d'obtenir  la  mise  en  ]ii)erf e  de  la  personne  s^questr^e,  jet- 
tent  la  plus  vive  lumi^re  siir  cett6  ^^stiori. 

Aussitot  que  la  commission  eitra-parlementaire  chargee  de 
preparer  la  revision  de  la  loi  de  1838  fut  nommec,  le  p^titionnaire 
son^^ea  a  lui  adresser  les  documents  qa'il  avait  recueillis.  Leur 
communication  actuelle  est  on  ne  peut  plus  opportune.  La 
Ghambre  est  saisie  d'une  proposition  ayant  pour  objet  de  mo* 
diiier  le  r^glement  sur  les  asiles  priy^s  consacres  aux  afien^s.La 
commission  charg^e  d'^tudier  cette  propositiou  conclut  ai  la 
prisd  en  consid^miol^.  £fl  don  Cdt^,  tcf  gbiit^rriefmeilt  tiki  etudier 
la  question  parune  commission  extra-^parlementaire. 

&i  fltttendatrf  \i  comp6sritia^  d'liae  6dmmij^k)n  piM^ni^taite, 
qui  ne  peut  tarder  beaucoup^  la  commissioli  pe^are  que  le  m^'^ 
moire  de  M.  le  Normant  des  Varannes  peut  etre  utilenient  com* 
munique  a  la  commission  extra-parlementaire,  et  d^ns  ce  but 
propose  le  renvoi  a  M.  le  Ministre  de  rinterieur.  (Henwn  o,u 
Ministre  de  Vinterieur,) 

Rapporteur :  M.  Escande* 


i»  »irtH»/ 1 


EXTRAIT  Dtl  TESTAMENT   DE  hUb  ROUY. 


EimAiT  lies  dispoaitiona  teatamettlaira  que  M'Ib  Rorv 
m'a  remises  le  19  mars  18^9,  en  me  nommanl  son 
legataire  universel  et  son  executeur  testamentaire. 

t  Je  dMare  que  tous  les  meuhles,  lableaui,  garniture 
de  cheminde,  glaces,  livres,  la  montre  eC  sa  chaine,  sont  i 
M.  et  M™  le  Normant  des  Varannea  (M.  le  Noi-mant  dcs 
Varannes  eat  receveur  des  hospices  d'OrMans). 

(  Je  leur  ligue  toutes  les  cupies  des  pieces  authentiques, 
letlres  autograplies  des  diipuWs,  litWrateurs,  etc.,  qui  se 
truuvent  au  bas  dc  mon  armoire,  et  qui  portent  sur  les 
paquets  designation  de  leura  noma. 

I  Cette  affaire  a  laquelle  ils  ont  travailU  leur  appartieni, 
et  ils  pourront  la  publier  soit  en  s'enlendant  avec  an  edi- 
teur,  un  journal,  ou  une  soci^te  voulant  en  tirer  drame  ou 
roman.  » 


K  l-ioctobre  18S1. 


LISTE   ALPHABfiTIQUE  des  personnes  qm^t 
Hire  quelconque,  sont  intervenues  dans  ma  vie  et 
dans  celle  de  Charles  Rouy  (1). 


Berry  (M™  la  dnoheasp),  3, 

169,  bOH. 
Chambord  {M.  ie  comte  de), 

170,341,  502. 
Eugenie  (I'impfi  pat  rice),  168, 

312,  347,  473. 
J^r6me(Le  roi),  3. 
HarcoQrt  (d'),  secretaire  da 

President    de    la    R^pu- 

blique,  477. 
Mac-Mahon    (DucbessH    de 

Magenta),  477. 
Louis  XVIII,  3. 


BeauharnaJB  (Ib  prince  Eu- 
gene de),¥ice-roi  d'ltalie,  3. 


Conatantin  (ie  grand-dnc), 
vice-roi  da  Pologne,  2. 

Hejm  (Y.-A.-C.  de),  con- 
seiller  d'Jlltat,  recteur  de 
I'acadi^mie  de  Moacou,499. 

Lapoukine  (Mi"e  la  g^nSraJe 
Doroth^e  de),  499. 

Nicolas  (AlesandrofT),    502. 


(11  Noo*  avons  dil,  pour  roalreindre  m  un  aeul  volume  da  M^moirea 
Jes  voluminGui:  4cTiii  lolss^s  par  Ui'>  Hersile  Rouy,  supprimer  forc^- 
■nent  bien  des  d^taili ;  mais  pour  doue  coatoTraei  i  son  diiair  de  payer 
un  tribut  de  recunnalsaance  S  touE  ceux  qui  se  sent  Jtit6reas^a  i  aun 
trista  sort,  naua  uvoiis  dressS  udo  liste  eu<u  complete  que  asia  noiu 
a  6U  possible  des  personnes  iii6l4es  i  son  histoire  i  un  litre  quel- 
conque. Les  noms  qui  ae  sont  pas  ai^ompagn^  d'une  pagination  spd- 
cjale,  rentrent  dans  la  cat^gorie  de  ceui  aaiquels  elle  eiprima  so 
gralitude  d'une  fai;au  colleolve,  pages  303,  3TB  et  in. 

On  troupers  am  Archives  du  Lciret  I'eipresalon  de  aa  vuloatu  i  ce 
aujal,  et  plus  de  cinq  cents  Isttres,  adresaiJes  ii  ello  ou  il  aos  d^fen- 
leurs,  classdes  par  dossier  et  par  ordre  alphah^tliiue,  aveti  un  nats- 
'ogue  d^ill£  qui  facllltsra  lea  recherchea. 

30 


i 


530 


MEMOIRES  D  UNE  ALIENEE. 


PORTUGAL.   * 

Hermoaa,^   ambassadeor^  3. 
Dona  Maria,  reine  de  Por- 
tugal, 3,  508. 

BRfiSIL. 

Don  Pedro  I«r,   empereur, 
508. 


S$  de  Don  Barthokuneo 
itre,  2. 


n 

Hauls  fonctionnaireSi. 


Mitiet,  417,  421. 

Beal6, 

Bosredon  (dej,  306. 

Broglie  (Le  dUc  de)^ 

Gazot^ 

Constant, 

Damas-Hinard,  310,  313. 

Dafaure,  453,  465. 

Fleury  (Le  g^n^ral),  310.^  . 

Fourtou,  £i88,  395,  454,  4B1. 

Forcade  de  la  Roquette,  311. 

Frossard  (Le  g^n^ral), 


Gou^rd  (de), 
Greffief,  3l7. 

asfranc  ^  Victor^ 
arcSre  (de);  4^4,  M,  468, 
470.  . 

Norngianl  ,(taul  le),  317. 
Ollivier  (Emile)i. 
(Jinvier  (Adotphe).  .     , 
Pradel  (Qomte  de),  38S. 
Simon  (Jule»s)i  461. 
Welche,  461 . 


m 


Doeteurs-midecins.  —  Itiipettkiirs  gkn^diut. 


Attdiaf,  74. 

Atizouy,  128,  133, 137, 143, 

148, 157,  441. 
Bailie,  143. 
Broc  (Alfred),  162. 
Gonstans,  134, 449, 454, 457. 
Galmeil,  92,  427,  431,  435. 
Gfaarpignon, 
Ghipault. 


Giinchstoips  (de), 
Desplaiiels  (L^opfOld  d^). 
Falret,  125. 
F^vre    (HeiiriY,    S08,    MO, 

369. 
Ferms,  134. 
F6vi!fe,  149,  \M,  154,  4», 

133. 
Gerard  d6  Osdlletfit,  452. 


HalRiagr^nd  p^re,  fl65,  433. 
Halmagrani!  [Ppbert). 
Hussofl,  183,  234,  390,  351, 

426. 
Khnn,  143. 
Las^gue,  91,  92,  -115,  202, 

S04,  44Q. 
Laurent,  3B9. 
Lepage  p&rp,  267,  369. 
Lepage  fils,  440. 
Lapeyrirp,  369,  374. 
Lhuillier  (Octave),  177,  363. 
Lorabai'd,  45. 
Lorraine. 
Lunier,  272. 
Mirier,  143. 
M^tivier,  lOO,  HO,  170. 
Minel,  143. 
Normant  des  Varannes  (le), 

308,  332. 
Parcbfi-pe,  m,    167,   173- 


Paven  (Ni^rtisBe),  209,  2(3, 

217,  263,  575,  281,  287, 

443,  445,  467. 
Pelletan  (Bai'ou  de  Kinker- 

liui,  50,  77,  go,  82,  84, 

103,   198,  207,  350,  337, 

472, 
PellevQisin,  155,  156, 
Piroux,  191. 
Poret,  179,  185,  188,   190, 

192,  460. 
Reber  {Uou),  14S,  170. 
Renaudin  (Emilel,  146. 
Renaud  du  Moley,  149,  153, 

174, 178,  437. 
RotU,  18.  22. 
Teilleun,  148. 
Trelat,  99,  100, 123. 
Verjan,  428,  430. 
Verron,  158,  161, 1^,  186, 


Fonctionnaif: 

Aubert,  comm"'«  de  police. 
Basse,  directeur,  l(fe,  127. 
Barroui,     dii-ecfeur,      136, 

140,  192,  340,  427,  432. 
Behr  (Baron  de),  prSfet,  390. 
BelQ3uf(M""),  surveiil",102. 
Brdvelet  (Mil«t,  idem,  179. 
Besancon,  chef  de  division. 
Boisbourdin,  229,  235,  24G, 

249. 
BouS,  directeur,  82. 
Bouloy,  adjoint,  495. 
Camescasse,  481,  482. 
Chalais  (Curate  m,  347. 


173. 


dive 


4 


L 


Chandenay,  prSfel,  131, 136. 
Clericetti,  Mitaii,494. 
t^heviUai'd,  chef  de  uabiaet. 
CicognBFB,  Milan,  494. 
Conneau,  secretaire,  346. 
Crisenoy     (de),     462,    407, 

471,  476. 
Doinel,  archivisle,  1. 
Durun-el,    305,    307,    317, 

319,  390,  440,  445,  449. 
Bureau  (Louis),    257,   262, 

370,304,313,356,423,435. 
"  "  ".,  clief  de  division,  317. 


319.  401.  441,  446, 


M 


532 


MEMOIRES   D  UNE  ALIENEE. 


Forestier  (le),  fond6  de  pou- 
voir  k  la  recette  g^n^rale. 

French  (George),  495. 

Germon  (Alexis),  maire. 

Gigot  (Albert),  pr^fet. 

Guilini  (Milan),  494. 

Gobert,  directeur,  346. 

Gotti  (Charles),  Milan,  491.  ; 

Jolibois,  coramissaire,  346. 

Jeuffrey,  312,  325,  329,  345, 
460. 

Juliet,  205,  326,  329. 

Haussmann,  pr^fet,  142, 
152,  200. 

Havet  (Charles),  345. 

Latour  (M«»e),  126. 

Lesourd  (Am6d4e),  263. 
276,  287,  292. 

Leveau  (Alfred),  287,  292. 

Levin  (de). 

Lherbon  de  LuSsats,  164, 177. 

Loiseleur,  biblioth^caire, 

Machard-Gramont,  admin. 

Magne,     receveur     general. 

Mettetal,  323,  329,  426,  446, 

Michon,  468. 

Noguelle,  secretaire  general 
de  Milan,  493. 

Normant  des  Varannes 
(Edouard  le),  274,  276, 
286,  302,  328,  351,  355, 
358,  36i,  368,  380,   387, 


416,  417,  440,  449,  453, 

456,  462,  464,  482. 
Nupart  (Bruxelles),  402. 
Paris    (Mrae),    surveillante, 

179,  181, 183. 
Pascal,  346. 

Paul  (Marquis  de  Saint-),  171, 
Pecheux,  agr^e. 
Pereira  (Alfred),  357.       - 
Pibrac  (Gomte  de),  257, 263, 

268,  273,  283,  361,  496. 
Piebourg  (Julien),  295,  477. 
Pietri,  345,  347. 
Pizzamiglio  (Joseph),  494. 
Rabut,  314. 
Renaiilt  (Leon),    357,   368, 

409. 
Rochelambert    (Marquis  de 

la), 
Renaudin  (Emile),  146. 
Rogniat  (baron),  139, 142. 
Ronceray,  287,  295. 
Rouy  (Laurency),    chef    de 

division,  274,  491. 
Sazerac  de  Forges,  448. 
Sanglier,  462. 
Soyher,  prefet,  188. 
Stropp^,  46,  77,  327. 
Tapin,  146. 
Vignat,  284. 
Vilneau  (Auguste),  256,  273, 

279,  283,  350,  366,  387. 


Deputes. 


Aboville  (Vicomte  d'),  67, 
79,  326,^365,  408,  412, 
433,  454,  463. 


Arnoult  (Gfeorges),  526. 
Audiffret-Pasquier  (Due  d'), 
Aumale  (Due  d*), 


HHV 

r-      — i^^^^^^^^^^^H 

lABETIQUF.                                  :,3:i                     j 

Bfflioigt  d'Azy,  \'ice-pr^3idei)t 

Joinville  (prince  de). 

do   l-Assfctnljlfie,  as,   -174, 

Joson  (Paul). 

177,361,  394, '437. 

Lanjuinaia  (vicomtei,  343.   ' 

Bemier,  m2.      ' 

Magnin,  3i2.               — '- 

Cochery,  365. 

Nemoara  (prince  de). 

Cresuin,  365. 
Dr^llelErnesI),  341,  343. 

Pelletan  (Emile),  3M. 

Pereii-a  (Alfred),  356. 

Dumarnay    (Auguste),   385. 
I  Eacande,  526. 
Eatanceiiii. 

Pela  u -Grand  CO  ur. 

Ressifguier  (de),  4-16. 

Robert  de  Massy,  301. 

Fousset  (Eugene). 

Tailhand,  67,  139, 185,  205, 

Gambetla  (Won).  3a4,  341. 

210,  234,  375,  380,  387, 

416,  427. 

Harcoort  (Gomle  d'),  449. 

Tallon  (Engine).                                . 

Jaubert  (comic). 

Tailhouet  (de),  344. 

\ 

M,^^j!^frU^ 

iV 

Bagueiiault     de    Puchesse , 

EscofDer,  avocat. 

avocat,  3(B. 

Favi-e    (Jules),  ayocat,  308. 

Beudant,  recleur  de  I'Scole 

Forest,    conseiller    giSn^ral. 

de  droil,  Paris. 

Fremont,  conseiller,  387.     ' 

BimbeneHEuci^ne), 

Gillol  (Eugiine),  pi^sEdent  de 

Binibenet  (Daniel),  387. 

chambre  des  avoeata. 

Bodan  (du),  |iroc.  iuii).,  9a6. 

Grandperret,  prooureur  ge- 
neral,'211,  257,  261.  288. 

Borie,  procureur. 

Boussion,  presi'lcnt. 

Graltery,  snbslitut,  268. 

CaiTS,  avocal. 

Helbronner  (Hor'aOe),  avocat, 

Cotetie  (Auguste),  av.,  3(18. 

328,  334. 

Coulon  (Georges),  av.,  328. 

Hue,  prol'psseur  de  droit  a 
Toulouse. 

Ciuon  (Jules),  avocat. 

Ducessoia  (Louis),  496. 

Laciiaud,  avocal,  334. 

Daaplancbes,  av.,  463,  468. 

Leroux,  president  de  cham- 

Despond (Anatole),  av.,  352. 

bre,  ;-l87. 

Dubec  (Jules),  avocat. 

Lehlond,  avocat,  336,  338. 

Dubois    d 'Angers,    jiremier 

Lei'oy,  suhstitut,  132. 

lirgsident,  387, 

LesagetPituij.av.,  334,3M. 

1 

30. 

^HIHH^^H^HI 

534 


MjfeliOIRSS  .n'UNI!  iU4£^££. 


Loture  (()e  LUIq),  aoQs.»  387. 
Manier    (Jules),    pou^eiller 
•   g^ni^r^i,  483;  49$,  521 
Mauge  du  Bois  des  .  TSx\ie^j 

conseiUer^  387. 
Paulmier^oneeilleTj  387. 
P^cheui  {th.jf,  SMriL 
Procureur    imperial    (Cba* 

renton  12  sepieixibre),  54| 

465. 


PreiY^er  prudent  (Itanqf)> 

Salzac,  Avocat. 

Taille    <Gh.    de    la),   OQQ- 

seiller,  387. 
Taille  (de  la),  aiFoeat, 
Tenaille  4'EsUi3.  proo,  g6- 

niiral,  275,  3a9,2r79,4i8, 
Vacheron,  avoo^,  4^. 
Yigneaux  (Sydney),  av.,  309| 


vn 

Artistes.  —  HdmmeB  de  lettres.  -^  Xmiirhalistes. 


Azevedo  (Alexis),  341,  342. 
Aubert,  407. 
Beauvalet,  311. 
Bonnardot,  journalisle. 
Besson  (Ernest),  JQurn.,478. 
Brunei  deBoyer,  journ.,478. 
Gamp  (Maxime  du),  bomme 

de  lettres, 
(Jantin  (M"^),  311. 
Capoul,  311,351. 
aaretie  (Jules),  342. 
Gochinat  (Victor),  joum. 
Gollot,  journaliste,  303, 477. 
Goquille,  journaliste. 
Dabier,  311. 
Devri6s  (MMUbb),  311. 

Doucet  (Camille),  350. 
Duvernoy  (Henri),  342. 
Frolic  (Jean),  journaliste; 
Gack,  311. 

Gauthier  (Theophile),  6. 
Genret,  artiste,  311, 
Girardin  (Eraile  de),  67,  68, 

364. 
figdif^Qt,  jo^n^ajjste,  47?. 


Godou  (Alexis),  305,  478. 
Gouzien  (Armand),  joum. 
Gu^roult  (Constant),  joum. 
Guibert  (MWe  N^omie),  311. 
Guyot  (Yves),  477. 
Herz  (Jacques  et  Henri),  6. 
Henri,  de  r()p^ra,  6. 
Lamoureux  (Charles),  311. 
Lapommeraif^     (Henri    de), 

311. 
Lodd^*,  311. 
Mallart,  6. 

Magnard  (Francis),  363, 364. 
Ponchard  (M.  etM^o),  6,477. 
Puget  (fimile  et  Alfred),  311. 
Prunier,  (6). 
Pont-Jest  (Ren6  de),  367. 
Remy  (de  Saint-),  331. 
Salesse,  311. 

Sarcey  (Frangisque),  joum. 
Sauyestre    ( Charles ) ,    305, 

311. 
Serrei  (Philippe),  487. 
Sevestre(Mne)  81i, 

gin^qn,  jo^rna^»iQ, 


Senhert  (St^phan),  330.  VilleniesEant  (de),  fondateur 
Solo,  3H,  349.  da  Figaro. 

Teulit  (Henri),  journaliste.  Waldor  (Mm"  M^lanie),  42. 

Vacquerie  (Auguste),  488,  Wartel,  de  I'Opfira,  6. 


vm 

EoeUaiaittiques  el  Reiigieuses. 


Ars^ne,  (Soeur),  140. 

Bara  (M>"«),  54. 

filancbard  (L'abb^). 

BertOBoglio,  archevflque  de 
Milan,  496. 

Carcano,  496. 

Coquerel  (Athanase),  63. 

DesbroKses  (L'abb^). 

Dupanloup,  ^vSque  d'Or- 
li^ans,  262,  356,  394. 

Emilienne,  (aceur),143,157. 

Guibert,  archevSque  de  Pa- 
ris, 439. 

Gervasoni,  ehanoine,  496. 

Jacquet  (L'ebbri). 

Liduvine,  (Sfflur),  173  k  175, 
437. 

Louisa,  Eisur,  166. 

Malherbe  (I'abbd),  499. 

Marie,  ecui',  143. 


d'H6- 


Mermilliod ,    dvflque 

Milan  (L'archevequede),267, 
Nicolai  (M""  de),  religieuae 

du  Sacre-taur. 
Pafard,    ehanoine  k   Valpa- 

Placide  (Sasur),  265. 
Pierri  (le  R.  P.),  502. 
Rauli  (L'abb^),  132. 
Roux    (L'abbi),     curfi     de 

Rau  court, 
Sibour  (Mkt),  4. 
Saint-Sauveup  (ScEur),  132, 

436. 
Sainte-  Sophie,    sup^rieure, 

61,  174,  376,  436. 
Tabouret  (L'abbS),  premier 

aumOniui'. 


AHais  (M'lo  Stephanie),  Orl,  Benoll    d'Axy     (La    vicom- 

AndriS  (M.  ol  Mota),  6,  7.  tesse),  Pans,  26. 

Andrii  (M™"  Dominique),  6.  Bernay  (M.  et  M™"),  Orl. 

Arnoux  (M.  el  Mni=  S.),  Orl.  Boissiere  (M.  el  Mm"),  Or» 

p«rroijx(W""i),m  leans,  395, 


536 


M^MOIRES  dHQIK  AU^iE. 


Bertrand  Dujonccjuoy  (M.  et 

Mme)^  Orleans. 
Blanchard     (M.    set    Mm«), 
Boucher  de  Molandon  (M.). 
Boutroux  (M«>e),  8. 
Buchepot  (marquis  de). 
Gambis  (comte  de)^  35. 
Chambeyron  (Mm®  et  M"e). 
Chapelin  (M«»e  et  M^e),  63. 
Charoy  ain^,  Orleans. 
Ghaudron,  501. 
Chevalier   ( Jeanne  -  Marie) , 

femme  Boiteux,  2. 
Ghevalier    (Marie),    Valpa- 
raiso, 494,  502. 
Chevalier  (Jeanne-Henriette), 

495. 
Glinchamp  (M^e  de),  Orl. 
Cochin  (Augustin),  174. 
Couturier  (M^ie),  Orleans! 
Decazes  (M™®  la  duchesse). 

Pans       ' 
Delille  (M"e),  Orleans. 
Delion  (M»e),  Orleans. 
Del  Lago  (Baronne),  27,  30, 

39,  41. 
Deshayes-Bonneau,  Orl. 
Desjardins  (M.,  M^e  et  M^e), 

359. 
Desplanels   (Le    colonel   et 

MMmes  de),  Orleans. 
Dillon  (Lady),  5. 
Dreux  (Mi^e  Josephine),  Orl. 
Dumay(M"e),  8. 
Bureau  (M^e),  317. 

Faby  (Vicomte  et  vicomtesse 

de),  Paris. 
Flavigny  (M^e  de),  353. 
Foucher  de  Careil  (Comt"e, 
Fougeron  (Emile),  Orl. 
Fournier,  pr6s,  de  section. 


FouBSM*  (M.  et  M«e)  Orl 
Gaiiiard  (Charles),  Oij^s. 
Galard  de  Zaleu  (M»o  As),  5» 

388. 
Gagniet  (Ernest),  Orleans. 
6arsonnet  (Eugene),  Inspeo^ 

teur  g^n^rai,.  334,  341. 
Garsonnet,      professeur    i 

rficole  de  droit. 
Gaucheron  (M™©),  Orleans. 
Geffrier  (Victor  de),  Orl. 
Grenard  (M.  et  Mm«),  36. 
Collier  (Mn»«  veuve),  402. 
Grozelier  (MUe  de),  47,  71. 
Guercheville  (cornt**®  de). 
Hayet  (Mme),  69,  74. 
Hamilcar  (Josephine),  54. 
Htoe  (Mme),  Origans. 
Houry  (Alexandre). 
lUiers  (M.  d'),   Orleans. 
Imbault  (Henri),  avou^,  Orl. 
Ivan  (Nathaly  et  Nadeida), 

499. 
Jacob  (Georges). 
Johnson  (Charles),  30^  33. 
Joubert  (M^e  de),  54. 
Lafitte  (Mme),  83. 
Larabel  (Cte  et  Qtesse  de),  194. 
Landreloup  (Gustave)',  Orl. 
Latour  (Leon). 
Lefebure  (Mmo),  43,  68,  74. 
Leclerc  (Henri  et  Jules),  436 

a  438. 
Mareau-Grandcour,  311. 
Mareau  (Jules),  311. 
Massicart  (F61ix),  Orleans. 
Maur    (M.    et    M«»e   g.    de 

Saint-),  177,  263. 
Maur  (M.   de    Saint-),  con- 

seiller  gdn^ral,  Oirl^ans. 
Migout  de  Furcy  (M««),  308. 


Mirvilie  (Marquis  de). 
Mistral  (Jean),  457. 
Molgfflni  freres,  OrlSant?. 
MoiUaudmn  (M.  el  M"'"  de). 
MoufQel  (Mile),  380.  481. 
^  Houfflelte  (MliBj,  197.  . 

BMontoney  (Mll^  de),  Paris. 
Nazon  (colonel  de),  Orleans. 
Nicolle(P'amiHe),  42,  45,  47, 
■  '  Nurmant  desVaranues  (Mm" 
Edouard    le),    273,    276. 
4     328,  351.  387,  416,436. 
Normant     des    Varaimes 
(M™  et  M'i«  Constant  le). 
Normant  des  Varaiiaes  (M. 

el  Mi°a  Ulricli  le). 
Normant  (le),  293,  297. 
Ocarol  de  Pa^os  (M^f  Fanj), 

de  Valparaiso. 
O'Riordan  (La  com  1**8* ,  Orl. 
■    Oyai-cin^MH"),  Valparaiso. 
■    Pascal,  346. 
Pastui',  401. 

Piessac  (Mm"  de),  Oi'lfians. 
Pellag;ot  (Le  colouei),  Orl. 
Pelletier,  ancien  adininistr. 
Perei'rade  Lisa  (Mi°8),G6ne9. 
Pigeonneau  (Frani;ois),  Paris. 
Petracchi,  29,  496,  503,  5 '5. 
Petroraan,  29,  497,  503. 
Pelrucci,  29,  496  i  503. 
Petrowicilit,  29, 496  k  503. 
Petrnski,  515. 
Porcher  (Fernand),  311. 
Proust-Michel  (M.  et  Mi>"^ 
Reboul-Richebraque    (Mm*), 
18. 


Reverse  (MH"  Marie),  Orl. 
Rogniat  (La  baronne),  -136. 
Rouy(L'us1ronorae  Charles), 

'2,  21,494,  500  -k  aO± 
Rouy  (Mi^oLaurency),  Paris, 

Rnuy  (Claude-Daniel),  10, 
79.94,  249,291),  299,301, 
340,  365,  381,  397,  405, 
446,  474,  501,  52-2, 

Rouy  (.lean),  339,  478,  489. 

Rouy '(Heni'i),  84,  397. 

Rouy  (Georges),  479. 

Rouy    (.Tean-CharleB-Tfilfi- 

raaque),  2,  497. 
Rouy(I)orolhee),  2,  497. 
RoQv   Milre  (IjOuifi-UlvBse), 

1,-515.- 
Rouy  (M.  (i[  Mm"  Etienne), 

8,10. 
Rouv,     famille    de  Prusse, 

345.  491. 
Rotalier  (C'e  et  Ci«"o  de),  58, 

69,  74. 
Roy,  501. 

Salmon  (M""),  Orleans. 
Serron  (M.  et  M'"«i,  Orleans. 
Soyer(M.),  Pai-ia. 
Tailhand  (Mmcet  M""),  Par. 
Touanne  (Le  viuumte  Ana- 

tule  de  la),  Orleans. 
Trancliau,  inspecteur  d'Aca- 

d^uiie,  Orleans. 
Valory  (de),  136. 
VBgnel,19l. 
Viiiienu  (M">a  et  M"«),  Orl. 


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Atant-propos XI 

Chapitre  pHEBiEn.  —  Abrege  de  ma  vie 1 

CHAPlTitE  fl.  —  de  qui  a  precede  mon  enlevement.  .  27 
CHAPirnE  HI.  —  Mon  enlevement  et  man  entrSe  a 

Ch'arenton 50 

CuAPiTRE  IV.  —  Qui  a  fait  agir  le  docteur  Pelletan. .  65 
Chapitre  V.    —  Charenlon  :  placement,  enregislre- 

ment,  Iransfert 76 

dHAPiTRE  Vl,  —  De  Charenlon  A  la  SalpfitriJre,  — 

La  Prefecture  de  police 87 

CSapitbe  Vll.  —  La  gal(>eiri&r&.  —  Pfewiere  mise 

en  libei-td.  —  Mon  arreslalion 100 

GHapithe  Vin.  —   Ma  renti^e  i  la  SalpStrifire,  — 

Premier  Iransferl  en  province.  —  L'asile  de  Fains.  119 
Chapitre  IX.  —  Deuxieme  transfert  en  province.  — 

Asite  de  Mareville I4'2 

Cbapitre  X.  —  Asila  d'Atnerre 178 

^(^HAPITHE  XI.  —  L'hAtel  Saint-Michel.  —  La  Prefec- 
ture dc  police 196 

Chapithe  XII.  —  Aaile  d'Orl^ans.  —  Premiere  partie.     208 


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540'-  '     TABLE?  DES   MAT&RES. 

*  » 

*> ; ^ 

GhAitre  XIII.  —  Asile  d'Orleaaa.  —  Deuxi^me  par- 
tie.  —  Le  pensionnat.  ...   .l   ....  • 249 

Ghapitre  XIV.  —  Asile  d'Orldaris.  -^  Troisi^me  par- 
tie.  —  L'arriv^e  de  nles  papiers,  *. 273 

Ghapitre  XV.  —  Paris.  —  L'enqq^te  Rabat-Gonstans. 
—  Refus  d'assistance  judiciairA .    307 

Ghapitre  XVI.  —  Petition  aux  Chambrfes.  —  La  de- 
claration de  guerre.  —  Retour  k  Orleans 341 

Ghapitre  XVII.  —  Petition  k  I'Assembl^e  nationale.    356 

Ghapitre  XVIlI.  —  Ma  petition.  •—  M.  Tailhand, 
premier  rapporteur 375 

Ghapitre  XIX.  —  Ma  petition.   —   M.   le  vicomte 
d'Aboville,  deuxieme  rapporteur 395 

Ghapitre  XX.  —  Goup  d'oeil  r^trospectif 417 

Ghapitre  XXI.  —  Gonclusion .448 

Ghapitre  XXII.  —  Suites  d'une  reparation  amiable. .    477 

Pieces  justificatives • 492 

ExTRAiTS  de  la  correspondance  de  M^le  Hersilie  Rouy.    505 

POST-SCRIPTUM .     521 

LiSTE  ALPHAB^TIQUE 529 

Errata 538 


4 


Inip.  (reorgea  Jaco));  —  Orlteuii.    ' 

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